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Sec 'bcjU e ^
BIBLIOTHGK
DEB
LITBRARISGHESI VBREINS
in Stuttgart.
Xlli.
Stuttgart.
Gedruckt auf Koslen des literarischen Vereins.
1846.
LI
ROMAJVS D'ALIXANDRE
PAR
LAMBERT LI TORS
ET
ALEXANDRE DE BERNA Y.
NACH HAND8CHRIFTBN
DBR
rOniglichen rûchersammlung zu paris
HBRAU80BGBBEN
VON
HEINRIGH MIGHELANT,
MITOUn —n«R«l OBLBHRTBir VWMMSKB IN FRANKEUCH IIND IM AU8LAND.
-^<§§>*^-
8TUTT6ART.
.flVDAUOIT AUF KO0TRR DB8 UTBBAAISOBini TaUlINS.
1846.
<M'
Dnrak tob J. Kresser ia Stvtlffarl,
V 0 R W 0 R T.
Wenn ein Heraasgeber des Liedes von Alexander dem Grossen
die Frage beantworten woUte weshalb das Mittelalter, ungeaehtet seines
eigenen Reichthums an Heldensagen , die der alten Welt entiehnt und
au8 ihnen einen neuen Sagenhreiss gebildet habe, der fast eben so man-
nigfaltig ist wie die Ton Kaiser Karl und yon Kônig Artus , so Ifige das
weder ausserhaJb seiner Aufgabe, noch hitte er zn fûrchten dass er
bei seinen Lesern keine Theilnahme finde. Dessen ungeaehtet, und
obgjeich dièses Urbild eines Helden ailes in sich schliesst was fur ein
Heldengedicht nothwendig ist, lassen wir die Frage doch unberûhrt,
weil sie uns auf das Wesen^en^f B^hlJLunst fûhren wûrde , wovon irir
hier nieht sprechen woIlen,Jimd weil die Bekanntschaft mit den iîbrigen
Dichtungen die aus dem édterthqm entiehnt sind, wie dem Florimont
des Aymes Ton Varenne, déih trojani|ehen Krieg des Benedict Ton St
More, dem Atjs und Prophilias Ton Alexander Ton Bemay, weiteren Stoff
darbieten kann, der, Trenn auch nieht unumg&ngUch nothwendig, doch
geeignet ist neues Licht auf den fraglichen Gegenstand zu werfen , uns
eine genauere Vorstellung Ton der Art und Weise zu geben wie das
MitCelalter die alte Welt auffasste, und wie es, indem es dleselbe zu
seinem Eigenthum machte , sich ToUstfindig in ihr spiegelte.
Wir werden uns also darauf beschrânken in alFer Kûrze den Ur-
sprung unseres Gedichtes zu besprechen, sogar ohne dass wir seinen
BntwicUungsgang, und die Umgestaltungen die es in den Terschiedenen
Zungen Europa's * erfahren bat, auseinandersetzten.
1) Am»er den Tercehiedeaen dentschen BearbeUan^^n g\éhi ci elae iFanideho (S«Aehea
eoleeeiott de poesUs aatiruAt I.) , eiae dinUehe (Njernp , almiadell^ marskablaeiBiar,
B, 40), dne aehwadÎMhe (Oe/er, «weaska foliket hUtoria 4, 220), «lae altoordiaeke
(Biaari , kut litt. Ulaad. 8. 107) , aiae holliadMche (Moae , aluUederUadli«he Volkstttoim.
tar , S. 83) , eiae eaf lisehe (Wartoa , ea^lMb poetrj 3 , 409. Weber , meti-ieal romaneea
i, 2tS), eiae Mkaiiaehe (Dotrowaky, Oetehiehte der bdhmiaehea Spraebe, 0. 129).
VI
Diss um 80 mehr als einigen der auswârtigen Bearbeitungen das
lateinische Gedicht Walthers von Chatillon (zwischen 1176 und 1201)
zu Grande liegt, dessen Vorbild der alten Welt nâher stund. Bine
Menge von Arbeiten sind schon dber diesen Gegenstand erschienen:
sehr gelehrte Mânner haben die verschiedenen Quellen und die Anfange
von Alexanders Geschichte besprochen; andere haben sich mit der
Ueberlieferung, in ihrem Verhâltnis zu den verschiedenen Vôlkern bei
denen sie nach und nach heimisch wurde, beschâftigt; noch andre
haben ihren Fleiss auf das Gedicht selber gewendet. Aber ungeachtet
ail dieser Arbeiten und Untersuchungen sind doch noch eine Menge
Fragen ungelôst, oder nur unvollstandig beantwortet. Sie hier aile zu
erledigen machen wir uns keine Hoffnung, wefl wir die Herausgabe
einer der Bearbeitungen des Gedichtes nur als einen Beitrag weiter
ansehen. Indessen hat uns doch dièse Arbeit, so unvollkonunen sie
ist , einige Belege geliefert die kûnftighin , wenn auch nicht die Frage
vollstândig anfhellen, so doch , mit andern zusanomengestellt, ein wenig
mehr Licht auf sie werfen kônnen.
Vergleichen wir das Heldengedicht des Mittelalters mit den âltesten
der ûbrigen Vôlker Europens , mit der Diade oder dem Nibelungenlied,
so bemerken wir dass es im 12. und 13. Jahrhundert, obwohl es in
einigen Hinsichten sein ursprûngliches Geprâge beibehâlt, doch sich ail-
mâhlich umgestaltet Es hat sich von seiner ursprûnglichen Quelle,
von den Ueberlieferangen aus der Gôtter- und Heroensage, entfernt,
es hat au^ehôrt die Begebenheiten die die Ueberlieferang aufrewahrt
batte , der Einbildungskraft den Dichters oder der Dichter , welchc der
Ausdruck der jedesmaligen Volksstimmung sind, zur weitern Entwick*
lung mitzutheilen ; hat sich — wohl durch die Schuld der Zeit - un-
geschickter Weise in Geschichtserzâhlung, in Erz&hlung eines Lebens-
laufs verwandeit, berichtet jedoch keine wirklichen, sondem nur sagen-
hafte Begebenheiten.
Da es mitten unter Trûmmera von Werken lebt die einer unter-
gegangenen Bildung, oder vielmehr der Zeit des Zerfdies dieser Bil-
dung angehôren, so mischt und verbindet es die niedergeschriebene
Geschichte und Sage mit der lebendigen Ueberlieferung , die noch im
Volk und dorchs Volk gesungen wîrd. Daher berufen sich die Gedichte
dieser Zeit insgesammt , oder doch der Mehrzahl nach , auf eine alte
Quelle , ein Buch , eine Chronik , eine Klosterarkunde ; und der mittel-
alterliche Dichter, gewôhnlich zu sehr eingenommen fQr den geschicht-
VII
lîehen Werth solcher Berichte, hal sich bemûht ihnen elne hoheWich-
Ugkeit beûalegen , indem er aile Quellen aufBucht , indem er die Er-
sahlangen und die Berichte fiuammenstellt und vervielfiltigt Es liegt
uns niclit ob ans niher auf dièse Fehlgeburten des mittelalterlichen
Heldengedichtes einzulassen , das sich in ûbermâssiger Fruchtbarkeit
immer nea geboren and so selbst vernichtel hat : das bildet eine selb-
stândige Frage, die Geschichte des Zerfalles dieser Dichtung. Die Un-
tersachong ist yon hôcbster Wicbiigkeit fur das franzôsische Volk,
welchem man yorgeworfen hat es besitze kein Heldengedicht» weil man
nicht bemerkte dass es statt eines einzigen vîelmehr eine xu grosse
Zahl hat; doch ist wie gesagt dafur hier der Ort nicht
Die einzige fur uns bedeutende Thatsache ist dass die mittelalter-
lichen Dichter , indem sle zahlreiche , weitschweifige Werke m Tage
fordern wollten, neue Gegenstânde aus Bûchem herbeiholten; seis weil
ihnen keine Sagen zu Gebot stunden , seis weil sie sich lieber auf ge-
schriebene Werke hezogen, seis endlich weil sie in diesen vollkomm-
nere Vorbilder zu finden glaubten als in der lebendigen Ueberlieferung,
die entweder zu sehr entstellt, oder ihnen zu wenig bekannt war. Dièse
Frage , welche sich auf die Quelle des Aleianderliedes bezieht , ist um
so wichttger, als der ungjaubliche BeiM den die neue Schôpfung fand,
eine grosse Zahl von Dichtem , in Frankreich und in Deutschiand, be-
wog sich ihr zu widmen. In Deutschland betriigt ihre Zahl sechs * und
was Frankreich betrifit so werden von den Literargeschichtschreibern
aosser Lambert dem Krummen (Lambert li Tors ') und Alexander von
Bemay *, den unbestreitbar âltesten Bearbeitern des Alexander , noch
Johann aus Nivelle (Jehan le Nivelois *) , Guy von Cambray ^ Peter yon
S. Cloot, Jacob yon Longuyon*, Johann von Motelec, Johann yon
Brisebarre , und Hugo oder Hiîon yon Villeneuve angefuhrt ^
1) LmfTMht, BertoU Tom Berboltabeim, BUterolf, RvdolfYon Bai^ Ulri«h Ton BsehembMh ,
2) Amin loMB LMBb«rt li Oon (Laaibert der Kvse).
8) Bersa/, Bttit aa 4er Oharentoaae ia der Nonaaadie (Bore-Derarteaieal).
4) Vi Telle* (ICyreli) , Stadt aa der Thieae, eildlich yob Brûetel, i» waUoaieebea
Tbaila vos atd-Brabant.
9)0aMbra7, im flraaafttUehen Norddepartemeat. Die Heiiaat aller dieser Diebtpr
lieft sebr oder weaifer la der Nihe der fraaaôeiaeb-aiederdeaueliea Spraohcreaae.
6)LoBrayoBaM OUera, aaUrhalb Loagwx, ebealUle aah aa der Spraohffreaae.
7) HUft. Utt. XV, 100. 119. 160. Wir haUea dieeee Veraeiohni. fur nareaaa, aad
rUaie» daae Oraad TOrbeadea ial ciaife der feaaaatea Diebter aa Uifen , da maa ibarn
aUaabarciftwUliff alae der BearbeHaarea dea Oedlebtes aaffoaebriebea bat.
VIII
Pauchet fuhrt auch (in seinen Origines, 541. 552) einen Geistiichen
von Bologne ^ mit Namen Simon an, und Deutschiand nennt uns einen
Alberich von fiisenzun * als Quelle des âltesten deutschen Gedichtes,
das den PMen Lamprecht zum Ver&sser hat Trotz der Wichtigkeit
virelche die Entdeckung des ursprûnglichen Dichters fur die Geschichte
der franzôsischen Dichtkunst haben musste , weil das Alexanderlied das
âlteste Gedicht in zwôlfsilbigen Zeilen ist, und vreil der Vers des Hel-
dengedichtes der den Namen Alexandriner trâgt, von ihm herstammt,
ist es doch noch nicht gelungen, zu bestimmen welchen Antheil an
der Bearbeitung die beiden âltesten Dichter gehabt haben, und ob der
Vers nach dem Gedichte benannt ist in dem er zuerst gebraucht vrard,
oder nach einem der Bearbeiter, Alexander von Bernay. Und doch
gab das Gedicht einen Anhalt fur die Entscheidung. Sie lâsst sich
entnehmen aus der Stelle :
Bia Cki«ai«ber yod CMtoMan » Lamkert der Kramoio , Mhrieb*! }
£of*fl au 4em L«teiiiLieh«ii «ad hraobt* •• » die Ludeeepraelie <
und aus der andem:
Dm Mffl «■■ Alexander , der tob Bernay war rebârtif ,
Vad Toa Parie ferner war eeia Eoaame f enasat |
Der BSB eelne Zeilen denen dee Lamkert hak kciffeaileehi «
60 data die Brobernar tob Oaaa mit dieaer Zeile yoUflàB^ rc«^l>iM*r* ^"^
Im 12. Jahrhundert konnte die Geschichte dés macedonischen
Alexander bel den Vôlkem des Abendlandes kein Eigenthum der leben-
digen Ueberlieferung sein : sie hatten sie nur aus Bûchern kennen ge-
lemt, und da uns Lambert sagt er habe sie aus dem Lateinischen
in die (romanis.che) Landessprache gezogen oder iîbertragen»
so muss man jene Quelle unter den lateinischen Schriftstellern suchen.
Ist sie einmal gefunden, so wird es leicht, durch Vergleichung der
i) Veraiathlieh Boalofae.
2) BeiaaçoB.
S) Ua elere de Oaateldaa , Laoïbert li Tore , Peeeril,
Oai de rutia le traiel et ea roaaa le aiiet. (0. 250, I. 2.)
' Oaeteldoa iat Ohàtcandaa aa Finie Leir , aordweeUieh von Orleeae , im hentifea Depar- .
(emeat der Bore aad dee Loir.
4) Ci aoe dit l*Alizaadre , «ni de Barri 0 Beraay) Ait née ,
et de Peria refta eee eoraoBe apielée ,
«ni or a lee eieBe rere o lee Laartert neUée
«aa li fneree de Oadroe eet à eeet vier aaée.
Die vorletate Zeile léhlt ia aaeera drti Haadeehriltea, Aadel eiek aber Aiel ia allea aBdera.
IX
Telle ZQ eriennen was yon Lambert herrûhre, und zu entscheiden
welches die Zeilen seien die Alexander foeigemischt hat. Denn indem
dieser sehr nachdrûcklich die Zeile hervorhebl: welche der Bericht
ûber die Eroberung von Gaza schliesse, erhellt dass er diesen
Theil ganz besonders als sein Werk in Ansprucb nimmt Die Aub<
scheidung war also, wie man sieht, ziemlicb leicht gemacht: es bandelte
aich bloss dariim das ursprûngliche Geprâge zu finden, jene Geschichte
•n ■•brera Ortea anllrcaehrieben vnd miadiieh erzâhlt, *
die nemlicbe sonder Zweifel die Peter der Ehrwûrdige in einem seiner
Schreiben erwâhnt, wo er einem Mônche Namens Nicola auftrâgt ihm
einige Biîcber mitzubringen, unter andern die Geschichte des grossen
Alexander. ^ Oa nun dieErzâhlung nicht die des Curtius ist, so war es
naiûriich dass man sie im falschen Kallisthenes aufsuchte. Und in der
That rûlirt von ihm der Stoff her, von ihm hat sich der Dichter fûhren
lazsen, er giebt das Gewebe fur den grôsten Theil des Gedichtes. Ich
sage den grôsten Theil, weil es auch Steilen enthâlt die an Curtius
und Arrian erinnern, so namentlich die fielagerung von Tynis, woran
sich, 'als Zwischenerzâhlung des Alexander von Bernay, die berûhmte
Eroberung von Gaza, die Erstûrmung des Felsen und einiges andre
schliesst Es darf nicht auffallen dass die Geschichte des falschen
Kallisthenes, mit ihi# Neigung zum Wunderbaren, den Vorstellungen
des Mittelalters besser zusagte aïs die ernsten Geschichtschreiber. Der
Vorzug den es ihr gab, erhellt nicht nur aus der Wahl des franzô-
sischen Dichters, und aus der Menge von Handschriften vrelche man
Ton diesem Alexander besitzt ^ sondern vrir finden seine Spur auch
onverkennbar in einem altdeutschen Sprachdenkmal, dem Annolied:
Dm dritte Thicr war ein Leopvd,
rier Adleraflâfel balte w,
éêr beieiehaato dca f rieabUebmi Alexaadari
der nit rier Heerea dareh die Laade tabr,
bia er der Welt Bade
• bei roldeaeB B&nlea ftuid.
la ladiea dorehbraeb er die Wfiate :
adl iweea Bâamea hall* er da Ualerrednar {
f) Sa ploiaora liez «aerife, et par booee coalée (0. 2, Z. 20.)
2) Hialoriaa Macai Alexaadri ... et ai f aa alla boaa habaeria, teeani defer. Bplt. 30.
lib. VI.
3) Be hciael Alezaader de proeliia oder Vite, aetaa et obilaa Aie-
saadrl. Dia «ratea Aaaffaben aind aae dem 15. Jabrbaaderl.
mit iween Ortifen
fahr er ia dem Lâlten)
in rineni Okue
Uaeht* «r iai Meer. *■
Wir sehen hieraus dass die verbreitetste und anerkannteste 6e-
schichte Aleianders. die lateinische Uebersetzung des falschen Kallisthe-
nes war. Dazu kam ein Grand welcher seibst in den Augen der da-
maligen Gelehrten Bedeutung batte, da sie alten Scbriften einen unbe-
grenzten Werth beilegten und mit wunderbarer Glâubigkeit die seltsam-
sten Berîchte gut hiessen. Dem faiscben Kallisthenes ist nemlicb das
Schrelben Alexanders an seinen Lebrer Aristoteles ûber die Wunder
Indiens beigegeben. Da sie dasselbe fur ecbt hielten, so glaubten sie
einer Erzâblung die von dem Kônîg seibst herrûhrte, unbedingtes Ver-
trauen scbenken zu miissen. Ein ganz entsprecbender Fall bietet sich
dar bei dem Berichterstatter ûber den Kreuzmg Friderich Barbarossas,
welcher sagt: nwenn, was Dares der Phrygier ûber die Zerstôrung yon
Pergamus erzâhlt, aus dem Grande roehrGlauben findet weil erAugen-
zeuge yon dem gewesen ist was andre nur von Hôrensagen gemeldet
haben ...,«»
Wenn femer Benedict von S. More, welcher dem Konrad von
Wirzburg und dem Herbort von Fritzlar als vttbild gedient bat, in
seinem trojanischen Kriege dieser Darstellung den Vorzug giebt, so
ist es nicht auffallend dass der falsche Kallisthenes bei Lambert gleiche
1) Dm driui dier wu ein lebarttf:
Vier arin Tederich ker haTÎM )
4er b«aei«iaBOle den enMhiskia Alexaaderia,
4er malt y|er beria rûr aftar laadia,
■aa her dir werilt eiade
M rvMiain •ivlia bikaate.
la laiia her die wAeli darehbraeh ;
■il aweia baaMia ker eiek dà (eepraek,
ait aweia ^rlfea
rûr ker ia laltea, «•
ia eiao flaie
liea er eieb ia dea eé.
Rkjlkmae de S. Aaaoae, U. Jfarttaae Opitàae. Deatteoi 1S39. XIV. (B. 23). Vrl. 4$n
Abdraek ia Sehiltert Tkeeaanie I. an 0ekla«a. Die biblieche SIelIe die kicr aaf Alexaader
redeatet wird* ist bei» Propbelen Daaiel 7, 6.
2> Qaod ei Friffio Dareci de Perganaram eTemioae poeiae ereditar, faia «ood alii re-
talere aaditan, ille preeeae eoaapezit .. . BraebatAek Aber dea Kreaaaaf Friderieka I.,
keraaef. roa Fr. Freikerra Toa Beiffeaberg. Bibliotb. des lit. Vereîae. Neaater Baad.
0844.) B. 6.
XI
Giinst £uid, und dass dieser das oben erw&hnte Schreiben vollstandig
in sein Gedichi auHaaluii.
Ich sage der faische Kallisthenes , und nicht mit Angélus Mai
Jolios Valeriiu, denn die treffliche Untersuchung von Berger de Xi-
vrey * hat mich ûberzeugt dass der Julius Valerius nichts weiter ist als
die Uebertrâgung einer der zahlreichen Bearbeitungen des griechischen
Geschichtschreibers oder yielmehr Erzâhlers ; Bearbeitungen die gleich-
wohl ohne Zweifel weit hôher hinaufreichen als Letronne annimmt, der
sie erst aus dem 7. Jabrhundert herrûhren lâsst S indem, nacb einer
einsichtsToUen Mittheilung Keumanns \ die zu Venedig herausgekom-
mené armenische Uebersetzung *, zufolge der Angabe ihrer mechita-
ristischen Uebersetzer, denen bei Entscheidung von Fragen aus ibrer
Literatiir and Spracbe wohl ein Urtheil zugestanden werden darf , bis
ins 5. Jahrhundert hinaulreicht Die Bearbeitung die A. Mai heraus-
gegeben hat, enthâit nicht aile Abenteuer unsres Gedichtes: einige der
wunderbarsten feblen ihr, wâhrend andre weiter ausgesponnen sind.
Zwei Handschriften der Bûchefsammlung zu Metz, die eine aus dem
12., die andre aus dem 11. Jahrh., haben mir gleichmâssig Abweichungen
dargeboten die in den Pariser Handschriften nicht zu finden waren,
und wenn man dièse Abweichuifgen, denen vielleicht einige andre we-
niger bekannte beizufûgen wâren, zusammenfasst, so weisen sie auf den
ùdschen Kallisthenes, der so als die voUstandige Quelle des franzô-
sischen Gedichtes erscheint, wâhrend die Bearbeitung des Julius Vale-
rius nur einen Theil derselben bilden wûrde.
Fasst man die Andeutungen die unsre Handschrift giebt, und ausser-
dem noch andre, wie die dass Alexander seine Zeilen denen des Lambert
beigemischt habe, zusammen, so zeigt sich dass sie — ob man sie nun
als abweichende Lesarten oder als Zusâtze spâterer Abschreiber be-
trachte — ait genug sind um Zùtrauen zu verdienen , und dass ihr fort-
wâhrendes Wiederauftreten ihnen einen ziemlichen Werth verleiht Mit-
hin ist aller Grund yorhanden, der Vermuthung Raum zu geben dass das
Gedicht wie es Lambert ursprunglich bearbeitet bat, eine der Bearbeitungen
1) 'Koûcêa et «tniti les ntavierito , T. Xm.
2) JmirMl def MTUM. Oei. 1818. 6(9.
3) OeUkfte AsMigmi. M Anehen , 14. Dec. 1844, Nr. 250. 351 252.
4) PftiMvtUvn Aehoknadri Mftketonaiwoi. JT. Wene^if, dparanl ■•rbain OhtMta.
4 1812. (ClM«Ueht« AlezMidtra dea HfeMdonien. Vracdiff, ia der Dniekcrei de* kelllren
Im Jehr 1S42.)
XII
des fsdschen Kallisthenes gewesen sei, und dass dann Alexander von
Bernay wenigstens die Eroberung Yon Gaza , vielleicht auch noch einige
weitere Zwischenerzâhlungen beifûgte, die er von andern Geschicht-
schreibern entlehnte , wîe z. B. die Belagerung von Tyrus aus Curtius
genommen ist
Der weitere Verlauf meiner Nachforschungen scheint dièse Ansicht
za bestâtigen. Die Bûchersammlung des Pariser Zeughauses (la biblio-
thèque de l'arsenal) besitzt, ausser der neuen von Sainte -Palaye her-*
ruhrenden Abschrift des Alexanderliedes , eine Duodezhandschrifl auf
Dnickpergament (No. 162, Belles-lettres) die weit âlter ist als aile andern
von demselben Gedicht, und vermuthlich aus dem Anfang des 13.
Jahrhunderts stanunt Sie enthâlt auf 129 Blâttem, die einspaltig mit
je 27 Zeilen geschrieben sind, eine Geschichte Alexanders. Wenn gleich
um vieles kûrzer als die Bearbeitung der von mir herausgegebenen âl-
testen Handschrift der kôniglicben Bûchersammlung, stimmt sie doch
mit ihr auffallend ûberein. Sie ist bis znm sechzehnten Blatt in zehn-
sUbigen Zeilen abgefasst, und beginnt
Olwnçon Toil lliûre ptr rino «i par lioine *■
io V ûl Felipe , le roi de Iboédoine.
Auf dem 16. Blatte, das neuere Schrift und Bnderes Pergament hat,
schliesst ein Absehnitt von zehnsilbigen Zeilen mit den Worten
•près orrea tôt atireeneat
de Ma procaeee , de aoa eonqnerement ,
und nun konunt ein Absehnitt von zwôlfsilbigen Zeilen:
De Daire , le Peraaat ,- ai eam il Tôt eo«f «ia ,
01 de V roî Pron de Iode, faUl ehaiea et oeia,
beinahe ganz wie wir es (249, 24) nach der Handschrift von Sainte*
Palaye geben, die am Ende Lambert den Krummen als Verfàsser des
Gedichtes nennt, eines Gedichtes das allerdings mit der Erzâhlung des
falschen Kallisthenes ziemlich gleich lautet, aber viel kûrzer ist als aile
die andern Bearbeitungen. Eins von den eigenthûmlichen Merkmalen
der vorliegenden war dass sie, bei einem zuweilen sehr reinen Franzô-
sischen, zahlreiche Spuren limosinischer Sprache darbot, ein Umstand
welcher um so mehr Beachtung verdiente als Fauchet S dem darin
Borel und Ménage folgen, dem Geistlichen Simon von Bologne (Bou-
i) la leoBÎaiaelieli Veraea. Siehe Ferdiaaad WoW, Ueker die Laia «nd Se^oeftacii S. I7B.
2) Oririnea , B. 541. 54?.
XIII
logne) ein Alexanderlied xiuchreibt das in denelben Mundart verfassC
sei, and mit den Worten beginne:
Cluuifon voU iir» p«r rjwf «i P«r loolii
4a I* m F«lip« , le rojr 4e Itoeèdom ,
was anzudeuten scheint dass der Verfiaisser des so beginnenden 6e-
dichteswirklichderGeiflUiche Simon gewesen aei, und dass man dasselbe
mil Unreeht fur ein Werk •LamberU erklârt habe. Indessen ceigt sich
bald dass Fauchets Zeugniss doch kein besonderes Gewicht bat Einige
Seiten spâter nemlîch giebt er, als demselben limosinisehen Gedicbte
gebôrig (somit in xebnsilbigen Zeilen yerfassi), folgende (iwôlMbige) :
U entet «e 4éf«rt«at, U plera ea ta «otomt
M U tatr* diTient HMopoiMiieu
U antre fa Torfvobi li autre Elimitane,
Il aatre fa EeaiaBe «i U antre Toeeans,
1* aatre fti Bepeifaoe et 1* aatre tk HonMae ,
li aatre Erapiei ^ et parla Uea RoaiaBi
li aatre fa Fraa^oie et li aatre Normaas ,
die sich in der Handscbrift des Zeughauses nicbt finden, und entfemt
nicht in limosinischer Mondact sind.
Verglichen mit den ûbrigen Handschriften , bietet das Gedicht des
Zeughauses mehr aïs Aehnlichkeit : es ist eine kûrzere Erzâhlung Ton
wdcher Ausdrûcke, Zeilen, ja lângre Stellen in jenem wieder auftreten,
oder Tiehnehr der Kern des Gedichtes , ganz so wie der Dichter der
es zuerst untemahm «Alexanders Geschichte zu emeuern und lum
Besten derLaien in die Landessprache zu ûbertragen", ' es anlegen und
niederschreiben konnte. Wegeilend ûber Aleianders Kindheit, seine
ersten Kâmpfe gegen Nicolaus und Darius, kommt er nach den 400
ersten Zeilen auf den Plan seines Gedichtes, der in der vorliegenden
Ausgabe S. 249 gegeben ist, und den er treulich befolgt Was den
Inhalt selber betrifil, so hat er wenige Zwischenerzàblungen, eine grosse
Nttchiemheit in der Schilderung der Kâmpfe , wenig Eigennamen und
geographische Angaben ; was die Form anlangt , so findet man meistens
ganz kurze Abschnitte mit durchgehendem Reim. Vôllig in dieser Art
1) Saropëeaf
2) Rafreoeir l*eetoire rAlizaaire
et la eoiniaeaeier
ea raaaaM, e'à r^t laie 4oit aafaes praStier (0. I. aoS 2.)
XIV
haben wir uns hôchst wahrscheinlich das Gedicht Lamberts zu denken,
oder man mûsste zugestehn es sei ihm gelungen ein frech gestohlenes
Werk fur sein Eigenthum auszugeben, was sehr schwer gewesen und
am Ende doch entdeckt worden wâre. Fauchefs Angabe kommt also
darauf hinaus, dass uns unbestimmt und ohne Beweis yerncbert wird
ein gewisser Simon von Bologne habe ein Alexanderlied verfasst; aber
Fauche! scheint das Limosiniscbe nicht -so genau gekannt zu haben, dass
wir auf sein Zeugniss hin annehmen kônnten das Gedicht sei in jener
Mundart verfasst gewesen. Was die Spuren dieser letzieren in dem
Gedichte des Zeughauses betriffl, so kommi in Frankreich nichts hfiu-
figer Yor: nach der Versicherung meines gelehrten Freundes Guessard,
der mit diesen Dingen aufs Grûndlichste veirtraut ist, enthalten die
Archive eine Menge von Urkunden die aus der Reichskanzlei hervor-
gegangen, und urspriinglich in der reinsten Sprache des Zeitraums ab-
gefasst sind, aber in den Provinzen in die man sie sandte umgeschrie-
ben, und hier hinsichtlj|^ der Sprache vielfaltig verândert wurden, wo-
bei sie jedoch ihr ursprûngliches Geprâge noch guten TheUs beibehiel-
ten. UnserText giebt uns hievon zahlreiche Beispiele, sofern er hâufig
Picardisches neben Franzôsischem zeigt
Hinsîchtlich seines Inhaltes ist der Text welchen wir herausgeben
(kônigliclie Bûchersammlung Nr. 7190, 4.) ûber Gebûhr weitschweifig,
und enthâlt eine Menge Zvnschenerz&hlungen und Wiederholungen, die
nicht immer dem Aleiander von Bernay zug^schrieben werden dûrfen,
sondern wohi andern Dichtem, -vielleicht auch den Abschreibem, denn
auch sie haben îhre ZeUen denen des Lambert beigemischt Aber
ausser der Eroberung von Gaza kann man unbedenklich die Belagerung
von Tyrus, die beabsichtigte Belagerung von Athen, und die List wo-
durch Aristoteles dièse Stadt rettet, auf seine Rechnung setzen. Er
hâuft, om uns von seiner Gelehrsamkeit einen Begriff zu geben, die
AnfQhrungen, die Vorschriften, die Belehrungen; gerade wie ers im
Eingang zum Atys und Prophilias thut:
Wcr webe iil tob WUsen ,
■us «ifriff MiBaii 0MMeB ansitr««eB,
4Badi der «ai j«B«r iha aBaiMelB m5rt,
woriBs fBlBs Bai^piel kOBiaieB kiBB.
Hdrai Ton Wistea Alenaders (tob Beramy) ,
4er ianuB leiBe TarM «iek BBsbreitcB lieta,
4Baiit ar, weBB er «as 4ar Scitlielikail f«adiie«eB wir»,
kai 4aB aaiarB anrâkBl wirda.
XV
Br m «mM wmm fai F«lf« ftwtlMhêa I
MBiOTB Toa iea fl«hrillflten«ra kinBle er 4m Lttoa
▼!«!•• aaefe keiehiieb er m leiner BrinBaniBf. *
Nach dem Geschmacke seiner Zeit yenchwendet er Tumiere, Schlach-
teo, Eimelstechen. Aiiuerdem fiilt die Menge Ueinasiatischer Vdiker-
and Stidlenamen auf , em Beweis des Einflosses der Kreiuzûge. Da
Lamberts Werk hievon anberûhrt geblieben war, so dûrfen wir anneh-
men daas es weit Slter ist ala jenes.
Die Zeii genau zu besUmmen wo das Gedicht oder seine beiden
Bearbeitangen erschienen sind, w2re wohl eine sehr schwierige Auf-
gabe. Doch kann man unbedenklich aoli 12. Jabrhundert zurûckgehn.
Ich will bier aile Anspielungen auf die franfôsische Geschicbte, die
man so bereilwillig darin gefùnden liât, bei Seite lassen, und die ganse
Frage hier nicht weiter verfolgen: es werden sich andre, strenger be-
weisende Thatsaohen ergeben.
Ajmes Ton Varenne sagt in seinem Florimont:
Ibr Herren, lek weUs gênm ««Terl&Mif
iMs il» TOB AI«bb4w r«k5rt kÉbtt
Bk«r BO«k wîMcC Ihr Biebt
woker mIbo Hntter Olymfiu warj
TOB Kftair Pkilipp wimet ihr Biekl ,
i«r ■•!& Tattr ww, wok«r ier f«bArtif «. ■• w. *
t) Oal nffM oat i« Saritafthe,
kiaa 4oil Mpaair* sa •«■•B«ke,
faa leva la paisM reeaeUir ,
loal boiaa «xeiaplM paiit Teair.
Oèa ia 1* Mrair AUzaaira,
«ai poar «a isl aaa Tlera aapaadra,
f aasl il sera de 1* lieale iieas,
e*ae aalree eoit raMeatèaB.
■a tma paa eafee le elergie,
■ali dea auCaara Mrait la vie |
«aak aiaatra selaa sa aieiBoira.
A^ H rropklUaa, C9à Vr. 6987 der kftairUebea Bickeraaamiluar. Vrl. P. Paris, «aaa-
seite ftaaiiii 8, «96.
2) Selcaear , Je eeay asses de tj
«aa d^AUxaadra avea eay:
mais ae eeaTes eaeore pas
daal Au aa aièra Olyaipias }
da r07 PkilippoB ae seavea ,
«al faa« ses pires , daat te aés aie.
BiftL «e yieaaal^ Flarlaïaa», S. <05. VfL P. Paris 8. <2, wa dia Siella eiaife abWflakeBde
XVI
Nun halte Aymes von Varenne sein Gedicht nach Borel im Jahr
1128, nach Sainte-Palaye, wie aus einer Angabe der ofTenbar genaueren
venetianischen Handschrift herYorgeht, 1188 vollendet und verôffent-
licht*; das Alexanderlied muss mithin vor dem Jahr 1188 yerfasst sein.
Diesem, nach meiner Ansicht schlagenden Beweis kônnte man andere
Anxeigen beifûgen, die er bestâtigt: die Berufung auf Elinant (S. 413)
der im 12. Jahrhundcrt scbrieb und die sich im ursprûnglichen Gedichte
nicht findet; die Envâhnung des Gedichtes von Landri (2, 14), das nicht
auf uns gekommen ist und das nacb Petrus Gantor aus Paris (f 1197)
einen der beliebtesten und verbreitetsten Gegenstânde fôr die Sânger
jenes Zeitraums bildete, * und das sich gleicher Weise bel Pons von
CapdueU ' findet. Endlich wâren die SchUdeningen der Waffenstûcke,
die fâr die Zeit wo Lambert das Gedicht ursprûnglich abge&sst hat
genau passen, fur die zweite Bearbeitung zu ait; wogegen dièse in der
Ausmalung der Wappen, Zweikâmpfe und Turniere, Erfahrungen und
Kenntnisse beweist wie sie fur die erste nicht gedenkbar sind und
sich erst spâter gebiJdet haben. Eine genaue Untersuchung ûber das
deutsche Gedicht von Atys und Prophilias, das um*6 Jahr 1200 ver-
fasst ist und eine Uebersetzung des gleichnamigen Gedichtes von
Alexander von Bernay zu sein scheint, werden behilflich sein die
Lebenszeit unsres Dichters zu bestimmen; vielleicht endlich liessen
sich auch auf gleiche Weise aus den Stellen welche das Gedicht des
Pfaffen Lamprecht mit dem des Lambert und dem spâteren franzô-
sischen Gedichte gemein hat, einige Anzeigen entnehroen. Wir kôn-
nen und wollen uns hier nicht im Einzelnen auf aile die literarischen
Fragen einlassen die hiemit zusammenhangen, und versparen sie auf
eine spâtere Gelegenheit, auf die Herausgabe des Gedichtes das nach
unsrer Ansicht von Lambert herrûhrt Doch lassen sich einige Zusam-
menstellungen schon jetzt versuchen. Die Versicherung des Pfaffen
Lamprecht hinsichtlich Elberich's von Bisenzun* soi! hier nicht in
Zweifel gezogen werden: sie findet BestâUgung in dem Zeugnis des
O HUt. lUl. 15, 468.
2) Yilenkea oantilenam de La^dneo non plteere Mdhorifem. Vwbvni ■bkrerifttvai,
eap. 27.
3) RftjrBOaarda,298.— Pons bt wahriehainlick imJftkrli»! fosiorton. But. litt. 16, 22.
43 Ansser Vesoniio (Besançon) fiekt es in Frankreieh noek Oiie Hnaons Besnatan,
Biseaton, Basenton, die Jedoch sohweriiek in Betraeht koamea, da ihr T Im l>ealeeben
•ieb nieht In S b&Ua verwaadela kftnnen, well das I dafcinter fekU. Dai lonkariieeke
Vieenaa ainse wohi fans aaaser Betraeht bleiben.
xvn
Strickers, der nach EJberich eineii Daniel von BlumenthaJ In deuUcher
Sprache bearbeitet bat Was keinem Zweifel unterliegt, das ist dass
in Frankreich jede Spur von diesen zwei Gedichten oder von ihrem
Verfasser fehlt, deun unter den SchrifUtellern Namens Alberich oder
Ëlberieh ist keiner dem man ste zuachreiben kônnte. *■ Wer aber jener
Elbericb von Bisenzun aucb gewesen sein roag: wenn wir seine Arbeit
nach der Uebersetzung des Pfaffen Lamprecbt beurtheilen dûrfen, so
kônnen wir nicht in Abrede ziehen dass sie mit Lamberts Gedicht,
wenn ^eich in einzelnem merklich von ihm abweichend, docb in der
Hauptsache auffallend ûbereinstinunt Der Gang des deutschen Ge-
diebtes, und das Wesen der Ëreignisse die es schildert, sind zuweilen
vôDig verschieden ; gleichwohl darf diss nicht als ein Verdienst des
Dichters betracbtet werden, indem sich seine Darstellung in dîesem
FalJ genau an andre Bearbeitungen des falschen Kallisthenes ' hâlt, so-
weit wir nach der Erinnening — denn wir haben uns Massmanns Aus-
gabe hier nicht verschaffen kônnen — und nach der Inhaltsangabe bei
Pischon ' urtheilen kônnen. So finden sich die Verkleidung mittelst
welcher Aleiander ins Lager des Darius eindringt, die Kriegslist mit
den Baomzweigen durch die er die Annâherung seines Heeres verdeckt,
die Unterwerfùng der Lacedâmonier, in einer der Bearbeitungen des
Kallisthenes \ obgleich dièse Zwischenerzâhlungen im franzôsischen Ge-
dichte fehlen. Die Fahrt nach dem Paradies auf Ërden findet sich nur
in einer von den Handschriften der kôniglich«nBûchersammlung *; und,
mit dem franzôsischen Gedichte verbunden, in einer Handschrifl des
15. Jahrhunderts. Dennoch stôsst man auf Stellen die im Ausdruck
80 verwandt sind, dass man glauben muss Elbericb habe unser Gedicht
gekannt Uebrigens, obwohl sich der AntheO des Pfaffen Lamprecht,
der nur Uebersetzer ist, nicht bestimmen lâsst, und trotz der schônen
Einfsichheit in Lamberts Dichtung, die weit ûber allen spâteren Bear-
beitungen steht, finden wir docb dass Lamberts Werk als Kunsterzeug
nis — und dièse Thatsache wiedorholt sich bei mehreren Gedichten
die unter den Hdnden ihrer Uebersetzer, eines Wolfram von Eschen-
I) 0ielM «• Hbt. litéraire XV-XVin. vntcr Albtrie.
2> 0iekeriieh wM die Anifftb» m der Zacher arbeilet, itor aUe dièse Frfts«» viel Liebk
▼erbreitea, msd wir erwerten sie, de sie nasere femeren Uatersvehunfen sehr erlciehtern
mus, ait lebhaAer Unr*'*!'.
3) Seakailer i, 468.
4) Setaer Hndselirift B. 190.
5) Codex 8519. Folio 49-57.
XVIIl
bach, eines Hartmann von Aue gewonnen haben — unter dem des
Pfaiïen Lamprecht steht, bei welchem das sittliche, christliche Gefuhl
vorherscht, wâhrend Lambert bei seinem Vortrag nur darauf bedacht
ist Ritterlichkeit und Edelmuth, die er vorzugsweise als sein Ëlgenthum
in Anspruch nimmt, und ûberhaupt die welUichen Tugenden seines
Zeitalters, zu preisen.
Wir haben nicht die Absicht gehabt hier voUstândig die Frage
nach Herkunft und Entwicklung des Alexanderliedes zu erôrtern. Ohne
dass wir ganz von der Bewunderung erfQUt wâren virelche Gervinus fur
Lamprechts Gedicht hegt, kônnen wir doch auf die treffliche Benrtheilung
desselben in seiner Geschichte der deutschen Nationalliteratur i , 269 iï.
verweisen ; insbesondre hat uns seine verdienstvolle Arbeit ûber die
Wichtigkeit des Gegenstandes belehrt, und sie ist es auch was uns von
einem Versuch abhielt, der zu weit hinter seiner Leistnng hâtte zurûck-
bleiben mûssen. Wir bedauern vor allem dass es uns nicht vergônnt
war die Arbeiten Ferdinand Wolffs in Wien zu benutzen *, des gelehr-
testen, grûndlichsten Kenners altfîranzôsischer Literatnr; sodann die
Jacob Grimm's ' und die Massmanns : gewiss hâtten sie die Lôsung der
Frage, die wir nun geschickteren iîberlassen miissen, wesentlich gefor-
dert. WiT bringen nur einen weiteren Beitrag, der, wenn er von den
Hâuptern der KriUk besprochen wird, ein festes Ergebnis liefern muss.
Massmanns schon so lange versprochene, mit so lebhafter Ungeduld er-
wartete Mittheilnngen ûber den Alexander, und dieAusgabe des falschen
Kallisthenes welche Zacher beabsichtigt, werden dazu krâftig beitragen;
in geringerem Grade die aufmerksame Prûfung neuer Handschriften
die wir noch nicht yerglichen haben, der Abdruck des Gedichtes das
wir fur Lamberts Werk halten, und die Beschâftigung mit andern Ge-
dichten oder ihren Abzweigungen , namentlich, was wir beabsichtigen,
mit dem des Thomas von Kent '
Noch seien dem Herausgeber einige Worte ûber die Geschichte
seiner Arbeit gestattet. Nachdem der literarische Verein die Verôffent-
lichung des Alexanderliedes, die jedoch keine kritische sein sollte, be-
1) Wmbw Jfthrkaeher, 67. Bini.
2) Ofttttiif«r rel«hrt» Ajunïttn <835, 0. 66.
3) Dm Werk Walthen Ton Lille (Gantier ie LUle) , 4er ien BeiMmen Watther tob
ChâtiUen (OnaUenif Oaetilloiieiie) fâhrC, iet «eaweftB aiekt anfeCabrl wordea, weU sein
Oe4ielit «ker Alezaader , ias einir^B 4er firemiea Bearkeitaafea aie Vovbtll r«<lMt hat,
an «en vMem ia tu keiner Besîekvnr atebt. (0. Qiet litt. 4e la Franee , i. XV.)
XIX
schlossen batte, beauftragte er mich eine der Uandschriften fur ihn
abzuschreiben. Ich begab mich daher im verflossenen Jahr (1844) nach
Paris, um dieserArbeit drei Monate zu widmen. Leider giengen davon,
bis ich die Erlaubnis erhielt eine Abschrift zu nehmen und drucken
zu lassen, fûnf Wocben verloreh. Paulin Paris, welchen ich ûber die
Wahl einer Handschrift zu Rathe zog, nannte mir die in der Cangé-
Stillung N. A 7190' als eine gute Bearbeitung, besonders wenn man
B 7190^ dazu nehme. Da jedoch in diesen Handschriften des 14. Jahr-
hunderts die Sprache yiel von ihrem alterthûmlichen Geprage verloren
bat, und der Umiang des Gedichies durch die Abschreiber bis auf 25
oder 30,000 Zeilen angeschwellt ist, so bezeichnete er mir ais atteste
Bearbeitung die Nummer 7i90\ die nach meiner Ansicht um ein Jahr-
bundert âlter ist als die ûbrigen. Dièse Pergament-FoUohandschrift mit
zweispaltigen Blâttem, von P. Paris in seinen Manuscrits français (VI,
166 ff.) beschrieben, enthâlt eine sehr schlechte Bearbeitung, mit einer
Menge sinnstôrender Fehler, die durch die Unwissenheit des Abschrei-
bers yeranlasst sind, sowie mit hâufigen Auslassungen einzelner Zeilen
und ganzer Stellen. Ich zog sie gleichwohl den ûbrigen vor, weil die
liltesten Handschriften immer die'kûrzesten, mithin der orsprûnglichen
Gestalt am nâchsten kommenden Lesarten enthalten, und weil die
Sprache, obwohl vielleicht fur das Ausiand dunkler, doch Anlass zu
werthvoUeren Beobachtungen giebt Unglûcklicher Weise war es mir,
nachdem ich meine Abschrift beendigt hatte, unmôglich gemacht die
Lûcken durch Vergleichung mit den ûbrigen Handschriften auszufûllen,
weil die kônigliche Bûchersammlung eben geschlossen wurde. Ich
konnte mich jedoch nicht entschliessen eine so ungenaue Abschrift zu
liefern, und da die Bûchersammlung des Zeughauses vierzehn Tage
langer geôffnet blieb, so verwandte ich dièse Zeit, um aus einer ganz
neuen, von Sainte Palaye herrûhrenden Abschrift die abweichenden
Lesarten, die zu Herstellung eines deutlichen, vollstandigen Zusammen-
hangs nôthig waren, 'auszuziehen, und vomehmlich um die fehlenden
Zeilen' beizufûgen, die ich durch Sternchen bezeichnet habe. Ich bin
weniger darauf bedacht gewesen abweichende Lesarten in grosser Zabi
zu geben, als, nach den trefRichen Vorschriften Raynouards, in seinen
Bemeriiungen ûber den Roman de Rou, diejenigen auszuwâhlen welche
die mangelhaften Reime, und die zahllosen, entweder hinsichtlich der
Silbenzahl oder hinsichtlich des Sinnes gcstôrten Zeilen wieder her~
stcllten. Dièse Arbeit, eilig gethan in den wenlgen Stunden wâhrend
XX
welcher die Bûchersainnilung offen steht, und welche darch Fest- and
Sonntage noch betrâchtlich Yerringert werden , war natûriich noch sehr
unvollstôndig. Bennoch hab' ich sie in diesem Zustande dem Druck
ûbergeben, und obwohl ich mich nachher im Stande sah, die Correc-
turbogen noch mit den beiden oben erwâhnten Handschriiten zu ver-
gleichen und eine Anzahl Fehler zu tilgen, so mnss ich doch aner-
liennen dass meine Arbeit hôchst mangelhaft geblieben ist AJlein es
war fur mich lieine Môglichkeit Yorhanden die zwanzig Handschrillen
der lLÔnigh*chen Bûchersammlung aile zu vergleichen, und obwohl icfa
ûberzeugt bin dass die Gedichte des Mittelalters, wenn Handschrillen-
kenner und Sprachforscher auf sie eben so viel Fleiss yerwendeten
wie auf die Schriftsteller des Alierthums, in Folge der Verbesserung
des Textes betrâchtlich gewinnen mûssten, so sind sie doch meinerAn-
sicht nach nicht von so grossem literarischem Werthe, dass eine solche
Arbeit sich der Mûhe lohnte. Dessen ungeachtet ist es mir leid
dass ich diss nicht wenigstens in Betreff der laufenden Ueberschriften
iîber jeder Seite, und der verschiedenen Abtheilungen oder CapiteL
gleich Yom Anfang habe thun kônnen. Dass ich dem Wunsch der an
mich in dieser Hinsicht ergangen ist, nachgegeben und dièse Bezeich;
nungen angebracht habe, muss ich um so mehr bedauem aïs sie hâafig
den Nachtheil haben -dass sie alte und neue Sprache auf lâcherliche
Weise durcheinander mischen, weil es nicht immer môgUch ist in
alter Sprache den Inhalt mit zwei oder drei Worten deutlich anzugeben,
was dann die Nothwendigkeit herbeifuhrt Ausdnicke neuerer Herkanit
zu Hilfe zu nehmen. Dieser Uebelstand war hier um so empfindlicher,
als in der Handschrift die ich beniîtzt habe, die verschiedenen Ab-
schnitte durch Miniaturen getrennt sind, unter welchen sich jedesmal
eine Angabe befindet, jedoch nur um das Bild zu erklâren, nicht um
den Inhalt einer AbtheUung oder eines Capitels anzuzeigen. Schreiber
und Maler haben sonst zuweilen so viel Einsicht dass sie ihre Zugaben
an der entsprechenden Stelle des Textes anbriiigen; hier aber ist diss
nicht der FaU, indem z. B. die Eroberung von Gaza sich yiel'weiter
hinten bei der Eroberung von Chaldâa befindet, wodurch eine Msche
Inhaltsangabe entsteht. Auch beziehen sie sich hânfig nur (uif die
ersten Zeilen des neuen Abschnitts, und geben in keiner Weise den
Gesammtinhalt Daher habe ich sie zuweilen verbessert, aber ich be-
kenne dass es mir nicht immer gelnngen ist.
XXI
Ich mius mich noch ûber die Aenderungen erUâren die ich mir
in den Formen und in der Schreibung des Textes erlaubt habe. Da er
in Deutschland gedruckt wird , so war meine Absicht beides der gegen-
wârtigen Sprache so sehr als môglicb zu nâbern: darum habe ich die
Buchstaben a und ▼, i und j so gebraucht wie es jetzi ûblich ist.
Aoch Accente hab' ich zuweilen gesetzt, am Verwirning und Doppel<
sinn zu hindern; doch glaube ich dass man sie im AUgemeinen besser
wéglâsst, weil sie die Bestimmung haben die Aussprache anzugeben,
und weil wir die der vergangenen Jahrhunderte nicht so genau kennen
dass wir sie festsetzen kônnten. Die Trennpnncle (le tréma) sind
weggelassen, weil sie den Diphthongen ûber dem sie stehn in zwei
Siiben spalten. Es ist ohne Zweifel ein Uebelstand wenn man schreibt
pais (Land) stalt pays, wie pais (Frieden); oder caus, das Particip
von caoir (fallen), wie caus, das fur ceux (dièse, jene) steht; auch
gewâhren die Trennpuncte den grossen Vortheil dass man dadurch die
Zahl der Siiben andeuten kann die zur FiîUung einer ZeiJe nôthig sind.
Aber wenn ich sie einfuhrte so war zu fôrchten dass der Einschnitt
auf eine Silbe Me der er nicht gebûhrt, und es finden sich eine
Menge Zeilen wo er auf zwei oder drei verschiedene Worte fallen kai^n,
• ohne dass sich lAit voUkommener Bestimmtheit angeben liesse welcher
er zukommt Ueberdiss liefe man, wenn man den Werth der einzel-
nen Siiben danach festsetzen wollte , Gefohr sich an der Rechtschrei>
buDg roancher Wôrter zu rersûndigen, denen man, um eine voile Zeiie
zu erhalten, eine Sylbe zu viel gâbe, ohne zu wissen ob die Stôrung
nicht Tom Wegfell eines andem Wortes, oder sonst aus einer ganz ab-
weichenden Ursache herrûhre. Ein genau verwandter Grund bat mich
bewogen das Hâkchen unter G (la cédille) wegzulassen. Das G wird
von den Handschriften verschiedener Gegenden bald furs harte S, bald
fursCh gebraucht, und letzteres spricht die picardische Mundart, deren
Formen im Alexander hftufig vorkommen, wie K. Eine letzte Neuerung
die ich eingefûhrt habe ist der Apostroph, zur Scheidung des Artikels
und der Fûrwôrter von den Prâpositionen, und von den iîbrigen Par-
tikeln mit welchen er sich yerbindet Bis jetzt bat man ihn im Alt-
iranzôsischen bloss fur den Nominativ angenommen, und geschrieben:
Testoire, l'espée, Taigue u. s. w. Nun schien es mir naturlich dass
man auch, wie es heutzutage gebrâuchlich ist, à Tesperon, à l'estendart
schreibe , und nicht einen Artikel del , al anwende , den ich mir nicht
zu deuten weiss; denn es sollen ja nicht de el, à el zusaromengezogen
xxn
werden, sondern de le, a le, da der Artikel des Masculins immer li,
le isl, niemals el. ' Nachdem dieser Grundsatz fur Wôrler die mil
einem Vocal beginnen cinmal anerkannt war, musste er folgerecht
auch fur die gelten die consonanUsch aniauten, denn die Zusammen-
ziehung der Silbe, die beim Gebrauch des Artikels damais wohl eben
sogut eintrat wie noch heutzutag, und die damit verbundene Auswer-
fung des Vocals werden durch den Apostroph bezeichnet, der in unsrer
Sprache stâts besagt dass in der Silbe durch Einwirknng des nachfol-
den Wortes etwas ausgefallen ist. Dièses Verfahren war um so noth-
wendiger als es auch auf das abhângige persônliche Fûrwort Anwen-
dung fand, welches im Worte nel (statt ne V) mit der Verneinung zu-
sammengeflossen war. Mein Teit batte mir es mit Bestimmtheit vor
gezeichnet, da in Redensarten wie je vous V di par Sainte Elaine
(8, 10), je r di por Gadifior u. s. w. wohl niemand auf den Ge-
danken kommen wird ein Pronomen je! zu schaifen und jel di zu
schreiben; denn man musste dann auch ein vousl und eine Menge
andrer Verbindungen ins Leben rufen. Ist diss einmal zugegeben, so
wûsste ich auch nicht zu sagen warum die verneinende Partikel auf
das Pronomen eine stârkere Anziehung ausûben, und warum man zwar
je r dis, daneben aber je ne! dis pas statt je ne V dis pas schreiben
soUte, welches letztere eine feste, bestiromte Regel giebt Es finden
sich ausserdem noch FâUe wo die Anwendung eines Apostrophs nach
dem Buchstaben L, welcher das verkûrzte Pronomen darstellt, durch
das Bedûrfnis der Deutlichkeit geboten ist; z. B. in qui V puisse ga-
randir, le caus qui T destraint darf nicht zugegeben werden dass
der Buchstab L sich mit dem vorangehenden Wort verbinde, indem
sonst etwas Widersinniges herauskâme. Entgegnet man, es reiche hin
diesen Buchstaben zu trennen, so weiss ich nicht welche schlimme
Folge es haben kann wenn man einen Schritt weiter geht, und die
Auswerfung, um sie recht herrorzuheben, durch einen Apostroph be-
zeichnet Im Uebrigen erwâchst hieraus, meiner Ansicht nach, fur die
Aussprache kein Schaden, denn die Sprache selbst bleibt bei dieser
Frage vôllig unberiîhrt
Nach den Anfuhrungen die ich oben- vielleicht in zu grosser Zabi
gemacht habe, scheint es mir nicht nôthig ein Verzeichnis der Werke
zu geben die sich auf den Alexander beziehen: es ist hinreichend wenn
0 Fallot, Clra«MMr« ie U lanffu* ronuBo.
XXIII
m den bereîts genannten der Artikel von Bninet und Ëbert genannt
wird; die Histoire littéraire fûbrt reichlich aile Quellen an ans denen
sich schôpfen liesse, und wenn ich zu dieser Aufzâhlung noch einige
weitere fOge *, so erweitre ich nur die Untersuchung, ohne dass ein
wirUicher Gewinn davon zu erwarten wâre. Ebenso verhâlt sichs mit
den zwanzig Handscbriiten der kôniglichen Bûcbersammlung, die ich
nur nacb den Zahlen angeben kann mit welchen sie bezeichnet sind.
Das einzige was mir noch zu thun ûbrig bleibt, ist dass ich den
lebbailesten Dank ausspreche gegen dlejenigen die mich bei meiner
Arbeit unterstîîtzt haben: die Herren Paulin Paris, Ritter Amyot bei
der Bûchersammlung des Zeughauses, Guicherat, Guessard und Leroux
de Lincy ; Yomehmlich aber gegen die Mânner welche den Ausschuss
des literarischen Vereins bilden: leider bat meine schwache Kraft nicht
hingereicht die Arbeit welche sie mir ûbertragen haben, in der VoU-
stândigkeit auszufûbren wie es mein Wunsch gewesen wâre.
1) FMiebeft i Lacroix do Uaàne uni eu Verrier ) Laborie, eaaai sur la «Mif ne 2, 150 )
■AMieii , iritter Thdl ; Le Grand d'AuMÎ , Fabliaux 3, 'iZi ; Roquefort , do la poéaie fran-
«aiae 8. 118 j Poéaiea du roi d« NaTarre 1 , <58. 165) de la Rue, oavai svr loi bardes ?,
^1 ; Augvim , poêtco fiaBçaie 2, 83.
Paris, im Herbst 1B45.
Hcinricii Alielielaitt.
Druckfehier.
Es war, ungeachtet aller Sorgfalt die der Herausgeber uiid die
Druckerei angewendet haben, nicht anders môglich als dass sich in
dièses Werk zahlreiche Druckfehier einschlichen, da es in fremder
Sprache and so weit Tom Wohnorte des Herausgebers gedruckt worden
ist, dazu durch Setzer die entweder des Franzôsischen ganc unkundig
waren, oder doch nur die neuere Sprache kannten, und geneigt sein
mussten dieselbe in die alte einfliessen jeu lassen. Der Vereinsaus-
schuss sandte zwar dem Herausgeber die Correcturbogen nach Paris;
aber eine einzige Durchsicht reichte nicht hin. Die Fehler die sich
bloss auf Unterscheidungszeichen oder Accente beziehen, zu sammeln
schien ûberflûssig; es folgen also nur diejenigen die den Sinn ver-
f&Ischen oder gar ganz entstellen.
IA0i„9^ 1. i. pria. 10, Anm. peroit. il, 93. en >on. H, 26. à bftndon. «4, 87.
abandon. 14, 37. Alizftndr». 23,21. nU. 24, 12. Innées. 25,23. uenubUkle.
26, 26. AUzanëree. 26, 3f. nnemi. 28, 26. enbron. 34, 27. par mi. 45, 14, vert.
48, 14. elose. 51, 35. venue. 56, 34. pnndana. 61, 14. lorneral. 72, 20. feleneeee
75, 30. esfrèe. 83, 32. eonrnrant. 101, 18. alever. 105, 19. de. 108, 33. Un. 111, 15.
de II. 113, 7. alla. 116, 18. eadrea. 128, 7. rernea. 181, 30. boi^on. 140, 17. li eore.
198, 15. Bmenidon. 207, 23. pot on^aea. 218, 5. nef. 221, 8. vie. 224, 32. LI.
238, 14. lors. 254, 29. eolèe. 256, 8. asamblè 270, note. Biaael. 274, note, tncal.
275 • 15. lai. 278 , 30. monneèe. 279 , 14. enie. 279 , 17. veée. 283 , 1. raient.
284, 7. malt. 294, 12. proavêes. 304, 28. poindre. 309, 11. s*amie. 312, 29. ean*.
813, 36. nmlves. 315, 13. en eatlle. 343, note, estaeea 353, 35. defors. 358, 31. eefreè-
Koni. 360, 20. frais. 373, 12. eriae. 374, 8. isnelement. 374, 13. eenptamt
375, 11. 36. Roee pendant. 875, 35. tris. 376, 23. dekait. 378, 32. avcroie. 389, 17.
deakoitiés. 390,32. amiraos. 392, 15. se. 394,9. me casent. 409, 33. Joa.
412, 26. en. 413, 18. fnant.' 414, 4 se. 414, 7. eafien. 416, 6. relonnie. 439, 32.
fuarUrr. 45?, 26. Flore. 474, 17. Bmenidon. 474, 82. es. 477, 17. mérite. 477, 2t.
alcure. 492, 10. s*esUsse. 498, 9. «a'il. 498, 10. Aristoles. 524, 16. sale. 529, 18
sans. 543, 20. qae n'estent. 545, 30. anUetel.
LI ROUNANS D'ALIXANDRË.
ehi MiinieitM Û VtmwunmmM de V Itot Alixandre UÈ
ta sirMi deteiit le monde.
Folio 4* lliii yiers derice estore viul entendre et oir,
pour prendre bon exemple de proeece aquellir,
de connoistre raison d'amer et de haïr,
de ses amis garder, et cièrement tenir,
^ ses anemis grever, c'uns n'en puist avancir, 5
les laidures vengier, et les bienfais merir,
de canter, quant lius est, et à terme sofrir.
oies donques l'estore boinement, à loisir;
ne Fora gueres nus, cul ne doie plaisir;
cou est de Y millor roi que Dex laisast morir. 10
d'Alixandre vus voel l'estore rafrescir,
que* Dex donna fierté et è 1' cuer grant air,
que par mer et par tiere osa gent enrair,
et fist à son commant tout le pule obéir,
et tans rois orgillous à Tesporon servir. 15
qui service lui fist, ne s'en pot repentir,
quar tous fu lor' corages à faire lor plaisir;
et il i para bien as durs estours soufrir,
quar, au destroit besoig, ne li volrent falir.
qui servir ne 1' degna, ne 1' pot tors garantir, 20
ne destrois, ne maupas, tant seust lonc fuir,
à l'eure que li enfes dut de sa mère iscir,
demou^tra tex,' par signe, qu'il se feroit crendr;
qoar l'air convint muer, le firmament croisir,
et la tiere croler, la mer par Uns rougir, 25
1) cuj. 2) «M. 3) Dex.
l'i t«iBaiii i*Aliz«B4re. i
2 ENFANCE D'ALIXANDRB.
et les bestes tranler, et les homes frémir;
ce fu senefiance, ne vus en qui mentir,
por moustrer de l'enfant qu'en est à avenir,
et com grant signorie il aroit à tenir.
L'estore d'Alixandre vus voel* ci commencier 5
en roumans, c'a gent laie doit auques profitier;
et teus set bien flner qui ne set commencier,'
*ne mostrer bêle fin pour s'oiivraige essaucier.
F. 4^ qui ces vers detenra , ce vus os tesmogner ,
ne devra avarise lever, ne essaucier; 10
quar gentius cuers ne puet par icou essaucier.^
qui trop croit en trésor, trop a le cuer lanier,
ne puet conquerre ounor, ne tiere justicier.
je ne vus commanc mie de Landri ne d'Augier,
ains vus commenc les vers Alixandre d'Alier, 15
de cui sens et proecce ftsent confanonier;
ici prenge regart» ki se vint afaitier *
et de boines costumes sen cuer aparellier.*
la vie d' Alixandre, si com ele est trovée
*en pluisors liez escrite, et par bouce contée, 20
ele fu à son nestre par signe desmostrée,
que percoivre s'en pot toute cose senée;
quar li airs en mua, c'est vérités prouvée,
et parurent esclistre sor le noire nuée,
U firmamens croisi doot fu grans estonnée, 25
et la tiere en tranla par toute la contrée,
et la voie del ciel refu par lui tantée,^
quant la caiere d'or en fu en l'air portée
par les iiii grifons, ù ele est acuuplée;®
et fu d'astronomie sa cars enluminée,^ 30
quar de toutes estoiles connut la compassé.
por cou, crola la tiere en icele jornée;
quar celé eure naiscoit la persone doutée,
à cui la signorie de 1' mont seroit donnée,
et la mers en rougi, por celé destinée 35
1) par foêtê trmtiêr. 2) inm teuê ns »9i finer qui kien êei eammeneier,
3) ffumgmer, 4) Mrlmtrs ei êmêéiguer. 5) temptié* 6) meêtéê, 7) fondée
êu pensée.
BNPANCB D'ALIXANDRB. 3
qu'en lui prist-il l'engien de la guerre adurée,
et d'enbuscier agait dedens selve rainée,
dont de maint orgillous abati la posnée.
les bestes en frémirent, ki sorent la jornée,
que manière de car ne seroit es mont née, 5
dont aucune ne fust par le roi sormontée.
a l'eure k'il fu nés, fu joie recouvrée,
et bamages creues et bontés ravivée,
que par mauves signor est si anientée,
que nul hom ne doutoit* vallant une denrée, 10
s'il ne seust de coi lî fust guerredonnée.
mais poi' dona li enfès, et ot ciere levée,
quar la soie manière li fu trop esmerée,
et la soie bontés d'autre desnaturée.
qui coses li rouva, ains ne li fu vée. 15
oisiaus donna et ciens et mainte rice amée,
mainte pelice grise et bermine engolée,
et maint hanap d'argent^ mainte cope dorée,
maint ceval bel et cras, mainte mule afeutée,*
ducées et roiaumes, por* k'il ot çaint espée; 20
et par cou, fu sa gens si bien entalentée
de conquerre s'ounor, en batalle jostée;
por que il fu armes et sa gens conraée,
autre gent contre lui n'eust nule durée,
ounor de signorie fu à cestui donée; 25
mais cil ki ore sunt,^ cantent la discordée,
li dons que cis donna, li fist tel présentée
que, par tout Orient, fu sa force mostrée,
dusc'as bones Arcu fu s'ensegnes mostrée,'
et il les trespasa plus d'une arbalestrée; 30
et lança son espiel tout outre une ruée,
toute tenist la tiere ki puet estre abitée,
se ne li fust si tos la puisons destemprée,
par coi sa bêle cars fu morte et entierée,
F- 4* quant ot pris Babilone l'il ot si désirée. 35
xixii. ans^ vescui et plus n'ot il durée;
1) io$tûit, 2) fuiê. 3) afêuiréé. 4) puis. 5) pH êoni rtmés. 6) forUe.
7) MMM iê XX ans.
4 ENFANCE D ALIXANDRB.
nus hom en si brief tans ne fist tel conquestée,
ne Julius César, ne Crasus, ne Pompée,
après lui fu la tierre à martire livrée
par Torguel des barons, et desierte et gâtée;
perte de bon signor n'est pas tos recouvrée; 5
de toutes bones gens devroit estre plorée;
ains par/ tiere ne fu à si bon commandée.
Li rois qui Macidone tenoit en sa baiilie,
et Grese et le pais,.' et toute Esclavonie,
cil fu père à Tenfant de cui oes la vie;' 10
Phelippes ot & non, rois de grant signorie.
une dame prist bêle, et gente et escavie;
Olimpias ot non, fille au roi d'Ermenie
qui rices est d'avoir, d'or et de manandie,
de tieres et d'ounor, et de gent bien hardie. 15
et la dame fu preus et de grant signorie;
si ama biaus déduis de bos, de cacerie,
harpe, rote el viele, et gige et cyfanic,*'
et autres estnimens et douce mélodie,
cil est privés de li, ne 1' mescrées vus mie, 20
qui par armes conquist pris de cevalerie;
et lor donnoit grans dons» car de biens est garnie,
les biaus cevaus d'arabes, et les mus* de Surie,
les siglatons d'Espagne, les pales d'Aumarie;
puis, li fu sa bontés a grant mal avertie, 23
quar la mauvese gent qui plaine est de boisdie,
l'orent en traison, de maudire aquellie;
disent qu'ele faisoit de son cors legerie,
ne gardoit preu la foi que le roi ot plevie,
quar à piour de lui se connissoit amie, 30
et de cors et d'avoir li otrioit partie,
autresi font encor li garçon plain d'envie;
n'est dame, se tant fait, que ele jut ne rie,
ne monstre bel semblant, que ne soit envaie.
qui mal lor quert à tort, li cors Deu^ les maudie. 35
la roine le sot, qui mult en fu irie;
1) puis. 2) en êOH domains. 3) doni vous ores, 4) pgis et einfoniê.
5) wmU. 6) Dstns Bex,
ENPANCB D*ALIXANDRB. 5
quar li plusior disoient, sens nule legerie,
qoe Alixandres est nés de bastarderie;
car è 1' tans k'il fut nés, si com la letre die,
ert i. clers de Y pais, plains de grande voisdie;*
Natabus ot a non' en la langhe arrabie; 5
à r nestre aida Tenfont, coi qae nus li en die.*
Holt lu li enfes larges et preus de totes riens,
car de lui commença li doners^et li biens;
ki de r sien demanda , de Y teer ne fu riens,
il conquist les Hermins, Persans et Suriens, 10
et la gent d'Orient, et tous les Indiens,
et trestous cens d'Aufrike, et les Eutropiens;
ce conte l'escriture que tous li mons fu siens,
et k'il fil tous li miudres des princes terriens.
Grant joie fu en Grese le jor que il fu nés; 15
ja estoit tous li mons issi anientés,
et li donnera ceus,^ avarises montés,
qui avoit le trésor, jamais ne fust mostrés;
ancois estoit en tiere et repus et boutés,
ancor en a en tiere v** sommiers torcés, 20
qui jamais ne sera ne yens ne trovés.
mais puis fii par le roi mains trésors, effondrés ,
F. 4' et as fins cevaliers départis et donnés,
dont il prist les castiaus et brisa les cités;
de coi fu par le mont roi et sires clamés. 25
muh fu par lui Porrus griement araisonés
sour Faighe de Gangis, ù il fu encontrés.
a plus de xx. m. homes i ot les cies copés,
et li cors de Pomi i fu pris et matés.
mult fu* fiers Aliiandres et hardis ses pensés, 30
quar se nus i* moustra ne orguel ne fiertés,
ne le pot garandir ne castiaus ne pités,
ancois que il ruist^ xl. jors passés.
fu ses cuers, de valeur isi enluminés,
que ains sers de putaire ne devint ses privés, 35
vilaine ne puciele ne Y pot servir a grés.
I) fram fêtonie, 2) Salmuàuê oî non. 3) vouê en. 4) rêniiéë. 5) H.
6) wmê ëmeoiê pt'il euêt.
ENFANCE D*ALIXANDRB.
L'enfance d'Alixandre fut rouit gentius et bêle;
bel semblant fet et rit à <*elui ki l'apele.
onques ne T pot servir vilaine ne ancele,
ains le convint tous dis norir une puciele,
et d'une france dame alaitier la mamele; 5
de si en Ocident ea ala la nouvele.
quant li rois Alixandres fu nés en icel jour,
avoec lui furent né zxx. fil de contor,
ki tout furent vasal et bon conqerreor;
de la tiere de Grese estoient li plusiour, 10
et If autre restoient jentil Macedonour.
cil soufrirent o lui mainte ruste dolour
en la tiere escaudée, ù n'ot onques froidor,
tous jors vescuirent d'armes, n'orent onques iabor.
par cens et par les autres conquist-il gcant ounor, 15
quar partout Orient le tinrent à signor.
En Taé de z ans» ce conte l'escriture»
se dormoit Alixandres en i. lit à painture,
d'un cier pale or frésé estoit la couvreture,
*de martrines estoit dedans la foureure. 20
icele nuit sonja une avison oscure,
que il manjoil on oef , de coi autres n'ot cure ;
o ses mains le roloit parmi ^ la tiere dure,
si que li oef brisoit contre la paveure ;
uns serpens en iscoit, d'orgillouse nature, 25
ains nus hom n'en vit un i. de si laide figure ; *
son lit avironnoit iii. foies a droiture
et puis se repairait' droit à sa sepouture;
a l'entrer cai mors, ce fu bêle aventure.
Quant li cambreiens vit,' Aiixandre s'esvelle, 30
effraès de sen sonje estoit-il à mervelle.
ses garnimens saisi, ricement s'aparelie,
et quant fu acesmés, à Phelippe conseille,
quant li rois Tôt oï, durement s'esmervelle.
là ù sot sage clerc, dusqu'en la mer vermelle, 35
pur espondre le songe ses mesages travelle.
Phelippes a mandé le sage gent lontaine,
1) contre, 2) puis repairmit arriire. 3) vnU.
BNFANCB D'ALIXANDRB. 7
les bons augureors a fait querre d'Espaigne,
deTins et sages clers communalment amaine.
premiers i est Tenus Aristotes d'Ataine ;
quant furent asanlé, une cambre en fu plaine.
tout le songe lor conte, et cescuns d'aus se paine 5
de respondre le roi boine raison certaine.
Premiers paria un Grius qui cuidoit estre fors*
de maintes sapiences, et de sortisseours ,
et de r art d'ingremance, et des devineors.
por c'ot non Astarus, que il savoit les cours 10
F. 5' des estoiles de Y ciel et de 1' sens des auctors.
nOr m'entendes, fait-il, des grans et des menors,
„ie Yostre sonje espondre serai ore doutors.'
„li oes est vaine cose, petite est sa vigours;
nli serpent qu'en iscoit, fel est, de maies mours;^ t5
„c'est i. hom orgillous qui mouvra mains esters,
„et verra sormonter rois et empereours,
nCt mettre desous lui et rois et aumacors,*
„et conquerre par force les castiaus et les tors,'
net prendre et retenir et tieres et ounors ; 20
„mais ne le pora faire, petite est sa valors^'
„ains.tomera arrière, petite est* sa vigors.**
quant Felipes l'oi, d'ire mua couleurs,
et cuida qu'Alixandres venist à ites tours. ^
Après cestui parlas Salios de Monmier;^ 25
sages hom de la loi, ases sot de Y mestier:
nOies, fait-il, signer, que je vus voel noncier
„de cose qui en songe pecoie de legier;
^ne croi-jou que nus hom peust bien esploitier.
ftW oes est vaine cose, legiers est a brisier; 30
Ji serpens qu'en iscoit, k'il vit félon et fier,
„est i. hom de fol cuer qu'il® voira guerroier,
„et toutes les contrées guerpir et exillier;
„mais tout son desirier ne pora expioitier,
„quar tout cil li fauront ki li voiront*^ aidier; 35
1) fiors. 2) maiêiré Hoetorê. 3) mors. 4) et frinceë ei eontor^,
b)p0Hê est M iakor. 6) êi pterra. 7) é^AUxmdres fu'i^ soit utauomiê
oûar« 8) Turmiêr. 9) qui, 10) devront.
8 BNFANCE D'ALIXANDRK.
„et mult yilainement l'esteura repairier,
„si com fist li serpens qui retorna aiier.''
cis a fait' Felipon durement esmaier.
Après ces iL parla Aristote d'Ataine;
en pies en est levés, de bien dire se paine: 5
„oies, fait-il» signor, une raison certaine.
„li oes de coi parlons, n'est mie cose vaine;
„le monde senefie et la mer et Faralne,
^et li mijous dedens est tiere de gent plaine ;
,,de r serpent qu'en iscoit, vou Tdi par Ste. Ëlaine, 10
„que cou est AUxandres qui souferra grant paine,
„et ert sires de V monde, ma parole en ert saine;
„et si homme, après lui, le tenront en demaine,
^puis retournera mors en Grese Macédaine.''
Felipes ot grant joie de V songe ki bien penl, 15
mult ama Aristote, et le tint cièrement;
tout li abandonna son or et son argent.
Alixandres fu preus et de bon entient;
ccrficonte l'escriture, se Testore ne ment,
que plus sot en x jors que r. autres en c. ; 20
la nouYiele en ala de si en Orient '
de ne sai quans pais i sont venu la gent,
li mestre des escoles, li bon clerc sapient
qui Yoloient connoistre sen cuer et sen tolent.
Aristotes d*Ataines Taprit onestement, 25
il li monstre escriture, et li valles Tentent,
Griu, Ebriu et Caldiu et Latin ensement,
et toute la nature de la mer et de V vent,
et le cours des estoiles, et le compasement
isi com li planette maine le' firmament; 30
et le vie de V mont et quant k'il v apent,
et connoistre raison, et savoir ingrement,*
si commes retorikes en fait devisement;
après cou li a dit i. bon castiement:
que ja sers de putaire n'est' entor lui sovent; 35
F. 5^ quar maint home en sunt mort, et livré à tonnent,
1) rêêponê fist. 2) Oecidont. 3) kurleni «m. 4) «f momV eonmmêtrê
raiêon êi JugewÊênl. 5) vaiL ^
BNFANCB DALIXANDRB. 9
par losenge, par mordre, par enpuisooement ;
li mestre U ensegne, li damoisiaus Tentent.
Une grant pièce après c'Alixandres fù nés,
vint i. hom è V pais, de grant sens renomés,
Nataburs ol à non, des arts ert bien fondés.* 5
cil fu puis d*Alixandres et mestres et privés;
cil U moustra de Tair toutes les qualités,
et en quele manière est li solaus levés,
et si comme la lune remue ses clartés,
et de r cors des estoiles li moustra-il ases. 10
cil sot tant d'ingremance, et si en fn usés,
c'ainc si bons encanteres ne fu de mère nés.
quant eust devant vus v^* homes armés,
vus sanlast que cescuns fust i. arbres rames,'
et par' aighe corant qu 'i disies vus i près,* 15
et mesist en sa bourses les tors de xx. cités,
de lui fust Alixandres mescreus et blâmés,
por cou que de sa mère fu durement privés;
dist-on ï!'û ert ses ftus et de lui engenrés.
.L jor le prist as maints'^ sor i. mont ù il ert, 20
si le bouta aval que il fu lues tués.
Huit fil ber Alixandre; quant passé ot x. ans,
de par toutes les tieres a mandés les enfahs,
les Sus a rices princes et tous les plus vallans.
ases en poi de tans en ot ave lui tant 25
que s'il tenist la tiere à xiiij. amirans ;
largement lor donoit et faisoit loc talanU
ses osteus resanloit festes de marceans,
tant avoit entor lui de petis et de grans ;
ne prenoit pas consel as mauves recreans, 30
mais à ses gentius homes et tous les plus poisans;
et cou est vérités, n'en sui mie doutans;
ja de maie racine, n'est arbres bien portans.
Alixandres s'aloit par i. jour déporter
dehors les murs d'araine, lès la rive de mer. 35
li contrée fut bêle, li solaus luisoit cler;
1) d'^mpm êsioii pmréê: 2) p^ii fetUt de tos mrkrêê rmrnéê. 3) éî
'mm. 4) ftMire mrpetu de préë. 5) iiuiiW.
10 ENFANCE D'ALIXANDRB.
entour soi commença le règne a regarder;
environ lui aloient tel ccc. baceler;
n'i ot i. ne soit fins a demaine, u à per,
u à prince de tiere, que li rois dut amer.
Alixandres les fist par ses letres mander, 5
pour cou, quant il sera au terme d'adouber,
avoec lui les fera ricement conraer.
puis lor convint, o lui, grande paine endurer,
et mainte nuit viHer, et maint jor jeûner
par les tieres sauvajes que il vot conquester. 10
Alixandres s'estut et prist à escouter;
desour toute la vile oï i. cri crier;
a tous caus qui Toïrent, estut le sanc muer;
n*i ot i. si hardi, ne convenist tranler.
Alixandres, lès lui, vit i. sien mestre ester; 15
de r cri k'il ot oî, li prist à demander;
ii mestre lî commence une^ cose à mostrer,
por cou que cel afaite li viut' faire oublier;
quar il sot Alixandres ' si félon à douter
^que nus de son corage ne le poroit trener.* 20
de Nicolas le roi li commence à conter,
qui gueroie sempre, et vint desiretet,*
et vint toute sa tiere exiller et gaster;
F. 5* car treu li demande qu'il ne li viut doner.
Alixandres ot ire, si commence à jurer, 25
après li respondi: ^ne V puis ore amender,
„tant k'iere chevaliers,* me convint endurer,
„et quant avérai eles, si m'esteura voler;
4eus me viut or mal faire, qui le puet couparer.""
Alixandres apele i. sien dru Festion; 30
si le conjura fort, qu'il li die raison,
de r cri que il o! si die Tocoison;
et cil li respondi: „n'en dirai se voir non,
„et si est cou folie que nous le vous dison.^
nC'est une fiere beste, ains tele ne vit-on, 35
1) mtirê, 2) veut, 3) sou eawagê. A) que ja de rien qu'il voelie
né V foim eomirêëi^r. 5) son père y por lui desireier. 6) imui eam je «tit
en mue. 7) eelon.
BNPANCB O'ALIXANDRB. 1 1
^feleneske et hydeuse, ceval Tapele-on.
„eD L jour* fostes né, ensi corn nous qiiidon,'
„la roine d'Egipte Tenvoia Phelipon,
„asses de peu de gent,' petitet et feon.*
„or nus en tout le mont* ceval ici félon; . 5
nonques nus hom ne Tit beste de sa façon;
„le costes a bancans et fauve le crépon,
nia ceue' paonnacé, faite par devison;
nSi a teste de bouc^ et s' a ious® de lion,
»et s' a ous* de cheval, s'a Bucifal à non. 10
nclos est en une tour, s'a mures environ;
,jà ne quert riens veoir en la soie maison,
«ains, en toute sa vie, n' ot i. jor compagnon.
»qnant on prent ci-entor*® traitor u laron,
njà nus hom n'en fera justice, se il non; 15
y,h la beste le livrent, s'en fait destruction ;
Ji en ociroit bien xiiii. d'un randon.
nn'a c. houmes en Grese, isi com nous cuidon,
^qui osasent gieter Bucifal de prison:''
lors a dit Alixandres, à guise de baron, 20
que il savera tos se cou est voirs u non.
à cest mot le saisirent trestout si compagnon ;
il en jure sen cief et mist sa main enson
que, se nus le tient plus, n'avéra garison
de r puig u de 1' pié perdre , sans nule niencon ; 23
puis n'en i ot celui ne 1' lessast abandon.
De r reson de 1' ceval fu Alexandres lies,
jamais n'avéra joie, si en est acointies;
ases plus le convoite que familleus dainties.
n'a homme en sa compagne, qui mult n'en soit iries; 30
quar il ne gardent l'eure que il soit depecies,
et les membres de 1' cors desrômpus et saciés,
quar cescuns en cuide estre destruis et exillés.
droitement a le vote est venus airies,
a l'uis est arestés, si a féru des pies 35
1) é e jtmr ke. 2) que dé fi U set-on. 3) atêeê de pot d'eage. 4) et
fUitet {non. 5) n'a «ti tôt le oieeU. 6) queue. 7) iuef; 8) iex, 9) ei
cors. 10) en eeet règne.
12 BNPANCE D'ALIXANDRB.
et d'un mail k'il trouva, tant qu'il a trebucies/
li cevaus vit sen^ mestre , si est humelies ;
signourage li moustre, si est ajennolliés;
plus fu et cois et mus.qu'esmerillons en giés. ^
Alixandrjes le vit, si en fu forment liés, 5
sempres li f u li cols et li nos' planoies;
hui istra de prison ii ot esté liiés.
Mult fu lies Alixandres, quant il vit le ceval
qui vers hii s'umelie et ne li fet nul mal;
la crupe il manie* et les crins contre val 10
qui plus estoient cler que pieres de crestal ;
et le pan^ li essue de ï pan de son cendal
è r cief li met i. frain à or et à esmal ;
F. 5' au plus tos que il pot, monta sour le ceval,
et issi de la porte, dont fort sunt li mural, 15
en miliu de V palais, a pris li ber estai;
de -toutes pars le fuient, n'iot issi vasal
qui osast arrester, tout le tienent à mal;
quar ne sai à quans homes a fait laidure et mai.
Alixandres descent devant le dois roial, 2U
li petit et li grand crioient communal:
„icis nos mostre ensegne de roi emperial.''
Tout ont ceste mervelle oie et entendue,
que Alixandres a Bucifal trait de mue:
onques n'ot è V pais plus fiere beste mue; 2d
quant le virent venir, s'ont tel paor eue,
et la gens d'environ en est si esperdue,
cil se tient à gari, ki premiers se remue,
tos fu par le pais la no vêle seue;
Griu et Macédoniens en ont grant joie eue, 30
et dient que lor tiere ert par lui defifendoe,
et la Dan Nicolas gastée et confundue.
Mult fu de ceste coste*^ joians li roi Felis,
que ses fins Alixandres est si preus et hardis ;
onques en tout le mont ne nasqui si bons Gris. 35
la roine en fu lie, qui souvent i ot mis
son or et son argent, et sen vair et sen gris
1) pietOêBêiesmuéê. 2) luntiê^. 3) doê. 4) p/mtc. 5) /Wml. 6)co#0.
ENFANCE D'ALIXANDRE. 13
qu'AIiiandres donoit as demoisiaus de pris,
as fias as genttus hommes, de par tout le pais,
. si qae, par toat le mont, ert si montés ses pris
c'on ne quidoit qu'è i' mont fust autretens hom vis.
à xiii. ans et y* mois fa ses termes asis 5
que cheTaliers dot estre, li congiés en est pris,
li baron Yont an roi à raison l'en ont mis:
r,d'ane riens soies vas, sire, sears et fis,
„que Tos fids a le cuer de grante force espris;
nquar tant conquerre cuide desor ses anemis, 10
..qu'au partir en sera li plus rices mendis;
net TUS soies à aise, en repos soies mis
„et aies en riyiere od vos faucons volis;
nTos fius soit chevaliers et deviegne pénis,
„8i conquerre la tierre à tous ses anemis. 15
nDex a fait peu. de tiere, si com lui est avis,
„qaar se il en estoit sires et poestis,
ntoute l'aroit donée de si à xv. dis.
nicest plet comperront li mauves rice asis, •
„qui les firans chevaliers ont fait povres mendis, 20
„et ont les grans trésors et les ciers pales bis'
ftdont li règnes de Greses ert vestus et porpris."*
Entor le roi estoient li demaine et li per;
d'Alixandre li prient, ne 1* face demorer,
car bien est de 1' eage que armes puist porter. 25
la roine de Grese en vet au roi parler;
li rois ot la parole et le tierme noumer,
si dist à la roine: „or vus estuet pener
„de querre rices dras, por lor cors conraer;
„et jou m'entremetrai de boins conrois doner, 30
»et ferai ccc. autres pour s'amour adouber.""
la roine en fu lie, si se vot fort pener,
quar c'ert la riens è V mont qu'ele doit plus amer,
à icest mot commence 11 baniers à crier,
por les valles bagner facent aighe aporter. 35
Alixandres l'oi, si a dit comme ber
F* 6* que ja n'i aura aighe, fors le sause de mer.
1) 4 Sept. 2) gris.
14 ENFANGB D'ALIXANDRB.
le soir d'une grant feste que on dut célébrer,
sont venu à la rive por lor cors eslaver;
ilueques veiscies bagnier tant baceler,
et courre par celé aighe et salir et noer;
icel jour les aierent mainte gent esgarder. 5
Entrues' qu'Alixandres estoit aies bagnier,
la roine de Grese fist ii. cevaus cargier
de rices vestimens qui erent bon et cier;
droitement é la rive les a fait enroier
le' novel roi de Grese qui le coraje ot fier, 10
qui onques jor n'ama félon ne losengier,
qui fist' ses compagnons devant aparillier,
et dist que li plus povre soient vestu premier,
s'ait cascuns bones armes et bon corant destrier,
les conrois Alixandre ne set nus esprisier, 15
toutes ses vesteures ne vous puis desrainier.
ses hauberc fu ouvrés en Tile de Durier,
li pan sunt à argent, la ventalle à or mier^
(onques, de sa bonté, ne vit nus si legier,)
ses Ç8CU8 de sinople et ses brans fu d'acier. 20
iiii. mois et demi mist Biles ^ au forgier.
devant lui amenèrent Bucifal le legier,
Alixandres i monte, estrier n'i vot baillier.
la veiscies grant joie, à l'iscir de 1' gravier,
il erent bien tii. c. tôt novel chevalier; 25
cescuns point le ceval des espérons d'acier.
Felipes -commanda la quintaine adrecier,
icel jor i ferirent li nouvel chevalier;
li auquant se déduient au traire et au lancier;
quant il ont behordet, s'asient au mangier. 30
la peuscies veir tant comte et tant princier;
de la tiere de Grese i furent li guerrier,
ains qu'il fuscent levé, atant es^ i. mesagier,
qui conta tel parole, sans dit de m.encognier,
dont morurent as armes c"*- cevalier, 35
Huit fu bêle la cours en la sale à lanbrus.
par amour Alixandres servi Antiocus,
1) Demetareê. 2) ei, 3) m fait 4) BaUê. 5) m vouê.
BNFANCB D'ALIXANDRB. 15
Tolomes et Dans Clins, Aristes et Caunus, * *
Pierdicas et Liones, li ber Antigonas*
Lincanors et Pilote» Aristes li membrus;
devant le mestre dois serri Emenidus.
atant es le mesage qu'en la sale est Tenus, 5
le roi Felipe apele devant contes et dus:
«rois Nicolas, te mande que li renges' treus
„de toi et de ta tiere, que n'i demeure plus;
net se tu ne le fais, de cou soies seurs,
^en ta tiere venra o Hermins et o Turs. 10
„ne te garra castiaus ne cités ne fors murs,
„ci que par vive force vos metra au desus.""'
Felipes ne dist mot, ains clina le eief jus.
Dolans fu Aliiandres, quant il vit le mesage
qui li a aconté son doel et son damage; 15
de mautalent noirci et mua son visage,
voiant toute la cort se drece en son estage,
sor l'espauie s'apoie Ëmenidon d'Arcarge,
le mesager apele se le dist son corage:
ijou manc à ten signer, trop a fait grant outrage, 20
F. 6^ „qui de V règne de Grese demande* (les) treuage.
„il Tara à bon terme, si je puis, si sauvage
^que li retomera à honte et. à damage.
,ja por tant que je vive, ne li donrai ostage
„*jà n'ara si je vie fremeté ne estage. 25
^qui Y puise garandir, tant i ait fier pasage.
„or me convient prouver sor lui son*"^ vaselage.
jamais n'avérai joie en trestot mon eage,
«si m'arai^ ceste honte amendé par son^ gage,
«si que le cief de lui en avérai en gage."" 30
Li mes ot la parole, si se met è V repaire;
aine ne fina d'errer de si que à Cesaire.
a Nicolas a bien aconté son afaire,
conta lui d'Aliiandre com a fier le visage,®
et le cuer plus hardi que lion c'en ot braire: 35
„ains ne nascui teus hon^ por boine gent atraire;
1) Cauluê, 2) rende. 3) U venrM ai dê^uê. 4) m demandé, ô) mon,
6) Umi qu'il m*aii. 7) «Mm. 8) riaire, 9) tes ham me luMftii.
16 BNF4NCB D'AI.IXANDRB.
„a caus qui sont o lui eçi frans et de bone aire/
„et a ses anemis est feP et de mal aire.
nUe vus cuide laisier ne castiel ne repaire,
„ain8. vus en cuide bien par vive force traire.**
quant Nicolas Toi, de riens ne li pot plaire, 5
il en jure sen cief et sa pelice vaire,
s'as puins le puet tenir, il li f^era contraire:
,Je li quit destemprer si félon laituaire,
„n'aideroit sen parent, s'il 11 >eoit Tuel traire.
li mes dist en riant à Brian de Calvaire:' 10
„de lonc le manecies, il ne vus prise gaire.**
Mervelle ot Alixandres, quant il ot de le guerre
que li rois Nicolas vint treu de sa tiere.
par les lointains pais ^fist les bacelers* querre,
qui tout vegnent a lui qui or voiront conquerre. 15
li nouviaus rois de Greses ses grans trésors desere; .
nus n'en puet remanere en huge n'en soustiere;
a ceus le fait donner que li povretés navre,*
et venront avoec lui les grans paines conquerre.*
De cou fist Alixandres que gentius' et que fiers, 20
que frans et deboinaires, que gentius chevaliers,
quant ot par le pais mandé ses soudoier,
par congié de sen père a pris les useriers,
les sers de pute orine, les félons pautonniers
qui les trésors avoient et les mons de deniers, 25
qu'es laisoient pourir a muis et a sestiers.
tous les a départis as povres chevaliers,
as gentius bacelers, que il estoit mestier,
et les a atornés d'armes et de destriers,
n'i a L isi povre qui n'ait ii. escuiers. 30
quant furent asanlé par les plagnes d'Aliers,
plus en ot Alixandres de Ix. milliers; ^
Emenidus d'Arcade fu ses confanoniers.
Onques n'isci de Grese tel jent por* Felipon,
com Alixandres ot^ si nos dire le son,* ' 35
en la tiere d' Aller de coi ot le somon.
1) dekaiHMrê. 2) /ier#. Z) Beeker de Valemire. 4) ehêvaiiaré. 5) mtère.
6) êùferre. 7) i^aiUmHS, 8) ieê Oë de. 9) éê pUtmêë de VaOa».
W^ANCB D'ALOANDRB. ^7
la veiscies tendu maint rice pariUon;
Aristote* se jut sor i. pale* esclaron.
Aljxandres apele, si Ta mis à raison:
«eslisies idi. pcrs qui soient compagnon,
«qui menront ros esceles,' totes par deTison.* 5
nS'ames vos cheraliers et fuîtes lor gent don ;
nYus saves, qui bien done, tolenliers le sert-on,
«et par donner puet-on amolier félon,
«qui tout vint et tout part, des auqilans le dist-on/
«se voles larges estre, plus en seres preudon, 10
F. 6* «et coûquerres la tiere eirtor et environ,
«si que nus hom n'ara vers vous desfension."
Alixandres Toi, si dreca le menton,
et a dist à sen mestre: „ci a bêle raison;
«eslisies vus -meismes de qui nos le feron.** 15
— primerains i metes Tolomé et Clincon,
«Lincanor et Pilote, et Dant Emenidon,
«Perdicas et Lione avoec Antigonun,
«et le conte Arides, Ariste et Caunon,
«Antiocus avoec;* or sunt xii. par non. 20
«icist sunt tôt preudomme et chevalier preudon'
«Emenidns d'Arcade por® vostre confanon.**
et a dit Alixandres: „à Deu bénéichon.**
En icel jor que furent eslit li xii. pers,
que H rois Alixandres les ot fait deviser, Hb
a fait monter sa gent et ses grailes soner.
è ¥ règne Nicolas voira très or* aler.
Emenidns*® commande son confanon porter;
jamais ne finera, si venra à la mer.
devant soi, encontra li rois i. baceler 30
qui les ceviaus ot blont et le viaire cler;
son samblant ne sa face ne vus sai deviser;
de plus jentil dansiel n'ora nus hom parler,
alulés d'une cauce, n'ot houce ne soller.
à cens devant a pris le roi è demander; . 35
1} AlîX€mdrê4. 2) Ut 3) baUdlUê. 4) deviêion. 5) M veuiy ireêiot
P^, à «Mtr U voit ^ an. 6) eU. 7) harans. 8) fori. 9) dés or.
\0)BmtÊddom.
u Braatu l*AlliMiir«. 2
18 ENFANCK D'ALIXANDRK.
i. dansiaus Tesgarda, si li ala mostrer,
et il ala le roi hautement saluer:
„sire, entent ma parole, bien le dois escouter.
„ne m'aies en por* vil, se me vois povre aler,
,ge me peuise mius vestir et àtourner; 5
,,mais teus faom me fait querre,' s'il me pooit (rover,
„qui me feroit le bu de la teste sevrer.
,ge sui cousins^ roi Daire, ne le te doi celer,
„fius sui de sa serour, si me deust amer; • *
„mais il me* tôt ma tere, pour moi desireter. 10
„or Siui venus à toi, car j'ai oï conter
„que tu retiens les povres qui voelent amender,
„et plus povres de moi ne pues tu esgarder,
„quar je n'ai tant de tiere ù me puise eseonser.""'
à icest mot a fait maint chevalier pasmer;* 15
Alixandres mdsme commence à sospirer.
après li demanda com il se fait noumer: .
„sire, jou ai nom Sanses, fins le roi Oteer.^.
„li rois Daires, mes oncles, le fist emprisonner
„et moi fis del pais et cacier et jeter. 20
„Tir me toit et la tiere qui siet' joste la mer,
„plus que on ne porroit en iiii. jors errer.
„è r roiaume de Perse foi ferment loer;
nonques de si à toi ne me voel arester.
nbui deveg* tes hom liges, si m'en voel mult pener 25
„de faire ton service, bien t'i poras fier.**
Alixandres ot joie qu'il Toi si parler, •
a pié est descendus, se 1' prist à acoler.
son mestre cambrelenc fist II rois apeler,
de rices dras dé soie le fist bien conraer, 30
ceval et bones armes li commande à doner;
sa tiere ii rendra, s'il le puet conquester,
et donra de le soie, s'il le sert sans fauser,
dont il pora en l'ost x"* homes mener,
et Sanses cerement' l'en prist à mercier. 35
F. 6' Bel home ot en Sanson quant il fu bien vestus
\) fwr e%, 2) guerre. 3) méê le. 4) fhrer. 5) Oioner, 6) deviemf.
7) Mnememi.
BNFANGB IKALKANDRB. 1 9
ses manUaus tvt hermius, de deseure Tolsas
d'an samit de Paterne vermel ou ver menus;
li tasiel sunt à pierea^ H ors i est paras;*
cances ot de bran pale et esporons agna.
en riant dist au roi: ^tes amis est creua; 5
»qne ja ne vus bura, tant com durt sa yertus;**
et Q fn d'Alixandre liement retenus;
de tîere à x"* hommes, li est ses ftus creus.
„sire, cou a dit Sanses, grans biens m'est avenus;
»eacor quit reoir Feure que Daire ert deceus. 10
„Ia tiere en areres et il ert confondus.
„quant escapai de Perse, et j'en sui fors iscus,
„ases fui de ses hommes pour ocire sens,
„par CesarieP le grant m'en yig tous irascus;
„mais onques par nul homme n'i fuis reconneus. 15
„la trouvai Nicolas qui est d'ire esmeus;
„cil remanace Grese a ardoir comme fus,
„por cou^e ne l'en est aportes li treus/'
lors respont Aiixandres, sens consel de ses dras:
„vas ires à Gesare qui en estes venus 20
„et dires Nicolas que jou sui ja venus.'
„le treu* 11 aporte à tout c"** ' escus; *
„se partans ne 1' vienc querre, à son oes ert perdus.
„mais avant li dires, de par moi, tes salus,
„que j'en serai ocis n il sera vencus, .25
„ains que ja li treus li soit par moi rendus.
„la bataille li manc o mes armes u nus,
„et cil ki vencus ert, sera rois abatus;
„ne doit tiere tenhr jouenes hom recreus/'
Sanses entent le roi, si monte è Y bai de pris; 90
tant cevauce li ber qu'en Cesare est vertis,
et trouva Nicolas en son palais assis;
entor lui ot ases domaines et marcis.
son mesage li conte, ne fu mie esbahis:
„ Aiixandres vus mande, li rois- poesteis 35
„qni de mort vus detBe, ne* pas n'est vos amis,
„por cou que de sa tiere aves treu requis.
1) 4«hi#. f) Cêsairê. 3) nutu. 4) Irerage. 5) irenlê m. 6) emr.
2»
20 BNFANCB 0'ALUUNDRB.
,,mull fier le vus aporte, à tout c*"- Gris;
„eD Yo tiere est entrés^ de cou «oies tos fis,
,,ne jamais n'en istra à nul jor k'il soit vis,
„dusqu'il sera vencus et il en ect ocis.^
„ne Tiut ja c'autres hom en soit mors ne malmis; 5
„le batalle yus mande et jou le vus devis,
„cor8 à cors contre lui, sor le' ceval de pris/*
Nicolas Tentendi, si abaisa le vis,
d'ire et de mautalent fu et mus et pensis;
après li respondi, com hom mautalentjs: 10
„mesagier, com as non? — sire, Sanses d'Alis,'
„et sui nies le roi Daire, mes br en suis escis.
„à tort me disirite; mes à tel me sui pris
„qu'il me rendra ma tiere, et plus m'en a promis
„dont jou menrai en ost x^'^ fer vestis; 15
„cou est li miudres rois, li plus amanevis
„qui nascui, puis c'Adans isci de paradis
„qu'il perdi por le pum ki li fu contredis.
„or vous di je por voir, et si en soies fis, '
„s'il vus trueve en batalle, vus «seres malballis; 20
„vencus i remanres et de V règne caitis;
„sor le fier de sa lance est tes jugemens mis.*'
F. 7^ quant l'entent Nicolas, de fauset' fist i. ris,
et a dit à Sanson, oiant tous ses marcis:
„va, si di ten signor, ses morteus anemis 23
„le soumont en bataille, d'ui en xl. dis,
„se il vint cors à cors u gent contre geAt mis.**
Quant Nicolas oi le dit de 1' mesagîer,
qu'il manace Alixandre de la teste à trancier,
et com son an^i le voira enpirier. 30
le mesage commence mult bel à losengier;
à soi le vofara traire s'il le puet esploitier:
„amis, ce dist li rois, je me* voel acoiatier
„puisque tu es nés Daire, tu en fais à prisier;
„il est près mes parens, ne m'en dois losengier; 35
„muU eslaidist sa face, qui sen nés fait trencier;
i) aitu i êtrêê veneuê u- U i ert oeis. 2) bomê. 3) ii« Lis, 4) Ami.
5) fmmiê, 6) #«.
ENFANCE B^ALIX ANDRE. 21
„qai son lignage abaise, ne Tdoit' on avoir cler.
»,or guerpis Alixandre, et si me vien aidier;
„de men règne avéras, s'il te plest, i. qnaftier,
„et si t'acorderai à Daire le guerrier.'
,,ta tiere te rendrai toute sans calengier; 5
„ne dois celui servir qui te' viut gueroier.
,,8'il treu ne me rent, jou le viuc gueroier'
„et de l'orgnel c|u'il a si durement plaisier
„que ne Y voiront veoir cil qui or Vont plus cler."
— „0r oi plest, ce dist Sanses, ki bien fait alaisier, 10
nquant me rouves celui qui bien me fait cangier,
,,et ki ja m'a doné si très cortois louier,
„que servir m'en poront x*- cevalier.
,Jà tant com jou araî le cuer de 1' ventre entré,*
„ne l'guerpirai pour homme, pour les membres trencier. 15
„comment m'aidera cil ki lui' ne puet aidier;
„toi meisme quide-il confundre et exillier,
„et tout desireter et de 1' règne cacier.
„il ne resanble mie le cuivert pautonnier,
„roi Daire le Persant, qui Dex doinst encombrier, 20
„que d'un ser de putaire a fait son consiUier.
,ga devant Aliïandre n'oseroit aprocier;
„s'on li disoit losenge,* pour autrui enpirier,
„li rois le feroit pendre u en aighe noier.
,,de lui 'et des ses homes te bonvient-il gaitier. 25
,Jou t'ai dit men mesage, si m'en voel repairier."
atant monte è 1' ceval que phis n'i vot resnier;
jusqu'à r tref Alixandre n'ot cure de targier.
Quant Alixandres voit son mesage Venir,
il l'enbrace et le baise, que ne le pot tenir.' 30
nouvieles li demande, et si les vint oïr.
„Sanses, ne 1' me celés, s'il vus vient à plaisir,
„que vus dist Nicolas? s'en voira il fuir,
„u se vohra vers moi en batalle tenir?"®
„ — certes sûre, dist Sanses, il est de grand air, 35
1) si u ferai vers Daire Um oncle repairier, 2) me. 3) je V fuie
«i emeHUr. 4) è V ventre enHer. 5) êoi. 6) Undenge. 7) ne s'en poi
aeienir. 8) venir.
22 ENFANCE D'ALIXANDRE.
„si com cil qui vos viut de tout sen cner hair,
„et mult nos quide bien par sa force honnir.
„ainc home de batalle ne yï si araifiir;^
„par losenge me vot de vus faire partir,
„et dist qu'il me feroit tout rendre, à mon plaisir, 5
„quanque Daire me toit et que jou suel tenir;
„et me vot de son règne i. quartier départir,
„por tant qu'à son service me vosise obéir;
„mais jou n'ai mie cuer de mon signor trair,
„si U sot bien respondre, à bon mos, sans mentir, 10
,,que jou signor avoie plus vallant à servir,
F. 7^ ,»qu'il ne fust, ne rois Daire qui me vot malbaillir.
„et sacies, de V treu ne se (Viut astenir
„que il ne V vus demant, que qu'en doie avenir."
quant l'entent AUxandres, si commence à frémir; 15
d'ire et de ihautalent prist sa faces à noircir,
et jure celui Deu qui solel fait luisir
que l'un d'ans ii. convient en batalle morin '
à ces mos en alèrent as batalles' jesir»
et au main,' quant il virent le solel esctarcir, 20
fait li rois le harnas et les tentes quellir.
jamais ne s'i voh*a arester ne tenir
de si que de Cesare pora les tors veir.
Dolans fu et pensis Nicolas des respolds
que li mande Alixandres, li cûvers,* li félons, 25
que ne 1' |)ora garir fermetés ne dognons.
de partout son roiaume a mandé les félons,*
que lor convient laisier esperviers et faucons,
et facent ratérner* de novel les blasons,
et bones armes aient et les cevaus Gascons; 30.
quar bien lor est mestiers, isi com nous quidons,
et viegnent à Cesare, à coite d'esporons,
aparillié de guerre; partans en est besons.
tous esmuet les pais k'il ot larges et Ions;
" si en jure les Dex à cui il fait ses dons 35
que se il i remaint chevaliers ne peons
1) Mfîr. 2) hêrkêTfië. %)'à V matin. 4) orjfuiiimiê et b) êê
6) rafreêfuier.
BNFâNCK D'ALIXANORB. 23
qui armea poist porter ne seçir en aroons,
destrois ert, u pendus, u rostis à carbons.
qpmi furent asamblé caus que il ot soumons,
bien furent ce"*-, enai corn nous quidons.
là peuaciea^- (veoir) tant rices confanons, 5
indea, Termaua et gausnea» de diverses façons.
8or l'aighe de Cobar tendent lor pavillons.
Quant li rois Nicolas ot tote s'ost mandée,
sor Taighe de Copar en le plagne année',
plus durèrent lor loges de demie jornée; 10
nequedent' que par home soit ja desbaretée;
mais il ne reront ja la quinsaine pasée;
qui teus a grant orguel, qui perdra. sa -posnée.
Alixandres cerauce, s'oriflanbe levée,
0 sa ricea compagne d'une gent ordenée,* 15
qui toute est de batalle essaie et provée.
il n'avoii gent è 1' monde ki plus fust alosée,
de bon signor garnie et bien enluminée,
qui tout fait lor plaisir et quant que lor agrée;
et ele est en batalle por lui si enbrasée 20
que vii. tans d'autre gent ni aroient* durée,
il cevauéent à force et passent la contrée.
Tbolomes regarda vers une plagne lée,
des tentes Nicolas i coisi la fumée,
et vit les pavillons è 1' funs d'une vallée. 25
li L des Grius à l'autre a l'ost au doi* mostrée,
et dient en riant: , jamais ne cagne espée,
„qaî de ces partira, s'en est^ targe quasée.^
„la bontés Alixandre ki si nos est privée,
„doit bien estre a ices primerains acarfée.''" 30
ja fust l'os des Gregois maintenant aprestée,
mais li rois Alixandres a sa teste jurée
que mar s'en mouvra i.,- s'est *^ sa gent ordenée
et cescune batalle à sen droit devisée;
quar puisque si grans os est ensanble jostée, 35
F. 9* il n'est hom si poiscant par cui fust desevrée,
1) Uueques r«i>#te«. 2) asêotUée. 3) ne pùe. 4) aHurée. 6) n'aroii
À li, 8) r « toêî à V M. 7) êi mu 8) êêffndrie. 9) eottn^mrée. 10) •'••$
24 BNFANCB D'ALIXANDKB.
devant que mainte teste seroit de 1' bu copée, '
chevaliers abatus et siele renversée,
et de maint bon ceval la resne traînée.
„por cou voel que par sens soit ma gens ordenée/'
Quant les os de ii. pars se sont entreveues, 5
et les geldes à pie ki après sunt venues,
ont de Tost Nicolas les herberges veues»
tentes et pavillons et ancubes tendues,
et çnt les grans ricoises de Tost aperceues,
il n'orent les deffenses Alixandre entendues. 10
celé part vont corant, n'i ont règnes tenues,
grans cos i ont donés de lor lanees agues;
li dar que li Griu lancent et sigaites molues
i volent plus espes qu'en Mai herbes^ menues,
et cil bien se desfendent o les espees nues. 15
ains qu'en ait Alixandres lés noveles eues,
i ot sanc et cerveles de mains cors espandnes.
„Sire, dist Tholomes, les os sont esmeues.
,Ja i a d'ambes pars maintes testes tolues..
„faites armer ik)s gens, par ces plagnes ramues, ' 20
„que ne soient ancui folement deceues;
„si erent' ces iii. batalles Nicolas bien férues
„que jou voi ordener, lès. ces bruelles foUues,
„si que soient ancui laidement deronpues,
„* jamais totes les autres* ne seroient cremues.*' 25
„ — Tholome, dist li rois, les coses > porvenes
„vienent sovent a bien, se bien sont maintenues.''
or' ouus (sic) dont par sens as premeres venues.
Quant Nicolas voit l'ost des Grejois dans la plagne,
et les geldes à pie ki paient lor bargagnes, 30
teus i ala tous sens que percié ot l'entregne,
isnelement commande à armer sa conpagne,
et fait les faamas traire vers les puis d'Aliagne;'.
s'il vient a desconfire c' aient large canpagne.*
mult bel les amoneste et sajement ensfigne; 35
cescuns prie par foi, que il or ne se fagne,
que l'os ne se desroie, mes ensanMe se tegne,
1) piveuêê, 2) s'êreni. 3) ^Araigne, A) iargmigne.
BEViUCK D'ALIXANDRH. 25
quar fters est Alixandres^ et fiere sa conpagne :
„ne vus esmaies mie» se Tuna l'autre mahegne;
„au départir de V camp, vera-on le gaegne;
Jl ne puet avenir que li i. ne a'en plegne. .
„mias volroie morir que il ma tiere eopregne; 5
ntrop est grana ses orgius, et fière sa conpagne.
^melons fort contre fort, n'i ait autre bargagne.*^
Abilor de Loseme^ a commandé s'ensegne;
ne quide que nus autres à sa valor atagne,
ne que miUor de lui nule part mius aeagne. 10
Quant Alixandres Tit de l'est le commencaille,
et li geldes à pie ki muèrent la batalle,
L Griua en est partis, fenis desous rentraiUe;
li «ans qui de lui ist, desous son arcoû qualle.
Alixandres a dit: „ci n'a pas devinalle/* 15
et dist par mautalent: „ja Dex m'ait à bsdle,
„se jou de V asamblée fac mes la desevralle;
„or gart cescQns sa -cape à ceste commencaille.''
xii. escieles devise, à bien les aparaille.
Emenidus d'Arcade la primeraine baille, 20
et dist que bien les maint et sagement i aUe,
et gart ne se desroit et nus des rens ne salle ;
quar à si fait be9oig et à tele asamllable
F. 7' ne puet-on bien trouver, se par sens ne travaille.
Emenidus respont: „jà tant corn aurai maille, 25
„ne mon hauberc tenir, ne gieron, ne ventalle,
„por doutance de mort, ne lôr i ferai falle.
„ancois serai férus très parmi le coralle, .
„et avérai bendé le cors d'une toualle
„qne jou ^e face cose qui à ounor vus vaille.'* 30
li rois dist en plorant à Garson de Vialle:' <
„on l'en puet mult bien croire, n'i a nul qui le valle."
La première bataille conduist Emenidus,
Perdicas li seconde et le tierce Caunus,
le quarte Liones, le quinte Antiochus; 35
en le siste batalle fu mis Antigonus;
en cçli ot asses de princes et de dus
1) !• Sêre, 2) riatU à Qartn tfAbiaiiU.
26 HNFANCB B ALIXANDRK.
qui feront en la route* Nicolas gran^ pietrus;
quant venront fl l'estor n'i feront nul refus;
bien quic c'a Y despartir, n'en pora gaber nus.
les iii. autres batailles se rengièrent en sus;
celés voiront ancui desrainer' les treus. 5
Mult fu preus Alixandres et de sens ot plenté;
des autres vi.' batailles a-il bien commandé
que li baron les mainent sagement, par fierté.
Dan Clin balle le semé, V uitisrae Tolomé;
cil doi sunt d'un eage et près d'un parenté, 10
et si erent' andoi de proeèce esprové,
d'un samblanl, d'une guise et d'un grand parenté.*
*de tote l'ost de Grese furent li plus douté,
fors seul Emenidon, ki Xant ot de bonté
c'ainc ne fui d'estor demi pié mesuré, 15
porvet* c'estre i peust a ntile saureté.
la nueme esciele guie Nicanus* par fierté, '
et la disime baUe li rois à Ariste;
cil doi furent rasai de corage aduré,
en guerre et en bataille cevalier esprové. « 20
L'onsime des batalles conduira Pilotes,
Arides de Yâleste ot la dousime après;
cil sunt boin ccTalier et en ester en grés.
Alixandres revient o sa grant genl après,
qui en ester saroient sofrir les grignors fés. 25
le jour flst Alixandre c'aine de roi ne fist' mais,
que toutes ses batailles a ouvrées en pais,
en la première- esciele est venus à estais,
si que premiers josta li rois Macidonais ;
celui jor le trouvèrent si anemé en grés.^ 30
En la première esciele que Emenidus maine,
sist li rois Alixandres, sor Bucifal domaine,
car des joustes voira avoir la primeraine ;
il le désire plus c'oir cant de Sierainé.
este vus de Cesare l'estore premeraine, 35
devant trestous les autres est li dus de Betaine,
1) geuL 2) des fendre. 3) iii, 4) iPune voiotUé. 5) priant qu\
6) Lieanar. 7) n'oï. 8) irée.
BNPANGB D'ALlXilNORB. 21
et sis! 8or i. destrier U plus cort d'une alalne
^ qu'esmerillons ne vole à Y aloe procaine;
il ot l'un costé brun^ et l'autre blanc com lafne.'
quant le vit iJixandres, d'à hii jouster se paine,
Bucifal esporone, se li lasque le règne. 5
ja ores d'ambes pars une joste certaine,
li dus a la ferir Alixandre le maine^
que sa lance pecoie sor le roi Macedaine,
et li rois le feri en l'escu d'Aquitaine,'
que tout li a percié et te brogne clayaine, 10
F. 8* si que muU près de V cuer li a trencié le vaine;
toute plaine sa lance, V abat mort en Faraine.
les îi. batailles hurtent et la tiere fu saine,
fièrement s'entrecontrent à la première estraine.
As premeraines jostes cairent maint vasal 15
qui puis ne remontèrent en sele de ceval.
là peuisies velr fier ester communal,
tant escu destrancié, tant elrne, tant nasal,
le sanc et les ceireles espandre contre val;
au couart convenoit de*guerpir son estai; 20
et li preu sostenoient et le paine et le mal.
et Alizandreq point son destrier Bucifol ;
è 1' cief de la bataille va joindre Anabisal;
cil est niés Nicolas et mult sot de Y ceval;
non porquant li ronpirent et caingles et poitral; 25
parmi le cors li mist Tensegne de cendal,
si que parmi le crupe Y abati.de l' ceval;
puis a traite l'espée, à 1' pug d'or à cristal;
à 1' tomer de la jouste ala ferir Gortal,
que l'elme li trenca et le vaine orgenal. 30
Emenidus Tesgarde, s'en apele Hunbal:
„voies, fait-il, de 1' roi ki fait tel bastitaL
„onques si hardis princes ne monta sor ceval;
„il n'espargne nu lui, car si cop sunt mortal;
„cui il ataint a cop ne demeure en ceval; 35
„ancui lor fera traire i. dolerous journal
„il ne r laira garir ne en mont ne en val."
1) kUme, 2) krun avoine. 3) de quintaine.
28 BNPANCB D*ALIXANORB.
Ëmenidns seoit è V destrier Airagon;
si cerke la bataille entor et environ;
ricement fu armes, regart ot de félon,
è r cief de la batalle va jouster à Sanson»
amis ert Nicolas, de V mius de sa maison. 5
Emenidus li vient à poignant de randon,
à r cors li met le fer, à tout le oonfanon;
si l'abat de 1' ceval, qu'en vuident li arcon.
Aspiros d'Escalite sist en alerion:
iries fu et dolans de la mort de Sanson, 10
s'or ne le puet vengier, ne se prise un boton.
en la prese grignor ala ferir Begon;
toute plaine sa lance, l'abat mort de Tarçon;
mult en poise Alixandre de la mort au' baron
et dist: „vus m'ares sempres mult près à compagnon/' 15
automer que il fist, li fist le cief en bron,
que ronpue est la coife et avoec li bouton,
et la teste 11 cope pardesous le menton,
cil de Cesare voient icele^grant marison,
si dient que trop sunt M oop des Grius félon. 20
Es vus par la batalle, ses soudoiers venir*
Sanson, le neveu Daire, xpn fu gietës de Tir.
ricement fu armés, si vint par grant air*
enmi la grignor prese, ala i. duc ferir
qui ot de Nicolas mult grant tiere à' tenir,' 25
que l'escu de son col li fait fendre et partir;
et de cel tM>p li fait 1' anne de 1' cors iscir;
puis a traite Tespée; as autres vait guencir.
Amilas de la Sere' fait à i. cop morir;
Alizandres le voit, mult li vint à plaisir, 30
et dist: „mult doit-on bien tel chevalier tenir,*
„qui si set son signer en bataille servir;
„qui tel home toit tiere bien l'en doit maus venir.''
F. 8^ la conpagne Aliiandre fert de si grant air
que la première esciele ne le pot mes soffrir; 35
par force les convint lor ester déguerpir."
1) #011. 2) êor i, destrier, 3) Losere, 4) vasai retenir. 5) à toe Uê
fremerainê a fait estai guerfir.
BMFANCB D'ALIXAIIDRB. 29
Es yns l'autre bataille que conduit Perdicas;
à le seconde escieie des lionies Nicolas -
se jouste» com ains puet, et Tient phis que le pas.
de lances et de dars i oiscies les quas,
tant elme et tant escu yeiscies jesir bas , 5
maint cheralier i ot Use pot clamer las,
qui gisoit à la tiere, à mort navrés et mas.
sor Beart d' ^ Olifeme sist armés Bélias ;
cU estoit nés de Grese, de V lignage Eneas
*qui escapa de Tfoie quant li pails fa ars; fO
è r cief de la bataille, va joindre à Jonatas,
i. baron de Césare et né de Caïfas;
grant tiere ot à tenir de jusqu'en Elinas.'
Elias le feri qu'il li perça les dras,
si que, plaine sa lance» l'abat de V ceral cras. 15,
Sabilor de Losere a ocis Brunadas,
L cheyaliers de Gresse, cousins ert Pilotas,
ja Teiscies ferir Grius et Macidonas;
la mesnie Alixandre ki ne T'espargnent pas,
as espées trencans les vont ferir è 1' tas. 20
lor anemis aboivrent de mult félons hanas,
c' onques de ceste esciecle, ne V tenes mie à gas,
ù bien furent ii**, n'en escapërent pas
XX.» ne dis» né L sens, ne fust navrés et mas.
Es vus la tierce escieie que Caunus.li preus guie, 25
qui maint bon chevalier ot en. sa compagnie;
sor le gent Nicolas avoient grant envie,
fièrement le requerrent» que tos jors l'ont haie,
là veist-on percier mainte targe-florie.
Caulus point le ceval ù durement se fie, 30
va férir Samador en le targe brunie,
qne li fent et estroe devers destre partie,
li haubers de sen dos ne li vaut une pie;*
parmi le cors li passe l'ensegne d'Aumarie,
sor Tarcon daeirain renverse tôt et plie, 35
outre s'en est pasés, mes le branc n'i oublie,
de 1' fuere le trait fors quant li lance est falie;
1) ie kimuf. 2) BêHmmê, S) n'et. 4) èiUie.
30 BNPANCB D'ALIXANDRB.
au retor fiert i. autre sor Telme de Pavie,
mais pardevant Tescu est l^spée guencie^
que Tespaule senesire li a de 1' cors partie.
li bras à tout Tescu ciet è V pré ki verdie,
et cil por la dolour a le prese guerpie; 5
iiii. fois est pasmés sor Terbe ki yerdie.'
Caunus prist por le règne le destrier d'Orcanie , '
a i. Griu Ta bailliet qui le sien n'en ot mie,
nus ne voit si fais cos ki soit de sa partie,*
qui por sa grant proecce, dedens sen ciier ne rie. 10
la batalle Caulnu a si l'autre envaie
que plus de ii. arpens est arrière sortie.
Es vus l'autre batalle que conduisoit Leone;
joste à la quarté (*esquele) Nicolas, sens essone;'
N maint escu i percierent ki vint de Babilonne. 15
atant es vus poignant Friande de Sadone ;
' cil est hom Alixandre et tient Escalidone, .
et sist sor i. destrier ki vint de Calidone.^
sor Tescu de son col ala ferir Anlone,
i. baron Mcolas qui est de Babilone ; 20
F. 8* si pecoie sa lance com unrain de peone.'
lors a traite Tespée à 1' pug d'or à 'Sardone,
amont le fiert en l'elme 6 ot maint Casldone,^
que U trence et deront la coife sor le brogne.
è r cervel li enbat le branc, cui sans ensone; 25
fièrement s'i contient la flors de Macidone.
Quant la première esciele qui as Grius fîi jostée,
vit la g«nt Alixandre tant fiere et redoutée,
et duite de batalle et si bien ordenée,
c'ainc si hardie gens ne fu de mère née, 30
et ont l'autre C4>npagne Alixandre esgardée;
cescune des batalles est* par soi de visée
si com li maines rois ot' par soi devisée, *^
et voient la lor gent mult près desbaretée,
bien sevent, ne poront vers ans avoir durée. 35
1) gUieée. 2) en mi la praêrie. 3) de Surie, 4) de kan ctter n'en
riê, 5) enêoine. 6) dwerêU Coine. 7) péoine, 8) CaUiMne, 9) vtni.
10) Vwoit He» wrdwée.
BNTANCB H'ALIXANMUB. 31
tel cccG. en gisent aval, parmi ^ la prée,
dont li mains mehagnies ot la teste oopée.
lor première batalle en est si reusée, *
que la seconde après en est toute esfraée;
la tierce en est fremée et la quarte branlée. 5
quant .la gent Nicolas qui. «près Tint armée,
▼it celé de derant' en tel point formenée,
' que toute est en fuiant devers aus retornée,
^ r^foute^ fu de bien faire enfin destalentée,
si que ruQ^n|i(^ Tautre est en fuies tomée. • 10
Alixandres le» siut o sa gent ordenée:
la peuisies venir -mainte ensegne fresée,
en cors de chevalier tainte et ensanglentée ;
en icele cace ot mainte large esfondrée.
tros qu'à puis de Lieme n' i ot règne tirée 15
ù li hamas estoit et Tautre gens alée;
ÎL liues et demie a li fuite durée.
par dehors la cité à V destroit de l'entrée
est la gens Nicolas qui fuioit,' arestée.
Abilos de Losere a s'ensegne' escriée; 20
iluec voiront encor mainteniiv la mellée.
Les ii. 08 sont jostées a 1' destroit de Cesaire;
durement s'entrefierent» car «ne s'entr' aiment* galre.
maint navré oîsies iluec crier et braire,
qui preu chevalier furent et franc et deboinaire. 25
Etnenidus seoit sor ferrant de Liaire;^
de toute l'ost de Grese ne pot-on millor traire,
et si estoit genUos et frans et deboinaire.
en l'escH va ferir te marcis de Navare;*
li brogne c'ait vestue ne li vaut une haire; 30
le cuer li a trencié sos le police vaire.
quant le voit Nicolas, mult li tome à contraire;
cil *estoit ses coosins, ^' si li dut bien desplaire.
volontiers se volroit vers Emenidus traire,
por vengier sen coosin, se il le pooit faire. 35
Nicolas point et broce le destrier remuant,
1) M miiiu de. 2) d» fuir, 3) m gent 4) s^mnermi. 5) Lueairê,
6) 8êdan dé Unêf. 7) car U eêêaii êêê niée.
32 ENFANCE D'ALIXANDRB.
quant voit mort son neveu à la tiere gésant;
mult durement li poise, le cner en a dolant;
de cou n^ se doit dus aler esmeryillant ;
nus ne pert bon ami, damage n'i ait grant.
fius estoit de sen frère c'on apele Persant; 5
en toute sa compagne u'uvoit j nùus yallant.
en le targe florie s'en va ferir Brûlant,^
que il li a perciet son hauberc jaserantr
*desrompi douze mailles trestotes d'un tenailt,
de jouste le costé va l'acier conduisant» 10
la car (a) atamée, mais ne l'a mort atant;
F. 8' non puis quant de 1' cevaP à la tiere l'espant
lors a. traite l'espée, si regarde le brant;
i chevaliers Grijois en fiert *en trespasant,
si qu'à cet cop li va li cief de 1' bu rasant 15
Tolomes esporone, si li vient au devant,
si graût tof li. dona parmi l'elme luisant,
que tout le fait cliner sor son arcon devailt;
de l'espée li done iiiL cos en ferant,
si l'a si estoné qu'il n'en ot ne entant. 20
par le raisne le prenti si l'enmainent atant;
en ranprone li dist iiL mos en reproçant:
««Nicolas, or aves cou qu'avés demandant;
,«le treu de Cesare avères maintenant.'*'
ja fint pris Nicolas et retenus atant, 25
et si home vencu qui aloient fuiant,
quant li quens d'Abilor i est venus poignant
bien sunt en sa eompagne cccc. combatant
ja ores d'ambe part une mellée grant
Nicolas ont rescous si home maintenant; 30
ariere le remainent, n'i ont plus demorant,
quar de tel compagnie n'ara hui mais talant
Quant- li quens d'Abilor ot rescous son signor,
il feri Tolomé parmi son ehne à flour,
que le ciercle en abat et les pieres entor; 35
et Tolomés fiert lui en i'ebne de coolour,
que il li a percié le cercle de valeur.
1) Bêliani. 2) «Mrt> u il voetië u mu.
BNPANCB D'ALIXANDRB. 33
li cols est descendas en l'esca paint à flor;
de tel yertu le Sert et de si grant iror,
durement le hurta, si l'abat à sen tor;
maintenant Teast mort et torné à dolor,
quant la gent de César a enclos tôt entor. 5
sonr Tolomé s'arestent tel xxx. fereour
qui as brans li estoient de mort presenteor;
*desos lui li ocient son bon ceyai lejour;
mais li vasaus fu preus et plains de grant iror.
fièrement se desfendent* o les brans de coior; 10
ja fust pris li vasaus et tenus sens demor,
quant Dans Clins ses conpains est yenus à l'estor,
et connut Tolomé qu'il asalent entor.
le ceyal esporone, s'est venus à T contour;
en sa conpagne furent maint rice poigneor 15
de le gent Alixandre, le roi Macidonour;
bien en ont caus encontl-és' en lor premerain tor,
fièrement les asalent, car point n'i ont demore.
Dans Clins fiert le premier qui tenoit Tolomé,
que l'esctt de son col li a fraint et fausé. 20
parmi le cors li a l'anste et le fier pasé;
de r ceyal l'abat mort, si l'a bien asené;
par le firain à argent a le ceyal conbré,
à Tolomé l'a tost par le frain présenté,
et li ber i monta qui mult l'a désiré. 25
Emenldus fiert l'autre de V branc à or letré;
le car sor les espaules li a de V bu seyré.
Perdicas fiert le tierc et li quart Aristé,
et Licanors le quint, si com l'a encontre
que tout le hanepier li a de V clef osté, 30
deseure les orelles li a le branc rasé,
tel corone n^ont mie ne mone ne abé,
que a cis que on a d'un seul cop coronné.
li xiL per de Grese sont entour aresté,
qui sunt en mainte coite' cfemu et redoté; 35
F. 9 par force ont recouyré le conte Tholomé
que la gent Nicolas ayoient aresté;
1) éêêfant. 2) iêë o$U etusonirés, 3) iêre.
U EoiMM rAlixaUre. ^
34 BNFANCB ITALIZANDRB.
mais trop l'ont cierement de lor cors acaté.
adonques yeiscies bien aidier Tolomé;
corn il trence ces elmes o le branc acéré.
le prince de Corinte lor i a mort jeté;
et Dans Clins i fait d'armes^ au coraje aduré, 5
et 11 autre baron qui plain sunt de fierté.
Li mellée est laisié et Tolomes rescous;
fière i fu la bataille et l'estors perillous.
Arides point et broce parmi les prés herbous,
et il ayoit ceval courant et yigerous; 10
en l'escu de sen col va (èrir Maladous,
i. baron Nicolas qui fel ert et estons;
toute plaine sa lance l'abat de V ceyal rous,
et cil resaut en pies, tous iries et hontous;
Tespée tint ë V pug, yers lui yint courecous, 15
par desor les orelles feri le ceyal rous,
que de la teste l'a à celui* cop fait blous.
Arides saut en pies, iriés et corigous,
et li i. et li autres fu fiers et yigerous.'
des espées se donent grans cos et meryillouÈ, 20
ains qu'en remagne mais li mellée d'ans doua,
et n'est, ce quit» li i. coureciés et irous.
Saletrons' tint le branc, yers le Griu* yint à trait,*
si le fiert parmi l'ehne qu'il l'a quasé et frait.
Arides refiert loi qui le sien^ ayoit trait; 25
fièrement se combatent eus è 1' cief d'un garait
li Hermines li a son escu parmi frait,
è r cors, par mi l'auberc, l'eust mort d'un retrait;
mais il contre le branc a l'escu ayant trait
Aristes li regiete un tel cop de retrait 30
que l'os de 1' bras li «trence, et cil geta un brait
et proie que merci por Deu de sa yie ait;
' grant ayoir l'en donra; mais que plus de mal n'ait:
or et argent et dras li donra par tel plait
quant l'entent Aristes, por tant yiyre le lait 35
lors se rent cil prison et ayoec lui^se trait
1) lé# êmetmee. 2) éi fu dé iui rêquêrre et (Urê et Cêmfoilûuê,
3) Mêimreanê. 4) Turc. 5) à hmi.
BNFANCB D'ALCCANDRB. 35
Alixandre le renl ki désarmer le fait.
le cief avoit plus blanc que ne soit glous de lait.
le roi demande i. mire et raençon promet,
or et argent asses, se il garir le fait,
il l'en fera raser tonte plaine une met.* 5
„Salatron8, dist li rois, vus estes mes prisons.
~ voire y sire, fait-il, grant ert mes raencons.
„faite8 moi bien servir; ne sui mie garçons,
„quar jou tieng bien de tiere, que castiaus, que dognons,'
„dont mener puis en ost xx*- compagnons; 10
„et tout vienent à moi quant jou les ai somons.
„por cou, que de nous' est par tout si grans renons,
„et que donner saves à nous si -rices dons,
„devenrai vos hom liges et ferai tos vos bons.
„ne ja n'ière en ma vie traîtres ne félons; 15
„ains vus voirai servir, si com chevaliers bons,
à Alixandre plot mult bien ceste raisons,
ii. siens mires li balle, sages et mestres bons^,
et dist, s'il le garisent, il ior donra grans dons,
et cil ont respondu: „nous nos en penerons. 20
„à l'aide de Deu, (tos) sain et sauf le rendrons
„deden8 xL jours; jà plus n'i meterons.**
F. 9^ à tant estes vus ii. desrices compagnons,
li L fn Tolomes et li autres Clincons.
cist ont en la batalle conquis tes 11. prisons 25
des hommes Nicolas, de ses millors barons
dont mult rices sera et grans li raencons.
au roi les ont rendus ans ii. par les gernons,^
et li rois les commande mener as . pavillons.
Alixandres commande ses prisons à garder. 30
grans ert li raencons, s'il le vint demander;
cescuns s'en fera d'or ii. fois contrepeser,
0 les autres louiers qu'il en voiront donner,
li rois de l'autre part se prist à regarder
et vit de la bataille un Grijois retorner. 35
ferus' ert d'une espée è 1' cors, à Y traverser.
1) Mff. 2) éê DtOrê e, emêHamê à donfonê. 3) vauê. 4) Aiixmndrê
^rm m iêux fmr U kauiimê,
3»
36 ENFANCE DALIXANDRE.
tant ot perdu de 1' sanc qu'il ne pooit aler;
sour le col de V ceval le convint-il pasmer.
quant li rois l'a veu, si prist à sospirer,
dolans fu en sen cuer, ne V pot plus endurer.
Bucifal esperone, ne Tot plus arester, 5
sempres le convenra cui que soit comparer.
il va cercant les rens, ne trueve à qui joster.
i chevalier de Perse feri a rencontrer,
le cief sor les espaules fist arière verser;
de prince si poisant n'ores vus mais parler. 10
li rois crie s'ensegne ^or sa gent vigurer;*
trestoute la bataille fait là ii va branler;'
environ lui se traient si demaine et si per.
Li xii. per se traient tot environ le roi;
dont peuisies veir i. menillous tomoi. 15
il n'i avoit parlé d'amors ne de dosnoi.
li couart fereor' sor les elmes sunt coi.
cil de Cesare voient Torguel et le bufoi
de la gent Alixandre qui ne lor portent foi,
et dist li i. à l'autre: „or penst cescuns de soi, 20
^,quar de l'estor soufrir n'i a mès^ nul conroi.''
les dos lor ont tomes, si laisent le caploi;
vers Cesare s'en vont à force et à desroi,
et li Gritt les encaucent qui les espargnent poi;
cil ki ne puet fuir a torment et anoî ; 25
pris est u afoles, u menés à desroi.
Li batalle est vencue, tomes lor ont les dos;
vers Cesare s'en vont dont il erent esclos,^
et li Griu les eqcaucent qui sor tous ont le los.
de caus que il ategnent trencent et car et os. 30
lie sunt cil qui dedeas la cité sunt renclos;
il ne criement l'asaut, le creste de ii. cos;
tant sunt fort li mural dont li bors est enclos,
que li rois ne 1* pot prendre, dont mult ot le cuer gros,
dehors se sunt logié, lès les prés d'Abilos;® 35
celé nuit forent Griu à pais et à repos.
1) rM^amblêr. 2) devant lui brmnUr, 3) vmUêourê, 4) e^mvimt.
5) l«tf eonfanoHs entors, 6) d'Aiior.
ENPANCB D'ALIXANDRB. 37
Es plains deyant Cesare, sunt li Griu ostelé;
lor très i ont tendas et de lonc et de lé.
mais la vile est tant fors qae ne crient home né;
qaar li mur en stint haut, et parfont H fossé,
et les tors batilliés de brun marbre listé, 5
et li quariel en sunt tout à plonc saielé.
ii. liues environ, par riiière et par pré,
sont li Griu herbregié entor et atrayé/
la batalle est yencue; cil laiens sunt maté,
mult fu grant li escès qu'il i ont conquesté. tO
F. 9* li rois Ta à ses homes départi et donné,
s'en i ot chevalier ne blecié ne navré
que il n'ait boineraent veu et visité.
Tolomé et Clincon a li rois apielé
et tous les xii. pers; si lor a devisé 15
et monstre sa raison; de boine volonté:
nsignor, ce dist li rois, la merci Dame V Dé,
„bien se sunt hui li Griu en batalle prové.
^ou vus promet i. don, et tenrai par verte,
„que jà ne conquerrai ne castiel ne cité, 20
„que tout ne dolent estre à votre volonté.
,je ne finerd mes, en trestot mon aé,
„si arai de cescun fait i. roi coroné."*
quant li per l'ont oï, mult l'en ont mercié.
lors commande li rois que iiii.' armé 23
escorgaitascent Tost, quant il ert à vesprée,
que cil dedens ne facent salie à recelé;'
quar reposer convient les Grius qui sont lasé.
Àlixandres commande l'ost à escorgaitier,
que cil dedens n'en iscent por les Grius damager; 30
et Nicolas laiens ne li vint atarger,
ains apela ses homes et prist à oonsiller:
^signor, consillies moi com porai esploitier.
„Alizandres me vint destruire et exillier;
nil est mult orgillous et li Griu sunt mult fier; 35
^ne castel ne cité ne me quident laisier.""
\) nH a pMM9«# «0 gvé ù ii Griu né se êoienî logié et alratM'«.
2) to. ml, 3) n'en iêseni eoiêmêni a cêié.
38 BKTANCB D'ALIXANDRB.
Abilos de Losere et Salos de Nanmier
entendent sa raison; si respont le premier:
„rois, fai mander tes homes jusqu'as pors d'£giiier/
„et jusqu'à la montegne ù on trueye Tor mier.
„qu'ii viegnent à Cesare por lor signor aidier; 5
„et cil qui n'i venront soient tout senrager-,
^,et tout en ta merci de lor testes trencier.*"
et respont Nicolas: „ce ne pris i. denier;
„tout li home de V mont, seijant ne cheyalier,
,,ne poroient as Grius loi^ement guerroier; 10
,,ne fuiroient i. pas,' por aus tous dépecier.
„on ne poroit sour aus nule riens gaegner,
„fors anui et damage et mortel enconbrier.
„autre cose ai pensé que tous voel acoîntier.
„demain voirai conbatre, armés sor i. destrier, 15
„cors à cors, seul à seul, contre le roi d'Alier.
„se je y pooie ocire. et les menbres trencier,
„desconbré en seroient mi home et li* terrier;
„par nule autre manière ne me porai* vengier.
„mais cest plest conyenra de ii. pars ostagier. 20
„li Deu nos en poroient mult bien, ce croi, aidier;*
„mais grant péril aroit à tel plait commencier.''
E r demain par matin, quant solaus aparoit,
Nicolas prist i. mes ù il mult se fioit,
et. sot que son mesage mult bien 11 ftimiroit,* 25
que jà par paor d'oume à dire ne Y ^ lairoit.
au roi Ta enyoié qui en son tref seoit
jà ores le mesage que cil faire devoit
et toutes les paroles que Nicolas mandoit.
li mes descent à pié quant AUxandre voit, 30
et conte sen mesage que bien faire savoit:
„rois Nicolas te mande et soumont, or en droit,
„cors à cors en batalle, isi Totrieroit;
„ne vint que autre gent jamais mahnise en soit. .
F. 9' „mais se il ert vencus, sa tiere coie^ soit, 35
1) puiê dé CfiHer, 2) êaeiéê fU*H né fuiroietti. 3) nU. 4) m'tffi fviê
mie, 5) iltrenl si hamê, noê en pmeeem oiMer, 6) eênUroii 7) «mI^
rien ni, 8) ioie.
BNFANCR DfALIXANDM. 39
„et de cou bpiDs ostages envers vos meteroit
„que, jamais de sa part, riens nus n' i clameroit;
„et se il TUS vencok, en pais li remanroit
„et toute votre gens arrière repairoit
,,81 remanroit la guère qui grans est or en droit" 5
Aliiandres respont que muit bien li plaisoit,
ne jà miUor marcié quer^e ne l'en yolroit :
„mais je me dout, fait-il, que de cou ne refroit;
„quar si faite besogne doit-on faire à esploit."
lors yescies le roi salir en pies tôt droit. 10
Tholomé en apele que il mult aime et croit.
„faites moi Bucifal amener, cà tôt droit,*
„et desi que en l'ongle tout couvers de fier soit;
„quar mult me feroit mal se il le m'ocioit.
„ancui pens de Cesare recevoir le destroit. 15
„Tholomé le donrai, à son oes i clain droit."
— sire, dient si home, et Dei le vus otroit."
„Rois, oies, dist li mes, que te mande me sire.
„ne vint mes que li pules soit livrés à martire;
„08tages viut avoir de 1' mius de ton empire, 20
„que se il te puet vaincre et en batalle ocire,
„que ti home s'^ivoisent, car sa tere en est pire;
„et se tu .le puet vaincre et en batalle aflire ,
„sa tiere avéras quite jpsqu'en la mer de Tire.
„trestout te serviront li miudres et li pire; 25
„de cens aures ostages teus com pores eslire."
quant l'entent Aliiandres, de joie prent à rire;
tout maintenant a fait unes lettres escrire,
au mesagier les baille , quant closes sunt en cire ,
et cil s'en est partis, tout sans plus et plus dire. 30
son signer rent les lettres et il les a fait lire.
Li mes est revenus, n'i fist arestison;
à Nicolas a dit plainement sa raison:
„Alixandres, li rois ki cuer a de lion,
„otroie plainement toute te mandison.' 35
„bien samble que il soit hardis et jentius bom.
„le cors, a-il petit, mais gente a le façon;
1) à têfloii» 2) fiM detiêé avon.
40 BNFANCB D'AI.IXANDRB.
„ne TUS be jà laisier ne castiel ne maison/
„el de votre cité a-il jà fait le don;
„Tho1omé Ta donné, ensi Tapiele-on/'
et respont Nicolas: „il a sens de bricon;
„ains li arai percié le fie et le pomon; 5
„quar entre faire et, dire' a grant devisioD.
„de nos ii. convenra l'un morir è V sablon.
,Jou li quit bien desfendre toute ma région ;
„ains mes n'en acointa yoisin isi félon,
„ne me trovera mie à guise de garçon. 10
^aportes tos mes armes, car trop i demoron;
„et couvres jusqu'en l'ongle le brun baucant' Gascon.'*
Abilot de Losère apela par son non:
„ensamble o moi venres et xxx. compagnon;
„si donrons nos ostages et les lor prenderon/' 15
et cil li respont: „sire, tout ensi l'otrion."
Nicolas s'est armés; vest l'aaberc jaserant
qui ot le maille Jilancbe et sieré et tenant;
onques de sa bonté ne tî si poi pesant,
ne r pierche* cols de lanche ne de quariel traiant* 20
F. 10* la yentaille li lacbent si houme maintenant'
è r cief li ont asis i. vert elme luisant,
à las tiscu de soie li vont è 1' cief fermant;
si ot un escarbouche ens è 1' nasal devant,
a cainte Tespée qui l'acier ot trencant. 25
ses esporons li caucent chevalier avenant;
devant lui amenèrent le diestrier remuant.
Nicolas i monta qui n'i vet demorant,
a sen col a pendu i. escu d'olifant,
anste ot roide de frasne et gonphanon pendant. 30
parmi le mestre porte en est iscus errant.'
le lanche tint sour fautre, et l'escu mis avant.
xL® cevalier le vont après suiant.
lors vait parmi le prêt,* son cheval eslaissant;
il ne le conduist mie à manère d'enfant, 35
1) dojon, 2) entrB fait et parole, 3) duêpfen têre U bon dêêtritr.
4) ne iotê, 5) né fumrêl d'are traiant, 6) iaeeni #t karon en ploramt,
7) «'en iêêi galopant. 8) quatre mit. 9) là flatfna.
BNFANCB D'ALKANORB. 41
à loi d'empereor se va bel démenant;
jiuques devant les très se vait ademetant
son ceval fait restraindre et le poitral devant,
et le frain li recangent à un plus destraignant,
por cou que son destrier trova un poi tirant. 5
il redrece son elme ki li va s'esclinant ; *
de plus biel adoubé ne sai que nus vos cant;
et plus ot d'Alixandre piet et demi de grant.'
s'il ne fust orgillous, .par le mien enciant,
il n'eust millor prince en trestot Oriant. 10
mult li vont li Griois, si com vait, regardant;
s'il fiist bien d'Mxandre, mult Falasent prisant.
Dédens son tref de pale s'en est 11 rois armés;
vestu ot i. vert pale* qui fu fors et serés;
à malles de fin or estoit par lius ouvrés;* 15
devant, en mi le pis et devers* les costés
estoit li haubers dobles et rieement serés."
i. elme de haut cuig li est è 1' cief fermés,
à las d'or et de soie ataciés et noés;
devant ot i. topase ki bien fu esprovés. 20
si a cainte Tespée dont li brans fu letrés,
si fil de bone forge, trancans et acérés,
les esporons li caucent Gaunus et Arides,
dont li fu Bucifaus en la place amenés:'
par son estrier à or i est li rois montés. 25
hanste ot roide de frasne dont li fers fu quarés, .
dejusqu'as puins li bat li gonfanon fkrlsés.
ses ostages a pris et les siens a livrés,
que tenus est li pies si com ert devises;
m. ot des plus vallans et des plus renoméa. 30
adont fu li i. rois de l'autre desfiés;
ambedoi s'eslongiérent en' le coste d'uns prés;
jà ores la batalle des ii. rois ordeaés.
t) e*im poi va soiwani. 2) ei ot bien éPAiixandre ii. piéê le eortfiuê
grmÊt, 3) 9t VBêti t. haukere, 4) bendéê. 5) encontre, 6) ouvrée, 7) de-
vont iui fu eoverê Bueifax amenée»
COMBAT D'ALIIAKDRE ET DE NICOLAS.
€1 dl0t 0l «om U rel0 Allmaudre* et U ■*•!• NImIm
«onbatlreiit 11 L ene#iiti*e r»iiti*e.
F. 10^ Li prés ta grans et lés, et li herbe yerdie,
et li jouste des rois durement aprocie;
les ceyaas laisent corre, n'i ot règne sacie.
Nicolas Sert le roi qui sa lance a brisie,
quar de mult grant pooir la porta eslongie, 3
et li rois-feri lui, qui ne Tespargna mie,
que le targe li a ronpue.* et percie,
le malle de l'hauberc ronpue et deslicie;*
mais le car n'en a mie atainte ne blecie.
non porquant est li lance jusqu'en è V pug froisie, 10
et tel cop li donna ke Feskine li plie;
l'un des estriers li toit, la coroie est lasquie,
por poi que Nicolas a la sele widie;
se li lance ne fust de- celui cop froisie,
faite eust Nicolas la première jostié 15
Nicolas fu de Y cop corecous et iriés;
en le siele est mult tos, par rertu, reficiés.
se yengier ne se puet, mult est mal engigniés.
le céyal esporone, à val est adreciés,'
le ceyal esporone, si com hom coureeiés.* 20
menrillous cop li donc, quant en est aprociés;
en l'escu d'olifant est li brancs enbroiés;
por un poi qu'à 1' retrëire, n'est par mi pecoiés.
quant li rois sent*, le cop, si est i. poi baisciés;
1) êêtroée, 2) dêsartié. 3) fur iui «'Ml eêiaiêêiiê. A) U krmu mt
en sa wudn. 5) vîl.
COMBAT IVALIXANDRB BT DB NIOOLAB. 43
en Tescn s'est malt bien couvers et enbosciés,
lors a traite Tespée, si regarde ses pies;
li cners li est è 1' ventre plaine paume hanciés,
et feri Nicolas, com hom bien afaitiés,
à mont parmi son ehne qui par rai est traneies. 5
les pieres en abat» li cercles est froisiés;
de cel cop fu ii elmes dnrement enpiriés,
que parmi les espaules en cai li moitiés.
mult par fu grans li cos, li brans est entesdés;^
a poi que li cevaus n'en est ajenelliés. 10
Nicolas ot paour, ne vus esmervillies,
et dist à soi meisme que ses jors' est jugiés:
„de r treu Alixandre serai hui engigniés.'^
yolentiers tos s'enfùist, tos s'en fust' consillies;
mais bien set qu'ausi fust destruis et exilliés; 15
mius 11 yaut morir rois que si soit décades.
lors a tiré sen frain^vers lui s'est adreciés.
Nicolas s'esmaia de 1' cop c'ot receu;
por L poi ne l'en fu durement mesceu,
et de cou se tient il à mort et deceu,* 20
que encor ne li est de riens bien avenu,
lors Sert des espérons le bon baucant grenu;
d'Alixandres s'aproce et tint le branc moulu;
mervillous coup li donc par mi son ehne âgu,
F. 10* que le ciercle li a en ii. moitiés rompu; 25
au dévaler descent li cos parmi Tescu,
si c'um quartier en a et copé et fonda
mult fu fors li haubers qui le cop a tenu,
que jusques à la car n'a li brans parvenu;
et Alizandres point Bucifal par vertu, 30
jà ara de sen cop contre-cange* rendu;
il feri Nicolas, mult l'a bien conseu;.
par mi le cief l'ataint ù i'elme avoit perdu;
la ventalle est ceue, le cief ot auques nu,
si le Sert Alixandres, à loi d'oume irasco 35
que la tieste li trance et fait voler de l' bu.
1) ftMMl U ^roHê est hmueiéê, 2) mêê terme». 3) en eêL 4) a
«««eu. 5) êêetm^e.
44 COMBAT D'ALIXANDRB BT DE NICOLAS.
d'autre part est ceue par mi le pré herbu,
puis li dist en ramprone, que tout l'ont entendu:
N ^Nicolas, or vos ai paiet votre treu;
„or ne 1' deniandes mais, bien le vus ai rendu/'
11 Griois sont joiant qui- le cop ont veu, 5
et dient que n'est princes qui soit de tel vertu,
lors sunt contre le roi à grant joie^ venu;
Dans Clins reçut le branc et Tolomé l'escu.
è r roial tref de pale ont le roi receu;
bêlement le désarment si ami et si dru. 10
cil de Cesare sunt dotant et confondu;
n'est mervelle s'il plegnent lor signor c'ont perdu,
en son tref a li roi icele nuit jeu.
A r malin, quant li rois vit le solel luisir,
fist le cief Nicolas et le cors requellir, - 15
et si le fist com roi ricemeni seveHr.
„par foi, dist Aliiandres, dire puis sans mentir
„qu'il fu preus et hardis por dur estor soufrir;
„mais on ne puet au lonc.de grant orgueP joir.*'
— sire, dist Tolomes, bien le saves garir 20
„rorgillous et le fol, quant le poes tenir.''
li rois fait ses ostages pardevant lui venir:
„baron, dist Alixandres, rendes moi sans falir
„la tiere Nicolas, qultement à tenir.
„Tholomé le donrai, si l'en lairai joir; 23
„ volant toute ma gent, l'en voirai ravestir.
„et se vus le voles par force retenir,
„et contre le devise par fauseté venir,
,Je vous ferai trestous de maie mort morir,
„u pendre u escorcier.u en flame bniir. 30
„puis le reconquerrai par force et par air;
„si ferai caus des tors' à la tiere salir;
„ne se poront au lonc . encontre moi tenir.'*
et cil ont respondu: „sire, à votre plaisir.
„ferons-nos plainemènt la devise tenir." 35
les tours li ont livrées et il les fait garnir;
1) $raiu torbeê. 2) oins de $raM or^uei ne vi nului, 3) tU ferw.
COMBAT D'Al.IXANDRB ET OB NICOLAS. 45
• coa i met de sa gent qui lui Tient à plaisir.*
Quant Nicolas fù mors et sa grans tiere prise,
et li rois Aliiandre Tôt par force conquise,
Tholomé apela, yoiant tous li devise:
„Tholoiné, dist li rois, très ier' vus ai promise 5
„la tiere Nicolas; en tus ert bien asise.
„tenes, jou le vus doins et otroi, par tel guise
„qne tous jors en ares et rente et commandise.
„quaiit reyenrons de Perse, et arons fait Justice
„de Daire et de ses hommes qui la tiere ont malmise, 10
„en celé. haute tor qui est de marbre bise,
„Yus en sera è V cief corone d'or asfse.'*
F. lO' Tholomes s'ajenelle, en enclinant l'a prise,
et li rois Ten ravest par i. vet rains k'4k brise;'
mult l'en prisent li per et loent la devise. 15
Quant Nicolas fù.mor» qui le teste ot copée,
et Alixandres ot sa tiere à lui donée,
Tolomé ravesti de toute la contrée,
nouviele vint au roi, ki li fu aportée
c'une cité avoit en icele contrée, 20
la première ki fu ens ë 1' pais fundée.
de sens et de clergie est si enluminée,
qu'è r mont n'a sapience qui là ne fust trovée.
mult est noble li vile^ et. rice et asasée,
et li baron dedens l'ont isi bien gardée 25
c'ainc ne fii rois ne dus, tant cainsist haut espée,
à cui la signorie en fust onques donée,
ne sire en peust estre une seule jornée.
quant Tentent Alixandres, la teste en a crolée,
s'en a par mautalent une raison jurée 30
que puis fu en ma vie* cierement comparée,
et jusqu'en Orient en fu bone passée;
et dist: „s'il ne me rendent celé cité loée,
„ar8e ert et abatue et à tiere rasée,
„et la tieste en aront tout li boijois copée; 35
„ensi lor renderai l'orguel et le posnée.''
1) p^ii 4 V9i me9iUir. 2) Im jwê. 3) f olive. 4) fin' m mmni
rifné fu.
46 COMBAT D'ALIXANDRB BT DE NICOLAS.
Li rois ot la parole, durement s'esmervelle •
que la cités est tele e'on ne set la parelle.
à yeoir le désire qu'il ne dort ne soumelle,
et jor et nuit i pense, durement le trayelle.
Tenus est à Ataines qui sor le mer sorelle, 5
tout ensi Ta asise que sa gent li conselle;
entor i ont tendu mainte tente vermelle;
s'il n'en a son voloir, dont sera cou mervelie.
Li rois Macidonois a Ataines asise;
tendu i ot entor tente (de) diverse guise, 10
maint pavillon de soie de color vert et bise,
li rois fu en son tref ù son talent devise,
et commande à i. clerc .qui erraument escrise,
à caus dedens envoie tout ensi qu'il devise,
que la cité li rendent avant que il Tait prise; 15
quar s'il atendent tant qu'à force soit conquise,
en grant destrucion sera tornée et mise,
et la gens qui le garde confimdue et ocise.
^ Mult par est forte Ataines, car ele siet sor mer;
il ne doutent asaut, ne traire ne gieter. 20
en mi liu de la vile ont drecié un piler;
c. pies arvoit de haut,.Platons le fist lever;
deseure ot une lampe, en son^ i. candeler
qui par jor et par nuit art et reluist si cler,
que partout en puet-on et venir et aler, 25
et tout voient les gaites qui le doivent garder,
à i. consel se traient li baron et li per;
• d'Alixandre parolent qui les voira gaster,
si la vile ne rendent que il voira garder,
vilainement les vint et abatre et fouler; 30
onques mais ne trovèrent qui cou osast penser,
à Aristote prendent consel à demander,
que nés ert de la vile, mestres et sages ber,'
et mestres ert le roi de bien endoctriner,
il savoit le consel de tous mescies doner, 35
et coment on pooU bors et viles garder.
1) iêêêmr: 2) qui €êl9ii iê U viie prmeê, iesMUM ei *er.
COMBAT D'ALDCANDRB BT DB NIC0LA9. 47
F. 11* par sen consel voloit li rois tons jers oayrer
de casUaiu asegier et de nies preer.
tout ensamble le prient que au roi yoist parler,
que, por^ramor de lui, les laist en pais ester.
„Oriens est mult grans; là puet-il labourer/ 5
„por cités et roiaumes et castiaus conquester/'
Aristotes a fait i. mulet enseler;
0 les mes Alixandre s'en yait au roi parler.
Li mesages repaire quant se carte' ot ballie;
par la porte s'en ist sor i. mul de Surie; 10
tros qu'à l'tref Alixandre ne vot-il targer mie,
et conte le raison qu'il avoit d'ans oie;
comment ot Aristote la besogne cargie,
qui requerre Alixandre et bêlement li prie
que il les lest en pes» car à tort les guerrie. 15
Oriens est mult grans, s'en prende une partie;
il ne l'ara conquis en trestonte sa vie.
por cou qu'il est ses mestres, ne contredira mie
cose que il requerre por ans, à ce le fie.
quant l'entent Alixandres, ne puet laisier n'en rie; 20
d'autre part est tomes, sor Tolomé se plie;
de caus dedans li poise que il pensent folie:
„à cou, fet-il, que yoi, ne me connoissent mie.''
lors jure par les Dex ù durement se fto
que jà n'en fera cose que ses mestres H die. 25
Aristote ist d'Ataines dont fn noris et nés,
et i. des sinators par son grant sens només;
de tout sens de clergie' est-il si aloses,
qui li renons en est de toutes pars aies,
ains qu'il venist au roi, li fu li pies contés 30
*que le roi a plevi et tos les Diex jurés
que de cose qu'il proie, ne sera ascoutés,
par coi il soit d'Ataines partis ne deseyrés*
deyant cou qu'O en ait toutes ses yolentés.
quant l'entent Aristotes, i. poi est arestés; 35
si est d'une tel cose or en droit porpensés
1) wmU m à eanpteêier. 2) !• Uiré. S) et dé eUrgie muêi. 4) eori
à Aigimêê nêêumê êmiveiéë.
48 COMBAT D'ALIXANDRB ET DB NICOLAS.
dont puis fu mains pai» exilliés et gastés.
tros c'a r tref Alixandre ne s'est mie arestés,
qui mult est ricement de pales aornés;
desor ot i. carbouclc qui gete grant clartés.
li rois le yeit Tenir, contre lui est levés, 5
et ambes ii. les bras 11 a au col jetés;
de jouste lui l^sist, car mult ert ses privés,
et de sen sens ert il apris et doctrines.
Asemblé sunt li per entor Aristotes,
no vêles li demandent, de l'oir sunt en grés, 10
se cil tenront la vile u le rendront en pais.
Aristotes lor fait mult sagement ses trais,*
et bêlement lor dist, car il n'est pas criés: '
„la cités n'en est mie clos de jointes ais;
„li mur furent fondés ains que fust Moises. 13
„le chevalier sunt preu et li boijois en grés;
„onque8 n'orent signer ne n'i ara jamais."
Alixandre respont: dont lor est tes jus fais,*
„c'as jors de lor vies n'aront repos ne pais/'
Alixandres seoit sor i. pale broudé, 20
jouste lui Aristote sen mestre et sen privé,
et de cou s'esmervelle que tant à dranoré
que ne li a le don requis et demandé
que d'Ataines eust le siège destomé;
mais Aristotes a i. autre sens trové 25
F. 11^ dont il bien quide faire le preu de la cité,
quant ases ont resnié, congié ont demandé?
Alixandres li donc volentiers et de gré,
et li mestres remonte è l'mulet sejomé.
si dist une parole dont le roi a torblé; 30
puis en fiirent maint règne exillié et gasté.
„Alixandre, fait-il, por fs'as tant demoré?
„or commande k tes homea que tos soient armé,
„de toutes pars asalent celé bone cité,
„met a fu et a flame quant k'U i a trové,* 33
„que n'es puisent garir ne mur grant ne fosé;
„8e n'i laise valant i. denier monnée;
1) réfoni eortoiêetnênt aprèê, 2) vertéê, 3) ior êori un lêê feê, 4) • «r«#.
COMBAT D'ALIXANORS BT DE NICOLAS. 49
„ce sera grant proecce quant Taras asomé.''
quant Fentept Alixandres, le cief en a croie,
et disl à soi meisme: „nialeinent ai ouvré.
„or quite-jou la vile, tout sont aséuré;
„de moi n'aront mesgarde, bien en sunt aquité; 5
„mes mestres m'a soupris et par sen sens maté.
,gamais ne finerai, en trestot mon aé,
„de si que jou arai par force conquesté
,,le règne d'Orient, et de lonc et de lé.'*
Quant li rois ot conquis le règne Nicolas, 10
il se parti d'Ataines, onques n'i ot mus quas.^
devant lui est venus i. mes, plus que le pas,
li cevaus ù il sist est tressués et las ;
il en a apelé le roi Macidonas:
„sire, or entent à moi; se toi plest, si oras 15
nia novele que port; ne V te cèlerai pas."*
— quels est, dist Aliiandres, ne me di mie gas/''
et respont li mesage; ^par foi, jà n'en goras. '
ntes père te fait honte, par le consel Jonas,
Je Senescal de Grese, que à lui acordas. 20
„il a laisié ta mère, la franco Olimpias,
nCt vint prendre mouilier une Cleopatras,
nUée de Pincrenie,* fille le roi Guias.
ndolant en sunt si home et li haut et li bas.""
quant Alixandres Tôt, si en tint le cief bas, 25
et en après a dit: „mesager, ne ment pas,*
„quar à paines puis croire ce que tu conté m'as.''
— par ma foi, dist-il, sire, il n'i a mot de gas.
nli senescaus en a eu jà v®* mars,
„ei ostoirs et faucons, et xxx. cevaus cras; 30
„et si dist à la gent et as haus et as bas
„ que lu n'i es fins Felipe, ne en Grese droit n'as,
n* encanteor t'apelent, estrait de Satanas.
li rois en a grant ire, s'apele Pilotas:
„li senescaus, fait il, bien à cief en venras." 38
„mais jou n'arai jamais ne joie ne solas,
1) Mr ffM#. V) ne me mentir tu pas. 3) ma foi jà Porrat,
A) PiACêrme. 5) eêt-cê gms. 6) m'a bien êtmê ai$hê ras.
U EMaMs 4*AlUui4r«. ^
50 COMBAT D'ALIXANDRE ET DE NICOLAS.
,,de si qu'il est destruis el en fu mis. et ars.'*
Quant Alexandres ot sa grant honte noncier,
de mautalent et d'ire prist color à cangier;
onques n'i vot atendre palefroi ne destrier;
il vit devant i. tref i. oeYal estraier; 5
de plaine tere i. saut, ne s'i prist à estrier;
et a dit à ses homes: „pense8 de Tesploitier,
„si en alons en Grese, icou ne voel laisier/'
à Felippon le vait i. mesage noncier,
qui à ses noces est jà asis au mangier. 10
„sire, fait-il au roi, jà celer ne V vus quier.
„ci vus vient votre fins, d'Alixandres d'Aller.
„si a en sa compagne maint vallant chevalier*.
^Nicolas a ochis a Tespée d'achier,
„et a fait Tholomé de sa tiere iretier. 15
„le douare sa mère vus voira ^ calengier;
^sempres' pores veoir ces noces pecoier,
„quar il voira de cuer ceste honte vengier.
,gou quic, li senescaiis ne pora gaegnier, ^
„n'ai fiance en sa vie le vallant d'un denien ^ 20
quant Jonas Fentendi, n'i ot que courecier;
ja fesist au message le cief de V bu trancier,
F. 11* quant en Tuis de la sale entrèrent li premier.'
Li rois entre en la sale, qui le cuer ot mari;
desor les tables vit le mangier establi, 25
lors dist par maltalent, si que tout l'ont oi:
„or est drois que ces noces aient^ d'un mes servi.*'
ù que il voit Jonas, ne 1' tint pas por ami;
ains li dist en oiant: „ Jonas, je te desfi."
lors a traite Tespée, durement ,1e feri, 30
par desour les espaules la teste li toli.
tout salirent des tables, s'ont le mangier guerpi,
si courent, par la sale durement esbahi,
et cil de Princrenie suni as armes sali,
qui avoec le lor dame ierent venu garni. 35
La sale fu torblée malt mervillousement ;
t) OItMftM #« mère eêt vemuê, 2) demain. 3) prineier. 4) mteyi
êêreê de moi à eêê noeêê êêrviê.
COMBAT D*AL1XANDRK BT DE NICOLAS. 51
là peuiscies veoir. i. fier touellement ; *
c\\ de Pincrenie furent armé hastivement,
si se vont desfendant bien et hardiement;
mais li home Alixandre les laidengent forment;
que navrés, que oeis en i ot plus de c; 5
de la sale en iscirent, li plusior sunt sanglent
quant Felippes Toi, le cuer en ot joient;'
il tenoit en sa main i. cotel à argent,
et vint vers Alixandre, corant isnelement;
jà l'en ferist è Y cors, par le mien entient, ^ 10
quant li pié li falirent, si ciet è V pavement.
quant le vit Alixandres, le cuer en ot dolant,
celé part vait corant, entre ses bras le prent;
en i. lit le porta, si li dist bêlement:
nCiertes, ouvré aves vers moi vilainement 15
„se ne fuscies mes père, jà alast autrement.
„de vus euise pris mult cruel venjement.
„mult par fait grant folie hom de votre jouent,
„qui laise sa mouiller por dit de foie gent.
„teus donne mal conseil, qui n'i gagne nient; 20
„quant il le mains s'en garde, en prentron ve^jemenl.
„or vus proie, par amours et por vo sauvement,
„reprendes votre famé et ouvres sajement,* • .
„et metes bon exemple^ en votre finement.
„si vous en loeront toute la bone gent;* 25
„de vus doivent venir li bon ensegnement."
li père ot la parole, mult en bon gré le prent;
por la bêle raison a mué son talent,
et dist qu'il ouverra désormais sajement.
Felipes ot dolor, la parole ot perdue; 30*
quant li santés li fu et doucors^ revenue,
de le ddor qu'il ot tous li cors li tressue;
puis a mandé sa gent, le grant et le menue,
par le consel d'ans tous a le dame rendue;*
si l'envoie etï la tere dont ele estoit venue; 35
mais mult ot de »a gent à ces noces perdue,
1) tOQlUmmU. 2) êi mu» #«» lolmie. 3) #iifi# mil deimiewÊémi, 4) vivew
komemmi, 6) mcHI. 6) forcé.
52 COMBAT D'ALIXANDRB ET DE NICOLAS.
li rois reprist sa famé qu'avoit devant eue;
F. 11' AUxandres li a la coronne rendue,
qui li est par Jonas desloiaument tenue.
mais son louier en ot, le teste en ot perdue.
tos fu en Orient la novele seue 5
de le mort Nicolas, de sa conveneue,
comment par Alixandre ot la teste tolue.
quant Daires l'entendi, tous li sans li remue;
il en jure ses Dex et sa teste cenue,
que il voira vengier celé descouneue; 10
ne laira Alixandre ki vaille une laitue ;
ne garir ne pora en tiere, ne sos nue. ^
De Nicolas fu Daires dolans , qui ert ocis
car il ert ses parens procains et ses amis,
ses mesages envoie, si a mandé Felis, 15
sor quant qu'il tient de lui, de tiere et de pais,
et il ert ses hom liges, sans nul autre devis;
qu'il viegne à lui en prise,' u mes n'est ses amis,
s'il tant aime sa vie et vint demorer vis.
et si mande 'Alixandre que il trop a' mespris 20
vers lui, quant Nicolas sen cousin a ocis.
or li rende son règne k'ila saisi et pris;
et se il cou ne fait, d'une cose soit fis, -
il ne vivera mie i. an et xv. dis.
et por cou' qu'il est enfes et de folie espris, 25
li envoie samblances, iteus com ci devis,
i frain, une pelote, une verge d'olis,
et i. escrin d'arjent, et s'i a voit or mis;
et le brief por espondre li a avoec tramis.
Daires ftst ses semblances Alixandre envoler; 30
le verge et le pelote et le frain d'un destrier,
et i. escrin d'argent qui tous est plains d'or mier.
la verge li envoie por sen cors castoier;
por cou que jouenes est et corage a legier;
ne se^ doit folement en outrage haucier. 35
le pelote reonde, por lui esbanoier,
* que encore se doit joer et foloyer ;
1) Hé fvêî-il en empe uê en mue. 2) Pers: 3) p^rcê pt'iL 4) le.
COMBAT D'ALIXANDHB BT Dfi N100LA8. 53
se n'en pregne tel fais, que ne puist manoier.
le frain, por lui tenir et l'escrin plain d'èrmier,^
por cou que il se puist vers lui humeliier;
quar il est rois poiscans, à lui doit souploier,
*et tos dis obéir et servir et prier. 5
tout ensi sunt parti de lui li mesagier,
por au roi Alixandre ces samblances noncier.
dès que vinrent en Grese, ne volrent atargier.
Cel jor est Aliiandres de la cité iscus;
0 lui est Tolomes et Clincons et Caulus, 10
Perdicas et Pilote, à lor cos lor escus,
et des xii. pers est,'avoec ces, li sorplus.
avoec eus est Felipes li vins et li cenus.
es prés, SOS la cité, estoit li rois venus,
et là priés ot i. bos, plus biaus ne fu veus. 15
là fu li mestres très Alixandre tendus,
et par le prairie m. pavillons et plus.
maint aigle i ot à or et mains pumiaus batus;
Alixandres les voit, li cuers l'en est creus,
il en jure les Dex à cui souploie plus,^ 20
que, por plaine. une tor d'or ki bien est fondus,
ne laira qu'il ne voist, ains que past li Avrius,'
sor Daire le Persant qui n'est mie esperdus.
se Perse ne li rent, mors ert et confundus.
dedens stfu tref s'asist sor i. pale bofus, 25
entour lui a ases de princes et de dus.
F. 12* De r tref roi Alixandre voel dire la faiture.
il ert et grans et les et haus à démesure;
l'estace en fu d'ivore, à rice entalleure;
quant ele estoit drecié , il n'i paroit jointure. 30
li ciea en estoit d'or, tous à noeleure;
ii. pumiaus i a teus ki bon sont par nature;
li i. est d'un carboucle qui luist par nuit oseure,
li autres d'un topasce qui piere est note et pure , >
et tempre de 1' solel ardor et fait froidure. 35
après pores oir quel est la couverture.
1) JwftUreîCauê, 2) ne me Mraiî il mié, né me meieroit jus fti'il
ne veiêt étêor Dmre^ aine qu^Avens eoit venus.
54 COMBAT D'ALIXANDRB ET DE NICOLAS.
jà de millor n'ores, tant com H siècles dure;
quar tout li iiii. pan estoient sans jointure. '
De fin or Espagnois estoient li paiscon,
et les cordes de soie qui tendent environ;
si ot avoec mellé plume d'alerion. 5
on ne les puet trancier de fier, ne d'acier bon;
li iiii. pan sunt fait de diverse façon;
Tuns est plus blans qu'ivoirs et clers com siglaton,'
et li autres plus noirs que ne soient carbon,
et li tiers fu vermaus, tains de sanc de dragon, 10
et li quars fuplus vers que colet de^ plancon.
li roine le fist, cou iruis en là licon,
^ que par sa grans biauté decut roi Salemon.
de r poil fu d'une beste qui Salemandre ot non;
tous tans repose en fu et prent sa norecon; 15
por cou ne poroit fus ardoir le pavillon;
et quant il est ploies et mis en quaregnon
se r met on en i. cofre qui fais est d'un Grifon.
Li huis de 1' pavillon est fais d'autre manière;
de le piel d'un serpent qui est d'autre manière.* 20
ele est claire et luisans plus que ne soit verière,
et si li aproimoit hom, ne famé legière
qui port entoskement, torner l'estiit arrière;
quar ausi siere l'uis, com soit une masière.
après devient oscurs et giete tele fumièYe, • 25
com fait deseure fu une bouUans caudière.
. mult alnoit Alixandres le tret de grant manière,
sa mère 11 donna, mais ce fu par proière.
Sor le feste de V tref ù sunt 11 doi pumiel,
par mult bêle mestrie ot asis i. oisel, 30
en samblanee d'un aigle ^ nus hom ne vit si bel;
la roine le fist, c'on nomoit Jesabiel
li piet sunt d'aimant, eintallié à cisiel,
et tient entre ses ongles l'escier d'un tel^ quarel;
et li ongle et les eles et li mestre quartier 35
estoient de fin or, et quises et musieL^
1) éQêiêWê, 2) comme flacon, 3) eoUê nt, 4) ^roiif e% plenierê
5) le fêr d^un grant. 6) coM. 7) gmmkêê ei muêiei.
COMBAT D'ALIXANDRB BT DB NICOLAS. 55
pieres i ot entées qui raient i. casUel,
et la ceu fu faite de roa d'un piasonciel.
par mer, n'a en corant nul dromont si ianel
qu'il ne S taeè arester, se V nome-on esperrel.
et ens è 1' bec de l'aigle avoit i calemiel; 5
quant li vens se ftert ens, si cante si très bel
que mius vaut a oir que flsjot ne festiel.
Teus est li très dedens que je tus ai conté;
mais or pores oir de dehors la fierté,
ë r premier clef devant, ot point l mois d'esté; 10
tout 'si com li -vregier verdoient et li pré,
et ensi com les vignes florisent et li blé.
li xii. mois de l'an i sunt tout devisé,
tout ensi com cascuns moustre sa poesté;
les eures et li jour i sunt tout aconté; 15
F. 12^ li cius et li planettes et li- signe nomé,
et li ans* est desus pains en sa majesté,
et par lettres escrites i est. tout demostré.
En l'autre pans après, se 1' voles ascouter, *
veiscies mapemonde en après demostrer, 20
ensi com toute tiere est enclose de mer,,
si com li filosofe le sorent deviser;
et contient iii. parties que jou sai bien nomer:
cou est Asye, et Europe et Aufrike sans per.
les montes, les flueves et les cités conter, 25
par les lettres escrites, i poes tout trover. .
Alixandres li rois i vint mult esgarder;
li xii. per o lui por^sen sens ascouter;
et quant mult ot pensé, si commence a jurer
que mult fist Dex poi tiere por i. home onorer. 30
ii. tans en penst bien i. haus cuers gouverner,
et puis dlst en après: „se puis longes durer,
„quant que Dex fist de tiere volrai-jou conquester;
^que partout m'en ferai roi et signer clamer. "*
En le tierce partie de V tref, estoit comment 35
Hercules fut concius et nés premièrement;
com il jut en son lit, petit et de jouvent,
I) air*.
56 COMBAT IVALIXANDRK KT Dfi NlOOIiAS.
et Judo sa marastre qui le haoit forment,
ii. serpens i tramist por envenimement.
quant Hercules -les vit, s'es prit premièrement
à ses puins k'il ot gros, les oeist erraument,
puis conquist-il le tiere desi en Orient; 5
*ilu^c mit-il ses bones, voiant tote la gent;
tout ensi le voit-on è Y tref apertement
en le fin de Testore i est com faitement
le ciel tient sor sen col, par son encantement.
Alixandres li rois i esgarde souvent, 10
et quant Ta remiré, si fait sen serei^ent
que tout ensi fera, se il vit loigement.
En le quarte partie, si com li très define,
est escrite Testore d'Elaine la roine;
si com Paris por li en ala à meschine,* 15
et li rois Menelaus en ot en sa saisine
i. escu de painture, de forme léonime,
et cevauca la mule qui n'ert mie frarine.
Paris en amena la dame par rapine;
rois Menelaus en ot grant dol et grant corine;' 20
0 sa gent en ala à Troies par marine;
X. ans i fu li sièges, si com escris devine;
s'en fu Troie livrée à perte et à gastine.
Alixandres regarde volontiers la gordine,
et dist as xii. pers: „cist furent par morine; 23
„de r roiaume de Perse ferai itel ruine,
„et mettrai le roi Daire en itel desepline,
„qui damoisîaus a fait des sers de sa quisine/'
de r tref ne dirai plus, la devise ci fine.
Quant li mesage Daire orent l'ost sorveue, 30
et le grant praerie des Grius tote vestue,
mainte ensegne de soie virent à or batue,
le grant tente le roi, de lès le bruel tendue;
as prumiaus et à l'aigle Tout mult bien çonneue.
tout parmi le grant ost ont lor voie tenue, 35
devant le tref le roi est la place vestue
de chevaliers vallans et de la gent menue.
1) IHesme, 2) quen'ne.
COMBAT D'ALIXANDRB ET DB NICOLAS. 57
cescuns est descendus de le mule crenue.
si Tout è lor seijans par le règne rendue. '
F. 12* Satotes Ta avant, à le teste cenue;
ù qu'il voit Alixandre de rien ne le salue,
mais fièrement li dist parole aperceue. 5
,3ois) ce dist, Alixandre, je ne vus sai noumer.
„mesagîer sut roi Daire, si Tien à toi parler;
„ses hom deusies estre et to treu douer,
„u fos u hardis ies, quant tu l'osas penser,
^qu'ocesis^ Nicolas ke tant pooit amer; 10
„et se tu vius è lui aler merci crier,
„tous descaus et nus pies, gardes n'i demorer,
„ses hom devenras liges por s'amor aquiter,'
„et rendras son treu, se ne V vint pardoner.'*
Alixandres Toi, ne degne mot souner, 15
par mautalent Tesgarde, pris! lui à demander,
puis apiele Clincon, Calnu et Tolomer,
Perdicas et Filote, Antigonu le ber,
Emenidus d'Arcade qui mult fait à loer,
et Lione et Sanson turent li autre per. , 20
de r mesage roi Daire se prisent à gaber,
dient à Alixandre: „n'ayon8 que demorer
„mais alons desor Daire, demain à la jornée/'
Es vus Tenus arière' les mesages errant,
et troyèrént le roi et ses homes juant, 25
por amor Alixandre ki tant est conquerrant,
et ki d'autrui avoit fait ses homes manant
li doi mesage dient et li doi sunt taisant;^
„ Alixandre,^ toi mande rois Daires li Persans
„qu'à lui yiegnes en Perse, por faire ses commans. 30
„de ten cors, de ta tiere fera-il sen talent,
„ne te laira tenir i. denier vallisant.
„ Alixandres meisme puet bien estre créant,
„se Daire le puet prendre, n'en ira en avanf
quant Felises l'entent, fu iriés et taisant; 35
le cief baise vers tiere, si fu mus et taisant,
I) que ociê. 2) ucater. 3) en Grtset. 4) ieurtnl et li tiere eet
ymrUmt, 5) Philippe.
58 COMBAT D'ALIXANDRB KT DB NICOLAS.
el ne d^sist i. mot por m. livres d'argant,
c or contre le roi Daire ne fu mie taisant, ''
ne à sen mesagier ne fu-il mot sonant.
quant ce voit Alixandres, le cuer en a dolant;
le mesagier apiele, si lor dist en oiant:' 5
„de par moi, dites Daire qui est rois des Persans,
„que mes père de Anï n'est nule rien tenans,
„ne il n'est .ses* amis, ne jou ses bienvoellans.
„jà ancois ne vera xiiii. mois passans
„que métrai en sa tiere c""* combatans, 10
„si que voel que soit moie et trestous Orians;
,g'en claim la signorie des petis et des grans/'
lors veiscies les Grius esbaudis et joians,
et par toutes ces tentes, par tropiaus consillans;
ce dist li i. à l'autre: „mes tropiaus' est corans-, 15
„et mes haubers safres* et m'esp^e trencans.
„qui or n'ira en Perse, tous soit-il recreans."
neis li rois Felippes en fu lies et joians. •
Li mesages a biep à Felipe noqcié
et devant Alixandre se sunt ajenellié; 20
por cou que il le voient et pensif et irié
ne gardaient qUe l'eure que il fuscent jugié*^
et livré k martire, ocis etdepechié."
les bries li ont bfdlUé^ que on lor ot cargié;
le brief Daire de Perse Alixandre ont haîllié, 25
et il l'a receu et le saiel brisié,
F. 12' et par mtilt grant e^tude leu et encierké,
et connut pour coi Daire li avoit envoie,
por cou qu'il estoit enfes, l'avoit si foloié
que par itant le cuide avoir ameloié. . 30
li rois se porpensa, si a le vis drecié;
les mesages apiele, si a le brief ploie.
Quant li rois ot pensé, si se dreca è mont;
les mes a apielé, bêlement lor respont.
quanque Daires lor mande, âajement lor despoiU: 35
,,semblance lor tramist" .que à voir torneront.
1) on^ueê reniûM, 2) b^Umêni en roman. 3) fev«x. 4) tnUêrs,
5) fuêseni tUlreneié. 6) depieié, 7) ^frètent li danèrent 8} m'a IramUtet.
COMBAT D*ALiXANDRB BT DB NICOLAS. 59
„de muU grant sapieiice ai ?eu en parfont;
„ceste pelote montre qne conquerrai le mont,
„isi comme la mers encloi tout environ.
„li rerge senefie que tout cil nascui* sunt
„qui me doient abatre tous caus.qui contre estront.' 5
„et li frains de V ceval à le cavaice à mont,'
„et li resnes de soie et-li noiel reont,
„que li prince de 1' mont vers moi s'aclineront,
„et li ors de Tescrin, que mi home seront
mPIus haut que tout li autre et tous jors m'ameront. tO
édites Daire de Perse: s'il vers aus ne* s'apont,
„et vers moi n'est asis,^ isi com je vous cont,
„par les ious dont vu» voi qui me luisent è 1' front,
,gà ne caindrai espée, se premiers ne 1' confond
li mesages ot doel de cou qu'il lor respont; 15
congié prisent au roi, en* Prise ^ s'en reyonU
Li mes vienent en Perse et ont Daire cou dit
isi com Alixandres despondi^ son escrit,
et com par fier corage son mesage desdit;
et dit que pas ne l'aime/ gart qu'en lut ne s'en fit.* 20
se Perse ne li rent et à lui ne s'apuit, .
ne li voira laisier ne castiel ne fort cit;
desi qu'il l'aura mort, n'i ara nul respit :
„ne ses père ne tient de vus rien à sen dit.''
quant cou oi rois Daires, de maltalent sorrist, 25
vers tiere s'apoia, si pensa un petit,
et dist' que poi se prise, se par tans' ne l'ocit;
mais li rois Alixandres n'a talent qu'il s'eublit;
tout le règne de Grese a semons et banit
que n'i remagne jà ne li grans à 1" ® petit 30
qui puise porter armes , que Tuns l'autres n'ait. ^ ^
cascuns i viegne tos, car Daires les desfit.
quant furent asamblé, par nonbre et par escrit
furent bien c. millier, tôt prodome et eslit.
1) ftn d iiueqtîêê, 2) quê bâterai Ipuê eauë qui me conir' esteront
3) têt twélmice que tôt de moi -fenrofil. 4) se avoee ne. 5) aeiins
e) PêTêt. 7) a leu. 8) qu'en fais le iaist 9) s'afii. 10) /• grant ne li.
11) qm mnnêê porter puise, n'i prenne nul respit.
60 COMBAT D'ALIXANDRB BT DIS NICOLAS.
n'avoit en sa compagne si povrc homme, je quit,
qui n*ait vestu bliaut, rice drap u samit.
Alixandres s'entorne, n*i quist onques respit,
et Felises remaint ki aime le délit,
et déduit de rivière et repos de sen* Ht, 5
le déduit de se fenmie ù il a grant délit.
isi furent andoi déplorant départit
par icel convenant; puis Tuns l'autre ne vit.
Meus est Alixandres et sa grans jens montée;
bêle fu sa compagne quant ele fu armée. 10
la tiere au roi JPelipe a toute trespasée;
mult cevaucent à force, cescun.jor à jornée.
desor Daire s'en vait qui maine grant posnée;
la tiere Nicolas qu'il avoit conquestée,
en V. jors et demi l'ont toute trespasée. 15
en autre plus diverse est l'os de Grese entrée,
F. 13* et une praerie ont mult bêle trovée.
i. fluns i coroit clers dont Taige fu loée.
celé nuit est li os desor l'aighe ostelée;
desi k lendemain que paru la jornée, 20
que toute Tos se liève, si est aceminée.
Alixandres cevauce l'oriflambe levée;
li fourier vont devant par toute la contrée
et cevaucent à force, sanls nule demorée.
li rois garde as senestres,' par mi une valée, 25
une roce a veue qui estoit grans et lée
et haut^ vers le ciel, bien Une arbalestrée;
d'une part Tencleoit la haute mers salée,
de Fautre part l'avoit i. fluns avironée.
la gens qu'est là desus est aseurée; 30
ne doute force d'omme qui soit d'autre contrée.
Alixandres le voit, si l'a mult esgardée;
por veoir le montagne, si est l'os arestée,
et a di (à) ses hommes, sans ûule demorée,
que onques mais ne fu tele cites trouvée. 35
i. paisans a bien la parole escoutée,
le raison que li rois ot à sa gent mostrée,
1) bon. 2) regardé à désire.
COMBAT D'ALIX ANDRB BT DE NfCOLAS. 61
cil a dit tel parole ki Alixandre agrée: ^
„sire, ceste cités* que tant as agardée,
„c'est une fremetés qui malt est redotée,
„dont li sire destraint toute ceste contrée;
„sou siel n'a rikecce quî là ne soit troyée.'' 5
— Diva, dist Alixandres, a-il porte, n'entrée."
li hom li respondi; ^devers ceste valée
„a une estroite voie, par droit' sens compassée;
„se toute la gens Deu' i estoit asamblée,
„por cou que par c.^ hommes soit lA dedens gardée, 10
„ne poroient monter une seule tesée;
„ne doute nul asaut de nule gent armée."
* Alixandres respont: bien le m'as devisée.
,Jà ne m'en tomeral, si me sera livrée.''
Lirois prist i. mesage qui mult est ses privés; 15
à le roce l'envoie et il i est aies ,
et manda le signor ki tient les iretés,
que le roce li rende dont il est redoutés;
après si soit ses hom et ses rices casés/
et s'il cou ne vint faire, si sois lues, desfiés. 20
,Jà ne m'entomerai si sera desiertés.*'
cil s'en va A la roce, si s'est d'iluec tomes,
à le branc de l'espée les. a tous apielés.^
quant li sire le voit, si est jus avalés;
li mesages parole ki fu preus et sénés: 25
„Diva, ki est li sire? et comment est només
„qui garde ceste roce et si est haut montés?''
et li dus respondi ki bien fu enparlés:
„n'i a ci que nos ii.; près de vus les vées."^
li mesages l'entent, de parler est hastés: 30
„Alixandres te mande , ki est rois coronnés,
„que li rendes la roce et ses hom devenes;
„et se vus cou ne faites, sacies de vérités,
,JA ne s'en tomera, si seres afamés;
„ne vus pora garir. ne roce® ne frétés, 35
et li dus respondi; „de folie parles.
1) U kmiU roeê. 2) Ui. 3), Dtev. 4) »x. 5) lt>#. 6) aeenéê,
7) n*i û êifmor foré moi ptê vuir iehi vees, 8) euêtiax.
62 COMBAT D'ALIXANDRE BT DE NICOLAS.
„quel8 hom est Alixandres, et de quel tere nés?*'
— sire de Macidone, et li plus redotés
„qui onques portast armes, ne espée à V costés
F. \3^ „sou siel n'a homme en terre,- s'il fust è lui jost^s,
„se r veist en batalle, ne fust espoentés."" 5
— par mon cief, dist li dus, ancois est fol provés.
„je ne pris pas sa force ii. deniers monées.
„li avoirs de mes homes est en ma tor portés,
„dont ferons nos déduis et notre - rolentés.
„jou n'ai soig d'Alixandre et de ses nobletés. 10
„teus * gens a-il o lui, amis? or me contes. '
,gou ne dont nule rien tant sui aseurés ,
„ne mais le roi de. V jciel et angeles empenés.'*
et respont Alixandres:' „bons chevaliers armés,
„et bon espius moulus, et bon escus listés • 15
„ont ases li Grigois, et bons brans acérés
,.qui voleront vers vus , s'a eus ne vos rendes.
Li dus ot le mesage parler en tel manière^
c'Alixandre est fiers et sa gens est si dure,
se vers lui ne se rent, trestous ses Dex en jure, 20
jà ne r pora garir càstiaus ne fremeure.
et li dus respondi, sens point de couvreture:
„de la gens^ Alixandre ne de sa gent' n'ai cure.
„quant je sui là à mont, tant est ma gens seure,
„ne crien de cà à val unie mésaventure. 25
„va-t-ent à tent signer, si li di à droiture
„que ne pris son dangier une pume meure;
„ne feroie por lui seul, itant de mesure*
„qi]e perde mon dormir aeul une nuit oscure/'
li mes sace iii. peus de sa cote à droiture, 30
par itant -le desfie, de rien ne s'aseure;
après s'en retoma quant il pot à droiture.
Li mes en vet à l'ost'et aconte le roi
cou que li dus li mande, l'orguel et le deroi,
que il n'aime ne prise nule home de sa loi, 35
ne jà n'en laisera son dromir en recoi.
1) fueiê. 2) eem «#l easeunê arméâ. 8) li meêà§Êê, 4) wtésurt.
5) Corgoil. 6) de V dimger. 7) de fmturB.
COMBAT D'ALIXANDRB ET DE NICOLAfiT. 63
Aliiandres respont; „par les Dex ù je croi,
,gà ne m'entornerai, si ert en grant esfroi,
„ne ii lairai de tiere ù il coucast sen doi.
les xii, pers de Grese apiela joste soi.
„signor, dist Alexandres, consel demanc et proi/' 5
et cescuDS li done bon conseil en droit soi.
Aliiandres parole hautement, sens recoi:
„yas jouene baeeler de pris et de dosnoi , '
j^qui âmes bêle dame et le rice dosnoi,
„et désires soyent et gueres et tornoi» 10
„qui primes montera sor. la roce, ce croi,'
„et de ma rice ensegne mostera le desploi
„z« mars li donrai-je, je li plevis ma foi.
^l'autres en aura ix., et li tiers ?iii, ce cror,
,,li quars vii., 11 quins ?i., li autres v. de moi;' 15
„li sesmefi en ait iiii., li wimes iii. de moi;*
„li neumes en ait il., li disme i., je Totroi,
„et cescuns avéra ceval u palefroi,
„de caus qui monteront le mur et le berfroi."
Quant li Griu entendirent que li rois lor devise 20
qu'il aront le rikécce que on lor a promise,
le jor i veiscies mainte brogne en dos mise;
portent hiaumes d'acier et espées 4e Frise,
et bons fiers por monter et crocières de guise;
de là devers la mer, encontre le falise, 25
gratèrent^ 11 Griois à mont la roce bise;
à fiers et à crocières percent la pierre assise.
1) iMToi, 2) ^ue oot. 3) 9. à l' êiêiniê otroi. 4) à Fviiime H trot.
5) ftirnUtnt.
ASSAUT DE LA ROGE.
Ci dlst «1 ••m H Griu asallreut la roee ù Allxandres
et sa ge»%m emtoient ens.
F. 13* I uis^ que li Griu montèrent, le commande li rois
que il se pucent prendre le roce et le bierfrois,
que sempres i mesisent une ensegne à or frois;
c'est la soie demaine à Y fier Arabiois;
à cou pora connoistre la gent des vieses lois.' '5
de là devers la mer, très par mi le marois,
Tait li roi6 asalir à m. Macidoûois,
por faire ceus descendre qni erent as biefrois,
et à tel rose entendre dont lor fera sordois;'
et li homme Alixandre i. montèrent ancois. 10
mais li murs est si fors et d'encoste parfois,^
que ne lor forferont^ ii"* homme i. baulois,
por cou que de lor honunes i (*eu8t) xx. et iii.
Alixandres li maine, li preus et li cortois,
le jor en prist tel cose, par ire et de gabois, 15
dont à jgrande folie le tienent li Gregois.
Quant li Griu asalirent à la roce icel jor,
por faire cens descendre qui erent plus haucor,*^
et d'ars et de s^aites traient envers le lor;
et cil se descendirent à trevaP li plusior, 20
et esgardent les Grius qui sunt de bel fetor.*
* Alixandres s'entorne, com hom de grant valour,
*et Tait là ù cil montent, qui sont de grant baldor,
dont li mener* ne prisent tôt le mont une flor.
1) «tiM. 2) eeiê He sa gent H rois, 8) gorioiê, 4) devani etdêtroU.
5) meêÈrairoiênt 6) o/tor. 7) eanire vai. 8) fUror, 9) miiireê.
ASSAUT DE LA ROCB. 65
quant li i. en descendent, ce content li autor,
xxT. en ocoient contre val, à doloire.
„alii! dist.Àlixandres, Griu et Macidonor,
„com vus fac bui ester en mervillous* eçtour.
„or poes TUS conter qu'ares makès signer ; 5
„se ne ms fac aie, jamais ne vegne' ounor."
à caus qui sont cian tôt les fiers per* ...eqr,'
puis se prent à la roce por faire à eus soscours.*
Quant li rois se fu pris à là roee monter,'
à tant es rus poignant Clincon et Tolomer, 10-
Licanor et Pilotes et tout li xiL^per.
u il Tosist u non, l'orent fait retourner.
„sire, ce dist Caunus, mult faites à loer;
,Jà estes vus venu por conquerre outre-mer,
„et TUS Toles jà ci en èest pais finer." 15
—r baron ^ dist 'Alixandres, c'or me laisies ester;
y^ùfà Toi morir mes bommes et à honte liTrer, -
„*si jo n'apreng à- aus les mai à endurer .
„comment se pora donques nus hom en moi fier?*'
Li Grijois ont monté le roi sor i. ceTal, 20
et Tienent à l'entre ù cil tienent estai;
gietent, lancent et traient, et font'grant batistal.
mult cO i ont rué mainte piere poignal,
et cil sunt descendu dusc'outre le portai;
mais li Grius les ategnent, com renars fist le gai 25
F. 13' qu'il saisi par le geule quant ot canté jornal,
et li Grijois porprendent Te roce et le casai.-
tôt furent susmonté (*là) iiii"* Tasal
qui traient les espées et escrient roial,
et moustrèrent l'ensegne au- roi Macidonal; 30
U debrisent les murs et craTentent à Tal.
Alixandres le Toit qui sist sor Bucifal.
„ahil dist-il, baron, com par estes loial.**
Quant li dus se regardé, Toit sa gent decopée,
prise, morte et ocise et contre Tal gietée, 35
et se roce perdue que il ot tant gardée;
1) dotêrmtê. 2) n'aie Jw. 3) frent Uê gram* far iror. 4) manUr
e» im iar.
66 ABBAUT DB LA ROCB.
vit Tensegne Aliiandre encontre mont levée,
lors maudist les Gregois et toute lor contrée;
ains mes teus félonie ne fu en gens trovée;
et vint à Alixandre contre val, à l'entrée,
merci li a crié et vot rendre s'espée; 5
mais li rois en jura sa teste coronée
que ja n'en sera prise, sens sa mort devisée.
si com il a tous jors l'autre gent démenée,
prise, morte et destniite, toute desbaretée,
la merci c'ot des autres est en lui encontrée; 10
à r meisme le rocè que tant jor ot gardée,
l'ont pendu tôt armé; puis est l'os retemée/
mais li Gr^ois ancois ont le roce ^tornée
qu'il ne remest riens ;^ si par fu desiertée.
Quant li roce fu prise et li dus fu pendus, 15
Alixandres cevauce qui de Grese est iscus.'
mult fu grande la route des grans et des menus;
il ot en sa compagne xl"' escus.
à 1' desevrer* des tieres, quant de Y règne est iscus,
à r flan d'une montegne, lor est i. fluns parus, 20
une aige bêle et clere, sens ros' et sens palus;
mais ains que fust li vespres aprociés ne venus,
de jouste le rivage orent lor très tendus.
*mais l'ardor de 1' solel et le cax qui est creus,
*et le tofor de l'air les a si confondus 25
*que n'i pooit garir nus hom qui fust vestus.
*iluec en eussies tes sept mil veus
*que se ficent a l'aighe, que jones que cenus.
Alixandres li rois en est au flun venus;
por le caut, tos armés est en l'aighe férus; 30
por le froidor de 1' flun dont clers estoit li rus,
*et de r caut de 1' solel qui sor lui est caus,
li est ë r cors li sans saielés et fondus/
De la froidor dQ l'aighe qui sort de la fontaine,
est si espris li rois que sor lui n'en a vaine 35
*que de sanc saelé ne soit et inde et plaine.
1) #>#! Bêt Vù9 aide, 2) jriere, 3) meus. 4) deniêer. 5) koe.
6) iorbUê el eommeuM.
ASSAUT DB LA ROCB. g?
espris erent de V c^ut qui à 1* flun les amaine;
COQ fa une mecine qui n'estoH mie saine,
desor le roi de Grese n'ot onques une vaine
qui de sanc saielé ne soit ondée et plaine.
Tholomes le regiete quant voit la color vaine, 5
Glincon a apelé et Perdicas acainne;
par les bras le saisi et avec lui l'enmaine;
ne yiut que l'os le sace ne entor lui s'acaine/
ne que la gens de près le die à la lontaine.'
Alixandre ont asis 11 roi et li demaine; 10
en son tref l'ont coucié sor i drap d'Aquitaine,
li xii. per regraitent Alixandre demaine.
ahi! tant mors i' fus, gransrois de Macidaine.
par le moie foi, Grese, mult estes or* lontaine.
or demorra prendre mainte tiere lontaine. 15
entor lui pleure l'os une liuee plaine;
là veiscies pasmer et cair en l'araine,
et rompre maint cevel noir et blanc comme laine.
F. 14* onques mais n'ot ë 1' siècle si grant doel d'un cataine.
i mes se part de l'ost, desor i dromadaine, 20
qui Tait Daire noncier; de l'esploitier se paine.
Li mes se part de l'ost, qui de rien ne s'oublie,
quant il vint à Daire, envers lui s'umelie;
la noviele li conte qu'a volontiers oie
de r malage Alixandre en cui pas ne s« fie, 25
qui sor l'aighe de Libe^ a pris herbegerie,"
et a tel maladie dont il ne garra mie,
et conte le dolour com li os pleure et crie,
et regraitent le roi et sa grant cortoisie,
son sens et sa proecce qu'il avoit aquellie.' 30
teus m. en vit pasmer parmi la praerie;
se Alixandre muert, s'est sa® joie finie,
et quant Daires l'entent, ne puet muer n'en rie;
de la joie qu'il ot tous ses Dex en merchie.
li rois se porpensa d'une grande folie; 35
Daires a* pris i mes, si le tramist à 1' mie
1) que mior #« ^rmnê. 2) foraine. 3) M«r. 4) êoitaine. 6) en
f'flt'fife àê TuàtU. 6) kêmfêrmêrie. 7) et ee eeveierie. 8) lor.
6*
68 ASSAUT DE LA ROCK.
qui garist Alixandre, c'a ses herbes, i' ocbie;
tant li donra rouge or et pales de Rosie,
ne r poroient porter iiii. mul dé Surie.
ses bras li mist à Y col, piteusement li prie.
mais cest plet convient faire sajement, sens folie. 5
Li mes se part de Daire, congié prist, si s'en va:
dusc'à Tost Alixandre onques ne s'aresta.
à le guise de Grese sagement s'atorna;
en le tente le roi si coiement entra
que ne fust conneus,' forment se redouta.* 10
lès le mie s'apoie, un petit le bouttf;
d'un des ious li fait signe, d'antre part le toma'
et dist, s'en lui. s'en fie, sen preu noncerâ
que jamais en sa vie, povres hom ne sera,
et cil li'respondi: jà mar en doutera. 15
quitement est Tenus et quites en ira.
or die qu'il lui plesi et il ascoutera.
de par Daire de Perse, 11 mes le salua,
en Torelle li dist, sajement 11 conta
s'il ocit Alixandre , rice homme- le fera. 20
iiii. somiers cargiés d'or fin ce li* donra;
c. pales d'Oriant des ihillors que il a,
et envers toute jent quitement le tenra.
cil entant la parole, une pièce pensa,
fremist et devint noirs et de paor. trembla; 25
coiement li respont que sota plaisir fera;
se cel avoir li done voirement, l'ocira
à ses erbes meismes; ja viu. jors ne vivra,
or penst Dez d' Alixandre, car inal consel i a;
se savoirs' ne l' retient, convoitise l'ara.* 30
Li mes se part de i' tret; congié a pris à 1' mie,
et cil a pris les erbes dont le roi dut ocire,
et vint à Alixandre que se dolors enpire.
le dçstrecce de 1' mal li fait fraindre et aflire,*
le car taindre et noircir, le sanc et les os frire. 35
entour estoit sa gens qui le pleure et désire;*
1) fomê pu feêgarda. 2) d'un€ part en ê'ûPeilê ii msè ii eonêilla.
3) 999 sens. 4) eanvoUiêê U vûiuerm. 5) paie ei dêêrire, 6) éf ëOëpiré,
ASSAUT DB LA ROOB. 69
là veiscies les m. qui n'oDt talent de rire.
U mires le regarde, eu sod cuer prist à dire:
„or ocirai celui qui des autres est sires
„et a dit que li mondes se doit vers lui aflire ;
„se je fac de tel oume, por avoir, omecide* 5
„et destruis si grant gent et depris' cest enpire,
F. 14* „on me deveroit bien detrencier et ocire.
„li rois por lui garir m'a fait d'autres eslire ;
Mse par moi est ocis, Dej^ me puise maldire.'' -
Mult fu sages li mies* qui si bien se conseile; 10
*ne veut por cortesie faire si grant mervetle
qu'il ocira celui qui tout le mont esTelle;
mais de 1' bon roi garir mult forment se travelie.
Alixandres meisme* se dort bien et soumelle,
et revint sa colour blance, clere et vermelle; 15
et li.Griu orent joie, nus ne vit sa parelle,
c*or ne sevent sans lui nés qu'en fait une oelle/
Alixandres meisme les conduist et conseille,
autr^si les conduit cora li prestres*^ s'oelle.
Mult fu grande la joie quant li rois fu garis; 20
là veiscies par l'ost les Grius mult esbaudis,
k'il quidoient de 1' roi qu'il fust mors et finis,
les pavillons destendent, si ont les très quellis,
cargent mus et cevaus et grans somiers de prisj
et font mener en destre les cevaus arabis; 25
portent espius et* lances et grans escus forbis,
et ensagnes de porpre et pales de samis,
et trespasent le règne de Libe et de Lutis«
ceus qui à lui se tiennent, a .li rois requellis^
et ceus qui le refusent a mors et desconfis; 30
les félons orgillous a destruis et laidis
et a pris les cités et les palais voltis.
Alixandres meismes les a des Grius' garnis; .
les grans avoirs en a as Grijois départis,
les bacelers de 1' règne, les chevaliers eslis 35
qui sunt gros et quaré et bien amanevis,'^
I) omeeire. 2) Hêftart 3) manjuê. 4) ie motanî d^uM fuêUe,
5) pmUireê, 6) aeaiUU. 7) êiens. 8) Uê puins gros el massU.
70 ASSAUT DE LA ROOB.
caus enmaine li rois, o lui les a coisis;
tant lor done Alixandres ki si les a sougis/
que plus aiment la' paine que nul autre delis;
ne jamais en sa vie n'erent de lui partis,
ains en sera tous jors onorés et servis. 5
Alixandres cevauce qui caiele les Gris;
en Tarière garde est Tholomes et Dans Clins.''
à Tissue de Y règne, si cem moi est avis, -
truevent une montagne qui les a esbahis,
i. tertre aventurous qui dut estre* hais, 10
qui estoit grans et Ions, plus que n'en devis;*
grans vaus ot et grans costes, parfundes et sontis;
qui ceroit là dedens, bien poroit estre fis
que jamais n'en istroit, itant que il fust vis.
or oies la mervelle dont li mons est garnis; 15
quant couars hom i entre, sempres devient hardis;
tous li pires de 1' mont i est plus esbaudis,
et li preus i devient isi acouardis,
et mauvais de coraje et de fais et de dis;
tous li mondes' i est fos et avilonnis; 20
et 11 ceval de garde i sunt mult alentis,
et li ronci malves desrée et braidis;
de maint homme a esté li tiertres maleis.
La mervelle du livre, ^ si c'on trueve lisant,
est escrite en i. livre d'une estore lisant.* 25
li homme de la tiere l'aloient escivant,*
li paisant le tiertre recréant,
or oies la mervelle que li Griu vont faisant;
qui plus montent la tiertre, plus vont acoardant,
li retorners arrière lor vint mult à talant; 30
F. 14* mais li mons ne lor let qui les va destragnant
iiii. s'en destomèrent qui se vont desrocant;**'
d. en desrocièrent en sel val, pardevant;^^
1) ê'Bê û aêosplis. 2) sa 3) C/û. A) de mainê home, b) ei de ••'
fars eioeië. 6) mUdreê. 7) de V mont, 8) muit grant 9) eêkievmU.
10) ••••. <?.#*«« tomèrentf onqneê n'orent garant. 11) de le eoite deerotent,
à val vont piriUant,
AMAUT M LA ROCB. 71
onques puis n'en iscirent, à trestot lor vîTant;
li autre s'adrecièrent, si se vont aroutant,
et li mauvais aloient, les bons reconfortant,
qui dient as proudomes: „mult estes recréant;
„nous conquerrons le lierre, desi en Oriant.*' * 5
li bon cevai de garde' i aloient lascant'
et parmi le montagne aloient recréant/
et li ronci malves i aloient salant,
* hennissent et regibent et font noise si grant
*que cil qui desus sont, *vont sovent trebucant. 10
*n'a si prodome en l'ost qui ne s'en espoant;
* c'est une des mervelles dont gens soient parlant;
Alixandres li rois s'en ala mervillant.
Li val furent parfont et li tertres agus
qui a fait maint prodomme dolant et irascu. 15
mult ot li rois grant ire aine qu'il fust descendus;
à r dévaler de Y tertre truevent i. pré erbns,
en i. bruel d'olivier menuement foUus.
iluee est à cescun ses corages venus
et li ceval des prés reçoivent lor vertus. 20
llueques veiscies les roncis recreus
qui avoient è 1' mont trovées les vertus,
mult ot li rois grant joie quant les Griu vit venus
sor Terbe qui fu fresce, est à pié descendus:
por le repos qu'il aiment i est lor très tendus. 25
Alixandres meisme en apiela ses drus,
dient de la mervelle qui les a deceus,
c'onques mais de cest siècle tel cose ne vit nus.
La mervelle de 1' tertre fu le jor mult reprise,
en i. tertre en entrèrent de trestous biens eslice; «30
les iii. jors i demeure et repose et délite;
li séjors que il font durement lor porfite.
toutes les gens de 1' règne qui ilueques habite,
vint encontre le roi, li grande et li petite,
qui ot cier drap de soie, ne bien rice aumatite 35
le roi le présentèrent, mult est vers lyî aflile,
et 11 rois mult les aime et a grant cose dite
1) OeeidoHt 2) Oreêee. 3) i0ê4mU. 4) êsimneani.
72 ASSAUT DE LA ROCB.
que contre toute jent sera ior tiere qiiite;
une yinagene* trovèrent de piere mult eslité
qui por Neptalamon^ fu drecié et eslite.
En' délite retiegne le roi et son bamagé;
volontiers le servirent et de bon cier ceraje;* 5
li rois sor toute gent Ior promet signorage.^
en mi liu de la terre trovèrent une image
qui en semblance. d'omme fu drecié en estage;
*Alixandres demande à un home d'«age,
*„de cui est ceste forme?" cil li dist son corage; 10
*»,par Dant Netaiamus qui fu nés de Càrtage,
^^onques n'ot en cest mont i. seul home si sage/'
*lors en rit Alixandres et torna «on visage;
* d'autre part est tornés et tient tôt à folage.
à l'issue du règne trovèrent un marage*/ 15
après icele tiere trovèrent i. passage.' •
l'escriture Tapele l'escriture de 1'® Trage.
en mi liu se seoit une cités marage;*
et fu sor une roce è V destroit d'un, rivage. '®
la gens est felenelce et fière comme sage, !^0.
et respondent le^^ roi orguel et gcant outrage,
et si ne prisent lui et sa gent i. fromage.
Alixandres en jure tous caus de son lignage;
qui mar ont contre lui essaucié son barnage,
por tans Ior convenra mostrer Ior vaselage. 25
li Griu les ont ocis et fet mult grant damage;
onqûes ne Ior laièrent i. tout seul iretagé;
bien ont fait as félons comparer Ior outrage.
De la cité de Trase est li rois bien vengiés;
les tors a abatues et les murs pecoiés. 30
Emenidus d'Arcade i estoit bien aidiés,
F. 14' Tholomes et Dans Clins et Licanors li fiers,
des zii. pers de Grese estoit li vaus^' cargiés;
ù truevent fremeté, ne haus murs batillier,
ne bailles environ, ne grans fosés trenciés, 35
1) ym00$. 2) Néialamuê, 3) Cii, 4) ei iui ei son iigna^, 5) #evr.
I«^0. 6) trtêf osent t. rivage, 7) piue ealvage. 8) U eoniréê de. 9)
brage. 10) poêsage. 11) à V, 12) fu H règnes.
ASSAUT DB LA ROCB. 73
tout prendent à abatre, De i remest i, pier.^
quant les a Alixandres destniis let exilUés,
à sa tente de pale eat li rois repairiés.
de l'asant de la vite fu forment trayilli.és,
et si fu. Alixandres pensis et enbronciés. 5-
sour L feutre de pale est i. petit couciés;
li disners Alixandre eâtoit aparilliés,
à mangier sunt asis, ases i ot daintiés.
L harpere de V Trase' est de V roi aprociés.
de lais dire à flahute estôit bien ensigniés; * 10
SOU' siel n'a estroment dont ne fust afaitiés;
par sen savoir est tant d' Alixandre apireciés,
ançois que il s'en tome, il sera bien paies;
il (i) ala pensis, mais il en revint liés.
Devant le .tref le roi est li harpere asis 15
et commença i. lai dont il ot mult apns ,
de le harpe à flahute dont il estoit apris;*
et fil bien escouté d' Alixandre el des Gris,
quant (*li rois) ot mangié, si l'a à raison mis.
„Diva, dist Alixandres, dont es, de quel pais?*' 20
et cilrespondi: „sire, .vus' saves mes pris.*
^ . ,je sui i. bacelers et povres et mendis,
„de ceste gaste vile tous" estrais et noris.
„*que tu as hui gastée et le règne conquis;
„*hier étois jou rice, hui sui povres mendis/* 25
quant Tentent Alixandre, si a gieté i. ris.
„ier avois jou auques et or sui si aquis
„que vus aves destruite le règne et le pais.*'
— par mon cief, dist li rois, voirement m'as conquis.*
„se tu i es d'avoir povres, tu auras, biaus® amis, 30
„de ceste cité chi, ten cors en avestis
„de la cité de Trase et de .tout le pais;
,4à n'en perderes rien, tant com je soie vis,
„ne ne m'entomerai* par consel de mes Gris,
„si ert ausi puplée com fu à xv. dis; 35
„et seront redrecié U'mur d'araine bis.*'
1) piêê. 2) Tàrgê. 3) iêê fiée. A) ne fu miê nitrepriê. b} iu uê
mtêSprU, 6) «tii. '^ 7) •• pttroUê m'as prié. 8) je ê'en donrai.
74 ASSAUT DE LA ROCE.
et cil li respondi: „8ire, d. ^ merchis,
„ci a mult rice don, jentius rois poestis/'
devant lui s'ajenelle, et li sire des Gris
li a rendu la tiere par son pelicon gris.
Quant li rois ot la yile à l'harpeor donée, 5
onques ne s'entoma desi qu'il Tôt puplée
*el trestot environ autresi bien murée,
si bien que fu devant, ains qu'ele fut gastée.
lors s'entorne li rois, si pasa la contrée,
vers le règne de Sire a sa vote tomée; 10
cou estoit une tors plenière et asasée.
toute la gens de V règne est contre lui alée,
ricoise et signorie ti orent présentée,
et li rois mult les aime et forment les agrée;
l'anor' que il ont fait 11 ont guerredonée. 15
Li rois en est entrés en Sire' le garnie
qui departoit le terre de Y règne de Persie.
encore n'estoit pas Andioce bastie
c'Andioce* fist puis, par mult grande mestrie,
quant li rois Alixandres li dona en baillie, 20
que il fu* de sa tiere en la fin grant partie,
les tieres trovent bieles et bêlement garnie*^ #
de mult bone vitalle et d'autre manandie.
F. 15* toute la gens de V règne envers lui s'umelie,
et li rois mult les aime et retient, et afie 25
que jà ne leur faura, ne por mort ne por vie.'
à r quart jor est venus et Tholomes Tenguie;
tant cevauce Alixandres que de rien ne s'oublie,
qu'il voit les tors de Tir, s'a la cité coisie,
mais ançois conquise* le tiere de Surie, 30
et le règne saisi et mis en sa baillie.
„sire, ce dist Sanson, se Deu me béneie,
„quant je voi ceste tiere, tous li cors me formie,*
„quar ele fu mes père, si l'ot en sa baillie;
„Daires le m'a tolu par »a grant signorie."*® 35
1) Dieu. 2) OMor. 3) Oude. 4) e'Aniiocus, 5) ^ift /• /Ul. 6) riee,
oêosêe et plenHe, 7) à mU Jor de m vte, 8) a eanfuie. 9) fremte»
10) félonie.
ASSAUT DB LA ROCB. 75
Alixandres respont: „ne 1' mescrées vus mie;^
jà ne m'etitornerai, si Tayerai saisie."'
cil entent la parole, durement l'en mercie.
Quant li rois coisi Tyr, si fn lies et joians,
el les lors' batillies et les murs haus et grans. 5
en une ille de mer le frema Tirelans;*
ce fîi li premiers rois de la tiere tenans,
les tieres entor lui furent à lui tenans;
pour lui le mist non' Tir, tant estoit redotans.
après le soie mort l'eslaisa as enfans; tO
ce conte l'escriture, que ce lu ccc* ans
après que li dolôuyes* fn par le mont querrans.®
or est en le main Daire qui sire est des Pisans;*
de li tenoit dus Baies la cité Toirement/^
qui est bons cheyaliers, hardis et.combatans. 15
la cité estoit fors et en tel liu séans,
que toute pars li est li murs'* ayironans,
ne crient asaut de gent, quariel, dart en lançant,*'
ne mangoniaus dreciés, ne perière jetant;
tout le siège de 1' mont ne prise ii. bes/ms, 20
fors que seul Alixandre qui si est conbatans.
et li Griu se logierent par plains et par pendans;
cel jor i ont tendu pavillons, ne sai quans;
adonques yeiscies ceus de Tir esmaians,
por paor d' Alixandre pensis et souspirans. 25
là rois asîst la vile ù ot mainte persone,
et par mer et par tiere trestoute Tavironne;
mult ot en sa navie pain et yin et avaine.*^
de la fierté de Fost, de la noise qui sone
sont cil de la cité esfrée dusc'à none. 30
li dus Baies parole, ces de Tir araisone:
„Babilone vint prendre cis rois qui ci sejome,**
„et conquerre par force Aufrike et Airagone.*'
,4à ne garra vers lui ki treu ne li doue."
1) lonf cm» je êoie en vie. 2) êi ert en vo MUie. 3) ieé tore vii
4) f^nna Tiriunê. 5) ot à non, 6) ce. 7) deluveê. 8) eoranê. 9) Per-
inne. 10) la tient i. due, Balles fif'cM est gardons, It) la mère. 12) «0
pioHei d'ors traiant. \d) et onane, X4) et ofrés, Bseatane. \b) 8arragonê.
76 ASSAUT 0E LA ROCB.
cil de Tir li présentent d'or fin une corone;
Il présent et les pierres valoient mainte somme '
de r plus cier argent' fin qui soit en Escalonne. '
Li rois prist la coronne qui mult &st à loer;
Tolomes le commande por Sanson coroner, 5
et dist à ceus de Tir qu'il les laient aler
en la cité dedens, por les.Dex célébrer.*
adonques se commence li dus à redouter
qui par force ne Y vot de sa cité garder.*^
„sire, dedens la vile ne vus caut à entrer, 10
,,quar nou9 les te ferons cà defors aporter."
— comment, dist Alixandres, que Dies yous dont penser,
„se je Toel qu'en i puise par tîtc force entrer
F. 15^ „oiste8 me vus onques de traisop reter'?^*
Alixandres ot ire, si commence à enfler 15
et le ciel et les nues durement à jurer,
sous siel n'a homme (*en terre) qui peust acorder,
ne treu, ne corone encontre lui tenser.
voisent tout hors de l'ost, puis les fist defSer.
et cil entrent en Tir, si font les gens armer; "20
et li rois commanda iiii. grailes souner,
por asalir la vile fist les Grius ordener;
mais à ore de nonne commença à venter
et une grans tormente mervillause h lever
qui fait les nues batre' et les ondes tranler, 25
et les barges ensanle et ferir et hurter;'
et li Griu commencèrent durement à crier,
et les Dez tos ensamble forment à réclamer;
quar grant paor avoient li prince® d'afoler.
Alixandres commande que on bâte* le mer 30
et^® les undes baisier et le flun*^ avaler.'
Oies quele mervelle, par quer devision
lor vint une semblance, en guise d'un poiscon
errant parmi le iner, ferant*? a esporon;
le geule porte droite ^^ à guise de dragon, 35
1) vaiurêÊ^ piaine loM. 2) de /' miihr or i'Aràke. 3) 4ti#fti'ett Nér^
bonne. 4) onorêr. 5) jeier. 6) nés krisior, 7) Vûne à VmUro, 8) i^M-
9or, 9) haro, 10) fOK, 11) l€9 floU, 12) fenémU. 13) outerU.
A89AUT DB LA AOCS. 77
et giete fu et flâme daremeift à foison,
les nés et la cité clooit* tout environ;
por qiioi il ne furent keu' li pavillon.
Equant en mer se refiert à guise de plonjon,
*adont lor recommence une torblation, 5
*une ire, une tempeste, une confusion
. *qui lor.nès lor abatent et froissent li dremon.
Li rois a commandé la mer à laidengier
et li Griu 1 ferirent por les ondes baisier.
adont les veiscies durement apaisien 10
cil de Tyr se commencent forment à mervillier
et li home Alixandre mult à eslaiecier. .
i. fevres de la vile voloit le jor forgier
quarriaus de fer agut et sajaites d*acier,
pour les armes à Grius et les cors enpirier; 15
après les refaisait devenir entoscier.
en la cité le mostrent, pour lor gens rehaitier;
*mais i. signes avint qu'il volrent noncier
*as homes Alixandre, por els plus esmaier.
as batalles de 1' mur sont aie apoier; 20
uns des barons de Tyr commença à hucier
et a dit: „alês-en, seijant et cevalier,
,,paour aves eu li plusior de noier,
„*li signes que veistes, qui mut si grant tempier
„c'est le Dex de la mer qui vus vint corecier, 25
M^ceste cités est sienne, si la veut calenger.
„Neptunus qui là est, qui tant fait à prisier,
„encor vus fera pis, se ne r'ales arrier.
„cà est une mervelle avenue, dès ier,
„d'un fevres de la vile qui voloit favrekier 30
„sajaites et quarriaus, pour vo gent damagier,
„et li sans de fier caut conmieiiça à raiér.
«O^es-les ci, viel cieng, plus ne le quier noier.
„de ces ii. aventures vus -deves esmaier;
„queillies vos pavillons, aies vus ent arrier 35
„et nous vus en lairons sains et saus repairier.'*
Alixandres respont: „ains orçs de Y plaidier;
1) cefol. 2) i, foi que ne finreni eatlii.
78 ASSAUT DB LA ROCB.
„vu8 en veres ancois d. escus percier.
„ases aves oi de teus gens manecier
„qui malves cuer avoienl d'un eslor commencier,
„el au fuir de V camp estoient U premier."
F. 15*^ Li rois ot cens de Tir qui le vont demosfrant, 5
k'il guerpise la tiere et s'en revoist à tant.
Alixandres respont qui n'ot* pas cuer d'enfant:
„cuidies vus que li Griu soient jà recréant?
„jà ne furent-il onques en batalle taisant;
,,mais sour tout autre gent hardi et combatant. 10
,Jà ne m'entomerai à trestout men' vivant,
„tant c'arai pris la vile et fait ens mon conunant."
Sanson a apelé, si li rent par son gant,
et c'il l'a receu, si l'ala merciant.
Alixandres ot ire, si tainst de mautalent, 15
à cens des murs parole, si se drece en estant:
édites,' mauvaise gent, félon et mescreant,
„vus ne deves mie estre de le cité tenant;
„la tormente de mer que veistes si grant
„et li Dex Neptinus. qui l'aloit tormentant» 20
„vu8 fait le demonstrance et si est aparant;
„ne viut qu'en la cité soies plus demorant,
„mais iscies de la vile, de par lui le commani;
„et si vus en aies courecous et dolant,
„et li Griu le tenront de cest jor en avant 25
„li fiers caus que veistes en le forge sanant,
„ce sera i. martires que vus veres si grani
„avemr desour vus et desor vostre gent,*
,Jà ne pora aidier li pères son enfant
„hui veres tant vert ekne et tant escu luisant, 30
„et tant escu blanci, tant espée trançant,
„et tant bon chevalier hardi et combatant,
^environ la cité et derière et devant,
„que li mur de la vile en seront reluisant
„se ne me le rendes ains le solel coucant,^ 35
,Je vus ferai ardoir en i. fu flamboiant"
1) p^U n'a. 2) ior, 3) Diva. 4) aneoia t. moiê fatêoni. 5) ancois
t. moiê pasêonl.
ASSAUT DB LA ROCB. 79
lors furent cil de Tyr esmaié et pensant,
et demandent le roi i. respit avenant,
tant qu'il aient parlé là dedens à lor ganl.
Alixandres respont: „je Totroi et créant.
„de prendre bon conseil me vient bien à talant.'- 5
^mais les murs de la vile vait sovent esgardant,
et en son cuer ala mult la cité loant;
mult ameroit que îust aucun de lui tenant.
Li dus prist son conseil à ses^ barons de Tyr;
parolent d' Alixandres qui est de tel air, 10
que castiaus, ne cités ne le puet détenir;
se ils lui ne se rendent, jà ne poront garir;
jà presisent conseil des Grius à requellir,
se ne fust à Y consel Ladines de Montir'
qui lor dist tel parole. dont se deust taisir: 15
„ceste tiere est roi Daire, «i l'en devons servir;.
„notre droit signer lige ne devons nos guerpîr,
„de si que il nos vint desfier, u trair.
„ Alixandres est preus, s'il nos pooit saisir,
„comment k'il ait la vile nos en convient fuir; 20
„u' nos feroit en mer u en tiere morir,
„u les millors de nos en caudière boulir.?
cis consaus lor a fait la parole guerpir,
et dient cens de Tost si que 1' poront oir:
„6riu et Macidonais, or vous convient morir;* 25
„quar d'asalir la vile avères bon loisir;
„as8es vus en pora cescun jor sovenir."
quant Tentent Alixandres, d'ire prist à noircir,
P. 15' et commande les Grius fors des loges iscir.
è r bos de Josafas a fait les fus queillir 30
et aporter en l'ost et en la mer salir.
Alixandres a fait m. chevaliers armer
et mener caus à pié por les arbres coper.
de r bos de Josapbas fait les fus amener
et aporter en l'ost et iluec acoupler; 35
puis li ftst de vii. pars atacier et joster
et puis après le fist ens en la mer ruer.
1) et U. 2) jà Dîmes de lUonmir. 3) toê. 4) aies hui maiê dormir
80 A8SAUT DIS LA ROCB.
desor voira-il piere et liere reverser,
et desor, les arrières et fondre et mangonner.
de si as muts de Tir voira le mer fonder,
si qu'il poront de près asalir et gieter
et les gens de la vile destruire et adamier. 5
Quant virent cil de Tir c'Alixandres lor fait,
que la mer tor desfent et bastist son atrait,^
li dus se tient por mort se il ne lor desfait,
quant li nuis fti venue et la blunors estait,
à petites bargieles s'en iscirent à fait, 10
coiement -de la vile, n'i ot crié ne brait,
et copent les loiens,' sans tencons et sans plait,
metent en Idr galies bêlement et à fait,
maleois soit li fus que li dus lor i lait,
que cil de Tir n'enportent, .quant arière sunt trait. 15
idés ert Alixandre quafit il sara cest plait.
Ce fu- à i. mtftin, quant il dut esclairier,
li Griu vont A la mer lor labor commencier,
virent les fus tranciés, n'i ot que courecier;
adonquesne se prisent valiisant.i. denier. '20
11 rois se commença forment à courecier
et maucUst le cité qui le fait travilUer;
il ne 11 puet de rien, ce 11 samble, enplrier;'
avant vorra conquerre et puis là repairier.
lors montèrent par Tost seijant et chevalier; 25
a iii. liues d'iluec alerent hebregier,
pour cou qu'en autre tiere volrent aler prenuer;
iluec fist Aljxandres 1. castiel commencier,
deseure i. montagne, ases près de V gravier.^
Salalion'^ l'apelent, si est sor un rocler, 30
por cou que U païen, dîent au tans premier
. que Candars avolt non AUxandres d'Aller,
et voira en son non le castiel batlllier.^
ilueques veiscles le rçpos commencier.
une vols dlst au roi, quant iu aies couder, 35
que il en volst arrière le castiel asegier;
1) tet a^nt. 2) roorêês. 3) car ire puet vert le vile nuie rien
gemp^er. 4) ^im vregier. 5) CmUaiien. S) ëmfHêier,
AWAtr DB LA ROCn.. 81.
il le prendera bien, ne li .caut esmaier.
lors retornent arière, sans plus adelaier.
è r bos de Josafas ont fait les fus drecier*
et aporier en Tost et en la mer lancier,
à caines de fier et bender et loier; 5
les ont. fait de ii. pars ssgement 4itacier,
que cil dedens n'es puisent de noient enpirier;
mais cil de Tir les grievent, li bon arbaléstrier
lancent- lor dars molu» et siyaites d'acier
que li Griu ne se puisent de la vile aprocien 10
AUxandres commande ses perieres drecier;
de. pos tous plains de plonc"* fet tant dedens lancier
que la mers dusc'à V mur en laia landoier,'
et li Grigois s'armèrent por les fus adrecier;
puis font mètre desus le caus et le mortier, 15
F. 16* et furent si bien fait eus en i. mois entier,
qu'il porent par desus à seur charoier
en cascune bataille cccc. cevalier.
. d'autre part, en la mer, voiront castiaus drecier
que navie n'i yiegne qui les puist damagier. 2U
cil de Tyr se commencent forment à esmaier
et sunt venu au roi à batalle plaidier.
à Tiii. jors li priièrent de l'asanit respitier,
tant que mesage voient qu'il puisent envoier
au duc Betis de Gadres cest affaire foncier. 25
il se voiront à aus boinement apaiér;
mais.il quident le roi pour'itant respitier,^
.tant que secors venistqui lor peust aidiec
cil respit li ont fait cil de. l'ost otroier. ^
Li rois voit la cité qui tant est bien: asise, 30
tout close de murs dont la piere estoit bise;
AUxandres l'esgarde et en son cuer le prise,
li rois de la cité' a mult grant convoitise;
0 a juré ses Dex ù sa créance a 'mise ,
que jA n'en tomera, de ai qu'il l'ara prise, 35
1) roMI l« Mgne îrtmeier. 2). ptains dé sakion. 3). «ii Uriêêé à andaier,
4) éeimer. 5) à vit. Jorê Forent fait eit ded&M oiroiiêr, j6) et de Menf
enirer.
82 ASSAUT DB LA ROCS.
là ot tendu maint tre de soie vert et brise;
li dus Betis de Cadres en a novele oie/
quar li sire de Tyr li a par mer tramise,
qu'Alixandre cevauce qui se liere a porprise,
et durement reubée et durement aquise.' 5
or le viegne souscorre, si com.li a proumise.
li dus ot la novele, forment l'en aime et prise,
met sa main à sen flanc, si respont par cointise:
„di moi' le duc Balet qu'irai en son service;
„se truis Tost environ, ele sera mal mise, \0
„et mainte rice ensegne parmi cors d'omme mise.''
Li mes se port de Cadres, à Tjr vint à eslais,
et conte la novele bêlement et en pais^
com li sires de Cadres est hastés à i. fais;
s'il thieve Tost ici, jà n'en ira en pais; 15
à ses espées d'acier lor coperont les ners.*
mais li Criu ont la vile bien asise et de près
et la tiere porprise, n'i pueent aler mais;
as murs mallent et fièrent, cescun jor a engees.
li rois prist ses mesages, s'es envoie Balet 20
que li rende la vile, le m«r et le palais,
et viegne à sa merci, si aura de lui pais,
et s6 cou il ne fait, bien sace tout après*
que jà n*en tomera , si eti sera si près, ^
de si qu'il L'aura prise, ne s'entomera mais, 25
là dedens la cité lanceront fo Criais,
et li dus respondi; „n'ai cure de ses fais."
il l'eust jà fait pendre, se nefust pas Dinais,'
i. princes de la vile qui garde les tors fais.
Li dus voit le mesage, de mal talent s'aire, 30
et a prises les lettres que li rois flst escrire;
connut cou qu'il ot ens, car il savoit bien lire,
et respont par Icou^ qu'il n'ot talent de rire:
„orguel mande Alixandres, si com ci oi descrire,
„que ma cité li rende, et vers lui m'alle aflire; 35
1) apriêe, 2) AeêtnUU el datmée ei, 3) difes. 4) a# espèeê d' acier
en feront amIm eonfèê. 5) se i' trovera en gréé. 6) çua Jà en son vHfmnt
ne s'en iomera met, 7) jà Dinée*. 8) tror.
ASSAUT DE LA EOCfl. 83
»»et s'il coût ne Tiut ^ faire , si com la lettre oi dire ,
,41 nos prendra as mains et fera tous ocire,
„u noier à la mer, o ardoir comme cire.
„mult ne tieg à malves, se' ne l'en fac desdire;
F. 16^ ,>si pris sui ses yoisins, mestier aura de rire/*' 3
et a dit a ses homes: demain ferai martire
„de cescuuns caitis qui nos quidenl aflire;
y^qu^il en soient détruit et coreciés ' lor sire*',
et respont Ladines:*.„dont restragnies votre ire.
„mult est preos Alixandres et miilt a grant enpire; 10
,je ne quit que nus hom le puise desconfire.
„li mes n'a pas forfait c'en le deust ocire."
Li dus voit le mesage, molt ot le cuer dotant;
jà fesist le-mesage présenter vers le vent,^
ee ne fust Ladines ki li blasme forment, 15
qui le mist de la vile hors, tout à sauvement.
fors tant li dus li dist et ses cuers^ li consent,
que li rois n'a de lui trires, n'acordement ;
ains li fera pesance, n'i taijera nient,
li mes, parmi les loges> s'en vet hastivement 20
dusc'au tref Alixandre, n'i fist arestement,
et conte la parole sans nul delaiement
si com li dus li mande et manace et desfent.
d'aus' eust fait justice, s'il en eust consent,
quant l'entant Alixandres, d'ire escaufe et esprent; 25
et respont par iror: „or me tient-il por lent?
„tous soie-jou bonis, se cest mos ne li renf
lors fait soner son graile et atome sa gent;
ilueques reiscies tant bon ceral corant,
et tant nasal à or et tant elme luisant. 30
et cil de la cité se vont esbaudisant;
tos courerent as armes, chevalier et seijant,
et restent en lor dos les haubers jaserans,
et lacent les vers ebnes qui sunt cler et séant,
et cagnent les espée dont les fiers sunt trencant 35
* par le porte s'en issent destroit seréemenU
1) WeouMVMl. 2)Mlr0. Z) e9neHèê. 4) Jmdimêê. h) Mi^i^rmr
à r «Ml. 6) êir€. 7) «ie M.
6*
84 ASSAUT DB LA ROCE.
la gent ki est de Tir» le rivage porprent,
et cel jor commencièrent i. .tel tornoiement
dont, d'ambes pars, remesent maint chevalier gisant,
que regretèrent puis et cousin et parent.
c'est coutume de iSrese, * ce sacies vraiement, 5
que on i pert -bien tos et gaegne souvent.
Par le porte vers tiere s'en iscent.cil de Tir;
ilueques veiscies tant elme reluisir,
et tant céval de garde galoper et hanir,
contre rai de solel ces-larmes resplendir, 10
li dus Baies les guie et Sales de Valmir.
sor ferant sist armés Ladines de Montir
qui est bons chevalier et sages sans mentir;
mult par sot bieji cacier et avenant fuir,
et quant en sot sen liu,*' as primerains guencir.. 15
li dus crie s'ensegne por sa gent esbaudir.'
le jour vot caus de Tir durement envair.
ilueques veiscies tant fort escu croisîr
^ et maint vasal à terre oraventer et morir,
qui fi] à Tcommencier et puis en pot partir. 20
de r grant signor de V ciel li deust souvenir.
A l'asanler des-€rrius veisciea-vus brisier
tante hanste de frasne, et tant escu croisier,
et tant vasal à tiere morir et trebuciër.
cou dit. cil qui s'esma' et bien les sot prisier,* 25
que cil dé Tir esfoient plus de xxx. millier,
•li rois fist iii. batailles deviser et rengier;
de premiers, n'es vot mie forment estoutoier,
ne ses gens mettre ^nsamble, tant qu'il les ait rengiés;
quar gent estoutoié est mUe à r'avoier.^. 30
Tholomes commanda iii. batalles rengier,^
F. 16* entre ans et la eilé -fièrement cevaucier »
qu'à le porte vers Tir ne puisent repairier.
tous les vint prendre as mains u les couvent noier,
et paritant volroit sor aus à gfiegnier. 35
et Alixandres point Bucifal le légier;
. 1) guerre, -2) vient- en son iiu. 3)- fti'Mfirtfa. 4)'irf«t>r. b) i^luê
mai à hmtier.. G) fremitr.
ASSAUT DE LA ROCH. 85
entre lui et le duc se vont entr'esaier. '
si grans cos se ferirent, les confanons baisier,
que lor hanstes de frasne ont faites pecoier.
11 rois est passés outre, qui le corage ot fier;
au repairier rencontre et trait le branc d'acier. 5
se r feri par mi Telme dont li lac furent cier;
que trestout renversa sor le col de W destrier.
par mi les fortes malles de son aubère doblier
en fist le sanc issir et le bliaut moiillier ;
et le ceval sous lui- trestout fi\jenellier. 10
jà au partir de lui n'ara soig de cacier.
quant s'espée pecoie, lès le pug à ormier,
jouste lui s'apoia, si tint le .branc d'acier; '
jà l'en menast tous pris, ne se pe'ust aidier,
quant devant la cité li sordent chevalier; 15
u li rois voelle u non, li convint alaier. .
Li dus vit Alixandre qui forment le tormente,
si l'a fera dd' branc. qui sor l'arcon l'adente.
jà l'eust pris u mort, ce savons sans atente,
quant des hommes au duc i vinrent plus de xxx. 20
Baies a pris le branc, de vengier ne s'alente;
si feri i. Grgois que Tame li fait rendre.'
Tespée au pug d'or mier fu si près se parente,
que le teste à tôt Telme en mi le camp présente,
de cest cop, ce m*est vis, ert sa mie dolente; 25
ne cuic c'uns chevaliers eust gaire plus gente.
outre s'en est passés, Tespée tint sanglente,
Perdicas abati per dalès une * sente,
se cil qui fist les vers ne mesprist une mente,
jamais Flordiones n'eust de lui atente, 30
ne fust Emenidus qui li livra entente.
0 les brans se detrencent les bons escus d'Otraqte;
n'i a i. au partir, si près l'acier ne sente,
que tous au plus hàitié convenra mainte entente;'^
c'est costume de Grèce; à tel marcié, tel vente. 35
A icelle meslée fu mult bleciés li dus;
1) voironi mfroeiér. 2) #e I' yri9* à ewikrmeUr. 3) qu'il miêt fort de
jouente. 4) à V iravêrê i\ 5) è tôt U fluê « atii eonvênra miré et iéniê.
86 ASSAUT Dà LA ROCB.
forment refu nayrés è V cors Emenidus.
li sans qui ist des plaies^ est à tiere caus;
les escus et les elmes trancièrent à brans nns;
mult se donent grans cos li vasal connens.
Emenidns le fiert en son l'elme desus*/ 5
si durement le haste que jà l'eust confus.
Baies s'en est partis que n'i pot ester plus^
et maudist les Grijois, ^e tel gent ne ni nus.
Perdicas saut en pies et tint le branc nu trait.
de r duc qui l'abatii li fu rergogne et lait; 10
et Tit i. de ses drus qui ens è V camp estoit
si le feri de V branc que trestout le desfait,
le quise à tout le pié li remest è V garait;
puis saisi le destrier, en le prese s'en vait.
une lance recuevte, le ceral aler fait, 15
et fiert i. Tirien tant corn cevaus li vait,
que son escu à or li a brisié et frait,
le hauberc desmallié et le sanc en a trait;
ses estriers li fait perdre, à le tiere le lait;
P. 16' ancois que il s'en parte, plus de vii. en i lait,^ 20
que tous li plus haligres est entrés en dehait.
à grant bien li atoment que cel jor l'a si fait;
ains nus ne l'esgarda qui envie n'en ait.
Emenidus d'Arcade et Baies sunt sevré,
Ladines vit le duc mult durement navré, 25
sor r arcon de la sele le vit tout adenté;'
tant a perdu de 1' sanc, le vis a en mué.
Emenidus d'Arcade l'ot le jor encontre
s'auques i esteust,*'mors fust et afolés.
d'une bende de pale li ont le cors bendé; 30
de jouste le tomoi l'enguient si privé
par detries le batalle, tout droit à la cité;
mais n'i pot avenir, car li Griu sunt outré.
Tolomes et Dans Clins furent outrepasé,
en la première escielé, Calnu et Aristé. 35
Ladines connut tos que mal orent ovré;
1) a r eoing de VeltM êUê. 2) en a H haiiiévii. 3) eneUné. 4) t'im
foi i rewumêiH,
ASSAUT DE LA BOCB 87
par les flans esporonne le baucant pumelé^
et fiert si i. Gqjois, sor son escu bondé,
desor le boucle à or li a frait et quasé;
* et li Griu ferist lai en Tescn painturé
* que sa lance pecoie, li tros çn sunt volé; 5
de cors et de ceval se sunt entrecontré;
si forment s'entrevienent que tôt sunt estoné,
les armes Ladines ont le Turc assené/
les estriers li fait perdre, si Ta assouviné;
ii agus de son elme fiert en mi liu de V pré. 10
Ladines mist le branc qu'il ayoit au costé,'
de desor lui s'areste, è T vis Teust navré,
se ne fust Pilotes qui mult en a pesé.
le ceval esporonne, s'ot i pignon fresé;
jà sera, ce qui-jou, de ii. pars conparé; 15
De r Griu qui fu cens, fu dolans Pilotes,
li destrier esporonne qu'il i cort à eslais,
en Tescu de sen col va ferir Ladines
qui, pardesus le boucle, en a reçut le fais.'
se ne brisast la boucle,* de lui eust fait pais; 20
jà cil de la cité ne le veisent mais,
quant se lance ot perdue, si trait Tespée après;
se Tuns vasaus fu preus et l'autre fu irés.
a lor bons ^ s'entredonent si grans cos et de près ,
que les elmes trencièrent et des escus les ais. 25
jà fust, mon enciant, entr'aus ii. bone pais;'
quant les batailes hurtent, de ii. pars sunt irais;
iluec se départirent Pilote et Ladines.
Uuec ù cil de Tir joustèrent as Grijois,
i veiscies percier maint escu à orfrois,' 30
par cors de chevalier passer vermaus et blois
et tant vasal jentil jesir par le caumois.
en le première route vint cevalcant li rois;
et porte en sa lance i. confànon norois.^
là fièrent cens dedens ù furent plus espois, 35
1) Dhc êneimkrë. 2) l« mmn à «on ircM aeèré. 3) pseoia les aie,
4) ttmcê. 5) krmu, 6) U i. mors ieseonfêê. 7) Vienoif. 8) Tureoiê,
88 ASSAUT DB LA ROCB.
et cil se desfendirent de trestout lor 'pooirs. '
la cité lor ont mis durement en defois,
ensi com il le dient, n'i enteront d'esmois.
bien le fist à cel poindre Liàcanors et li rois;
lui ne pot resanler Grius ne Macidonois; 5
encore le dist-on de Grese de manois,
qui cel jor i valu contre les millors iii.
iluec ù les ii. ost jostèrent en le plegne,
là veiscies quaser tant eseu de Sartagne.'
li rois fiert en Testor Galion de Sardagne; 10
F. 17* ne li valent les armes le pris d'une castegne;-
fier et fust et pignon parmi le cors li bagne;
li lance vole en pièces, cil ciet en le campagne,
outre s'en est passés, cil ciet en le campagne.' i
après le roi jostèrent tel m.* de sa compagne; 15
n'i a nul qu'il n'abat, u sa lence ne fragne.
cil dedens font as Grius le jor maie bargagne,
. qui mul} lor a torné à maltaise gaagne;
c'eçt costume de guerre: l'uns pert, l'autres gaagne.
Es* vus, parmi le prese, Sanson esporonnant 20
cel jor fu bien armés, sor i ceyal baucant,
et fiert i Tiriien en son escu devant,
que l'eskine li trance, par mi l'auberc tenant,
outre s'eù est passés et mist le main à 1' brant,
escrie: Macidone, l'ensegne conquerrant 25
cel jor lor và-il bien' le tiere calenjant.
Alixandres Tesgarde, si li dist en riant;
„bien doit recoivre tiere, qui si le va clamant"
li rois point Bucifal des esporons d'argant,
en mi le grignor prese, par l'estor va poignant. 30
là vint Emenidus à esporon brocant,
et fiert i. tirien, à 1' monter d'un pendant,
que le teste li toit à l'espée trancant.
mais li dus Tôt navré d'une lance tenant,
por le caut qui l'argue, vont ses plaies sannant 35 '
Alixandres esgarde, celé part vint corant,
1) quiêontierjuaproiê, 2) d'mUrêêmynê. 3) et a erié é'mêegiÊê, 4) e.
A08AUT DB LA ROCB. 89
entre ses bras le prist, ce li dist doncemant: *
y^ares mestier de mire, poresrTbs vivre tant?*'
et cil li respondi: ^miilt vois afebloianf
entre ses. bras se pasme, sor le col de ferrant;
Aliiandre le balle i. sien nûre sacant; 5
et cil a dlt.au roi: „mar en ires doutant,
„quar tout le rendrai sain, ains le quint jor pasant.''
* et il si flst mult bien qu'il virent li auquant..
et ça se fièrent bien as espées trancans.
De r mal Emenidus fu Alixandres enbrons.' 10
onques miudres vasaus ne fu, ne rois ne dus;
quar pour i. chevalier ne fu onques confus,'
ne por grant fais porprendre, ne vint nus au desus;*
ains le commença bien et s'en vint au desus.
ce dist cil qui Tesma et bien en fu creus; 15
fors que seul Alixandres, à lui ne s'apart nus. ^
cel jor ot de Tester le ptis Emenidus.
Par Tester vint pognant Ladines de Mentir,
quant doel ot de sen frère qu'il ot veu morir.
Emenidus d'Arcade li vit ^ le cief tolir. 20
en Tescu de sen col vait i. Grqois férir,
que sor le boucle d'or li fait fraindre et croisir,
et le fier de la lance par mi le col sentir,
si Tabat de T ceval, que pas ne T'fist languir,
au partir de le joste, escria iii. fois: Tyr. 25
„qui si défont sa tiere, mult le doit bien tenir.
„li rois n'est -mie sages qui le nos vint tolir;
„de ceste grant folie le convint départir.'*'
li rois ot la parole et celui aatir;
mult se tient à mauvais, se ne Pfait repentir.'
lors escrie s'ensegne et fait sa gent garnir;
les conpagnons armés fet des loges iscir.
là fièrent cens dedens ù les porent tenir,
ilueques veiscies i. ester esbaudir;
ces espées d'acier sor ces elmes férir, 35
F. 17^ et Tun venir avant et l'autre resortir.
1) e» fhramt. 2) mutU H rais confits. 3) eoneluê. 4) fu enquêg rèftu,
5) 9oii. 6) l'esieru Irêj^Ur. 7) rml enifmr.
90 ASSAUT DB LA ROCE.
icil tornent les dos, qui ne 1' porent soufirir,
tout droit vers la cité commencent à fuir.
niens est, à autre part les estera fuir,^
qu'à le porte vers tiere ne pueent-il venir,
quar li rois Tavoit fait de chevaliers garnir.
vers la mer s'entrainèrent ù puisent garandir; 5
par dedens' en convient tes m. en mer salir,
se toute ne le boivent, niens est de Y iscir.'
La bataille fu grans et ruiste Tenvaie.
cil de Tir voient bien que lor vie est finie,
car la gens Alixandre durement les manie. 10
li dus fu mult navrés, de mal talent rougie;
quant le voit Ladines, n'a talent que il rie.
par derière Testor, tôt bêlement l'enguie;
à Tir voloit venir, mais il n'i entra mie,
guar la gens Alixandre Tavoit bien aourdie. 15
quant le voit Ladines, durement s'en gramie;
le destrier esporone, s'a l'espée sacie
et fiert si i. Grijois, par dejouste l'oie,
le teste li copa à l'espée fourbie.
tant souef l'abat mort qu'il ne brait ne ne crie; 20
quant le voit Aristes, n'a talent que il rie;
à i. fais li restome, car sen preu n'aime mie;
en l'escu le feri dont 11 ors reflambie,
le brogne li tranca qui fu fors et treillie.
è r cors li fait sentir le fier de Romenie, 25
le coralle li trance, et le cuer et le fie;
si l'abati à tiere qu'il ne resorti mie.
par les règnes a pris le ceval de Hungrie;
son escuier le donc, en qui eti lui se fie,
et cil de Tir s'esmaient, s'unt la fuie aquellie. 30
Li batalle est finée; cil de Tyr sunt vencu,
vers le cité s'enfuient à force et à vertu,
niens est de 1' rice duc, car il est deceus.
Tholomes et Dans Clins li* sunt devant venu,
*Tolomé par iror a Ladinet féru 35
I) eimvêmrm $H9hehr, 2) desiresêê, 3) aine muê n'en pot iêdr. 4) for.
ASSAUT 0B LA ROCB. ^ 91
et lui et son ceval à force et à vertu.*
*(et) Dans CHns à Dinas le brac sevré de 1' bù.
li Grijois se requUent; cil sunt si esperdu
qu'U ne sevent que faire; mort sunt et confondu;
et par mi le rivage se sunt tout espandu, 5
et par destrece en sunt tel m. en mer féru;
se toute ne le boivent, noie sunt et perdu.
sor les ondes flotèrent lor lances et lor escu;
bien pot avoir ceval, qui ft le rive fu;-
et cel jor ont li Griu bêlement conseu. 10
mais caus de la cité i est mal avenu,
qu'à la desconfiture i ont i. duc perdu,
et vii*- des autres o Ladinet son dru.
par le porte vers tiere, en sunt laiens venu
et maudient les Grius, dient quels gens' ne fu. t5
De cens dedens la vile sunt ceu li revel;
en la cité entrèrent, sans noise et sans recel;'
et H Griu s'entomèrent, quant ont fait lor aviel.
devant une fontaine dont cler sunt li ruisiel,
Alixandre desarment, à l'entrer d'un praiel. 20
li rois remest en pies, afulés d'un mantel.
li calors estoit grans sor le roce Mabel,
por cou li amenoient le vent li damoisiel.
le duc Baie desarment li iiii. fil raiel;*
F. 17* navrés fu d'une lance è 1' pis, sous les fourciel, 25
et près des grosses costes sentirent li cotiel;
mais 11 dus fet venir le mire Samuel*
qui plus savoit de plaies que fevres de martel;
et cil dist tel parole qui forment li 4u biel :
ne s'esmaie de rien, il garra de novel. 30
le duc Betis de Gadres a tramis i. saiel;
s'il l'aime de nient, c'or le souscorre isnel,
c'or les Griu les demainent, com fevres sen martiel."
de devant la cité li ont fait tel masiel,
des mors et des navrés sunt sanglons li rusiel. 35
de l'os as Grius se partent tel ce. chevalier,-'
1) et M et le eeval a à terre abatu, 2) car oine tel gens. 3) gabel. 4) fii
MemudeL 5) DmneL 6) eom H leuê fait Pagnei. 7) tïi^ damieeL
92 ASSAUT DE LA ROCB.
et portoit en s'ensegne cescuns i. pignonciel;
devant le maistre porte lor ont fait i. cenbiel,
mais cil de la cité n'ont point de lor reviel;*
ains se paisent' iaiens, autresi corn oisiel.
Alixandres apiele Lincanor et Sartiel. 5
„faite^ cerkier le mer, dusc'à Y port Daniel,
„ne barge n'i laies, ne calant en batiel/'^
cil a fait sen commant, car forment 11 fu bel,
de devant la cité, è V havene treriel.
là peuiscies veir de -nés i. tel tropel, 10
de barges, de galies qui mult ceurent isnel.
là dedens en la mer, i ont fait maint casfiel,
bien ouvré par nature de piere et de quariel
et desus les estages sunt asis li cresnel.
1) êoig de lor avêi. 2) piegnent 3) në«, gaiiê, ne batiei.
ASSAUT DE TYR.
Cfl éUst èl eém Allxauilrcs Murat les mars de Tyr,
ihaUi 11 lae pnet prêiadre la elté.
Ueyant les murs de Tir, là dedens en la mer,
H rois de Macidone fist i. castel fremer;
mult fil rice la tours, si i ot* maint piler.
la façon de i* castiel ne vous sai^ deviser;
de la porte vers tiere,' lor font le port véer, 5
qu'à la cité ne puisent venir ne retourner;
barges, nés, ne galles n'i puisent ariver.
li rois i commanda de sa gent à entrer,
armes et garison i fait asses porter;
souvent, de jor à autre lor fait asaut livrer; 10
et cil se desfendirent' au traire et au ruer;
quar la cité ne voelent ne rendre, ne donner.-
Alixandres i anuie forment à séjourner,
quar entof ans ne puet vitalle recouvrer,
li rois, par mautalent, commença à jurer 15
que jà n'en prendra i. qu'il ne V face afoler.
Emenidus d'Arcade commande en fîierre aler,
et viii** chevaliers ensamble lui mener,
Perdicas et Lione- et Caunus ki fu ber,
Lincanor et Pilotes, por le forces garder,. 20
F. 17' et maint autre baron que jou ne sai noumer.
*le val de Josafa ont mult oi loer^
quar c'est li miudre tiere que on puise trouver,
et à Sanson de Tir les conunande à guier,
1) M lor of. 2) tiMrm^. 3) eil dêdens êé des fendent.
94 ASSAUT DE TYR.
qui bien sait les maus pas de V pais esciTer.
li rois retint o lui Clincon et Tholomer;
et cil iscent de Tost, si font lor gent monter.
Mult fu fiers Alixandres et de grant hardement;
devant les murs de Tir se maintient fièrement, 5
corn cil ki le viut prendre, sa force i met et tent;
mais li mur en sunt haut et de tenant ciment,
et cil preus et hardis qui vers lui se desfent;
et li sien se combatent mult ceTalerousement,
ne voelent estre pris è V castel laidement. 10
et li rois Alixandres a fait son sairement
desi que il Tait prise, n'en tornera nient;
de cens qui le desfendent, prendera yenjement
si haut com lui plaira, sans autre jugement,
la tiere estoit marastre à loi et à sa gent ; 1 5
quar recouvrer n'i pueent ne soile, ne forment,
et si estoit avère de pain et de forment,
et l'aighe sure à boire, qui de 1* mur lor descent.
Emenidus apiele que U tient à vaillant,
et des autres barons par vii. foies sont c. 20
„ale8, dit Alixandres, en fuere, je V commant
„ès val de Josafa, es plains de val Nublent.
„là trouvères la proie, par le mien encient,
„dont l'os pora bien estre penée lonjement.
„Sanses vus conduira, U preus o le cors jent, 25
„qui bien set le pais et cescun casement;
„nous maintenrons l'estor et le tomiement;
, Jamais n'en avérons trives ne casement,
„se la cité ne rendent trestout premièrement.
,Je n'ai cure d'avoir; trop ai or et argent, 30
,,et puis c'ases en ai, k'iroie-jou querrant?
„8e tout le me do.noient quant qu'à cest mont apent,
,,ne le prendroie mie pour leur acordement;
„mai8 alaSsent en fuerre tost et isnelemenf
et cil ont respondu: — „tout à votre talent." 35
et cil issent des loges, asses orent comment.
Li Griu iscent de l'ost pour querre la vitalie,
et Sanses les condoist è 1' val de Josafalle,
A80AUT DE TYR. 95
une tiere garnie de bestes et d'aumalle;^
mais la gens ert bardie, de bestes et d'aumalle'
et ert tous jors armée por crieme c'on n'asalle;
cil ki Tont à garder, n'est mie garconnalle,'
à envis en lairont vallisant une maille, 5
ancois que li Griu aient, vus di sans devinaille,
en sera-il perciés mains pis s or la coralle,
et de maint bon hauberc ert rompue Tentraille.*
trop Tont à escari, ne quic que peu lor Taille;
ancois que ilretoment, le comperront sans faille. 10
Cel jor vont bien li Griu à guise de fouriers,
cauces de fier cauciés, et font à escuiers
devant porter lor armes, et mainent maint destriers,
toute nuit cevaucërent, les confanons laciés;^
au matin, par son l'aube, que jors fu esclairiés 15
è r val de Josafas, vers les puis de Gibies,
ont trouvée la proie et eoisis les vacies.
mais il n'aloient mie à guise de brebies,'
ains erent bien armé, car il lor est mestier
F. 18* et d'escu et de lance et de dars por lancier, 20
et ont cevaus de garde ^ abrievés et corsier.
li Griu sunt descendu lès le bruel dlolivier;
cescuns de soi armer ne fu mie lanier.
Emenidus d'Arcade est montés tous premier
et est aies avant à tout c. chevaliers 25
pour aquellir la proie dont as Grius est mestier.
E r val de Josafas lor font li Griu salle
et prisent de le proie une si grant partie
de coi l'os peust estre i. grant tans raemplie;
mais li cris est levés et la gent^ estormie; 30
11 sires qui les garde ot non Oteserie;
à i. cor d'olifant les asemble et aile;*
devant lor sunt venu, sor le roce naie,
à vii. des premerains ont tolue la vie,
et le proie ont rescouse, malgré ans l'ont guerpie. 35
1) almmiiU. 2) ei duUe de batallé. 3) c<mtreviMe. 4) desrompue la
muMe. 6) Mitt ert t êtmê noMer, 6) kertfierê, 7) Oadres. 8) noiêê.
0) raiie.
96 ASSAUT DE TTA.
Emenidus d*Arcade qui les caiele et guie,
s'or ne se puet vengier, ne se prise i. allie;
lors apele sa gent et Macidone escrie,
et 11 Oriu s'espandirent à val la praerie;
jà sera de ii. pars la guerre commencie. 3
Duel ot Emenidus quant vit ses compagnons
morir por le vitaille dont il erent somons.
ferrapt qui tos li cort, hurte des esporons
et ftert le premerain qu'en vuident 11 arcon;
le hauberc 11 fausa, côm ce fiist auqueton; 10
* parmi le cors 11 passe fer et fust et penon
si que de l'autre part en yit-on le rognon,
de -il. pars aprocièrent, baisiés les confanons;
des mors et des navrés sunt joncié 11 sablon;
si durement encontrent que n'ont soig de prison, 13
as espées d*acier paient lor raencon.
E r val de Josafas vont 11 Griu proie prendre;
mais cil ont bon talent, qui lor Toelent desfendre;
as espées d'acier lor sunt venu contendre.
Calnus point le ceval, les saus 11 fét porprendre 20
et fiert Luslanor, que rescu 11 fet fendre;
11 plus hardis des lor, et si estolt 11 menre;*
niés fut Otesien à qui Loth dut apendre;'
si l'a à mort féru que l'ame 11 fait rendre.
Mult ont bien 11 Grigois la meilé meue; 23
le jor i ot féru maint cop d'espée nue;
doel ot Otesleas de la descdnvénue,
quant vit mort son neveu,- desor l'erbe menue,
le ceval esporone qui mult tos se remue,
et fiert si 1. Gr^ols de l'espée esmolue, 30
de r bu 11 a le teste à 1' branc d'acier tolue.
Llhones' point le brun tout une vole oscure*
et fiert Otesien sor le targe menue;
desour la boucle 11 a fraite et fendue,
mais sa lance pecole sor un peu deceue;* 36
outre s'en est passés et trait l'espée nue;
\)mêHdr0. 2) Oteêerié à V emmy Ca fmii entméré. 3)LiotiM#. 4)A#r-
(lié. 5) eom un rmu de eemu.
A88AUT DB TTR.
97
mais à Otesien est grant perde venue;
qoar à one^ batalle qu'à i. Griu ot eue,
son elme ayoit perdu et sa coife abatue,
et Liones le flert en le teste cenue
que l'espée li a dusqu'as dens enbatue. 5
quant li sire fii mors, l'autre jens fu vencue.
par mi une montagne s'enfuit tote esperdue,
et 11 Griu de le proie orent tant retenue
de coi l'os peust estre i. grant tans rapeue.'
F. 18^ mais ancois qu'il l'aient, lor sera cier Tendue.* 10
lÀ Griu sunt retourné vers l'ost mult yillement;'
mais ancois que li soirs,* seront grain et dolent,
car li sires de Gadres ot mandé de sa gent,
tant que il forent bien iiii*- et vii'*.
li dus Baies de Tir li ont mandé soyent 15
c'Alixandres li tome sa tiere à grant torment;
or le voira souscorre, s'il puet procainement.
de Gadres s'en isci mult esforciement;
il a juré le ciel et le tiere ^ et le vent,
que fols est Alaandres, s'a batalle l'atent. 20
li dus Betis de Gadres' vers les puis de Nublent,^
s'a yeu les fouriés et sot certainement,
et a dit à ses homes: „esgardes quel présent.
„cele gens est de l'ost, je le sai yraiement,
„qui enmaine le proie et le tiere porprent. 25
„s'as premerains ne jostes, ne prendes^ yenjement,
,jà ne tiegne jou mais de tierre i. seul arpent.
„hui saura Alixandres que jou ne l'aim nient.'*
Emenidus d'Arcade les vit premièrement
et a dit à ses homes: ceyalcies sajement, 30
„yes l'empire de Gadres qui nos vient en présent.
„en aventure somes de mort et de torment,
„mais tous soit-il bonis, s'il ancois ne s'i venc.
„hui pora-on veir qui plus a hardemant.*'
se seust Alixandres icest encombrement, 35
hui vousist li gaains c** mars d'argent;
i) à i, «Hfr#. 2) rêpêue. 3) iiéwêêHt, 4) p^il i êoiêni. 6) U êoiei.
6) •MfmrJiê, 7) é^OriêfikÈ, 8) t'mê premerain^ê Joêiêê n*én jprm Jà.
98 ASSAUT DE TTR.
mais ce ne puet pas estre, car Dex ne le consent.
li Griu sont descendu tost et isnelement;
de lor cor atorner ne furent mie lent;
puis montent es cevaus; qui escu ot, se V prent:
cescuns i a feni par grant airement 5
Emenidus esgarde vers les puis de Nimonde^
et a veus les Grius dont tous li vaus soronde;
navie' par grant vent, par haute mer tant onde
qu'il viennent es prés,' (*par) la yalée parfunde,
et les Yoelent enclore trestous à la reonde; 10
autresi les acegnent corn li vilains à fonde,
poi a gent por combatre, n'a cuer que il responde/
ne por paor de mort n'a talent qu'il s'esconde;
et bien voit et connoist que tout sont cief de monde,
ne ne voit, nul souscors qui avoec lui abonde. 15
lors n'a cuer ens ë 1' ventre qui de pité ne funde,
il en a apielé Lincanor d'Orionde.
„ber, jà as-tu ceval, plus isnel n'a è 1' monde;
„cou va dire Alixandre, se tos ne nos abonde,
„hui perdra de la gent que plus aime en cest monde.'' 20
quant Lincanors l'entent, ne puet muer n'en gronde,
et ne laise portant que tos ne li responde:
— je n'irai, dist 11 quens, par cest teste blonde;
*ains parra mes escus que soit targe reonde,
*et arai detrancié de 1' cors le maistre esponde, 25
„ne n'isterai de 1' camp que des lor n'i encontre."*
Emenidus a dit: „car i aies Pilote,
„et dites Alixandre que toute tiere est morte,
„et sunt venu sor nous de Gadres d'Araiote,^
„et sunt bien zx** ^ de gent en une flote. 30
„8e tos ne nos souscort, en si maie rihote,
„des amis Alixandre,' ne quic i. en* estorde/'
et cil li respondi: „ne me pris une bote,
„s'ancois ne vois à 1' branc commencier une note
„c'onques encor Bretons ne fist tele en sa rote.*® 35
1) Mêramdê. 2) u'm tniê. 3) com ii vienêmi MfM. 4) n'i m eor pU
rêêfoniê, 6) dêê ior «'m éionéê. 6) Amioié. 7) œxm. 8) mouê m wUs
ii borné voie. 9) »ouê #». 10) mi ktiprê m é» rofs.
ASSAUT DE TTR. 99
F. 18* ,»miilt sera hoi honis qui vera tel pelote^
„et partira de 1* camp» si ancois n'i escote;
„iie quic que de V besoing samble jus' de pelote.
,»quant mes haubers sera pretrusiés' comme cote
„et mes escus fendus com dras, corn alignote/ 5
„et reyenra au pas mes cevaus qui or trote
„et U sans de mon cors sor mon arcon me ftote»
„ce dont vois ë 1* mesage; on dira: cil u'asote,
„ne ne me gabera li rois ne Aristote.
»»or soions tout seur, comme singes' sor mote; 10
,»hounis soit li proudom qui por i. jor radote."^
Emenidus esgarde vers les puls7 de Nimoie
et voit la gent de Gadres dont tous li vaus ondoie,
et yienent plus espes que nés espis en Moie.
è r premier cief devant, mainte ensegne de soie 15
et tel m. aprocans dont cescuns se desroie.
il apiela les Grius, durement s'en esfroie;
puis n'i ot si hardi qui entendist à proie.
Calnu prist i. pignon, contre vent le desploie ^
et li vens i feri qui les landes ondoie;* 20
mult resambloient gent qui par force guerroie;
jà ne perderont tiere, se il pueent plain doie,
et li paors de 1' perdre les soifiont et aigroie;
de lor pais desfendre nus d'ans ne s'afebloie,
ains disoient entr' aus: Alixandres foloie. 25
ne tienent riens de lui, à grant tort les guerroie,
en tel liu met s'entente à malement l'emploie,
mult pense hautement que tante gent mestroie. ^®
„n'a talent, ce m'est vis, qu'il encore recroie;
„mai8 à 1' partir de nous ert cains de tel coroie, 30
,Jà ne li sovenra de cou dont plus desvoie.*'
Emenidus apiele Lione, se 11 proie
d'aler à Alixandre, por souscors li envoie;
et s'il fait cest mesage, tôt le pris en otroie.
Liones li a dist: ,Jà puis Dez ne me voie 35
1) eomploté. 2) gteof. 3) yertuiêéê. 4) environ la ligote. 5) easiiex,
6) rêéou. 7) prée, 8) eaeeunê de eex de Oairee son confmum éeeploie,
9) iangueê Moie, 10) fuoiil tmnte geni eitroie.
?•
100 ASSAUT DE TTR.
„que jou aille à V mesage, devant que jou recroie.
„mais escu8 est tous saus* et ma lance ne ploie;
»Jà diroit Tholomes que por paour fuiroie,
„*et Dans Clins ses compains qui as tentes s'ombroie.
,,]a gent c'ai amené en cest camp guerpiroie; 5
,,li rois les m'escarga et sans eus m'en iroie;
„dont poroit-il bien dire que traitres seroie.
,,mius Toel avoir percié d'une lance le foie
„que j'aie tesmognagne que vis recreans soie."
Emenidus apiele le hardi Perdicas. 10
„car me fai cest mesage, biaus amis, c'or i vas."
et cil 11 respondi: „or ne m'ames-vus pas.
^^ancois vus aiderai à descroistre' cest tas;
,,et ert' ma lance frainte et mes escus tous quas
„et mes cevaus courans ert revenus à V pas. 15
„*mix voel jo estre oci ancui, vencus et mas
,,que g'isse de l'estor saus et haitiés et cras.
mSc jou ^enoie au roi, armes saines et drfls/
„et vus laie morir è 1' val de Josafas,
„mult aroie bien fait le service Judas. 20
„li rois seroit bonis se demain estoit^ ars."
Emenidus a dit: „cor i aies Calnus.
„i. des xii. pers estes, tant vus croira-on plus;
„et dites Alixandre que tout somes confus;
„8e tos ne nos soscors, mort sont® et confondus; 25
„quar o sa gent de Gadres nos a enclos li dus.
„nous somes es esprueve et il sunt au desus."
F. 18' et Caunus li respont : „ce8t afaire refus,
„par la foi que vous doi, biau sire Emenidus;
„quant istrai de cest camp, n'en i remanra plus, 30
„8e ne sui mors u pris u tomes à Y desus."^
Emenidus a dit: „ale8 i Aristé,
,Jà a-il tant en vous vaselage et bonté.
„tant connoi cel ceval sor coi vus voi armé,
„que ne vus bailleroient tout cil qui or sunt né, .35
^et dires Alixandre que tant avons aie,
1) #«tfi#. 2) dêêirmre. 3) «tii#. 4) u en mm éroê, 5) »'###«••.
6) 4omeê. 7) dtjuê.
ASSAUT DB TTB. \Ql
„se tost ne nos soscort, mort somes et entré.
„8e ne 1* faites pour nons, si le faites pour Dé
„et por amor le roî que tant nous a amé,
»,se8 pales et s'ounor et son argent donné.''
et cil li respondi: „cà, aves bien parlé. 5
„ne le volroie avoir, sacies de vérité,
„por trestout l'or de V mont» je vus dis par verte.
„par foi, Emenidus, mult ai le cuer iré,
„quar i. des plus laniers m' aves ore esgardé.
„ales i vous meismes qui l'aves porparlé; 10
^se vous me veisscies de cest besoig torner,
„ases en petit d'eure m*en averies gabé.
„quant aurai l'escut fraint et le hauberc fausé,
„et le hiaume en c. Uns trancié et enbaré,
„et jou aurai le cors en plusiors lius navré, 13
„et le branc acèrin souillé et maillenté,
„se dont vois è V mesage que or m'aves rové.
,,ne dira pas li rois, Dans Clins et Tholomé
>,qu'il m'en voient parti comme couart prouvé.
,jou n'en prendroie mie tout paradis à gré, 20
„par fi, que jou n'euise en cest besoig esté.*'
Quant voit Emenidus, por nient se travalle;
que pour lui ne feront qui vaille une maaille,
Antigonun apiele qui fus (nés) de Soraille.
„vus ires è Y mesage, sor cel ceval d'Arcage 25
„qui plus vait de randon qu'esprivers après quaiUe;
„n'a plus isnel ceval desi en Comuaille.
„et dites Alizandre à cest besoig ne faille;
„se tos ne nos soscort, je ne 1' tieg mie à faille,
„ne trouvera è 1' camp ne le grain ne le paille.'* 30
et cil 11 respondi: „or oies devinalle;
„ain8 ert mes aubers rous, par desus la ventaiUe,
„et jou navrés è 1' cors, par dalès le coralle,
„si que jus à la tiere me coulera l'entraille.
„mius voel estre avoec vus en iceste bataille 35
„qu'enperere de Roume, ne rois de Comuaille.
,Jou remanrai è Y camp et vus qucrres ki aille."
Emenidus d'Arcade Antigonun apiele:
102 ASSAUT DE TYR.
„yus ires è V mesage, sour baucant de Castel
„qm pius cort de randon que ne vole arondele;
„n'a plus isniel ceval jusc'as puis de Tudele.
„et dites Alixandre qui mainte gent caiele;
„se tos ne nos soucort, mal torne la roiele; 5
„n'en trouvera mais i. en ceval ne en siele/'
et cil li respondi: „or oies grant faviele.
„ains ert mes escus frains par desous la mamele,
„et mes haubers ronpus par desor la forciele,
„et aurai de mon branc sanglante la lemele 10
„et sour l'arcon devant se gira ma boviele,
„lors noncerai à T roi, à Tir sor la gravele.
„dehait ait-il sans moi, qui couart ne m'apele."
F. 19* Emenidus d'Arcade en apela Sanson.
„c'or i aies, dit-il, gentius fins à baron. 15
„et dites Alixandre qui fu fius Felippon,
„qu'il nos viegne souscorre, à coite d'esporon;
„quar l'empire de Gadres nos enclôt à bandon,
„et sunt bien xxx**; à itant les esmon."
et cil li respondi: „vus parles en pardon. 20
,Jà sui-je tous armés et tien men confanon,
„désiran8 de ma tiere dont li rois m'a fait don,
;,et atent le batalle, désirant * jà l'aron.
„et or aile è 1' mesage, à guise de garçon;
„mius voel estre tomes à grant confusion 25
„que g'ise de l'estor, se mors u navrés non,
„et Touuors en ert notre que nos bien le veron ; '
„u nous i morons tout, de verte le savon."
quant Tôt Emenidus si baise le menton
et regratte le roi, ' Tholomé et Clincon. 30
„quant vus laissai as loges, mult oi sens de* bricon.
„hui partirent à glaves^ li xii. compagnon.*'
et Betis lor escrie: „tot estes mort, gloton.
,Jà guerpires le proie, nos le vus calengon;
„de racat n'en prendroie nesune raencon. 35
„tout perderes les testes, jà n'aures garison.**
1) vêmie ei. 2) êi que nouê Uê vainenm. 3) rëgrete ii dwf. 4) m
fis que, 5) yarHront à ^aivê.
ASSAUT DB TTR. 103
Or voit Emenidus la cose si venue,
ne puet mais remanoir sans batalle férue,
la gent le duc BeUs soveni tabors et hue,
et la première esciele est por férir meue;
son neveu en apele, car li besoins l'argue. 5
de plus bel chevalier n'i ert mes cancons oue/
ne dite en nule cort, en place ne en rue,
ne de gaires millor, tant ait esté seue.
fins est de sa seror, Aiglente d'ArvoIue
qui tient en mariage le roi de Blancenue, 10
le val et le montagne de tous biens rapeue.'
en mainte tiere estoit sa biautés conneue
et plus est esgardée, plus est bêle veue.
„nies, dist Emenidus, tout li cors me tressue.
„puisque ma proière est si vilment* perdue, 15
,Jà ert, se Dex ne Y fait, notre jens desrompue.
„8ire, c'or i aies, ounors vus soit creue
„et la moie vus soit hui quitement rendue;
„boinement le vus doins, que* vous querres aiue.**
et li vasaus respont parole aperceue: 20
„sire oncles, trop sui jouenes, ce sades sans falue.
„* poi seroit ma parole devant roi entendue
„Deu ne place que tiere vus soit par moi tolue;
„la moie vus otroie dont la gens est cremue;
,je ne voel pas premier corner la recreue; 25
„rices cuers, se saves, au besoig s'esvertue;
„hui soit cevalerie entre nous maintenue,
„par vus et par vos armes gardée et détenue;
„que notre gent en soit por le mont cier tenue.'
„enter vus me tenrai, o ceste lance ague; 30
,Jà honte n'i ares, se mors ne ' me remue.''
Quant nul de cens ne puet nul bon consel trover,^
des biaus ious de son clef commença à plorer
1) /eue. 2) revéêluê, S) i êêt proeeeêverê etête geni. 4) m. 5)#ifif«
/« gens Betiê en êoU taiêana et mue par vuê et par noe armée matée et
confondue et notre ^en» en eoit par nos miex maintenue. 6) ee je ne,
7) quant voit Emaniduê pti tant fait à ioer pt*en nui éê ces né puet
nul eoneei reeovrer ftti s'en voeiie partir por iee auiree eatver.
104 A3BAUT DE TYR.
et le roi Aiixandre forment à regreter.
„a! frans rois deboinaire, qui tant nos sius amer;
„tes pales et ton or nos soloies donner
„et tes bêles rikecces à cescun présenter,
F. 19^ „et tout cou que li Deu ^ te laisent conqnester. 5
, Jamais ne te verons, je Tos bien afremer;'
„et Dex! com grant soufrance ai hui de Tholomer
„et de.Clincon, le conte ki fait les. rens tranler;
„et jou ne puis ici nul chevalier trouyer
„qui le yoist dire au roi, por ceste jent sauTcr/' 10
à une part de 1' camp commence à esgarder,
et yit i. chevalier desous i. arbre ester.
Corineus ot à non, isi Toi noumer;
* povre hom est d'avoir, mais de coraje est ber,
et' estoit descendus por son cors conraer; 15
durement se penoit de sen cief bien armer,
quar il voloit le jor ceus de Gadres grever
' et l'ounor Aiixandre, s'il pooit, aleuer,
s'ire et son mautalent desor ans détorner.
* nies est Emenidus, com 11 ot fait conter, 20
* mais le verai estoire le me revelt falser,
* car n'ot onques neveu, fors Pieron de Monder.
Emenidus l'apiele, ki biel savoit parler.
„de ceste gent, fait il, te voel merci crier.
„sire par te francise, pense d'aus délivrer. 25
„se tu fais cest mesage, près suis de Tafter,
„que encor t'en ferai de 1' bon roi mercier,
„et grant masse donner de l'or d'outre la mer,
„et t'en saront bon gré trestout li xii. per.
et 11 vasaus respont: è Y vus voirai rouver. 30
„8e je sui povres hom, ne me deves gaber;
„hom* ne doit povreté laidement reprover.
„mai8 le povre et le viel,* cel devroit-on trover;'
9,quar à paine est si preus c'on le voelle ^ ounorer.
„8es œvres ne li fait à nul bien atomer; 35
„par promese d'avoir me voles vergonder,
1) €friu. 2) afrm9r. 3) or m« Mêie* têUr, 4) iiti#. ^ 5) fot»r«#
€êt viU. 6) Hier, 7) doté.
A88AUT OB TTR. 105
„mai8 itant ce respit yons yoel-jou demander,
„que me laies les, las de mon elme fremer,
„et moifter è Y ceval qui tant fait à loer.
,,en apriës» yos envi de l'estour endurer/'
Emenidus respont, qui mult fist à loer: 5
„et par icele foi que doi le roi ^ porter,
„ce sacies tout de voir, si l'os bien afler,
„quant partirai de V camp, n'i voiries demorer.
„se souscors voles querre, autre i convient aler/'
Emenidus respont: Dex vus laist bien ouvrer. 10
„par bon cuer i remains, je ne t'en doi blasmer.*'
Emenidus esgarde par mi i. camp, à destre;
i. chevalier apiele, qui miudres ne puet estre;
cousins germains estoit Aride de Valestre.
il li dist: biaus amis, por Dieu le roi celestre, 15
„di le roi, va vers Tost, lès cel bruel à senestre,
„que nos viegne souscorre en cest camp nostre mestre.
„onques mais n'acointastes isi félon apestre;
„tous li miudres de nous vorront or estre à nestre,
„et tous li. plus hardis voiront mius as gués estre." 20
— n'irai mie, fet cil, qui qui s'en doie irestre.
„se en cest mien escu ne vol ains tel fenestre,
„que bien saura li rois que miudres ne puet estre;
„et li cevaus sor moi n'a pas aie en destre,
„ne li cans dont je perc n'est pas jus d'abalestre.'' 25
Emenidus esgarde desous i. olivier;
descendu vit à tere i. povre chevalier,
sa siele r'avoit mise, recaingle sen destrier,
n'avoit enfiamble lui seijant ne chevalier,
il ot ebne et escu et espée d'acier; 30
n'avoit de toutes armes, car n'es pot esliger;
F. 19* et celés furent teles s'il les vosist laier,
jà frans hom par nature fie les deust baillier.
gros fn par les espaules et le viaire ot fier,
et grailes par les flans et les par le braier; 35
blonde ceveleure et longe por trecier,
et grant aforceure por le mius cevaucier.
i) je doi Biêu.
106 ASSAUT DE TYR.
Emenidiis l'esgarde, qui tant fist à prisier
et dist entre ses dens, coiement sens noisier.
se cis ayoit proecce, bien sanle clievalier;
por fil d'empereor ne 1' convenroit cangier.
mais s'il le conneust, il Teust forment cier. 5
fins fu de sa seror, il l'eust forment cier.
Daires Tavoit tenu xiiii. ans prisonier;
petis i fu portés por son père ostagier;
escapés lor estoit à l'entrée de Jenyier.
en l'ost le roi de Grese est venus avanfier, 10
encore n'i connoist haut home ne princier.
Emenidus l'apiele, se 1' priçt à acointier:
,,amis, en cest mesage vus volroie envoler.
„c'or i aies, por Dieu et por vous consillier,
„et dites Alixandre, s'il nos yenoit aidier, 15
„c'onqueB en i. seul jor ne pot tant gaegner
,,com de se gent souscorre et pour ceub damagier»
,,qu'il nos quident ancui mult fonnent enpirier.
„n'ayes pas bones armes, remanoir ne vus quier;
„por cou que cest mesages ne yoellies espioitier, 20
„yu8 ferai c** d'or donner au repairier,
'„dont pores acater et hamas et destrier.'*
hi cil li respondi, bêlement, sans tencier:
„biaus sire chevaliers, ne m'en deves proier;
„cierte8, onques ne vit Alixandre d'AIier, 25
„ne jou, par tel parole, ne m'i voel acointier.
„enyoies i plus rice qui mius sace plaidier;
,Jà Dex, se jou i vois, ne m'en lest repairier.
„par foi, je ne fui onques en grant estor plenier;
„en cestui me voirai or en droit essaier. 30
„bien tos* vus u autrui i puis avoir mestier;
„se je n'ai bones armes à Testor commencier,
,Jou aurai, se Deu plest; millors ains i'anuitier;
„et d'une autre parole me voel ore enficier.
„que jà Dex ne ^arise le mien cors d'encontrier, 35
„se de r estor partir me vees hui premier;
„mult aurai grant essone, se primerains n'i fier/'
Emenidus d'Arcade fu enbrons et pensis,
ASSAUT DB TTR. 107
quant voit que de Y mesage li est cescuns' escis.
l'aighe des ious li file tout contre val le Tis;
bien voit» s'il n'a soscors, n'en estordera vis.
devant loi vit armé i. chevalier de pris;
c'est Caunos de Milaite c'on claime Menalis; 5
armes avoit plus blances que ne soit flors de lis.
EmenidiiB li apele» à proier li a pris
qu'il voist dire Alixandre à Tyr, qu'il l'a asis,
que mult tos le souscore» car à mort est aquis.
cil entent le parole, d'orguel a fait i. ris 10
et li a respondu, com hom maltalentis:
,,par foi, Emenidus, n'estes pas mes amis,
„quant vus de cest afaire m'aves ore requis.
„Dame 1' Dex me confunde, qui est poesteis,
;,se por vus, ne por houme hui cest jor me honnis. 15
F. 19' ,Jà sul-je tous armés, or m'en aile foitis;
,je ne 1' feroie mie por l'or de Miravis,
„devant que mes'aubers soit rompus et malmis,
„et mes cors estroés et perciés et malmis.
„li rois m'a jà Melans otroié et promis, 20
„Versgaus et Ivorie et trestont le pais,
„et trestoute la tiere de si à Mon Senis.
„qui tel fief doue à honune, bien doit ses anemis
„tant soufrir en ester, qu'il en aient le pis.
„à nule riens ë 1' mont n'est mes cors ententis, 25
„8e à mon signer non, essaucier nuis et dis.
„quant jou suel ë 1' ceval, ma glave ë 1' feutre mis,
„8i sui aussi seurs come fusce en paradis.
„ainc de faire mesage encore n'entremis,
„ne ne ferai hui mes; de cou soies tous fis.'' 30
Emenidus d'Arcade apela Festion;
cU estait d'Alixandre des mius de ma* maison,
ses mestres cambrelens; en escrit le trueve-on.
„va-t-ent, fait il, au roi de cui nos fies tenon;
„hui est venus li jors que cier le deservon.. 35
„li dus Betis de Gadres est plus fiers d'un lion,
„es nos a amenée flëre pourciession ,
108 ASSAUT DB TYR.
„et Dons permet * à faire dure confiession.
„di le roi, si cevauce à coite d'esporon,
„resceue' ses amis de mort et de prison.
„se tu fais cest mesage, s'en aures guerredon,
„quar votre ame en sera là sus è V ciel, à mon. 5
„tu ies priés de ta mort, que de fi le savon;'
„trop estera mesciès, s'ensi nos conbaton,*
„se n'i Tient li bons rois de qui nos fies tenon.
„les vies et les cies, sens raencon, perdron;
„mais è 1' fier de sa lance gist nostre garison. 10
„puis que il me ramembre de la soie façon
„et des rices proecces que veir i siut-on,
„si me croist mes corages vers ce peule félon,
„et m'est sempres avis que à tort les douton,
„conmient que il nos aient ci trové à bandon. 15
„mius Toel estre tomes à grant confusion,
„que li cans soit guerpis, si c'a* eus ne joustons.*'
et li vasaus respont: or aves dit raison;
„quar tant que jou arai si entir mon blason;
„et le hauberc è 1' dos et le baume en son, 20
„ne partirai de l'camp; si verai le tencon
„dont li couart seront en mult maie ficon ; ^
„or soies en porvance, ne soies en fricon; *
„se il sunt mius' de nous, tent bien les requerron
„que par les premeràins caus derier detrion.^ 25
„nous sommes tout eslit et conneut baron,
„et privé Alixandre qui nous a fait maint don.
„bien est, quant Dex le vint, que mérite en aion,
„et de vivre et de mort à l'ounor entendon,
„si que notre oir n'en aient vilaine retracon, 30
„ne 11 rois n'en ait honte, de qui nos fies tenon,
„ne vers n'en soit cantés de mauvese cancon.
„en tant lui ont été porté no confanon,
„que il n'est pas or drois que nous espoenlon.
„soions de cou confort et si nos afremon,
1) promet, 2) reseoe. 3) iu voê fuerre no vit, 9% nouo i miendrom.
4) ain* e'à, 5) frieon, 6) ooiono 0#|rerrter ei il ooient fuucon, 7) fluê
8) MMOtOfl.
AMAOT DB TTR. 109
„qaar de trop douter mort, n'en vient se honte non.
„Bs premerains s'en fuie, qni trop doute prison;
„qui muert por son signor, o Deu ot mansion.*
F. 20* »nos amis Alixandres que nous bien connisson,
„s'il nous aime de cuer, à 1' ferir le veron.'* 5
et li dus lor escrie: tout i more gloton,
„tout guerpires la teste, nos le. tus calengon.
„de racat en ores nesune raencon,
„YUS perderes les testes, pardesons le menton."
Emenidus d'Arcade voit le duc aatir' 10
de grans mellées faire, de durs esters sofrir,
et voit as premerains les fors eacus saisir,
et les hanstes defrasne palmoier et branlir,' .
et voit tant confanon contre solel jesir,*
tant elme vert et cler ilueques resplendir, 15
et tant ceval corant à la tiere tentir, ^
ces moieniaus sonner et ces tabors .bondir, **
résonner ces Talées et ces tertres tentir;
la plus fière os ^ de Y mont s'en peuist esfreir.
Aristes de Balestre sist sor Béart de Tir, 20
dont il ot abatu Ladinet de Montir.
Emenidus Fapiele, o plour et o souspir.
,,a! sire, car penses de ceste gent garir;
„n'i voi or mes soscors, se m'en voles falir.
„tel m'ont hui de 1' mesage respondu lor plesir, 25
„qui en seront anqui trop tart au repentir."
„le quel nos vient mius faire, u atendre u fuir?"
et li vasaus respont: des or me puis hair,
„puis que on ne me vint au besoig sostenir;
„et nequedent bien doi à tel home obéir. 30
„onques miudres de vus ne puet lance tenir,
„por vous et por le roi qui tuit devons, servir,
„et por ceu que ci vois en essai de périr.
„te mesage en ferai et Dei m'en lest joû-:
„mais ains verai mon ehne enbarer et quoisir,* 35
• O « M mmton, 2) iêê Qriuê. 3) ènnufir. 4) «iwimtre moni krvAr
6) frémir. 6) Imf ricé cor JPivoir 90uner «I rêiwtir. 7) euerê, 8) fmf
fle0ii# mtendu, tttrt êêram à F eoiêir, 9) eroiHr»
110 ASSAUT DE TYR.
„et mon escu percier, mon aubère desartir,
„et le sang de mon cors à grans rendons iscir,
„le suour' desor moi d'aighe suor convrir.
„sans yeraies ensegnes ne voel le camp guerpir;
„ne m'en devra nus hom gaber au départir, 5
„ne li rois trop blasmer, se à lui puis venir/'
de ii. pars s'entrefièrent par mervillous air.
Mult furent preu' 11 Griu et bien s'en confortèrent.'
tost descendent à pié, communalement s'armèrent;
lor poitraus ont restraint, lor cevaus recainglèrent , 10
*lor guices acorcièrent et lor resnes noèrent»
ensegnes et pignons sor lor lancés fremèrent;
lor escus à lor cos, sor les cevaus montèrent
estroitement cevaucent et sagement errèrent,*
et dist li i. à l'autre: „les bones œvres perent; 15
„les paroles sunt bêles à cens ki bel errèrent"*
là fu grans li mescies ù li Griu asamblèrent,
à l'empire de Gadres quant ensamble ajostèrent;
c'or ne sunt que vii. c. et cil xxx^ erent
à premeraines jostes forment i mescîèreni; 20
d'un de lor millors homes cel jor se desevrèrent,
dont en icel besoig plus^ se desconfortèrent
Alixandre le jour maintes fois regretèrent;
quar il erent si poi que à paines i perent,
por quant, tant i esturent, que cier le conparèrent. 25
as espées trancans grans cos s'entredonèreni
tant fièrent as premiers que der le conparèrent,
ne, au partir de Y camp, l'uns l'autre ne gabèrent
A l'asambler des Grius jousta premiers Sanson,
F. 20^ désirans de sa tiere dont li rois li fait don. 30
il et 11 dus Betis brocent des esporons;
si grans cols s'entredonent, baisiés les confanons,
que li hauberc fausèrent, si en ciet li blasons.
Sanses brisa sa lance, s'en volent li tronçon;
et li dus le feri iriés comme lion, 35
que desous le mamele li copa le rognon,
toute plaine sa lance, l'abat mort de l'arcon;
1) cêvai. 2) froi. 3) mott M «e. 4) êêièrmti. 6) ouvrèrent, 6) pui0.
ASSAUT DB TTR. \l\
outre s'en est passés, si joins que 1. faucon.
par contraire li dist: „à 1' plet estes semons,
„dont jà par bouce d'omme jugement n'en orons.
„hui sara Alixandres que de rien ne l'amon,
„et li sires de Tyr, ke de tous le vengon. 5
„ne tenres en sa tiere ne cité ne dognon.''
Là grande fu li os ù Sanses fù caois
et jut mors à la tîere, sor son escu tous frois.
là Teiscies les Grius courecous et destrois;
Emenidus le pleure, si se pasme trois fois; 10
boinement le regrete, s'en depece^ ses dois:
,Ôentius rois Alixandre, jamais ne nos yerois!
„ahi, que n'estes ci, gentiu sires adrois!
„en Testeur perillous le baron vei^erois;
„hui perderons les cies, que defl le sacois« 15
„Sanses s'or ne tus venge, couars sui Grejois.'''
par air esporone le ceval es caumois;'
si se met en Testour que tous i fù estrois,^
et fiert Salehadin* qui sire est de lor lois,
arcevesques de Gadres, ausi noirs comme pois. 20
l'escine li tranca et l'escu de manois;
par desous la mamele romt de liiauberc iii. plois.
de la mort de Sanson fu de lui® pris li drois,
et li Griu se ralient et plevisent lor fois
que l'uns ne faura^ l'autre, tant soit de mort destrois. 25
Salatins rint armés sor liart Blancemaille
i. ceval séjomé qui fu fais à Valfaoe.
aine ne gosta d'avaine, lait boit et car c'en sale;
li portier l'ont torse et moulu en le paille.
Salatins fu i. Grius et tint la cité d'Ale; 30
près est de la mer rouge, encor tort et avale
rien ki avoit sens fler, ne d'egre, ne escaille.
li Grijois le conquisent, ce n'i a tour ne sale.
Salatins esporone et tint la dté d'Ale
i. chevalier de Grese et tint la tour d'Augale. 36
parmi le gros de 1' pis son espiel li avale.
1) dêtart. 2) «f «iiiIomV. 3) tm etUmoiê. 4) deêtroiê, 5) Saiêêan-
6) i fii iuêê, 7) Urirm.
112 ASSAUT DB TTR.
es vous une esciele de noire gent et pale;
dars portent et saaites, ains hom ne vit itale.
tous jours sunt en Testor de férir communalle.
Ceus apieloient ki portent les
les dars et les ssgaites qui tant erent isneles; 5
ains que li Griu les voient^ lor criement lor premeles
et as plusiors des nos espandent les bovieles.
Perdicas et Liones sordent d'une vauciele;
de toute lor compagne qu'il n'avoient si bêle,
n'ont CGC. chevaliers ki messoient en siele. 10
Emenidus escrie: c'or i feres caiele.
„encor hui, se Deu plest, ores autre noyele.
„as espées trancans i feres en la prese/'
Des Gadrains et des Grius est remes 11 estris
si fiers et si estons, jà n'en sera desdis, 15
de yii* chevaliers vers m"- eslis.
F. 20" ains n'oistes si fier, par Deu de paradis;
as uns en est U miudres et as autres li pis;
li force est à Gadrains et li foible est à Gris.
Gadrain s'or corent sus, li Griu fuit à envis 20
et cil fièrent des lances et Griu des brans forbis.
lors fu grans H estors et fiers 11 capleis,
et li caples pesans, et grans li ferreis,
et la noise levée et esforciés li cris,
et la poucière esparse et li vens s'i est mis, 25
et la calors mult grans et li solaus aigris.
de lances et de brans fu grans li féreis;
là fu tans escu frains et tans aubères croisis,
et mains elmes quasés et mains escus malmis,
mainte sele vrenie, et mains cevaus finis, 30
ses règnes traînant, de signor desgamis.
Calnus vint à l'estor, c'on claime Menalis;
l'escu porte en cantiel, la lance è Y feutre mis.
ses escus fu d'asur et li lions brunis
de sinople et d'asur, que il samble estre vis. 35
Calnus point par l'estor, de bien faire pensis;
il fu par les Gadrains preus vassaus et esUs;
hardement et proecce dont il estoit saisis.
ASSAUT DE TTR. j|3
li font faire tel cose dont parlé ert tous dis.
i. neveu, Gardiien, de la serour Bietris,
Tait férir ai grant cop en l'escu d'asur bis,
que 11 haubers de V dos ne li vaut ii. tapis.
de Fanste une grant toise li met parmi le pis; 5
tant durement l'abat très en mi le lairis,
que l'arme part de 1' cort et cil remest à lis.
puis en reflert tes iii., les testes ont guerpis;
jamais par i. des iiii. ne sera L conquis.
cil n'en porent gaber, se Sanses fu ocis. 10
Calnus point par l'estor, de bien faire pensis,
por la mort de Sansen courecos et maris;
par courons i a fet maint poindre bien en pis.
ausi doutent ses cols comme fait li brebis
les grans leus famillous, par verte le vos dis. 15
Antigonus li preus vet par l'estor poignant,
* lance droite sor feltre et l'escu tint avant;
les langues de Tensegne vont au vent bauliant.
bien samble cheyalier hardi et conbatant;
emperere, ne rois nul millor ne demant, 20
que il i fauroit tos, se il Taloit cacant.
Antigonus de Grese qui le cors ot vallant,
muet à i. Arrabi qui les rens vet cercant,
les compagnes roiaus forment afebloiant;
iiii. lor en a mors d'un poindre maintenant, 25
et cil n'en cist* vers lui qui ne le doute i. gant;
ains arieste à i. fet, car ceval ot tirant.
Antigonus le fiert de 1' roit espiel trencant,
si grant cop en l'escu, à fin or reluisant,
que par desor l'escu fent les ais d'olifant. 30
li aubers de son dos ne li valu i. gant,
ne vo fis par le cors le confanon bagnant;'
tant com anste li dure, l'abati sovinant;
quant li lance- est brisié, recouvré a le branc.
Antigonus s'es fiert, en le prese plus grant; 35
cui il ataint à cop, il n'a de mort garant;
f) kroeê. 2) par mi iiu de êon eorê va Feêfial guiaiU,
114 ASSAUT DE TYR.
tant i a cos férus et derière et devant,
que pas ne le tenront de férir por enfant.
F. 20"* Antigonus li preus sist sor i. ceval cras.
armés vint à l'estor desor i. ceval cras;
mais plus qu'esmerillons ne vole haut ne' bas , 5
ne li yasaus desus ne sambloit mie las,
mais fiers et coragous; proecce ot en ses las.
lance ot et forte et roide, à i. fier de Damas;
tant com cevaus pot corre, vet férir ens è 1' tas,
ens en la grignor prise, à tel done Judas 10
en Tescu de son col qui fu fais à coupas,
que par mi li fendi son aubère et ses dras.
è r cors li mist la lance, mais je ne vus di pas
qu'il remagne es arçons, ancois vole tos plas,
si durement à tiere, qu'il li brisa ses bras; 15
mius peust bargigner à le sale à baudas.
Andrones sist armés et galope son frain,
*rarme droite sor feutre et Tenarme en la main;
as rices gamimens ne sanla pas vilain,
onques plus biaus n'en ot ne^ fins de castelain; 20
si s'afice es estriers qu'en croisent li lorain,
et a point le ceval qu'il ot délivre et sain;
et il li vait plus tos que cers ne cacé dain.
i. amiral encontre devant lui, en i. plain;
*il tint tôt le pais environ flun Jordain, 25
Galafres ot à non et fu fins' Godevain,
i. félon' Beduin, de tiere Micovain.*
la gent de sa contrée manjuent peu de pain,
lait boivent de camel et à soir et au main,
sa lance ne fu mie de sap ne de fusain, 30
mais une cane roide, norie en son train,'
bien loié de cuir de cievrol u de dain;
li fiers en trance plus que faus qui soie fain.
des hommes Alixandre ot ocis L Roumain'''
et L conte abatu, tôt envers ens è Y plain; 35
mais il sera vengiés de son cousin germain,
car Andrones le fiert en l'escu tôt de plain,
i)wuê. 2) fuOermmtn. 3) Fmnirui. 4) MtOomin. 5) m êûêiêrmm. 6)tfOfiMMtfi.
ASSAUT DE TTR. ]15
de si rice verta, que tranca le clavain.
le cuer li a copé à l'acier soverain;
tant com anste li dare l'abat mort ens è 1' plain;
le cors li lait sanglent et de l'arme tôt vain.
Corineus sist è 1' bai c'a Ceseraie ot conquis, 5
si com bons chevaliers coragous et hardis;
des esporons le hurte, es grans eslais est* mis;
de si grant aleure com vait li Arabis,
en le prese est férus, de bien faire peusis;
fiert i. mult rice' neveu à 1' due Betis. 10
si grant cop li dona en l'escu d'asur bis,
que li haubers de 1' dos ne li vaut ii. tapis,
que ii. toises de l'anste ne li enbate è 1' pis.
mort l'abat de l'afcon h respent li vernis.'
cil ne s'en pol garder se Sanses fu ocis. 13
Aristes de Yalestre vet par l'estor plenier
et fu mult bien armés sor i. corant destrier,
tieste et col et crépon couvert d'un pale cier;
lance ot roide sor feutre, à loi de bon guerrier,
dont li fiers trance plus en l'anste de pumier; 20
les langes de l'ensegne fait à 1' vent balliier.
le cors ot bel et gent et le corage fier;
ains ne veistes homme, mius sanlast chevalier.
* durement se penoit de Gadrains empirier;
arme* n'avoit durée encontre son acier, 25
et fiert i rice Turc,' neveu le duc Gaifler,
qiie pardesous le boucle li fait l'escu percier
et l'auberc de son dos derompre et desmallier.
par mi le cors li fait le confanon baignier,
*si que de l'autre part en peut-on voir l'acier. 30
F. 21* tant com anste li dure, li fait siele widier;
cil conpere Sanson,* qui que doie anoier.^
lors conmience li rens sor destrier^ à espessier,
tant escu estroer, tante lance brisier
et tant ehnes quasé et tant aubère desmallier* 35
1) gaioê l'a. 2) et fUrl i. ehêvaiiêr, 3) ù U or 9 fu a9êiê. 4) «f n'en.
5) rai de Bëêire, 6) PirMi. 7) /' doiê vmfUr. 8) àêêtrê. 9) à ^ereiér.
8*
116 ASSAUT DE TYR.
Arides^ laise corre que n'ot soig de tencier.'
ens en la grignor prese est aies acointier,
et vait' Ëmenidus mult fièrement aidier,
sanc et cerriele espandre et puins et pies trancier,
l'un mort deseure l'autre verser et trébucier. 5
,,ha! gentius dus, dist-il, tant faites à prisier.
„gent qui tel coneslable ont por eus ensegnier,
„ne se derroient mie de petit esmaier;
„mais le droit lor signor vivement calengier,
„quar teus gens à destruire ne sunt mie legier. 10
„li cop de votre espée nos font tous rehaitier,
„quar en priés votre main n'a de mire mestier.
„dehait ait qui lait est, se 11 rois vus a cier,
„quar nus miudres de vus ne puet lance baillier.''
Quant voit Ëmenidus de la gent* ounourée, 13
por Tounor^ Alixandre de mort abandonée,
ne por mencies^ qu'il ont ne doutent la mellée,*
ne vers la gent de Gades ne doutent il riens née,
11 dus les reconforte au trancant de Tespée;
quar contre son acier n'a nule arme durée, 20
et ferrans 11 cort mius toute une randonée
qu'espreviers ne faucons ne vole à recelée,
i. Turc^ lor a trancié, très par mi l'eskînée,
si que l'une moitiés est de l'autre sevrée,
la mesnie Betis se fu dont reusée; 23
sortie estoit arrière plus d'une arbalestrée.
li dus fut mult aidans, sa lance a recouvrée;
ains que. parte de 1' camp, sera ensanglentée
et la mors de Sanson cièrement conparée,
et as plus orgillous fièrement acatée. 30
d'un senescal le duc a sa gent délivrée;
cil avoit a i. poindre mult durement grevée
et tenoit Amistie,* une cité fremée,
de r tans S. Abreham fu desor mer fondée,
tout dusque à 1' lairis ot la mer aquitée. 33
Ëmenidus le fiert sor le large listée,
1) MriëUë. *l) imr^er. 3) ià vint. 4) Emêniduê d^Aremff vît êa geni.
b) amer d\ 6) m%e9eié9, 7) tu s'enfuit eëfrée, 8) t. due. 9) DmnieU.
ASSAUT DE TTR. H?
que par desour la boucle li a fraiute et troée
et la brogue de 1' dos déroute et depanée.
T. pies li mist è Y cors de la lance planée;
tant corn hanste li dure et plus une tesée
Tenporte en mi le camp de le sele dorée. 5
la mesnie Betis s'estoit dont rasemblée;
seure lor* sunt couru et font une tesée,'
se la gent Alixandre ne l'a bien encontrée,
à r grant mescief qu'il ont , ne doit estre blâmée,
lors ont estai guerpi et place remuée; 10
dalès' une forest là s'est toute arestée.
jà fust è r premier poindre la batalle finée,
ne fust Emenidus, à la cière menbrée,
qui derière eus est mis à le lance acérée,
et a tant le grant fais et la prise endurée, 13
si que par une fois a lor cace* arestée;
mais l'ensegne Alixandre n*i fa pas oublié;
ancois a: Macidone, par ii. fois escriée.
l'ensegne qu'il escrie en la selve* ramée
F. 2t* que li Grijois avoient d'autre part acostée, 20
lors a tel hardement et tel force** donée,
tous receurent ensanle, n'i ot resne tirée.
Aristes de Valestre resanle* Emenidon
qui souvent lor guencist, sor ferrant l' Aragon,
il ne flert chevalier qu'il ne ciete® è 1' sablon; 23
ases en petit d'eure lor a fait maint péon.
„e Dex! ce dist li bers, com fait cors® de baron;
„com pré** a bien li rois assis son confanon;
„quar mult a grant proecce et fort sans traison.
„en œvre et en parole set bien garder raison, 30
„ne por nul chevalier ne cange son arcon;
„dire puet que li somes trop mauves compagnon;
„por doute de morir avons fait mesprison.
„se r savoil Alixandres de qui nos fies tenon,
„demain'serien tout geté** de sa maison. 35
1) 9ore tt. 2) huée, ^) duê^u'à. 4) que tresiote lor caee a par forcé.
5) ei la hroille. 6) eeurté, 7) réêsarde. 8) qui ne voist. 9) eief. 10) com
far. 11) boni.
118 ASSAUT DE TYR.
„et se jou ne V souscor, jà n'ait m'ame pardon/'
à tant broce li ber le bai de Carion
qui de Castiele fu tramis roi Feiippon.
ciers, ne bise/ ne dains, quant ist de sa saison,
ne se tenist à lui quant il vet de randon; 5
et fiert i. chevalier ki tient Cafarnaon,
que Tauberc li tranca très par mi le blason,
et les vaines de V cuer, res à res le pomon,
que vers le cieP en volent ambedoi li talon;
et li Griu recouvrèrent ambedoi li baron' 10
que ferir les alèrent en le grignor foison.
tost ont li abatu paie lor raencon,
qu'il n'i aient ostage, se de la teste non.
li ceut^ entre pies se tienent por bricon,
ne sevent de lor cors nesune raencon.* 15
La ù li Griu recuevrent, fu li caples mult grans
et selonc le mescief la bataille pesans,
et li home Alixandre feroient bien des brans;
bien voient qu*il ne sunt pas per ne à tans quans;*
ne i. ne s'enfuirait por i. mui de besans, 20
qu'il cuidascent bien estre plus vil et recréant;
mais il douent grans cos des espées trancans.^
Emenidus d'Arcade, li preus et li vallans
les sostient et conforte et si lor est garans;
lor est murs et desfens et lor recouvremans. 25
com se tient de sa proie li gentius faus volans,
plus est pénis des autres, hardis et conbatans,
et cremus en batalle et sor tous endurans.
quant il voit i. des Grius saisi entres pasans,
lors cort à se rescouse, com père à ses enfans; 30
il trestome el guencist, car plus tos va'ferrans
que quarriaus en enblée, envoies par serjans;
quar n'ot si bon ceval es Grius ne es Gadrans,
fors que seul Bucifal qui sor teus est courans,
volentier, et penier, et isniaus, et soufrans; 35
1) iM eiêvrea:. 2) eief. 3) fror iêi maiison. 4) em#. 5) coiirot ne
gariëon, 6) p^arel, ne tant ne qutmi. 7) maie mvli ee vendent kien li che^
vaiier vaillant, car eaeeune abati Turc, Paien u Pereant.
ASSAUT DB TTR. 119
il ot roide la bouce, si ne fu pas tirans;*
partout est à mesure, ne petîs, ne trop grans,
com cil qui tous passoit les fors et les baucans;
quar onques n'ot si bon ne rois, ne amirans.
Griu se vendoient cier envers les mescréans, 5
quant lor saut une esciele devers les desrubans;
plus forent de vii.» as vers elmes luisans.
lors oisies grant noise de Turs Arabicans,
cors d'arain, buisines, tous en tentist li cans.
F. 21* Issi comme li Griu' orent place guerpie, 10
Emenidus les tint,' k'il n'aillent à folie,
et commande et defent qu'il ne facent folie,
quant lor sort une esciele de 1' règne* de Nubie,
plus forent de vii." de celé gent hardie;*
n'i a cel n'ait roiele et fort cane brunie, 15
et teus i. ot ensegne de soie d'Aumarie;
mult i ot de leur lois fière cevalerie.
Salatins les conduist qui les Griu n'aime mie;
onques nus jouenes homn'ot grignor signorie,*
c'or ne prise cor d'omme vers le sien une aillie. 20
à r cief de rouge mer avoit berbegerie,
une cité mult noble, asasée et garnie;
Clere fu apelée quant ele fu bastie.
tant estoit rice et noble entor la pescerie
que toute repaiscoit 4a tiere de Surie. 25
* mais or l' ont Crestien déserte et essilie.
Salatons vorra faire premiers ceste envaie,^
tant forment le requiert et par tele envaie;
quar l'asembler des gens en i brait mult et crie,
la mesnie le roi fut mult afoibloie, 30
quar grant besoig avoient de soucors et d'aie;
jà fust an premier poindre la bataille finie,
ne fust Emenidus, à la chière hardie,
qui derier eus s'est mis o le lance enroidie,
de plus de c. en a la campagne widie; 35
i) eië est tenres en boee^ se n'Mf mie tirant, maie isnel ei de livre
et en preese hait&nê. 2) Ture. 3) ei H Griu se retraienU 4) d'une gent»
5) héÊiê, 6) eeieiie, 7) eevaierie.
120 ASSAUT DB TTR.
grant hardeinent lor done quant: Macidone escrie;
cou qu'il avoit de gent ensamble lui ralie.
Sor liart, blance taille vint poignant Salatins,
baus de Grius desconfire , tous les tint à frarins.
onques puis ne fu nés plus cointes * Beduins ; 5
ses escus fu couvers de il. oendaus porprins.
o le fer de sa lance fu ocis i. mescins;
* cil ert parens Pilotes et ses germains cosins
onques ne V pot garir li haubers doblentins,
que tous n'en fust sanglens li bliaus osterins; 10
puis en ot sa déserte corn d'Abel ot Gains,
car Licanors le fiert qui près fu ses voisins,
à mont, de sor son elme ù cler luist li or fins,
que dusqu'à la cerviele but li brans acerins.
Pilote tint Tespée' et fu sor Telme ' enclins, 15
* et vit mort son parent qu'à tiere gist sovins;
bonement le regrete et depecce ses crins.
por le mort de Y vallet commença li hustins
dont le jor fu perciés mains pelicons hermins,
et li estors conunence lès le bos des sapins; 20
des mors et des navrés fu jonciés li cemins.
Lincanors et Pilotes, doi homme* mult vallant,
d'une œvre* et d'un corage, et n'erent pas d'un grant;
Pilotes estoit^ Ions, ce trovons nous lisant,
et alis chevaliers, mais ^ plusjtel ne damant. 25
Lincanors ot cler vis, à cière sousriant,
uns dansiaus amourous et joie démenant,
plus espes et plus fort et menre® en estant;
armé d'une coulour,* venoient à rens brocant.
lor escut sunt vermel;*® en cantiel de devant 30
ot cescuns i. lion à fin or reluisant;
lance roide sor feutre, et confanon pendant.
* Lincanors sist è Y bai et Pilotes ferrant;
ostoirs, n'esmerillons , ne fauconciaus volans
ne vont mie si tos à Toisiel randonant, 35
com viennent à l'estor li destrier remouvant.
1) si rie€9. 2) vint armés. 3) sor son destrier. 4) frères, h) orirt.
0) est plus. 7) nui. 8) milâres. 9) tôt d'un smUsnt 10) eseus ont de «MMyp|«.
ASSAUT DB TTR. 121
Lincanors vait férir Miutamar le tirant/
que des vaines de 1' cors li sans yermaus espans,
F. 21* raort l'abat de V ceval, que V virent li auquant.
et Pilotes féri i, neveu l'amirant
de Tripe en Barbarie, Corbin, le fil Balant. 5
les armes que il porte ne li valent i. gant;
si vilment Tabat mort, com i. petit enfant,
de cel cop s'esmaièrent li preudome sacant,'
et cil de Babilone en furent esmaiant.
plus d'une arbalestrée les vont si reusant,' 10
ne truevent chevalier envers ans retornant;
trestous li plus hardis vet devant lui fuiant.
Pestions sist armés sor i. Amoravi;^
couvera fu d'un cier pale, onques millor ne vi;
ii.^ lions de fin or avoit tissus '^ en mi; 15
et li vasaus fu preus, si ot le cuer hardi.
^ il embraca l'escu et la lance altresi;
à l'estraindre des armes li cevaus tressali,
et fiert i. rice Turc^ que es autres coisi.
cil avoit en l'ester Lincanor aquelli, 20
et ci cargié de 1' cop que li cevaus chai ;
mais cil l'en vengiera qu'il tenoit à ami.
tel li done en l'escut, frait li ot et parti,
et l'auberc de son dos derout et desarti.
ë r cors li mist la lance, à tout le fier bruni, 25
si que (de) l'autre part à tiere le flati.'
cil fu mors à dolour et maint autre autresi;^
il ne s'en pot gaber, se Sanses fu ocis.
tes le plora anqui, qui ains en avoit ri.
Armé de rices armes et de mult rice atour, 30
desor i. sor* baucant, vint Caunus à l'estour;
hui mais se contenra i loi de poigneour.
ses escu fu à or, entrais*^ d'une couleur,
fors è r cantiel devant, ot asise'* une flor.
lance roide sor feutre porte par grant vigor; 35
1) VAufrictmL 2) ê'esfreéreni li Tttre et li Persant 3) reculant.
4) Armoravù 5) t et il sut, 6) due, 7) de l' ceval Vahaii. 8) fiit que
crie merci, 9) r«t'r. 10) entière. 11) d^aeur.
122 ASSAUT DE TYR.
s'ot confanon tout blanc qui fu à l'aumacour;
en droit lui ne sunt mie li Gadrain à sonjour/
n'ont pas après ses cos de mire grant loisour.
i. amiral encontre,' se i' fiert par tel vigour
que li trence Tescu, sor le cantiel au tour. 5
è r cors li mist le fier, o le clere brunour,
si que de l'autre part en vit-on le suour;'
mort l'abat sans parler de V ceval coureor.
la lance vole en pièces, com i. rains sans vredor;
ce ne fu mie cos d'aprentic vavasour.* 10
puis a traite l'espée et guencist vers les lor;
cui il ataint à cop, n'a de mie loisor.
ausi conune les bestes fuient p . . . '^ le pastor ,
les mena i. grant poindre li gentius vavasor.
Liones fa armés* sour i. ceval norois , 15
il fu trestous ^ armés sor i. pale Grijois,
bendés ^ tout environ de bendes à orfrois ;
por cou c'auques Tama, li ot donné li rois,
sor le fier de sa lance ot confanon Turcois,
de mult bêle façon, et de coulour indois. 20
une mance ridée, plus blance que n'est nois,
ouvrée ricement d'un drap Antigonois,
ot li ber en son branc,* à guise de François,
en l'escu de sen col fiert Maudras le cortois;^®
vesques^* ert de Faros et sires de lor lois.*' 25
li escus de son col ne li valu i. pois,
c'une toise de l'anste o le pignon d'orfrois
F. 22* li met par mi le pis; cui soit tors ne qui drois;
mort l'abat des arçons à fin or Espagnols,
outre s'en est passés, nus ne li fait sourdois; 30
* ne fist pas lonc séjor, oUre va de manois;
* branc ot il en sa main d'un acier Yerdunois;
il ne tira sen frain , s'ot abatu tous trois * ^
qui mais ne li metront le pais en *^ defois.
1) séjour. 2) te frinee dêCorinU. 3) la luour, i)joëUor, 5) devant.
6) vtfif oê rené. 7) eavere éPun krun. 8) krodéê. 9) hrae. iO) Haidare t.
Tureoiê. 11) ftit êire. 12) visquent de Rehaie. 13) i^en ol akaiu irai».
14) rice tere.
COMBAT DE PERDIGAS ET D'AKIN.
€1 Mme m% mmwn Perdlemi ta» Aklu le fli d'un r«l , en
le pla» ffr»nfie b»tiillle«
I erdicas voit les gens et les Grius * asambler ,
s'ot buisines et cors et moiiemaus corner,'
et voit maint confanon desploier et moustrer,
et maint bon cheyalier de férir aprester,
et les anquans frémir,' et les plusiors douter; 5
en soi acoragier a grant cose à penser,
c'or de mains se peust i. couars esfréer.
les bons voit par les rens et venir et aler,
les i. poindre à eslais, les autre galoper,
les i. férir d'espées et les autres jouster. 10
armés sist è V liart qui tant fist à loer;
biaus fu et preus as ^rmes , plus qu'on ne puist esmer.
ens en la grignor prese fait le ceral entrer,
et Sert i. chevalier, tant com puet randopner,
et estoit fins d'un roi, Aquin Toi noumer.* 15
ë r règne as Arabis n'avoit tel bacelier;
onques ne 1' pot escus ne li haubers tenser,
ne face fier et fust par mi le cors paser.
mort l'abat des arçons, c'ainc n'en pot relever;
si n'ot loisir i. mot de sa bouce parler. 20
outre s'en vet poignant, sans plus à demorer,
le branc nu en sa main que biel savoit porter;
cui il ataint à cop, ne puet vis escaper,
ne li toile le teste, sans plus à demorer;
1 ) Grhêê dé ii. pare. 2) #1 ot timbres saner. 3) servir. 4) des ftitiwi
fieje nmrlêif Hokêx l'oi nomer.
124 COMBAT DE PERDIGAS ET D'AKIN.
et faisoit pies et puins encontre yenl voler,
et les quins de lor elmes à le tiere hurter.
plus d'une arbalestrée fist son poindre durer,
crains ne V vil chevalier envers lui retorncr,
quant ses cevaus cai, à sen frain soustirer, 5
à l'entrée d'un rivot^ ù dut outre paser;
de il. pies i entra, si le convint tumer.
cil de Gadres s'esforceni desous lui à i* capler;
le lor acointement li convenist conprer,
quant Emenidus vint le vasal délivrer. tQ
plus lonc qu'on ne poroit une piere mer,
devant trestous les autres a fait les rens tranler.
teus iiii. chevalier lor fait désafeulrer;
li plus povres avoit iii. castiaus à garder.
u il voelent u non, les a' fait remonter; 15
en itel connestable se doit-on bien fier.
Lincanors et Pilote vont poignant par Testor
F. 22^ et sunt andui li frère armé d'une conlor.
Alixandre réclaiment le rice empereor:
„* ahi com grant sofraite avon bui de signor. 20
„Tbolomer et Clincon, ne saves le dolour
„que li baron de Grese aront bui icest jor.
„vu8 venissies mult tos, amé, en mi l'eslor. '
„* s'amenissies o vous secors de rice ator.""
Lincanors vait férir i. des flus Salator; 25
le cief sor les espaules en a pris à cel lor.
es vous Ginobocet, le frère Maumacor;
sire estoit de Milaite* et s'en avoit i'ounor;
onques en la contrée n'en ot malvais signor.
de près le vet férir, o le branc, par irour; 30
et avoec lui jostèrent tel m. conbateour.
n'i a cel qui de lui ne tiegne grant ounour,
et li sires fu rices et de mult grant valour;
en la tiere d'Aufrike n'ot tel sortiseor.
souvent pertes et joies et tristours. 35
cil a féru Pilote en l'escu paint à flor;
sa lance fu mult fors et il vait par vigor
1) rivoiël. 2) si l'a. 3) t venissies bien oins la nuit à. 4) TVuU/.
COMBAT DE PBRDICA8 BT D'AKIN. 125
è l'esiraindre des armes et à Y fais de V contor,
â cou que li cevaus ot tant soufert le jor ;
li abat desous lui * le destrier missaudor ,
sour le haoce' senestre cei com une tour;'
entre lui et la tiere le tient tant à loisor, 5
r'onques de soi aidier* ne pot ayoir loisour.
* sor Pilote s'aretent maint fil de yavasor;
* contre tere le fièrent sor i'escu paint à flor,
* as espées li sont de mort présenteour ;
cil crie: Macidone, que Toirent plusior; 10
jà li poront aidier, se il en ot loisor.*
Li Griu oent Tensegne Alixandre crier;
por souscorre Pilote i ceurent iiii. per,
Perdicas et Lione et Lincanors li * ber,
Emenidus d'Arcade qui ne se Tot celer. 15
là veiscies les gens entor lui asamblec;
asses en poi de terme ^ les peust-on nonbrer. ^
là veiscies des brans tant ruste cop douer,
ahii com grand damaje que li Griu sunt si cler;
à tel esfort kil orent , les • fisent relever ; 20
à r caple des espées sus en estant lever. ^^
cil de Gadres s'airent, quant le virent monter
en si petit de terme; com durent relever, ^*
hastiement guencient et vont à eus joster.
jà com venra à 1' faible le plus fort conparer, 25
ne r porent li Grijois lonjement endurer,
vers eus convient guencir u de Tester torner.
Por secoure Pilote sunt li Griu asamblé;
là veiscies des brans tant ruste cop doné.
Emenidus d'Arcade a i. grant poindre outré; 30
l'amiral de Calone*' a si bien contré/*
le cief sor les espaules eii a à 1' branc sevré,
cil s'arestent sor lui que mult l'orent amé;
1) mkmt entre Mes quisëes, 2) gamhe. 3) se giet sor i, roeor, 4) «lé
rtuMmter. 5) là i porra bien perdre, ëHl n'a eecore des ior, 6) Caulue
ki fu. 7) tere. 8) irover. 9) à V copie des eepéee le, 10) à tanl d^ effort
fu'H areui le firent reiorner, U) car U par êtmi et poi &on le^, peuet
nowtkrer. 12) dEeemlene. 13) encontre.
126 COMBAT DE PBRDICAS ET D'AKIN.
à loi de jentil homme l'ont plaint et regreté,
et li Griu entre tant ne sunt pas oublié;
par force r'ont Pilote sus è 1' ceval monté,
cou qu'il fu abatus est à peu conparé;
de venger son anui a bien le cuer membre. 5
Emenidus Tasist è Y destrier abrièvé;
ausi com l'espriviers qui yole à recelé,
départ les esturniaus qui pasturent è 1' pré,
desront Emenidus, par flère poesté,
la force des Gadrains û mius sont entassé. 10
Emenidus d'Arcade qui fu plains de fierté,
en sa main tint le branc dont maint cop ot doné;
celé part ù il tome, sont-il tout esfrée,
de conduire son cop a cescuns volenté ;
cil qui ancois pooit, li a cemin livré. 15
au départir d'un Turc qu'il avoit mort jeté,
le fiert i. Arrabis qui derrier l'ot visé,
d'une cane mult fort ; o le branc acéré *
le blanc aubère li a ronpu et depané ,
et le ceval ausi par mi le cors navré,
si que de l'autre part a tout le fier pasé; 20
la lance brise è 1' pis, qui muit l'a engané.
il meismes l'a trait, car rouit avoit fierté,
puis a celui de près o le branc asèné
desi que es espaules' l'a fendu et copé;
de son bliaut hennin a i. pan desciré; 25
par encontre ses plaies en a son cors bendé,
por le sanc restancier ki en cort à plenté.
de ses conpagnons crient que U ne soient outré;
quar s'il savoient ore de son mal la vreté,
n'i aroit plus sanlant de bien faire' moslré; 30
lor fin atendroient, de 1' tôt desconforté;
quar se il lor défaut, malement ont ouvré.
N'ont mie li Gadrain conneue l'ouvrage,
comment Emenidus, à la cière grifagne,*
estoit férus è 1' cors, ases près de l'entragne, 35
1) roiéê è i, f$r, 2) en im emniurê. 3) eoimkmirê, 4) d'Arf^ée a «M-
ka§nê.
COMBAT DE PBRDICAS ET D'AKIN. 127
fors seul le duc Betis, à la cière grifagne,
qui yit le cop férir et le plaie qui saine. ^
por cou que sa mesnie le tmeve si estragne,
en fu lies en son cuer, n'a droit que il s'en plegne;
▼ers lui point le ceval et escrie s'ensegne, 5
et commande sa gent que celé part s'estragne.
Emenidus seoit sor ferrant d'Alemagne,^
et nul miUor n'avoit en icele conpagne;
tint l'espée en son puig, forgié d'Alemagne;
cel jor ne li donast por Tamor de Sardegne. ' 1 0
ireement cevauce le val de la campagne,
et Betis li descent de Tcief de la montagne.
iluec s'entrecontrërent à si roale bargagne,
que mult en pora Tuns poi prisier sa gaagne,
quar ains mius ne féri Costentins* àe Bretagne, 15
ne cil de Durendal, qui fu nies Carlemaine,
* com fait Emenidus qui mal talent engraigne.
Betis n'a si fort elme que eïitor ne li fregne;
n'il n'a tant de loisir que au ceval se pregne.
si Ions com il estoit, mesura la campagne; 20
qui yist se contenance, ne desist qu'il se fagne.
teus rais li saut de Y nés , qui son bistire ^ bagne ;
bien li aroit mestiers mies qui plaie estagne,
quar cil l'a encontre, qui maint home mahagne.
des or mais est-il drois que ses orgius remagne.
Pour secourre Betis furent ses gens venues , 25
iii. escieles qui sunt d'un tertre descendus ;
en la mener avoit m. lances esmolnes,
et m. canes mult roides et m. espées nues
les conpagnes le roi ont durement férues
et laidies forment et si esconbatues, 30
que ferant les enmainent matés et vencues,
lès i. fiel castieler, vers une vielle' rue.
Emenidus d'Arkade ot sa règnes perdues;
à r guencir vers le duc, les ot certes tenues;
li bouton estendirent, si furent fors iscues; 35
\)9migM, 2) éê Bretûpiê. Z) onor fAptiImmê. À) Forêttmn, b) msage.
6) lotêë une groHê.
128 COMBAT DB PBRDICAS BT D'AKIN.
F. 22<* et ferrans le cort* mius, par ces conbes agues,
que li faus monteniers ' ne yole après la grue,
cil est pis au cevai que li cors s'esvertue;
ses œvres au besoig erent bien conneues.
dalés i. boskeret dont li rain sunt foUues, 5
là retint son ceval dont peines ot eues;
ses œgnes ambes ii. a iiuec retenues,
as Gadrains resunt or dures paines creues.
Pour secorrre Betis sunt ses gens asamblées.
iiii. escieles ki sunt d'un tertre dévalées. 10
li dus monte è 1' ceval , règnes ot recouvrées ;
à une part en a de ses gens apielées,
des mius de sa maison , que il ot plus amées ;
de vengier son ami les a amonestées,
et 0 les en trova très bien entalentées. 15
Emenidus d'Arkade ot ses règnes noées,
* et remonte en ferrant, sans nule demorées.
la mesnie ' le roi trova desbaretées ,
si cum bestes de bos par buisons esfrées,
que li véneor ont toute le jor brisées; 20
d'aide de signor durement esgarées,
et li auquant enfuient, les targes endosées;
les escus ont guerpis et les lances gietées.
lors a li gentius bon groses larmes plorées;
de r cuer li sunt à mont è V viaire montées, 25
dont s'escria en haut: „deservons les sodées
„que nos a Alixandres, par maintes fois, douées.
„mal aroit emploie* ses vins et ses peurées,
„ses cars, ses venisons et fresques et salées,
„ses rices dras de soie et ses porpres listées, 30
„et ses biaus gamimens^ et ses coupes dorées,
„et ses bêles rikecces que nos a présentées,
„se ci ne sunt por lui ses proecces mostrées.
„por nient avons lui® tant nos' forces doutées,
„quant nos^ millors batalles avons* li conraées. 35
„toutes sunt desronpues, vencues et matées;
1) ê'mftUi, 2) moiardinê, 3) le# eowpagnêê. 4) êêpiaitié. 5) hmMx
d^argent. 6) aoe# hui. 7) hr. 8) Mr ior. 9) avês.
COMBAT DE PBRDICAS ET IVAKIN. 129
^gardes bui vos onors, frances gens onorées;
„hui mais verois mes cos et mes pointes doblées/'
Mult a Emenidus confortée sa gent;
mais bien yoit et connoist et set à encient,
que plas le conyient faire que dire seulement; 5
por quant s'il ot le cors sor le hauberc sanglent
dist à ses conpagnons: ^n'esrons vUainement.
»,seryons notre signor, de bon cuer,' ioialment,
„qui nous soloit douner son or et son argent,
„et nos promet ounour et bien nos tient convent; 10
„et quant il Ta conquis, se V donc boinemenf.
„se por paor enfui, mult m'ira malement."
lors ahurte ferrant qui ne ya mie lent;
ne s'i tenist à cours li bruns de Boniyent,^
que cheyaUer prisoit ses xy. pois d'argent; 15
jà lor fera tel cose dont il erent dolent,
ens en la grignor prese se met estroitement,
ne consuit devant lui que trestont ne cravent.
la force de Y ceval li aida durement,
et li besoins et Tire qui Tatise et esprent, 20
et ses corages fiers plains de grant hardement.
elas! que n'est si sains com à 1' commencement,
jà fesist à Betis i. lait asamblement,
et se li tolist tiere par force yoirement
Emenidus lor fait tel encontre souvent, 25
F. 23* li plus hardis le doute et le crient durement;
enprès ses cos remainent li plus hardi dolent;
bien doit estre preudons, qui vers lui se desfent.
Betis et li Gadrain, cil de sa conpagnie,
voient la gent le roi et le vasal qu'es guie, 30
c'onques mais tant de gent ne fist tele estotie,'
comme d'atendre en camp si très grant ost banie.
ses homes apiela et semont et castie,
si com faire le doit et bêlement lor prie,
et dist que mult est lait' de tel cevalerie; 35
qu'il ne savoit è 1' mont si fière baronie,
et por L peu de gent le voit si esfréie,
1) oiêitmë, ni f&rê frMpM de vent 2) esioltiê. 3) /t««.
U m«iMM rAUzaair*. ^
130 COMBAT DB P£RDICAS ET D'AKIN.
de fuir esbahis, comme beste estordie;
mais qu'il aient d'un seul ior force départie,
' mort sunt trestout li autre, ne valent i. allie.
„je n*es pris pas trestous une pume pourie.
„se or ne m'i falies, jou li ferai salie, 5
„et yeres sour son^ cors mainte lance croisie.*'
mais ancois qu'U eust sa parole finie,
s'esciele devisée et sa gent départie,
retorne Emenidus qui sa règne ot guencie;
en mi liu de sa force a s*ensegne coisie, 10
et cil ki le portoit est i. dus de Nubie.
Emenidus le fiert, autrement ne V desfle;
si grant cop li dona que ne li fait aie
ne escus, ne haubers, ne cendaus de Rousie,
qu'il n'ait parmi le cors de l'anste une bracie. 15
jus de r ceyal l'abat, s'a le siele widie;
tant souef i'abati qu'il ne braist, ne ne crie,
puis fiert le duc Betls vers cui n'ot druerie;
par son le ciercle à or, i. poi jouste l'oie,
tant roidement l'abat, le cière en a laidie. 20
outre s'en est passés qu'il ne s'ataija mie;
vers le bruel est tornés h durement se fie,
por les Grius garandir, de cui il ot envie,
grant hardement leur donc quant Macidone escrie;
cou qu'il avoit de gent avoeques lui ralie: 25
Betis resaut en pies, com bon de grant poisance,
et remonte è 1' ceval, sans longe demorance;
car il estoit des siens la miudre' recouvrance;
onques mais en estbr ne soufri mesceance.
il esgarde les Grius et le Ior contenance; 30
si en jure les Dex ù il a sa créance :
se li home Alixandre sunt tout de tel vaillance,
il n'a cité è 1' mont ù aient coiitrestance.
il le font par orguel, ou cou est grans beubance,
U il ne sevent' gaires, u il le font d'enfance.* 35
„s'or n'es fac remuer, mult aront* grant poiscance.''
le ceval esporone de le rue de France;
1) mon. 2) li milàre. 3) «'aimeiU. 4) dèfènee, 5) tnrmi.
COMBAT DE PBRDICA8 ET D'AKIN. 131
si féri Lincanor qui les autres avance;
par mi le cors li mist le coutiel de la lance.
Lincanors trait le branc qui fu fais à Valance/
et flert le duc Betis sor la reconnissance,'
devers le coste destre, sor la reconnissance; 5
si grant cop li doua que sor l'arcon Tadance.'
si navrés com il est en presist-il venjance,
quant apriès le duc ceurent tel m. de sa cointance,
que tout erent si home, de la soie^ aliance.
Caunu ont abatu et Ariste d*Otrante;' ^ 10
de tous XXX. Grijois i ont fait desevrance,
F. 23^ dont li rois ara ire et dolor et pesance.
cil de Cadres les outrent qui en ont la poisance; '
li conpagne des Grius à cel poindre balance;
il n'i ot si hardi, n'eust de mort doutance. 15
Par l'ester vet poignant li nies Emenidon,
c'est Pireus de Monflor, à le clere façon,
qui cuer a et corage et cière de baron,
ademetant se vet sor i. ceval Gascon,
et est de tous endrois, de boine afaitison. 20
s'il coneust couart, jà n'oist son sermon,
ne ne vot retenir les 'vers de sa cancon;
mult ounora vasal,' par vreté le dison,
là donna son avoir, ù furent haut 11 don,
tant que la soie ensegne en fu de grant renon, , 25
et tout si anemi en mult maie fricon.
sa proecce le mist en maie souspecon;
tous jors voloit par armes mostrer tel contencon,
dont chevalier gisoient par tiere et par sablon.
si droit ne voloit mie maturas, ne bovion,' 30
com cil les vet férir, destort le confanon,
cens qui vers AUxandre mouvoient le tencon;
quar rouit® l'ama li rois et tout si conpagnon.
ses oncles en faisoit mult sovent orison,
que Dex le détornast de mort et de prison. 35
1) à muwrê éé Valmtee. 2) en Mme Htnê doianee. 3) avmu:ê. 4) de
foie êi d\ 5) dé Qwmee. 6) /m Aom. 7) H doit né voeieni mié materoé
ne Mion, 8) fior ce.
132 COMBAT DE PERDICA8 ET D*AKIN.
de sa très grant proecce vérité en diron,
quar tout aves oi de son cors le façon.
li pié furent votic et pendant li talon:
s'ot large forceure* et le cors par raison:
larges pis et espaules; s'ot large formison; 5
les bras gros et quarrés,' les puins gros à fuison:
le col lonc et poli et formé' le menton:
biele bouce riant et les dents environ
ot plus blanc que yvores, ne que os de poiscon.
nés séant et bien fait, sans nule mesprison: 10
les ions ot vairs è Y cief, à guise de faucon,
et si les ot rians plus que la fille Othon
qui par biauté.fu dame de V lignage* Esciavon.
adonques li poignoit la barbe et li grenon;
muU li avenoit bien, car millt en sanloit bon. 15
et teus est en la fin de sa discrecion,
que vers lui estoit lais li cors le fort*^ Sanson.
e Dex! corn bel li aient si doré esporon,
et si ebnes à pieres qui reluîst environ.
ses escus fu tos d'or, n'i ot pas vermillon;^ 20
lance roide sor feutre, et vermel confanon,
et fù de cuir loié, entour et environ,
par iiii. fois saudées à glu^ et à savon.
li fiers en trance plus que li faus en saison;
qui ataindre le vint, de le mort le soumon. 25
Li vasaus fu® armés sor i. ceval isniel;
ses armes li avienent et mult li sient biel;
lance roide sor fautre et Tescu en cantiel.
le ceval esporone, si qu'il li fent la piel,
et cil porprent la tiere qui plat ot le musiel, 30
le piet cauf* et coupée plus tos vait d'arondel;
cel jor ne le dounast por tout l'or d'un castiel.
en l'escu de son col va férir Gastiniel,
qu'il n perce et porfent par mi le taint*^ novel,**
et l'auberc li fausa qu'en rompent li clavel. 35
1) emforeéure, 2) et granê ei fore. 3) fuérré. 4) roi«lm«. 5) U
fluê M f U0. 6) ê'a en mû un iion, 7) refuii en eirê, 8) êist. 9) réoni,
10) tranee ie vernie et raeur fmt luwel. 11) rouei.
COMBAT DE PBKDICAS ET IVAKIN. 133
tout le fier de la lance sentirent li boyiel,
F. 23* si que par mi le cors- passèrent li coutiel,
et lui et le ceval porta ^ en i. monciel.
l'arme s'en est alée, le cors lait à reviel.
Li vasaus prist sa lance que à tiere li brise; . 5
ne fu pas esperdus, car mautalens Tatise;
le main met à Tespée qui fut forgié en Frise,
li poins en estoit d'or à lettre bien asise,
.la coulors ne fu mie trop blance, ne trop bise,
mais brune et verdoians; de Y pumiel se devise. 10
s*ele fu bonne asses, signes ot à devise;
quar cil l'ot aporté qui en son cuer se prise,
je ne di pas d'un homme qu'il face grant ocise,'
mais teus x. en trespase, n'i a celui ne gise;
et cil ont as Grijois droite trêves démise.' 15
Pirrus fu en Tester; si cop sunt aparant;
aine hom de son lignage n'en ot cuer si vallant,
ne de porter ses armes corage si poissant,
dé millor, ne plus biel, ne conte nus, ne cant;
quar se il le disoit, il n'en aroit garant, 20
c'ainc teus de son eage portast lance, ne branc.
Dex! com il vait les rens à l'espée trancant,
le grant orguel de Cadres desous lui confondant.
Emenidus le vit, s'en ot le cuer joiant;
Lincanor en apele, se li vet consillant: 25
„vees de mon neveu, com se vait contenant.
„qui viut bon chevalier, jà millor ne demant;
„s'il encontrer le viut, plus ne le voist quercant.''^
lors s'afice es estriers^ et Tescu mist avent, ^
lance roide sor feutre et confanon pendant. • 30
à l'estraindre des jambes fet tressalir ferrant,
et 0 li vait meilu, les grans saus porprendant,
les callaus et les pieres sor ses pies degietant.
de Barbais vait férir i. mult rice amirant;
Galafres ot à non et fu fins Rodoant,* 35
de la sereur Betis, à famorous semblant,
1) ahaL 2) jtutiêê. 3) promise. 4) querrant. 5) ê'ûfeutrê H oneieu.
6) RokoanL
134 COMBAT DE PBRDIGAS ET IVAKIN.
bêle dame et plaisans, o le le cors avenant.
et de cestui trovons, en estore lisant,
qu'il n'ot tel cbeyalier Arrabi, ne Persant,
en Tenpire de Gadres, très le tans Moïsant,
fors tout seul Gadifier; celui mec-jou avant. 5
Emenidus le fiert de la lance trancant;
si très grant cop li done que ne li fait garant
ne escus, ne haubers, le montance d'un gant;
ne vet par mi* le cors son confanon bagnant,'
mort rabat sans parler, dalès i. .desrubant. 10
et Pimis lor escrie: „cest traies à garant.
„cil TUS gari de mort,' dont vus aies tranlant;
,,c'or ne sunt mie cop d'aprentic paisftnt.*
„ancui vus monsterra d'un tel boire poisant,
„c'ainc ne burent à Gadres de nul si agrevant.'' 15
Gadifiers voit les Grius qui sunt bon chevalier,
qui par force de gent ne voelent trop widier;
car tant redoutent honte et vilain reprovier,
ne partiroit de 1' camp sans les membres trancier.
et voit les Grius ensanie faire maint recovrer, 20
as lances et as brans ^ maint membre detrencier,
maint Turc dont li ceval remainent, estraier;
et vit Emenidus ses cos bien enploiier,
la grant prese deronpre, les mestres rens ploier;
quar des plus orgillous fet tant descevaucier, 25
F, 23' qu'apriès lui en estoient tout couvert li sentier.
Gadifer des Lairis qui tant fet à prisier,
Tarière garde ot fait; n'i vot plus detrier.
à iiî"- cevaliers se vait apparillier
en i. petis bosket ù il ot maint figier. 30
bêlement, en séant, fait ses cauces lacier;
puis s'adrece en estant, et vest l'auberc dpblier
dont ii malle est sierée, plus blance d'argent mier,
è r cief li ont asis i. vert elme d'acier;
les las a fait entor estroitement lacier. 35
Béart a fait armer et bien aparillier;
tieste, col et crépon couvert d'un pale cier.
1) êi U perce. 2) ia hoiele en reêpant. 3) de l* mai. 4) ne d^enfmU.
COMBAT DE PBRD1CA8 BT D*ARIN. 135
il n'avoit plus isniel de si à Monpellier;
plus tos cort au besoig, sans d'esporons toucier,
qu'espriviers à aloif, n'a hairon faus gniier;
et li siele et li frains qu'es vosist esligier,
il ne le donast mie por For de S. Ricier. 5
li ber saut es arçons, que il n'i quist estrier.
ses escus fu d'asur et d'or a eskiekier,
à i. orle d'ermine, à i. pale es quartier.
quant le tient as enarmes et l'anste de pumier
dont li fiers fu trencans à i. bruni acier, 10
ains ne yeistes homme, mius sanlast cheyalier.
quant sa gens fu armée, cescuns monte è 1' destrier,
et Gadiflers a fait ses batailles rengier.
là peuiscies veir tante lànee drecier,
tant elme, tant escu luisir et flanboier, 15
cors et tabors bondir et crier et noisier;
et Gadifer a dit: „n'aie8 soig de plaidier.
„fier soies et félon as lances abaisier,
„quar vous troveres jà teus jens à l'acointier
„qui lor cors et lor vies voiront yendre mult cier, 20
„ain8 qu'il yoelent le camp, ne le proie laier/'
quant li Grijois le yoient, n'i ot que esmaier;
paor ot li plus cointes de le teste trancier.
Emenidus d'Arcade les prist à castoiier;
si lor a dit: „signor, ne yus caut esmaier, 25
„quar en notre conpagne n'ont li couart mestier.
„pen8t cescuns que il puist sa yie calengier.
„tout sommes jentil honune, duc et conte et princier;
„si deyomes tant faire, pener et esploitier
„c'on ne 1' puist après nous, è nos oir reprocier; 30
„que ci iie fera bien, puis ne deyra mangier
„à la table le roi que tant ayomes cier.
„li brans de ceste espée ne se yiut estancier,
„de si que jou le yoie en ceryiele baignier.
„hui mais yoel le batalle et l'estor sorhaucier; 35
„penst cescuns de bien faire; le ju yoel commencier."
Bien yot Emenidus son poindre parfurnir;
*de celui trait le lance c'ot fait è 1' camp cair;
136 COMBAT DK PBRDICA8 ET IVAKIN.
si s'afice es esUriers que le fier fet croisir,
et si fait au ce?al les. esporons sentir;
et li ceyaus li va par isi grant air
que il fait des caillaus le fu cler resplendi]*;
il et Pireus ses nies les vont si envair, 5
ne truevent chevalier qui lor cos puist soufnr;
et tout li autre per* qui ne voelent falir,
parmi eus tous ensambie les vont entre 'férir,
quant voient Gadifer hors de V bruellet iscir
à iii"' chevaliers qu'il ot. fait establir. * 10
il sot bien que li Griu ne vohrent pas fuir,
F. 24* et le proie enmenront u tout quident morir.*
et Gadifers a dit: „dès or poes veir
„les millors chevaliers por lor vies garir,
„qui onques fùst. en tiere , ne mes doie nasquir. 1 d
,Jà n'en verés i. seul pour cou acouardir;
„mais aies maintenant tant ruste cop férir;
„por cou voel isci tant fièrement bondir,
„que jou les puise ronpre trestous en. mon venir/*
lors veiscies Gadrain lor cevaus poursallr, 20
tant rice garniment contre solel luisir,
et ces elmes luisans et espiers resplendir,
ces moiemaus sonner et ces tertres tentir,
resouner les vallées, si c'on*le puet oir;
la plus fiere os* de r mont s'en peust esbahir. 25
ausi com li ostoirs vet le mallart saisir,
lors descendent Gadrain qui les vont envair;
et li Griu tienent coi qu'es voelient requellir.
lors veiscies cescun de bien faire aatir,
quar tous li plus couars n'a talent de fuir. 30
Gadifiers de 1' Lairis ù crurent li paumier,
que la tiere d'entour avoit à justisier;
en l'enpire de Gadres n'ot millor chevalier,
ne nul qui par sen cors se peust tant prisier,
ne si bien se seust en estor rehaitier, 35
et les siens délivrer, les autres damagier,
1) Oriu. 2) oiire. 3) fw'il oi à bailtir, 4) m«rt> eU vemârê mmit
eiêr, mnê fuê viegné à V morir.
COMBAT DB PKBD1CA8 BT D'AKIN. 13?
et les tornés de place de si près encaucier,
qn'il n'aToient loisir de nalui enpirier.
mult savoit bel Aiir, quant il en ot mestier,
et se lui plot à Y i. faire bel recourrier;
les suies bones teces font bien i acointier. 5
biaus fu et avenans, et mult fist à prisier;
simples esCoit et doùs et bons à acointier;
douneor i ot large et mult bon mendier,
et vers son anemi ot le corage fier.
ù que il voit les bons s'es yot mult essaucier, 10
toutes les bones gens lever et avancier,
les orgillous abatre et les félons plaisier;
ne il ne Tot à tort franc home forjugier.
quant vit les rens frémir et le noise engrangier,
et le noise lever et lès os ceraucier, 15
et les dolerous plains des navrés abaisier;
quar la mort qu'es destraint les faisoit acoisier;
il sist à icel jor sor le miliour destrier
que li rois de Nubie li peust envoler;
quar sour tous caus de V mont en avoit 1^ dangier; 20
ne vait pas por joster le cief des rens cerkier,
mais en la grignor prese ù il voit .r.enconbrier,
fait l'escu et le cief au ceval adrecier.
le conte Salemon ala Tir calengier,
de par Daire de Perse, son signor droiturier; . 25
se r féri de sa lance, sor Tescu de quartier,
que par mi le blason fist Tauberc desmaller,
et le cors de V vasal par mi outre plaier;
tant roidement Tes tut à tiere trébucier,
que li fait tout le cors et la teste esmiier, 30
les quises et les bras d'outre en outre brisier;
en pièce n'en peust par lui seul redrecier,
et puis a fait des autres teus iii. descevaucier;
jamais ne seront preu por lor signour aidier.
Pimis voit Gadifler qui se melle as Grijoîs; 35
F. 24^ mort lor a Salemon* i. preu Macidonois,
et des autres lor a descevauciés teus iii.
1) 8Mhr.
138 COMBAT DE PERDICAS ET D'AKIN.
dont li pire peust par son cors estre rois,
et mult a cest afaire entrepris sans gabois.
et Pirrus esporone le baet* Gasconois,
* ne s'i tenist kievreiis, quant s'en ist des forois.
i. neveu Gadifier qui venus ert tous frois, 5
armé tout ricement sor i. bàucant norois,
vait férir à bandon sor l'escu Paviois; ^
par desous est fausés li haubers demanois,'
è r cors li mist le lance et Tensegne à orfrois;
mort l'abat sans parler des arçons Espagnols. 10
cil ne samblait as armes Provenciel ne Basclois,
ains quidast que il fust i. naturaus François.
Emenidus d'Arcade a dit i. mot cortois;
„cis vus a tos apris de son ju* Alenois;
„à millour chevalier ne jostastes des mois." 15
De r conte Salemon^ qui fu mors à dolour,
sunt li Grijois dolant et demainent lor plpr.
par desour les ventalles se pasment li plusior;
ases i. a de caus qui pasment de paor,
I quant de tant cieres armes esgardent la luor. 20
I li solaus luist as armes qui lor done luor;*^
I lor promet esmaiance ^ de soustenir l'estour,
I l'angouse et le destraice qu'il soufrirent le jor.
et Gadifiers s'ot ire que onques n'ot grignor,
por son gentil neveu qui fu fins d'aumacor 25
qu'il voit mort devant lui jesir sor la vredor.
espris de lui vengier, broce le missaudour,^
le branc nu en sa main, brun, de bon coulor,
et vait férir Pirrus, le signor de Monflor,^
que li trance parfont de sa teste plaindour; 30
de si qu'è 1' gros de Y pis**^ fait coulor le savour;*'
* cil cai maintenant, si perdi se vigour.
de lui n'aront souscours les Grgois à nul jour.
1) baiart. 2) tabinoiê. 3) te haubere fausse el rofil pti fu Sarra-
goeoiê, 4) de êes gie», 5) Sakiior. 6) ei ie tolel qui doné as armeê
grani eUnror. 7) lors êuni en eêmaianee de soutenir l'estour i'an^
gouee et le deêtraiee etc. 8) misoldor. 9) i. Qrigoiê par mi êùn eime à
(lor. 10) eoL 11) raêor,
I
i
COMBAT OB PBBD1CA8 BT D'AKIN. 139
porcant n'est mie fius de povre Tayasour;
ains ert en Alenie ^ sires de mainte flour; '
à justicier avoit la rikecce et l'onnour,
et nies Emenidus et fias de sa serour.
ains ne fu teus neyeus,' ce dient li auctor; 5
de neyeu por neveu prist escange le jor;
sTmenidus d'Arcade en puet avoir loisour,*
il avéra mérite^ comme dltel labour.
jà saront li Gadrain, à cest premerain tour,
s'entre lui et l'enfant avoit bien grant amour. 10
Emenidus d'Arcade vit son neveu morir,
de qui avancement erent en® grant désir
de montrer sa proecce ' et de sen cors téhir;
mius Famast entor lui as durs estors soufrir,
que tous le mius vallant que il peust coisir; 15
* et il avait grant droit, je vous di sans menUr;
car cil ert ententius à son oncle siervir.
mult le resambloit bien et de cors et d'air;
de cors et de corage ert ses nies sans mentir,
quar ancois se laisast tous les membres tolir, 20
qu'il vosist laidement d'une afaire partir,
e Dex! qui le veist i. ester esbaudir,
et à l'estroit besoig retomer® et guencir,
de l'millour chevalier li peust souvenir,
c'en peust en nul iiu ne trouver, ne coisir, 25
fors seulement le roi qui les rens fait frémir,
et son oncle vers cui ne le pot^ aatir;
or est mors; c'est grans dious de tel homme périr.
F. 24« Emenidus le pleure, ne s'en pot astenir;
cou est vis qui l'esgarde que il doie finir, 30
quar l'ire qui 1' destraint, le fait taindre et noircir.
après le grant dolor se prist à esbaudir,
qu'il voit ses conpagnons de toutes pars bondir,
desconfis et desrous, tout l'afaire guerpir;
si s'afice es estriers, que le fier fet croisir; * 35
jà seront li Gadrain trop tart à repentir
1) Alêmuigne. 2) tar. 3) vo/Im. 4) M«#or. 5) U H rendra merci.
6) êrt en tnuli, 7) mouler en proeeee. 8) irMlomar. 9) lui 91M ne Voee,
140 COMBAT DE PBRDICA8 ET IKAKIN.
^ de lui et son neveu par annes départir.
à Tespée d'acier les yait si enyair,
ne consuit cheyalier qui ses cos puist soufrïr,
tant se puist en Testor enbuscier né pouvrir,
que ne. face le sanc de mult parfont iscir, 5
u le tieste yoler, u en son sanc couvrir;
ne se sot autrement en estor maintenir,
fors que de Tescu vert et de ses cos férir.
Là ù li Griu recueyrent devant de ^ plaseis ,
fu mult fors li estors et durs li fereis;' 10
de lances et d*espées meryillous fereis,
de targes et d'escus tant aspres hurteis,
de buisines, de cors, meryillous comeis;'
de cors de chevalier pesans abateis;
ains mes, par tant de gent ne fu tous fouleis, 15
ne isi grans mesciès, ne iteus capleis.*
Linoanors se descent lès le cief d'un lairis;
que il ataint à cop, tous est de la mort fis.
il lor trance lor elmes et lor escus voltis,
et fait le sanc raier par les aubers treslis;* 20
quant le voit Gadifiers de ses armes garnis,
le confanon destort, couvert en Fescu bis,
Lincanor vet férir qui venoit ademis®
et de cevalerie à cel poindre aatis,^
qu'il trance de i'escu le taint et- le vrenis, 25
li blans aubers de Y dos desrous et desartis;
bien haut desor le siele li est-il desartis.
jà fust mors li vasaus, quant li fiers est guencis;
non porquant si l'abat, tous remest estordis;
•tos fu par la main destre li bons cevaus saisis; 30
mais cil le calenga qui n'est mie esbahis;
onques ne li sanla à cest cop aprentis.
Emenidus le fiert, li preus et li gentis;
mult durement l'abat, car bien fu aquëllis.
li hiaumes fu Turcois^ et li haubers malmis;* 35
bien peust de cest cop remanoir escamis,
t) fe, 2) eayiei*. 3) granê U eseroiêseiê,, 4) si Mgréê pdfnêU.
5) trêiUiê, 6) aaiiê. 7) «rraMt#. 8) Herouê, 9) croiêiê.
COMBAT DE PBRDICAS BT D'AKIN. 141
et le dius dç Pirra» à cel cop aconplis,
por escange de lui durement escarms,^
quant tel m. l'ont rescous que il ayoit noris
et rendu son ceyal qui n'est mie fuitis. ^
mais li bais Lincanor 11 fu bien contredis.
cil est i est remontés qui preus est et gentis; ' 5
par le règne le prent de Y tout li plus eslis.
il n'en prist pas consel as recreans falis,
ne ses avoir ne fu à proudome escondis,
n'onques ne vint à cort que mult ne sunt jois;
quar il portoit ounor as grans et as petis, 10
vers aus ne forfaisoit ne en fais, ne en dis.
jamais de millor home ne sera nus* ois.
Emenidus d'Arcade qui proecce ot seure\
ki tout Testor soutient et le fais en endure,
Gadifier vit venir, ne mie l'ambleure, 15
mais il venoit corant les eslais à droiture , ^
F. 24' les Grius adamajant, mult lor fait de laidure;
jà les féist tomer tous à desconiiture.
Emenidus d'Arcade sa créance en en jure;
mius vint li gentius home tomer à aventure, 20
ne li renge mult der de Pirru l'aventure,
ferrant li laise corre, mais Gadifier n'ot cure
de refuser le duc; mais plus tos c'ambleure,
ne vait querre faucons par la foriest oscure,
s'entreviennent andui; lors n'ont mie mesure 25
de férir es escus de tant rice pointure. *
li vasal furent fort et d'itel quarreure
que plus bel, ne millor ne fist onques nature;
et li destrier tant rade et si vont à droiture,
si que nule des boucles ne tient clans ne jointure, 30
que ne pasent andui, tant conune hanste dure,
ne r desfendist aubers, clavains, ne armeure,
la jouste ne tornast à grant desconfiture.
quant Gadifiers la lance qu'il tenoit roide et dure,
a fait voler en pièces par mainte escliceure; 35
1) /%# U vengemêM prié. 2) ftnnHê. 3) fu'il perdrait à emviê. 4) v§rê.
5) êi irêê $rant mieurê.
142 COMBAT DE PERDICA8 ET D'AKIN.
por quant Emenidus le fiert de tel ardure,
que il fait au ceval ronpre Tafeutreure,
les arçons defroisiés avec la doreure,
par la crupe de V bai, si com dist Tescriture,
tant roidement Tenporte è V camp, sor la vredure, 5
estordie jut à tiere, d'un arpent la leure,
trestous à yentrillons, com beste de pasture;
des bras et des jenous prist tele encontreure,
tous les a escorciés, tant corne tiere mesure,
et le nés rebroncié, s'ot è 1' cief bleceure, 10
et meismes le front qui pert à sa figure,
et li dus se pase outre, qui pas ne s'aseure,
Tespée trait sanglente dusqu'en l'enheudeure;
cui il consuit à cop en la sele ne dure.
Calnus s'en est tomes, crient la desconfiture, 15
et cil sali en pies qui pas ne s'aseure.
Gadifiers lit les Grius tomer en aventure,
comme cil qui mult bien connoist desconfiture. ^
n'en i a mes que i. il en prenge cure,
por son lige signor que il a fait laidure. 20
montés est è 1' ceval, de bien jouster en jure,
et reprist une lance et retorne à droiture;
s'est vers lui eslaisiés plus tos que l'ambleure.
Emenidus le vit à la' cière seure;
por son neveu tôt mort dont vint avoir droiture, 25
ferrant li laisse corre si très grant aleure,
ne s'i tenist oisiaus, ce conte l'escriture.
entre-férant se vont par si très grant ardnre,
n'i ot esca si fort qui n'eust desjointure;
la lance Gadifier est tornée à fraitore. 30
Emenidus fiert bien qui preus fu par nature,
en le targe à fin or, desous l'emboudeure,
ne le trueve si fort, ne le brogne si dure,
que V. pies ne met ens de le lance meure,
il ne r prist mie en car, mais sor la sele' pure; 35
tant roidement l'abat que tout le défigure,
estordis jut à tiere, d'un arpent la leure,
. 1) êetu et 4rùitfMre. 2) H li fini. 3) rmseêie.
COMBAT DE PBBDICAS ET D'AKIN. (43
trestoas à yentrilloDS, com beste qui pasture.
mors fu8t, quant U dus point et ses hommes conjure
que jamais à nul jor n'aront reyesteure,
com cil qui veut avoir de son fief teneure;
hui se mette à bandon de yengier ma* laidure. 5
F. 25* il dist cou qu'il Toioit; mes Tuevre en est plus dure
que brebis, ne agniaus à mener en pasture.
li plus hardis des siens si se désaseure;
vis li est que li mons soit mis^ en aventure.
Gadifiers fu à pié, en la conbe d'un val; 10
entor lui aviron ent li confanon ' roial.
Emenidus areste sor le coM de ]' vasal
et a traite Tespée au pun d'or à cristal;*
si le féri de 1' plain, en travers le nasal,
que il couvri de sanc tout le viaire à val.® 15
Gadifier secoururent si home natural
qui por lui ont soufert tante paine et tant mal;
de ii. pars sunt venu en l'estor communal,
de lances et d'espées douent maint cop mortal;
mais li Griu ne sunt mio envers aus par ingal. 20
li Gadrain les esforcent et font grant batistal,'
et ont à Gadifier amené i. ceval
qui sîele ot à fin or et le frain à esmal.
n'en presist pas à gré le cange Bucifal.
dès or se gaitent bien li Griu, je ne sai al, 25
ne pueent acointier nul plus félon jomal;®
il lour a demoustré i. si fier batistal
qu'à perde et à damage lor torra cel jomal.
Li Griu laisent l'estor; si s'en partent à tant;
de plusiors oes dire qu'il se vont desfendant.* 30
li Gadrain les encaucent et les vont damajanU
Emenidus d'Arcade, cil s'ala desfendant,'
lance grose en son puig, detries contre tenant,
et de maint chevalier les grans cos rechevant,
et le grant fais des lor et le prese endurant 35
1) #«. 2) iê mort sait loê, 3) compagnon, 4) cors, 5) esmal. 6) la
eoiê 4e eendal. 7) guerpir éêttU. 8) mareêcal, 9) vus puiê dire fut
e'enlomei^ fuUmî,
144 COMBAT DE PBRDICAS BT D'AKIN.
cui il encontre bien, à le tiere i'espant;
avoec lui sunt guenci des autres 11 auquant,
li preudome et li per, li chevalier Taillant.
Gadifier de TLairis i vait esporonant,
si navrés que il fu, «e lance paumiant; 5
roide Tôt recouvrée à i. fil d'amirant/
et est' bien aûciés è V destrier auferrant,
et dist: mius vint morir que de lui voist gabant;
mais, ains qu'il se départe, ne quic pas qu'il s'en vant.
Emenidus li torne le cief de Tauferrant; 10
de ii. miUors cevaus ne conte nus, ne cant
et li signor sunt tel c'on le trueve lisant,
que doi millor ne furent en cest siècle vivant,
entre-férir se vont sor les blasons devant;
n'i arestent li fier iluec, ne tant ne quant. 15
mais li hauberc sunt fort et sieré et tenant,
et li vasal sunt preu et li ceval corant;
ne vont pas l'ambleure, mais l'eslais ravinant'
si afidé s'en vont qu'il, n'i ot i. ploiant;
por cou froisent les lances que les fais orent grant; 20
des escus s'entre-hurtent, si fort en trespasant
que les boucles froisièrent qui sunt d'os d'olifant*
tous lor jenous escorcent, si près se vont rasant;
brisent nasaus et cercles d'or fin resplendisant,
et ronpent li frontel, si com vies bougerant, 25
les malles vont le cuir et le car* descirant
qui tous jors de lor vies lor sera mefiparant
tous li mains estordis a le cief si pesant
que à val sunt li quin des elmes enclinant;
n'i a ceval si -fort qui remagne en estant, 30
F. 25^ et il tout estoordi sunt à tiere gisant;
n'i a celui qui rien son compagnon demant
Mult se furent malmis li vasal airous,
espris de mautalent et de pris convoitons;
mais nus de ces ii. " ci ne doit estre hontous, 35
qui erent li plus preu et li mains peurous.^
1) fer Mm trmteMt 2) Hêt. 3) à éêlaU poipumi. A) iPor rêiuiêmmi,
5) M kra9 et h cuir. 6) fol emr, 7) pmourou*.
COMBAT DE PBRDICAS BT D'AEIN. I45
il n'i ot i. seul Grio de férir ^ çonroitous,
ne soit tous reguencis, fiers et cevalerous
là ù cil est ceus qui n'est pas orgillous, j
mais frans et deboinaire et dous et amourous,
et met son cors por eus es destrois périllous. 5
et li .Gadrain repoignent qui quident à estrous
que mors soit Gadifiers, li vasaus vigherous.
ases i'ot de ceus qui en orent paours,'
et les cuers esfraés, pensis et dolerous.
là peuiscies veir tante lance pertrous, * 10
et maint bon chevalier gésir, Telme tierous;
ferrant et son signor ont 11 Grijois rescous ,. I
* et lui mis à ceval, dont il ert désirous. '
Quant sunt yenii arière et vasal et destrier, !
yeiscies i. estor fièrement commencier; 15
mult i ot grande noise as barons redrecier,
quar d'une part et d'autre furent lor ceyalier
Tenu; car raisons est cescuns le sien aidiei.
li Griu tôt primerain font le place widier;
là peuscies veir tante teste trancier, 20
et tant vasal à pié, tant ceval estraier;
les i. férir as autres grans cos sans manecier,
et de trons et d'espés sor ces elmes d'acier,
non puis quant remonta, qui qu'en doie anoiier,
li Griu tôt premerains sor ferrant le légier, 25
Gadifier sour le bai qui tant fait à prisier;
mais ancois i ot fet maint Turc descevalcier.
Ginohoces d'Aufrike point par l'estor plenier,
com cil qui mult voloit les Gîrius adamagier;
quant Lincanors le vit, vers lui fait adrecier 30
le brun qui plus tos va d'un ramage esprivier;
tant raidement se fièrent es escus de quartier
que par mi lor boucles font les escus percier,
les fiers outre paser, les haubers desmaller;
selonc les groses costes sentent les fiers glacer. 35
de tel air se hurtent à lor lances brisier;
jà soit cou malgré aus, si les convint ividier;
I) fwir, 2) pnl tes vie jtlarouê,
là Bouiau é*Alizuidre. ^^
146 COMBAT DB PBRDICAS ET IVAKIN.
les arcons de lor seles ont il-fait esmiier.
tant raidement cairent andoi en i. sentier,
si que par mi les boucles font les escus percier.
sus salent et remontent, si se Yont racointier.
Lincanors le fiert si que tout le fet ploier; 5
sen cor i recouvrast, jamais n'eust mestier;
as las H yet pendant de son elme i. quartier;
H estors estoit fors et Griu s4 vendent cier.
Li Griu se vendent cier qui ne criement* manaie,
envers le pute gent qui de près les asaie. 10
une esciele de Turs lor sort lés une haie;
plus furent de vii"-, n'i a celui ne traie,
des homes Alixandre n'i a gaires sans plaie;
mais de vengier sen cors nés i. ne s'i délaie,
li solaus reluist cier qui en lor armes raie. 15
es escus à fin or et es hiaumes iraie;
de la clarté des armes tous licors lor esmaie;
la banière Alixandre contre le vent baulaie;
F. 25* tel bardement lor done que nus d'aus ne s'esmaie;
ains dient: as espées feront acorde et paie. 20
Li mesnie le roi fu mult afoibloie
de l'estor maintenant,' mal mise et empirie;
n'en i a gaires i. ^ki la car n'ait plaie,
descolorée et pale, car de sanc ert widie,'
quant l'esciele de Gadres qui estoit enbuscie,* 25
lor sali plus espes que la plueue ne cie;
à maint de nos Grijois fisent soufrir hascie.
duel ot Emenidus quant voit sa gent cacie;^
s'or ne se puet vengier, ne se prise une aillie.
il enbrace l'escu, s'a sa lance baisie, 30
et li preus Lincanors a l'espée sacie;
cescuns des conpagnons a le suie* empugnie
et laisent corre ensamble' vers la pute lignie;
jà i ara espées en cierviaus touellie.
1) n'i travem. 2) maintenir, 3) ii'ail ia brogne pereée par daaoa
la eêmise, sa biane$ car trêndée. 4) fut at fu débuicié, 5) eargié, 6)/«i
targe, 7) eevax.
COMBAT DE PRRDICAS ET D'AKIN. 147
l'esciele se repent ki tant fu aprochie.
de plus de c.^ en ont la campagne joncie;
*cil ki pot escaper n'oblia sa corgiee;
*iDai8 li remes i muèrent à duel et à hascie,
Tiers le gent Alixandre ont le place guerpie. 5
1) c. m.
10*
COMBAT Dl PAUVRE DÉSARMÉ.
Cl Mmt «1 coin II poTres désarmés qui est navrés è r
cors se eonibat à 1. baron de Gadres et l'oelst.
I ar le camp esporone li porres désarmés;
nies fu Emenidus et de sa seror nés,
et fu parmi le cors d'une lance navrés;
bien garra de sa plaie, car li fiers n'est pasés,
et non porquant s'est-il de son flanc bien bendés. 3
à i. baron des Cadres fu en Testeur joustés,
qui estoit fors des rens et des autres sevrés;
ne ne vit chevalier qui tant fust adoubés,
ses elmes fu à pieres et à ciercles dorés;
li cevaus ù il sist fu ferrans pumelés. 10
li vasaus vit les armes, s'en fu entalentés;
le ceval esporone, s'en est vers lui aies;
sa lance li-pecoie jouste l'un des costés.
lui et le ceval porta en mi les prés;
l'escine li est frainte et li cos desnoés; 15
plus de XXXV. fois s*est ilueques pasmés.
li vasaus saut à tiere, qui bien fu apensés,
des escu et de l'hiaume est-il tos adoubés;
prist armes et espées, è 1' ceval est montés,
le ceval esporone, mult par fu biaus armés; 20
le.branc nu en sa main, mult par fu biaus armés,
li cuers li est è 1' pis bien demi pié levés,
et vit Emenidus ki tant fu agrevés,*
tant estoit conbatus, tous ot les bras lasés;
eeus fu desous lui li cevaus séjomés. 25
plus de V. chevaliers ot sor lui arestés,
COMBAT DU PAUVRE DÉSARME. 149
que sovent le requerent 0 les brans acérés.
F. 25' li yasaus crie et garde, celé part e^t aies;
si fiert l'un de l'espée ki li pendoit au lés,
que le puig li copa, à la tiere est aies,
en le prese se fiert, quant il fu abrieyés; 5
plus de c. cos i a de s'espée donnés;
u il yoelent u non, les a si reusés
que par force les a de la place gietés.
li ceyaus se redrece et li quens est leyés;
le yasal aplela: „biaus amis cà yenes. 10
„com ayes non? ki estes, ki tel mestier m'ayes?'*
— sire, fait li yasaus, jamais n'en ert celés.
„Corineus ai à non, ensi sui apielés.
„ma mère fu d'Arcade et tous mes parentés.
„en la prison roi Daire fui xiiii. ans passés; 15
„ases i fui petis, por mon père portés.
„mult aurai hui estes de mes armes gabés;
„merci notre signor, or en ai à plentés.
„nies sui Emenidus et de sa serour nés;
„or yois querre mon oncle par estranges règnes. 20
— Dex, dist Emenidus, tu soies aourés.
„biaus nies, je suis yos oncles; sacies, c'est yérités.
„or, soies mes amis et jou yotre privés.
„en la court Alixandre seres par moi amés.*'
an ii. ses bras li a par mi le col gietés; 25
plus de XX. fois le baise, sor lui est aclinés.
„nies, dist Emenidus, près de moi yos tenes.
— sire, dist li yasaus, ains sera conparés,
„li brans de ceste espée tains et ensanglentés,
„que jou parte de yus, se ne sui mors gietés.'' 30
Montés est Gadifiers, mais il fu mult bleciés.
iiL fois est si cens, tous en est com brisiés.
mais li siens grans corages n'est mie afebloiés;
ancois yolra mult estre as Grijois acointiés.
par lui n'en ert i. sens autrement enpiriés;^ 35
mes ses brans, se il puet, i iert si emploies,
que tous est en ceryiele et en sanc touelliés.
1) armiêniéê.
150 COMBAT DU PAUVRE DESARME.
cel jor fu li besoins* fièrement commenciés;
mult i ot des Grijois malmis et empiriés.
cil de Cadres les outrent; se sont si esmaiés
•que ferant les emmainent, desi que, as plaisies;'
mult le sont à cel poindre forment estdutoiés. 5
Emenidus recuevre sor Tescu' embusciés;
en sa main tint le branc dont li fiers n'ert pas yies,
i. chevalier de Gadres vet férir eslaisiés
que ans ii. les estriers li a tolus des pies,
li agus de son elme est ens è 1' pré ficiés, 10
et li Griu reguencirent, les vers elmes laciés.
là peuiscies veir tant fors escus perciés,
et tant elmes fauser, tant hauberc defiroisiés;
des mors et des navrés est li cemins jonciés.
Aristes de Valestre vint par Testor, iriés 15
de la mort as Grijois, fu mult forment iriés;
i. Gadrain vet férir dont il est aprociés,
que par desor le foie est li poumons tranciés;
mais iii. conte le fièrent de ior trancans espiés;
li doi en son escu, en son hauberc li tiers. 20
sor Tarcon de la siele en est tous enbusciés;*
ii cevaus s'ajenelle, car de V fier fu^ cargiés;
mais par mult grant corage est 11 vasaus dreciés;*
o Tespée qu'il tint, est d'aus si eslongiés'
F. 26* qu'il n'i a si hardi qui n'en fust esmaiés.^ 25
porquant si est è 1' cors de iii. espius plaies;
par desous lui estoient ses cevaus estanciés;
de iii. canes rouit roides ot les tronçons ficiés,
è r crépon trait la siele dont mult fu coreciés
et ses escus meismes estoit tous depeciés; 30
ens avoit v. tronçons de iii. brans esteciés;
les meures sunt è 1' pis dont forment fu bleciés.
sans bien voires ensegnes n'est de lui camp widiés;
des Grijois entor lui li est pris grans pitiés;
bien set, s'or n'es socort, à la mort ert jugiés; 35
1) et refu U estors. 2) juêqu^a deuê boê foillies. 3) mi Veftor.
4) Ml li fers emkroneiéê, 5) tant fu de V eoê, 6) ber rtàrêoié. 7) ucoin-
liée, 8) eêlongiéê.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARME. |51
de i'estor se parti, quant fu pris li congiés,
sovent pleure des ious, quans les siens ot laies.
cil de Gadres le Toient, tienent por engigniés
que tant quant il per homme ne sera mes bailliés.
par mi une montagne s'enfuit tous eslaiciés; 5
par lui est li mesages Alixandre nonciés.
mult resamble bien homme qui d'estor soit caciés,
quar se lance est brisée et li brans enosciés»
et li Tasaus meismes par mi le cort plaies.
par mi i. pendant tertre est en i. Tal plonciés. 10
li ceyaus ù il sist a desronpu ses gies;
jusqu'à r tref Alixandre n'est ses règnes saciés.
là dira tel parole dont li rois n'est pas lies.
Li rois et Tholomé et Dans Clins sunt Tenu
d'un asaut merrillous qu'à Tir orent eu; 15
li rois devant sen tref vit le mes descendu,
sa lance avoit brisié et mal mis son escu»
son escu detrancié et son hauberc ronpu,
son elme detrancié, si l'a bien conneu,
il le dut bien connoistre, car des xii. pers fu; 20
et li rois li demande: „Ariste, dont viens-tu?*'
et cil li respondi, sans nul autre seu:^
„rois, c'or souscor tes homes à force et à vertu.
„è r val de Josafas sunt tout mort et vencu.
„li dus Betis de Gadres a cest plait esmeu; 25
„quar à nx*- homes nos sunt seure couru.
„Sanson le neveu Daire nos i ont mort rendu,
„et Lincanor navré et Calnu' abatu.
„mais ancois que jou aie cest mien aubère tolu,
„sarai-jou com lor est en l'estour avenu. 30
— cis fait auques à croire, dist Dans Clins, qu'il i fu.'*'
— voire, dist Tholomes, mult i a bien paru."
lors regraitent li Griu Perdicas et Cahiu,
et li rois Alixandres, Emenidus sen dru;
et de Sanson de Perse sunt grain* et irascu. 35
„par foi, ce dist li rois, or ai-jou trop vescu."
il escrie «'ensegne: „trop aves^ atendu.
\) mai no9 e»l avenu, 2) Fïhêe. 3) çim ià fu. 4) forment, ô) avons.
152 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMé.
^gardes que tout me suient li jouene et 11 cenu.'*
Arides les enmaine qui sist è Y bai crenu,
è r yal de Josafas, parmi i. pré hierbu.^
ancois que li Gadrain soient aperceu,
lor salent li Grijois parmi i. pré herbu; 5
teus a son escu sain» qui jà Tara fendu.
Quant li rois ot oi parler le mesagier,
mult tos se fist armer et bien aparillier;
tout couvert li amainent Bucifal le légier;
en toute Tost de Grese n'ot si isnel corsier. 10
Alixandres i monte, c'ainc n'i balla estrier,
et tenoit en sa main i. bastonciel légier,
F. 26* et vet de renc en rené cescun dire et proier.
„signor, ne vus caut mie d'entendre à gaegner;
„mais des cevaus ocire et d'aus adamagier. 15
„quar se Dex m'en laisoit sens et sauf repairier,
„à cascun donrai tant, se il le vint baillier,
„c'on parlera tou dis d'Alixandre d'Alier."
et li Griu respondirent : „penses de Y cevaucier"
qui lors Teist cescun es estriers aficier, 20
et estraindre ses. armes, son escu enbracier,
et regarder s'espies, se lance paumoier,
de boine gent veir se puet-on delitier.
Aristes les enmaine qui n'ot soig de plaidier,
et s'est férus è Y cors de manois, sans lancier; 25
tant a perdu de Y sanc que ens se pot bagnier,
por quant s'ot fait sa plaie bender et fierloier,
d'une bende de pale estroitement lacier.
Alixandres Tesgarde, Toit ses plaies sainier,
par mi le bendeure le vermel sanc raier 30
et dégoûter à val desi ens è Y braier,
de r caut et de la laste forment afoibloier;
por cou qu'il le vit pale et de sanc eswidier,
de remanoir li prie, n'a cure de noisier;
et cil 11 respondi: „yoles moi avillier. 35
,Jà puis ne me devroit proudon laier mangier
„à table, ne seoir en renc à ceyalier.
1) /e« un broiUei foiUu.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 153
„que jou me reposase et caus laiaBse arier,
,»que jou laiase. ceus* à eus sans recouvrier;
„ciertes» ains me lairoie tous les membres trencier.
„ne sace com eus est, se Tient as cols paier;
„encor i ferrai-jou de Tespée d'acier/' 5
quant l'entent Alixandres, n'i ot que côurecier;
Emenidus regrete qui tant, fait à prisier.
„sire, dist Tbolomes, ne 1' deuisies laier
„sans nostre corps aler, quant tus tant TaTes cier/'
>- Tholomes, dist li rois, jou Ti toc euToier, 10
„por cou qu'est plus seurs que castiaus sor TiTier/'
tous les maine Aristes parmi i. Tal plenier,
que n'en sot mot Betis quant les Tit desrengier.
quant 11 Grijois connurent Alixandre d'Alier,
et le souscors de l'ost ki lor Tenoit aidier, tô
puis n'i ot si malade, ne s'afice è 1' destrier;
et sonnèrent lors cors por lor gent raliier.
à une part de Y camp estoient li fourier; .
Tirent lor conpagnons forment estoutoier;
iiii. des xii. pers retenir et loiier, 20
Calnu et Lincanor et Lione le fier,
Antigonun de Grese qui tant fait à prisier;
lor enprisent i. poindre, por lor pris essaucier.
li dus Betis esgarde Ters les puis de Gibier,
Tit le force des Grius contre lui ceTaucier, 25
Alixandre meisme ses batalles rengier,
l'ensegne desploié Tenir è 1' cief premier;
ains puis n'i ot parlé de tenir prisonnier,
et a dit as Gadrains: „esgardes, mi princier.
„Tes la gent Alixandre contre nous ceTaucier. 30
„ancui pense li rois sor nous à gaegner;
„gardes, quar c'est besoig; soions félon et fier,
„et gardons bien le camp as espées d'acier.
„onques mais ne troTames tel gent à acointier;
„mius Tant amis en coite que argens ne or mier." 35
F. 26' Bone cheTalerie est mult rices trésors;
quant li rois Tint as Grius, grans besoins estoit lors;
Emenidus d'Arcade estoit naTrés è 1' cors
154 COMBAT DU PAUVRE DÉSARME.
et Pilote abatu et navrés Lincanors,
et Calnus ensement, Aristes et Salors,
et SaDses mors gietés et li quens Abilors.
n'i soient pas de 1' pas bruns, ne baucans, ne sors.
s*auques targast li rois, pris i eust tel mors 5
que de nos vii®- homes, n'en fust gaires estors;
lors regretent li Griu le roi et ses esfors.
Uuec il li Grijois sunt as Gadrains mellé,
veiscies i. estor périlleus et douté;
forment i ont perdu li hardi désarmé. 10
li rois point Bucifal des esporons doré,
et met lance sour feutre, si a premiers josté;
fiert Colas de Nubie qui li fu encontre,
si que parmi le boucle sunt li escu tecé.
Colas brisa sa lance o le frasne plané, 15
mais li rois le féri, qui l'auberc a fausé,
fust et fier et pignon parmi le cors bouté,
et Tarcon de la siéle par deriëre troé;
toute plaine sa lance l'enporte en mi le pré
et très par mi le cors à le tiere est aie; 20
puis crie: Macidone, s'a là branc entesé,
et va férir Galafre, i. duc de grant fierté;
desi que es espaules l'a fendu et copé.
li dus Betis le voit, si a le cief croie
et dist: „se cil vit longes, malement ai ouvré/' 25
il et V. cevalier sunt celé part aie;
li iiii. le férirent desour l'escu bouclé
et li quins desor l'elme que tout Ta estonné;
deseure Bucifal ont le roi enversé.
es vous à le rescouse Clincon et Tolomé, 30
et ont en lor conpagne m. chevaliers armé;
là veist-on des brans tant niste cop doné,
tant puig et tante leste de chevalier copé.
li dus Betis le vit, si a son cief croie;
por cou qu'il le vit, s'en fu forment aire. 35
Betis vit Alixandre qui as siens est mellés;
jà en a plus de vîi. à tiere craventés,
le grant prese desronpre à son branc acéré.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 155
et ne flert cheralier qui ne soit afolés.
„8ignor, ce dit Betis, i. petit m'entendes.
,Je TOUS ai tous noris, servis et ounorés,
„et promis mes avoirs et ricement donnés;
„ens bienfais à V besoig doit estre reprovés. 5
„8e proudom le reçoit; tos ert gueredonés.
;,d'un afaire vus prie que raison esgardes.
„cis noviaus rois de Grese nos quide avoir trovés.
„à r semblant que il fait est-il fols et dervés, •
„et est outrequidiés et trop desmesurés. 10
„par force quide avoir et castiaus et cités.
„de mes homes c'a mors sui forment aires;
„dire pueent, ce sui trop mauves avoés;
,Jà erent mort de doel, se bien n'est encontrés.
^certes mius volroie estre par mi le cors navrés 15
„et pris et retenu et de 1' tout afolés,
„que li fins Felippon soit de nous si doutés;
„c'or ne soit atendu de tans rices armés.
„en tant rice besoig ai esté esprovés,
F. 26' „ains que par ce deceus, serai o lui joustés; 20
„s'il est or à cest poindre i. petit reusés,
„tos nos ceroit as autres plus de poins en i. dés,
„et reseroit li jus en autre point tomes.
„puis que enfes s'esmaire, à peine ert recouvrés;
„de i. jouenes orgius ert tos anientés. 25
„plus donc jou l'esfories que les autres ases ,
„quar c'est la flors de l'ost, sacies par vérité.
„et cil Emenidus ki les a amenés,
„il n'est outrequidiés et trop démesurés;
„mai8 mult frans et mult prous et mult bien atemprés 30
„et s'est bons chevaliers, com veir le poes.
„encor ne nos art-il, jà par nous n'ert blasmés,
„quar ne doit chevaliers estre avant lui loés.
„ancois qu'il soit conquis, sera si conparés
„que loiqement en iert li damages plorés; 35
„ce n'est mie mervelle s'U est auques doutés;
„par mervillous esfort est ses escus portés.
„sacie8 que de haut cuer li vient si grans fiertés.
156 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
nS'il est d'un roit espiel parmi le cors navrés."
atant es vus le roi venu tout desreés,.
Tescu par les enarmes, en Tàuberc aclinés,
et Tholomes apriès et Clincon desreés,
et tous les autres Griu que li rois ot casés. 5
là fu mains confanons desploiés et mostrés
et mains aubers doubliers menuement safrés,
et mains rices escus d'or et d'argent listés,
et mains elmes brunis menuement iesmés,
et mains brans enosciés et frais et tronconés, 10
cieres reconnissances et pignonciaus fremés.
de toutes pars de Y roi s'acoste ses bamés,
mais or sace li rois, et ce est vérités,
qu'il n'est mie à cel poindre des Gadrains refasés.
Betis est de ses hommes mult bien aseurés, 15
c'uns n'en fuira de camp iiii. pies mesurés,
se ancois ne lor dist, cou est la vérités,
qu'à guérison se traient, que trop soient grevés.
es vus les ii. orgius à i. caple igoustés;
des escus et de armes i fu grande clartés. 20
là ne fu chevaliers par autre ranpronés,
par bouce maneciés, ne d'autrui desfiés;
mains rices cos i fu férus et présentés,
mains escus perciés et mains aubers fausés,
et mains brans enociés et frais et tronconés. 25
li cemin sunt joncié des mors et des navrés;
dire peust por voir, qui fust d'iluec tornés,
c*onques puis icel jor que Adans fu formés,
ne fu si biaus encontres veus ni esgardés.
Emenidus esgarde le fier encontrement 30
que Betis lor a fait isi hardiement,
et le force des Grius qui se bruit et estent,
tout se fièrent en aus, sans espoentement;
li rois tous premerains qui ne va mie lent,
Clincons et tous U autre i fièrent durement; 35
mais nus n'i donc cos, ne reçoit ensement,
quar Betis les encontre mult aireement,
et n'i a fait samblant de nul faintisement,
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 157
et Tholomes après qui ne ya mie lent,
et d'une part et d'autre oient espesement.
Emenidus d'Arcade en a vis boinement,
F. 27* por icou que Betis isi bien les enprent;
quar ors aront li Griu auques de lor couvent. 5
si fisent as fouriers itel acointement,
quant les orent enclos à 1' destroit jugemei\t;
encontre Tost de Grese qui est esforcement,
et meismes le roi encontre durement;
ses conpagnons apele, si lor dist boinement: 10
„mult ares hui sofiert et esté en tonnent
„et estes tout nayré; cescuhs grant dolpr sent.
„cil pert tout son bienfait qui en fin se repent.
„s'or ne nos maintenons devant aus vivement,
,>qui sunt venu tout fresc de lor enbuscement 15
„à eus trairont le pris de l'envaisement.
„bien fais au daeraîn, cil enporta sovent;
„mais nos veromes jà, se Dex le nos consent,
.,,li quel tenroient mius i. dur tomoiement,
„u nous u li novel qui ci sunt en présent. 20
„encor n'a Tholomé son pelicon sanglent,
„ne le ceval Clincon ne voi-jou pas sullent,
„et dirons auques tuit, après vin, erraument,
„qu'il nous ont tous rescous de mort et de tonnent,
„ne de notre bienfait ne parleront nient. 25
„si jou ensi li suefre ; Dame 1' Dex me cravent ,
„se jou ne lor fac hui plus lonc arestemept.
,Jou sui Emenidus ù toute l'os apent
„à mener en conduit, desor est rangement ,
„8i que jou aie de 1' roi don et otriement. 30
„e, ferrant! c'or le fai, jou en ai bon talent.
„envie de 1' bien faire et frétés m'en enprent.
„mult vus ai esprové, aine ne vus trovai lent;
„se ci me falies or, vus me feries dolent."
il enbrace l'escu, par l'enarme .le prent, 35
des esporons le hurte; cil li saut durement,
ases, en poi de terme, cort de tiere i. arpent;
ne s'i tenist au cors li bruns de Bonivent
158 COMBAT DU PAUVRE DISSARNB.
que Tholomes prisoit ses xv. pois d'argent.
jà lor fera tel cose dont mult erent dolent;
si en aront envie plus de m. et rii. c.
c'or li lettre le dist, se Testore ne ment,
et meismes Betis hara mult sen présent; 5
mult li &st de laidure, ains lor desoiyrement.
Estout furent li rené et pérîllous et fier,
et la noise mult grans as lances abaisier,
li rois et Tbolomes et Clincons tout premier,
et li baron de Grese qui en sont coustumier 10
de grans mêlées faire et estors commencier.
mais il ne Y porent dire et je l'os tesmognier,
qu'il ne volrent lor armes ne vendre, ne cangier.
cil de Gadres se tienent qu'il ne voelent plaisier;
ains lor vienent si tos com pueent cevaucier. 15
là peuiscies veir dure gens acointier,
n'i oisies parler de nului ensignier;
mult se paine U uns de l'autre damagier.
là veiscies ces lances en ces escus ficier,
et ces obers fauser et ces cercles trencier, 20
et ces espées fendre et tordre et enoscier,
et tant cop traversain, maint autre droiturier
dont par tiere gisoient maint cors de chevalier,
à une part de 1' camp furent tout li fourier,
F. 27^ por lor cors reposer et por ans refroidier; 25
ne cuidoient hui mais à l'estor aprocier,
quar conbatu estoient li xx. as xx. milliers;
non por quant il deusent lor armes despoullier,
mais tant redoutent honte et vilain reprovier
et le franc conestable qu'es ot à justicier, 30
por quant s'il n'ont aubère, ne gamiment entier,
si revont-il ensamble por proecce asaier.
lors poignent tôt asamble o le confanonier.
Emenidus lait corre tôt aval i. sentier
ferrant qui si l'enporte, ne tenes à lanier; 35
quar tous li plus isnel sunt à lui escacier.
très de devant les ious Alixandre d'Aller,
ala ferir Betis qu'il n'avoit gaires cier;
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 1 59
n'oistes, por i. cop, escu si esmiier.
il li trance les las et Tescu fait percier,
et les malles estendre de V bon aaberc doablier;
desoas le grose coste li fist le sanc raier,
et le cauce de fier et Tesporon moallier. 5
tant roidement l'abat à tiere de L' destrier
que le quin de son elme fait en tiere ficier»
en pièce ne peust par lui seul redrecier.
Alixandres resgarde,-se 1' couru enbracier,
et lait en mi le camp Betic tôt estraier; IQ
pris le peust avoir por loisir et liier,
courut Emenidus acoler et baisier,
et oiant tous, li dist, ne li rot consillier:
„béneois soit li pains que tous deves mangier,
„quar vus aves proecce et bonté, sans dangier. 15
„ainc hom ne vus trouva vilain ne novelier,
„ne aine jor ne vosistes servir de losengier.
„dès hui matin aves soufert cest enconbrier;
„fénis estes ë 1' cors, jou vus voi bien sainier;
„et or peuste si celé lance emploier, 20
„que il n'a sou siel homme, ne s'en puist merviller.
„qui vus va de mesnie, bien se doit rehaitier,
„quar nus miudres de vus ne puet lance brisier;
„vus et ferrans ne faites pas à desconpagnier.
„Dex vus puist garandir, qui tout puet justicier, 25
„et me laist veir l'eure que vos pusse vengier.
„se perdu vos avoie, qui me feroit haitier?
„n'auroie plus talent, jou quic, de dosnoier."
à cel mot se desrengent li c. et li millier;
desous le duc Betis ot fait maint péounier, 30
de boine gent veir se puet-on rehaitier;
cou paru sor le duc, à l'estor commencier.
là veiscies les os si forment angouscier,
les i. poi retenir, les autres calengier;
ases en poi de terme, font main arcon widier, 35
maint fil de france dame et vermel sanc bagnier;
qui qu'en doie estre lies, u auques couroucier.
bien le font li Gadrain, à cel estor premier;
160 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
vasal sunt et proudome, por lor signor aidier;
quar por paor de mort ne li volrent laier.
Gadifiers point et broce, qui ne s'i yot targier,
il et si compagnon por le duc redrecier;
à ceval Fa remis, qui qu'en doie anoier. 5
Gadifiers sist armés sor beart d*Escalone;
ains miudres ne manja de fuere ne d'avoine,
menuement tressant, quant i. poi le tangonne;
F. 27® contre mont i. pendant, son ceval esporonne,
desour ses iiii. pies la .tiere bruit et sone. 10
premerains encontra l'amiral de Mansone;
cil tenoit en Nubie, Malvisier et Maronde,
et toute la marine trosqu'en la haute nonne.
par le fier de sa lance Gadifiers l'araisone.
si le fiert en l'escu que tout le desarcone; 15
haubers ne li valu nient plus qu'une gonne.
à r partir de la siele, li couralle li soune;
drois est que cil le blece, qui si ruste cop done;
hom qui si wide siele, doit bien porter coronne;
c'or n'ot millor vasal des! que Aragone; 20
aine not tel hardement nule tele persone,
lion ne autre beste qui famine tangone.
Gadifiers fet samblant que de rien ne s'esfroie,
et rasamble sa gent, cou qu'il pot et aloie
et a dit à ses homes: „volentiers vengeroie 25
„ma perte et mon damage à rescoure la proie.'*
et li Gadrain ont dit: „dehait n'ait, ne Totroie.'*
lors a point le ceval et l'ensegne desploie;
au mataient qu'il ot, encontre en mi sa voie
i. Griu mult bien armé, mes à mort se desroie; 30
quar Gadifiers le fiert, qui l'escu li pechoie.
aubers ne li valu nés c'un bliaut de soie,
que très par mi le cors son confanon envoie;
au partir de la sele, l'arme de 1' cors envaie,
Alixandres le voit; quidies, ne li anoie, 35
et dist: „ve8 come cil ces rustes cos emploie.**
lors a point Bucifal et l'ensegne desploie,
et Gadifiers escrie, mes lui ne caut qu'il oie:
coubat du pauvrb désarmé. i6i
^Emenidus d'Arcade, se por tous ne 1' laisoie,
„por tous caus qui ci sunt, le camp ne guerpiroie/'
— ne por moi, dist li rois. — non mie, se jou pooie.
„cheyalier8 com asnon se tamie et aboie.
„6adifiers de Y Lairis, por coi le celeroie? d
lors dist à Alixandre: „yasal, c'or te renoie.
,Jou te donrai grant tiere qu'à ton oes conquerroie
et Gadifiers respont: „dehait ait qui l'otroie.
„est cou donques largecce, d'autrui large coroie.
„mult seroie hounis, se jou icou faisoie, 10
„se mon lige signor, por avoir, guerpissoie;
„dont poroit-on bien dire que traitres seroie."
Li dus Betis de Cadres vôt le camp calengier,
et li rois Alixandres le cuide desrainier,
et le mort de Sanson et des autres vengier. 15
ilueques reiscies i. estor mult plenier;
tant escu estroé, tante lance froisier,
les i. tomer en place, les autres encaucier,
recouvrer les hardis et les félons plaisier,
et ces yasaus yerser et ces sieles nvidier, 20
des mors et des navrés la campagne joncier.
qui lors yeist le roi par le camp eslaisier,
Tholomé et Clincon, bien peust tesmognier,
as espées trancans com soient carpentier.
Betis lor vient encontre, mes forment lor vent cier, 25
et vet ferir i. Griu en l'escu de quartier,
que tout li porfendi et Tauberc desmallier,
fiist et fier et pignon par mi le cors plaier,
si que devant le roi li fait siele widier,
et Gadifiers i. autre qu'il le fait trébucier; 30
F. 27' tant roidemenl l'abat qu'il le fait esmiier.
teus ii. lor descevauce, n'ont de mie mestier,
quar si cop de bien faire font à aus rehaitier,
esmaier les couars, les preus acoragier;
comme cil qui bien sot son corage vengier 35
son anemi grever et son ami aidier.
avoec sa grant proecéè et son corage fier
savoit-il mult plus d'armes qu'esmerius en gibier.
162 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
Emenidus d'Arcade ne ï yot mie laiier,
c/or ne face i. eslais por les Grins rehaitier,
jà yeront à cest poindre, se il se set aidier.
il a hurté ferrant des esporons d'or mier
et il li yet plus tos d'un faucon montenier. 5
et ki donques veist ferrandin le légier,
dire peust por voir: yes là mult bon destrier,
tant com cevaus pot corre, va férir le premier
que fout le plus hardi en a fait esmaier;
puis yet è I' plus espes parfondement plongier, 10
sortir le fait arrière, le trait à i. arcier;
quar autrement les vait as grans cos apeier,
com fait les estormiaus li vols de l'espervier.
tele voie li ont faite trestout li plus guerrier,
c'on puet bien plainement après lui cevaucier; 15
quar il n'i a si cointe, ne face arcon widier,
u le tieste voler u en son sanc bagnier.
i. amiral encontre, se 1' fiert sans aresnier,
de si grande aleure, com ceurent li destrier;
le fait en mi le camp de la siele widier.
tant entent à bien faire, n'a soig de gaegner; 20
le ce val commanda à i. des Grius bailUer,
et cil i monta tos, car il en ot mestier.
qui lors veist le duc ses batailles cierkier,
l'un mort deseure l'autre verser et trébucier,
dire peust, por voir, qu'il est bons cevalier; 25
à peines peuist^on i. millour acointier.
Alixandres l'esgarde, prist soi à mervillier
comment se pot tant d'armes pener et travillier
„Tholome8, dist li rois, cestui doit-on prisier,
„qui si perce l'estor et les rens fait ploier, 30
„et les lances donner qui si set enploier;
„bien a cort deservie, sans vilain reprocier;
„quar nus miudres de lui ne puet lances baillier/'
— sire, dist Tholomes, bien le poes jugier.
„por i. bien ruiste estor finer et commencîer, 35
„ne vi onquës miilor as lances abaisier/'
Quant li dus Betis vit Alixandre et l'ensegne
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 163
qui tant est orgiUoas et sa gent si estragne,
que ne le puet soufrir, fuir ne li degne,
membre lui de proeece, que cil dist ki bargagne,
que mauvais acat fait, qui plus pert que gaagne.
sa gens par devers lui se trait vers la montagne 5
et li Grijois les suient, n'i.a cel qui se fagne.
li dus est arestés è Y cief d'une campagne ;
teus i muet por jouster, qui ens son sanc se bagne.
Gadifiers vit le roi et les Grius engramir
et détomer de place, durement aatir; 10
bien lor quident par force la grant plagne tolir;
mais jà tant que il puist le destroit maintenir,
n'en partira s'il puet, car trop het le fuir.
Clincons, le fius Calduit qui les rens fait frémir,
F. 28* vit devant les Gryois à esporons venir; 15
li ceval desous lui fait la tiere tentir,
des callaus et des pieres le cler fu resplendir.
Gadifiers ki bien sot i. chevalier férir,
le laise sormonter et lui outre-bondir;
et quant le voit en forme, que ne pot pas guencir, 20
lors li laise ceval, lance et escu guerpir. ^
devers destre le prent, ne vot pas mesfalir;
ains sera condolant, s'il ne 1' puet consiuir.
tant corn li bais l'emporte, ala Clincon férir,
que l'auberc de son dos fait ronpre et desartir, 25
desous le grose coste fuste et acier sentir,
que de Y ceval l'enporte, par si très grant air,
que le quin de son elme fait en tiere férir,
tout li tôt le parler, le veir et l'oir,
et par bouce et par nés li fait le sanc salir. 30
entr'aus vait le destrier parfondament saisir;
les règnes met es bras, si s'en va à loisir,
onques n'i vot escu, ne le lance saisir;
quar li Griu s'arestèrent, qui si font grant sospir
por Clincon qu'il quidoient qu'ilues deust finir. 35
Tholomes fet tel noise que il l'estut tenir,
et li a dit: „conpain8, pores-vus ent garir?''
parole li revient, les ious prist à ouvrir;
11*
164 COMBAT DU PAUVRE DÉSARME.
il est de fier corage, ne se vot asouplir,
ne ne yot les barons por lui plus engramir;
ains s*escria en haut por les Grius esbaudir:
,, ramenés mon ceval, fait-il, que trop désir;
„celui ai encontre qui si m'a fait jésir. 5
„se Deu plest, ains de moi veres autrui finir."
i. ceval li amainent, bien se pot aatir
que il n'ot plus isnel en Tempire de Tyr;
et cil i monta tost, qui fera son cair
cièrement conparer, aîns qu'il doie anuitir. 10
E r cief d'une montagne montèrent li Gadrain;
ne criement que devant, à l'entrée d'un plain;
ilueques arestèrent tout li plus daerain.
teus i muet por jouster, ki canje son lorain;
as ars, as sajetaires que cil traient certain, 15
perdirent li Grijois qui de jouster sunt vain,
les cevaus et les vies perdirent li procain;
durement se conbatent è 1' val de jouste Ain.
mais onques ne veistes cierf, ne cievroel, ne dain
si tos corre par lande, com Clincons fait par plain. 20
mervillous cos se douent, car mult murent lontain;
li escus de son col ne li valu i. pain,
par mi toutes les armes fausèrent li lorain.
Clincons brise sa lance, le trous tint en sa main,
si grant cop li dona sor Telme Castelain 25
que trestout l'adenta sor l'arcon premerain.
de jouste s'acosta et met la main au frain;
autresi pris l'enmaine com li ostoirs l'aubain.
le roi de Macidone ne rent par le caufrain;
Alixandre le balle i. cevalier Glarain 30
et cil H donc ostage de m. mars è 1' demain.
A grande seurtance toma li dus Betis,
c'or en tel seurté est-il hui entremis,
hui mais ne perdera, por homme qui soit vis,
et point le vair destrier, si est fors à V plain mis, 35
et ot en sa conpagne tes iiii. m. de pris,
F. 28^ (pe bien i a i. seul, ne soit d'armes eslis;
mais de Vasart le conte fu dolant k'il fu pris.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 165
li das Betis envait de bien faire pensis;
mult Jentilment l'onporte li vairs cevaus braidis ;
ases en poi de terme sera de lui partis;
par L baron de Grese fu-il cel jor conquis;
Tholomes Fenniena, ses morteus anemis, 5
et fiert le duc Betis, voiant ii">- Gris,
que de 1' ceval l'emporte, s'a les arçons guerpis,
tant roidement l'abat en mi le plaseis
que ses elmes à or en fn tous entieris;
et cairent à val les blances flors de lis. 10
par les règnes à or fu li ceyaus saisis,
et l'enmena o lui en i. lontain pais.
11 rois de Macidone l'ot le jor, ce m'est vis,
en icelle balise ù Porrus fu ocis,
et apriès le donna Dans Calnu Menalis. 15
Huit fu'grans li estors ens es cans Dorius
et li estors mortes ù li dus fu caus.
Dalis i. quens de Perse i point tous irascus,
et Natans l'orgillous et Carans de Lilus,
que li nies au roi Daire qui ot non Calebrus, 20
et ot en lor conpagne bien ilii"** escus.
deseure lui arestent et traient les brans nus;
por le duc retenir i fu mains cos férus;
mais ne pot remonter, car trop estoit batus
de tronçons et d'espées que tous en fu confus. 25
i. ceval li amaine qui fu baucans crenus;
li dus se prent au frain, à Y ceval est venus,
mais ancois qu'il i monte, li sera cier vendus,
par l'estor vait poignant Aristes et Caunus,
ii. des barons de Tost que li rois aime plus, 30
et ki le jor avoient le duc pris et tenu;
de r ceval le hurtèrent, si qu'il l'ont abatu.
desor le duc Betis fu li caples tenus;
branc d'acier retentisent sor ces elmes agus;
Ginohoces d'Aufrike lor rendi tel salus 95
dont tous li plus hardis fu mas et esperdus.
„or penst cescuns de soi, car li cans est vencus;
„a8 premeraines joustes cairont jà nos vertus.''
166 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
et li dus li respont qui ne fu mie mus:
„jà Dame V Deu ne place que en soies creus;
„certes vus estes pire que en camp recreus."
Le duc Betit remontent si home natural,
mais ancois i ot fait des espées maint mal. 5
la bataille Alixandre est armée en i. ?al,
et 11 rois vint devant armés sor Bucifal;
li ensegne de soie i pendoit contre val,
et maint grant banière de soie et de cendal.
mult le fait noblement la conpagne roial. 10
Gadiflers reguençist en mi aus, rent estai
à tout iiii. m. Turs de la gent déloial.
là fu grans la batalle, tout fièrent communal;
là veiscies doner de brans tant cop mortal,
et décoper maint elme à or et à esmal, 15
maint rice Turc verser et cair de V ceval,
au fier de Testriviëre jus à Fesporonal;
bien lor puet ramambrer de dolorous jomal.
Sunes i. chevaliers qui de sorfait ifa cure,
sages hom et apris de tele atempreure; 20
F. 28^ onques n'ama desroi, ne folle démesure,
mes argent et deniers sor toute créature,
d'un povre chevalier se rendist aine parjure,
que iii. deniers en pierde par itant de faiture.
au duc en est venus plus tos que Fambleure, 25
et li a dit: „biau sire, or esgardes mesure.
„vus lestes rlces hom et de grant teneure,
„et estes bien manans et en rice pasture;
„asses as pain et vin et autre foufeure,
^brebis, vaces, bdes et autre foureure, 30
„et tel famé qui est et rouit nete et mult pure.
„porquant se on me gabe, je le tieng nete et pure,
„vies cote, vies cemise et viese caucenre,
„et copon de candelle et vielle foureure»
„gaalne sans coutlel et boucle sans cainture , 35
„et trop vies esporon et sans çnboucleure.
„mals volentiers en sauf deden^ sa fremeure,
„trainer selonc cou vorrai ma noreture.
COMBAT DU PAUVRB D^ARMÉ. 167
„qiiar d'armes a-on tos une grant bleceure;'
„il me pert au costé, ves-là la fiereure.
„Dex confonde ces Grins, car lor oevre est trop dure.
„perdue ai la batalle par ceste fouleure.
„voles-yus moi et vus mettre en tel aventure , 5
„com ces autres caitis qui n'ont nés vesteure.
„alons-nos ent, biaus sire, fos est qui trop endure.
„jà ne ruis Alixandre connoistre, ne sa dure;
,Je doi bien envers vus dire ceste aventure,
,,ains plus couars de moi ne vesti armeure. tO
,,certes, jou ne val mie une pume meure,
„despui8 que li miens cors fu sor afeutreure.'*
à tant se part de V duc, s'enforce s'aleure,
sa lance met à tiere dont li anste ert meure,
et li dus en a ris, qui pas ne s'aseure: 15
„cuers de 1' ventre, dist-il, hom de fiëre nature,
„vus n'estes mie estrais de foie gent cafure.
„volentiers arestes en grant desconfiture.
„cil n'est mie valians qui vos livre pasture,
„quar tos i conquerries et engien et ardure/' 20
Gadifiers ot grant ire et li pies fu mult maus
de r duc qui fu caus, ses sire naturaus;
et point le vair destrier qui plus tos va par vaus
et par tertres agus, c'autres bestes lingaus,
et Tholomé, le brun qui li fait les grans sans; 25
si grans cos s'entre-donnent as escus as esmaus,
que desous les blasons trancièrent les cendaus.
jà tornast à grant perte à lor amis camaus,
et fust à quelque iust celé joste mortaus ,
quant les lances pecoient ensamble communaus. 30
si fort sunt encontre Tun l'autre des vasaus,
que li escus pecoient, s'envolent li cristaus.
li oel lor estincelent et ronpent lor nasaus,
lor arcon pecoièrent, s'en ronpent les poitraus;
par les crupes volèrent ambedoi des cevaus. 35
La il li doi vasal sunt à tiere chau,
veiscies i. ester fièrement maintenu,
et oisies tel noise et tel cri et tel hu;
168 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
quar d'une part et d'autre furent li lor venu,
là veiscies par ire maint pesant cop féru,
et tant elme enbaré et tant Turc porfendu,
et maint bon chevalier de la siele abatu.
F. 28' li home Gadifier ne sunt pas malostni, 5
ains l'ont mult vistement à l'estor soasconi;
fors de l'ester l'ont mis, à son col son escu,
et ont son bon ceval par force retenu,
remis l'ont en la sele qui bêle et rice fu,
quar li arcon en sunt trestout à or batu. 10
estordis fu li ber de 1' cop c'ot receu;
quar ne valent sans lui le monte d'un festu,
se de lui seul defalent, li autre sunt vencu.
sor le destrier s'afice, s'a le mestier veu
et le besoig qu'il ont de lui reconneu, 15
quar li plusior en vont de bienfait esmeu,
que il le quidoient mort et fors de 1' sens iscu.
mais li bons chevaliers au corage cremu
se fiert en aus, plus joins d'un fauconcel ramu,
d'ire et de lui vengier plus enbrasés de fu. 20
en ses armes s'estraint et clôt en son escu; .
de férir s'aparelle et trait le branc molu.
hui mais ne le tenront li Grgois por lor dru;
tout abat et ronpi caus c'a aconseu.
deseure Tholomé sunt li Griu arestu; 25
si le tnieve gisant, laidement estendu,
en grant pièce n'i ont point de vie veu,
lors pleurent tenrement li grans et li menu;
parole 11 revint, s'a vers ans entendu;
grant joie orent de lui, quant sunt aperceu. 30
com ains pot saut en pies, car trop i a jeu,
et lor a dit; „taisies, car plains sui de vertu;
„ramene8 mon ceval, n'i soies arestu.
„por cou ne 1' blasmeroie se 1' trovoie tendu.''
meismes Alixandres li a le bai rendu, 35
i. des bons c'on trovast dusqu'as bones Arcu,
cQ i monte et Clincons 11 a l'estrier tenu,
cil restome as Gadrains, à lor anui venu.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMli. 169
Mult se fuscent^ malmis li rasai aduré,'
ains me fisent* loisir d'une traistie* aler,
que 11 uns ne li autres se peust relever."
Gadifiers se redrece premerains, comme ber;
envers les mestres rens commença à aler," '5
le branc nu en sa main, que bel saroit porter,
une cane reprist qu'il brise au trespaser.
quar plus preu et aidant ne peust-on trorer.
i. gars tint une lance, qui ne li vot donner;
si li traist hors des puins, le cuir li fist crever. 10
i. chevalier féri, quant k'il pot randonner;
par mi le cors li fait une toise paser^,
mort l'abat des arçons; ains ne li lut parler,
si qu'il ne pot à Deu. la merci demander.
Tholomes fù dolans quant le vit souviner, 15
espris de lui vengier prist à esporoner;
por Gadifier sorprendre commença à outrer,'
et les rens entor lui sor destre sormonter.
trop se set bien aidier et conduire et guier;
tout à i. fait li let li ceval trestomer, 20
quar le vohra de lance et d'escu encontrer,
et ne fait nul samblant qu'il voelle refuser;
ains le fiert comme cil qu'il voloit mort jeter,
et d'escu et de membres, s'il pooit, afoler.
en la penne devant li fet l'escu quaser; 25
mais li lance ne pot le grant fais endurer.
F. 29* iluec sor le hauberc li convint endurer,
et cil li fet i. cop de l'espée douner,
par son le ciercle d'or,® de l' double capeler,
que le teste à tôt l'ehne fet contre val cliner 30
et a fait dusqu'en tiere le blanc aubère couler;
par les règnes à or vët le ceval conbrer.
Clincon pert à 1' travers por sen pooir mostrer;
si le fiert de la lance de tant c'on* pot aler;
mais onques de cel cop ne pot desconraer, 35
i) furenu 2) à V Joêiêr, 3) qv^êuties, 4) traieU. 5) né êe peut U
iM d'eiê en nui êene raeeêwur. 6) eimunenee à raviner, 7) à traverêer.
8) Fûrle ieeuê. 0) fufU.
170 COMBAT DU PAUVRB DÉSARMÉ.
ne ne lait por Clincon le ceval amener.
Tholomes quidoit prendre, s'il pooil adestrer/
mais il voit sen signor laidement démener,
as pies de maint ceval laidement défouler,
et quant il se redrece, se Y fait des pies harter
et d'une part et d'autre tout estendu ' voler. 5
là se traist Gadifiers por le duc relever;
le ceval ot en destre qni tant fist à loer.
ens en la grignor prese fet son ceval entrer;
iluec reçut maint cop por son signor sauver.
à ceval le r'a mis, qui qu'en doie peser, 10
sour le brun* Tholomé qui tant fait à loer,
s'il ne fust si laidis, bien le puis afier,
qu'il sist sor bon ceval por son cemin errer.'
asses vaut mius de 1' sien et mius puet endurer,
s'or se puet de l'estor partir et dcsevrer. 15
Mult a bien Gadlfier son signour délivré
et remis a ceval, qui qu'en doie peser;
mais il se sent blecié et durement navré,
de roidement cair a le cors^ estouné,
ne quide mais venir à castiel n'a' cité; 20
et a dit à ses honunes: „trop i aves esté,
„baron, tornes-vus ent, tout estroil et seré.
„si garise* cescuns son cors et sa santé,
„quar li rois Alixandres nos a quelli en hé,
„et lor fourler resunt avoec lui ajosté. 25
„lor sire Emenidus qui tant a de fierté,
„il et si conpagnon qui tant sunt aduré,
„ont laidement men cors laidengié et foulé.
„à c. et m. diables soient-il commandé.
„une riens vus dirai par fine vérité; 30
„ne fuscent li fourier qui o eus sunt jousté,
,jà ne fuscies de V camp par les autres sevré."
„ — sire, dist Gadifiers, à 1' partir mult m'en hé.'
„mais puisque li fourier sunt o eus demoré,"
„n'i poons demorer en nule seurté.* 35
1) oretffMr. 2) estordi. 3) rieewunt ovrér. 4) eUf. 5) fenir M «m-
iiei ne. 6) deâfende. 7) vti# diiéê vérité. 8) oêêumklé. 9) Mfr«l0.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. 171
„peu snnt et peu s'esmaient, quant plus sunt agrevé;
„ne jà lor connestable ne reres esfreé."
à cest mot a cescuns son escu adossé,
au plus tos que il porent toraent vers lors règne;
mais ancois qu'il i soient seront-il plus hurté.
Mult fu grande la perde, ce raconte Ustase, 5
des mors et des navrés qui gisent en le place,
li dus vit Alixandre qui forment nos manace;
s'a puins le puet tenir, ne laira ne 1' desface;
la paours qu'il en a li fait rougir la face;
à le voie s'est mis, or gart cescuns qu'il face. 10
Clins les vit desconfis, si s'est mis en le trace,
et coisi L Gadrain qu'on apele Ustace,
et sist sor i. ceval qui ot non Boniface.
F. 29^ se or l'en lait mener, ne se prise une escace;
muet et si priés le tient, com li faus le biecace, 15
ne li puet escaper, or se gart que il face.
Clincons point à 1' travers, si le fiert, sans manace,
si grant cop en l'escu ii li confanons lace,
que s'qscu li porfent et l'auberc li deslace;
si que par mi le cors li roide lance glace. 20
Dans Clins vint à V ceval, par le règne le sace,
li fins Calduit l'enmaine, qui qu'en polst ne qu'en place.
Dolans en vait li dus, courecous et iriés,
car onques mais ne fu de nul estor^ caciés,
n'il ne vint à l'estor d'armes aparilliés, 25
que siens ne fust li cans,' tant estoit resogniés
et de bons conpagnons et d'armes ' enforciés.
ot aire mult grant, car è Y cors fu bleciés,
et si s'enfuit vers Cadres dolans et coureciés.
s'il li torne à anui, ne vue esmervillies, 30
et ses miudres conpains, Gadifiers n'est pas lies;
mais asses plus dolans que oisiaus desniciés,
ne hom désiretés ne à tort forjugiés,
et ne fait nul samblant qu'il en soit esmaiés;
deriëre tous s'est mis es estriers aficiés, 35
d'orguel et de fierté, sor son elme embronciés,
1) hesoig, 2) gainée 3) d'amis.
172 COMBAT DU PAUVRE DBSARMB.
grose lance en son pug, dont li fiers n'est vies.
là trestorne sovent ù il fu aprociés,
ses conpagnons délivre, quant il les vit cargiés;
de sa lance est li fus roidement enpugniés/
sacies que li premiers qui li est aprociés, 5
que il est de son cors malement enpiriés.
plusiors en lait aler malement' angousciés,
defrois et depasmés et de bien ensamés.'
si n'en doit Gadifiers estre pas avilliés,
si n'est d'aucun musart de mesdire avanciés,* 10
et de folie plus que de bien* empregniés;
mais par homme d'estore® deust estre essauciés;
se jà nus por bien faire doit bien estre prisiés.
Corineus li escrie qui vint tous eslaisiés;
„vasal c'or trestomes; por coi vus' avillies? 15
^laidement en aies, car de Y vo i laies.
„hui nos aves de près® laidement encauciés;
„or estes, ce m'est vis, aucaites* refroidies.
„ vôtres pris est ceus; por coi*® vus enfuies?
„n'aves droit en le mance dont si vus cointîies/' 20
Gadifiers le regarde, si s'est mult airiés,
et dist par mautalent: ,Jà fust cis mos vengiés,
„et cis dis orgillous fièrement calengiés,
„se ne fusce d'autrui que de vus encauciés.
„por quant mes matalens m'en est si engrangiés,** 25
„tei cose ferai jà dont preu*' n'iere aisiés.
„cierte8 la joste ares, se vus ne m'i fallies;
,Jà sera tout à i. , se ne m'i guencissies.^'
à L tour li trestorne, de bien faire haitiés,
et cU li revint tos en l'escu enbusciés, 30
qui est cointes et preuS et malt bien afaitiés
et chevaliers mult prous et mult outrequidiés.
se trop ne parlast d'armes, mult fust bien ensigniés.
entre-férir se vont, les confanons laciés * '
^ue par mi les blasons ont les aubers perciés. 35
1) palnwiéê, 2) de ia mort 3) eêêonniéê, 4) vuUê dis mttfàiéê.
ô) 9Wê, 6) oéVTé d'êêtairê. 7) nus, 8) savent wntit de près, 9) im
pêHt, 10) et vôtres pris deeiet quant. 1 i) engraigmés, 12) poi, l3) kmssiés.
COMBAT DU PAUVRE DESARHB. 173
de la lance à V Gnjjois est li fus pecoiés,
cil que Gadifiers tint n'est mus ne arcoiés;*
F. 29^ ains est si Tistement li espius envoies '
que tous en est rennaus ses confanons roiés,
et li cors de Y rasai d'outre en outre perciés, 5
li fiel entamés et li poumons froisiés,
li cors de V chevalier par tiere trebnciés,
et de l'arme et de Y sanc fu à cel cop widiés;
puis li a dit en bas: ,,sire, en pais vus taisies.
„por Deu, vus voel prier que ne me corecies. 10
,,hom ki trop est grevés est mult contraloiés;
„ce siut dire la gens, s'or parlers est peciés,
„par cest et par les autres en estes engigniés;
„quar trop esties preus, s'orgillous ne fuselés.
„de cest jor en avant, le présage gaities; 15
„s'en prendes le treu,' quant foire est u marciés;
„asses ares en poi quant ensi gaegnies.
,,vostre anemis mortes est à vous acointiés,
„Gadifier de 1' Lairis; ne sai se Y connissies*
»,por nous n'en ert huis mais li fiiirs reprociés; 20
„ains m'en irai à Gadres délivrés, ce saciés,*
»,se par millor de vous n'i sui descevauciés.''
Or s'en va Gadifiers qui les Gadrains enmaine.
por son lige signor est entrés en tel paine»
bien li puet sovenir de dolante semaine. 25
de tel baron haster est trop la mors vilaine;
quar or s'en va fiiiant et s'en a^ tel estraine
qu'il laisera trestout por son lige^ demaine.
mais ses sens ne vient mie de dolante ' fontaine,
mais de corage entir et de natural vaine. 90
seurs est com s'il fiist en la grant tor autaine;
asses mius se desfent et de millor alaine,
que ne fait à brohons ces breteis en caine."
cil ki le baron cacent, le raléee* soutaine,
truevent des abatus la voie tote plaine. 35
1) flie rPênéfloyêM, 2) en è V cor» etnpiatufiéê, 3) trmvêrê. 4) êthmtiéê,
5) qui or^ên vm toê êoins et or m, 6) f^ele le elwMrm tôt par son iige denurinê,
7) mntei mie de «cloatM. 8) krohoM houre eem keie en CMunê, 9) velée.
174 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
Alixandres meisme Tint poignant par l'araine,
devant tous les barons de Grese Macidaine;
Bucifal esporone dont li joste est procaine.
et fiert sor Gadifier com sour une quintaine.
de son escu abat la pane premeraine , 5
la lance vole en pièces qui n'ert mie lontaine/
mais d'un frasne plané, si k'il brisa à paine.
li aubers est si fors, cou est cose ciertaine,
c'onques ne Tenpira vallant une castaine,
ne ne mut le ceval de la siele Gadraine' 10
ains encontre à sen tor une rote commaine;
le signor en ocist et mist à tiere plaine
et abati les lui i. fil de castelaine.
puis s'en rait les galos, après le gent aubaine.
Gadifiers li gentis, o la proecce humaine, 15
qui aine n'ot lasque cuer, ne la pensée' raine
le* trestome souvent ù force le formaine;"
qui il encontre, bien de son orguel le saine
que li plus desreés de Tencaucier s'afraine.
bien ait teus chevaliers qui ensi se demaine. 20
Bien en alast à Gadres Gadifiers, ce savons,
à cou qu'il est si preus et ses cevaus si bons,
c'il vosist 0 les autres ftiir des esporons;
mats* autresi encarge trestous ses conpagnons,
com fait beste sauvage por les leus ses feons." 25
estre quide, et voirs est, li lor desfensions.
et s'il est mors u pris, si faut lor garisons.
F. 29' n'a mie por fuir si tomes les talons
que souvent ne lor soit retornés ' ses blasons;
meitement® retome, car il en est saisons, 30
que la proecce père ù teus est li renons.
des Grijois entor lui lor a fait tes poons;^
à l'un trance le fie,*° à l'autre le rognon,
et dit à sa mesnie: „hui n'i perdra; ^^ arcon
„ain8 m'en irai à Gadres, malgré tous les glotons. 35
1) à V koH roi BiadJUnnê. 2) grifaine, 3) jtroêcê, 4) là. 5) mt-
«Mtfiê. 6) êê met por ê09 faonê. 7) repwneiê. 8) mmiutmeni. 9) ^mm-
10) emr. 11) pordrm.
COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ. I75
„par aus ne perderai vallant ii. esporons,
„se ce n'est par celui qui n'est pas des garçons,
„à Tescu de Sinople ù poins est li lions, ^
„et au cevai corant qui tos va de'randons.
„il m'a hui fait jesir iii. fois à yentrillons, 5
,,autresi estendu comme por orisons:
„cou est Emenidus, connoistre le devons.
„lui ne ruis' encontrer, desproiés ne somons;
„il trance par mi fier os et ners et braons.
„bien en doit li rois faire signor de sa maison, 10
„que par lui seul est cou que nous nos enfuion.'*
En bielement parler puet-o;i mult gaegner,
car maint home en voit-on sovent monteplier;
ne jà por dire outrage aura-on louier,
ancois en a sovent et honte et reprovier. 15
je r di por Gadifier le nobile guerrier,
de toutes bonnes tecces n'ot en lui qu'ensigner.
fins fu de cuer et larges 9 s'ot en lui bon guerrier;
onques ne vot amer traitor losengier,
ne franc home blâmer, ne en cort foijugier; 20
onques ne vot oir vanteor novelier.
bien l'ot oi li rois et parler et rainier,
et le gentil baron deseure tous prisier
que jeui l'avoit fait à tiere trébucier;
en son cuer l'aime et prise et mult le tient plus cier. 25
bonement prie as Dex qui tout ont à baillier.
„ Jupiter et Pallas, vus en voel-jou prier
„et toi dame Juno qui sor tous as dangier,
„que garises sen cors de mort et d'enconbrier.
,jou ne autres ne 1' puist par armes damagier. 30
„quar ce seroit dolor de tel home enpirier.
„se jou vif le puis prendre, ne 1' tenrai prisonnier,
„por qu'il voelle servir, ne à moi souploier.
„lui et Emenidus ferai aconpagnier.
,Jà ne conquerrai mais vallisant i. denier 35
„que n'en soient andoi larjement parcognier.'*
devant trestous les autres le trait à i. arcier;
1) JPor fin est ê€ê lion*, 2) «oel.
176 COMBAT DU PAUVRE DÉSARMÉ.
le suioit Alixandres qui le corage ot fier.
Bucifaus va plus tos que cieyrious par ramier,
qui fuit devant les ciens quant les voit aprocier.
le camp fait retentir et Terbe fait trancier,
les fiers des pies voler et les clans esragier. 5
Gadifiers le regarde, quant il Tôt aprocier
et a juré ses Dex à oui doit souploier:
ne le refusera nesc'un autre princier,
à i. fais li trestorne por lui contraliier;
oiant Gr^ois li dist: „ne vus caut acointier; 10
„quar si trop lonjement ne vus estut priier,
„que je ne vus atende, s'a moi voles pkûdier.
„cou est tiere le duc, si le voel calengier.''
lors broce le ceval des esporons d'or mier;
et va férir le roi por l'encaut detriier. 15
li rois fait vers lui corre Bucifal le légier;
F. 30* les cevaus et les armes ont si fait adrecier,
et les lances de frasne dont li fiers sunt d'acier
ont fait sor les escus et fraindre et depecier.
li vasal furent fort, et rade li destrier; 20
ne furent pas ombrage; ains, sont si droiturier,
que des escus se hurtent si li doi chevalier,
les boucles à fin or en ont fait pecoier,
et sunt è 1' camp volé par deseure li erbier;
les esclices ont fait les vasaus damagier, 25
très par mi les entralles fisent le sanc raier.
Gadifiers de V Lairis qui tant fist à prisier
tout de travers le crape a fait le roi ploier,
que l'arcon daerrain li ont fait esmiier,
et les caingles deronpre; s'alongent li estrier; 30
la siele entre ses cuises fist le roi trebucier,
en mi le camp le laise, ne s'i vot detrier,
ains en vet les galos sor son corant destrier.
Tholomes et Clincons vinrent corant premier,
por lor lige signor et secourre et aidier. 35
l'uns met main au ceval, l'autres au roi aidier.
Alixandres saut sus, n'i ot que courechier;
la siele li ont mise sor Bucifal arrier;
COMBAT DU PAUVRB DÉSARMÉ. 177
Tholomes et Glincons U ont tenu restrier,
et quant fu remontés, prist soi à ayancier,
lance mise sor feutre, car encor vot cacier.
„sire, dist Tholomes, je vus voi mult sainier.
„fièrement se vient ore cis à vus acointier. 5
„6adifier8 de V Lairis ne vus vot espargnier.
„or, saves corn il set cop de lance paier.
„se vis le poes prendre, ce vus voel-jou prier,
„tou8 li ors de cest mont ne li doit respitier
„que ne le face prendre u tout vif escorcier, 10
„u en i. fu ardant le faites graellier.''
quant li rois Tentendi, n'i ot que courecier
de cou que il s'oi ensi contralolier ,
et li a respondu, qui n'i vot atargier:
„Tholomes, saves-vus que je vous voel priier. 15
„por coi aves talent de moi contraliier?
,je ne vus voi pas prest de mon honte vengier;
„se vus le voliies de plus près encaucier,
„bon loisir en ares, ce croi, ains Tanuitier.
„por quant ne Taves-vus mie ore à asaiier. 20
„c'or Tholomes le brun que vus aves si chier,
„voiant moi, vus en fist de la siele widier,
„que tout en vie ne rous vo ver elme d'acier.
„quidai que fuscies mort; voloie vus vengier,
„mais on ne puet à lui mie trop gaegnier. 25
„de dire tel parole vus deuisies gaitier,
„quar de lui encontrer n'aves pas désirier.
„il n'est mie de caus qui servent de noisier,
„ains set bien i. estor furnir et commencier.
„mult bel s'en set partir, quant il en a mestier; 30
„ne lait inie se gent de trop près encaucier.
„maint poindre bien enpris a hui fait as courcier
„et tous nos millors frains et tirer et sacier.
,Je ne vois nul de vus envers lui aprocier,
„que ne face à la tiere toute estendu coucier; 35
„ne il ne se meut mie premerains hebregier,
„ains se lairoit dètraire à keue de soumier,
F. 30* „qu'il feist por paour dont eust reprocier."
u Rovmaiii dPA1izftii4re. ^^
178 COMBAT DU PAUVRB DESARME.
après a dit li rois: „a Dex! quel cevalier.
„ainc d'escu, ne de lance ne yi nul si manier,
,»com je li voi ses armes à mon talent baillier.
,,cil ki Ta de mesnie, le doi bien avoir cier,
,,quar plus pris son fuir que ne fac no cacier. 5
„ne miudres chevaliers ne pot escu percier,
,,fors seul Emenidus quf fait les rens ploier.
„mult aroie grande joie d'aus ii. aconpagnier/'
— sire, dist Tholomé, se je Y puis esploitier
y,\e ver qu'il enmena le quic-jou vendre cier. 10
,,cou Laids dont il est ù croisent li paumier,
„peuist-il asses mius i. ceval bargignier/'
— caiele, dist li rois, laies votre plaidier.
„ne le trovastes pas de férir esclenkier;
„de lui seul à seur vus l'oi-jou atargier.'' 15
Mult a bien Gadifiers cest encontre enploiet,
quant il le roi meisme a si estoutoiet,
si que li miilor Griu en furent esmaié;
n>'il n'en i a i. seul, tant Tait estoutoiet,
que de lui encontrer ait mie convoitiet. 20
cil de Cadres en vont durement corecier,
et li fourier en sont ensamble raliiet
à une part de 1' camp, comme bien ensigniet.
Emenidus d'Arcade lor a mult bien priiet
qu'il soient à bien faire prest et aparilliet, 25
et il li ont ensamble bonement otriiet
que, por prendre leur vies, ne feront mal vestiet.
lors poignent tôt ensamble qu'il n'i ot detriiet;
là peuist-on veir maint ceval eslaisier.
as lances et as brans ot tel hu commenciet, 30
dont tant cors de vasal ont mort et trebuciet.
des cevaus et des armes ont tout le camp jonciet;
cil de Cadres s'enfuient que n'i ot detrier.
tel xl. des lor i sunt descevauciet,
qui tout furent è 1' camp ocis et detranciet. 35
à esporon en vont, fuiant vers i. plaisiet;
là peuist-on veir tant confanon baisiet,
et jesir à la tiere maint escu vermillîet.
COMBAT DU PAUVRE DB8ARHÉ. 179
et tant ceval de pris suant et estancier.
Gadiflers de Y Lairis n'ot mie le cuer liet;
de ses conpagnons crient qui forment sunt cargiet.
bien set, se il lui perdent, que mal ont esploitîet;
tout cil ki seront pris seront mal hebregiet; 5
mais il a de bien faire le cuer si empregniet
qu'il ne fait nul semblant d'oume contraliiet.
sa lance avoit brisié et tint le branc saciet;
por sa gent garandir a tel fais encargiet
dont tout cil ki le voient en sunt esmenrilliet. 10
autresi les enmaine, com li vilains à piet
va cacant devant lui les bestes à Y marciet
là en droit n'ont-il mie de son escu pitiet,
quar tant l'ont mis en prise, tout li ont detailliet
si qu'il en ont perdu plus de Tune moitiet. 15
en cel tant k'il enporte, estoient enficiet
pignoncie) et cendal et confanon fregiet
dusqu'à iiii. de caus ki Forent aprociet.
bien s'en alast à Gadres; mes il l'ont angosciet,
Lincanors et Filote, doit frères mult prisiet, 20
sor son escu à or que tout l'ont enbrociet.
F. 30' li vasaus se redresce quant li fust sunt brisiet,
à l'espée qu'il tient si bien se desfendie
que nus d'aus por lui prendre n'i a le main tendie.
12*
MORT DE «INOHOGET.
Cl dlftt mï coin Gadlllers tua Giuohoeet et les armes
Gadlller estoleut tontes desrontes.
Ur s'en va Gadifiers à la cière hardie;
il n'a escu ne brogne qui ne soit pecoie,
ses elmes enbarés desi ke en l'oie
et fu navrés è 1' cors d'une lance brunie,
tous les hommes Betit par devant lui enguie, 5
et commande et desfent qu'il n'allent à folie.
Ginohoces d'Aufrike o le cière marie,
de r dit de la ramprosne que il avoit oie,
le ceval esporone par mi la praerie
et féri i. Griois plain de grant estoutie. 10
mult l'avoit porsivi et dite vilonie
qu'il ne tornast arrier, car il feroit folie;
et oou qu'il ne tornoit, tenoit à vilonie.
Ginohoces le fiert de la lance brunie,
le targe li tranca ù 11 ors reflanbie, 15
et le brogne de 1' dos déroute et depecie.
par mi le cors li mist une toise et demie;
de r ceval l'abat mort en mi la praerie.
par contraire li dist: „ Jupiter te maudie,
„et Ercules ses fins qui sor nous a mestrie.'' 20
Lincanors point et broce le ceval de Lorie,
et il li va plus tos qu'espriviers de Salie,
et fiert Ginohocet de l'espée forbie
que la targe li trance et deront et esmie.
le ciercle li tranca ù li piere flambie, 25
' MORT DB GINOHOCBT. {gf
mais li coife doublière qui est à or sarcie
li a iluec rescous et sauvée sa vie.
jus de r ceval cai sor i'erbe qui vredie;
de r cop fu estordis et si perdi l'oie.
à tant es Gadifiers, flours de ce Valérie ^ 5
et avoit recouvré une lance polie
et féri Lincanor vers cui n'ot druerie;
tant roidement Tabat, la cière en a laidie;
la bende li ronpi dont la plaie est loie,
li sans en coru fors dont forment afoiblie. 10
Gadifiers de V Lairis iluec n*aresta mie;
les iL vasaus laisa en mi la praerie,
et li Griu les encontrent en mi la praerie.
Ginohoces saut sus, s'a Tespée sacie;
plus fu clere et luisans que solaus qu'esclarcie. 15
Or sunt li doi vasal à pié en mi le pré;
cescuns tint le branc nu et l'escu acolé.
Ginohoces d'Aufrique estoit en grant fierté,
F. 30' Lincanor va férir i. cop desmesuré,
de l'escu que il tint a i. quartier copé. 20
s'a le quafe ne feust mal, s'il l'eust encontre;
l'espée ë Y puig li torne, li cols pert sa bonté,
que grant pié et demi li est ficié è 1' pré.
Lincanors li vasaus avoit forment sanné;
à jenous le convint jesir en mi le pré, 25
et quant il se redrece, si ont en haut parlé:
„Diva! glous, malostrus, n'i aies mal dehé.
„autre fois t'ai-jou hui en l'estor encontre,
„8i que tu m'abatis de mon ceval armé;
„et jou toi autres! de mon ceval armé. 30
„tu ies graindres de moi, bien te voi figuré,
„or te gaite de moi, car jou t'ai desfié,
„de Neptinus mon Deu et de Septifone.'*
lors ahauca le branc qui d'or estoit letré,
et fiert Ginohocet par mult grande fierté 35
que le hiaume li a et fendu et copé
et le quafe ensement dont le cief ol armé.
desi en la poitrine l'a fendu et copé,
182 MORT DE GINOHOCKT.
contre tiere l'abat, s'il a i. brait jeté.
Ercules en a l'arme dedens infier porté,
por cou que en sa vie l'ot forment ounoré.
et Gadrain à V fuir se sunt aceminé,
et Gadifiers derière le confanon levé. 5
Ne porent li Gadrain l'ester plus maintenir;
u il Yoelent u non lor conyint-il guerpir,
et li Griu* les en fisent tous desconfis fuir,
lor ceval furent las de 1' grant estor soufrir;
por quant de Tencaucier ne se yoelent tenir. tO
à espérons les suient, convoitons d'es férir,
Emenidus devant, ki les rens fait frémir,
pieres esquarteler et la tiere tentir.
Gadifier aconsuit à i. destroit iscir,'
et cil le regarda, qui tos Toi^ venir, 13
et dist: „haute cose est de proudome norir,*
„et qui faire ne 1' vint bien se doit repentir.
„cis seus en oseroit bien x"*- envair;
„maint fil de castelain nos a hui fet finir;
„les mères n'en seront à pièce sans sospir. 20
„notre grani joie a fait à dolor revertir.
,Jou ne voi que lui seul encontre moi venir;
„ne sai qu'en avenra, et Deu ert à plaisir/
„ne li quels s'en devra n doloir u joir.
„il convient l'un de nous envers l'autre escremir;* 25
„miu8 voel mettre men cors de 1' tout à 1' convenir,
„que jou face tel cose dont me doie bair.'
,,plus crienc et redouc honte que jou ne fac morir.''
Gadifiers fù mult fiers,® d'un Arrabi lignage;
à r Lairis* fu noris et cil de son lignage. ^^ 30
par proecce entreprent son honte ^' et son damage, ^
n'en prist mie conseil à son droit signoraje.
s'or le seust Betis, il le tenist à 1' rage,^'
d'un houme Gadifier, tenist-il*' à outrage;
mais li rois Alixandres le vit à son bamage. 35
i) H forriêr, 2) à e^vai à ioiêir, 3) qumt il l'ot. 4) eérir, 5) né
fu'ért à Dêx pMêir. 6) gueneir, 7) honir, 8) ^euê. 9) M Berri.
10) parmge. 1 1) ê$i perte. 1 2) à rage. 13) il'tffi tetU howte tnverë M U iêmUi.
MORT DB GINOHOCBT. t83
Gadifler de 1* Laids ù mult ot vaselage
ne guencist mie à lui ' de fol vilain ombrage ;
mais le lance baisié ù ot fier de Cartage,
en Tescu embusciés, plains de grant vaselage,
tant com li bais cevaus pot corre par l'erbage; - 5
F. 31* ferraus qui fu noris au rice pasturage,
revint ases plus tos d'un esprivier ramage,'
mult sunt prest' de jouster, qui que tort adamage;^
jà n'en seront donné ne pleg ne ostage,
ne fiance ronpue, ne déguerpi oumage; 10
ains quic bien qu'à V partir i laira li i. gage.
Fier furent li vasal et de grant estoutie;^
orgius et mautalent et fiertés les envie,
et esmuet^ et soumont de grant cevalerie.
i'uns let corre vers l'autre, autrement ne 1' desfle; 15
quar il n'avoit entr'aus amor ne druerie.
Gadifiers vint mult tos qui mautalent aigrie,'
et fiert Emenidus sor la targe florie,
desor la boucle à or li a fraite et quasie,
la guige est derompue et l'enarme falie. 20
par grant vertu l'enpoint et par grant baronie,
en mi le pré remporte, sor l'erbe qui verdie,
por quant Emenidus ne se muet, ne ne plie;
ains a la soie lance droitement envoie,^
très par devant la targe à or encoulorie, 25
le fiert desor la brogne en ii. doubles sarcie.
è r cors li fist sentir le fier de Romenie,
si qu'ases près de 1' cuer est la lance croisie;
*cil ciet de Y cop mortal, s'a sa sele vvidie;
de lui et de 1' bon bai s'en va la conpagnie. 30
Alixandres cacoit devers destre partie,
vit le cop de 1' baron et le jouste fumie;
devers lui se torna, à hautes vois li crie:
„vus en doins-jou l'ounor et porte garandie;
„par vus est desconfite la pute gens haie 35
t) ioi, 2) qui quê eorl à foUige, 3) /le. 4) par lor p'omt vasêioffé.
6) êsionmê, 6) prceeee et hmrdêmêenê, maU^Unê et «itvte fM eêmmt.
7) n*a UUem que rie. 8) meoiUie*
184 MORT DE GINOHOOBT.
„que ne pooil soufrir vostre cevalerie. *
„quar enprès votre cop ne done entresaie.
„se cil garist jamais, il avéra bon mie."^
à Gadifier areste des Grius une partie;
por cou que mort le quident et Tame départie, 5
le plegnent et regretent, ne se targièrent mie,
son cors et sa proecce qu'il avoit aqaellie.
Emenidus meisme de Tenfouir l'en prie,
que laidement ne soit la soie cars périe;
puis le plaint et regrete, ne puet muer ne die: 10
„a! gentius chevaliers, plains de grant signorie,
„gens cuers, haute proecce, proudons, ciere hardie,
,Jà de millor de vus ne n'ert lance brisie,
„ne fors escus saisis, ne banière lacie.
„de la votre proecce qui si tos est unie 15
„est dex et grans peciés, se Dex me béneie.
„et s'aves fait tel cose' dont mult me contraUe,
„non porquant, si me poise, se Dex me béneie;
„quar de votre valor n'est mes hom avouie/'
Alixandres li rois a la parole oie; 20
celé part vint corant, tint l'espée sacie;
de sanc et de cerviele fu rouge et empalie,
et a dit à ses homes en qui forment s'afle:
„oies de Gadifier; ne puis muer n'en rie
„que Gadifier regraite. jà n'est cou druerie 25
„que Pirrus de Monflor qui tenoit Alenie
„a hui fet mort soufiir à itele hAScie/'
puis a dit: „cou est voirs que frans cuers s'umeUe;
„bien sai que i. vilains* ne le desist mie/*
A Gadifier s'areste Alixandres d'Aliers 30
et bien x"** Grijois dont remaint li caciers.
F. 31^ là fil mult regretés de tous les chevaliers;
en grant pièce ne muet, ce fu grans enconbriers,
et gist trestous armés sor l'escu de quartiers.
ne prisoient sa vie vallisant ii. deniers, 35
quant vint de pasmissons li vallans chevaliers,
1) fie /« voire etwait, 2) wmlt ora ëignorie. 3) maiê têi eoëé «•*•
dite. 4) e'tfiM aulree euerê.
nORT DR OINOttOCBT. |85
li frans, li debonaires, li nobiles guerriers,
et dist au premier mot: „Dex! ù est mes destriers?
„ceries, n^sai que jou face plus voleutiers,
„u lui perdre et morir; tant est bons et entiers/*
et Tholomé respont, com rois, mos noveliers: 5
„de cascun estes pris, mes miens estes premiers/*
quant l'ot Emenidus^ près ne fu coureciés,
et dist à Tholomé: „cou samble losengiers;
„de mes prisons laidir, porqu'estes costumiers ,
„quant as tos ne partis ne n'i mostres dangiers, 10
„ne aine tort ne tus fis d'un de tos prisonniers.
„ne vus jà de cestui ne seres parcouniers;
„quar pris l'ai et miens est et par moi seul entiers.'*
— mais miens, dist Tholomes, trop serqpe laniers.**
et dist Emenidus: „que vaut vostres plaidiers? 15
„qnar vus jà de cestui ne seres parcouniers.'*
jà fust entr^aus montée la noise et ii tenciers,
quant cil sali en pies qui fu preus et légiers;
vint à Emenidus et dist: „biaus sires ciers,
„à vous me renc prison, voiant ces chevaliers; 20
„quar par vus desconfis soumes tout, ce sacies.
„par vous s'en est fuis, n'en serai parcouniers,
„li dus Betis de Cadres, me sire droituriers.
„et si a avoec lui plus de iiii. milliers
„dont nus ne s'enfuist por rois, ne por fouries, 25
„ne fust por votre cors, que vauroit li noiers?**
quant Tôt Emenidus, que tant fu droituriers
Gadifters de V Lairis, de la tiere as paumier
et vers lui s'umelie et est si biaus parliers,
la prison li pardone de gré et volentiers; 30
maintenant s'aconpagnent sans autre consillier.
Cescuns fu mull proudom et chevaliers adrois
et sages de parler et de fais mult cortois;
conpagnie se jurent et plevisent lor fois
que li i. l'autre, tant soit de mort destrois. 35
sacies, mult en fu lies Alixandres, li rois.
Gadifier de 1' Lairis fu en estant tous drois;
non por quant il tesmogne, si com il pot ancois.
186 MORT DB GINOHOCBT.
qu'Ëmenidus d'Arcade l'a pris, li quens adrois.
la cace recommence, cescuns d'aus remest cois;
Gadifier fu bleciés, en lui n'ot nul defois,
les flans li ont bendé d'un vert pale Grijois.
por tenir conpagnie, Grius et Macidonois 5
remainent avoec lui desi à xx. et iii.
Emenidus d'Arcade estoit forment destrois;
bien deust reposer, s'il deust estre cois;
mais plus aime les armes et les rices conrois,
et estors et batailles et cembiaus et tomois, 10
amour de bêle dame, de puciele à crins blois.
o eus est retomés, sor i. ce val norois,
fort et rade et isniel, les pies blans comme nois.
Salinot ert parens Betis et Daire rois;
Emenidus le fiert è guise de François. 15
haut le prist por abatre en l'escu blasonois,
ne li vaut à cel cop 11 haubers une nois;
F. 31® par mi outre le pis, qui que soit tors u drois,
mais l'ensegne de 1' pis de 1' gonfanon Turcois;
li arme en est partie et li cors remanois. 20
Or s'en fuient Gadrain, n'i vont plus arestant;
la montagne pasèrent, è 1' val vont avalant;
des or ne crient Betis home qui soit vivant,
li Grijois les encaucent, qui forment vont jurant,
que il ne les larront & plain ne à pendant; 25
à esporon les suient, de férir désirant,
en Bucifal seoit Alixandres devant;
Tholomes et Clincons vont lés lui cevaacant;
L destroit ont pasé ù jà mesent jaiant
li rois vit devant lui i. viellart paisant; 30
es montagnes prendoit cou dont estoit vivant.
Alixandres le voit, broce à lui à itant;
mais il ne l'atainsist jamais à son vivant;
quar il ot durs les pies com alesnes trancant;
et cort comme cievrous à mont le desrubant. 35
Alixandres le voit, le cuer en ot dolant,
et escrie ses homes: „8ignor, or au devant.''
i. Gritts de Macidone c'on clamoit Boidant,
MORT DE OINOHOCBT. I87
Tînt par mi la montagne, à Thomme traversant.
„k V bon roi Aliiandre tus sera jà rendant
„et si fera de vous trestout à vo commant'*
à tant i est venu Tliolomes à poignant,
et H rois Alixandres sor Bucifal errant; 5
à k'il vit le viellart se li vint audevant:
édites moi, biaus amis, que aies vus querrant?"
et cil li respondit: „mais je le vus demant.'*
Aliiandre li dist: „ jou vais Betis suivant,
„qui m'a fait da mes honunes i. damij^ pesant. 10
„en la trace sui mis, si le vois encaucanf
et cil li respondi: „vua aies foliant *
,Jà ne l'atainderes, à trestout vo vivant
„se vus plus le suies, folie sera grans;
„mais retornes arrière tos et isnelement. 15
Aliiandre respont: ,Jou ferai vo commant.''
lors fait li rois sonner i. cor d'un olifant;
cil se sunt retomé, si ne vont pas avant.
Emenidus encontre, qui vepoit à poignant,
grose lance en son puig, et confanon pendant 20
Aliiandres le vit, si le vit acolant;
arrière se retome tos et isnelement
desi à Gadifier k'il trovèrent gisant,
des Grius de Macmone entor lui li auquant.
Emenidus d'Arcade descendi de ferrant; 25
ronpues ot les bendes dont le cors ot cagnant;
ses plaies escrevèrent ù il ot dolour grant
à ii. rais dolerous en va li sans issant;
li cors li va forment et li cuers foibloiant;
de la dolour qu'il a va iiii. fois pasmant. 30
s'il a dolour au cuer, ne m'en vois mervillant;
quar conbatus estoit dès le main igomant
à isi grant mescief, com je vus vois contant
Cil ont doué maint cop et reçut en ont maint;
que il encontre bien, en siele ne remaint; 35
n'a sou siel chevalier que il refuser* dainst;
jus le convient aler, se la lance ne fraint
1) àeviêtr le.
188 MORT DE OINOHOG£T.
à r sanc qu'il ot perdu et à 1' caut qui V destrainl,
se pasma iiii. fois, car anuis ^ le sorvaint;
F. 31* el li rois Tapercoit qui dont joie soufraint;
ses ii. puins fiert ensamble et durement se ' plaint.
„jentius, se vus mores, je me tieg por ataint. 5
,jou ne quic que jamais mes cuers joie demain!.
„*par trestote la tere c'Oceanus ataint,
„onques teus chevaliers ne porta escu paint,
„ne ne tranca de lance vernis, ne escu ' tainf
li Griu si asanlèrent, n'i a i. seul ne Taint; 10
* et mainent tel dolor que le cace demaint,
et Betis'se garist, qui d'aler ne se faint;
bien puet venir à Cadres, se eu lui ne demaint.
ancois que li Griu l'aient conseu ne ataint,
isi grant dol demaine que la cace remaint. 15
li rois le millor mire rouva* qu'on li amaint
si tos que li cevaus en guef^ suor se baint,
et cil i vint corant qui le quida ataint.
et il s'est tant deploiié, n'estuet c'on li ensaint;'
si Ta oint d'ongement et bendé et restraint, * 20
^'une fasce porprine par mi les flans Tataint.''
après a dit au roi que caitif né se claint,
que voel qu'il face dol, ne secojj^ li engrmnt;*
à tous l'a fait entendre, bien est drois qu'il le saint.
Sour une kurte pointe fourée d'auqueton 25
a fait li rois coucier le preu Emenidon,
menuement ouvrée de soie et de coton;
et Gadifier o lui, son jentil conpagnon
et Lincanor o lui qui cuer ot de lion,
li Griu l'orent trové pasmé sor le sablon;*^ 30
quar Betis Tôt féru d'une lance à bandon,
devers destre l'ot pris, si c'on vit le poumon,
li rois a fait sor aus tendre le * ^ pavillon
dont tout furent à or li pan et li gieron,
1) que travax. 2) le. 3) auire. 4) prie. 5) ifratU. 6) eil êavoit
tant de pltne n'eêt nuê qui li e$uaint. 7) lavé Fa boneoient, eeêué ei re#-
traint. 8) li eaint. 9) ne veut que 4te gramiêee, ne **ire ii engrmni.
10) ffit là fa aporté paerné eor i. klaeon. 11) êon.
MORT DE 6IN0H0GRT. ]89
et les cordes de soie et d'or fin li paisson.
li mires de V garir prist une livrison *
de tous iÎL à garir, mes li mors li diston.
quar Gadifiers estoit férus par le poumon,
à la jouste c'ot faite au preu Emenidon, 5
à ii. lés de l'espiel cairent li rognon;
ains c'on eust aie iiii. pas de randon,
se pasma iiii. fois en mi le pavillon,
au relever i va Tbolomes et Clincon,
et li rois premerains qui cuer ot de baron; 10
et quant Gadifiers fu venus de ^asmisson,
premerains apiela le preu Emenidon.
„sire conpains, dist-il, dès or départiron.
„ciertes, mult sui dolans de la desevrison,
„quar forment vus amase o moi à conpagnon; 15
„quar ains mjudres de vus ne manja de poison.'*
lors prist congié au roi et as pers environ,
et n'ot mie bien dite encore s'orison,
quant li cuers li fali, si sciet è V pavillon,
là moru et fina, si com lisant trouvon« 20
li rois en fu dolans et li autre baron;
quant ont asses ploré tout entamble lor bon,
li ber Emenidus qui aine n'ama félon,
Ta bien fait seveUr, n'i ot arestison.
ricement Tentierèrent à grant prociession; 25
à la loi ki estoit font lor oblasion.
en apriès se revint li rois è l' pavillon,
et li mires tou dis fu o Emenidon,
et au preu Lincanor qui mult fu gentius hom.
le roi a fiancié, à la clere façon, 30
F. 32* que il le rendera plus sain que i. poiscon
par erbe et par enplastre, et par bone puison;
et se il cou ne fait, jà n'en ait garison,
ne n'en soit pris ostages, se de la teste non.
par tans porra porter cescuns son confanon, 35
et férir chevalier de lance et de tronçon.
1) mut §rmU êntenHan mine xx jorê te rendra iouê êoine comme
t. yiêsen.
190 MORT DB 6IN0H0CBT.
tel joie en ont par Tost, tout oublient Sanson,
et Pireus de Monflor, à la clere façon;
quar tous li desconfors estoit d'Ëmenidon.
Alixandres li rois lor a dit tel licon:
,,les mors laisies as mors, et as vis se tegne-on.<* 5
là veiscies le soir tendu tant pavillon;
qui Yot tente ne tre, si en ot à fuison.
li plusior se dormoient sans noise et sans tencon;
icele nuit pasèrent à poi de livrison.
Cel soir jurent li Griu è T val, sot la froidor, 10
et por le doue sidrain qui ciet à la brunor;
car de 1' caut et de V froit sunt grevé li plusior/
et las et anuié de soustenir Testour;
et li ceval cargié et porre ^ de suour.
li ceval furent las et navré li plusior; 15
mult sunt lie de V repos, quant il eo ont loisor;
petit orent viande li chevalier millour;'
tout le prisent en gré* li grant et li mener,
en fresi^ è V demain que il virent le jour,
lors font tentes et très quillir è grant vigor; 20
droit vers Gadres alèrent li noble pogneor.
n'aura mie Betis, cescun jor, lonc séjour,
et li rois devant aus fait porter l'oriflour.
Li rois porsuit le duc qui de soi^or n'a cure;
droit vers Gadres en vet sa plenière aleure, 25
trespase pui et roce et mainte conbe oscure,
et manace le duc de lui faire laidure;
quar de son connétable et de sa bleceure
est dolans en son cuer, s'en a ire et rancure;
ne Betit ne manace d'autre desconflture 30
que la teste à tolir; sa roiauté en jure,
que je ne le garra, sa loiauté en jure. ^
li fourier vont souef la petite ambleure;
à celui ki le fais à grant besoing endure,
sont vii. c. chevaliers, tous esUs par droiture. 35
li plus erent si home et de sa teneure,
1) de forré et. 2) maU ii ont ban Hgnor. 3) commune. 4) eniroê p*e.
5) eoêtiax ne fermeure.
MORT DE GINOHOCBT. 191
cil aiment plus 11 duc que nule créature;
li mire de Y garir sa loiauté en jure; ^
par entrait li garist de drancle et d*ardeure;
armes poront porter, s'on lor quert' desmesure,
et Tin boire et mangier, quant que requiert nature. 5
d'ilueques à yiii. jor n*i met alongeure,
dist qu'il le garrira de trestoute enfleure.
En iii. jors après tierce,' i. poi devant midi,
ont 11 Griu tant aie et esploitiet isi,
qu'il furent des foriers bien yii. liues parti; 10
et cil ont le cemin vers le flun aquelli,
H ceyal ont beu et li homme autresi;
li aighe est bêle et clere, or sunt-il tout gari.
en Betanie entrèrent, i. pais bien garni;
tost furent li castiel brisié et asali 15
et li pains et li vins et li cars autresi;*
asses en ont mangié, car il l'ont deseryi.
cou que lor demanda, '^ n'ont-il mie guerpi.
F. 32^ tantos comme li cuers la viande senti,
si furent tout haitié et de grent* esbaudi, 20
et Betit manecié et tout lor anemi.
de tel cose se sjont par loisir aati,
•qui tomera à certes» ains le jor aconpli.
se Dex ne lor aie, il sunt mort et péri.*
Li fourier ont mangié à joie et à plenté; 23
puis furent li Gr^ois^ des mires regardé,
et cil qu'en ont mestier rafresci et bendé*
et remis à ceval et forment apriesé; '^
li sans as palefrois se sunt pris et monté.
Emenidus d'Arcade a le sien demandé, 30
la jeste ^^ ne li plest, ne ne 11 vient en gré.
de bataille ordener ains n'i ot mot soné;
mais li un avant l'autre se sunt aceminé,
et quant li rois fù outre et li Griu sunt passé,
ne quident par nul home estre plus destorbé. 35
1) mult bien Us asêeure, 2) ê*U ne /Ml. 3) Aprèê orê de Itérée,
A) reeoitHe. 5) en remeei. 6) de guerre. 7) hatti. 8) malade. 9) el
faieié, 10) en Hlierre et derrier apresté, 11) UHere.
192 MORT DE OINOHOCBT.
mais il ert angouscous * ancois le jor passé ;
quar li dus d*Alemagne,' à V corage aduré^
et cil de V Iberrie qui tant sunt desreé '
et furent xv. m., tout chevalier armé,
dont 11 plusior estoient en batalle priTé;* 5
mult convoite c'as Grius se soient ajousté.
cel termine et cel jor ont piecà désiré,
partant si erent Grijois à tel jent ahurté,
de coi li plus hardis seront espoenté,
et tout li plus haitié durement agrevé. 10
se Dex ne lor aie, mort sunt et afolé.
ier orent ases paine, hul seront plus grevé.
L'amiraus des Arcois fu chevaliers vallans,
et hardis et courtois et fiers et conquerrans;
larges fu-de donner plus que ne sui contahs; 15
vestus comme François et sot ases * romans
et coragous et fiers et rices et poisans,
et larges* costumiers et bien entremetans;
et si est bons vivendiers et trop bel despendans.
as armes ne 1' vausist Arrabis, ne Persans, 20
ne Hermines, ne Tufs, ne Mors, ne Aufrikans.
ains ne vint en estor que bien n'i soit parans
et n'ot ains tel destrainte ' qu'il ne fust desfendanë.
les Grius en vit aler contre val i. pendans;
quar il faisoit Tangarde de tous les denibans. 25
il escrie les siens, lies et baus et joians:
^chevalier, or as armes; que nus n'i soit tarjans.
„couars est et mauvais, hounis et recreans
„qui à si grant besoig est lens et demorans/'
lors saut cescuns à tiere, des armes désirans; 30
prisent les blans aubers et les elmes luisans,
et font cevaus estraindre, noirs et sors et baucans,
et ensegnes lancer de pales boians;^
et li Griu les aprocent à qui n'est grans ahans
et dont li plus hardis en sera esmaians, 35
1) «rojil angoiêe. 2) dé Naman. 3) Perêani et Feliêîé. 4) eêpnwê.
5) yartêr. 6) dé guerre. 7) deêtreee, 8) lacier de foUf fiamboians.
MORT DE 61N0H0C»T. 193
et li plus désirans de la paor tranblans.*
Ëmenidus d'Arcade ont dit qu'il est fuians,
et mors sans raencon; jà n'i ara garans,
ne Tigor de ceval, ne force lance, ne brans;
n'il ne voient soscors qui jà lor soit garans. ô
il lor a respondu: ^trop estes mescréans
^nos somes d'une cort ù porpris est et bubans'
„et proecce tos jors, et barnages montans.
F. 32* „de cest mot, se Deu plest, vus serai démentans;
,,que par bien contenir les ferons recnlans. 10
Mpetis est lor esfors, quant laiserai les cans.
„une riens vus dirai, se j'en fusce créans,
„que U i. de nous fust vers le roi cevaucans,
„sour le bai Gadifier qui tant par est courans.
„die lui, se lui plest, c'or nos soie secorans, 15
„u il laira ici ces preudommes gisans
„qui por lui ont soufers itant esters presans.
„hui cest jor, se lui plest, nos soit guerredonnans."
Trestout le premerain Lincanor en apele:
„fius de franc chevalier, en dolante queriele 20
„ù nous sommes entré, vers tel gent qui révèle.
„quar montes sor le bai qui mius vaut de castele,
„et plus tos va ases que ne vole arondele.
„ales-ent vers le roi conter ceste novele.
„vus estes muU navrés par desous la mameie; 25
„ne pouries soufrir d'un espiel l'alemiele,
„ne espée trancant, ne lance qui trancele.
„dites le maine roi qui toute l'os caiele:
„se tos ne nos secort en l'oscure vauciele,
,Jamai8 ne sera jor que ris ne joie espiele. 30
„autresi somes pris comme faus qui oisiele.*'
et li vasaus respont, qui s'aflce en la siele:
„sire, ceste parole, ele n'est mie bêle;
„n'e8t mie sains li cuers qui por paor canciele.
„ciertes mius voel avoir perde la mamiele 35
„se par moi tes escus ' ne fraint et escantiele,
1) asêuréê de la mort redouian*. 2) prié têt et êeubatu/, 3) par wù
ee9t eseu.
194 MORT DES GINOHOCBT.
„dont le signor lairai jésir sor la praiele;
„jà puis ne baiserai ne dame ne pucele,
„ei ne serai joious de nule damoisiele."
Emenidus iait tout à cescun son bon dire;
onques ne fist sanlant le dus qu'il en ait ire; 5
envers Calnu ala, si li commence à dire:
„n'est mie boine cose , qui de ceval trop tire ;
„à bon droit est despis, qui autrui vint despire.
„n'es puis mie soumonre, à cescun tire à tire;
„mais vus qui estes sages et de Y mius de Teupire, 10
„ales-ent vers le roi conter votre* martire;
„que laisiés nos aves sor Teur de V desconfire.
„dites lui, se lui plest, qu'il ne nos lest ocire,
„et s'il pert ses barons, il en devenra pire.
„nous li avons aidié mainte gent à ocire.^' 15
et li vasaus respont, qui de cest mot s'aire,
de grant orguel s'estent,' et de fierté sospire;
„sire, de cest afaire me voel-jou escondire.
„i. autre, s'il vus plest, vous i convient eslire.
„ains aura tel féru,' n'ara mestier de mire.'' * 20
Emenidus apiele Lione en sousriant.
„fils de franc chevalier, or n'alons* pas gabant:
„on ne doit pas tous jors croire consel d'enfant. ^
„vus vees ci orguel quf nos va porprendant,
„et vees le mescief dolerous et pesant. 25
„ales-ent tôt à 1' roi, sor le bai remuant,
„qui fu à Gardiien, le cevalier vallànt;
„quar jou ne me puis mie consire sor ferrant.
„dites4ui, se lui plest, et il nos ame tant,
„qu'il nos face soscors, besoig en est mult grant; 30
„u ici remanront si houme et si serjant
„qui por lui ont sofert itant estor pesant.''
F. 32' et li vasaus respont: ,Jou n'ai or nul talent
„que vous laie morir, si m'en aille fuiant;
„ains arai tel féru de la lance u de branc, 35
„qui nos vient conune fus* de la mort manecant,
„et por cou n'est pas drois que nus proudom se vant.
1) notre. 2) s'eêfrênt, 3) car aine t. ferai tel, 4) n'aies. 5) fauê.
MORT DE GINOHOCBT. ^95
„ne joo ne dirai plus, mais à Deu me commant,
„que abatte Forguel qui si va desreant/'
Emenidus d'Arcade ne sot onques tencier;
onques jor ne yot dire laidure (à) chevalier,
bien voit, en aventure sunt lorné li plusier/ 5
ains nuit aront angosse li millor chevalier;
sa vie, se il puet, vorra-il calengier;
à la tiere descent, por son poitrail lacier;
si se fait par les pies et bender et fascier,
d'une bende de porpre estroitement liier; ' 10
puis li metent è 1* dos un blanc aubère dobKer;
li malle en est serée, blance corn argens mier.
è r cief li ont asis i. vert elme d'acier;
as las li vont entor et fremer et lacier.
puis a cainte Tespée qui mult flst à prisier, 15
et fait contre le vent l'ensegne desploier,
et ferrant amener que il aime et tient cier.
se li vait col et front et crupe aplanoier,
et les ious et le cors d'un mantiel essuiier;
puis mande les barons por enquerre et cierkier 20
que il vorront au roi por soucors envoler,
sor tel l'ont devisé qui ne l'osa laiier,
i. povre vavasor de la tiere d'Alier.
Emenidus li fait délivrer le diestrier,
le- bon bai Gardiien ' qui a le cors légier. 25
mult doucement li prie qu'il penst de l'esploitier
et monstre par ensegne le roi ce bon destrier
„que jou Emenidus, me cors vus fis baillier,
'„que nos face socorre, car en avons mestier.
„u il l'a à tous jors perdu sans repairier.*' 30
Li mesages s'en torne, qui des fouriers se part,
et sist en è 1' ceval qui le front ot liart
por nient ne 1' querroit ne roi,'^ne acopart,
ne nus cors de ceval qui soit jusqu'à Baudart
ains none a conseu le roi à 1' cors gallart, 35
dist lui que por ses homes retort è l'estandart;*
ne cuide que jamais en voie vis le quart,
1) plus ehr. 2) Met Oadifer. 3) r^M. 4) êeront à C dur eêêart.
13*
195 MORT DE GINOHOCBT.
quar tel lor sutit venu que d'asanler fu tarf,
ne daignèrent por lui drecier lor estandart.
de batalle à esmer * ne furent à esgart;
ains Tinrent à desrois comme ostoirs à mallari.
mais se Dex le roi sauve, qui ains n'ama couart, 5
tel i vinrent tout sain, percié aront le lart;
ne jà ne les garra escus ne toenart.
Li mesages, ains none, a le roi conseu,
droitement à 1' monter d'un roste' pal agu
hautement escrià: „Alixandre, ù vas tu? 10
„a! sire, ne saves que vous aves perdu.
„celui laies arrière, à le fière vertu,
„qui'fait en tant besoig connoistre son escu,
„et a le votre droit en (maint) liu maintenu.
„et li autre fourier i seront tout vencu, 15
„et li couart' navré qui là sont enbatu,
„6e par vus n'ont soscort, jamais n'ierent veu."
li rois tire sen frain, quant il l'a entendu,
F. 33* et dist à V premier mot: „or ai-jou trop perdu..
„or arrière plus tos que ne somes venu, 20
„se puis iceus trouver, mult sera cier vendu.
„Dex, force lor dones, qu*i] soient desfendu."
Li mesages a bien sa parole rendue,
et li rois Alixandres l'a de cuer entendue,
puis a dit à ses homes: „bien ai joie perdue', • 25
„s'ensi m'est Famistés de mes barons tolue.
„Emenidu8, fait-il, par cui m'os s'esvertue;
„s1 est la votre lance et doutée et cremue,
„et li cop autresi de votre espée nue;
„se de me desevres, bien m'est joie perdue. 30
„la corone de 1' cief me sera abatue;
„et se mors nos départ, tel dolors m*est creue
,jamais ne voel que tiere soit par moi maintenue.*'
Li rois tous premerains est arrière tornés,
pleure por ses barons que il sot enconbrés.
e Dex! corn francement il les a regretés, 35
Emenidus sour tous, qui tant est ses privés,
1) iMriênêr. 2) ruUte, 3) doUnU.
MORT PB GINOHOCBT. 197
„e! gentius chevaliers et frans et aloses,
„si ai joie perdue, se de moi desevres/'
Tholomes à cest mot est au roi acostés,
se li a dit: »,biaus sire, por coi tus ocies;
„per Deu quant de cel home si durement dotes, 5
„*mult faites grant folie quant de vous le partes;
„si vus lo * par consel, se vif le retenes,
„qu'il soit mais entor vus, et les autres pênes.
„è r reprovier a dit 11 vilains, ce saves,
„qu'à conbattre souvent, pegist' mie santés.'* . 10
et (*li rois) le regarde, qui tos fu porpensés,
et lui dist errament: „taisies vus; ce gardes.
„nus consaus envious ne puet être celés;
„ciertes, or i pert bien qu*envie li portes;
„ce8te parole est laide, jà ne le removes. ' 15
„8e le set autres gens, vus en seres blasmés.''
Arrière en vait li rois* qui gent ot le corage;
crient que de 1' demorer (*n'i) ait eu grand damage,
*à grant mervelle dote perdre de son barnage;
et cil sunt asamblé es plaines de Valage, 20
droitement è Y désert de la roce Laufage,^
Alixandres devant, o le hardi corage;
et apriès li roi va li mius de son barnage.
tuit vinrent à desroi icele gent sauvage;
cil ftirent par escieles, qui conseil orent sage. 25
Tamirri des Arcois et li sires d*Arcage
se vont entre-férir et par ire et par rage;
chevalier furent bon et trop fier de corage,
et li ceval corant qui ne sunt mie onbrage;
ne lor valent eseu le poumon d'une vake,' 30
les lances es haubers ne truevent pas pasage;
l'amiral ne se faint, ne son cop n'a souage.
Emenidus fiert bien qui mult ot vaselage;
proecce par nature li vint et par corage; '
toute plaine sa lance, Tenporte^ en mi l'erbflje. 35
or* est en aventure de perdre signourage,
1) or vus ioi. 2) ne gUt, 3) rMrdeê. 4) H roiê eevuueê ioêt
5) • Fmifase. 6) flMmf0 rf'im fromage. 7) p^rage. 8) f «èali. 9) 9U.
198 MORT DE GINOPOCBT.
se de ceus n'a sescors, qui li doivent omage.
L'amiral fu hontous, quant à tiere se sent;
car * d'un seul chevalier ne trouvoit-il ^ nient
onques mais ne cai, or l'en poise forment;
il resali en pies, à 1' ceval se destent,' 5
et com hom vigerous à le siele se prent,
l'une main à l'arcon, l'autre à l'estrier d'argent.
F. 33^ l'amiral vot monter, mais li dus li desfent;
tel li done de 1' branc qui cler luist et resplent,
que jus le rebâti, le visage sanglent, 10
si que tout estordis à la tiere se prent.*
il ne fut mie bien porseus de sa gent;
li Grijois l'ont outré et Pilote descent;
cil est à lui rendus et li vasaus le prent.
Emenidus regarde, se li dist doucement: 15
„sire, qu'en ferai-jou? dites votre talent;
„ciertes tout en voel faire votre commandement."*
Emenidus respont, si a dit son talent.
„as hamas soit menés tos et isnielement,
„et soit si bien gardé com à tel apendant;^ 20
„par lui arons des nos jentil délivrement.
„et se li rois revient et s'ire li consent,^
„si ert notre conpagne, se lui plest loiement,*
„et cierkera o nous le règne d'Orient;
„qu'il n'a tel cevalier desi en l'Ocidenf 25
iiii. escuier Tenmainent désarmé vivement,^
droitement à 1* hamas qui le martire atent.
non pouvet* è destrois d'une roce se prent, *^
* là se traisent les Griu , se force les sosprent;
se sunt mis et enclos pour querre sauvement; 30
xii. home s'i pouroient bien desfendre de c.
or set li amiral de cui folor se sent,
qui n'a mie grant force et grant fais entreprend.
• à maint home mesciet de parler folement;
si est-il cestui fait, mais à tart se repent. 35
Pris est li amiral par folement venir;
1) Mf. 2) dùiùU-U. 3) r€frm. 4) Vêêtini, 6) honu «fmil. 6) il H
iê ecmmii. 7) latiimÊèti^. 8) rieem^mt. 9) ne pwmii. 10) fué f9rf.
MORT DE OINOHOCBT. 199
si voit-on esploitier de fol consel creir*
ne ne digna por eus de fol consel tenir,'
esciele deyiser, ne sa gent esbaudir;
ains les Tint à desroi, devant aiis tous, férir,
et cil les reçut bien qui les rencs fait frémir, 5
et tous jors costumiers de grant estor fumir.
poi conquiert i. seul home de ruste estor soufrir;'
ne jou ne quic que cil puist de Y gaaig joir.
pris est et retenus, n'a de fuir loisir;
li dus par mautalent prist color à noircir, 10
por Tamiral souscore fisent lor cors* bondir,
ses buisines sonner et ses agais bastir,^
et ses gens asambler et ses arains tentir;.
il en metra sen cors par tans à V convenir,
comme por lui ravoir, u dalés lui morir. 15
mais Calnus et li sien font les autres^ brandir
et Lincanors li preus, son ceval tressalir;
des callaus et des pieres' a fait le fu iscir.
Liones point le brun qui le camp fet tentir;
par maintes fois l'ot-on d'une liue tentir,^ 20
et li preus AYistes les rêvait envair;®
cist ont fait maintes fois bien grant gent esfreir.
là veiscies cevaus de tos corre aramir,
et les barons de Grese de proecce® en aigrir
tous ensamble les vont si forment envair, 25
que parmi les harnois les font outre fuir.^^
pris ont et retenu le prince de Maknire,^^
et i. autre avoec lui de mèrvillous air;
celui de Boiselet qui se siut^' aatir
d'Alixandre enpirier et de se gent honir. 30
or se puet-il meismes, ce m'est vis, desmentir;
s'en est venus, je quic, trop tart à Y repentir.
F. 33* Li esters fu si fiers que jou ne sai retraire,
car li dus ert mult preus et frans et deboinaire.
1) iemr. 2) sa bataille garnir. 3) d^eneonire lui guêneir. 4) r'acoir,
m fait ses ears. 6) iêêir. 6) lancêi. 7) hennir. 8) rêêtomUr. 9) du-
rement. 10) roiil outrê-féHr. 11) Valmire. 12) sent.
200 MORT DE GINOHOCBT.
Sarois avoit^ à non et si est nies* roi Daire;
Hamans li ot doné, i. mult rice repaire,
cité bone et garnie et de mult bone afaire.
de ses homes qu'il pert, ne set qu'il puise faire;
bien voit que lor orgius lor traîne à contraire;' 5
se vengier ne se puet, il ne se prise gaire;
il sera mors de V doel, s'un poi ne s'en esclaire;
de gré laise cacier* por soi auques atraire;
mais sages chevalier fu lor sire et lor maire,
Ëmenidus li preus, li frans, li deboinaire. 10
se bien le voelent croire, ne folieront gaire;
entor lui oisies navrés crier et braire,
et peuisies (veir) c. mors qui n'ont suaire;
quar tous est coutumiers de soufrir tel afaire.
1) 8w9ariê ot. 2) fu fix, 3) lonte à grant contraire. 4) de ffré #«
Imt eair.
COMBAT D'EMEMDUS ET DE SA GENT.
€1 dist si com EmenldiM et sa sens se eonbatirent
eonire lors auenils et en 1 ot mult de mors et
d'oels.
Li estours fa mult fiers et ricement* férus;
là peuiscies veir ces lances es escus,*
que d'autre part en percent et li fier et li fus;
et blans aubiers safrés, desmaiUiés et rompus;
mains elmes embarés et reons et agus, 5
et cors de chevaliers et sieles abatus;.
et d'une part et d^autre en i ot de cens,
li gentius chevaliers, sages et aperçus,
qui fu en tant besoing redoutés et cremus,
a les homes le roi sagement maintenus, 10
et d'aler à folie gardés et desfendus;
de tant fu plus li dus^ dolans et irascus,
et dist par mautalent: „bien sui vis confondus.
„tous li mondes sera par cest honune abatus;
„de mes millors barons m'a-il jà iii. tolus, 15
„et des autres tant mors, tous en sui esperdus;
„ne là ne Y puis mener h li rende salus,'
„si com a tel ami o les brans esmoulus;
„quar cU ki tant est preus et fière sa vertus
„en a tout mes engiens asentis et veus." 20
Mult est dolans li dus quant il voit l'aventure
de ses millors barons qu'il péri en tel mesure;
or voit que lor orgius* lor retorne à droiture»*
Emenidus d'Arcade qui preus fu par nature,
1) duremêHL 2) S^varië. 3) m jà Hê puU mener le ehevmiier Cau^
luê. 4) a^aie, 5) iaidure.
202 COMBAT D'BMBNIDUS ET DB SA OENT.
sor ferrant va et vient plus tos que l'ambleure;
quant recouyrer pot lance, grande et grose meure,
ens es yis lor guencist, que de lor preu n'a cure;
cui il encontre bien, ne Y tient afeutreure;
là ù li lance li faut, si trait Tespée nue ^ 5
cui il encontre bien mis est à noreture;^
F. 33' jâ plus n'est en grant soig de querre sa peuture. -
et li lioume Alixandre ù il claime droiture,
il les a à garder, s'on lor quert desmesure;
et garandir les Yiut sor toute créature. 10
i. autres laiast bien si faite teneure;
jà longes n'en quisist manoir en teneure;*
mais il ne le canjast por la tiere d'Asiur.
tous sierés les enguie par une conbe oscure;
ne Yoet li ber soufrir qu'il aient afolujre. 15
tel doel en a li dus, tous en esprent d'ardure;
vers eus point le ceyal et sa créance en jure;
ains le nuit .lor fera mortel desconflture.
Droitement as destrois sunt li Griu repairié;
mes li dus les tient près que mult en est cargié. 20
Emenidus d'Arcade ont issi angoussié,
de XX. lances li fier sunt à lui apoié.
leré l'ont des arçons et sor destre ploie,
li quirs des estrivieres por le fais estendié,
et ferrant desous lui par force ajenellié; 25
mais ne fait nul' samblant de ceval esmaié,
sus resaut vivement quant li fust sunt brisié.
li X. furent des fier en l'escu enbroié,
et li X. de l'obère sunt à tiere glacié.
lors a Emenidus le branc trdit et sacié; 30
là furent li sien cop fièrement enploié
et as plus orgillous malement acointié.
qui de lui pot tomer, volontiers l'ont laié;^.
mais il l'ont à cel poindre forment adamagié.
Pilote ont abatu et si descevaucié, 35
que prison retenu^ Teumainent tout à pié.
1) toê eêt en tmenture, 2) autre pûêhtrê. 3) vêêêeure. 4) Va iaiM.
5) et pris et retanu.
COMBAT D'BMBNIDUS AT DB 8A OBNT. 203
aio8 ne V cors* Lincanors qui ot le cors' prisié,
et de corage franc et de bien enpregnié.
Emenidus ne Y Tit tant Torent eslongié,
qu'il ne V r'aront hui mes, se n'est par grant pedé.
laidement renmenairent contre ceval, à pié;' 5
il Forent de cevestres* bien estraint et loié;'
dolans en ert li rois et li Grius courecié;
ains le solel coucant Taront si cier vengié
que mains proudom en ert à armes detrancié.
Emenidus en a si grant fais embrachié; 10
ne revenra, ce dist, si Tara ostagiet,
que de V gaaig, ce dist, ni erent preus avancié.*
Duel ot Emenidus de la laide prison,
de cou qu'il voit mener son jentil conpagnon,
loié sor i. ronci, à guise de laron. 15
„mius voel, dist-il, morir sans nule raencon,
^que dusqu'à lui ne poigne, qui qu'en poist ne qui non.
„de lui à délivrer me métrai à bandon/'
une lance a tolue i. Arrabi félon;
li fiers en fu trancans et Tanste de saison; 20
le duc en vet férir, brocant h esporon,
si tos comme ferrans pot corre de randon,
que le hauberc li trance, très par mi le blason;'
lés le tor de Tespaule prist i. poi de V braon,
ne l'a gaires blecié, bien ara garison; 25
por quant si l'abâti, cargié d'esdordison.
ne desist, à celé ore, iiii. mos de cancon,
qui li dounast tout l'or au roi Marsilion,
et a traite l'espée qui li peut à gieron.
ceus qui le conte enmainent a si mis à raison, 30
F. 34* que de mort, que de plaie n'ot nus d'aus garison.
par le resne le prist, que ne le desfent-on;
les galos l'en remaine, qui qu'en poist ne qui non.
tes esfors ne fu fais par i. tout seul baron;
sor le duc arestèrent, qui jut en pasmison, 35
i) êot 2} euer. 3) n*ên orêni foê pUii. 4) eavêêtrêê. 6) êor t.
r&nei. 6) si que Jà iê V tfotung n'erMi prêu, 7) Piemnt s'en vm férir,
irèê pmr wd U hluêon que U hiimMi H iranee ei l'ermin peHeen.
204 COMBAT D'ENENIDUS ET DE SA GBNT.
tel vii®- chevalier ki ont droite ocoison.
là demainent grant duel et grant desmentison,
por lor jentil signor qui lor ot fait maint don.
Ëmenidus passe outre, n'a soing de lor sermon;
mult est lies de Pilote qu'il mist à garison.^ 5
Li duc ont mis en pies si ome et si casé;
mais il se sent blecié et forment agreyé;
à grande paine l'ont è V ceval remonté,
mult en a grant mervelle, quant il se "^ent navré;'
à paines li souvient conmient il a erré, 10
por quoi, n'a quel besoig sunt iluec asamblé. .
l'afaire reconnut, quant bien ot porpensé,
et a dit à ses hommes: „malement ai erré.
„or sunt-il es destrois, ne nos en savent gré;
„nous les teniions mius qui fumes à plenté,' 15
„s'es venimes férir trestous desconraés.
„or i pert com il sunt par nos^ cors agrevés,
„et se force lor croist tôt somes afolés;
„baron, car nos traions à droite sauvetés;^
„proudom, tant que il puet, doit querre sa santé." 20
ains que li dus eust Tafaire devisé,
1er sort rois Alixandres et li Griu desraé;
par derrière se sunt detries le val esté,
qu'il furent sigement et conduit et mené,
cil sunt en aventure de damage tome, 25
ne jou ne voi comment il en soient gardé.
Li rois vit à ses ious cou qu'il voloit trover,
les i. por damagier, les autres por jouster.®
ses anemis connoist et requiert comme ber;
de droit lor laisent corre quanqu'il pot randonner, 30
et li sien après lui que il n'es pot amer.^
maint ceval font le jor d'angouscc tressuer;
mais nus à Bucifal ne se puet acoster.
li dus les vit venir, qui ne s'i pot fier;
n'i pora preu aidier,® n'il n'a talent d'aler; 35
1) ^t7 a trmt de êa priêOH. 2) armé. 3) vimeê pêHs, 9*eê évmêê
en viUé. 4) for. 5) êoive fermeiée. 6) salver, 7) penêeni d'êëyaranêr-
8) ii ne eet fireu fuir.
COMBAT D'BMBNIDUS ET DE SA GBNT. 205
bielement yiut morir, ce li vient en penser,
et dist qu'en bêle fin yiut Bon tans definer,
mius que vivre et languir et laidement ouvrer;
quar mult doute proudom son cors désounorer.
il sist sor un ceval qui mult fist à loer, 5
c'en ne peuist è V mont iii. millors recouvrer,
envers le roi s'adrece, qu'il le vot encontrer,
et li rois envers lui ne le vot refuser,
cescuns viut celé jouste à damage tomer;
lî rois, por ses barons que cil vint agreyer, 10
et li dus qui teus est c*on en doit bien parler,
le revint enpirier, s'il pooit, u grever,
et son cuer esclairier, que poi quide durer,
et son ire vengier, s'il pooit asséner,
il s'entre-laisent corre, sans nul point agrever, 15
que l'uns ne degne l'autre d'un seul point* refuser,
ne de bien, ne de mal arainement doner.'
si durement se fièrent quant vient à Tasambler,
des escus font les ais fraindre et esquarteler,
F. 34^ les bons obères deronpre et laidement fauser; 20
et les arçons detries pecoier et quaser,
et les cevaus sous aus par destraice suer,
li dus selonc le car li fait le fier paser,
qu'il en pot d'autre part le confanon mostrer;
mais près, à icel cop dut sa guerre finer, 25
qu'il enprist de la car et traist de^ 1' sanc cler;
mais la plaie ne fu mje gries à saner,
quar Dex et aventure fist le cop esciver.
li rois li fist è r cors le sien acier temprer,*
par mi tous les boiaus, l'escine desevrer." 30
ambedoi sunt eau, ne s'en pot nus gaber;
mais il ne furent mie parel à relever,
quar l'uns remest haities, l'autre conyint finer;
ilueques maintenant l'estut-il dévier,
au cair que il fist, devinrent li renc cler; 35
tourné sunt à le fuie et laisent le plorer.
aine n'i ot si cortois qui (le) venist saluer»
i) mot 2) araiêner ne parler, 3) s'en traiêt U. 4) eoier. 5) dêtnoer.
206 COMBAT D'BMENIDUS BT D& SA GBNT.
ni autre qui peuist aus congié^ demander;
ne preu ne sevent-il quel part doiyent aler.
Li rois a mort le duc; de vreté le sacies,
por i. seul petitet qu'il ne fu^ engigniés;
car mult fu à cel cop de la mort aprociés, 5
et se li cols' ne fust devers destre glaciés,
jamais ne conquesist les estranges rainiés.*
et ciP Toient les Grius venir tous eslaisiés
et sevent que li dus estoit mors trébuciés;
por atendre au férir ont tous les fers baisiés. 10
là peuiscies veir chevaliers esmaiés,
qui s'enfuient mult tos des esporons coitiés;
de r desfendre n'en est i. seus apatilliés,
mais d'escu et de lance est cescuns descargiés.
le jor fu après eus mains -cevaus eslaisiés, 15
mains trancans fiers de lance en cors d'ome bagniés,
et mains rices- prisons retenus et loiés;
bien en fu mors que pris toute l'une moitiés.
En gent qui n'ont signor n'a mie grant defois;
cil sunt mort et vencu» si s'en tome li rois. 20
là il li dus gist mors est venus de manois,
doucement le regraite, si le plaint en Gr^ois,
et dist que: „se il fuscent des siens tel n. et iii.,
,,hui nos éuscent fait i. giu Sarrasinois;
„quar il n'avoit tel home dusqu'à 1' règne as François.® 25
„or de l'aparillier, car n'en vei-je' ancois,
„si ert enbausemés,^ conune frans dus cortois."
portés est en sa tiere, d'aîromes ancois*
trestous enbausemés, por longes durer frois,
et le firance'^ ducoise qu'en est en grans esfrois. 30
Lincanors ot le roi sa parole avancier,
et le dus regreter et son pris essaucier,
mult l'en aime en son cuer, si l'en va arainier.
tout erraument li diat et sans contralier:
1) pensast de congié, 2) ne remêft. 3) fiers, 4) il fuêl mors à cê
eof u formeni iaidengiés, 5) /• forrier, 6) Asinns, 7) irai-je. 8) «•-
ktUsemés, 9) tu flaee u girrons anevois. 10) et trawUs en ss tiers fsr
tes vax de Morois à le fronce.
COMBAT D'EMBNIDUS ET DE 8A 6BNT. 207
en vous a bon, jou quic, por home estoutoier;
„cil est preus qui ne Tint soufrir votre dangier.
„cil se Tint ore ^ à vus par amors' acointier,
,,et moustra bien s'il sot auques de tomoier.
„mult vus fist roidement ceste siele widier, 5
„inais au ^ franc connestable qui le corage a fier
„le vis-jou* roidement jehui descevaucier,
F. 34* „qu'il se laiast coper d'un enfant le raier. *
„de lui vus os-jou dire, jà ne m'en vius targier,
,,que onques de mes ious ne vie tel chevalier. << 10
et li rois li a dit: ,,souvent vus a mestier.
„bien li sera méri, se je 1' puis esploitier.
„8e Dex me donne vivre, j'en ferai roi entier."
— sire, dist Lincanors, ce fait à mercier,
„quar vus ne le pories nul liu mius emploier; 15
,jà de lui notre gent n'averont reprovier."
„Lincanors, dist li rois, se Dex me béneie,
„une cose ai pensé, ne Y lairai, ne vus die.
„mult par est haute cose, proecce si^ns envie;
„*mais en vos conpagnon en a mult grant partie, 20
„*J'en haira tel jà, se il ne s'en castie
„mais en Emenidon, à le chière hardie,
„ne po conques connoistre orguel ne félonnie;
„por cou que vus l'ames et tenes conpagnie,
„de grant bien et d'ounor li miens cors vus afie.'' 25
cil fu sages et preus, que mult bel l'en mercie;
puis conte des prisons qu'il ont en lor ballie,
les iiL millors barons d'Arrabe et de Persie;®
il sunt rice d'avoir, d'or et de manandie;
si sevent les délrois de la gent paienie. 30
— sire, retenes les, s'Emenidns l'otrie.
„*car d'ex pores avoir et secors et aie."
et li rois respondi: „ci n'a point de folie."
Coi que li rois parole de son baron qu'il prise,
i vînt Emenidus, cevaucant en tel guise, 35
et n'ot si tel armé tros qu'à 1' règne de Frise,
de l'estor c'ot vencu ot la large jus mise,
1) Awt. 2) artMê. 3) te. i) #t. 5) hrmier. 6) 8unê,
208 COMBAT D'EMENIDUS ET DE SA QBNT.
et tenoit i. tronçon d'une lance malmise
qu'il ot en i. escu par grant vertu asise.
ferrans vait Tambleure, qui vaut tôt For de Frise/
toute une estroite sente, dalés une falise;
sous ses pies trance et ront Tierbe vert et alise; ^ 5
et li rois qui de bien ot la parole ' esprise,
li vet gagier * l'ounor k'il li avoit promise. **
„tenes, sire, fait-il, par qui m'os se justise,
„toute la millor tiere, quant jou Tarai conquise.
„*rois serez coronés, car ne vois îi mix gise. tO
„ciertes, si ne quic mie, que foie gent marcise
„vus tolent^ votre ounor , quant vus Tares saisie. ^
Sages, amesurés et de biele atemprance
estoit li connestables et ot esté d'enfance,
por le roi mercier, mult près de lui s'avance, 15
et dist: „sire, jou sui. tous en votre aliance;
„certes jà n'ere ' lies de la vostre pesance,
„ancois le venjerai, tous jors à ma poisance.
„ne soies de ma plaie onques plus en balance;
„le mire me laies en qui ai m'espérance,
„et cevaucies avant, prendes votre venjpnce. 20
„ne quic que par derrière, ne viegne mes nuisance.
„et vus nos souscores, s*on nos requiert grevance.
„vus aves bons haus homes et de noble poisance,
„vus pores gentius homes faire tel secourance,
„qu'il s'ostent de povreté par votre délivrance, 25
„et vus servent à joie et dient en oiance:
„mult avons bon signor qui tous jors nos avance;
„qui por mort li faura, ses cors ait mesestance/*
Li rois vit^ sen baron qui T vint bel consillier;
mult prisa en son cuer lui et son castoier. 30
vers lui point le ceval, se T couru enbracier;
en afolant* Testraint, armés sor son destrier.
„Emenidus fait-il, mult vus doi avoir chier,
P. 34* „quar tous jors vus pênes de mon cors adrecier,
„de mon pris à monter, de mon art *® essaucier; 35
1) Piëe. 2) liëse 3) pensée, 4) eargier, 5) a«i#6. 6) conquise. 7)ne
serai, 8) ot 9) aeoiant. 10) m'onor.
COMBAT D'EMIBNIDUS ET PB SA QBNT. 209
net jou ine penerai de vus bien avancier.
>,en pièce n'ires mais, sans moi escorgaiiierr
^ne angardes porprendre, ne contrées cierkier;^
„ains remanres o moi les contrées gaitier.^
^ne yas lairoie mie après moi estraier, 5
„por tant d'or que poroient porter iiii. soumier;
„quar trop est grans perius d'aventure essaier."
lors commande li rois toute l'os hebregier,
sor le rive de Y flun qu'il kuevent net et cler.
là herbegent la nuit por lor cors aaisier.' 10
de r roi sunt regardé tout li novel* fourler;
lor plaies font laver et terdre et essuiier,
et jus d'erbe quellir et enplastre loier,
et li mires fu tes, n'i ot que ensignier.
ce dist, s'il ont mestier, armes puent baillier, 15
n'es en rue ne jamais demi jor * detrier.
et li rois bonement l'en prist à mercier, .
et fait a38es donner et argent et or mier.
Emenidus a mult* toute l'ost rehaitié;
car bien manjue et boit et jue à se mesnie. 20
li mires li a si se dolour alegié,
ne sent mes de ses plaies ne dolor, ne bascie;
à mervelle s'en est la cors esleecbié,
ne r prise mais li rois de cel mal une allie/
force de nule gent qui tant soit esforcié, 25
puisque d'Emenidon est sa gens consillié.
lendemain, ains midi, fu Cadres asegié,.^
ne fust une novele qui lor fu renoncié,
que la rice cités qui à Tir fu laie,
ert destruit et fendue *et sa gens exillié; 30
por celé eure n'i ot ancube desploié;
i) n'eneantrer ehecalier. Z) grans ciiéf briêUr. Z") te commencent UGriu
muU en kate à logier. 4) navré, 5) et eevaleieren rote, e'iten ont iéêirier^
jà n'es eonvenra mais à nul jor. 6) bien, 7) eol une noU pereii. 8) maie
aine k'eusent Oadres de tor viffnea traneU ne lor gardina eolfé, ne
la place lofié ne Vo» se fuel, enlor à force herhregié lor fu une
novele doleroae naneiée, *
U HoBaiMf A'Alafiii4n. 14
210 COMBAT D'BMENIDUS ET 9E SA GBftT.
droit à Tir s'en revont, ne s'atargèrcnt mîe.*
onques ne regardastes une os plus corecîé,
se trouver peuist gent de Wen faire '^ haitié,
que il s'en partireieat, mult Taroient blecié.
s'or fust vis Gadifter, la ventalle laeié, 5
qui tant ot de vabr et la cière hardie,
et Betis refust sains quittant ot baronnie,
et se gens ne fust tos de batalle aatie,'
il fust ens en keue de Grijois apoié;
mais or s'en va de lui, que ne fu* aprocié. 10
et Gadres remest quites à icele foie.
lor paine n'i ont preu li Grijois emploie;
li rois cevauce à force par le lande enhermie,
de si que à Tir n'ot sa conpagne laie.
Baies ot la novele, de Tavancier s*argue; 15
de r val de Gostoain est sa gens tos venue,
que li rois son barné él son siège remue;
droit vers Gadres s'en va, c'or mautalens l'argue;
Dex com joionsement Baies l'a receue:
ceste parole fu par le règne espandue, ' 20
et Baies fu mult sages qui de cuer s'esvertue;
il n'a rice voisin dont n'a mandé aiue,
lendemain par matin, quant l'aube est apanie,
et fait sa gent armer, la grant et la menue;
onques n'i ot caucié, ne si petite rue 25
dont gens ne soit année, parmi le porte issue;
de iii. Hues en puet la noise* estre entendue.
F. 35» or ne voi-jou comment la tours soit desfendue,
et cou en est la somme, jà ne nous ert rendue,
la gens sor le rivage lor trait et lance et rue , 30
gietent à mangoniaus mainte piere cornue,
perieres i acouplent qu'il ont fraite et fendue;
pttr mer lor a tramis une autre gent Bocue,
l'une moitiet armée et l'autre tote nue.
la gent qui la tor garde, ains vespre ert decene. 35
La gens rive de mer^ ont engiens de manière,
i) la flus droiUealoié. 2) eamkafrg, 3) e^marie. 4) êiquUt^ mins
ne fu, 5) vois. 6) nue du nés.
COMBAT immNmro btmb sa oknt. ^ 2t 1
pcns i'acier et cisiel, tarères cl crocières,
et ont en lor galies pignonciaus et banières,
et buisinent et cornent <3ele gent pautonnière;
ne lor pneent pas nnire cens qui sont es asciëres/
quar il sont coorecter des ondes menuières.' 5
à val en vont an fons, à grans ausnes plenières»
ronpent le fondament qui soustient les masières,
et traient par enf^en les quarraus et les pieres,
mais li fust qm suot gros, les solierent arrière^, *
ne lor laîent cains* atomer lor camières^ 10
ne à lor volonté ^ne pietrus, ne corsiëres;*
cisoires font tos querre asr aspres dena morsières,
por faire desgrans fus pièces à lor manières.*
Li mairien furent gros et li ftist sunt plenier;
mais lirois les «rt fait de lonc acaroter," 15
' et à beiides de fier l'une à l'autre loier.
ne V pueent à nul fiier» à nul engi'en trancier;
lors repurent as nés i. autre engien cierkier,
por destruire le tor et les gens périllier.
une galie longe ont faR apariUier, 20
et de secces estampes.* à Tuii cief bien cargier,
et des secces esprisea qui ardent de légier^
et l'autre cief cargièreiit d'arain et de levier,
desor Taraine sisent dl q*ui durent nagier,
por le fais sostenir et garder et ploncier, 25
et nagent erraument, ne V laisent por laneier,
tant que le' cief devant ajostent à 1' plancier,
celui à tout Testoupe por le mius esploitier.
*fu Grigois en fiole portent M marinier;
es estoupes les metent, sans plus de detrier; 30
por lor vies garir, salent è V plaîn gravier,
li cies qui fu pesans fait l'autre à mont drecier,
li galie s'esprent de mult près à 1' planeier,
tout esprent maintenant, 4i'i a nul recouvrer,
de r fa Gryois est ars, qui ne se vot noier. 35
1) M erocièreè. 7) font eowéturB des ondêê mafiHiireê, 3) solives
entières. 4) Mens. 5) ^uarières, 6) ereissiétes* 7) perrières menuiêres
83 emriier. 8) esloufes.
14*
212 COMBAT D*BMENIDUS ET PS SA MNT.
cescuns doute la mort, jà n'i ara si fier;
là s'en laisent plusior en Faighe trébucier; *
caus flst pendre* Baies et tous ris escorcier,
et à eeraus deronpre et les menbres sacier, «
u les testes coper et desor peu» flcier. 5
li rois Foi dolans à Cadres renoncier»'
que Baies fist ses homes cruelme&t justicier;
onques n'en dégna i. retenir prisonier,
n'en, vol oir promesse, ne recolvre- louicr.
ains puis n'i ot parler de retenir destrier;' - 10
quar de rien ne peust le roi plus courecier. •
tos fet quillir les très et les tentes cargier,
droit vers Tir s'en rêva le cemin droiturier;
mais ne se puet tenir de bien manecier.
or se porcast It dus, car il n'arque targier, 15
et il si fait ihuH bien^ car ne lest chevalier,
jusques à 1' flun d'Eufrate ii sunt li bon arcier,
F. 35* et vers la rouge mer cj't>n n'es puet csprisîer.*
*que ne mant por savoir et semont pdr loîer
*et tos ses bonâ* amis;qu*H li viegnent aidier. 20
*et Daires H tramist -i. décors muH plenier
* tel c"* amé franc qui tôt furent guerrier.
*cil vinrent Alixandre 'et sa gent damagier;
*li dus se doit mult bien de tel secors hucier,
*car le gent que il a, nus ne sait esprisier. 25
niais se Deu le roi sauve,' qui lé^ corage a fier,
tel i vinrent tout sain, né saront repairier.-
Dolans s'en va li rois et U Griu sunt irié,
que li castiaus est frains et si^ home exillié.
cil ierent mult valtaut qui i furent laisié; 30
li rois de -mautalent tint le vis enbroncié. •
l'amiral des Arcois a apriès cevalcié;
mult li poise de 1' roi que il voit deshaitié.
ne saves chevalier i. seul mius afaîtié
de sens et dé proeece,. et de bien ebsignié. " 35
le roi a bielement de mult pars aresnié:
„gentil roi, fait-il, sire, mult vus vpi esmaié;
1) prendre, 2) «numcter. 3) focUUm irêeier. 4) Bfucier. 5) hr.
COMBAT D'BNBNIDUS ET DB SA GBNT. 213
„8e là aves perdu, ci aves gaegnié.
^gardes c'on ne vas tiegne por trop afoibloié,
„ne Belis ne vus tniise plus mal à las qu'îrié; ^
„mai5 faites que votre home soient mult bien vengié;
„si qu'en aies le doel de l'orgueP esclairié, 5
,,que vus ont fait à tir U fol outrecuidié. ^^
„mar i furent li notre pendu et escoroié.
,»8e Dex me done vie, de cou sunt engignié;
„as espées d'acier lor sera repaie.
„nous vus aiderons bien, que l'avons fiancié. 10
„Ie prince de Valmur en ait trové haitié,
„celui de Buiselet joious et envoisié;
„par lor armes seront cil de Tir enpirié.
„por vous ai si le cuer de bien faire haitié,
„mius voel avoir le cors as lances trespercié, 15
„et le cief sour le bu d'espée rouegnié,
„et verai* mon lignage à armes detrancié,
„que ne voie cel doel à joie repairié,
„et lor joie à doloiP; ja n'erent si gaitié."
— amis, ce dist li rois, Dex doinst que soions lie; 20
„dc seul cesle parole aves si esploitié, -.
„hier veismcs le jor que fustes acointié."
et responl Famiral: „c. mercis en aies."
„rois, dist li amiral, ne sores esfraés;
.,bien connois d'Orient toutes les poésies, 25
„le6 princes et les dus et les rois coronnés,
„et contes et barons, domaines et casés,*
„et tous les chevaliers par armes esprovés,*
„ne de poi, ne de grant de noient aloses.
„ce vus di-jou de voir, se vus plest, se 1' crées, 30
„que as fières conpagnes et as gens que aves,
„pories desconflr et ronpre les armés
„que il puisent avoir ne semons^ ne mandés,
„ne por avoir promis, ne por avoir donnés^
„tros qu'à 1' daerain liu Hercules a bosnés.' 35
„ne vus esmaies mie, s'il ont armes ases;
O fw mil homb umnié. 2) ro ciwril^ Umnfb. 3) ©atr. 4) /iw«#.
5) rmmiê. 6) ilmtarf Itmè: 7) çw rttuUr feres.
214 COMBAT IKBNBNIDUB BT DB SA GBNT.
,;quar nu sunt et despris; onques n'es redoutes,
yydesconfis les aves, se soufrir le yoles.
„nous TUS aiderons bien, o les brans aeèrés
„que avons en estor maintes foies portés;
„quar vôtres larges .cuers et vôtres larges * penses, 5
„nos a à votre amor de 1' tout si atonies,
„He vus faurons jamais por home qui soit nés.
„bien le saves' nierir, se le bien i troves;
,4à lu vus en faura, ne soit jnais ounorés.**
et li rois les en a doucement merciés, 10
et lor dist: „nus de vus n'est de cou enganés;
F. 35* „de cuer vus amoral por ke vus moi âmes.**
Mult par' a tos li rois ses conpagnes menées,'
qu'en ii. jors et demie les mena iii.* jomées,
tout selon le marine, esoive* les valées, 15
et les tiere ki sunH auques adolousées.
quant ont- de Caifas les destrecces passées,*
adont coisirent Tir par les vaus desconbrées,
et trovèrent le mer qui cler fait sans nuées;
virent le riee mur qui cters est estelées,' 20
de blanc marbre et de bis menuement listées»
les rices barbacanes par mestrie fondées,
à grans bovions* de fer et à plonc saielées,
et bien parfondement de mer avironnées.
primes les a' maudites et après desûées; 25
quant li rois en vint près, à mains de ii. Uuees,
vit par de fors les lices, sor perces encruées,
les testes denses homes, lés à lés empalées.*®
lors a li gentius hom groses larmes plorées.
e Dex! com francemeni il les a regretées. 30
„por moi aves reçut dolerouses saudées.
„ces testes que d vois, desor ces peus levées,
„vosise mius avoir à fin or raohatées.
„mais se Deu plest, encor seront oier conparée,
„si qu'à XX. en seront ^-^ les c. guerredonées. 35
1) voê rieeê. 2) tarée. 3) drméeê. 4) v. 5) eseivmit. 6) terres
ireêfMêéêê, 7) ei Uê iorê erekUe; 8) goffions. 9) omt. 10) quiià fitrtni
cvmfieê, 11) XXI»' en êrent
COMBAT DBMfiNIDUS ET DJB SA QENT. 215
,,por ]e vengier seront mes grans forces mostrées;
^jamais n'eui partirons, s'erent ^ ces tors gastées.''
es places devant Tir, qui sunt longes et lées,
là est venus li rois, o sa grant gent années;
les très ont retendus et faites ler ramées. 5
Li rois de Macidone est revenus- à Tyr,
vit son castiel foixdu et en la mec j^sir,
et ensi com li fisent le pié desous toiir,
et ses hommes noier et en la mer périr.
Alixandres les plaint et jeta maint souspir; 10
si lor a dit: „signor, mult me deves hair.
,Je vus fis en cest règne ensamble moi venir;
„or quant je vus deuse vos services merir,.
„si vus ont fait laiens à grant glave morir.
„mais jà Dex ne me lest de mes membres jpir; 15
„se jou puis le duc prendre, ne à mes mains tenir,
„se ne 1' fae escorcier u sour carbons rostir.
„or ferai la cité de tous sens si ourdir
„que par mer ne par tiere ne pora nus iscir.''
Mult a li rois grant doel de sa gent qu'est périe; 20
a à soi apielé Lincanor et Elye:
„ciercies, dist-il, les pors de trestoute Surie;
„gardes, n'i laisies nef, ne barge, ne galie.''
cil ont fait son •plaisir qui ne le hçent mie,
et si mainent o eus des Gr^ois grant partie. 25
ases en petit terme, coi que nus vous en die,
lor veiscîes à Tyr amener grant navie.
as murs devers la mer lor font une establie,
que jamais cil dedens n'en istront à lor vie,
ne souscors n'i aront qu'à Ix. nochie.' 30
li dus voit Alixandre et sa grant baronnie,
que li a sa cité de tous sens si ourdie,
que par mer, ne par tiere de l'iscue n'a mie,
et mult a peu de gent u il petit s'en fie,
ne mais de nule part n' aront socors, n'aie. 35
Icel jour séjornërent les conpagnes le roi;
F. 35' dusqu'à 1* matin, à l'aube, reposent et sunt coi.
1) t'aroM. 2) t'il vient e*on ne Vochie,
216 COMBAT D'BMBNIDVS ET DB SA OBNT.
Alixandres a fait sa proière en droit soi;
il a dit à ses hommes; „baron, entendes moi.
,,ceste vile est mult forte, très bien le sai et yoi;
, Jamais ne sera prise, se n'en prendons conroi.
' „mais faisomes perières et engiens et caroi, ô
„de cest part, sor nés, lor faisons i. berfroi;
„quant la mers sera grose, se Tmenront li ondoi
„rengien tout droit au mur, ensi le loc par toi; ^
*„en celui n'ara home ne chevalier, fors moi,
„très bien serai armés' dVmes et de conroi. 10
— sire, dist Tholomes; ne 1' dites, je vus proi.
„et que poriens-nous faire s'il mésavient de toi?'*
et respont Alixandres: „n'Mi ferai' par ma foi;
,gou ne Y lairoie mie por quent que aç ious voi.
„par cà, devers la mer, en seront drecié iîL 15
„nous assurons la vile bêlement, en^recoi, '
„et metons caus laiens en si pesant esfroi;
nd'aus tous et de la vile abatrons le bufoi.**
Au matin, par son Taube, quant li solaus resdaire,
li rois fist ses engiens et ses perières faire; 20
et quant furent drecié, s' es fait à mer* atraire;
et li Griu sunt armé, qui ne se targent gaire
d'asalir la cité por caus qu'en voelent traire.,
là veiscies sacier mainte pelice vaire.
li rois les voit armer, tous li cuers li esctaire, 25
et monte en i. engien qui fu des autres maire;
il fu fors et pleniers et forment li pot plaire^,
si est desus montés, por commencier l'afaire.
quant la mers est enflée, souvent à Y mur repaire;
Tengien oisies croistre et si durement braire, 30
que cil cuident qui Toent, que il doie desfaire,
li dus voit Alixandre ù il est, en bel aire;
mult le het en son cner, car en camp Tôt fait taire;
ancois que il descende, li mouvra tel contraire,
se U puet, que jamais ne vera son repaire. 35
Li dus voit Alixandre, si Ta reconneu,'
1) tanê nul autre eanroù 2) garnis. 3) non feroê, je t'en f rot. 4) •>«•
ert, 5) à r mur, 6) • l' befrai n ii aire.
COMBAT D'BHENIDUS BT BS SA GBNT. 217
tout seul le voit monté 8or le berfroi tendu;
s*or se pooit yengier, bien li aroit rendu
le boute qu'il li fist, quant en camp Tôt vencu.
encontre lui s'estut et tint le branc^ molu.
lors li lanoe le du8> se 1' fiert de grant vertu 5
*que l'escu de son col 11 a frait et fendu,
mais n'a mie le cors en la car conseu.
,»par foi, dist Alixandres, bien m'aves asentu;
,,s'un autre cop me dones, bien m'aras deceu.''
lors li lance, Alixandres i. dart trancant, agu, 10
que la targe a percié et le hauberc ronpu,
et très par mi le pis a l'acier enbatu,
arrière, entre sa gent, a le duc abatu,
les ii. jambes a fraite et pecoié le bu,
et la tieste fendue, le cierviel espandu. 15
li rois le voit laiens, entre sa jent ceu,
bien set se il est mors, li autre sunt venou. •
oies com se porpense li rois de grant vertu,
jà fera hardement, qui ert' ramenteu,
dont après parleront li jouene et li cenu. 20
de son castiel li poise, quant 11 est sovenu;
mult a bien Alixandres le dar d'acier seu,
quar de 1' befroi ù est, de si haut com il fu,
est salis en la vile, en son col son escu,
de deseure les murs, si que tout l'ont veu; 25
F. 36* et cil de la chité en sunt tout espierdu.
par icele aventure furent et cot^et mu
que plus d'une liuee ont issi esteu;
onques h'i ot à lui ne lancié, ne féru.
Ir rois saut en la vile, onques tel ber ne fu. 30
quant cil de Tyr le voient seul entr'aus enbatu,
tost le cuident avoir, u ocis, u venehu.
mais en mi la chité ot i. arbre foUu;
Alixandres se traist desous i. arc volu;
iluecques' se desfènt de 1' branc d'acier molu; 35
et cil de Tyr li sunt de toutes pars venu,
1) f. rfffrr. 2) à t09 j^r«. 3) #*«#! mdaêêië m tm mrkf foiUu
218 COMBAT D'EMBMIDVS ET DE SA MUT.
son elme detrancièrent et. codent «m esca.
se par tans n'a sousconrs, mal U eri «rmiii,
et li Grta se rescrient tout ensamble à L ha.
„or apriès, chevalier, le roi ayons pierda/'
sour les murs de la yUe sont U beV enbatu, 5
li mur et les batalles sunt des Gryois restu;
cil qui dedens salirent, suut as portes couru
et cil qui defors furent, isunt mult tos venu.
tout le primerain home que li rois a veu,
qui Tint por lai rescorre, c'est Ariste son dru; 10
U dist entre ses dens, ne l'a nus entendu:
„li primerains fievés de> ma gent seras tu.^'
s'il le dist, il le tint et bien li a paru;
quar par celé aventure, li est si avenu,
que puis li donna toute le tiere' au roi Fomi. 15
ilueques veiscies L estour maintenu;
cil ki sunt pria à force, sunt as forces* pendu,
et cil orent merci, ki vif se sunt rendu.
Li rois prist le cité par itel vaselage,
qu'il sali sor le mur de 1' berfroi, par grant rage; 20
aine nus ne l'esgarda, ne 1' tenist à outrage,*
quar" nus hom ne pooit atemprer son corage; •
quar de tous les félons vot abatre l'outrage;
enviers la soie gent ot le cuer doue et sage.
li rois ama mult Tir qui sist sor le rivage; 25
Antipater le done et mist en son estage.
il en ot en la fin si dolerous damage,
que il l'enpuisona à tort et à outrage,
au quint jor mut li rois et conduist son outrage;^
tout droitement vers Oadres aquelM son voiage. 30
or sace bien Betis, n'i metra autre gage,
se li rois le puet prendre, fors la tieste en ostage;
quar por Sanson le preu durement le manace.
Quant li rois mut de Tyr, bêle conpagne maine,
et trespasse' Surie, une tiere soutaine.' 35
Alixandres regarde vers une roce autaine,
1) fOiU, 2) li dimê «tftils Me qui fm 3) si êuni are et. 4) fohge.
5) nmê, 6) bamage. 7) iontaine.
OOHBAT D'MBMIHte ITl» SA €»DiT. 2t9
en le conbe d'an val, et a yeue^ Araine»
une cité mvlt rioe et plentiveoae et saine,
qui estoit de grant gent et de riiLecce plaine,
environ le cité aroit mainte fontaine;
dedens n'avoit aignor, fora le gent citeaine. 5
Alixandres apiela Calnns de Mdddaine:
,,Tees en quel pais ayenture nos maine.
„sire en sera clamés, ains que past la quinsaine;
,»et abatrai cel mur de mortier et.d'araine.''
cU respont .tele par<rfe qui ne fu pas yilaine: 10
« ,,mult me seroit plus bel c'on le nos rendist saine/'
Alixandres asist la chité environ;
*è r pré desor la vile tendent lor pavillon,
et mist à une part' Tholomé et Clincon;
F. 36^ Lincanor et Pilote, Perdicas et Calnm,' 15
a mis as autres ii., o eus maint conpagnon.
Alixandres meisme apiele Antigonnn.
„ales-ent or en droit, à tout i. conpagnon.
„dites ceus de la vile que nous les assurons,
,,8'esraument ne se rendent, à. forée les prendrons. 20
,4à n'en porai i. prendre,* qui viegne à raencon.''
et cil U respondi: „yotre plaisir feron.'^
Antigonus s'entome, s'enmaine Antiocmi,
et vinrent en la vile, brocant à esporon;
as cîteains parolent et misent à raison : 25
„ Alixandres vus mande et nous le vus dison,
„rendes lui ceste vile le^ mur et le dognon
„*8i qu'à r plus hait étage mete son confanon,
„et se ne V voles faire, volentiers, sans teneon,
,Jà ne s'entemera et nous (n') en partiron, 30
„desi qu'il l'ara mise' à fu et à carbon*'*
et cil li respondirent: „yus parles en pmdon;
„nou8 ne somes si^home, ne de lui ne Y tenon;'
„ne jA n'ara de 1' nostre vallant i. .esporon.
„se U rois nos menace et nous nos desfendron, 35
„et se il nous asaut et nous le desfion.
1) jfardeêOê 9it, 2) forU, 3) CmOon. 4) hmlUrtd t. b) à» M n9H
U0 têtum.
220 COMBAT D'EMENIDÙS ET DE SA OBNT.
„se ensi nous demaine, dont somes nous bricon/'
1i mes s'en suni torné, qaant oent le raison;
dusque au tré Alixandre n'i oi arestison.
En la tente Alixandre. en sunt li mes entré,
et content tout i'afaire que cil li ont mandé, 5
que de la vile rendre ne sunt pas porpensé;
quar ancois en seront m. escu estroé,
et xles nos et des lors maint plaie et navré.
AKxandres demande se il sunt desfié.
respont Antigonus: ,»par mal somes sevré/' 10
lors^ commande li rois qtie tout soient armé,
d'asalir'et de Y prendre^ garni et apresté,
Alixandres meisme a son cors <;onraé;
son ceval li amainent Caunus et Aristé.
* Alixandres i monte 'par son estrier doré; 15
*lors yeisciea les Griex par devant la eité;
*d'assalir et de prendre erent tôt apensé,
jà avoient poiprise le deuve de 1' fosé;
tost fust prise la vile et li mur esfondré,
quant cil de là dedens suni à consel aie. ^ 20
à une part se traient li prince et li casé,'
et dist li un à l'autre: „mal somes engané.-
„cil Griu MiDi de lataBe hardi et aduré;
„n'es puet eontretenir ne castiaus, ne cité.
„s' Alixandres nos prent, mal avomes erré; 25
„n'en prendra raencon, car il nos. a mandé,
„et car faisomes pais à notre sauveté,
„si que nous ne aoions honi ne vergondé/'
as batalles de 1' mur sunt celé part aie,'
et dient Alixandre qu'il s'en aille à sen tré, 30
et se gent traient arrière, caf 0 l'ont devisé,
qu'il iront à la* tente faire sa volonté,
et se li porteront les clés de la chité.
et respont Alixandres: „tout cou me vient à gré;
„mius le voel avoir saine que dl soient gasté.'* 35
Li rois voit la cité qui envers lui s'aplie,*
1) et tFasaiir ia viié. 2)' êené. 3) m timl irêêi^ui M. 4) ««.
5) #'tMMlM.
COIWAT IKRMUfl^Ufl BT M SA OINT. 221
et c'aBGois li rendront qu'ele 0ott agtsUe;
droit à 8on tré s'entome o sa grant baronnie,
mult a environ lui bêle ceyalerie.
Alixandres les voit, ne puet muer n'en rie;
L cbevaliers prisons/ de 1' règne de Nubie, 5
devant lui s*iqenelle et doucement U prie:
F. 36* ^sires rois Alixandres, ù tous li mons souplie,
^chevaliers sui prisons por aslongier' ma rie^.
„et sui venus A toi ^ car mestier ai* d'ide,
^que tu me .doises donc' selon ta signorie, 10
9,et de ta granfr largecce ma povretés remplie."
li rois fu eneonbrés de sa brogne sartie,
sa teste li désarment, por cou ne respont mie,
mais la raison de lui a bien de cuer oie.
es vus les pers d'Araiae, par mi la praerie, 15
et cevauce cescuns i. mulet de Surie,
*à r tré le roi descendent ù U dragons flambie,
devant lui s'ajenellent^ desor Ferbe Jlorie^
les clés li ont rendues et la tiere^ en baiUie.
Alixandies les prent, mais son- prison n'oublie; 20
d*autre part est tomes,, si apîela Elye:
„b est li chevaliers ki mequeroit aie?"
cil est venus avant, mult forment sumelie.
„amis, dist Alixandres, bonement, sans boisdie,
„tien, je te doins Araine et la tiere en bailUe; 25
,4i n'en, perdras {riain pié, en trestoute ta vie^"
— va avant, chevaliers, dist Dans Clins, se 1' mercie."
et cil li respondi: „par foi, je n'en quier mie."
„Cevalier, dist li rrâ, vien avant, si auras-
„ceste boine.cité et de moi le tenras; 30
„et se nus t'en fait tort, A knoi t'en clameras.
,gà tant comme je vive, plain* pié ti'en perderas..
et cil li respondi qui mult ot le euer bas:
„dounes-moi autre cose, or, u argent, u dras.
„la cités ne me plest, ne je ne le quiers pas; 35
„ne jà por lui desfendre, ne serai i. jor his.
li rois li respondi: „puet si estre, droit. en as.
1) Perttmê. 2) aUpêr. 3) ioifHM don. 4) viiê.
222 COMBAT D'KHIENIDUS BT DB SA MNT.
y^e ne sal.que tu ies, ne le cuer que ta «s.
„*mfii8 itel sunt B don à V roi Macidonas.
^malyais ne seroit boins qui li donroit Damas." ^
Alixandres «'en rist» apiela' Philotas; -
*si ifu Lincanor, Dana Clins et Perdicas; v 5
sour i. pale de soie sunt asis de' Damas.
de r ehetalier se rient et denudnent lor gas,
qui n'a euer d'ases perdre, mius aime don etcars.
la cité fist garnir et mist en Satoraas.*
à r prison commanda à donner y** mars; 10
cou Al li menres dons au roi Macidonas.
Quant cil orent le tere AKxandre rendflê,
li rois le flst garnir et les gardes remue;
au tierc jour est meus et son siège remue;'
tout droitement vers Gadres^ a «a Toie aqaeUoe. 15
or sace bien Betis, peine li est creue,
qde jamais à nul jor ne li sera tolne.
li dus Betis a bien ceste cose seue
et mande par sa tiere et souscors et aiiie^-
et tramet en Aufrike por mie geni crenue;* 20
la gens Persans et Mc^me est aroec lui renne»
et envoie en Bretagne por une* gent Bocue. '
dens ont grans et pies lés/gran» est et percreue,
et porte cesomîs haee trencant et esmoolue;
cui i. d'aus fiert à cop, mervelle est s'il ne 1' tue. 25
tant cevaucent à force que la vfle ont ve«e;
qui ot tente ne tré, ë 1' plain l'a estendne.
Li Griu asisent Cadres et devant et deriëre;
li rois as mestres portes mist de sa gent plus fière,
et les autres barons asiet à lor manière, • 30
si corn cascuns est miudres* et sa gens plus entière.
Lincanor et Pilote a mis* en la première, -
F. 36' Tbolomé et Clincon mist en la pins eorsière
por cou que lor bataille est adies costumière
1) Jà motvaU hom n*eêt rien qui H donroit Bouda*. 2) «'e#f li roi
mcoudé Joote iui, 3) qui fu foio à. 4) en# Saturpaê. .5) #« gent akoo-
lue. 6) kelue. 7) de Betuine H eel muU griUiê geM -uereué. 6) momdres.
9) «'mi>I.
COMBAT D'BMBNIDVft BT DB SA OBMT. 233
et li dus respondi, peosis et iraseus:
„dehait til se Deu plesl, Tir sera recreus.
,,iiiiu8 aim mins estre mors que en soie rendus. ^^ ^
— Dans Tbolomes Tons mande qu'il n'esl mie esperdus.
„de tornoier as tentes seres bien atendus." 5
et U dus respondî: „bien nos est conaeus/'
toute nnit se gaitièrent,' tant que jors fn paras;
sonent cors et buîsines et ces grailes menus.
main montent cil de Gadres por prendre lor escns.
as tentes Tholomé fii li.tornois tenus. 10
Cil de Gadres s'armèrent et montent par matin;
Ij dus s'en est iscus par le porte Ludin'
et ot en sa conpagne maint conte palasin.
Luges ^ li preus i fu, Sabos et Castéin,
et Mades Torgillous et Bruians'^ de Lérin, 15
et ont en lor conpagne maint jouvenciel mescki)
por commencier l'afare^ fort et fier et enclin,
et li Grin les -encontrent, orgHlous de lor lin;
contre IcTert reluisent cil confaoon porprin.
lor jostèrent as Grius la jent de maini latin, 20
esctfs el hauberes rompent, froisent Ir fust fraisnin;'
li bardi désarmé furent tout à lor fin
F. 37* de eeus qui sont à tiere, veiacies tel train. '
Cil de Gadres s'en iscent et rengié et sieré,"
et H Gria les eacaucentj orglUons et armé; 25
et quant Tbolomes voit' le vaûret abrievé
dont li preus Gadifier^^ l'abati ens è F pré,
mult durement l'enpoise, car maint jor l'a gardé.
*grans cols* se vont doner li dus et Tolomé;
desour les boucles d'or sunt li escu troé, 30
• tes lances sunt brisiés, quant ^^ li fier sunt outré,
et li bauberc se tienent qui fort sunt et sieré.
si forment s'entre-burtent que tout sunt estonné
et par desor les crupes des ceraus ènversé.
à t' redrecier d'ans ii. i ot maint cop doné, 35
i) mix voêl êêlrê mort frit que vit toie teneut. 2) t'ap&rêiiit,
3) Lmiin. 4) Bigne, 5) Carait. 6) ètlor. 7) ffrànt taîin, 8) eouneauê
ei iré. 9) 9t voit U eut Jhiiê, 10) etmpmn Dmt &in. 11) mtê.
224 COMBAT iySH8Nl»Ud ET SB SA QBNT.
de soafrir grignor fais, et en estor preiniire}
et li Grijois porprendent le plain et la rivière,
et prendent la yitaille par la tiere plenière;
quant il forent garni, ai s'en refont arrière;
jà tant com il i soient, ne sera mais Tos cière.* 5
Li dus Betls de Cadres ot mult le cuer dotant,
quant voit sa tiere ardoir et livrée à tonnant,
et espandre par Fost le vin et le formant,
ensi com li fourier Tonmainent malemenU j
au roi en a tramis i. mesage briement, 10
qu'il isce de sa tiere, il li fera présent,
XXX. soumiers cargiés entre or fin et argent;
et se cit pies ne vient Alixandre à talent,
si mande tel parole Tholomé coiement,
dont il seront encor maint chevalier dolanU 15
li mes ist de la vile, au tref le roi descent
et conte sa parole- bel et cortoisement:
„li dus Betis vus mande pais et.acordement.
„is8ies fors de sa tiere, il vus fera présent;
„tant vus donra avoir que tout seres manant.^' 20
Alixandres respont: ,Jou n'en ferai noient. -
„j'ai ceste vile asise, si serai longement
„ancois que ne le pregne, se on ne le. me rent.
„*je m'en suisjA vantés^ oiant toute ma gent;
„n'est pas rms qui se Cause et sa raison desmenf 25
et li rois' prent oengié, vers Tbolomé se prent:
„à r ikiatinet vus mande li dus tomoiement;*
„devers le mestre (porte) s'en istra bêlement."
et respont Tholomé: ,4e 1' loc bien et créant;
„tous soie-jou hounis, se je ne U atent 30
,,mult ert.fors ses baubers, se ma lance ne Y fent.'<
li mes se part de l'ost, s'est à Gadres v^nus;
à l'^uc Betis énonce de cui U est meus,
et dist: „lirois vus mande quil n'est mie vos drus.
,Jà por tomer de 1' siège n'ert ses .très destendus, 35
„tant c'ara pris la vile et les murs abatus,
„se ne li est rendue' et li pales fondus.''
1) mmiire. 2) Mi#. 3) si iêê^kmrs jctm^nté*.
COMBAT NElIBNIDro BT DE SA GBNT. 22^
et Dans Clina ses conpains a Dinas encontre,
i. princes fu de 1* règne de la tiere Biné,
que de ceyans se sunt à la tiere porté.*
Dans Clins tu à la tiere, entre lui et Dinas
li fins Cadlut se drece, mes cil ne resort' pas; 3
car mult fu estonnés et des armes tous las,
*et très par mi les- tentes s'enfuit ses cevax cras.
Dans Clins sace l'espée qui jà fu Enéas;
à r siège devant Troie le conquist Atanas.
si le fiert en son elma que trestout le fait quas; 10
• jà Teust mort u pris, ne T tenes mie à gas,
quant la batalle à V duc vint armée le pas.
cil voit sa délivrance, se fiert ens à V tas,
puis lor fist grant damage d'un neveu Perdicas.
La noise est relevée et li mort suni confus; 15
lors vint par mi le camp poignant Antiochus,
et sist sor L ceval ki fu le roi Artus;
jà por X. liues cône, n'ert estrais pe confus,
è r renc des estormaus ' vait joster à Calnus ; *
toute plaines lor lances s'en vont à tere jus. 20
li Persans ^^t en pies, mes li Grius fu cens,*
se r flert par mi son elme, que il le rabat jus.
jà euist pris la teste, se ne poinsist li dus,
et fu en sa batalle Abulamidalus. *
Li renc sunt espessîé et la noise ' estormie, 25
et li Griu sunt armé quant la noise ont oie;
es vus le gent Biekue,^ fèlenesce et hardie,
par une autre posterne lor ont faite salie,
et porte cascuns hace u grant fust qui ne plie;
cui i. d*au8 fiert à cop, malement le castie. 30
cil ont si le batalle Tholomé envaie,
que jusqu'as pavillons est arrière sortie,
jà tornascent les Grius laidement à folie,
quant Emenidus point, qui se conpagne guie;
entr'aus et la cité Fa enclose et ourdie. 35
cil se vont regardant et li dus lor escrie.
\) êikim i^ênirpfMrênt, à Ur$ sunt M, 2) rtmêêt 3) îomoiMê.
4) à Oefuê. 6) aine #u#. 6} AhiUt de Leeuê. 7) genê. 8) Bêcue,
226 COMBAT D*EMEMDUS ET DE SA GBNT.
là veiscies sacier tante espée forbie;
de ii. pars les encloent, es les vus esbaiidie,
et li Griu les férirent qu'il n'es espargnent mie,
en fuiant en ont mort une grande partie;
par mi le mestre porte est en Gadres flatie; 5
cil ne feront bui maïs as Grijois asaiie.
Li Griu ont desconfite la pute gens Biekue;^
par mi le mestre porte est en Gadres férue;
forment l'ont à Y férir laidement desgreue.'
mais Dînas Forgillous qui siet sor noire mule, 10
i. destrier de grant pris que li douna sa drue,
souvent cierke les rens et tint Tespée nue;
à i. baron de Grese a la teste tolue.
F. 37^ Dans Clins point Boniface qui mult tos se remue ,
*muU li poise de Y Griu que le teste est tolae; 15
jà sera d'ambes deus la bataille veue.
andui se laisent corre par une voie herbue;
si grans cos s'entredonent, sans nule retenue.
qu'il n'i a si fort targe, ne soit frainte et ronpue.
les lances sunt brisiés, mes point' ne se remue. 20
Dans Clins se trait Yers lui et tint l'çspée nue;
se r flert par mi son elme qui fii fais à Nalue/
que les estriers li toit et la sele yolsue;
li agus de son elme fiect en Terbe menue.
Dans Clins prent le ceral qui de corre s'argue; 25
es vus le grant batalle fors de Gadres iscue,
et la gens Tholomé est encontre venue.
Matin leva li rois et ot fait s'orison,
et entendf le noise à le porte Clincon;
mult durement li poise et tint le cief enbron, 30
c'onques as premerains jousta» se ses cors non;
ses armes fist mander dedens son pavillon,
tant durement se haste, qu'il fist grant mesprison;
n'ot escu ne espée, lance, ne confanon;
si saut en Bueifal qu'en croisent li arcon; 35
tout droit en le batalle s'en vint à esporon.
Dex garisse Alixandrc de mort et de prison.
O Betuê. 2) devenue. 3) nuê, 4) Vatuê.
COMBAT D'BMfiNIDUe iBT M} SA OjBNT. 227
* qu'il recer/a tel-xop par le coiitê Pinçon,
*,dont en l'o^t des Grijois ploreront li baron.
autresi corn la grue fuit devant le faucon ,
renporfe Bucifaus par Testor à bandon.
devant te maistre ^porte vait joster à Poron; * 5
è r cors li miat le fier à. tout le confanon,
toute plaine sa lance l'abat mort de Farcon.
cil connurent le roi à Tescu au lion,
tout epsamble se traient vers la porte Mahon,
et jurent que hui mais ne feront se mal non. 10
Cil de Gadres se traient ver» le porte' Mabrin;
à tant es vus le conte qui sîst sor Séraphin,'
i. destrier de Castiele, corant d'outre marin,
et connut Alixandre qui des lors fet train;
en sa main tint i. dart dont Tanste est de sapin; 15
de grant vertu 11 lance par les las à or fin,
que, très par mi les pans de l'auberc doublentin,
li enbat en le cuise tout le fier acèrin;
li dars fiert en la siele couverte de porprin,
quant li rois le senti, si tint le cief enclin; * 20
de r sanc qui ist de 1' roi i ot plain i. bacin.
li Griu voient le plaie à 1' bon roi palasin;
entor lui s'asamblèrent li viel et li mescin.
là ot mené grant dol et desronpu maint crin,
et quident d'Alixandre que il vaut à sa fin.* 25
Li Griu sunt en grant ire por le roi lor signor,
durement le dolousent li grant et li menor,
mais li rois les conforte com hom de grant vigor
et dist qu'il garra bien, ne soient en error.
Alixandres ot mires, aine ne furent millor; 30
des ongemens i misent qui fu de grant valor
et garisent se plaie et traient le dolour.
ains ne laisa ses armes porter à icel jor,
or sace bien li princes, s'ui mais vient en l'estour
et de r roi s'escremist, mult saura de 1' trestor. 35
Cil de Gadres sunt lie de la plaie le roi;
mult en mainent grant* joie, si ne sevent por coi.*
1) Pineon. 2) Latin. 3) Malapnn, 4) voit à dêclin. 5) êêronlfoê.
15«
228 COMBAT D'BMENIDUS ET DB SA GBNT.
*Dans Clins et Tholomes ne farent mie coi,
à yii. chevaliers s'armèrent à desroi.
Emenidus d'Arcade i Tint poignant por soi,
F. 37® à le soie bataille maintenir le tomoi.
à tant es vus le prince qui sist sor Serafoi, 5
i. destrier de Castiele qui ert de grant desroi;
mult par ot rices armes et arenant conroi.
Alixandres le voit et point par le caumoi,
la lance sor le feutre, le confanon desploi.
jà conperFE la plaie li i. des ii. par foi. 10
JOIITE DB DISAS ET D'AIIIAIIDRE.
Cl éimi 0l Mm DUim U «rslU^iui J«iuiM au. roi AU-
idre mt Allximdres le tim.
îi princes fu mult fiers, de petite persone;
là ù Toit^ Alixandre, durement s'abandonne,
et li rois quant le voit, yistement esporone.
se r fiert c'arme n'i vaut une paille d'avaine;'
è r cors li mist le fier et le fust de Calogne ; ' 5
tant durement Vabat que la tiere en resogne.
Alixandres repoint qui si grant cop li donne,
tant durement l'abat que la tiere* en resone.
Li princes jut à tiere, en mi le camp pasmés;
l'arme s'en est alée, apes tos est fines. 10
li Griu prisent le cors, ne lor fu mie ases,
qu'à si poi de venjance en est li rois lornés.
à fors roncis ont bien * tous les membres noés ,
et devant caus de Gadres fu ses cors traînés,
si que il pot bien estre reus et esgardés. * 15
cil des murs les esgardent de cui il eri amés;
là ot paumes batues et ceriaus detirés;
cis pies a cens de Gadres durement esfreés.
Mult ot li dus grant. dol de la mort de Pinçon;
en la tiere de Gadres n'en ot millor baron; 20
de soi-meisme atent autre tel gueredon,
s'Alixandre le tient, jà n'aura raencon
qu'il n'en prende le cief, qui qu'en poist ne qui non;
qu'il li conbleroit d'or et d'argent i. dognon,
1) ferii 2) U nuUiê à'utiê fme. 3) i^»eaUmê. 4) to« U mr. 5) H
0mi* 6) t09î H or$nt Uê memhrtê forM êê V eorM desevri.
230 JOUTE DE DINAS ET D*ALIXANDRE.
ne l'ameroît ses cuers, ne por si ne por non.
tant durement le het por la mort de Sanson,
et voit la soie gent morir à raencon;*
entor lui les oeient, n'a mais bon conpagnon.
lors voit bien et connoist la grant destruison 5
qui sour lui est tornée et la confusion,
et mandist les Grijois et' ior acointison;
quar encontre Ior brans ne puet garir nus hon.
vers le porte se traient, baisiés le confanon;
après lui s'aroutèrent chéyalier et baron ' îCf
et li Gria les cncaucent à coite d'esporom-
par mi le mestre port se metent à bandon;
en le vile avoec aus, qui qu'en poist ne qui non.
à rentrer des Grijois i ot mult' grant fuis'on;
F. 37' d'une Hue et demie en oist-on le son. 15
Ensamble cens de Cadres se sont U Grijoîs mis.
en le vile, par forcé, et ont le bore espris.
mult ot U dus grant dol quant se vît entrepris,
quar il set qu'Âlixandres est tant ses anemis
« por le mort de Sanson qui tant ert ses amis; 20
mult foFment se desfendent' desor son escu bis;
mius vint morir à glave quç devant lui est* vis.
ains que vint Alixandres, l'orent li Grin ocis;
muH et li rois grant joie quant le règne ot conquis
et a mises ses gardres en la frété BeUs. 25
Quant li rois ot pris Gadres et saisis les destrois,
por la tiere garder i ot mis des Griois.
des bacelers de 1' règne, des chevaliers cortois,
qui ferront avoec lui en estor de manois
et ont les bones armes et les rices conrois, 30
enmena Alixandres plus de il"* ou iii.;^
tant par l'ont enamé por cou que est cortois,
et* les pales Ior done et l'or Arrabiois.
iiii. jors séjomèrent et à 1' quint mut li rois;
dès or sace bien-Daires et Porus li Indois, 35
tel afaire Ior sort qui n'est pas de gabois.
1) f «r eofiMneoM. 2) êimtêntréUê OtHoiê àmuii. 3) dêêfemi, 4) #oif.
5) kêmoiê. ^) fuê.
JOUTB m DINAS ET D'ALIXANDRB. 231
A r quint' jor mut li rois, il et si cevalier;
é 1' premier cief deyant sunt li confanonnier,
tout droit à Escalonne prisent à ceTaucier,
la vile velra prendre et le vile* exillier;
mais encontre lui vienent li conte et li princier; 5
si devienent si houme, si prince' et si terrier,
et li. rois les reçut de bon corage fier,
cel jor i ot donné maint drap de soie cier;
lendemain mut li rois, n'i yot plus atargier.
par le tiere s'espandent ilii"** fourier, 10
qu'il ne taisent castiel, ne mur à pecoier.
Alixandres trespase le règne de Surie,
droit à Jherusalem a sa Toie aquellie;
il voit la cité prendre et ayoir en bailUe.
bien tost Teust destruite et la Uere agastie, 15
mais la gens citeains envers lui s'umelie;
contre lui est venue mult grande conpagnie;
de dras religions fu toute revestie,
le loi li aportèrent dès 1^ tans Ysaie.'
DeXy li sire de V mont qui tout a en baillie, 20
le donna Moyset, è Y mont de Synaie,
et vot que ele fust par son peule establie.
Alixandres^ Touneure et encline et souplie
et voit humle le peule, sans orguel, sans boisdie,
et que sor eus li monstrent ounor et signorie. 25
si grant pitiés le prist que tous jors lor afie,
et pais et qnitée lor promet en sa vie.
lors fu la gens mult lie, durement l'en mercie;
grant présent li portèrent, mais li roi» ne 1' prist mie.
outre s'en est passés et s'amour lor afie, 30
et s'autres gens lor griève, il lor fera aie.
Alixandres cevauce qui onques ne fina,
dttsques en la tiere Daire onques ne s'aresta;
mais la gent felenese confundi et gasta.
cens qui vers lui se tornent, quitement les laisa, 35
et qui Dairon aide, malement li esta,
cns en la tiere Daire li rois se herbrega,
1) terre. 2) ii$ê. 3) Si. haie.
232 JOUTE DB DINAS ET D'ALIXANDRE.
ses tentes fist ficier et sa gens se
F. 38* jamais n'ara grant joie, tant corn vif le sara.
quant Daires Toi dire, durement Ten pesa;
lors demande consel, comment le destruira.
i. présent li envoie li rois dont s'apensa, 5
par tant li est avis qu'U Tespoentera.
D'une cose fist Daire trop bien et que cortois;
il prist graine menue, no vêle de manois,
blance, douce à mangier, autresi comme pois, *
' plus que ne portaat mie i. mules Espagnois; 10
si renvoie Alixandre, le roi Macidonois,
et commande à sa gent et conjure lor lois
qu'il diént Alixandre, fièrement, sans gabois,
que Daires a plus hommes que Persans, que Ind^s,
qu'il n'a Grius en la carge, à cascun ii. u trois; 15
s'il vienent à l'estor, que tout feront manois,
en bataille noméeles trouveront tos frois.^
mais Paires ne set mie qu'Alixandres li rois
mousterra tel parole as. mesages ancois,
qui tomeront son songe, cou de devant detrois. 20
Li mes s'en est tomes qui le présent enmaine;
tant cevauce et esploite, ains que past la semaine
si le trueve séant, ens en sen tré domaine,'
et ot environ lui maint fil de castelaine,
maint gentil vavasor, maint prince, maint cataine. 25
li mes le salua et dist raison certaine:
„à toi m'envoie Daires et .tramet oeste graine.
„entrés ies en sa tiere qui de rikecce est plaine,
„o la gent qu'as conduite de Grese Macidaine.
„or t'en retome arrière, si te jeté de paine, 30
„quar Daires a plus hommes, n'est mie cose vaine,
„n'est grains en ceste carge, qui sunt de menue graine;
„tous les auras mandés en une quarentaine.
„autresi corn l'aloe' englotist la balaine,
„vus conquerra .en camp, vostre mors est procainç; 35
„la tiere dont venistes vus samblera lontaine,''
1) eëpoiê. 2) vint à AHxanire tôt en diemaine. 3) ruioêê.
JOVTB DE D1NA8 ET lyALCUNDRE. 233,'
quant Teotent AUxandres, de V responAre* se paine»
et d dit tel parole dont forment V asoutaine.
Alixandres 8'oi devant soi manechier
et voit le présent Daire que n'avoit gaires cier»
qui yiut lui et ses homes por itant esmaier. 5
li rois prist de le graine le pesant d'un denier,
si le mist en sa bouce qu'il le vot essaier;
mult douce le trouva et bone por mangier.
lors parole li rois et dist au mesagier:
„ceste graine est mult douoe, ases fait à prisier. 10
,,e8t Daires isi dous.et humle si guerrier ?<'
— oily ce dist li mes, et tout si cheyalier.'*
lors respont Alixandres, à loi de bon guerrier:
ydont sunt-il en bataille à destruire légier.
„à cou que li Griu sunt en estor dur et fier, 15
,4à ne poront garir encontre lor acier.
„se nous avons poi gent, il sunt bon costunûer
„de grant estor soufrir et destruire et cacier.''
li rois fist apieler son mestre boutiller,
tout plain de^ gant de poivre li fist aparillen 20
Li rois fist aporter tôt plain i. gant de poivre.
„oies, fet*il à V mes, que vus voel amentoivre.
„si com cil poivres est ases plus fors à boivce
„de votre graine douce, bien le poes percoivre,
F. 38^ „est ma jens dure et fors por grant estor recoivre; 25
„la votre gens menue est legiere et decoivre.'
„ausi com li lions prent et oisiel et toivre»
„qui est grans et creus comme tains de genoivre,
„vos conquerrons en camp et votre gens atoivre;
„quant partirons de vus, des testes seres soivre.'^ 30
Quant orent li mesage lor besogne furnle
et voient qu' Alixandres ne s'entornera mie,
mais li rececce Daire et sa grans signope
et sa tiere et sa gent viut avoir en baiUie,
lors demande congié, si s'en va en Persie» 35
et racontèrent Daire, sans mal et sans foUe,
la parole trestoute, si com il l'ont oie;
1) tiM« 2) aifwre.
234 JOOTB DE DINAS ET D'ALIXAinmB.
et li dient de Y présent tout cou que senefie
de le graine et de Y poivre, ne li celèrent mie
isi com Alixandres ot appris le mestrie.
mult prisent Alixandre et sa grant conpagnie;
dient qu'il n'a è Y mont tele chevalerie 5
qu'il ne vaincuist à farce, à l'espée forbie,
et li rois est si preus et de tel baronie
qu'il vorra tout avoir de 1' mont la signorie
quant Daires l'entend! , tous 11 sans li formie;
lors fist faire ses lettre» et ses mesajes prie 10
qu'il semognent le roi, qu'il envers lui^ souplie,
et tout viegnent par force à Daire, à ost banie;
et cens qui n'i venront, de sa mort' les défie,
et dist que n'I perdra fors seulraient le vie.
Daires a fait semonre les règnes entor soi, 15
et qui or ne venra à Daire, ment sa foi,
et gart que nas^ n'i viegne, n'ait armes et conroL
quant furent asamblé par le plaisir le roi,
si furent bien par nonbre m. et vii** et troi.
iluec ne veiscies plain, ne pré, ne caumoi 20
il il n'eust cors d'omme, ceval u palefroi,
u bamas d'autre guise, là n'erent mie coi.
cel jof i veiscies maint confanon desploi;
d'aler contre Alixandre erent en grant esfroi.
Quant Daires ot veue les gens de ses règnes, 25
à plus devii*- homes les ont le jor esmés;
et Alixandres fu d'autre part herbregiés
sor ràighe de Gangis dont parfont sunt li gués,
les os furent si près que très bien veiscies
de l'un pavillon l'autre, à tant les ont laisiés.* 30
li Griu salent as armes, lor les veiscies lies,^
lA peuiscies veoir confanons desploiés;
mais dusqv'à lendemain Ai l'cstors respitiés.
Parmi les prés de Pale s*est Daires ostelés,
et Alixandres r'eut devant tendus ses très 35
sor l'aigbe de Gangis dont parfonsfu U gués,
por cou fu icel prés de Pales apielés,
1) piiewerêlui, 2) ê'amor. '3) êoniaiMrociéê, 4) miê ne êH êêî Uirpéê.
J0I7TB DC DINAS ET D*ALDrANBIIB. 23&
quant DaireB fist estendre ses pales ^ en es prés -
cendaus et osterins et pales d'or fresés,
or et argent et pieres et autres ricetés
et dist qu'il est è V mont li plus rices clamés.
Alixandres fu bien d'autre part porpensés; 5
eel jor li mostra tant de chevaliers armés,
atomes dé lor armes et es cevaus montés ,
si que Daires l'eust le jor por fol clamés,
et dist qu'ayoirs n'est preus qui trop près est' gardés;
F. 38* mais béneois soit cil dont on est aloSés, 10
boine eheyalerie est mult grant ricetés;
pis Tant rices mauvais que povres ounorés.
Celé nuit séjomèrent les os sans asambler, -
car les conpagnes fisent de ii. pars adouter -
et Daires li Persans &st ses barons mander., 15
dus et barons et princes en sa tiere asambler :
»,baron, ce dist li rois, je vus ai fait mander
„por cou que je vus voel i. bon conseil donner.*
„le roi de Macidone voi en ma tiere entrer, .
„et mes gens eiillier et mes^ tieres* gaster, 20
„qui mes hom deust estre, quitemeiit sans fauser;
„ses pères, ses ancestres ne l'osèrent penser;
„mais l'orguel que il maine le fait outrequîder.
„or se vint de mon règne faire signer clamer,
„mais jou ne ce doi' mie de Y tout à moi penser/ 25
„li sages bon doit estre por le fol à garder,
„et li fols se repainent d'as proudomes ttieUer.'
,J'ai une bêle fille qui mult a le vis cler; ,
„à mouiller li donrai, se Y voles tout loer,*
„et voirai le moitié de mon règne donner, > 30
„et le tiere conquise toute quite clamer;
„par tans porra li guerre^ tout en pais demorer/*
et cil li respondirent : „ne vus devons blasmer, •
„quar vus ne le pores è Y mont mius marier.
„mult est boins cls consaus, qui 1' volroit aciever.'^ 35
Daires a pris mesages des miilors de sa gent,
1) ta rieoise, 2) eêt bien. 3) i. eonseil demander. 4) viUi, 5) redoi,
S) à mai garder, 7) grever. 8) graer. 9) rèpUê,
236 JfOUTB DB BUiASi BT D'ALIXANDRB.
des barons de sa tiere atomes ricement;
s'es envoie Alixandre, ens en Tigornement.
à le tente le roi vienent isnielement;
à rentrée des cordes cescuns à pié descente
et ont troyé le roi à oui proece apent, 5
il faisoit atacier d'un cier drap d'Orient
une ensegne en sa lance, à claus qui snnt d'àrjent;
li fus en est mult rois, li fiers trance forment;
qui bien en ert férus, de mort n'ara garant.
li mes l'ont salué biel et cortoisement; 10
de par Daire de Perse noncent l'acordement.
Devant le roi esturent li Persant en estage;
de par lor signor lige contèrent lor mesage:
„Alixandre, fait l'uns, mult as divers corage.
„ses que te mande Daires, li sires de^ parage; 15
„tes père et tes ancestres fisent à 1' sien omage,
„mai8 Dai[es est «i bumles et a le cuer tant gage'
„qu'il ne vint esg'arder de l'orguel mal outrage.
„une fille a mult biele qui a cler le visage;
' „au mouller le te done, au los de son barnage; 20
„quar ne vint mais qu'a tort li pais adamqe.
„si seront avancié tôt cil de ton lignage."
Li rois ot le mes Daire et entent lor raison;
i. respit lor demande qui ne fu mie Ion,
tant que il en aura parlé à ses barons. 25
en i. tré se toma qui fu fais à gierons.
„saves, fait^l as siens, que Daires m'a semons.
„douner me viut sa fille qui a cler* le façon,
„et demie sa tiere o le dame prendron,
„par icel convenent, com vous deviseron, 30
„que jamais de la guerre n'ert estroés blasons,
„ne haubers endosés, ne cauciés esporons;
,-,ain8 irons en rivière et porterons faucons
F. 38' „et si ferons voler nos jens esmérillons.
„par le consel de vouis en ert fais li respons.'' 35
premerains respondirent Tholomes et Clincons:
„sire, rois Alixandre, desour vous le metons.''
1) 4« r. 2) êage. 3) geniê.
JOUTE DB DINAS BT D'ALIXiUlDRB. 237
„*8e yoles, si le faites, se yoles guerribnsj
*— sire, dist Perdicas, mult par est biaux li dons;
„mius vaut demie Perse la cité/ le sarons,
„qae le ne face tonte à guerre et à tencons/'
qnant l'entent Alixandres, si fù mus et enbrons; 5
après li respondi, iriés comme lions;
^Perdicas, dist li rois, cis consaus n'est pas bons.
,Jà ore à ceste fois yotre los ne ferons;
„ains sera en mains cors bailliës mes confanns,
„et je serai è 1' sanc desi que as talons, 10
„quar je' nul parcounier, ne partis soit mes nous."
Li rois a la parole des ii. barons de,
et entent la parole dont Perdicas li prie,
tant forment le regarde que cil tous en fbrmie.
Alizandres l'apiele, forment le contralie: 15
„se fnsces' Perdicas, ne Y lairai ne vus die,
,Ôà euise otroié mult tos ceste partie;
„mais je sui Alixandres,' si n'en feraie mie.
„në per, ne conpagnon n'aurai jà en ma yie."
puis a dit as me8ige8:^„ceste pais est falie» 20
„r'ales-yus ent arrière* à Daire de Piersie;
„face sa gent armer, car mes cors le desfie;
„Ia mote sera tost conraée et garnie.
„ne yoel ayoir sa fille, ne sa tiere demie;
„u toute sera moie, u je n'en aurai mie. * 25
,Jà naurai conpagne, soit savoirs u folie,
„et* sera tote moie de 1' mont la signorie.''
Li mesage de Perse revinrent à Dairon,
la parole Alixandre li dient dusqu'en son:
„ vôtres resnes* ert siens trestousà abandon, 30
„*u il n'en tenra jà valiant L esporon;
,4à en toute sa vie n'amera conpagnon.
„8ires de 1' mont vint estre, jà n'ara^partison.''
et quant Daires Tentent; si fronce le grenon;
lors furent à consel mandé tout li baron. 35
li rois estoit en pies, devant son pavillon,
1) à foiê la Ur$. 2) fue i'ai>. 3) 0nH. 4) •i Hiêê. 6) mm. 6) u
238 JOUTB DE DINAS ET D'ALIXANDRB.
et a dit à ses homes: ,,yaBal quel le feron?
,,inillt par truis Alixandre orgillous et félon
„n'i puis amour troyer ne que aigniaus è V lion.
„par mi ceste bataille nous entrepaiseron;
,,se li'Deu nos aient, voirement le yaiacron/' 5
et cil li respondirent: „votre plaisir feron."
A r matin quant il dirent le solel esclairîery
Daires li rois de Perse monta en i. destrier ,
et lurent avoec lui si mestre consiller.
lors font crier par Tost et tracent li bainier 10
que tout soient armé, serjant et chevalier,
quant furent tout armé et nés li peeunier, '
si furent bien ensamble plus de vii^- millier,
Tor font crier par l'ost et hucent li ponbier,
devant les Grius qui suot et noble et bon guerrier 15
et en toute batalle sunt de (cou) coustumier,
et autres ne garist devant le lor acier,
ne vot mie ses jens jouster i V caploiar,
quar durement redoute ses homes à V capler.'
lors fiiit ses cuirions prendre et bien aparilUer, 20
les chevaliers dedens armer et haubreger,
et porter faus trencans por les" Grius enpirier.
les olifans qu' il mainent ne set nus hom prisîer;
F. 39* è r camp de la bataille les a fait arengier
en le place ù Testors se devra comme&cier. 25
après lor commença mult bien à ensignier
qu'à quant il se devoit o les Grijois loier,
peignent de iiii. pars par mi l'ester plenier
et fièrent b les faus por les Grius damagier.
par là ù il iront feront le camp widier, 30
qu'encontre lor estor n'aront esfors mesUer;
par itant les poront desconfire et cacier.
Alixandres le sot par i. sien escuier
qui en l'ost se fu mis à guise d'escuier,^
puis se revint à 1' roi^or l'afaire noncier. 35
Quant li rois vit Daire ses armes' deviser»
et les chevaliers ens haubergier et armer
1) empirier. 2) de palmier. 3) euree.
jeCTB 0B 01NAS BT B'ALIXAmBE. 239
et qu'il commande à tous faus trancans i porter
* et à aea oUJEems-fet ses cuiries mener >
se U aToit oi durement deviser,
que quant il se deyroit o les Grijois meller,
qu*il fesisent les cuirs de iiii. pars aler 5
por la gent Alixandre dépécier et branler.
Alizandres commence courecous à penser;
les xiL pers de Grese fet devant lui mander,
puis si lor commanda xii. escieles guier.
si fait Emenidus celi devant guier, 10
por cou qu'il est premiers as cols donner;
puis si lor commença sagement à conter,
quant il veront vers eus les olifans torner;
caus qui doivent les curres maintenir et garder,
qu'il se partent entr'aus, si les laisent alër, 15
si bien que i. tout seul n'en puisent escaper;*
et quant il les veront par mi les rens outrer,
lors se metent après et pensent de 1' haster
si qu'il facent les cures contre tiere versier,
puis s'airent sour sus et pensent de capler, 20
si que i. treslous sens n'en i puist relever.
„par tans les pores-vus desconfire et mater.*'
Quant Alixandres ot ordenés en tel guise
ses batailles à poindre, en après se devise,
quant, les conpagnes Daire que es cures ot mise, 23
poindra par mi le camp si com cose est enprise.'
gart que si bien se tiegnent que tost l'aient en prise,'
et se ceste puet estre detranclé et ocise,
puis reviegnent errant o l'autre qu'est asise,
et se tant pueent faire qu'en fuite l'aient mise, 30
as espées trancans soit fièrement requise,
autresi com la noise com per cans est asise,*
hui ert la force Daire par 4a notre conquise ;
hui feront li Grijois des pires* grant justice.
La bataille est joustée des Grijois et des lour; 35
isi com Daires ot devisé icel jour,
1) êneonirer. 2) êêt oeiêe ei priêB. 3) êorfriée. 4) la noi9 par U
cmui eêt remiê€. 5) PêVMWM.
n
'240 JOUTE DB DINAS BT D'ALDCANDIIB.
sont les cures mené et ceurent par Testeur;
li olifant qu'il mainent sunt de si grant fiérour
que nés un que contrascent n'aist contre aus yîgor;
mais li Griu s'en partirent sajement, sans foiour,
que gaires n'i perdirent li grant ne li menor; 5
et quaïit il furent outre, n'i ot tant de kûsor
c' onques- en la bataille ne prisent nui retor»
quar li Griu o les ars ne sunt mie à séjour;
en courant les ocient o les brans de couleur,
d'olifans et de gueres^ lor ont fait tel atour. 10
F. 39^ cis palais tome à joie au roi Macidonor,
et Daires li Persans en ot doel et irour.
Quant Daires vit ses cures cair à tel martire
et les cevaleries ens es cures ochire.
mult en a grant dolor, lors taint et esprent d'ire; 15
tant redoute les Grius que .forment les remire,
les règnes au cerd à ambes ii. mains tire,
vers senestre s'entorne, sor son escu hermine,'
lors regarde ses homes, piteusement -sospire.
' xlii. batailles ordenées par ire 20
à ses millors barops les conunande à conduire,
que or ert cheyaliers, de s'amor sera sire,
quar mult a grant paor de perdre son enpire.
Mult fu lies Allzandre de* sa gent plus haitiés
quant il orent des cures les batalles widiés. 23
à ceus qui furent ens ont tous les cies trandés,
voit les batailles Daire mult bien apariUiés
et Tienent petit pas vers aus lances dreciés.
li rois a xii, escieles joustées et rengiés,
as xii. pers de Grese les a par non bailliés. 30
Tune en yait ayant l'autre, bien duite et afaitiés,
si corn li maines rois les ayoit ensigniés;
les ensegnes au yent^nt li Griu desploiés,
onques dùsqu!au férir n'i ot règnes saciés.
lA ot mult grant mescief ; mes lor gens sunt parties 35
quant as xl. escieles -sunt les xii, apoiés;
1) euru. 2) et vire, 3J et.
JOUT£ 0fi DINAS BT D'ALIXINDRB. 241
mais s'Alixandres puet, ancui seront péries
les conpagnies Daire, mortes et dépécîés.
En la première esciele Emenidas d'Arcade,
Tint li rois tous armés, espris de vasalaje.
è r cief de la bataille rit le roi de Cartage 5
qui Tensegne Dairon portoit par vaselage;^ -
Aliiandres le fiert o le hardi corage,
le haoberc li fausa, car son cop n'a souage;
tonte plaine sa lance Tabat mort en Terbage;
puis a traite Tèspée par droite fière rage, 10
au partir de sa jouste fiert Balot de Valage
que la teste li trance par desous le visage
et li Griu les férirent qui sunt hardi et sage,
là yeiscies morir la gent Daire è 1* rivage;
autresi les ocient comme bestes sauvage. 15
de la première esciele lor ont fait grant damaje,
cccc. en ont mort qui que V tort afolage.
L- esciele Tholomé vint apriès la première,
à une autre bataille Daire grant et plenière;
Percael' les conduist qui ert de le Yalmiere; 20
cil portoit en sa lance ToriDambe banière.
les il. batalles hurtent par si fière manière,
ce n'est mie mencogne que cescuns bien n'i fiere.
mais la gens Tholomé est mult hardie et fière
et li Persant batut comme ciers en bruière; 25
et li Griu bien led fièrent comme gens costumière,
cou fu une aventure que Daires n'ot pas cière;
desronpue les mainent sor l'autre gent arière.
Apriès le Tholomé vient l'esphiele Clincon
à une autre bataille mervillouse Mabon, 30 '
I
et tant i avoit d'armes que jou ne sai le non.
onques dusqu'au férir n'i ot arestison;
por i. poi ne s'entoment, fuiant à esporon.
Lincanors et Pilote, Aristes et Caulon
F. 39* à' lor quarte bataille qu'il mainent à bandon 35
se joustent â iiii. autres des escieles Dairon;
hauberc ronpirent et* fausent li blason;
i) Signorage. 2) Pereevax. 3) et. 4) ronfeni et percent el.
U E9UUW rAliiMlrt. 16
242 JOUTE DE DINAS ET D'ALIXANDM.
des elmes, des espées oisies grant tencon.
là veiscies jesir maint vasal è Y sablon;
les batalles de Perse ni font se perdre non,
toutes desbaretées les maînent sor Dairon;
lors jostèrent les os, si hurtent 11 dragon, 5
n'i aura mais parlé, se de bien faire non.
Les ii. os sunt joustées, 11 Persant et U Gri;
quant les lances sunt traites, si sunt baisié li crL
11 rois point Bucifal et a mort Salatri;
mist Tescu devant soi et tint le branc forbi, 10
quar sa lance ot perdue è V cors d'un Arabi
et consiut Percael sor son elme bruni;
Tespée fu trencans et 11 rois l'en féri
que desi ens es dens le trenca et fendl.
Ëmenidus d'Arcade i fu preus, je Y ions di» 15
mult grant pris enporta Tholomé et Dans Clins;
Perdicas le cortois i tienent à hardi,
as compagnons se mellent et H renc sunt frémi;
li xii. pers de Grese ne sunt mis en oubli;
as esporon^ trancans lor ont L ju parti 20
de coi li désarmé se tienent pour trai.
en la mellée furent 11 couart estordi ;
teus Tii** en i ot qui ont le camp guerpi.
Parmi les prés de Pale fu fière la batalle;
là ù les os s'encontrent, n'ont parlé de gastalle,^ 25
ains s'entreflèrent bien sans autre deyinalle;
li couart se desoivrent com li grains de la palle.
Filardos sist armés sor ferrant de Navalle;
n'ot plus fier chevalier de si en Cornuaille.
devant en mi le front, par devant' la ventalle» 30
avoit plain pié de lé, par de devant l'entaille,
des Grius ot fait damage, ne 1' tenes mie à Me,
quar autresi le fuient comme l'ostoir fait qualle;
cui il consiut à cop, ne li vaut une maille;
si l'ocist à i. cop que gaires ne 1' travalle. 35
Alixandres le fiert de l'espée ki taille,
tout le cors li fendi de si en la coraUe;
1) ffobttlU. 2) dêêor.
MITTB DE BINA8 BT lyALQCANORB. 243
jamais à L estor ne quic que gairea vaille,
la mors de KUrdot la lor-gent anoalle.
Li rois s'en passa outre quant ol mort Filardos,
et Sert SUacien* qui sire ert des Esclos
une gent orgillouse, felenesce, despos; 5
cil ert de le lignie (de) Cîos et de Magos»
que Tespaule li tranee, puis li a dit iii. mos:
„nous connistrons mull bien hui mais les vos gaios.''
Emenidus d'Arcade r*a ocis Quinragos'
et lui et son ceral abatî en i. flos; 10
les conpagne^ se mellent et fremîsent les os.
or se gart bien cascuns c'a 1' partir ne soit sos,
ne remanra sans perte et dolor et desnos.'
La batalle fu ftère, ce n'est mie de gas;
li xiL pers de Grese ne s'aseurent pas, 15
as espées trancans yont départir le* tas.
Tholomes Sert Baudin et Dans Clins, Baudias ;
Lincanors, CMide; Lipnes, Gluinas;
Perdicas^ Bosiien et FUote, Pilas;
Aristes, Passion et Calnus, Serpentas.* 20
F. 39' Antiocus refiert et Gaudin et Drivas,
Emenidus d'Arcade jousta à Corbatas;
à tiere sunt ceu des cevaus qui sunt cras.
là ot escus tranciés, elmes fendus et quas;
des armes et des bras i oisies grans glas. 25
Durement se conbatent li Turc et li Persant;
Alixandres estoit è 1' premier cief devant,
à l'espée d'acier vait la route faisant.
Dans Clins et Tholomes en vont après poignant,
n'encontrent chevalier qu'il n'aillent abatant. 30
Emenidus d'Arcade r'a ocis Pagonant,
Tholomes fiert L roi qui sire ert de grant gent;
xxz. cités tenoit devers solel luisant;*
le coralle li perce à l'espée trencant,
mort l'abat à la tiere, là ot i. doel pesant 35
desor lui s'arçstërent li petit et li grant;
i) Luei$n. 2) Bfurffaloê. S) «I dêê lor «I dêê noê. 4) lu. 5) fir«-
irmfm». 6) IwonU
16*
244 JOUTB DE DINAS ET D'ALIXANDRB.
Arides d'Etiope le regrete en plorant;
frère estoient germain et d'un règne tenant.
Arides d'Etiope a son frère esgardé
qu'il vit mort à la tiere, sor son escu bendé;
durement le regrete et mult l'en a pesé. 5
se vengier le pooit, mult 11 venroit à gré.
il cuida de Dans Clins que cou fust Tholomes,
por cou que d*unes armes estoient atorné;
li elme sunt'd'un cuig et li escu doré.
devers sa lance à destre a Clincon encontre, 10
si grand cop li douna que tout Ta estoné;
li cevaus li canciele, car mult Tavoit lasé.
Clincon et son ceval abat en mi le pré;
plus de vii. chevalier sunt sor lui aresté.
là li furent de Y* branc ne sai quan cop doné, 15
. mais Dans Clins se redrece, si a Tescu levé
et a par iiii. fois Macidone escrié.
es vous à la rescouse Calnu et Ariaté,
Emenidus li duc d'Arcade' et^ Pilote apresié;
mult l'ont bien soscouru et par force montiâ. 20
à iceste parole' ont féru et jousté
et à tiere abatu maint chevalier armé;
Arides d'Etiope i ot le pug copé
et maint bon chevalier par mi le cors navré.
La bataille a duré tant que vespres fu tart; 25
Daires vait tous armés par l'estonr sor liaijl;
iiii. rois l'enmenèrent devant son estandart,
plus de m. chevaliers ot de cescune part.
Alixandres l'esgarde qui cuer ot de lupart,
plus tos en vint armés que ostoirs vers mdlart; 30
si Sert le roi de Perse desor son toenarti
par mi toutes ses armes li a fausé* le lart;
quant Daires voit son sanc, il n'a oel dont Tesgart;
«de paor s'en fremist, s'apiele Saturât/
à^ iii. rois de Persie et d'Egipte le quart, 35
à la fuie s'est mis tous les vaus de Pinart.
1) des, 2) EmmHdus i^Areaiê. 3) rese^uêse. 4) ^rêneié, 5) 8m^
tunutrt, 6) et.
JOUTB DE DIKAS KT D'ALIXANDRB. 245
la gens Daire s'enfuient, trestout k une part,
et li Griu les encaucent qui ne sunt pas coart;
autres! les abatent corn vilains son essart.
Daires fu si narrés que trestous en canciele»
li sans Termaus en raie sor l'arcon de la siele, 5
fuiant s'en est tornés sor liart de Castiele;
toute sa gens s'enfuit sous les yaus de Piniele.
sa mère i a perdue et sa famé la hiele,
F. 40* et sa fille au vis cler qui est gente puciele/
Alixandres les prist qu'es enmaine et eaieie; 10
à sa tente les maine, s^es joinst et cieriele;^
gentement les apiele' et mult bel les apele.
Daires en ot tel dol quant il ot la novele;
l'aighe li eort des ious et mouUe la masiele.
Mult est biele aventure Alixandre avenue, ' 15
quant Dairon ot vencu et sa gent deronpue,
par esfors d'armes en bataflle vencue.
ains n'ot Daires tel doel de perte c'ot eue,
com il ot de sa mère que è 1' camp ot perdue,
et sa fille et sa famé que maint jor ot tenue. 20
mult redoute Alixandre, qu'il n'en face sa drue;
por cou mande sa gent le grant et le menue,
de par toute sa tiere ù point d'erbe a creue;
il en jure, ses Dex et sa tieste kenue ,
s'il en i remaint nus qui ne soit en s'aiue, 25
les talons aura cuis et les plantes fendues;
ne r laisera, cou dist, par la loi qu'a creue,
c'or ne soit Alixandre ceste joste vendue.'
Dolans fu* Alixandres et ses pris moût montés,
quant il ot les Piersans de bataille tournés, 30
et Daire desconftt qui è 1' cors fu navrés,
li avoirs qu'il en prist ne pot iestre nonbrés,
li ors ne li argens, ne l'autre ricetés
que Daires i pierdi et ses autres bamés,
et sa femme et sa fille qui moût orent bontés,* 35
et sa mère meisme dont il ert mult irés.*
i) Im fêêHne êi JoieU. 2) honoré. 3) honte rendue. 4) muli fu lieo.
6) hiéUiéê. 6)
246 JOUTB DB DINAS BT D'AUXANDMB.
Alixandres les prist k'es tieet en grant diiertéfl;
d'une riens fist mont bien et ke courtois proufés,
que la dame commande à ii. de ses casés;
et cascuns d'aus Ten est et pleris et jurés
que jà nus hora en tiere n'en sera lor privés, 5
que Daires soit par ans bonis ne vergondés.
ne demora puis gaires de cou que tus oes,
que la dame fti mortes et ses éors déviés,
la femme an roi Daire dont par- forcbe* est sevrés;
Alixandres meisme en fu dolans ases, 10
et quant Daires le sot s'en fu si adolés,
il a ses puins detors et ses cheviaus tbirés
et a maudite l'eure que il onques fu nés.
il a dit à ses boumes: ^signour ne 1' mescrees,
„ne peut soufrir la dame les dious ne les fiertés' 15
„que il li voloit faire et de boute ases;
„pour c'est morte la dame et ses cors a fines;
„mais par tout le roiaume dont sui sires clamés,
„se ne venge cest honte, ne sui roi coroonés.^
1) foret. 2) y^Uéê.
MESSAGE A DARIUS.
Ci dtot «I eom 1. meMise« aporta iioirele« k Dalrou
qiU9 «a f)»iiie fte morte*
F. 40^ Uaires fu por sa femme courecous et pensis;
estes TOUS L prison fci Ai de l'ost des Gris,
▼enôit de la batalie ù aroit estet pris.
Toiant toute sa gent -a Daire à raison mis :
,,escapés èuis de V roi, à laron et fùitis; 5
^vôtres DQolliers est morie, c'est il grains et (* maris);
„muU le tint à ounor tant que ses cors fu vis ;
,,onques par nesun home ne li fu hontes quis.
»,mai8 Totre fille est biele et si a cler le vis,
„se r Tiut, il le prendra au los de ses amis, 10
„et se il ne le prent, ne l'en fera jà pis;
„donra lui à signor, roi, u duc, u marcis.''
et quant Daires l'entent, si en a fait i. ris.
„Alixandre8, fait-il, mult en ares grant pris;
„mult les humeles Grijois* à crueus anemis; 15
„de l'onor qu'en as fait, m'en a si bien conquis,
„se pais ToUes Taire, par foi le te plevis,
„plus t'ameroit mes cuers que home qui soit ris;
„et durefnent me poise que de moi les escis.'*
en icele contrée sor l'aighe de Gangis, 20
là ù fu la bataille des Persans et des Gris,
aroit une cité que on apiele Sis;
les tors en erent hautes, li murs de marbre bis.
li rois le prist par force, ains n'i ot gaires sis;
dedens s'en est entrés o l'eskiet c'ot conquis. 25
1) et iouê.
248 HBSSAGB A DABIU8.
tant a entor la Tile des mors qu'il a ocis,
qa'à meirillouse paine i dure nus hom yis.
Griu et Macidonois sunt en la Tile entré;
por cou que le jor furent traTillié et pené»
si ont mult yoleûtiers iiii. jors sejomé. 5
à la mère au roi Daire Tinrent doi sien priTé;
se li ont bêlement consillié, à celé
que là hors de la Tile sunt iii. baron troTé
qui erent mult haut home et de son parenté,
et forent en Testour ocis et décopé: 10
,,si requerre Alixandre par grant humilité,
,,que requerre^ congiet que il soient entière.*'
et li dame respont qui le cuer a séné:
„li maines rois de V mont fait tant ma Tolenté,
„que ne li os requerre riens fors sa Tolenté." 15
mais cil li ont tant dit et proie et mostré,
qu'ele en a Alixandre le congiet demandé;
et li rois li respont boinement et de gré:
„por la Totre amor, dame, ne tus ert dcTeé.
„faites prendre les mors que m'aTes demandé,' 20
F. 40* „et tant com il tus plest de caus qu'aTes troTés.
„si soient par tos homes hautement entière/'
puis li a quitement rendue la chité
si, c'onques ne retint ne tor ne fremeté. '
Mult par fist Alixandres que frans rois deboinaire, 25
quant il ot la bataille Tencue es prés de Paile,
qu'il rendi la cité à la mère au roi Daire;
mais sa fille estoit bêle, si ot cler le Tiaire,
sa coulors sanle clere com rose' qui esclaire;
aToec lui l'en mena, qu'en deuist-il à faire. 30
de l'aler après Daire ne s'atargèrent gaire;
ne li Tolra laisier ne castiel, ne repaire,
au quint jor est meus, s'a fait son ator* faire.
Quant li rois ot conquise Sulie et les cités,
et Daire desconfit et ses homes matés, 35
por aler après lui est au quint jor montés;
jamais ne finera, s'ert l'uns désiretés.
1) i7 a doinêt 2) d$viêé. 3) rose eom êoUil. 4) atrait.
HB88A«B A DARIUS. 249
jusqu'en la tiere Daire ne s'est mie aresiés;
* jamais ne trovera miz garnie à los lés
*de grandes praeries, de vignes et de prés,
il a dit à ses homes: ,,signor, or esgardes,
„c'uns règnes si garnis nous est adestinés. 5
„la tiere sous la nue toute est notre iretés;
»,mais durement^ me poisë dont me sui porpensés,
,»qu'en si estroite roce est li mondes formés.
jj)ei a fait peu de tiere à i. proudome ases/'
dé ceste cose risent Clincon^ et Aristes; 10
n'a homme en sa conpagne tant en soit esfreés.
les xii. pers de Grese a li rois apielés:
„sottr l'aighe de Gangis, faites tendre mes très
,,et j'irai en rivièFe o mes faucons mués."
cil li ont respondu: „si com vus eommandes/' • 15
quant li solaus torna» miedis fu passés,
à XY. conpagnons s'en est li rois tomes,
Aristote ses mestres en est o lui aies.
Ci nos di d'Alixandre, qui de Berri' fu nés,
et de Paris refu ses somons apielés, 20
que li fueres de Gadres est à cest vier fines.
quant li solaus torna, miedis fu pasés,
en sa tente de pale est li rois retomés.
*0r entendes, signer, que cis estore dist,
*de Daire le Persant k'Alixandres conquîst, 25
*de Porrus le roi d'Inde qu'il kaca et ocist,
*et de la grant vermine qu'es désers desconfist,
*et des autres mervelles qu'il cerka et conquist,
*de Got et de Margot qu'il ensera et prist;
*jamès n'en istra un dusc'à 1' tans Ande-Çrist. 30
*issi com Apeles s'image contrefist,
*de r duc de Palatine qu'il ocist et conquist,
*de roine Candace que en sa cambre mist
*et de la vois des arbres qui se mort li descrist,
*issi com Aristotes l'entroduist et aprist. 35*
*la verte de i'estore si com li rois le fist
1) JFuHê rien, 2) Aiixmidres noi dUf qui de BerUtin^,
250 MB88A«B A 0ARIU0.
*an clen de Ca«teldun, Lambers li Tors l'esêrist
*qui de Y latin le traist et en roman le mist.
Quant Alixandres r'est repairiés des iSincons,
o son mestre Arfstote et o ses conpagnons;
ses mestres li a lues commencîé i. sermon. 5
,,signor, gardes qu'il n'ait caiens malvais laron;
„les boins retiegne o soi* et hee. les. félons;
,,ne ne croie nului^ d'acuser ses barons,
„les povres chevaliers retiegne^ par biaus dons,
„et envoies les' famés les hennins pelicoAs; ' 10
,,qaar se besoins en ert* grànt estra li renons.*
,,ctt souferront por Ini et ires et tencons
,,et de gaster grant tiere et d'abatre dognons.*
„Daires a fait en Perse mainte porciessions;' .
„mult en a avoir pris et eut raencons,* 15
„0T est tans de vengier; cauce ses esporons,
„quar le heent ée mort toutes ses régions,
„por cou qu'il a sour ans mis seijans si félons,
„des nouviaus* de sa tiere, des ftus à ses** garcbns.
„cil n'ont cure de Deu, ne de ses orisons; 20
„li avoirs de sa tiere esloit à lor barons;**
„li pules prie Dieu et seé saintismes nous
„que il soient vengié de 1' roi et des gloutons."
— mestres, dist Alixandres, bien otroi*' vos sermops.
f.AV ^mes homes ferai rices d'or quit et de mangotts; 25
„cou que Daûres a fait n'aura mie parnons;*'
„se ilavoit une eue, j'aroie ii. paons.**
„por aler après lui sunt mi home semons
„*et cil qui remanront seront quit es talons,
„ne r puet garir** castiaus, ne cités, ne dognons.'' 30
sor l'aighe de Gangis tendent lor pavillons.
Aristote se gist adens sour i. tapis;
si doctrine Alixandre com sll fust** aprentis;
1) seê êers. 2) sêcorre, 3) Mivate è lor. 4) H nutî. 5) srf li
piêrreUnê. 6) lor itère et mrioir lor munoem. 7) ferséeuHono. 8) «r-
genl frU et or et. 9) jnorf. 10) fiere osêes. Il) htmdono, 12) entent.
13) «H perdone. 14) a UM oelle^ fen arm i. fnouton. 15) tCee fora
foronièr. 16) eomme eon.
«BSBAGH A l^AElirB. 251
dist Ini: '^gà fastes yi» si ricement Boris,
,g'à curera losengiere ne soit par Toas ois;
„se tu erois biett tes homes ^"^ jà ne seras konis,
„et se tu crois tes siers tu seras mal ballis.
„jà sera ne fera bien ki souvent est' aflis; 5
„au tierc jour u au quart eat ses avoirs faUs.
„Ii sages Salemons le dist en- ses escris :
„à paine a^n bon arbre de mauvaise rais?'
„rien8 n'est de tant malvaise/com de aérs enricis;
„quant a de son signor tous les avoire saisis, 10
„por cens à entierer et dès of enfouir;
,,ravoira, se* li sers muert et cU qu'en est saisis,
,^k n'en aura ses sire vallant i. parisîs.
„par ses mauvais serjans est princes mal balHs,'
„qui tolent les avoira as grans et as petis; 15
„par coi li sires est d'aus et de Deu bonis.*
„li péciés li remaint et cil est «nricis,
„et s'il vint de l'avoir, bien en ert éscondis.
„aseB voit^on de ceus qui lor signors ont irais,
„ocia, enpuîsonés u à coutiaus mourdris. 20
„en son consel ne croi, ne en lui ne t'afls/'
et respont Alixandres, com hom de sens garnis:
„or m'en dirai, * biaus mestres, de vos sermons Boris,
„se jà L en tresgas, dont soie-jou hounis,
„le jour soie-jou pires que sers racateis; 25
,Jà ne n'iert i. par moi alevés ne francis,
„ne por losenge Daire,^ s'il estoit si hardis,
„s'il venoit devant moi, jlous en serôit maris.'
„li xii. conpagnon que vus m'aves eslis,
„ont ja men tret tendu, sor l'aighe de Gangis; ^ 30
„des maus qu'a fait en Grese n'est pas Daireê garnis ;^°
„s'a pris cà en arrière vallant une^* brebis,
' „or nous en vengerons à nos espius forbis;
„ne r puet garir castiaus, tant soit clos de palis,
„fossés, ne mura entor, dognons, ne plaseis. 35
1) ne erecê vos «er«. 2) n'en. 3) raeU. 4) de. 5) wuiine frtme
hom truie. 6) if eont de Deu et du fuie htde. 7) irm. 8) Jtire. ^) irait
muOiê. 10) $orie. 11) us voee ne.
252 MESSAGE A DARIUS.
,Jà ne remanra mais li noise ne li bris/
,Jusques l'uns en sera detranciés et ocis/'
atant demande l'aighe, si est en pies salis.
Li mangiers fu tous près que li Griu ont hasté,
puis sunt li siège fait et li tapi gieté ; 5
li cheralier s'asient, quant il orent laré
et on lor délivra hanas d'or à plenté.'
li senescal, li keu, li rallet de 1' règne
les servirent des mais tout à lor volenté;
quant U orent mangié et il s'en sunt tome,* 10
Aristotes a dont Alixandre apielé:
„biaus sire» damisiaus, ce me vient mult à gré
„tel cose vus voel dire que jou ai enpensé."
Alixandres respont: ,,jou l'ai mult désiré/'
es le vous en gisant de lés lui, à costé. 15
„ Alixandre, fait-il, dire te voel noviete;
„quant tu Taras oie, ne te sera pas biele.
F. 41* „Daires li rois de Perse de servage t'apiele,
„u tes pères est sers, u ta mère est s'anciek;
„quant le tréu demande, malement se reviele. 20
„je vie ier les bries lire pardevant la capiele,
„tu n'i as que targier; ain fet mettre ta siele.
Alixandres s'aceute,* sa main à sa masciele;
de mautalent et d'ire rougist coda estincele.
„mestres, dist Alixandres, je ne sui pas puciele; 25
,Je n'ai soig s'il fait caut, u il pluet u rosele.*
„or le voel revisder, car forment il reviele;
„se r puis en camp trouver, la venjance en ert bêle;
„ne li vaura haubers une tenneue gonniele.*
„mon espiel li métrai pardesous la mamele; 30
„à mon bon branc d'acier dont trance Talemiele,
„li trancerai la tieste, s'espandra la cerviele;
„autre fois en ai-jou oie la noviele."
Ce fu è r mois de mai, i. poi devant l'issue,
li herbe reverdist et ele point menue, 35
que li rois Alixandres a sa gent esmeue
t) eri>. 2) a U vin en kmuiê mfmrté. 3) furmt Uvé. 4) a*$HmiM.
5) il $tlê, 6) tahUe ^onêle.
MIB8SAGB A SAMUd. 253
por aier desoor Dafare A la barbe kenue.
8or l'aigbe de Gangis la rivière ont tenue,
portent girfans, faucons, oisiaus de mainte mue;
n'i remest sor rivière cisnes, faucons, ne^ grue
que ne soit as fjBtucons portée'' et retenue. 5
Il rois est A séjor avoec sa gent menue,
il ne r Tot travellier, car tos l'aroit perdue,
tant les maine souef qu'en l'ost est enbatue,
en la tiere roi Daire por oui ele est mené;
et puis qu'eleufu en la tiere enbatue. 10
ceurent par la contrée k'il trouvèrent vestue,
pecoient bors et viles, castiaus et les grans rues,
ii. cités i ont arses et la tiere fondue;
prendent vin et forment et ferine molue,
et pain et car salée, et de le quite et crue, 15
or et argens et dras et mounoie batue;
riens qu'il voellent avoir ne lor est desfendue.
Daires sot la noviele; quant il Ta entendue
fremist et devint noirs; car li sans li remue,
de mautalent et d'ire; la parole a perdue 20
que il ne pot parler nient plus que beste mue;
ains vougiét,' tous li sans li remue,
et quant l'ardors li fu i. petit escourue,
si mande à Alixandre que folement s'argue,
quar se tant les atent* que sa gens soit venue, 25
savoir puet à fiance, sans faille, sans trelue,*^
que rois Daires li mande que de rien ne 1' salue; v
que ancois ne s'enfuit u il ne se remue,
bataille puet avoir, ains tous ne fu veue.
tous caus va regretant de la desconfiture' 30
que li a fait è 1' camp; mult li ert cier vendue.
Daires tramist ses mes' an fort roi Alixandre
et cil i sunt aie por la tiere desfendre,
au roi en sunt aie por i, jour de devenres,
noncent lui le bataille, se il l'ose atendre; 35
d'iluec en xi. jors lor penst* de soi desfendre,
Dnebane. Z)€ifriêê. Z) art é^ire êl eêfrmU. A) i'ow miêMér: b)9mê
netune arêêm. 6) M é»$i éfta^êrm iê U éêêtfwmme. 7) «m Am. 8) f «m •
254 «SSSAGE A DAUUS.
qaar Daire9 a juré que 8e il le puet prendre,
qu'il li fera le col à me harl esteadre,
et à UDca grans^ foriiea par mi sa geule pendre;
et aanace sa gent que cier lor cuide rendre
sa tiere qà'A li ga^e et tel mérite rendre, 5
F. 4t^ que n'estordra de Tost li graîndre ne M nwndre.
Par bries et par mesages que roi Daires ot pris
qu'Alixandres estoit de la guerre entremis»
par toutes ses contrées eaToie ses escris^'
et mande à tous ses hommes, kien en soit cescuns fis: 10
qui ne Tenra à lui de si à x¥. dis,
qu'il perdera les menbres, ne H fera jà pis;
li rois Oteviiens ne 11 sera amis.'
et quant furent venues les gens de derers Tirs,*
si ot xxz.. tans homes qu'Aliiandres n'ot Cris; 15
mais par cou fu vencus et ses règnes conquis
qu'as fins de ses garçons estoit ses consaus pris,
qu'ayoit fait de sa tiere senescàus et haillis,'^
de veves gentius Cames et les onors saisis.*
cil li ont tous ses homes afdés et malrais,' 20
les vilains confondus'' et* les boijois ocis;
les povres cheyaliers, cens ont tenus tous vis*
qu'ases sunt plus dolant que s'il fuscent ocis;
honte *^ et contraire ont tant fait as gentis
qu'il n'a homme en sa tieiie qui ne li soit escis^ 25
* quant vint à 1' grant besong, sor l'aighe de Gangis
et dist li i. à l'autre: jà n'Mt-il paradis,
que pour mauvais signer se fait navrer ë I' vis,
ne n'en aura celée desor son escu bis.
„conbatent soi li serf que il a enrichis» 30
»,que nos avoirs nos tolent et font clamer cailis,
,,jà cil n'aura la tiere qui nos en face pis." .
lors s'en tome cascuns arrière en son pais;
Daires remest tous sens com li hon sans amis»
vit ent aler ses homes qui s'entoment fuitis, 35
1) hautêê. 2) eariii. 3) Jà n'en sêra fîaiHê H on né H arjpcM
fVS ai SmnirmnU. 4) dêvêrê Tipiê. 5) irUierê et wmrcîê. 6} Vm ohoti
Mêiê. 7) êûn râMmê eênfmiu. 8) dêfêiUéê. 9) H piU. 10) si homlu.
HBSSAQB A PAEIW. 25&
puis a dit i ses sers: „cou m'aves-yus aquis)*
„n'a baron en ma tiere ne soit mes anemis;
„tani lor aves-Tus fait et de sor ans aqnis.'
„mu]t sovent se clamoieiit, ains droit ne lor on is;
,,de TUS m'en venjerai» s'en puis estordre ▼is.'' 5
por cott l'ont en la fin li serf meisme ocis.
Dèsque Daires sot bien que ce fii Tentés
qu^Alixandres s'estoit de la guerre mellés,^
et la noise et U cria en est partout aies,
Porru manda en Inde par un de ses privés: 10
Alixandres ses bom est vers lui roTelés»
que il li Tiegne aider à tous xx«* armés,
le treu li rendra, jà n'en soit i irés,
cccc** mars de fin or esmerés.*
,,les armes Aluandre qui est outre cuidés 25
,,Ii donroi-JQu ancoîs que cis mois soit pasés,
„et Bocibl meisme qui par est si doutés/'
faounis est U cuvers qui rers hn est mellés,
ne r garra bots ne yile, ne castiaus, ne citée,
qu'il ne le siue tant qu'il ert^ désiretés. 20
li mes 11 dist de bouce qui li bries fù donnés,*
que se il i aloit, il seroit afolés;
quar tant est Alixandres orgillous et doutés'
que tantos qu'U sera de Daire trestoroés,
sempres yenra sor lui, jà n'en ert arestiés. 25
Porrns ot la novele, si en fu est^eés
qu'il n'alast en l'aide ù il estoit mandés,
que li donast tout l'or de iiii** cbités.
en la fin de sa tiere a ses homes mandés
que ne soit par les Grius malmis ne afolés; 30
F. 41' tous jors est de bataille garnis et aprestés;.
au mesage respont: „arriëre tost aies,
„et dites au roi Daire que trop sui enconbrés.
„à garder ai ma tiere et trop sui enblaes;*
„ne feroie por lui iL deniers mounaés.'' 35
1) u wml avêê-vuê pds. 2) forquiê. 3) outré Oangis foêêéê.
4) «ww iTe ieirf«r# «mi^. 5) «oif. 6) o% ffrUê. 7) ^«r# s« ^smcm-
r«#. S) H tA à ftdre ate#.
256 MESSAGE A DARIUS.
Quant Daires li Persans ki si se desmentoit
oi de r roi Porru que Tenir n'i osoit,
de par toute sa tiere tous ses barons mandoit;
mais il ert tant hais que poi en i venoit,
por les félons serjans que sour eus aleroit. 5
ains n'i vint se cil non qui remanoir n'osoît.
et quant il ot mandé cou qu'il aroir pooit,
por tant si ot tant gent de caus qu'il asamble avoit
et ot xxz. tans d'oumes que des Grius n'i avdit,
et vint Ters Alixandre com ains pot a esploit. 10
et quant Tint au besoig, Tuns l'autre regardoit;
ce dist li i. à l'autre: ,,couart somes et soit/
,,que celui sons aidant qui nous desiretoit,
' ,,et tant nos tenoit vins '-et si nos abaisoit
„que ses mauvais serjans de sor nous en penoit.* 15
„et quant nus de ses sers à nous se courecoit,
^apriès nos batoit bien et puis nos laidengoît.
,,cil qui estôit hounis, à Daire le moustroit
,,mais }à nus n'eust droit qui des sers se clamoit."
cescuns brise sa lance, en son pais tomoit. - 20
Daires vit qu'il s'en Tont, à poi qu'il ne mar ^oit^
et a dit à ses sers: „ce m'aves vus toloit.
»,mi home me guerpisent et si en ont grant droit/'
i. soudoiers li dist qui o lui s'en aloit:
,,qui de près s'esleecce el de lonc se porvoit;* 25
9',ïl n'a point droit en tiere > ne il point ne Tavoit*
y,qui sor ses gentius homes ses envers alevoit.
,jà ne veres nul home qui à le fin en joit,
,,pire est orgius de serf que venins de erapoit.^'
Daires son cief jura et ses Dex ù il croit 30
que il s'en venjera, se d'iluec escapoit.
cou que Daires ot dit, i. de ses çers l'ooit,
et Baians ses conpains qui lés lui cevaucoit.
ambedoi li glouton estoient d'un conploit;
en la fin tuent Daire pour cou qu'il maneceit, 35
l'uns le tert d'un coutiel, li autres d^un espoit.
1) à àrak. 2) vUs. 3) alêpoit. 4) n'êêrm^ok. 5) fwt iê Imie tê^mréûit.
0) mê nuié bien n'avoii.
HB88AQB A DAUU8. 257
Quant* Daires Toit iceas qui à mort Font navré,'
Alixandre manda par i. de ses prirés,
qu'il le yiegne veoir ains qu'il soit déviés.
11 rois fist que cortois, quant il i est aies.
.,sire, cou dist roi Daires, v«- ' mercis et grés, 5
„quant vus plot cà venir et pitié en aves;
„à morir devant vus est grans confors asses.
„une flUe ai mult bêle; se prendre le voles,
„vus en seres de V mont tout li mîus mariés.
„por li vus servira trestous ses* parentés; 10
„ma tiere et tons mes i*ègnes vus ert àbandonés.
„avant ier le presistes è V oamp h fui matés»
„et se cest mariage otroier ne voles
,Je vus proi par amors que mari li donnes.
„que selonc son parage soit ses cors mariés. 15
„mult en peseroit m'arme, ses cors ert vergondés.
„ne vus crées en serf, ne ne vus i fies;
„se clamors vus en vient , tous les desiretes,
„que mult vus cieriront, mais ne vos i fies.
F. 41' „en cens que j'ai noris, essauciés et levés 20
„à dolor me font vivre, si com veir poes/
„cil qui d'ans se clamoit n'estoit point ascotés,
„ne jà n'en r'eust droit qui s'en refust clamés;
„et li maus et li damages en est sor moi tomes.
„en traison m'ont mori, Dex lor en sace grés; 25
„si feront vus li votre, se vus ne vos garde».'*
„âire, ce li £st Daires,^ ne vus en quier mentir;
„si sui navrés à mort, noiens est de l' garir.
„grant confort me -donnes de devant vus morir.'
,',ma fille qui est bielé et bien faite à cierir, 30
„nus bom ne puet plus bêle en tout le mont coisir;
„à moullier le prendes, se vus vient à plaisir.
„de trestoute ma tiere vus voel ici saisir;
„ne deves pas par force ne* reuber , ne tolir
„cou que poes par droit avoir et retenir. 35
„*ne vos caut vos quivers essàucÎQr et cierir;
1) 4iê fuê, -2) eau fu'il êêt tumréë. 3) cinq c. 4) mêê. 5).i«m com
90ê Vêêi. ^) m àU H âuê. 7) &à moi deptes vêmr.
Li RdvaMM eAùxÊMÊn, ^7
258 MESSAGE A DARIUS.
,Jà de rien ne jores qu'il vus puisent tolir;
„ains vus voiront tous jors agaitier et trair.
,,li mien qui me doivent honorer et siervir,
„me font à doulour vivre et ma vie finir,
,,por la doulour (*des plaies) que il m'estuet sentir. 5
„n'en poc onques i. seul ne trover ne coisir;
,,quant il m'orent navré si prisent à tuït*
„ie si grant felonnie ne laist jà Dex joir/'
por la mort qui Y destraint, commence à sousgloutir;
l'arme s'en est alée, si commence à noircir. 10
Alixandres le plaint, iluec fist maint souspir; '
mult ricement a fait Dairon ensevelir
et fait faire service, ricement enfouir.
,,Signor, dist Alixandres, avenus m'est grans cols.
„cil qui Daire ont ocis m'ont mis en grant repos 15
„et ont crute' m'ounor et ensaucié mon los.
„s'il me loient^ jesir, j'es metroie en repos
„que jà des parens Daire n'i averoit si os,
„se riens lor forfaisoit n'en Uiasce les oor8.\
„ès bras auront ornicles,* et cordieles^ as cols. 20
,4'es lèverai en haut, ipii qu'en ait le cuer gros;
„la mervelle en venra as sages et as sôs.''
Quant li serf ont oie le parole le roi,
devant lui sunt venu, dient lui en recoi:
„sire, nous l'avons mort, se 1' plevisbns^ par foi, 25
„et volons que le saces que l'avons tsii pour toi."
— signer, dist Alixandres, or entendes à moi.
„quant votre signor Daire ^ aves ocis por moi,
„8elon votre service le gueredon vus doi.
„de rien que promis aie, ne frainderai ma loi; 30
„et cordes et ornicles^ aures, si com je croi,
„de vus lever en haut prenderai bon conroi.''
Li rois en apiela Tholomé et Clincon;
o ces il. sunt venu li autre conpagnon.
„signor, dist Alixandres, entendes ma raison. 35
„ambe8 ii. ces cuvers* me metes en prison.
1) tN*ofior merêue, 2) foêe. 3) ne /* iorwHmimêé à €io0, 4> anm7le«.
5) torkes. 6) t'mfonê. 7) iiffe. 8) torkeê êi &nmUêê. 9) ^ver».
MB8BAGB A DAEIUS. 259
,,baiFe lor signor lige ont mort en iFBison;
„por cou qae tait i'ayoient en mortel traison/
,9le yoloient celer 11 traitor glouton;
„quant jou por le yengier lor promis' guerredon.
^cordelea -et omicles en auront à bandon; 5
,,8*08 lèverai en haut, qui qu'en poist ne que non,
„*que plus seroient haut que trestot mi baron.
,,s'es penderai plus haut que juger n'oseroit on.
F. 42* »,pour cou qu'en ma parole, n'et nule mesprison,
„les bras en liu d'onûcle ambes ii. loieron;' 10
„ès cols en liu de cors, de bars nous penderon.''
La il Daires fu mors, très de devant les portes,
les fist li rois mener ens es cols les réotes;*
les mains en lius d'omicles les fait loier de cordes;
des! en son les fources' les misent en reotes. 15
sour Taighe de Oangis dont les rives sunt tortes, \
sont les cars enfouies des glotons ki sunt mortes.
Quant li rois ot ensi destruis les traiteurs
et tormenlés à force ^ et fait honte et dolours,
de toutes les contrées a nundé les signours 20
et les dus et les princes et tous les vavasours.
„8ignor, dist Alixandres, c'or me rendes vos tours,
„les eastiaus et les viles, -les cités et les bours,
„par couvent que croistrai trestoutes vos ounours.''
cil le font volontiers qui orent grant paours; 25
li rois les a rendues à cescun par amours..
Quant or furent destruit ambedoi li félon
et selonc lor déserte orent le guerredon
et Alixandres ot Perse en sa subjection,
ses prouves i a mis, tous com li vint à bon. 30
puis s'en torne li rois et il et si baron
en i. désert en entre ù dt mult grant arson.
il n'i avoit point d'erbe, ne de bosc i. bouton;'
la tiere est toute secce et agu li saucon,'
quar il n*i avoit de gent nule abitasion; 35
ains i conversent* tigre et lupart et lyon,
1) murdrê et à im-an. 2) #jfW. 3) ^m-miUe, de eoréêë lor ioU-on.
4) rtaries. 5) «# forpiêê. 6) Mêêon. 7) férrom. 8) î aHtmU.
17»
260 MBSBAfiB A DARIUS.
saytaire* cornnt et li.escorpion,
et votoir et galifre' et enpenet grifoD,
et bestes et oisiel de diverse façon;
outre s'en yait li rois «t sa gens à bandon.
quant fu fors de V désert, si a mandé y-Clincon 5
et cil i vint poignant o lui i. ' conpagnon.
„baroD, dist' Alixandres, entendes ma raison.
„mainte liere ai conquise et mainte région;
^Roumain sunt mien par force tout en ma question,
„puis mis PuUe et Calabre en ma subj^cliop, 10
„et conquis tout Aufrike à coite d'esporon,
„Hermins et Suliens, u vosisent u non;
„maint prince, maint domaine ai mis en ma prison.
„asses i ot de cens dont nus n'ot raencon.^'
„Signour, dist Alixandres, jou ai mult conquesté. 15
„çil de Jhérusalem furent boneuré;*
„caus de Tir conquis-jou par lor grant cruauté;
„maint castiel ai conquis et mainte, fremeté;
„Daire le roi de Perse ai-jou à cief^ mené
„que si home meism^'ont mort et afolé. 20
„or, vus voel acointier que jou ai en pensé:
„asses ai par la tiere et venu et aie,*
„de cens de la mer voel savoir la vérité.
, Jamais ne finerai, si l'aurai esprové.''
si home li ont dit k'il a le sens dervé: 25
„cou que nus penser n'ose, icou vus vient à gré,
,,8'il nos mesciet de vus, tôt some» afolé;
y^k ne veromes mais là ù nos funles né.''
— por nient, dist li rois, en aves tant parlé,
„quar por tout l'or de V mont ne seroit trestomé.'' 30
quant il virent le roi isi entalenté,
tout cou que boin li est li ont acreanté.
F. 42^ Tout ont acreanté si com il plot au roi,
mult boin ouvrier de voirre avoit ensamble soi,
qui savoient ouvrer le voirre à itel loi, 35
qu'il ne pooit fauser, ains le metent en ploi.
1) H emiiêir€. 2) Itoemtriê. 3) H. 4) (iêênt lor voimUê. 5) ee.
6) pwU mtrvtlie irové.
MBSSAQifi A DARIUS. 261
li rois les a mandés et si lor dist por coi:*
„signour mestre, dist-il, or entendes à moi.
„faite8-moi i. yasiel de yoire, je vous proi,
,,si grant que largement bien i puisent-il troi.
„se TUS bien le me faites, grant louier vus en doi, 5
„et je tus donrai boin par les ious dont je yoi.<'
ce dist il i. des ipestres: „sire, très bien l'otrol
,,se TUS bien me troTes cou que mestiers seroit,'
,,tel yassiel tus fecai, par Deu en cui je croi,
„bien i poront doi home et yns estre» ce croi.' 10
„se ensi ne V tous fac, ma tieste tus otroi/'
Li mestre* li ont fait i mult rice tonniel;^
tous fn de Toirre blanc, ains bom ne Tit plus bel.
de meismes font lampes enTiron le toum'el,
qui là dedens ardoient à joie et à rcTiel, 15
que jà n'aura en mer si petit poisconciel
que li rois bien ne Toie et agait et cembiel.
quant il fu entrés ens et li doi damoisiel,
tout ensi fu sierés com est toui;^ de castiel.
li notonnier Tenportent en mer à lor^ baUel, 20
que il ne puîst hurter à roce n'a castiel.'
ens ë r fron\ de deTant ot fondu i. aniel;
iluec tint la caine dont d'or^ sunt 11 elaTiel.
1) en reeoi, 2) fu'f'l êêtnêt à V eamrai. 3) ensanie entrer lï. Aom«
M fr#t. 4) wrier, 5) t. m%ermihê vaiêiel, 6) ^n i. 7) ^umrei. 8) forî.
DESCENTE AU FOND D£ LA MER.
€1 dl0t «i «•m AlIxAnilrM ta mis «m mmr mm I.
tMUilel «e T^le.
Li touniaus fa en l'aige à i. batîeï portés,
et fu de toutes pars à p]oDC bien saielés,
Alixandres li rois i est dedens entrés
et fu as notoniers en haute mer menés,
et commande à ses homes qu'en mer soft aralés.^ 5
et quant li touniaus fu' là dedens avalés/
des lampes qui ardoient fu mult grans H clartés,
asses fu li touniaus des poissons esgardés;
aine n'i ot si hardi, ne fust espoantés
pôr la grant resplendor dont est enluminés. 10
Alixandres li rois les a bien avisés
*et vit les grans pissons et les petis mellés;
quant li petis est pris sempres est dévorés. *
quant ce voit Alixandres, sempres' est porpensés
que tous li siècles esC et péris et dampnés.' 15
Alixandres li rois ne fu mie esbahis;
bien a tous les poiscons et veus et coisis,
mais aine n'en est i. ki fust isi hardis,
vers le tonniel de voirre osast t orner son vis.
il vit le plus petit des grignors asalis; 20
F. 42* quant prendoit l'autre, lues estoit engloutis
et quant tant pooit faire qu'il en estoit partis,
lors li estoit* autres agais bastis,
tant que pris iert^ et par engiens trais.
- 1) ftie U êoit enê Jetée. 2) aioni. 3) fêiiê éi éiviêéê, 4) md&ni li
iêi^i tutê. 6) fmr forcé est ftiê.
aBSCSNTB AU POND DB LA MBR. 263
Equant ce vit AUzandres mult en fù esjois;
à caus qoe o lui erent en Vint tous esbahis
et dist que: „là sus voel à ma gent revertir;^
, Jamais n'iere de Grese engigniés ne aflis.
,Je vois ces nions, ce raus, ces filains et ces' lafris. 5
„des grans poiscons de mer estoient bien garnis;'
„qui bien se puet desfendre des autres est garis."
Alixandres li rois ot les ii. cevaliers
ens è r fons de la mer dont grans* est 11 graviers;
ens è r vaisiel de voire qui boins est et entiers, 10
ardent les lampes, car il en est mestiers.
onques poison n'i ot tant fnst gros et entiers,
qui l'osast aproisiper, car n'en ert costumiers.
Alixandres esgarde les grans et les pleniers
qui les petis manjuent; iteus est lor mestiers.'* 15
autres! com au siècle est tous jors justiciers,
tout ausi ont-tl là et prouves et voiriers.
sour les petis estoit tous tans li enconbriers.
quant cou vK Alixandres, si en rist volontiers,
et dist as damoisiaus: „pour i. m.® de deniers 20
„ne par toute la tiere josqu'as puis de Riviers,'
„ne vosise-jou mie que cis miens désiriers
„fust remes, ne^ targiés, por besans iL somiers.''
Li rois est en la mer è V vaU è 1' plus parfont;
les poiscons vit aler et à val et à mont 25
por les lampes qui ardent , en si grant paor sunt,
n'osent aproismer, mais arrière s'en revont
li grant, li plus hardit, cil vont è 1' plus parfont;^
quant prendent les petis sempres englouti sunt,'
et se il lor escape sempres s'en vait adont^^ 30
ii plus fort prent le foible, si l'ocit et confont;
quant li petit escapent, à val Taighe s'en vont
tout cou vit Alixandres qui le poil avoit blont,
et puis a fait Tensegne à caùs ki o lui^* sunt,
1) ê€ là 9Uê êêt à 9€ê jfMê reveriU. 2) en etêU wmt plûinê ei vmx
et d) éê mèimê foiêêonê dioBrê des grmu êi dès peHê. A) kimtê. 5) ioê
vie 6f lo« enHerê 6) mut. 7) pU êêî âuê^^i PoUUrê. 8) i i' frêÊUêr
frma, 9) rom. 10) à val le wur en vont. 11) Id 9U9.
264 DB6CBNTE AU FOND DE LA MBR.
que il lievent le caine, si le traient à mont,
cil l'entendirent tost qui mult très lie en sunt;
en paine sunt de Y roi» se vif le troveront.
par son non l'apielèrent et cil laiens respont
que il n'est mi6 mors, jà mar en douteront; 5
cil orent mult grant joie de caus qui l'oi ont,
puis ont le vaisiel trait, è 1' batiel lé desfont;
Alixandres meismes à ses mains le desront
Alixandres li rois est de Y batieP iscas;
de cou qu'il fu en mer n'est-il point irascus; 10
mult est lies des poiscons K'il a ensi veus.
quant il fu à le tiere mult est bien reconnus;'
li baron li ont dit: „bieu soies tus venus/',
et il lor respondi encontre c. salus:
„signor baron, fait-il, bien sui aperceus 15
„que totfs cis siècles est et dampnés et perdus.
„convoitise nous a et tourblés' et venons;
„ciertes par avarice est li mons confondus.
„le violens* grans poiscons dévorent^ les menus;
„au8i as povres gens est li avoirs tolus." 20
— sire, dist Tholomes^ sauve soit ta vertus.
„*se fussies or noies, grans* max nos fust veâus.''
— Tholomé, dist li rois, grans estors ai vencus.
„par la foi que vous doi, que mult estes® mes drus,
F. 42' , Jamais ne finerai, si serai conbatus* 25
„à Porru le roi d'Inde ki jà s'est aparus
„ens è r mius de sa tiere, à tout c*"* escus.''
Sire, dist Tholomés, ne lairai ne vus die:
„n'ai soig de celui roi^ qui n'a soig de sa vie;
„ne vus calle de l'uevre qu'ele vos soit falie.* 30
„quant vus en mer entrastes, ce fu grans derverie;
„se vus fuselés noies, poi prisasse ma vie.'*
— Tholomé, dist li rois, se Dex vos béneie;
„ce sacies por tout Tor qui soit dusc'à Pavie,
remes n'i vosise estre, ne vus cèlerai mie; 35
1) têtuL Z) fu hêl reeeuê. 3) êOêfrU. 4) je vi Uê.' 5) dévorer,
6) ita» ëm qu'esteê. 7) ahaiuê. S) ne êoi-noieni de roi. 9) emui do psêl
^ri «le vos ooii feme.
DK8CBNTE AU POND DE LA MER. 265
»,quar mnlt ai bien apris sens de eevalerie.
„€omment (* guerre) doit estre en bataille establie,
„et que ont fait par force li autre par clergie;
,,quar force vaut mult peu, Vengiens ne li aie.
„ne sai noient de coi/ puisqu'il fait eouardie; 5
^ains soit larges et preus, face cière hardie.
^Tholojné; cou conylent, la lettre le tous crie;
,Jà parole de roi ne doit estre faille.
„*8acies que mainte tere est soyent apoyrie
^par mauyais avoé' qu'il l'a ensci baUie. 10
„de Poru le roi d'Inde ai la noyele oie
,,que è r cief de sa tiere a sa gent establie.'
»,le matin i mourrai o gente conpagnie.**
,,Sire, ce dist Dans Clins, mult fait à merviller;
„quant en l'aighe de mer tus alastes plongier, 15
,,s'il vus mesavenist por votre cors neier,
^trestout fusciemes mort, n'i eust recouvrier;
„quar il n'i a cemin, ne toie, ne sentier
opar coi en nos pais puissiemes repairier.
„quar maintes gens nos béent des testes è trancier.'* 20
— Dans Clins, cpu dist li rois, bien faites à otrier;
„mais cil rois est mult fos et mult* fet à prisier
,yque toutes ses besognes fera sans^ consillier.
^puisqu'il a tant de sens qu'il se set consillier®
„et à autrui s'atent, bien fait à reprocier;^ 25
„quar il m'est mie rois, ne ne vaut i. denier.
„ains est espoentés quant siut en camp drecier,
„quant li espoenteus doit oisiaus esmaier»^
„il ne set, ue ne puet ne traire, ne lancier;
„baron, de ma proecce ne me sai respitier; 30
,ge vie à lui laiens* qui là vint envoier
„et là cités sunt cien qui ne l'ose*® aproismer.
„laisons ester à tant; donnes nous à mangier'
„et après si m'irai reposer et couder*
1) rot. 2) air. 3) aeoiUiê, 4) ^i. d) par. 6) êmce aidier. 7) mmii
kien Voê mfUitr. 8) aii#t àê lui sans dU de meneogniêr eam li m-
fomtml &9H fmi è V emnp drêcier f «««I li vilminê en fuet /«# oièimux
wumeeiw, 9) me êui pas #t vilmn. 10) pri là kuê 4nm eiên u il «'m».
266 DB8CBNTB AD FOND DB LA MBR.
„par matin mouverai, car jou yoel ostoier.
„de Porru le roi d'Inde m'on* dit mi mesagier,
„en la fin de sa Uere est yenus dès raotrier;
„et sunt bien aroec lui c. mile chevalier
„qui bien se sereot d'armes en i. estour aidier; 5
,,*de légier ne seroient nombre li peounier,
„mai8 d'aus' ne vus cant nule rien esmaier;
„ne sevenl point de guerre» oar n'en sunt costumier.
„s'or estoient «nsamble de sa gent x"s
„et seulement ne fuscent d0s Gr^ois m. arcier, tO
„8i lor feroient-il mult tos le camp widier.
„.s'estoie sor Bucifal, armés sor mon destrier,
„et Tholomes ausi, -cis miens confanôniers,
„les xii. pers yeries les batailles widier.
,Jou n'ai soig de soujor, sor au» yoel cevancier 15
„*tote le terre d*Inde volroie calengier,
„qui me contradiroit et feroit cevaucier/^
yyBaron, dist Alixandres, on me dit è venue
F. 43* „qtie Porrus a mandé mult grant gent en s'aiue.
,,n'a gaires chevaliers, mais mult a gent menue; 20
,>mauvaisement armée, à la mort est venue. .
„teus X"- en i a, n'est pas de dras vestue,
„et porte tous li miudres cascuns une macue;
„ne sevent de bataille, plus sevent de kierue.'
„en la fin de sa HÊr^ et deçà vers l'issue, 25
„dient que as Griiôis sera bien desfendue.
„se je r puis esploitier, chier lor sera vendue-/
,jà par tel gent n'en iert b)aitaille ai férue.''
à tant laisent ester; Alixandres manjue.
lendemain, par matin li grans os est meue 30
et passe une montagne -d'erbe et trestoute nue.^
après s'en sunt aie à une crois agu6;
et icel jour fu mult lassée et confundue.
Ce fu è r moi» de Mai qu'il se sunt conbatu,
que li rois Alixandres ot Daire en camp vencu, 35
et trestout son pais en demaine tenu,'
1) MU. 2) por eau. 3) m rtMi# fars de ewue. 4) êUê lor êêrm
l#lliM. '5) ki ^erkê eêi îoiê mie.
PmCBNTB AU FOND DB LA MBR. 267
les princes ordenés/ si com plaisirs li fîi,
que par toutes les tieres r^quellent le treu.
Tîi. jours Qunt retdrné,^ à Tuime sunt meu;
si com issi Yviers,' en Inde sunt Tenu.
Pomis en estoit rois, i. hom de grant vertu, 5
*tel ost a assanlée, oncques si grans ne fù.
et o soi commanda* tous caus de" Galeru;
et desi en Egypte n'a homme jamansn.
Garisnasce* i vinrent qui par le camp sunt mu;'
jà ne remanra mais que il n'i ait féru. 10
Porrus ot une fille que il ot mont amée;
por cou Faroit plus eière, qu'ele n'ot point de mère,*
que sa mère fu morte le jor qu'ele fu née.
vit la gent de. sa tiere pour la guerre esfrée,
ne set comment le garde, crient ne li soit enUée. 15
toute perdroit s'ounor, s'ele i estoit^ trouvée;
dèsque li Griu Tauroient, vilment seroit menée;
jamais signer n'aroit'^ tant seroit avilée.
Gandîse^* la roine qui mult ert sa privée,
mande que viegtie à lui, par lettres saielée; 20
et cele i est venue,. garnie et conraée,
*o V** chevaliers des mius de sa contrée.
Porrus prent la mescine, por coi l'avoit mandée;
o mervillous avoir sempres li a dounée.
lors se part de sa fille par tele destinée; 25
onques puis ne le vit*' que ele en fu menée.*'
la roine l'enmaine, ses fins Ta espousée.
n'a crieme de sa fille puis k'ele en fu menée;
ens è r cief de sa tiere est li guerre mellée,
jamais sans grant damage ne la veroit finée. 30
Mult par fu grans la gens que Porrus amenoit;
à grant esplolt i vint que nesun point l'amoiL
' estre le dessemons et ceus que il mandoit,
m"' et xl., ce m'est vis en avoit**
1) êêê fravoê i m mis. 2) ont êéjomé. 3) Jugnêi, 4) il ai à soi
5) Kemeru. 6) Sm-ametang. 7) cotH muêU nu. 8) mm quêi dêê-
Hnéê. H) •# #•« fêrioiî êaUrê el «le t fu. 10) ••'«roi* honor. 11) Kmn^
âmeê, 12) ieêU êure. 13) «W«. 14) wc. l. m. pmr MMèri m i mvM.
268 MBSCBNTB AU POND DR LA «8R.
X. olifans i furent ke il i amenoit,
et sor y. et soar iiii i. fort castiel fremoit.*
quant mou voient les béates, i. de ceus ne pooit/
*cou qu'encontre li faus, arant le detrancoit
Dieu aToit à garant qui de les escapoit. 5
De ceus qui à pié sunt, n'est nus qui tous en die;
de ceyaliers d'Espagne' et de^ ceus de Surie'
c"* en ot et plus de teus* en sa baîUie,
qui là erent venu faire ceyalerie; ^
qu'il n'i a chevalier qui n'ait targe florie, tO
et bon ceval corant et brogne à or sartie.
F. 43^ Alixandres le voit, tout cou tient à folie,
puis a dit à ses homes: ^ne vous esmaies mie
„cele gens que vees n'est mie* amanevie,
,,ne se desfendent gaires, se bien est enyaie. 15
„de l'or et de l'argent qui par ces vans formie*^
^serons rice et manant à toute notre vie,
„8e bien les requérons^ à l'espée fourbie»
„le matin moverons, quant l'aube ert esclairie."
quant Tot^Emenidus^ ne puel muer n'en rie. 20
A l'aube aparissant de il para sunt monté
et furent de bataille garai et conraé.
xUiii. escieles a li rois ordené;
toute le premeraine commande à Aristé,
le seconde fllote, le tierce Tolomé, 25
.*et le quart Lincanor qui fut de grant fierté,
à cascune des autres a bon conduit livré.
Dan Clincon et Pilote^ a li rois commandé-
que quant Porrus ert hors à trestout son baraé,
que cil a pié se traient contr'ftus en la cbité. 30
devant le dionicle sunt* m. chevalier armé
que n'en toraent arrière Persant et Piloté.**
mult par fu gpent la presse là ù il sunt jousté;
maumis i sunt li or et H vernir** quasé,
les vignes deronpues et craventé li blé.
1) pti'lêê eurêê wunaiem, 2) de Bmêtré. 3) iViièfé. 4) o4 M.
5) êêi mult. 6) dotU toê Cêâ aux fimnkiê, 7) eattqueronê. 8) Perdicmê
et LfMM. 9) ffêUê êoiêmt. 10) FiUêé. 11) #rf et H vergiêr.
DmCBNTB AD FOND DE LA MBR. 269
là peaisies veoir tant escn estroé,
tant aubère deronpu, et tant elme quasé/
et tant pié et tant puig à le tiere copé.
Garisnasce' s'esmaient, car trop furent grevé,
por cou qu'il furent ne,' s'en sunt fuiant torné. 5
La bataille fu grans et la gens fù grifagne;
des vignes et des blés perdirent la gaagne.
cil de Perse s'enfuient tôt droit vers le montagne;
li maines rois les suit o sa rice conpagne.
là veiscies jesir tant modrt par la canpagne; 10
Porrus voit le damage et le mal qui engragne;
ne. fuir ne s'en viut, .ne laisier sa conpagne.
sa chité a perdue, sans nule demoragne,
maudist le roi de Grese qui sa* gent li mabagne,
apriès a dist: „n'ert mes jors ne s'en^ plegne." 15
Arides fn mult preus, qui fu nés de Yaleste^
il sist è r ceval rous que on claime Upireste;^
n'ot i. si bon ceval desi que en Posteme.
Alixandres tramist i. prince de Salieme,
0 l'eschiele des Grius qu'il conduist et eaiele.^ 20
è r cief de la bataille encontra Olifleme,
rois est de la montagne entre Bisce et Caleme.*
Aristes le féri qui de riens ne Tespargne;
ne li vaut ses escus le fons d'une lanterne,
tout son hauberc li ront qui fu fais à Biteme; 25
par mi le cors li met Tensegne de Palieme,
si que mort le trebuce lés une vies posteme.
Quant Sicaus d'Alenie* vit Olifeme mort,
il broce le destrier, le confanon destort,
sor l'escu de quartier vait férir Lincanort 30
si que li lance pecoie/^ qui, fu de saigre mort.
Pilotes qui traverse le r'a féru si fort
que jambes enversées l'a abatu tôt mort;
li cevaus fu braidis, qu'arière s'en resort. .
Ponis vint à 1' rescoure qui li fist tel confort,^' 35
1)0Mà«r0. 2) Sûratnalan. 3) $unê nu, 4) que ié lui me êû, 5) Preuê
fui Emiêmêuê U êire dé Vaiierue, a) apeie Pi$mê. 7) swemê, 8) Biêê
ei Omierm. 9) Li roiê de Vëie$nbon. 10) ia Imàeê voie m yiiee. 1 1 ) eotmport.
270 M8CBNTB AU FOND DB LA UUL
ne r laise por les Grius que mnlt bien ne V confort
et fu ensamble o lui Ambnins de Gramort.
F. 43' Assis fu Aristes desons^ i. ceral rous,
n'encontre chevalier, ne V face courecous.
Porrus le va férir quant le cop ot rescous, 5
enpoint' de yiertu, de V ceral le fait blous.
de r' marois ù il ciet est ses cevans tierous.
de meisme la pointe fiert Mahan* l'orgiUous,
et Mahans refiert lui qui mult ert airous,
que les hanstes pecoîent, à mont volent li trous, 10
desous volent li hiaume et volent en^ herbous.
li cevaus Mahan fu et félons et hontous,
ses règnes traînant s'en fuit tous airous.*
lors resalent en pies, iriés et vergondous,
o les brans acèrins se fièrent plain d'irous. 13
sempres vint' acourant au destrier vigherous
Aubuins de Granmont qu'es départ ambésdoos,
Porus prent son ceval qu'en estoit convoitons,
arrière s'en retome; Aubuins* remest sous.
Beap,^- i. rois d'Aufrile sist sor une barelle 20
qui plus de randon cort que ne vole arondele,
vait férir Tholomé ki les autres caiele,
enpain le de vertu que tout le desassiele.
Dans Clins point celé part le destrier de Castiele
et vait férif Baap en l'escn à roiele ; 25
desous la boucle à or li fralnt et esquartiele
que la brogne li trence par desous la fourciele,
que de l'espée* le cuer li esquartiele. |
Dans Clins enpoint Baap qu'il l'abat ^^ de la sele;
cil cai mors à tens desor li erbe novele. 30
Baap*^ ot i. neveu de novel adoubé;
onques en nule tiere n'en ot plus bel armé.
Aminadap l'apelent Persant et Piloté/'
et fu dus de Causpois^^ d'une grant ducée,'*
une tiere garnie de toute le bien Dé. « 35
1) Dêmêl fu mêêiê ##r. 2) îl. 3) ^un. 4) Jo«è. • 5) et pmkn rtvêrêés
ê'abatêmi en t'. 91) eaurêcauê. 7)9tJoak. 8) JCmfewt. 9) à P irmmemmt ië im
immco, \0) MotA, êê l' livê. U) Jomk. iZilMiêU. id)Cafaiê, U) rieêié.
DBSeBNTK AU POND DB LA NBR. 271
quant U vit mort son oncle, Baart le fil Quafé,
ne fu mie meirelle s'il ot le cuer enflé,
il sist sor un ceval qui lu -de fier coumé ^
qui plus cort de randon quant on l'a esprouTé
que fans ne suie aloe quant il a jeune; 5
si lorain et ses armes valent une cité,
la siele fu. d'ivore, li frains d'or esmeré;
ses baubers fu légiers et de mult grant bonté,
ne crient cop de sajete, de quariel enpené.
It aumes de son cief giete mult grant clarté; 10
en son a L topase à esmal saielé.
il point entre ii. rens le baucant afilé,
à sa vois qu'il ot clere, commença à crier,
à i. amiral jouste, tant l'avoit désiré;
quant Tholomes Tentent, si l'en a regardé; • 15
de r bon ceval ferrant ]i a le cief trainé,
.et li dus point à lui, ne Ta pas redouté,
as fiers de lor espies se sunt entre-contré,
toutes plaines lor lances se sunt entre-versé;
puis poignent au rescorre, si a son duc monté 20
et Thelomes saut sus quant se sent atieré;
ains que Porrus s'entorne li a tel cop doné
por i. seul petitet qu'il ne Ta afolé;
sor le col de V destrier l'a trestout acliné,
Alixandres le voit, forment l'en a loé, 25
par les renges li maine le destrier abrievé,
et Tholomé i monte par son estrier doré.
t F. 43' Ne sai que vous alasce toute jor acontant;
0 aus joinst Alixandres à l'aube aparissant.
Sardes i. roi de Perse, sor i. ceval ferrant 30
aloit par la bataille, s*ensagne desploiant,
et le roi Alixandre vait toute jor querrant.
quant Alixan'dres Tôt, si tainst de mautalent,
il broce le ceval et met l'escu avant;
de l'espée k'il tint li donc i. cop mult grant, 35
là au plus haut le voit sor son elme luisant;
par l'escu de son col ne pot avoir garant.
1) kione et désire eomé.
272 DB8CBNTB AU FOND DB LA MBR.
li haubers c*ot vestu ne li yalu i. gant
que desi es arçons ]e vaît tout porfendant,
li rois ;0rie s'ensegne, .sa gent vet raliant;
o xx*"' de ses homes s'en vait Pomis fuiant
tout droit es desers dinde qui sunt vers Oriant; 5
i. gaaing i ont fait, nus hom ne Tit si grant,
quar retenu i furent cccc. olifant
qui portoient as costés li bon acèrin brant
SadoSy sire d'Egvpte, fu rois de Salemande,
retorne celé part, des Grius ne face estandre* '^ 10
por Sardet qu'il vit mort jesir sor Salemandre.
sour son escu à or vait ferir Alixandre, '
Tanste yola en pièces ki fu de Corecande. *
Alixandres s'entorne qui bien se cuide vendre;
il le fiert d'une espée que plus ne vot atendre, 15
le sanc et la.cerviele fait à ses pies espandre.
Sidras de Babilone sist sor son auferrant;
à Tolomé vait joindre à esporon brocant.
Dans Clins, li fins Calduit, le fiert en trespasant
si que Telme li trance et la cierviele espant; 20
puis saisit par le règne le bon destrier cottrant,
si l'a rendu Joap qui nen a mestier' grant;
sor son elme s'en vet à Tolomé riant.
Porrus voit sa conpagne qui vait amenuisant
et li Grijois s'aficent qui les vont ociant; 25
tout droit es desers d'Inde s'en sunt tome fuiant
Atrasces de Nubie voit que Porrus s'en vait;
de tomer à la voie' nesun sanlant ne fait,
il escrie s'ensegne, à une part se trait;
onques de tous ses homes ne pot avoir que vii. 30
à i. baron de Grese vet douer tel garait*
que l'escu de son col li a percié et frait
très en mi le poitrine le gonfanon li mait,
il n'a nul conpagnon qui autre tel ne fait
Tholomes le regarde de là ù il estoit, 35
or se tient por houni se il aler l'en lait,
1) CoritmdB. 2) mesH$r en a, 3) vife, 4) en vint foi§nmt à hmit.
raSCBNTB AU FOND DB LA MER. 273
à esporon le suit, le branc a tôt nu trait
Astaros de Nubie voit que Porrus s'en yait.
Astaros de Nubie ne fine^ ne ne cese;
xiiii. chevaliers nous^ a mors en la prese;
de ses vii. conpagnons nés i. tout seul n'i laise. 5
Tholomes yint encontre, yers Astarot s'eslaise,
de r bon branc acèrin li doue tel confiese
dont il fust asolus, ne fust Dans Clins d'Areste.
Dans Clins yoit Tholomé qui est en tel esfroi,
ne que ii. conpagnons. n'avoit ensamble soi, 10
por Tholomé rescoure i couru à desroi,
et vait joindre à ces vii., mes^ ne furent que iii.
des bons brans acèrins les metent en esfroi;
quant en ot abatu l'orguel et le bufoi,
n'i a nul qui de M sacé prendre conroi. 15
F. 44* Astaros voit ses bornes jesir ens è 1' sablon,
et voit que jà par aus n'en ara raencon.'
il fu forment navrés è Y pis sous le menton,
et de r senestre brac ot trancié i. braon.
ce n*est mie mervelle se il cuist* garison, 20
il ne puet mais.^tandre, fuisent à espôron.
li cevaus de Nubie l'enporte à Tandon
et Tholomée TencaOèe, il et .si conpagnon;
tant fort s'en vait poignant devant, por garison,
c'uns arbalestriers fors n'i traisîst 'd'nin bovion. 25
Tholomes dist as siens: „c'or nous en retornons;
„trop se sunt eslongié; jamais n'es ataindrons."
quant il vinrent au roi tout k petit troton,
si fu li cans"^ venons et livras à bandon,
que puis n'i ot féru d'aune' ne dé baston. 30
Quant voit li maînes rois que li cans fu vencus,
tout drois es desers d'Inde s'en 'vait fuiant Porrus ;
0 XX"- de ses hommes s'en vait esconbatus;
mult par cevaucent tost, jà n'esteront confus,
li rois retome arrière, ens è Y camp est venus 35
et a saisi l'avoir, ains teus n'i fu veus,
1) lor. 2) dl vont JoHêr à rtï. qui, 3) n'ttnt rê9C0U9%9Qn. 4) ^iert,
5) é^urmê.
U ftovauni «^jUisutlrt. 18
274 HKBCBNTK AU FOND DB LA MES.
et mais et oliCans qae Pomis ot perdus.
li bons rois Alixandres d'Qoeqaes est meus;
la cité prist par force, s'est è 1* palais Tenus;
les portes sont d'ivore, onqoes n'I tonca fiis;
par toutes les parois est li bons ors batus. 5
li rois en entra ens o zr. de ses drus;
desi xxz. pilers a de fin or Teos,
qui por bien afiner est iiiL fois fondus.
yJDezl dist li maines rois, ù fn aconseus
9,cis ors qui tant est bons cpi'ici est espandus; 10
,,qaar de Y fin or d'Arabe qui caiens est batus
„poroit-on masis faire Ix"- escus.
„qui ore en Tiut aroir, por coi seroit-il mus?
,Jou en donrai jà tant as grans et as menus.''
quant l'entendent si home* dîent que sa vertus 15
et sa grande proecce les a toQs maintenus.
Aliiandres a pris .le palais principal;
por parler à ses homes s'aresta è Y portai,
par i. cheralier mande son mestre senescal;
l'esciet de la batalle départe par mitigal/ 20
et caus qui sunt à pié face mettjpa à ceyal;
et envoit à cescuq. liyrison et ostsJ.'
là dedens est entrés, derant^ui' Bucifal;
à i. piler Tatace de K mestre dois roîal,
puis troeyent urib table qu*est d'or et de métal, 25
et demandèrent Taigbe, s'asient au dïsnal.
au clef de celé table ot ntfe canAre ital,
tous tans i sunt temj^é a baig empëriaL
de r baume qui ^cort ^ar mi'i. entenal*
qui rent itel flairour d'odour espirital 30
c'onques Dex ne'fist home en cest siMe camal
qui tant soit en^it)usté8 d'onfremeté morta^
s'il i puet séjorner i. seul jor à journal,
qui là tous tans ne soit en meismes^ lestai;
mais jà jour de sa yie ne èentira nul mal. 35
li caclit qui ne sunt pas de métal,
i) inêgtU. 2) faee HvriêQn à eeêcun i Voêiai, 3) wL 4) fmr ea»-
Mî de eriêUa. 6) ne fuit êoim ne haitiéê en tneieme.
DESCENTE AU POND DE LA MER. 275
mais d'or fin esmeré, eotallié à cristal,
sor cescun des pamiaus ot assis i. esmal
qui rendent plus clarté» ne facent estaval.
F. 44* E r cief de celé cambré avoit i. sousterin
qu'es maine en une yolte^ entallîé à or fin. 5
Eutiope le fist, i. fevres' Barbarin,
si corn lor ensignièrent iiii. clerc en Latin.'
d'ebenus sunt li tref, li cemin palesin;
une yignete i ot mise par grant engin;
les fuelies sunt d'argent, ce tmis en parcemin, 10
de jagonce li fust, de crestal le roisin.
ce samble qui l'esgarde qu'il soient plain de vin.
Quant ot asses la croûte** esgardée et joie,
▼ait entour le* palais par une erbeserie;*
par le pan de l'auberc' lés lut Lincanor guie, 15
quant ne voit nule vile qui mius soit® establie,
ù' Dex tte fist cel arbre qui entailliés n'i sie,
ne mafiiëre d'oisiaus, ne soit à or sartie.
par i. huis est entrés en la boutelerie;
de m. et v*- coupes le truevent raenplie. 20
portrait i ot d'argent, toute Tuevre polie;*®
bien a m. ans passés c'une n'en fu emplie.
* d'iluec en est aies en la Mabomerîe ;
de l'ymage au ber** i ot grant establle,
ne n'i a une seule ne soit grant et furnie. 25
i. vaissiel ot cescuns ù on le*^ sacrefie.
„Dex ! dist li maines rois , comme fière manandie ;
„com iert poiscans li rois qui ceste ot à baillie,
„quar trestoute la tiere que j'ai en ma saisie
„si com la mers l'enclôt, si com li mons tornie, 30
„de l'or ki est caiens puist estre raenplie."
Celé nuit jut li rois et trestous ses bamés;
de lui ne fu à dire nesune ricetés.
à l'aube aparissant est premerains montés ; * '
1) treie. 2) d'EHope U fUent orfèvre, ^) Sarrasin, 4) ie frète.
5) en Verhe. 6) eerHUerie, 7) du hHoHt. 8) car veir veut de Vmrvro
eam el est, 9) a{ne. 10) pot en i ot d^argent, d^or eet Vuevre fiimie.
11) M De». 12) i, rain d'or Uni eeeeme qtumi on t. 13) ievée,
18*
276 DESCENTE AU FOND DE LA MER.
X"»' somiers a pris d*or et d'argent torses,
tant en done ses homes qu'il en orent ases.
ains qu'il fuscent tout hors, est li solaus levés;
tant ont or en lor armes, jàmes plus ne yeres,
qui reluist es escus de fin or adoubés. 5
de la joie si est Alixandre ariestés;*
si fait souner i. gresle, es les vus aunes.
quant les voit tous ensamble, si les a merdes: .
„signor, franc chevalier, trop vus ara penés,'
„crien ne vus en anuit, tant vus aurai penés. 10
„faites m'aves batalles et conquis mains règnes;
„bien le me dist mes cuers et bien sai qu'est vertes;
„s'un petit de traval por moi soufrir poeà,'
„Porut poriemes prendre, s'un petit atendes." *
cou respondent Si honune: „si com vus conunandes. 15
„ne r garira désers ne autres fremetés;
„les esclos le sivrons, se bon bon conseLaves;
„anceis que cis mois past, sera désiretés.''
Quant Alixandres voit sa gent destalentée'
de sa volenté faire que il a en pensée, 20
au plus tos que il pot, l'a si Porus® menée;
en bone tiere vinrent à la quarte' jomée.
à soi mande les princes de toute la contrée;
les sains fait aporter, féauté ont jurée,
puis lor a demandé quele est avant l'entrée. * 25
cil 11 ont respondu: „tiere désiretée,^
„quar l'ardors de 1' solel l'a issi escaufée,
,,n'i a se serpens non, dont ele est abitée.^*
tout cou tient Alixandres à mencogne provée,
cuide riceté i ait qui li doie estre emblée, 30
F. 44* et que pour cou li aient le vérité celée,
jà soit cou que li voie li soit destalentée,
et dite^^ le mervelle dont Inde est sorondée^^
et que trestout si homme li aient deisloée;
il en jure sa tieste qui d'or est coronnée, 35
1) apreêtéê. 2) ai en armée je erien que mal vue face pteimU pua
ai menée. 3) volea. 4) voe haetea. ta) eulaleniée. 6) iv.Jera. 7) pdma.
8) ouire Veetrée. 9) que ui deeertée. 10) et dite. 11) vergimdéê.
DBâCENTE AU FOND DB LA MER. 277
ancois seroit tous jors que ne caindroit espée, .
que n'eust^ la meryelle dont Inde est abitée.
et quant ot li solaus sa calor degastée,
c'est entre jor et nuit, c'on dist à la vesprée,
ains que li rois eust sa raison definée, 5
por seoir au souper fu Faige demandée.
par tous les pavillons est la novele alée
qu'à l'aube aparissant soit toute l'os montée,
por entrer es desers garnie et aprestée.
.La nuit jut Alixandres, tant que fu clers li dis; 10
cl. doutours' a par le tiere quis,
iteus com li eslisent li baron dou pais,
qui le conduiront là dont Porrus est marcis,
por cou que de tous caus yot estre li rois fis
et que nus ne se face de bien mener eschis; 15
por sauf conduit lor a mult grant avoir promis,
de meisme le jor si com il ot' apris,
Aous estoit entrés quant es desers s'est mis;
mais cil se tienent plus devers lor anemis,
par les desiers les mainent qui furent plus çaudis; 20
jà n'en buvra cil hom qui n'en perde le ris.
mius aiment estre mort que i. en aille vis,
que ne soient trestout confondu et ocis.
Quant Alixandres mut, des cors fu grans li glas,
et monta en i. tertre qu'on claime l'Olifas, 25
por esgarder le gaut* dont tout li val sunt cas,
entre mus et cameus et dromadares cras
qui portent pavillons, candélabres et dras;
plus ot or en lor frains, qui plus vaut de m. mars,
de l'autre garison ot bien x"** cars, 30
. et plus de m. carettes qui menoienl les dras;
de bestes por ocire ne mainent mie escars.
grans iiii. liues durent quant vienent à espars;^
de r caut et de la voie sunt tout li homme las,
à cou qu'il sunt cargié des armes et de dras. •• 35
li félon qui les guient sunt plain de Satanas,
1) ne voie. 2) duUore. 3) je fat. 4) eee homee. 5) (repae.
278 DBSCBNTB AU FOND VE LA MER.
qu'es mainent les desers que de caut sunt toi ars;
n'ont cure que de Tost retort ne haut ne bas.
Mult fu Tos icel jor confondue et matée,
de 1' soif et de V grant caut, por poi ne fu dervée.
cescuns si com il pot a le soif endurée; 5
cil ki pot avoir iave a se bouce atemprée,^
et cil ki point n'en ot a se brogne endossée.'
*par le froidor de V fer a le soif déboutée,
mult par fu Tos le jor confondue et matée,
mainte bêle jovente*i ot le jor pasmée, . tO
et ains que la calor eusent trespassée,
en i ot mort en Tost plus d'une grant carée;
quar ne pot remanoir de celé ost ajostée
que il n'i ait asses de la grant enfremée.
mult en i a estaint la calors desrée. 15
de r ciel cai une aighe plaine i. banepée;
en une haute' roce Sefirus Ta trovée,
talent a grant de boire, mes ne Fa adesée;
ains le haut^ en son elme, le roi Fa présentée.
Alixandres le voit, forment li désagrée; 20
F. 44' porpense s'il le boit, jà ert sa gens denrée
quar se cescuns le voit,^ jà ert sa soif doublée.
si Fa, voiant lor ious,.à la tiere jetée;
et quant si home voient qu'il a Fiave ruée,
ausi com cescuns d'aus a le soif endurée, 25
la volenté de boire lor est à tous a!ée.
une coupe .d'or fin a li rois demandée;
d'une galisiene^ fu par tans noelée,
mervelles^ i eust, s'ele fust monnée;
et quant ot son service et s'amor mult loée, 30
por gueredon de Fiave Sefirus Fa dounée.
et si homme et^ les bestes lie sunt de la vesprée
por la froidor de Fair qui ciet en la rousée;
n'i a cel qui de soif n'ait la bouce crevée;®
mal ait le garison qui le nuit fut goalée. 35
i) en a lavée. 2) engolée, 3) eave, 4) keui. 5) n*en a, 6) ^œuvrê
Oaiacienne, 7) mil livrée» 8) troée.
DBSCBNTB AU FONO DB LA MBIL 279
cescuns devant son tref se gist geule baée
et recoH le sierain qui ciet en la rosée.
A l'aube aparissant est toute l'os meue;
li solaus fu levés, li caus mult les argue.
Alixandres regarde lés une roce ague; 5
ne gaires lonc de li a une iave veue.
de r pui ù Fos^ estoit est à val descendue;
qui ot tente y ne tref si l'a è 1' plflin tendue,
de mentres que cescuns de berbregier s'argue ,
Alixandres descent de le mule crenue; XO
il s'est igenelliés desor li erbe menue
por restraindre le soif que il ot grant eue.
plus fu amère l'iave que li rois ot beue
que siue» ne santeme, n'alogne,' ne ceue.
tele angouse a li rois, tous li cors li tressue, 15
et set que sans abam n'en buvra beste mue.
si l'a à toute l'ost vée et desfendue,
puis fait quellir ses tentes , s'a sa voie tenue ;
lés le rive de l'iave. une sente. ont veue
dusc'à une frété qui lor est aparue 20
en unp ille de ros, plus que i.' ars ne rue.
li gent qui manoit ens estoit demie* nue;
de loig esgardent l'ost qui est aperceu;
toutes toment en fuies, ne l'ont pas atendue.
ains puis n'en paru nus, qu'il orent l'ost veue; 25
cescuns au mius qu'il pot de reponre s'aiue;
cil de l'ost s'esmervellent que si tos est perdue.
Li rois vint à le rive, o son rice barné,
il esgarde par l'iave, s'a veu le fierté,
n'i trouva pont, né planée, ne pasage, ne gué| 30
et li camp de defors sunt tout ars et brûlé
de l'ardor de 1' solel menuement ouvré.'
puis que premièrement ot Dex le mont formé,
de trestoutes ahanas' n'i ot plain pot' semé,
li rois cline vers tier&, si a i. poi pensé, 35
et quant il se redrece, s'apela Tolomé.
i)êiê. 2)«toi#ii«. 3) toJic fn» t. 4)fre#fale. b) crevé. 6)^
7) fuig.
280 DHBCENTB AU FOND DE LA
sor le senestre espalle H a le brac jeté,
puis li dist en riant: „vei8 mais* tel fierté?
,,Ie gent qui laiens est sunt mult bon euré
,,qui n'erent, ne ne sèment, ne ne recoellent blé,
„ne iscent de castiel, ne ivier, ne esté. 5
„hom ne set lor convine, ne dont il sunt planté,'
„se il n'i vient' de vent u de la grase* Dé.
„s'à force ne T puis prendre, poi prise mon bamé;
,Je ne pris ma valor L denier mounaé.
F. 45» „cccc. cevaliers bielement, à celé 10
„lor trametrai à nuit,^ quant il ert à respré.
„s'à plain^ les poons prendre, mort sunt et afolé.
„tout en ferai fors traire quant que j'arai trové,
„jà n'i remanra bom tant soit de grant aé.
„*^cist sevent les désers qui partout ont aie; 15
„se bien ne nos conduit et à grant sauveté
„*et voies ne nos mostrent, ars seront et venté/*
Grans fu Tiave et parfunde et li mares fa mos;'
d'ambes ii. pars la rive fu parcreus li ros.
XXX. pies ot de haut et iii.® toises de gros, 20
et fu haus et espes que tout tint à i. dos;
il n'a frété en Inde, ne castiel n*en soit clos,
cccc. chevaliers, dou mius et des plus fors^
et qui en sa conpagne avoient millor los,
i fist li rois entrer, lor escus à lor cos;^^ 25
mais n'i enterra nus que ne face que fos,
quar unes bestes ont es aligos^^ repos;
li paisant reclaiment^' les Ipotatesmos.*'
quant les sentent noer, si lor salent au dos
et manjuent les cars et froisent tous lor os; 30
n*es puet garir haubers, tant soit sierés u clos
ne fors escus bouclés, tant soit de iii. cuirs nos,
c'autresi n'es translacent** comme fnelle de bos.
„signor, dist Alixandres,' cis- damages est gros;
„qui ci ;demoreroit, il feroit mult que sos.'' 35
1) veitmes, 2) ne ^u'il ont en pensé, 3) vivent 4) glore, 5) ii«.
d) «# yiainê. 7) mole. 8) sev. 9) o#.. 10) cois. îl) ot entrée em lor.
12} tes elaiment, 13) Ipotimeoe. 14) englotent.
J^BSCBNTE AU FOND DB LA MER. 281
Quant Toii li maines rois isi sa gent morir/
il en ot si grant dael que mias yosist finir;'
por aidier à ses bornes cort ses armes saisir,
courant va à le rive et yoloit ens salir.
Dans Clins et Tolomes le corent retenir 5
et erraument li dient: „rois, por coi ras morir?
„quar te membre de V saut que tu fesis à Tir.
„8e muers en ceste tiere, quel part porons fuir?
„n'a borne en ta conpagne qui te doie sieryir;*
,»ancoi8 que i. en puist en sa tiere yenir, 10
„ne. soit tous aseur de la tieste tolir.''
li rois cline sa teste, si- gieta un souspir;
les traitors qu'es guie* fait deyant lui yenir,
il jure Dame F Deu» mal les aront trair;
ancbis que il de lui se doiyent départir 15
les fera-il trestous si malement baiUir
que jà puis nus firans bom n'ara soig de servir.^
Cil sunt c. et 1. qui les doiyent guier;
les c. fait li rois pendre et jeter en la mer.*
*Ipotameos salent quant les sentent noer; 20
tant en iscent ensamble c'on ne les pot esmer.
ausi c'a l'autre fois quident proie trouyer,
si que tout cil de l'ost les ceurent esgarder.
plus tos les ont mangiés que je ne sai nomer.'
cil de l'ost quant ce yoient commencent à trader; 25
onques icele nuit n'osèrent reposer,
por les biestes de l'aigbe qu'es yoelent afoler.
mult fu lies Alixandres quant il yoit ajomer;
à ses conpagnons dist: „ci fait mal séjorner.
„que nos porftteroit ici à demorer, 30
„et berbregier sor aus dont ne poons® gouster?
„trop est fors le cités ù on ne puet passer.''
puis fait quellir ses tentes, si prist à retomer;
i. poi deyers senestre se prist à regarder,
en mi le fons de l'iaye yoit ii. bommes jeter;* 35
1) périr. 2) mix amoil morir, 3) «tutr. 4) guieni. 5) nfaronî
#ot> i(0 homr. ^y prendre ei m la mer ruer, 7) eot^er. 8) ûige fatmê
pareit. 9) fil de Nave virent t. hfiute ester.
{282 DESCENTE AU FOND DE LA H^R.
en i. calant de ros c. homes pot porter,
en Indiien langage les a fait saluer,
F. 45* aighe douce por boire lor a fait demander,
et s'il voelent avoir, viegïient Tiave* moustrer,
pour or et pour argent, se 1' voelent demander, 5
iiii. tans l'en donra que ne poroit' porter.
Cil li ont respondu: „nous n'avons d'avoir cure,
„car c'est mauvais marciés' de nule créature,
„ensement conune bestes ont commune pasture,
„prent l'uns avoir à l'autre, sans conte et sans mesures. 10
„mais por cou qu'estes fais en le notre figure,
„et veons que de soif avons* si grant ardure, .
„vus ensignons une lave en ombre* et en froidure,
„tout en mi les désers à une grant crosture*;*
„*i. estanc d'aige douce sort illuec par nature', 15
„il n'en a plus en Inde, ce conte Tescriture.
„vees vus là cel tertre, à celé creneure;*
„tout droit iluec desous, à une desjointure,
„iluec a i. sentier qui dusc'à Testant dure.
„se peciés ne 1' vus tôt u grans mésaventure, 20
„ains nonne i poes iestre le petite aleure.'*
„Saves, font 11 signor, que vos volons mentoivre
„por cou que de noient ne tus volons decoivre.
„quant venres à l'estant, vus trouvres grant aboivre;*
„pins i a et loriers dont vus quellies genoivre, 25
„dont nos quellons le grune por meller o le poivre;
„mult sunt grant li herbage que paisent li asoivre,
„gardes ne detruisies noient de notre atoivre,
„qu'il n'a mervelle en l'Inde qu'iluec ne viegne boivre;
„se serpent* nos i truevent, des armes seront*^ 8oivre.''30
Or s'en tome li rois, s'oriflanbe levée,,
tout droit à le crevace que cil li ont mostrée,
et quant il furent outre, contre ^^ une arbalestrée,
si ont à main senestre une voie trovée,
qui d'ors et de lions fu frescement alée.'' 35
1) ta H. 2) eom ii forant. 3) mareiê né foUont. 4) ovm. 5)crir«
à onie. 6) eutturg. 7) erwêurê. 8) atoivre. 4) voo. 10) doa vioê
nreo. 11) tôt. 12) eot à too joro antéo.
DESCENTE AU FOND 0B LA MEIL 283
li traitor qu'es quient la lor ont irestornée
et ont à enlient la voie trestournée. *
onques ne fina Vos dusqu'en une valée
et tnievent une piere qui estoit co^Vetée;'
desous gisoit une orse de novel saouKe;' 5
quant ele yi la noise , s'a la teste levée,
ses faons quidoit perdre, si est toute denrée,
et quant Fos aproca, si saut.geule baée
et a en mi sa yoie une mule trorée,
qui estoit de leiine et de froment torsée. 10
de k senestre pade li douna tel colée
que il li a l'espaule toute de Y bu sevrée,
li mule oiet à tiere, li ferine est versée;
tout droit à ses faons s'en est li orse alée.
i. Grius vint à poignant, o sa lance levée, 15
si le fiert par les flans que il l'a mort jetée.
L tel brait jeta Torse quant se sent esgenée
c'on le peust oir de demie liuée;
il n'a beste è 1' convers qui ne soit esfirée,
cescune fait tel Brait et jeté tel geulée* 20
que oir le puet-on d'une grande liuée.
*là entor n'en a beste qui n'i soit année;
li rois le voit venir, s'a sa gent ordenée;
le batalle commence, de jouste relevée,
n'i a Griu qui n'i fière u de lance u d'espée; 25
là ù li lion hurtent, fu l'os desbaretée,
n'es pot garir haubers, ne fors targe roée,
que ne boivent le sanc et traient le corée.
li batalle fu fors et dure li mellée;
F. 45* mult par fu bien férue desi à la vesprée; 30
se il cuisent de V jor encor une liuée,
toute s'en àlast l'os confondue et matée;
mais por le nuit qui vient se départ la mellée.
Quant les bestes départent, au roi va Lincanors:
,*sire, de herbregier que nos dist votre cors?'** 35
et respont Alixandres: ,Jà n'en ert pris confors.'*
ses navrés mist en bière® et fist ardoir ses mors.
1) miêwrée. 2) eovêrelie. 3) faotUê. i) eriéé. 5) 9orê. d) à i9M»
284 DESCENTE AU FOND DE LA MER.
encontre le prison* s'en est tornés li os,
et quant il retornèrent, si fist ardoir ses' cors.
tant i ot de buisines que li sons fu si fors,
de par toutes les tieres les oit-on dusc'às ^ors ;
ne remest es desiers culuevre ne erapos, 5
por la frescor de 1' sanc n'en isce à' esclos.
cil qui ist hors de roce/ muli par i fist que fos;
de c. pars est férus en trayicrs à estors.'
Tholomes va avant, li preus et li membres, •
tout i. autre* sentier et rengiés et serés; 10
cil qui ist hors de rote est tos à fin aies,
quar les bestes Fasalent, environ de tous lés,
ours, lions et lupart, et grifons enpenés;
sor les cevaus les prendent, les enportent armés;
n'es pot garir haubers, ne fors escus listés, * 15
que ne trancent les cars et ronpent les costés.
Avant va Tholomes ki toute l'ost conduit;
ne mangièrent la nuit ne pain, ne car, ne fruit,
mais cascuns en alant i. poi de forment quit.
Tarière garde fait Dans Clins, li fins Calduit; 20
n'a homme en sa conpagne que mult forment n'anuit
li vermine les pince, qui derrière les suit,
mult démenèrent et grant noise' et grant bruit; ,
tel paor ot cescuns ke pour poi ne s'enfuit.
„8igQor, ce dist Dans Clins, arestes vus trestuit; 25
„ne vus mervillies mie, se cà^ vermine bruit;
„niai8 cascuns chevaliers pour son espiel s'apuit.
„yus estes tout baron et de guère bien duit;
„bien sai que fain aves et estes auques wit;
„mais se Tarière garde poons bien faire à nuit. 30
„bon gré vus en sera Alixandres, ce quif
si conpagnon respondent que de bien sunt estruit:
„ains en arons mains mors que vencu soions luit"
Cil de Tarière garde sunt chevalier ouneste;.
trestout tornent.ensamble là ù Dans Clins areste. 35
1) 011 àrùii le premier êome. 2) ionèrent lor. 3) ne #tct0 lor,
4) rmae. 5) êtùêU et traînée en eroe. 6) «mit. 7) démènent grani
frimUê apriê eae. &) la.
DB8CBNTB AU FOKD DB LA MBR. 285
cescuRS des conpagnons de bien faire moneste;
li branc et li esptel i orent grant molieste/
quar lea serpens detrancent les cors par mi le teste .
et tout de lonc en lonc le fent parmi se feste.
il trouyèrent le grant ,' se li copent la tieste, 5
et li ^Termine fait' corn se ce fust tempeste.
autre tel* com lor fisent, lor i ont fet moleste;
quant se sunt délivré, si maudient lor geste;
quar il lor ont fait traire celé nuit maie feste.
9,Signor, ce dist Dans Clins , sayes par quel mesure 10
,,no8 dut à nuit yenir ceste mésaventure.
,,quant le veroune vint qui nos fit celé ordure»
„se fuscies^ loig de Fost, tant com i. arpent dure;
„par coi Tos i trovast ne perdist^ s'aleure,
„li fuie^ nos tomas à mull grant portraiture.^ 15
,,se n'eust^ Alixandres ceste desconfiture;
Jamais jor de sa vie n'eust-il de nous cure;
F. 45' „tous jors mais nos baist plus c*autre créature.
,,or soit Dex aourés et de ceste aventure,
„quar li sei|)ent enportent mult pesme bateure. 20
,,mius lor venist aler querre millor pasture.''
Atant es une beste parmi le gastinois,
Indiien les apelent le Cocatrigenois.*^
il ont les costes blances et les ious ont tous noirs»
et se fièrent en Fost par deviers Içs Tiois. 25
li sire qui les maine ot à non Aciglois/*
et sist sor i. destrier ki est plus blans que nois»
et porte Toriflambe le roi Macidonois.
quant il huent*' ensamble, mult sunt grant li arbois,
que par mi les narines lor saut li fus Griois; 30
toutes ardent les cuises des destriers Orlenois.
des Grius i ont ocis pius de xl. et iu.,
quant en mi aus s'escrie li marcis Macidois:
„garde8 que nus n'enfuie, que ne Y sace li rois.
,gamais n'iroit à cort, ne ne seroit aidois.'' *' 35
i)rêpteêU, 2) ie gent 3) kruiK A)autreitor. 5) /Wttîen. 6) ^«r-
fiêt. 7) litêQiê. 8) forfaiture. 9) 9$uêt, 10) Sicoqalorecii. 11) Ar-
figaioiê. 12) hurt$nt 13) à doi0.
286 BBSCBNTB AU FOND DE LA HBIL
lors Tont contre les bestes o lor brans Yienois*/
eccc. en ont mors et caciés le caumois;
muU fu grans li estours» quant se fièrent nianois.
poignant i est Tenus Alixandres li rois.*
Alixandres li rois i est venus poignant 5
et sist sor L destrier pumelé et ferrant,
de coi il ot ocis Sabilot le tirant,
quant il voit mort ses homcs, mult ot le cuer dolant,
une liue et demie les ya après siuant>'
tant qu'en mi lès désiers les vint aconsiuant; 10
xiiii. en a ocis à son espiel trancant.
tant i féri de Y fier qu'il ya par mi' brisant;
li bestes li trestoment, devant ses ious volant;
au fu que eles jetent ont mort son auf errant;
quant li rois fu à pié, pesance en ot mult grant 15
Tescu prent as enarmes, si le met au devant,
et a traite l'espée et fiert par mautalant;
le beste que eonsiut, 11 n'a de mort garant
quant li ber Agigles i est venus poignant,
au destrier descent jus, si fait cose avenant 20
son signor Alixandre et fait monter errant.
*et quant il fu montés, se li dist en riant:
„onques mais ne fu princes de votre maltalant;
„ne prisies votre vie, ne ne l'ames i. gant.*'
Alixandres retome, si les lait à itant. 25
* Montés est Alixandres, si s'en est retomés;
mult par a le cuer noir de caus que voit pasmés,
et a dit à ses bomes: „ensamble vus tenes.*'
è r premier cîef devant voist Clins et Tbolomes,
et en celui après Agigles et Lasses : 30
„ne vus esmaies mie, li estans ert tomes ^
„et se Dex nous aie, par mi les' parjurés,
,,j*en ferai le justice tele com vous vorres."
Devant le mie nuit ains que cantent li gai,
' issi Tos d'une conbe, si se fieri^ en i. val. 35
li caon et les mutes* qui iscent dou costal.
1) OlênoU, 2) êuii êêporonanl. 3) kai en, 4) irovés. 5) éê9 irm^
iorê ferai eamms des. 6) eàoM «f ^t mufre.
DESCENTE AU FQND DE LA MER. 287
lor ont fait celé nuit traval et paine et mal;
quar en trestoate Yos n'a home si yasal,
tant soit bons cheyaliers, si li torne à estai,
que li caons n'enporte et lui et^ son ceval;
tel paor en ont tout que n'i ot ju, ne bal, 5
Alixandres aptele sen mestre senescal,
dist li c'en li aport L grant pale roial;
por paour des caons fet couvrir Bucifal.
F. 46* Li caon des désers sunt grignor de yoltours;
sou ciel n'a cel oisiel» cil ne soit des grignors; 10
grande ot l'une des eles que n'est i. couyertors.
quant il volent sor Tost en l'air douent tel cors
et cuident cil de l'ost que ce soient tabours.
cil qui ist fors de rote, mult par i fait que fous;'
s'uns de caons le trueve, vers lui n'est-il pas fors.' 15
tel cop li fiert de l'ele, très par mi le cors,*
de lui u de 1' ceval, ne fait-il mie blous.*
dusc'à l'aube aparant lor dura cis tabors;*
mult en furent tôt lie quant voient que fu jors,
quar onques mais ne porent avoir si grans paors; 20
se cou lor durast auques, n'i durast mus ne -sors.
A l'aube aparissant viennent cauwes-soris ;
meneurs sunt de cornelles et grignors de pietris.'
il n'i a chevaliers tant soit d'armes garnis,®
se près de li li vole, ne soit tous esbahis; 25
de r soumecon de Tele si le fiert, ce m'est vis
que Fautre ne 11 doinse tel cop eus è 1' ciervis,
de grans iiiî. liues en revient estordis;
le mius qu'il onques porent, en ont lor cors garis.*
Alixandres li rois en est mult esfreis; 30
il n'en cuide escaper, si est tous desconfis,
tant lor dura cis maus, ains que fust départis,
que li jors fu tous clers et solaus esbhudis.
n'en i a i. en l'ost qui n'en soit esmaris,
et dist 11 i. à l'autre: „rendons à Deu mercis. 35
1} tt M u. 2) rouie ce iiiênt li auiorê. 3) ne poi moit êeeors.
4) n'en eri Jammiê reeotê. b) u M u êon eevai emportèrent U eors»
6) esiourê, 7) perfris. 8) «a l* feri en m» le v##. 9) garnie.
288 DESCENTE AU FOND DE LA MER.
„se nous en escapons, ce sera à envis,
„quar maintes grans tormentes nos ont hui asalis."
Mult sunt lie cil de Tost de V sentier c'ont yen;
toute le matinée se sunt si tost meu,
por esploitier lor voie ont lor eire^ tenu, 5
(^que) par derant miedi sunt à Testanc Tenu.
• qui a tente, ne tré, si Ta è V pré tendu;
puis ont derrier lor dos mult de los abatu,
il metent le fu ens, si art à grant yertu; *
par icou se sunt auques de serpens desfendu, 10
quar se cou ne parfust, tous fuscent confondu.
Si com li jors' se prist o le yespre meller,
ii<"- lampes d'or fait li rois alumer;
puis fait soner i. gresle por Tiaye demander,
si que par toute Fos sunt asis au souper; 15
et quant furent assis, si les estut leyer.
onques de garison ni osèrent gouster,
quar icil les escrient qu'es dévoient garder,
qu'il voient les mervelles des désers asambler.
cil qui ancois le sorent' le vont au roi conter, 20
et quant li rois Toi si commence à penser.*
il lievent de Y manger, si font trestot oster;
par l'ost sonent buisines et font ces cors haster;
dolans est que sa gens fist es desers entrer,
mais ne vaut home croire qui li seust blasmer. 25
or est forment dolans que n'en cuide i. mener;
mult longuement peasa, mais ne pot amender,
et quant il se redrece, si fait sa gent armer;
par Tost se hâtent tout, n'i osent demorer.
Trestout premièrent lor vienent blanc lion; ^ 30
le fu voient ardant', si ceurent environ,
por cou qu'il ont de soif si grant destruction,
par mi le fû ardant se metent à bandon,
F. 46^ mais li home Alixandre ne sunt mie garçon.
cescuns tient son espiel devant son pavillon; 35
gui bien ne se desfent de mort n'a garison,
as espées trancans fièrent conune garçon;*
1) airre. 2) te nmê. 3) voimiI. 4) pîorer. 5) hmran.
DESCENTE AU FOND DE LA MER. 289
des bestes i ont fait mult grant ocision,
non por quant vont en Teve u il voellent u non.
icil qui lor escapent tornent à garison
par mi ces grans désers, en lor convertion.
après yienent Créandes* et puis escorpion; 5
cescuns drece se ceue et trait son aguillon.
phis sunt poignant asses c'alesne, ne poncon.
qui bien ne se desfent, bien saniblera bricon;
mais U bome Alixandre sunt hardi com lion,
cescuns prent i. espiel, gavelot u baston; 10
des herbeges les getent et font grant tuison.
nequedent boivent l'aigb», ^i qu'en poist ne qui non;
se il sunt travaillé, jà ne s'en mervaut-on.
onques mais n*orent gens tel persécution.
Des crues de la montagne de la voisinité, 15
de devers les herbeges se sunt contrevalé;
de devant le priome' vont grant serpent cresté;
plus sunt grant que coulombes laidement' figuré,
de ii. cors u de iii. sunt bien lor front armé;
de Tune part sunt inde et de Tautre doré; 20
de vermel et de blanc sunt menu vairelé.
li oel lor resplendisent , tant sunt envenimé;
biel erent à veoir, tant sunt de grant biauté,
se bones coses fuscent; mais ce sunt vif maufé;
por cou sunt si hisdeus et issi redouté. 25
par mi le fu se metent, si Tout plus embrasé;
quant cil de l'ost le sevent, si ont le hu levé,
as espées trancans lor sunt encontre aie,
et portent li auquant gisame u pic fleré.
à le rive de Tiave se sunt à aus josté; 30
tant se sunt conbatu que tout sunt tressué.
mais li serpent sunt grant, parcreu et cresté;
par aus ne porent estre ne vaincu ne tué.
quant ont beu de Tiave, si s'en sunt retoiné.
que vus diroie-jou, que xxx. en sunt dampné; 35
de caus que li fus art,* sunt li autre" navré.
1) terastre. , 2) /a mié mmt. 3) euluevreêj si êont lait, 4) n'arf.
5) fluiêor,
Li Honmau 4'AUzftB4r«. t9
290 DBSCBNTE AU FOND DB LA MBR.
cil de l'ost s'entornèreni, si l'ont au roi conté
que tout sunt li serpent ochis et dévoré.
,»Signor, dist Alizandres, ains mes ne fu troyé
,,autant de grans diables' com a en cest règne;
»Je ne tus puis vengier, ne n'en ai poesté.'* 5
Ne demora puis.gaires, Indienes sons
es herbeges se metent, grignor sunt de houpis,
ne mordent riens, fors hommes, sempres ne soit ocis;
mais li home en sunt tost et sané et garis.
des somiers et des bestes lor ont mult desgarnis, 10
quar por les grans morsures en i ot mult péris,
et il en i a tant coni%ce fuscent formis;
s'auques i fuscent trestout fuscent aflis,
mais è V fu les jetèrent, ce conte li escris.
Contre le mie nuit la merrelle est venue; 15
onques en nule tiere ne fu si grant veue,
de r caut et de grant soif lassée et confundue.
par mi le fu se metent por le caut qui' Targue;
li grans passe bien outre, li fus art le menue,
mais li gens Alixandre dont li rire est yestue, 20
F. 46* quan que de 1* fu escape, cescuns ocist et tue;
ne mais le grant vermine qui si est parcreue
qui ert et grose et longe et lée et parcreue,' |
que par nul ne pot estre tuée ne vaincue;
celé s'en retoma quant on* l'iave beue. 25
1) diakiie, 2) «ot/ çv'6«. 3) confondue. 4) oL
MERVEILLES DU DESERT.
€1 Mmt mï mmwn Alixandres et mm sens estoleitt en
féreet devaitt l.'fti et llU. Tirant payèrent devant ans
qui les Torent déTorer.
EiDcontre^ iiii. liues» devant Taube aparant,
estes-vus unes bestes que on claime Tirant;
bien ont le front armé de iii. cors de devant,
quant el voient le fu, si muèrent maintenant,
les pavillons esgardent, si vont avironant, 5
droit es loges se metent par mi le fu ardant;
mais li home Alixandre lor sunt venu devant,
si les ûerent d'espée u de lance trancant.
trestot quanques il sunt' n'es prisent-il i. gant;
XIV. chevaliers lor a mors en boutant, 10
et meismes i furent Iii. serjant;
ens en l'iave se met par force lor voiant
Alixandres a dit que le laisent à tant.
„signor, dist Alixandres n'en adeses vus' mie;
,,besoins et mautalens fet toute jent hardie. 15
„laisies li ases boire, tant qu'ele soit empie,
,»et quant ara beu, si ert acouardie;
»Jà ne se desfendra, mais bien soit* envaie.
,Jou le requerrai primes, o m'espées forbie;
,Jou voel avoir le pris, se Dex me béneie. 20
„tel manière de beste ne fu ains mes oie
„que en oroit canter," il ne le creroit mie.
1) JBfi outr^, 2) font 3) ne Uê adêêês. 4) s'oie eet Hen. 5) et pd
Vorroit parler,
19*
292 MERVEILLES DU DÉSERT.
„mult est hisdeuse et grans; mes cors tous en formie;
„por m. mars ne voiroie qu'ele enportast la vie;
„roais or nous atornons trestout à establie/'
ce respondent si home : „cou «st grans diablie ,
„s*ele nos passe tous et ele nos flavie." 5
dont* le laisent ester, ^ quant li rois le castie.
Li gens qui est en Fost, de toutes pars s'areste
et gaitopt le rivage que n'en isce la beste.
de Tune part escrient, se li ont paor faite;,
vers caus qui mot ne dienl, s'est à le rive traite, 10
qui s'en cuide r'aler par force et^ par^poeste.
li rois qui est avoec de 1' bien faire les haite,
à maus et à cuignies li pecoient sa teste,
que trestout en resonent et li val ,et li tertre,
au roi et à ses homes «a mult grant paor faite. 15
E4-V0US caus d*Etiope sor»le rive arest^s,^
que d'Euriant* n'en iscent, bien gaitoient les gués;
cofant vint à le rive, si est espoentés
et eommenca à boire; tant par est abrievés
F. 46*^ que trestous li solaus en est vers lui tornés. 20
qui preus fu et hardis, jlremerains est armés;
adonques l'asalirent environ, de tous lés
as espées trancans et as dars achèré§;
* à max et à guignées fu entor aus tués
et puis l'ont escorcié; si fu li cuirs lavés, 25
et voelent c'a mervelles soit li cuirs' csgardés,
•qui le poil a si bel qu'il sanle estre dorés,
li cuirs 0 te car blance fu le roi présentés;
devant le tref l'estendent sor l'erbe vert es près,
c. chevalier i gisent, tant par est li cuirs lés,^ 30
et se jnent as tables, as escés et as dés.
mais onques de lor cors ne fu mie adésés;
mius en vaut l'aisemente^ de xiiii. chités.
Dex ne fist chevalier, s'il est è 1' cors navrés,
se il en a beu, ne soit tantos sanés; 35
1) lors, 2) faêser, 3) êor la rive de l'aige est H roiê ttresté» et
trestot eil de Voêt et rengié et eerèir, 4) ta keste, 5) par lui, 6) fu
graiu et. 7) Voiesemonte.
MBRVEILLBS DU DBSfiRT. 293
ne jà puis en tout Fan n'aroit mal en ses lés/
de cou fu Alixandres mult malement menés
que les os de la beste ont en Teve jetés.
A l'aube aparissant vienent Niticorasse;
bleu sont et pies ont vert et bies comme bécasse, 5
et creste comme cols et ceue paoïgiajSB'»
et luisent autresi comme glacqns sor' g^ace;
porprendent de Testant la rivière et le place.:
en Tost ont tel paor, cescuns ne set que face
*que uns ne dit i.'mot, ne hue, ne manace, 10
ains dist li i. à l'autre que s'acoise e^ se taise,
de r poisoji ^e J'estanc font li oisiet damage,
ne lor fu pas avis qae fust corbe, ne glace;
et quant furent saoul, si s'enfuient^ le trace,
quant cil de Tost les voient, n'i a nul que ne plaise, 15
quar plus les redotoient que nul oisiel sauvage.
Des poinçons de Testanc ont asses dévoré;
n'i ot onques poiscon, n'et* dami pié de lé
de iii. pies et de iiii. u de lonc et de lé,*^
que li oisiel ne l'aient autresi dévoré, 20
com la géline fait i. petit grain de blé.
huches font de lor cors, car trop ont jeune;
quant ont ases mangié, arrière sunt torné.
bien entendent lor cans^ menuement è I' gué;
n'estuet jà pescier home qui de mère soit nés, 25
tout ausi com il vinrent, s'en sunt tout retorné;
et li homme Alixandre qui cou ont esgardé,
ains ne furent si lie que quant sunt escapé;
quar plus le redotoient que serpens, ne malfé.
maint tempest ont eu es désers et trové; 30
aine n'en doutèrent nul tant com caus ont doté,
je croi, se li oisiel fuscent vers aus torné,
que tout cil de l'ost fuscent boni et vergondé;
quar des maus c'ont eu sunt vencu et lassé,
li oisiel ierent grant, hisdeus et séjorné 35
et erent mult orible et mult desfiguré.
1) meUéê. 2) bh te mer fait. 3) rwonî à. 4) atl. 5) 9mU de tone
mesuré, 6) lês eoiê.
294 MERVEILLES DU DESERT.
Ains que les os se fuscent de Testanc remuées,
lor vint mult grans conpagnes de coulombes bendées;
viaires ont de famés » mult sunt grant figurées,
sor les espaules gisent les grans crines dorées;
cescune d'une piere sunt toutes estelées/ 5
en mi le front lor siuent,' mult i sunt bien posées;
mais plus grant clarté jeté que candelles cirées,
nus bom n'est tant navrés de lances ne d'espées,
se ii. de celés pieres i fyscent adésées,
tantos ne fu tous sans et les plaies sanées. 10
à lor brans ^icèrins en ont m. decoppées.
F. 47* mais ce tint Alixandres à mervelles prounées.
là ù les pieres gisent, si se sunt ranoées
et par mi les désers sunt en fuies tomées.
li rois ne yausist mie por d*or v^- carées 15
que aucunes des pieres n'eusent' recouyrées.
Quant le jor ont veu li oisiel* esclairier,
à Testant ont digne serjant et cheyalier;
membre lor de 1'^ conduit qui les a^ engigniés
dont Ji rois fist les c. en Teve trébucier, 20
par devant la frété et as bestes mangier.
les 1. commande li rois à ostoier;'
par le mien entiant il s'en voira vengier.
il les a commandés tos nus à despouUier;
par derière lor dos lor fait les mains lier, 25
puis a fait à cescun ses cuises depecier.
si lor a dit i. mot qui samble reprovier:
„yus remanres ici por garder ce vivier;
,,selonc votre service avères vo louier."
atant s'en est tomes, s'es commande à laier. 30
Quant Alixandres mut et les herbeges wident,
tant fet soner de cors, tôt li désert en bruient
li serpent des désers por le paor^ s'enfuient;
es crues et es crevices® se mucent et enduient.
mult se vont desmetant cil que d'aler anuient; 35
1) fort eniuminéeê. 2) t êuni. 3) tï. de ces piere» fuêseni. 4) virent
iê êoUit et te jour. 5) des, 6) veut. 7) eseoreier. 8) ta noite, 9) io
erev0eeê.
MERVEILLES DU DÉSERT. 295
i. yal ont avalé et i. grant tertre puient,
et quant il sunt en son, sor lor lance s'apuient,
voient les prés de Batre^ et les iayes ki braient,
et lés gaegneries et les dras qui essiuent,
les pastoriaus qui vont et les bestes qui méfient. 5
Ce jor, por Alixandre i fist Dex grans vertus;
grans pièces ains miedi est des désers iscus.
encor n'estoit Porrus d'ilueques remeus;
de jouste les désers séjornoit o ses dras,
las asses de bataille dont il estoit vencus; 10
garda vers les montagnes, s'a Grius aperceus,
bien connut as ensegnes des bons espius moins
que cou ert Alixandres qui pas n'ert recreus.
à mervelle li vient comment il est venus,
comment et par quel voie il les a conseus. « 15
mult ert grans li herbege sor l'aighe de Caulus;'
là vint li maines rois, à pié est descendus,
sor le rive de l'iave ont tous lor très tendus
et par le praerie ses pavillons menus.
Porras a esgardé contre solel levant, • 20
voit les grans os des Grius qui se vait herbejant
et o les pavillons vont les prés porpendant;
donques ot si grant ire, onques mais n'ot si grant.
par iiii. chevab'ers et par son drugemant
manda à Alixandre: trop le va encaucant; 25
por poi ne Ta souspris, car trop le va siuant;'
XX. jors li doins* de tiere, s'en ara pris mult grant,
tant que il ait mandé sa gent vers Oriant
dont ara le bataille, mar le querra avant,
quant Alixandres l'ot, si respont en riant. 30
,Je li donrai les trêves par itel convenant,
„qu'à ses homes de Bautre face faire et commant,
„que marcié nos aporient, se 1' doinsent avenant.*'
les trive sunt données et fait lor convenant.
Dounées sunt les trêves et fait li sairement. 35
F. 47^ là ù li rois séjorne et le bataille atent ,
fu li marciés criés communs à toute gent,
1) Bmêtre. 2) Gaituê. 3) roUani. 4) doinst
296 MBRVBILLBS DU DÉSBRT.
de toute créature* qui à vitalle' apent;
que vaura, si Tacat u prest u doinst u vent.
Porrus est à la porte ù noveles aprent;
à caus qui de Tost vîenent enquiert premièrement'
le cotiTine Alixandre et son contenement; 5
cil li dient trestout qu'il n'en sevent nient
i. Grius le conte au roi qui volentiers Tentent;
quant Alixandres l'ot, saut sus deliyrement;
por aler au marcié saut sor une jument.
Montés est Alixandres, au marcié Tot aler 10
desor une jjiment, nus hom ne vit se per
ele n'ert mie* blance, ne vus sai deviser
de quel poil est li beste; "onques ne sot ambler.
quant li rois fu desor et il le vot torner,
ele n'alast avant, ains prist à reculer; 15
des esporons le fiert li rois qui tant fu ber
et li jument commence tant fort à regiber,
en travers à salir et des pies à gieter.
^comment, fait Alixandres, dont ne veut*ele aler.''
ce li dient si homme: „mais ele vint juer.'' 20
i. bouciel en i. sac a fait derier tor^r,
à i. serjant le fait une pièce mener.
Alixandres s'entorne, ains ne fina d'aler
de si là i\ Porrus se faisoit séjorner,
en la cité de Bautre qui tant fet à loer. 25
Porrus le voit venir, à li le fait tomer;
Alixandres respont: „ne m'i loist arester;
„cambrelens sui le roi, si voel cire acater
„dont nous li ferons cirges anque nuit, au souper,
„et cavestres* et vin, se point en puis trouver." 30
et quant Porus Toi, si vot à lui parler:
„amis, descent i. poi, je voel à toi parler.
„tout cou que tu vas querre, aras sans riens coster
„et te ferai encore de mon avoir donner,
„se tu oses mes lettres Alixandre porter; 35
„et je li ferai faire closes,® li voel mander."
1) fiti/e rien, 2) à corê d*ome. 3) ftrivéemeni. 4) n*e*îoU noire ne,
5) Cûêtaffnêê. 6) eoêee.
1IBRVBILLB8 DU DÉ8BRT. 297
et respont Alùandres: ,,se voles escouter,
,,dirai vus quels il est, jâ Tores deviser/'
i,De vos lettres porter, itant vus di^ Porru
„que bien le sarai faire, se jou i sai' men preu;
„se sacies vus por voir, je vus afi et veu 5
„qu'il n'a si privé homme, ne cambrelenc., ne keu.
„asses quant je me voel, à li me gabe et jeu,
„de son privé conseil, itant vus en di-jeu.'
„tous jors se muert de froit, jà n'ert en si caut liu;
„quant je tornai de li, desor i. pale bra 10
„estoit assis li rois entre li et Caulu;
„c'est i. des xii. pers en estour conneu.
„ii. mantiaus afublés se caufoient au fu.''
„Diva, ce dist Pomis, et jà est-il estes,
r^et fait isi grant caut que vus veoir poes. 15
„quant il ore se caufe, mult est fers et aies."
— voire, dist Alixandres, maint jor a que fu nés;
„por cou si est ses cors si frois et engielés,
„et auques est maumis et tous est condampnés.*
„s'a trop perdu de sanc, tant a esté navrés; 20
„ne vivera mais gaires, vins est et radotes/'
F. 47* de com fu mult Porrus et aligres et clers
qu' Alixandres est vins et il est bacelers.
il fait ses lettres faire en langage de Grès,
mult laidenge Alizandre et blastenge ses Dés; 25
mult a esté frarins, à tous jors ert-il tes.
por coi ne se repose, car vins est et remes;
mar vit se convoitise et cou qu'il est avers,
et se je le puis prendre, tos sera de cief rés,
n'en portera la teste Dans Clins et Tholomes; 30
jà ne veront mes Grese, nés i. des xii. pers.
Alixandres estoit jouste i. piler marbrin;
asses s'oi clamer et aver et frarin.
quant Porrus le manace, si tient le cief enclin
et a prises les lettres o le seel d'or fin, 35
puis monta è l' jument c'amena por ronci;
i) Je i>u9 dirai, 2) fae. 3) vo* en demeu. 4) mult demeeurèê.
298 MERVEILLES DU DESERT.
ases enporte cire et cavestres* et vin;
onques ne li costèrent vallant i. angevin,
de le porte est iscus, si entre en son cemin;
des marceans de Tost a siui le train,
si homme li demandent: ,,dont venes vus issin?'' 5
Alixandres respont: „cà aloie hui matin;
„por Porru escamir, me sui mis à tapin."
^Alixandres repaire o son bouciel toursé,
d'une malvaise siele se jument ensielé;
li estrier furent tout et rout et renoé; 10
d'un frain vil et mauvais se jument a frené;
*bien*resanloit mendi, si drap furent mué.
quant il vint près de Tost, si sunt encontre aie
*plu8 de mil chevalier qui tout li ont crié:
„8ire, bien vignies-vus et c'aves acaté? 15
édites de vos noveles, comment aves erré?''
Alixandres respont: „mult ai bien escouté.
,,Porrus'm'a mult laidi, avillié et blâmé,
„et caitif et frarin m'a, oiant moi, clamé.
„d'Alixandre demande, quels et de quel aé? 20
„je li di qu'est si vins, bien a c. ans passé;
„onques ne fait si caut, ne ivier, ne esté,
„que il n'ait tous jors froit tant n'ara afalé.
„les ious a cbaciueus, tout sunt esbendelé.
„tout le mont viut avoir desous sa poesté. 25
„et il me respondi: cortois est par verte,
„quant tu de tout son estre ne m'as noient celé,
„et de con le tieng-jou por sot et radoté,
„que il cuide conquerre si vilment mon règne.
„mais ancois ne vera i. entier an passé 30
„que il ara le cief desous le bu copé.
„quant il a ases dit et jou oi escouté,
„si pris congié à loi et si l'ai encline.
„am!s, fait-il au roi, prens cest brief saielé,
„si le porte Ab'xandre le viel et le barbé. 35
„et je li respondi volentiers et de gré.
„ves ci le seel d'or que jou ai aporté,
1) eoêtegtuê.
MERVEILLES DU DÉSERT. 299
nCavestre cire et vin que il m'a acaté."
quant si homme l'oirent, grans gas en ont mené;
de Pomi Tont gabant dedens lor mestre tré.
iluec descent li rois, an pié li est^ aie
et roi et duc et conte, tout li plus ounoré. - 5
le jument a fait rendre à cui Tôt emprunté;
à Foume qui ele est, a bon louier douné.
le Yin, les canestiaus ont premiers destorsé;
nus hom ne nt torsel tant fort desbareté,
Tun sace, l'autre boute, li sac ont desciré; IQ
F. 47' asses se sunt iluec detrait et desciré.'
mult estoit Alixandres tenus en grant cierté^
au départir le cire ot maint home encerté,'
les canestiaus manjuent, tantos furent gasté.*
„signor, dist Aliiandres, mult ai bien marcée; 15
„mauyais est mes gaaîns que tout m'aves robe.
„laisies moi viaus" le Tin que jou ai aporté;
„si le buvrons ensamble, car il n'a rien costé,
„et mangies ayoec moi trestout par amisté."
et dient si baron: „il a mult bien parlé." 20
li vins revint avant c'on avoit destorné;
par rens se sunt assis, si ont iluec digne.
ilueques ont beu maint vin et maint claré,
et cel qui l'aporta n'ont-il pas oublié;
quar ancois ont beu c'on ait l'autre gosté. 25
Mult se rist Alixandres ains que le brief desplit;
quant il Tôt desploié et l'escriture vit,
donques s'en gabe plus et iiii. tans s'en rit,
et a dit a ses homes: „entendes i. petit.
„Porrus mult 'me manace et me tient en despit; 30
„mes orelles oiant m'en aves ases dit.^
„or sai bien son corrage, par bonce et par escrit,
„que s'il me peust prendre et' m'eust desconfit,
„il me torroit la teste, jà n'aroie respit."
— sire, dient si home, n'est drois que vus aflit, 35
1) «ttttl. 2) 4êHré, 3) ewcerêé. 4) «#««# tn ot ûfié, 5) mê viëx.
6) m'a Mm oêëes Imdk, 7) i7.
300 MBRVEILLBS DU DBSBRT.
„quar desor celé liere que Taulre* vus guerpit,
„\i aves vus tolu grant joie et grant délit.''
Porus de la batalle n'a talent que s'enfragne.'
ne pot le roi amer por trestout Tor d'Espagne;
il envoie ses mes par Bautre le souvragne, 5
n'i remest à seinonre, plain, ne val, ne montagne;
ne es li margenier' qui la tiere gaagne,
si qu'à r trossime jor, sans nule demoragne,
si qu'en Inde, es* desers, soient tout en le plegne.
il en jure ses Dex et son clef et s'ensegne:^ 10
mar i remanra nus en le tiere grifagne;
et s'il fait tel folie que par orguel rémagne
ja n'iert si rices hom, ne de si grant conpagne
que ne le face pendre u ses os ne li fregne.
Or a semons en Bautre tous ses hommes Pomis 15
et tous caus d'Oriant que n'i remagne nus.
cil des desers i furent dusc'à bones Arcus ^
Gos et Margos i vienent de la tiere des Turs
et cccc">- hommes amenèrent u plus,
il en jurent la mer que pour sire a Netnus^ 20
et le porté d'inûer que garde Celebrus,
que l'orguel Alixandre tomeront à reus.'
por cou les enclôt puis es estres^ desus,
dusc'à r tans Ante-Crist n'en istera mais nus;
et sunt xxxvii. roi o tout 1. dus, 25
cescuns o tel esfort com il pot avoir plus,
quant furent tout ensamble c"*- furent et plus;
1. olifans prendent, i. caatiel ont fait sus;
0 sa jent 1 entra li rois de Joustarus.
Quanque Porrus a fait a li rois esgardé 30
et voit bien le castiel que si homme ont levé;
si vienent vers ses hommes, mult tos seront tué.
entor les olifans a fait faire un fossé;
c. pies ot de parfont et iii. toises de lé,
que sunt 11 olifans si pris et ensieré 35
1) treiliê ptê timirUr. 2) «e fapiê. 3) moiuwrter. 4) «itre Inàé
et les, 5) ê'êHiragne, 6) /e eief dom être têf Nepiumu. 7) rtcius,
8) tens.
MBRVBILLBS DU DtiSBRT. 301
F. 48* que jamais n'en istront, se il n'en snnt gieté.
lors a veu Pomis corn il Ta malmené;
de son castiel li a de V tout si ensieré,
ses batalles conroie desous ens en i. pré;
sire, contes et dus et rois c'ot ajousté, 5
et des barons de pris qui là sunt asamblé,
furent par y: foies l*- armé.
Alixandres regarde le fons et le^ Valée,
voit le grant gent Porru armé en mi le prée
jont a li maines rois se grant ost devisée; 10
se^batalles ^conroie, ie gent a ofdenée,
et ses escieles fait, s'a cescune ordenée.'
dont vesti une brogne d<Hit li malle est siérée;
après laça i. elme, Josta' de Val senée
et a mis à sen col une targe roée ; 15
monta sor Bucifal* à la crupe triuTée.
celé part ù il cort ne ya mie à celée;
tous tans i a c. grelles qui sonent la menée.,
quant il vient en bataille et sa gens est kssée,
dont s'en repaire as cors, ne va mie esgarée; 20
puis monta en i. tertre, sa gent a esgardée:
„abil france mesnie et jente et ounorée,
„com estes par m'amor de tous biens porpensée.
„en tante estrange tiere, tante paine endurée
„et tant fain et tant soif en aves trespassée. 25
„se Dex me lest tant vivre que soie^ en ma contrée,
„ramor c'aves vers moi vus ert gueredonée,
„et toute me rikecce vus ert abandonée.*'
ancois qae il euist sa parole finée,
Astaros de Nubie a l'angarde montée 30
et sist è r ceval vair que li dona la fée;
cou ert une puciele que il avoit amée,
por quel amor passa i. brac de mer salée,
une raison commence qui bien fîi ascotée:
„AUxandre, fait-il, trop as ta gent menée; 35
„hul est venus li jors que ert desbaretée.
1) 4*11110. 2) eekune a commandée. 3) JusHn. 4) f. eêvai, 5) vienne.
302 MERVEILLES DU DESERT.
nCeste première joste m*a Porrus otriée;
^envoie cui tu vius por recoivre colée; •
„se il n'a Tescu fraint u le brogne fausée,
„quan que jou tieg de Uere en le moie contrée,
,,otroi-jou mon signor, n'en quer avoir denrée." 5
quant Dans Clins Tôt oi, s'a la teste levée,
oi a le nouviele qui pas ne li agrée,
et saisit Alixandre au règne de s'espée.
„rois, done moi le joste que ois a demandée;
„je tie ferai mes autre, se ceste m'est vée." 10
„Rois, doune moi la jouste, ce li jà dit Dans Clins,
„près su! que me combate por toi et por les Gris.
„jou ferai la batalle, vers lui m'en aatis;
„se tu ne me le dones, tôt ton fief te guerpis.''
Alixandres l'esgarde, si en a fait i. ris; 15
des xii. pers. apiele 11 rois jusques à vi.
„signor, dire vus voel icou que m'est avis,
„Ast|iros de Nubie nous a mult près requis;
„Dans Clins fera le jouste, car en li le devis.
„garde8 que il n'i soit ne retenus ne pris/' 20
li xii. per respondent: „jà n'ait-il paradis,
„qui vus faut, ne Dant Clin, por tant que il soit vis.''
quant Dans Clins ot oi que de le joste est fis,
il va prendre ses armes com hom volonteis,
F. 48^ et monta è 1' destrier que il avoit conquis 25
à le desconfiture ù Daire fu ocis.
Astaros de Nubie li vint en mi le vis.^
Astaros de Nubie fu mnlt bons chevaliers;
lies fu de la batalle, si a parlé premiers:
„dites-moi, biaus amis, estes-vus soudoiers 30
„u i. des xii. pers c'Alixandres a fiers?"
— vasal, ce dist Dans Clins, trop par estes legiers.
,Je sui drus Alixandre et ses confanoniers;
„si m'a ci envoie, jou i ving volentiers.
,J'ai non Dans Clins de Grese,^ s'est iteus mes mestiers,35
,Jà en liu ù je soie n'amerai losengiers.
„ta aras le bataille puis que tu le requiers;
1) pis. 2) d'ÂrêêU,
MERVEILLES DU DESERT. 303
^faisons que devons faire, si laisons les plaidiers."
et respont Astaros: »,vus dites que mult fiers."
lor se sunt desflé, si brôcent les destriers.
Or se sunt desfié et si entre-feru
que les lances pecoient et fendent li escu; 5
onques poitraus, ne caingles n'en a i. retenu;
tant corn anstes lor durent se sunt entr' abatu.
quant il furent à tiere, n'i ont gaires jeu,
ains resalent en pies com hom de grant vertu.
Dans Clins sot d'escremie, si a premiers féru; 10
s'espée li descent entre coP et escu,
le brac à tout le puig li a sevré de V bu;
à Tautre cop Teust u mort u retenu,
quant cil d'Inde et de Bautre, de la tiere Porru,
i vienent tout ensamble; si ont levé i. hu. 15
Alixandres le voit, s'ot paor de sen dru
et dist as xii. pers: ,jà arons Clin perdu.''
li xii. per ont dit quant il l'ont entendu:
„Ii damages est nôtres, li vasaus a perdu.''
or peignent tout ensamble, n'i ont plus atendu; 20
o les espées nues li ont bien secouru,
meismes AlixandreéT li a baucant rendu,
puis li dist en riant de soie part: „salu
„de m'amor a Y franc don, que tout avons veu,
„que navré vus l'aves et son cors retenu." 2S
Quant furent ambes ii. jostées les batalles,
des lances s'entrefièrent très par mi les coralles.
dont traient les espées quant les lances font falles,
tous les elmes dépècent et des haubers les malles
dqu fier et de l'acier par devant les ventalles, 30
et volent plus espés que par vent ne font pailles;
li i. fièrent les autres, sans nule repoalles.
Quant Alixandres voit le batalle en la prée,
il sist sor Bucifal à le longe alenée.
mult par fn grans la prese, quant l'os fii ajostée 35
et voit de 1' duc de Bautre qui ot traite s'espée;
d'un Griu que il ot mort fli toute ensanglentée.
1) eoTê,
304 MERVEILLES DU DESERT.
Alixandres le voit, s'a la couleur muée
et broce Bucifal tôt une randonée,
et va férir le duc en la targe roée,
que trestoute li a et percié et fausée,
et très par mi le pis a le brogne esfondrée ; 5
entre les ii. espaules a Tescine copée.
tant com anste li dure, l'abat mort en la prée.
li gent à icel duc s'enfuit tote esfrée,
que jamais par nul hom* ne sera rasanlée.
Bos li rois de Cartage a se gent amenée,' 10
F. 48® et furent bien xx™ de noire gent barbée;
il sist sor le ceval que li tramist la fée,
une ensegne de pale en se hanste ot fremée.
il broce le destrier ki cort de randonnée
et va ferir i. Griu tout -une randonée,^ 15
que, Yoiant Alixandres, en a Tame sevrée.
Alixandres le voit, s'a sa gent escriée;
il broce le ceval tout une randonée
et va férir le roi sor la targe listée,
tel cop li a donné de Tespée dorée 20
que' le tieste à tout l'elme li a de l' bu sevrée,
cil de Bautre s'enfuient, si départ la melléé;
mult a bien Alixandres se gent reconfortée.
Li rois retint son règne, à ii. estriers s'apuie;
de V dart* qui est d'acier trait de V sanc et essuie, 25
et quant il fu bien tiers, '^ ens è V fuere l'estiue,^
et conunande Ariste que se gent li conduie;
puis a pris i. espiel por cou que joindre en' quide.
Porron quiert par le camp, paor a que ne l' troise,
por cou c'a l'autre fois toma si tos en fuie. 30
quant il ne Y pot trouver, durement H anuie,
n'encontre chevalier que le siele ne* wide;
de- le noise de l' cors et de le gent ki huie,
ne tome celé part que tous li renç ne bniie,
il n'encontre conpagne que forment ne destruie; 35
11 dart que li Griu lancent vont plus espes que pluie.
1) à nul jor. 2) aunéé. 3) en »é iarge dorée, 4) U brtme. 5) Ursé.
6) le ^in'e. 7) joêter.
MERVEILLES DU DtiSERT. 305
Li quens Arides maine le coDpagne roial
qne Porras aime plus que nul home caraal;
il Tavoit adoubé à une feste anual.
d'un Griu c'ot abatu enmenoit le ceval,
s'il ne le puet aidier ne se tient à loial; 5
l'ensegne que il porte commande au senescal,
encontre Roboan broce tout i. ingal,
de Tespée qu'il tient tel li donne è V nasal,
le boucle et le nasaP en abat contre val,
le destrier ù il sist trance dusqu'è 1' poitral; 10
et celi qu'il enmaine a pris son mentonal,'
se le rendi au Griu à guise de rasai.
Alixandres le Toit, pour cou le tient à mal
qu'il guerpi l'oriflanbe por nul homme carnal.
nSire, dist Aristes, onques mais n'oi tal, 15
„ne Yoel qu'il aif de 1' Totre, nés i. esperonnal.''
Es TUS Emenidus sor i. destrier liart.
n'encontre cheyalier qui de mort n'ait sa part,
et voit i. Grius de Bautre qui des Grius fet escart;'
il broce le ceval, venus est celé part; 20
li dus ne Tatent mie à guise de couart,
tel li done en l'escu ù paint ot i. lupart
que plain pié et demi li mist è 1' cors d'un dart;
quant il se sent navrés, de mal talent tos* art;
s'or ne se puet vengier, mult se tient à couart. 25
li dus s'en est tomes, mais trop est meus tart,
Emenidus le flert en Telme d'un fausart,
desi que es arçons l'escine li départ;
le cop voit Aliiandres qui fu en son esgart.
Or va Emenidus navrés^ par la bataille, 30
or" voit i. duc de Bautre, ne laira ne l'asaille;
tel cop li a doné è 1' pis sor la ventalle,
le fier de son espiel li met en la coralle;
tant souef l'abat mort que de riens ne tfavalle.
F. 48' ce cop voit Alixandres, ne puet muer n'i aille; 35
quant il le voit navrés, dolans en est sans faille
1) U boues et le menton, 2) eoue •'. tonai. 3) eoêori. 4) tous.
5) armée. 6) et.
U KoMwuau rAUauuiire. 20
306 MERVEILLES DU DÉSERT.
et dist Emenidus pour coi se c'on trayaille,^
ne set nul cheyaiier qui, pour son cors le vaille.
se plaies li estoupe por le sanc qui n'en saille;
d'un bendel li estraint par de delès Ventralle,
puis apela i. mire pour tos garir la plaie. 5
Licomas sist armés desor i. ceral noir
que li rois Alixandres li donna l'autre soir.
Bos' li rois d'Outremons vit sor le brun seoir;
ensamble yolrent joindVe, ne lor pooit caloir,
•car il s'entre fièrent par issi grant pooir 10
c'onques escus ne elmes ne lor pot riens yeoir.'
par mi le cors se font les bons espius paroir;
cou^ fu li plus bleciés, si se laisa cheoir.
si homme l'emportèrent, de cou fisent savoir;
et Licomas se pasme, ne se pot astenoir. 15
Alixandres l'ot dire, ne s'en pot*remanoir;
quant il li vit le sanc desor le pis caoir,
de jouste Emenidus le fait aler seoir;
puis li^ a dit au mire, que tout a son voloir,
mais que bien le ganse, donra li grant avoir. 20
et li mires respont: ,Je vus afi pour voir
„queporont porter armes tel di com fu er soir.''
Pilotes est" armés è 1' ceval Espagnols
et ot en son se lance i. confanon Turcois;
il n'ot en toute l'ost chevalier plus cortois. 25
eus en mi le batalle vit i. duc et ii. rois
qui le grignor damage faisoient des Grijois;
il broce le destrier, si va joindre à aus iii.
cil le férirent bien, mais ne lor vaut i. pois
que ne les abatist entresi qu'à i. mois. 30
les ii. en abat mors et^ le tierc de manois,
si le rent Alixandre par les boutons d'or frois.
Marges, li conpains Got, sist è 1' ceval Morois;
à le loi de sa tiere est armés comme rois,
là ù il s'entre-contrent, se fièrent de manois; 35
Margos le féri bas sor l'escu Vienois,
1) four voir «mi# nule faUie. 2) Qos. 3) vmhir, 4) Ooê* 5) «t*
6) êiêt. 7) friêL
mRVEILLBS DU DÉSERT. 307
au costé li a joint le hanste de quartois,
et Pilotes fiert lui com ceyaliers cortois;
tout li trance Tescu et le jupe d'or frois,
par mi le destre espaule li met le fer Gr^ois;
de r confanon pert outre» ne sai ii. pies ou iii. 5
Desor L ceval noir est Perdicas armés
et vit i. duc de Bautre qui de Tost fu sevrés,
le oeyal enmenoit d*un Griu qui ert navrés;
se ne le puet rescourre, jà sera forsenés.
à tant point le ceval, celé part est aies, 10
li dus le vit venir, se li est retornés;
mervillous cop se douent es escus painturés;
desous les boucles d'or les ont frais et quasés.
n'i a cel. ki caist, car cescuns est provés ,
de grant cevalerie est cescuns renomés. 15
li dus le sent^ hardi, fuiant s'en est tomes,
par i. sol petitet ne li est escapés,
Perdicas li escrie: „vasal, cà revenes.
„mult est bons li cevaus, se ensi le menés."
il broce le ceval, si est avant aies 20
et fu plus tos à lui que i. faucons volés.
de l'espée qu'il tint le féri es costés,
dusques en le cervele li est li brans coulés;
F. 49* ne li valu ses elmes ii. deniers monnaés.
li haubers c'ot vestu li est rous et fausés, 25
l'escine li fendi par entre ii. costés,
sor l'arcon de la sele est ii cols avalés;
l'une moitiés de 1' cors est à tiere versés,
l'autre moitiés cai à la tiere de lés,
et dient cil de Bautre : „cil Grijois est dervés. 30
„as diables soit hui ses convens' commandés."
il a pris le ceval, arrière est retornés;
Alixandre le baille par le frain qu'est dorés.
Porrus va par le camp et se gent mult enorte;
là ù il voit besoig, si aiue et conforte, 35
sovent crie s'ensegne que se gens ne reorte,'
et voit Salatiel i. fort roi de Marote
J) ê9uL 2) «jfort. 3) reêorU.
20*
308 MBRVBILLBS DU DÉSBRT.
qui tant s'est conbatus, toute s'espée est torte.
une esciele des Grius Teumenoit à reorte,
il broce le destrier, brandist Fespiel qu'il porte,
va souscorre le roi qui mestier* en a forte.
si bien i fiert cescuns de l'espée k'il porte 5
*que le rois ont rescous et l'autre *gent ont morte.
Or a Porrus rescous le roi Salatiel;
il broce le ceval, tint i'escu en cantiel,
encontre Lincanor qui seoit sor mortel
que jambes enversées l'abati de 1' poutriel;' 10
si le ffert de l'espée dont d'or sunt li clartel.
de meisme le pointe va férir Samuel;
tout li trance Tescu ki fu à lionciel,
le hauberc li desront, desmalle le caviel,'
si qu'è r ventre li brise ambedoi li coutiel. 15
quant il le trait à li, si kient li boriel;
puis regarde sor destre et voit i. jouvenciel
qui fu dru Alixandres, adoubés de novel.
i. sien baron voit mort, ne li fu mie bel;
il a point le destrier qui mult li cort isniel, 20
tel cop li a doné de l'espée à noiel
que mort l'a abatu, ains n'i ot contr' apel.
après por li garder vont poignant damoisiel;
des vavasors d'Egite* ont mort à lor revel.*
teus 1. en i ot, n'i a nul n'et castiel. 25
Porrus jure sen Deu c'on claime Lucabel:^
se il trueve Alixandre, le viellart, le mesiel,
ne li vauront ses armes le monte d'un capel,
que le cief à tout l'elme li cai è l' putiel.^
Lincanors saut en pies, com bon de grant vertu, 30
puis Fenporte® outre au roi qui Tavoit abatu;
poise li de morel que il avoit perdu;
quant ne se pot vengier, iriés et dolans fu.
i. duc qui ert de Bautre a devant soi veu;
tel cop li a doné de 1' branc d'acier moulu 35
que le clef o tout l'elme li a sevré de 1' bu,
1) kêêoignê. 2) è f fraêl, 3) ctovel. 4) iê Grew, 5) cêmM.
6) Jufitêi. 7) iolra ê V fraiel. 8) t'en ptuêé.
MERVEILLES DU DESERT. 309
puis saisi par le règne le destrier ki bons fu,
et monta è 1' ceral et met derant l'escu.
le mautalent k'il ot lor a mult cier vendu;
y. chevaliers a mort et i. duc retenu.
tant a quis Alixandre que il li a rendu. 5
Es TUS Aminadap qui fu rois d'Elenie;
por cou que sa gens est conbatans et hardie,
Tavoit Pomis mandé et semons par banie.
0 Ix*- homes ert venus en s'aie;
devant toute sa gent requiert cevalerie 10
et porte en son brac destre une mance samie.
F. 49^ por sa gent ralier à hautes vois s'escrie,
s'il encontre Alixandre, ne laira ne Tocie.
Antigonus Toi, si li torne à folie;
hurtent des esporons le sor* de Tabarie; 15
grant cop li a doné en le large florie.
jà soit cou cose que sa lance ert' croisie,
por quant se V met à tiere, voiant sa barotiie;
dou ceval ù il sist a le règne saisie,
oui' qu'en poist ne qui non, de le prese Tenguie; 20
por chevalier estrange n'en perdera mais mie.
Alixandres le voit, ne puet muer n'en rie.
Aminadap saut sus, au plus tos que il pot;
por cou qu'il est caus, mult grant vergogne en ot.
de son ceval li poise que li Grius enmenot; 25
voit i. baron de Grese qui devant li passot,
tel cop li a doné de 1' branc que il portot
que l'elme li fendi et le ciercle trancot;
desi que ens es dens li acers en coulot;
si l'a mort abatu que onques ne dist mot. 30
por cou li fu mult bel que Porrus veu l'ot.
le cop que il ot fait, ains teus hom ne le sot,
que de cevalerie forment le' prit et l'ot.
Porrus va par le camp, des Grius fait grant damage;*
quant Dans Clins l'ot veu, si broce Boniface 35
et a traite l'espée, le fort escu enbrace.
1) voir. 2) que la lance li eoil toute. 3) ne V. 4) eoetre le camp
des mors par mi la place.
310 MERVEILLES DU DÉSERT.
Porrus le voit venir, si le fiert d'une mace
que son escu li fent com se il fust de glache/
que li et sen ceval abat en mi le place.
Dans Clins resaut en pies, qui de mort le manace;
en mi le pis le fiert que Tauberc li deslace. 5
par grant vertu Tenpaint, à la tiere le quase;
li cevaus siet sous li en mi une crevace.
Dans Clins sali en pies quant à tiere se sent;
ains que Porrus se liet, par le nasel le prent;
et Porrus crie s'ensegne pour ralier sa gent, 10
et il i sunt venu mult esforciement.
à le rescouse furent iiii™- et vii®*;
mais li home Alixandre ne resont mie lent
de ii. pars i coururent mult esforciement;
cescuns au mius qu'il pot de retenir content. 15
Porrus sace l'espée qui au costé li peut
et fiert Dans Clins sor l'elme, que trestot le porfent,
de r Cop fu estordis, à le tiere s'estent;
jà s'en alast Porrus quant Tolomes descent;
ne s'en ira hui mais, se estor ne li rent. * 20
o les brans acerins se fièrent si forment,
tous les escus porfendent qui sunt à or piument.
Porrus cal à tiere , si en ot grant torment
Porrus resaut en pies, quant se sent abatus;
il escrie s'ensegne por raloier ses drus, 25
et il i sunt venu o lor espius moulus;
et li Griu se ralient, mult est grans lor vertus,
reclaiment Alixandre o les grailes menus.
Alixandres les ot, celé part est venus,
dont refu 11 estors fièrement maintenus. 30
là ot des anstes fraintes et perciés des escus;
cccc. chevaliers i ont les cies perdus,
sor tous les autres est Alixandres cremus;
il trait le bone espée à ii. espius molus,
trance lor' elihes et lor cies et lor lius. 35
F. 49* fièrent li Griu' qui mult sont irascus
et départent la prese as brans qu'il ont tous nus,
1) glaee, 2) i7 lor trancé Uê. 3) et li Grijoiê i fierml.
MBRVfiILLES DU DÉSERT. 3 ( f
XV. dus et IX. princes et vii. rois retenus.*
Aminadap fu pris et Liones perdus;'
li batalle aclarie, quar li cans est perdus;
cil de Bautre s'enfuient vers Fiare de Gaulas.
Pomis est entre Grius ù il est conbatus; 5
asses lor a malmis et lances et escus;
o le branc acerin s'est si H'aus desfendus
que ni a si hardi de prendre ne soit mus;
quar aine que il fust pris, se fust mult cier rendus.
là ù voit Alixandre, si est à lui rendus; 10
bien le connut as armes ù li ors fu batus,
et o le grant conpagne dont li cans est vestus.
quant Toit par le ventalle les blons careus cenus»
bien sot c'on l'a gabé, si s'est aperceus.
Porrus voit qu'il est pris, si l'estut sospirer, 15
et voit ses homes mors que n'i ot recouvrer;
quant autre ne pot estre, ne se vot esmaier.
là ù voit Alixandre, rent lui son branc d'acier
et dist en son latin' que il l'avoit rault cier.
Alixandres Tentent sans autre latinier, 20
quar de tous les langages s'estoit fait doctrinier;
et quant il prist l'espée se Y prent à manecier
por cou que l'ot tant fait pener et travailler;
l'auberc li fait fors traire et l'elme bon d'acier.*
Porrus voit Alixandre armé sor son destrier, 25
envers lui s'umelie et li prist à proier
que ne le face ocire et son cors damagier;
quar saus^ de bone garde, en pot avoir d'or mier,
plus que ne porteroient iiii"* soumier.
prist le par mi l'estrier, le pié li va baisier; 30
pité ot Alixandres, si le fist redrecier;
rent li toute sa tiere et commande à bailiier.
ses prisons li amainent, s'es a fait desliier,
et quant Porrus le voit prist soi à mervillier
et dist que il ne viut^ i. seul fil de mollier 35
qui osast itel cose' faire ne commencier.
1) an>. roiê i om prié et xx. dus. 2) de lors sers pendue. 3) Im-
gage, 4) deelaeier. 5) eol. 6) vU mmie, 7) don.
312 MERVEILLES DU DÉSERT.
Alixandres li fait conduit aparillier;
es desers viut entrer et mult les vint cerkier;
quar veoir vint les bones, se il n'a enconbrier,
que Arcus* ayoit faif en Oriant drecier.
Quant Porrus fu rendus, 6ot et Margot' s'en vont; 5
ne fu si crueus gens tant que Dex fist le mont,
jà n'aront bien, ne joie, le jor que mal ne font;
manacent Alixandre que dolant le feront.
Alixandres l'ot dire, à poi d'ire ne font,
tout droit as murs de Tir ù li val sunt parfont 10
et li tertre sunt droit, envers le ciel à mont,
iluec les enclora que jamais n'en istront,
tant c'Ante-Cris i yiegne contre le gent de 1' mont.
Gos et Marges s'en vont; perdu ont de lor gent;
X"*- en furent mort et navré iiii°- 15
porter les font en bière, et si se font dolent,
maudient Alixandre et quanqu'à lui apent;
fil à putain le claiment et plain d' 'encantement
Alixandres Tôt dire, por poi d'ire ne fent;*
il jure Dame 1' Deu et cou qu'à lui apent, 20
que deçà le montagne, les ardra, s'il les prent.
à esporon le siuent mult esforciement.
F. 49' Tout droit as mons de Tus s'en va Gos et Margos,
et li rois Alixandres est mis en lor esclos.
ains les mons, est à aus si joins et si apos 25
que ses cevaus en fu en sanc dusc'as argos,
*li autre passent outre, escapé sunt à nos;
et li rois fet cierkier ces pietruis et ces cros
que nus de caus n'i soit ne caiis, ne repos.
Li pui de Tus sunt haut envers le ciel tout droit; 30
n'i a de tous pasages fors seulement que iii.
par iluec s'en va droit li gens qui Deu ne croit;
mult en poise Alixandres, quant escaper les voit,
voit le tiere porfendre^ et les pietruis crenoit;*
jà se mesist après quant Tholomes disoit 35
que se il passoit outre, grant folie feroit.
1) k*Breuieê, 2) Magoê, 3) ne par, 4) fent 5) por fonde. 6) éêtroiL
MBRVBILLBS DU DÉSERT. 313
desvoiabletés sunt, jà n'en escaperoit»
qiiar jamais n'en istront, dusc'à la fin seroit.
Arestés est li rois et fait Je ciment faire
de cauc et de mortier, ains n4 fu veu maire;
droit as pietris de 1' mont l'a fait li rois atraire; 5
tant par fu bien sierés que riens ne 1' pot desfaire,
d'iluec s'entome au jor, quant li aube resclaire,
et les gens Alixandre enr Inde s'en repaire,
et Porrus avoec lui qui ot fier le viaire;
tous les trésors qu'il a li fet mostrer et traire. 10
„Sire, ce dist Porrus, primes te Toel semonre
„que voies mes trésors de coi ne sai le nonbre,
„*que mes ancissor firent de sous tere repondre.
„tant en prent aroec toi que nus n'es sace espondre,
„et por^ bien aflner iiii. fois le fet' fondre; 15
„tant en donc à tes homes. que nus n'en sace gondre,
„et facent vassiaus d'or, bellins comme coulombe.
„le don que m'as doné, qui est que puise' espondre?
„à ton service faire nule riens ne m'enconbre;
„mius aim-jou ten service que par la calor ombre." 20
Dont respont Alixandres, com hom de grant savoir:
„lai ester les trésors, ne t'en caut de movoir;
„car jou et tôt mi homme n'en ont cure d'avoir.
„se8 que dist Salemons, è 1' livre de savoir:
„bons rois adrece tiere et le fai bien seoir; 25
„li avoirs le destrui et fait gaste manoir.
„*qui rien ne volt doner, ami ne volt avoir;
„cil ù il mius se fie, le met enoncaloir.
„se je t'ai nient doné, or le me fai savoir;*
„conduis-moi es desers, se riens m'i pues valoir. 30
„baille moi de tes hommes, de 1' mius de 4en pooir
„à cascun fai porter tant de son estavoir
i^que jà nul de mes homes n'estuece. remanoir.'^
— sire, ce dist Porru9, ce t'afl-jou por voir
mius te voel obéir et faire ton voloir 35
que à mes maluves Dex qui m'ont laisié caoir.
1) M r faU, 2) tt bien iv. foie. 3) né poroit nii#. 4) paroir.
314 MERVEILLES DU DÉSERT.
„Sire, ce dist Porrus, en ce oi grant damaje.
„quant Daires fu ocis sor Gangis, è 1' rivage,
,,ases me fu mandé, par bries et par mesage,
„que si te demenoit fort avarise et rage.
„onques si nobles hom ne fu en ton parage. 5
„se seuise ta vie si bien et ten corage,
„en pais, sans contredit, t'euse fait oumage.
„tu vas querrant proecce, signorie et bamage;
„qui le te contredie, ne le tieng mie à sage.
„ne r pot tenir castiaus, ne fors cités marage, 10
„que ne le siues tant que li faciès outrage.
„tu m'as hui plus doné et moi et mon, bamage
„que ne raiemberoit^ l'amiral de Cartage/V
F. 50* „Porru, dist Alixandres, tous jors t'a-on conté
„que me vois conbatant tous jors par avorté. 15
„avers om ne puet mie conquerre autre règne,
„ain8 pert mult de sa tiere, car si voelent li Dé.
„ses com m'aiment mi homme, par ma grant largeté;
„de ma volonté faire se sunt tous jours pené,
„et jou ai à cascun se volonté donné. 20
„tant m'aiment en lor cuers et si sunt aduré
„que mius volroit cescuns avoir le cief copé,
„qu*envers mon anemi euissent destorné.'
„quant il sunt devant moi sor les cevaus monté,
„quan que je vois as ions, si m'est abandoné; 25
„quar se tout cil de l' mont estoient asanlé,
„ne me torroient' mie ne castiel ne cité.''
„Porru, dist Alixandres, savoir dois et enquerre
„en quel sens avers hom destruit et conquiert terre.
„defors l'ardent et reubent tôt cil qui li font guerre; 30
„il taille caus dedens (*encuse), et fait enquerre,
„à celui tôt l'avoir qu'il a et si l'ensiere.
,jà pour crier merci ne pora riens conquerre;
„quant il pot escaper, son doel et s'ire maire,
„son enfant à son col et si va sen pain* querre.'' 35
„Porru, dist Alixandres, ce n'est mie mervelle;^
1) n*a mié voilant. 2) ioê iomé. 3) centré- tettroiêni. 4) Ven/Wf
por êon pain. 5) devinalle»
MBRVSILLB8 DU DÉSBRT. 315
„ayer8 hom crient tous jors que ses avoirs ne falle.
„quan que il puet avoir, met-il en repostaUe
„et puis qu'il l'a repus et mis sor le moraille,
,Jà puis ne donra nient que i. sol denier vaille.
„de ses hommes confondre^ crient bien le convoitaille; 5
,ià tout le plus félon sa tiere donne et baille;
„cescuns li amenuise et confont et travaille
„et manjue le gent desi en la coralle.
„c'il aporte u acroit, jà n'en paiera malle;
„les i. semont de droit et as autres fet taille; 10
„]a povre gent s'enfuit et la tiere anivaiUe.
„quant li sires l'ot dire', se 1' tient à cootrovaOle,
„por cou qu'U ne Tencaut, fet samblant qu'il l'encaille,'
„tres que 11 siers ne prent qui vaille i. oef de quaille.
„lors devient-il si fel, quel part que il (*s'en) aille 15
„que ne troeve provoire, ne monne qui l'asaille.'* '
„Pomi, ce sevent bien li povre homme et li haut,
„c'avers hom est plus sos que espriviers^ en gaut;
„très qu'il n'a bien ses homes, tos est en autre saut;
„n'a voisin qui sa tiere ne retolle et recaut, 20
„et s'il piert son avoir, dehait ait qui en caut;
„quar mult sunt fol li homme ki d'avoir se font haut;
„maint homme en sunt honni et par froit et par caut/'
„Porrus, dist Alixandres, mon conduit aparelle.
„aler voel es desers ù a mainte mervelle; 25
„puis revenras en Tille ù tu fesis te trelle.
„tes Dex qui sunt muisi, fourbi et aparelle.
,je conquerrai Egipte dusc'à la mer vermelle
„et prendrai Babilone, se ma gens le conseille,
„que avoir voel la tor qui vers le ciel torelle; 30
„s'odrai le serpent c'on dist, qui tous jors velle.*'
„Sire, ce dist Porrus, je fac aparillier;
,Jes bestes totes vives i menrons por mangier
„et l'autre garison porteront li soumier.
„n'aura en toute l'ost seijant, ne chevalier, 35
„s'è8 desers se veut rere^ u tondre u bagnier,
1) ftMfil /• tire roi dire. 2) ne H. 3) ^'i7 n'uêaiile. 4) hêrwtitêê.
5) faire.
316 MERVEILLES DU DÉSERT.
„que De puist de fin or vaissiaus aparillier;
F. 50* „ne por la grant calor ne Testeura laisier,
„yentouser ne se face» u de vaine sainier;
„cescuns à son talent se face apparillier.*'
— Porrus, dist Alixandres, mult te doi avoir chier, 5
„quar par ten bel service me vins eslosengier.***
A tant sunt cil de Bautre semons et bani tuit,
qu'il soient es desers dusc'à à mardi, à nuit
et portent vin et iave et ferine et pain cuit,
pois, fèves et vitaille,' poivre, commin et fruit, 10
et menront Alixandre et Porru qui Y conduit
Porrus jure le ciel, Teve et le vent ki bruit,
que cil qui remanront seront mort et destruit,
qui ne poront garir ne par jor, ne par nuit.
Or murent cil de Tost à joie et à baudor; 15
cil de Bautre se juent^ par si très grant amor, g
ne fuscent li serpent dont il ont grant paor;
jà DUS d'aus en sa tiere ne fust à tel ounor.
Porrus sert Alixandre que il tient à signor;
il ne trêve (es) désert erbe, ne bone odour 20
qu'il ne face quellir et aporter la flour;
le tref le roi en jonke que il sente l'odour.
les maus pas lor escive, k'il n*aillent à dolor;
très par mi les grans tieres aquellirent lor tour,
si c'as bornes Arcu vinrent à V sepme jor. 25
Quant li rois voit les bones, mult fu joians et lies;
ii. images d'or vit, dont est mult mervilliés.
„sire« ce dist Porrus, de coi vus esmaies?
„ne pases ces ymages, que ce seroit peciés.
„desvoiabletés sunt, tos en séries iriés. 30
„la mers qui tiere clôt, a les mons si plaies*
„et l'ardors de Y solel a si les clos perciés,^
„mult i a de teus lius ù vous trebuceries,
„lè8 la rive de l'iave, ù parfont sunt li bies,
„et se vus entries ens, mult tos séries noies. 35
„et de r péril de Tiave se vus en escapies,
1) vtntras eslongier, 2) lentille, 3) /e# yuitnL 4) floiés, 5) e««rtf
Mêciéê.
MERVBILLB8 DU D^SBRT. 3 1 7
„et si cà freme tiere l'autre* reveiscies,
,,li périus est si grans que jà n'en revenriies.
„on ne set qui il est, jà tos sera' mangiés/V
„Quant Libis et Arcus Tinrent en Oriant
„et orent tant aie que ne porent avant, 5
.,,ii. imagenes d'or firent» qui furent de lor grant;
„en tel liu le posèrent, qui bien fu' aparant
„et que mais à tous jors i fuscent demostrant.*
„onques antres ymages n'i ot home vivant.
„rois, fai le sacrefixe, que n'aient maltalant; 10
„que tout s'en voisent lie li petit et li grant,
„si com firent icil qui furent Deu poiscant.''
quant Alixandres l'ot, si respont en riant:
„li gent de ceste tiere sunt trestout mescréant,
„*qui croient ces jrmages et les vont aorant, 15
„qui n'oent, ne ne voient, ne ne font nul samblant^
„qui les gieteroit ore ens en i. fu ardant,
„il n'ont tant de vertu que s'en fuscent iscant/'
Le nuit jurent iluec; au matin sunt levé;
grant pièce fu de 1' jor ains que il aient torse 20
et sunt venu à l'iave dont parfont sunt li gué,
et il ont cloies faites, ros et raime giété,^
à mervillouse paine sunt tout outre-passé;
de devant les ymages sunt en mi liu entré,
quant Alixandres voit se gent à sauveté, 25
de le joie qu'il ot, a Porru apielé,
F. 50* et Pomis vint à lui, s'amena Tho^pmé.
sor le senestre espaule li a son brac jeté;
si li dist en riant: „car nos fuscons digne,
„devant nos gardons bien, car derier sunt li Dé. 30
„ne se fièrent gaires en lor grant dignité,
„quant por i. seul mal pas furent espoenté,
„que ne repasèrent outre, ains se sunt retorné;
„ne nous n'avons ronci qui ne Tait traversé.''
Tholomes saut en pies por le mangier haster; 35
quant fu aparilliés, s'unt l'iave demandé,'
1) là ouirê. 2) êeries. 3) encore Ml. 4) dewwrant. 6) vont nui
f «riant, 6) el iani 4e hoê rué, 7) «• fait Viave crier.
318 MBRVBILLBS DU DÉSERT.
et sunt par toute l'ost tout assis au cligner.
quant il furent asis, si les estut lever;
c'onques de garison il ne lor lut gouster,
que cil les escrièrent qu'es dévoient garder,
que virent les mervelles des désers asambler. 5
et dient Alixandre: „rois, fai te gent armer;
,,tant veons d'olifans que ne poons esmer.
,jà seront mal bailli s'il nos pueent trover.''
cil que premiers les vit, Tala au roi conter;
li rois cline vers tiere, si commence à penser 10
et quant fu redreciés, si commence à penser.^
Alixandres commande ses chevaliers monter
et caus qui sunt à pié les herbeges garder,
et fait par toute Tost ses buisines soner
et commande as cevaus les voies è moustrer, 15
tant que les olifans font en fuies torner.
quant voit quil s'eslonjent et esforcent d'aler,
as chevaliers les fait o les lances bouter;
viii^- et xxvii. en a fait envierser.
les dens en a fait traire et tous les ious' oster; 20
mius valu li ivores que il fist aporter
que trestous li avoirs de Palerne sor mer.
„Sire, ce dist Porrus, ceste tiere' est mult fière,
„mult est désabitée, ne sai qu'en puise diere.
„se nos passons encore une autretel rivière, 25
„noient sera jamais de retomer arrière.
„tant que notre* mesnie est haliegre et entière,
„se nous en retornons tout une notre carière;
„li palus est si mole et desous si plenière,
„quar ki estoit plain pié de le voie corsière 30
„ne seroit mes veus en nesune manière."
— Porrus, dist Alixandres, je fac por ta proièrc."
Duec se herbregièrent de jouste le marois;
i. poi de fossé firent devant aus por defois.
le nuit se herbregièrent, lendemain furent trois. 35
arrière se retoment cil d'Inde et li Grijois.
par devant les ymages est arestés li rois,
1) êa gent fis* eonresr. 2) oê, 3) voie.
MBRVBILLBB DU DÉSBRT. 31 9
por cou que ce jor fu le Calende d'un mois.
Porrus et Alixandres sacrefient manois;
et ot au sacrefixe vaces 1. et trois.
le los d'un sacrefixe^ cantteent en Indois,
que orent reyestu i.' capelain cortoîs. 5
Quant ont de la Calende célébrée la feste;
de diverse manière lor sali une beste:
le poil ot gros et dur et poignant com areste.
quant cil de l'ost le huèrent, tôt maintenant areste;
à i. trestout seul tor lor a fait grant moleste; 10
*xiy. chcTalier lor ocist et tempeste.
li Griu corent entor qui mult heent se geste;
à maus et à cuignies li pecoient sa teste.
Quant il furent tout outre, soirs est bas, vespres fu;
F. 5(H la nuit se herbregièrent de jouste le palu. 15
li solaus fu couciés quant li tref sunt tendu;
auques seurement se sunt le nuit geu.
au matinet, au jor ains que fuscent meu,
li Otifal i sunt de devant aus venu,
jamais autretel homme, je quic, n'orent veu; 20
xii. pies ot de haut, grant sunt et parcreu.
jà n'aront-il de drap afulé ne vestu;
quel tans que il i face, il sunt tout jors tôt nu,
et sunt par mi le cors comme beste velu.'
bien sunt i. mois sor iave et usent poiscon cru, 25
et quant resunt à tiere, si se sunt de 1'^ peu;
quar il vivent d'encens et usent le palu.^
cil légier baceler (*por) traire i sunt coru;
quant voient les sajaites, fui sunt et perdu,
mult en poise Alixandre que il ne sunt seu, 30
que mult en amast i. se il fust retenu,
que c. sommiers cargiés d'or et d'argent moin;
que plus prendent poiscon, quant il sunt esmeu,
que oiselor ne font petis oisiaus à glu;
et fust par tout le mont à mervelles tenu 35
comment il poront estre ne pris, ne retenu.
1) eëHê de r êuerefie: 2) tt. 3) fWti. 4) 9% m rtêUÊki. 5) et de
ho» bmUêww,
320 MBRVBILLBS DU DBSSRT.
Ce fu après esté, si com iviers entra,
que li rois Alixandres icele gent troava,
et fu à i. matin si com il ajoma.
li jors fu biaus et clers et li solaus leva;
de r ardor de V solel toute Tos en cauca^ 5
et quant fu après tierce, li jors en herica,
et mult devint oscurs et li airs en trobla;
mult i fist grant froidure, mult i plut et neja,
quant vint au miedi, li jors se resclaira;
requellirent lor tentes, puis monté si s'en va, 10
quant li rois vit d'autone, et de V tans qui canja.
puis a monté i. tertre et i. vaP avala;
li rivière fu gente et l'erbe verdoia,
*la montagne fu haute qui le val soronda.
onques hom en nul tans si bêle n'esgarda,' 15
qui aine peust savoir par ù il en entra,
à esploit cevaucèrent, aine nus n'i aresta;
toute jor vont entor, onques Tos ne fina
dusc'à Teure de nonne que li solaus toma;
dont revienent lor voie, si com l'os en ala. 20
Alixandres meisme forment s'esmervilla
que tant à hui aie et nient ne s'esploita;
de mautalent sospire et de Y cuer sospira.
son pavillon fait tendre et l'os se herbreja;
Clincon et Tholomé et Calnu apiela; 25
li i. raconte l'autre le mervelle k'il a.
,,Signor, dist Alixandres, mal nos est avenu;
„par le mien entient tôt somes confundu.
„vees ici Içs traces^ que nous avons tenu,*^
„ensi com li os a trestout ce plait meu,® 30
„dès l'eure que nos fumes en cel val descendu.
„ci n'a mestier proecce de lance, ne d'escu;
„il n'a en toute l'ost si bon ceval crenu
'„qui peust plus aler d'un ceval recreu.'
„les montagnes sunt hautes et li pui sunt agu, 35
„et le tiere fu^ basse que tout somes perdu.
1) êteaufti, 2) ptit. 3) ii'î ot H êagt quant un point reieva 4) eé-
tnin, 5) perdu. 6) plein êeu, 7) si.
MERVEILLES OU DÉSERT. 321
„par le mien entiant, si com jou ai veu,
„ne s'en isteroit nus, tant eust de vertu.
„perdu avons le trace par ù somes venu;
F. 51* „li Deu nos voelent mal, tout sommes deceu.
„de ci n'isterons mais, ne jouene, ne cenu.^' 5
dont ot par toute l'ost L si grant dol creu
que en sunt à la tiere tel vii"'* chau,
qui ronpent lor ceviaus et cou qu'il ont vestu.
Signor, là veiscies grant dol et grant dolor.
aine le soir n'i mangièrent li grant ne li menor; 10
le nuit jurent è 1' val, tant k'il furent meu.^
à Alixandre vienent li prince et li contour
et demandent conseil: „que devenront le jur?"'
et il lor respondi bêlement, par amour,
et dist comme bons rois: „or entendes, signour, 15
,Je cerkerai le val bêlement, sans fréor.
„savoir se trouveroie, ne voie, ne destor
„par ù nous iscons' de ce val ténèbror.'*
il monte en Bucifal son destrier coureor,
c'onques en nule tiere n'ot nul ceval millor; 20
tant a cierkié le val Alixandres entour
qu'il trouva une piere de 1' tans anci^or
ù il avoit escrit grant dol et grant tristor;
jà ne r vera mais hom qui n'ait de mort paor.
Quant li rois vit les lettres, n'i ot ne ju ne ris; 25
ce conte l'escriture qui est de^ marbre bis:
que se tout cil de 1' mont estoient è 1' val mis,
por trestout Tor de 1' mont^ n'en isteroit i. vis,
*se i. bons de son gré n'i remaint à tous dis.
Equant li rois l'entciodi, si enbroncba le vis, 30
de mautalent et ificeest sor le marbre asis;
lors plora Alîxi^ndres por duel de ses amis,
gries^ est de^-B^bitone que li mur ne sunt pris;
Dame 1' l)eu réclama, le roi de paradis,
que le giet de torment dont il est entrepris. 35
abi ! rois' Alixandres , com or estes conquis,
ici mprrons de fain, jà n'en ira i, vis.
\) virent le Jor. 2) Hier. Z)iêeirpmeêone, i)él\ b)duêièele. 6) grains,
U lUaaiaM 4'AlizaB«r«. 21
322 ■BBVEuxes m: Msorr.
Dolans fo Aloandres de cou qa'û a troTé;
de mautaleot et d'ire, de doel a sospîié.
derers destre partie a k)d cief retorné,
à DDe part de 1' marbre a li rois eseardé;
ce coDte rescritare de V tans antiquité, 5
qnar' se tout eil de F mont erent è 1* Tal entré,
dès le premerain borne que Dex ot figoré
n'en isteroient-il' en trestot lor aé,
se L n'i remanoit bonement, de sen gré,
et toot par i. seul homme i seront déli?ré. 10
quant cou oi li rois, n'i a plus demoré;
il monte en Bucifal par son estrier doré,
de si à l'ost de Grese ni a estai doimé.
si homme li demandent n il a tant esté,
et li rois lor a dit tonte le Térité, Id
ensi comme les lettres li aToient mostré.
Alixandres lor monstre le persécution;
si com il a cierkié le Tal tôt environ;
„n'i a voie, ne sente par ù nous alison.'
„si com dient les lettres que trouyai è Y perron 2U
„qui ains furent escrites qu'en mer eust poiscon,
,4amais n'istrons de V Tal, par nule entention;
„ains i serons tous jors, se n'i remaint i. hom,
„et par i. tout seul homme arons tout garison. ,
„maus est se par i. homme i muèrent tant baron/' 25 !
lors Teiscies en l'ost si grant estormison,
ensi comme cescuns se desfent par tencon
et dist, ne remanra tous seus en tel prison,
F. 51^ que il ne puise aypir à nul jor raenchon.
„signor, dist Alixandres, entendes ma raison. 30
„or TUS en aies tout, par tel dérision,
„que jà de moi n'ares ne blasme ne tencon;
,,et jou remanrai ci tous seus, sans conpagnon.
„TU8 ayes mis to cors trestout en abandon,
„8e ne tus en puis faire plus rice garison^ 35
„miu8 est que seus i muire que trestout i moron;
^ne TOUS Toel engien faire, ne mal, ne traison/'
1) fti#. 2) Jmmriê. 3) $n iêêcn. 4) ffUêrréAon,
MBRVB1LLB8 DU DB8BRT. 323
li zii. per s'escrient et s"*- à i. toh:
„8ire, se ta nos fans, caitif, que derenron?
,,rois, maine ta meanie, car autrui i. lairon/'
Alixandres s'escrie et baise le menton;
puis a juré son cief et met^ sa main en son 5
que jà n'i remanra nus de mère s'il non.'
lors plore Tholomé et fent son siglaton,
et tel xiiii"'* se pasment è Y sablon;
n'i a nul ne desronpe son hermin pelicon.
Emenidus vot ire' et le grant destorbier 10
qui lor est avenus, ne s'en sevent gaitier;
dolans en fu li ber/ n'i ot que courecier.
des larmes lor convint lor^ visages moUier;
en plorant vint au roi, se T prent à aresnier:
„gentius sire, fait-il, qui tant m'eustes cier; 15
„sour totes riens aves amé bon chevalier,
„ne onques à nul jor ne convint à proier^
„i. povre homme le ciere por envers vus aidier,
„quar à cescun donastes ce qu'il avoit mestier.
„que nos porfiteroit sans vus li repairier; 20
„quar tout ne vauriens le monte d'un denier.
„se vus ci remanres, jou l'os bien afiier,
„nous somes tôt proudomme,' n'i a nul recouvrier.''
„Gentiu8 rois, fait li dus, n'en pot nus retomer,
„que au jor mouveront viellari et® baceler; 25
„c'e8t dolors des auquans qu'il voelent* amender;
„*et de vi)s le plus grande c'en sace raconter.
„mais ciertes de iii. coses vus poes bien vanter,
„c'onques plus hardis hom ne pot armes porter,
„ne signor de tel foi ne poroit nus trouver. 30
„vos hardemens parut à Tir desor la mer,
„quant de 1' berfroi salistes è 1' mur, sor i. piler,
„que nus hom tieriiens, fors vus, n'osast penser;
„et à bestes en l'iave ù vosistes entrer,
„quant por vo gent aidier vos corustes armer; 35
„por quant je ne vi onques homme aubregier noer.
1) mt#. 2) tmifês MilnoH. Z) voit l'ire. A) dus. 5) «on. e)apoieràf
povre homme le rice. 7) perdu, 8) à lor jor ne muirent serjant ne, 9) peuêt
21*
324 hbrvbillbs du désert.
„et saves plus done c'on ne peust rouver,
„ei tieres et ounors et cou sans demorer.
„li votre bone fois ne se fait pas celer;
„quant l'ardure vus fist celé bouce crever,
„et Zefirus vus fist le hiaume présenter 5
„d'iave qu'il ot trouvée et si n'en vot gouster;
„ains le vos présenta et si fist muit que ber.
„por quant s'ert-il .seurs de bon guerredouner.
„sire, vus l'esgardastes, n'en vausistes goster,
„voiant tous l'espandistes por ans mius atemprer, 10
,,et que cescuns pensast o vus de l'endurer.
„ci voles sens remaindre por nous trestous sauver;
„mult sera grans mervelle se l' poons esgarder. ^
„o vus voel-jou remaindre et voel o vus finer,'
„que bien doivent ensamble si bon ami finer/' 15
— amis, be* dist li rois, de 1* vus convient penser;'
F. 5P „ains ne m'oistes mot de le bouce souner,
„fust envis* u à certes, ne 1* fcsise avérer.
„de cesti, se Deu plest, ne me veres fauser.
„por Deu de ceste jent vus voel merci crier; 20
„vus saves bien qu'entr'aus ont envie li per,
„et puis que ne m'aront, c'aus soloie acorder,
„s'es veres par envie tencier et ranprosner,
„se par vus ne le font^ que tant doivent doter;
„je ne quic que voies ^ iiii. jours sans meller. 25
„por Deu jusqu'en lor tiere les en faciès^ mener;
,Jamais ne vus quic riens proier, ne commander.'*
lors ot li dus tel dbl, sor pies ne pot ester;
li cuers li esvanit, si le^convint pasmer.
tel xxiiii"- que jou ne j^ai noumer, 30
ensamble plorent, crient, prendent à sospirer;
et lor gentil signer forment à^regireter.
„ahi! gens desconfite, quel part porons aler?''
Signer, mult ot grant^.doL .quant vint au desevrer;
mult plorent et regretent le Voi li xii. per. 35
„ahil gens desconfite, quel part porons aler
1) aeerUr. 2) dêmorer. 3) pasêêr, 4) à gaê. 6) retmmnL 6) qu'M
voie*. 7) veuiUem,
MBRVBILIiBS IKJ DÉSBRT. 325
„que laisons li signor qui tant fait à douter?''
— signor, dist Aliiandres, car nos laisons ester;
„pi8 me fait la dolors que tus voi démener,
„que le mort que j'atenc, que ne puis trespasser.
„à celui que j'aour tus doi-jou commander, 5
„que il TOUS doinst ounor et tel signor troTer
„et boinement tenir et tiere conquester/'
à cest mot sunt pasmé trestout li xii. per;
si grant dolor demaine, à aus ne pot parler,
à une part de V Tal s'est aies destorner, tO
et conunence ses hommes forment à regreter,
et des ious de sen cief durement à plorer;
prent se mance de pale por sen Tis essuer,
quar ne pot de pité ses hommes regarder,
tel dol mainent si homme, quant il durent monter 15
que li Taus périllous commença à trambler;
parmi une montagne commencent à errer,
tout furent hors de Y Tal quant il dot aTesprer.
en une large plaine, les i. regot de mer,
tendent lor paTillons trestout por asanler;^ 20
mais onques point de joie ne Tolrent démener.
Quant li rois fu remes et 11 os s'en repaire,
maintenant après cou que ne demora gaire.
si commence à tonner et foudroie et esclaire;
li mons prist à croler et li Taus prist à braire, 25
et jeté une puor dont li rois sent le flaire,
à caus ki s'en retornent, ne Tint-il nul contraire;
fors de lor bon signor qui remaint à mal traire;
por celui font tel dol, jamais ne feront maire,
ce jour i ot ronpu mainte pelice Taire. 30
desous i. marbre bis dont estoit plaine l'aire,
se gist tous jors li rois qu'est de bon exemplaire,
li puors qui 1' desfruit,' li taint tout le Tiaire,
quar qui de mort se doute, bien est drois qu'il i paire;
tous en est enpalis, quar il ne set que faire. 35
Quant li rois Toit la tiere en plusiors lius ardoir,
les montagnes croler et les roces ardoir,'
1) 04te4er, 2) paor que V deêtrairut. 3) movoir.
326 MERVBILLKS DU DÉSBRT.
et souvent eclistrer et eefondre* caoir,
le pueur' ne doit nus h gas ramentevoir.
ses conpagnons regrete par menrillous savoir,
F. 51' Emenidus sor tous en cui ot son espoir.
„ha! gentius chevaliers, de nobile pooir, 5
„sages, preus et cortois et humles tôt por voir;
„quar onques à nul jor ne me poc percevoir
„que orgius vus creust por rikecce d'avoir,
„ne soufraite meist no' cuer enoncaloir.
,je ne poi par mon cors^ plus d'un homme valoir, 10
„mais vôtres grans barnages se^ fait tous jors paroir,
„et moi signer de tiere et largement tenoir®
„et jou refis mult bien tous jors^ votre voloir.
„la sevrance de vus me fait le cuer doloir.
„ahil franc compagnon, dolant par estavoir, 15
„com vous est grans dolors venue puis er soir.
„ier fustes-vus en joie et hui de 1' blanc en noir;
„sans signer repairies, ci m'estuet remanoir
„dolant et esgaré, près de mort recevoir."
Quant li rois fu remes, tous seurs de morir, 20
maintenant coumencha li jours à oscurchir,
li solaus à changier et 11 chius à noirchier,
forment à esclistrer et souvent espartir,
dont ot paor li rois, ne vus en quier mentir;
non por quant si ot-il bon talent de fuir, 25
quant il voit les mervelles que il vit avenir;
adont se porpensa ù il pora guencir.
d autre part se regarde, si a veu venir
une grande nuée, toute prist à noircir,
si prist à plouvinir durement, sans mentir, 30
li trosnes s'entrouvri, dont ot peur de morir,
quar il vit les valées toutes de l'aighe enplir.
li mons prist à croler et 11 vaus à frémir
et jeté unes ténèbres et flairer de puir,
Bucifal ne se pot en estant retenir, 35
ne li rois en séant, ains le convint jesir.
i) iê foudre. 2) «a paor, 3) vo euer en non ehaioir, ne pereoee feUt
votre oeuvre remanoir, 4) eore à eore. ô) me. 6) manoir. 7) tôt à.
MBRVE1LLB8 DU DÉSBRT. 327
aing Dez ne fist mervelle dont li puist sourenir,
fière, laide, hisdeuse dont li puist souvenir/
dont ne yole entour lui grans bataille tenir,
les dragons' fu gietans, qui Terbe font bniir
et grans dragons' volans qui font l'air tout quesir,^ 5
et maufes recanans^ qui Y voelent asalir,
et font as cros de fier samblant de lui saisir.
lors n'ose Bucifaus ne grater ne hanir;
sous le mantiel le roi met son cief por couvrir
qu'il n'es ose veir, ne ne les quiert sentir, 10
et non por quant li rois s'apreste de fuir/
onques de te déduit ne li volrent falir,
dusques au bien matin que vit l'aube esclarcir;
en tant d'eure c'on pot i. oel clore et ouvrir
ne sot-il que devinrent, ne n'en pot i. coisir. 15
ne por quant fu mult lies quant le volrent guerpir;
quar de lor conpagnie ne porent-il^ joir.
mult par sera grans joie, sen cort se puet garir.
Au matin commença solaus à esclairier,
lors saut sor Bucifal Alixandres d'Aljer, 20
et conunence li rois le val à recierkier.
jouste une grant montagne commence à cevaucier
F. 52* et voit une cisteme qui resanle celier.
el n'estoit pas ouvrée de cauc ne de mortier,
mais 11 Deu l'orent faite en la roce. entailler; 25
laiens sor cele^ pière avoit i. avresier
félon qui cuidoit faire tout le mont périller,
li rois i est entrés qu'il le voira cierkier,
qui vaut toutes les coses prover et essaier;
n'i volt* home ne famé à cui puist acointier, 30 '
icele maie cose se*® prist à aresnier;
sous le piere ù estoit commença à hucier;
„sire, rois Alixandre, car me venes aidier,
„et jou t'ensignerai or en droit le sentier
„comment poras iscir de cest val de légier^ 35
„8i que jà n'en perdras vallisant i. denier/' |
\) que l'an doit eremir. 2) carboné, 3) êerpenê, 4) êseroiêHr, j
5) rêêpdgnmu. 6) férir. 7) poroit-U. 8) sous une, 9) vit 10) aeaier. j
326 HBRVBILLBS DU DB8BET.
li rois entent le rois, prist soi à meniller;
paor ot de le mort, mult se crient d'engignier.
Li rois ot grant paor quant le vois oi dire;*
de toutes pars esgarde, iceli ne Yit mie.
li vois de Tayresier le resomont et prie: 5
„se tu ies Alixandre que tout le mont souplie,
„lome-moi ceste piere qui tout le cors me brie,
„qui m'a en tel destroit et en si grant baillie'
„que n'en puis escaper à nul jor de ma vie,
„et jou t'ensignerai loiaument sans boisdie 10
„com istras de ce rai ù ies sans conpagnie,
„si que jâ n'i perdras le monte d'une allie."
et respont Alixandres que de riens ne s'oublie:
„ensi c^m je sui rois, li miens cors le t'afie;
„ensagne moi la Toie tous sens, sans conpagnie;' 15
„à la piere tomer te ferai puis aie.
„ — oevre celé posteme, veras le praerie;
„puis trouveras le voie qui est toute enbermie.''
Alixandres i va qui pas ne s'i detrie;
le faus sentier quant voit, bien sot qu'est tricerie, 20
puis a dit au diable: „fols est qu'en toi se fie.
„asses en ppi de terme as or ta foi mentie."
quant l'of Ir diables,* ne pot muer n'en rie.
„Alixandre, fait-fl, mult es plains de voisdie,
„ne te pot engignier ne savoirs ne folie, 25
„et que faire le vint se pense félounie.
„vois tu là celé porte -qui fait est et bastie;*^
„bien connistras les lettres, car tu ses de clergie.''
Alixandres jura qui les félons chastie
et a desour la porte l'escriture coisie. 30
Quant li rois voit les lettres, mult en est esjois;
par loisir les regarde com -faom de sens garnis,
et recorde les lettres que ne soit escamis;
puis a cierkié le val dont mains hom est péris
et trueve le sentier, è 1' coste d'un lairis, 35
qui r menra hors de l' val, si com dist li escris.
quant le voie a aprise et il en est bien fis,
i)ia voie ot oie, 2)kaêM. 3) droite êonêfiionie. 4)mmi/'M. 6)përmêêtrie.
MBEVBILLBS OU ÔÉSERT. 329
■ au diable reyint, ne s'est mie desdis
et souslera le piere il il estoit fouis;
li diable saut sus, si a gieté ii. cris;
è r siècle n'a cel homme, s'il les eust ois,
ne cuîdast à celé eure estre mors et honnis. 5
Alixandres meisme en est mult esbahis;
por un seul petitet ne s'est dou cuer* maris;
mais il se raseure com cheyaliers hardis,
et monta ë 1' ceval dont il estoit' partis.
Pi 52^ entrés est ë 1' sentier, de rien n'est esbahis,' 10
qui r menra hors de 1' yal, ains que jors soit finis.
Li rois Ist de le porie et si point le ceval
et n'ot en sa conpagnc ne mais que Bucifal,
quant auques ot aie, si regarda è 1' val.
„ahil vans périllous, plains de dolor mortal, 15
„la votre c-onpagnie me dut tomer a mal,
„qui aine ne pot bone estre à nul homme morial.
Alixandres cevauce et monta ë 1' ceval ^
et regarde sor destre et coisi i. costal,*
plus de m. pavillons à or et à cristal, 20
ens en miliu des autres vit le sien à esmal.
les cordes sunt de soie, li paîson de coral,
desor i. escarboucle luisant com' estaval, s
et samble de clarté l'estoile marinai,
dedens sunt li baron qui mainent tel jomal' 25
et plaignent Alixandre lor signer natural.
li rois va celé part, ë 1' pré a pris estai;
si homme vont encontre, ensamble communal
plus de liiii. prince qui furent tout tasal;
l'uns le prent par le main et li autres par al, 30
tout li ont deronpu son bliaut de cendal;
jamais por nesun prince ne veres joie tal.
la nuit ot Alixandres asses millor ostal,
que s'il fust en le roce au périllous portai.
Au matin par son l'aube, monteront li baron; 35
li conduis lor ensagne droit en Océanon.
i) de V #efi#. 2) a tant #'m est. 3) nH a ftdi. 4) fma U eostai.
5) en VmgëL 6) Miotfol. 7) wuU.
330 MERVEILLES DU DÉSERT.
une merrelle virent, tele corn vus diron;
sor la rive de l'iave, è V ros et è V sablon,
lors acoururent^ femmes d'une convertion.
mult se sunt merrillié dont vienent et dont non;
quar dedens vii. jornées enlor et environ, 5
ne peust-on trover ne bordel, ne maison,
ne castiel, ne cité, ne habitation,
en Tiave conversoient, ausi comme piscon;
et sunt trestoutes nues et lor pert à bandon
quan que nature fist en tresi' au talon. tO
li cevel lor reluisent com pennes de paon;
ce sunt lor vesteures, n'ont autre couvrison.
por coi vus en feroie grignor anoncion;
tant par estoient bêles et de gente façon,
que de la biauté d'eles ne sai dire raison. 15
Quant virent cil de Fost que si bêles estoient,
ne por paor des hommes pas ne se reponnoient,
quant trop en i aloit, en Tiave se metoient;
quant poi en i aloit mult bien les atendoient,
quant en ierent alées, volontiers i gisoient 20
*cil les covoitent tant, à paines s'en partoient,
*et quant erent si las, que faire n'en* pooient
volontiers en alaisent, mes celés ne faisoient;^
celés levoient*^ sus, en Viave les traioient,
*tant les tienent^ sor eles qu'eles les estignoient. 25
Quatre en escapërent qui au soir^ sunt venu;
le convive des femmes content qu'il ont veu,
et de lor conpagnons com il sunt retenti:
ne repairoient^ mie, noie sunt et perdu,
quant cil oent le conte que li iiit ont rendu, 30
por le biauté des femmes se sunt bien esmeu;
volontiers i alaisent, se ne fu^cent tenu,
quant Alixandres jure quan qu'est et quan ke fu
que jà cil n'i ira* si sunt aperceu,
jà tant n'es amera que ne soient pendu; 35
ains puis n'i ala nus que il l'ot desfendu.
i)aparuriU. 2)entreêH, 3)piuêiln*eH, 4) Imiê^oiênt b)ainsieglwai€ni,
fi)êougeUeêquenoierUêfaiêoieni. 7) au roi. 8) ne raf er^rojif. 9) n'irani fluê.
FONTAINE DE JODYENGE.
€1 éUst «1 eom AUundre* et sa m^nm estolent en
RATlIloiuif si virent devimt «lis paser ilU. sr*>i*
TieUmwm tôt noir et velu*
F. 52* Iles tioareles se vont li baron menrillant,
des puceles de Viaye com lor est convenant;
ne demora puis gaires que il virent plus grant.
en la tiere^ loée après l'aube aparant,
este vus devant l'ost iiii. viellars courant, 5
et tous li menres ot xiiii. pies de grant.
venu' sunt conune ours et velu' et poignant;
cornes ont com cerf en mi le front devant,
et sunt noir comme meure et lor oil sunt luisant
en l'ost n'ot* destriers, fors Bucifal l'ambiant, 10
qui en puist i. atendre,* rouit tos s'en vont fuiant.
li rois poinst après aus, s'en va i. atagnant;
par les ceveus le prist, se li dist en riant:
„estes ici, biaus mestres, hui mais n'ires avant.
„ancois me conteres com vus est convenant; 15
„qui estes, dont venes et que aies querrant?*'
quant cil ne senti pris, forment va glaiisant
et li iii. se regardent, au roi vient à poignant.^
cescuns ot à sen col une roce' pesant;
grans cos li vont donner sor son escu devant, 20
tout li ont defroisié, mort l'eusent à tant,
quant Pilotes i vient sor son destrier corant;
Sert l'un par mi le cors de son espiel trancant,
et li vins® prent le hanste et le va brandisant.
1) iiêreê. 2) veiu. 3) Mrteié, 4) avait 5) aiaindrê. 6) vtmt en
eorant 7) une hache. 8) imm.
332 FONTAINE DE JOUVENCE.
le destrier prist au fraîn en mi le frain* devant,
li donna i. tel cop de V pug destre poignant;
sor le hanste' Tasiet à tiere maintenant.
Philote saut en pies, si a trait le nu brant;
estes-YOUS Lincanor après lui à poignant; 5
Tolomes et Dans Clins i Tont esporonnant
cescuns coisist le sien, bien les vont jostoiant,
les mains d^rier le dos de coroies liant,
ii. et ii. comme ciens par le col acouplant;
vers le tref Alixandre vont grant joie faisant, 10
et à lor pavillons s'en revoilt li auquant.
Li viellart furent pris et li rois s'en repaire;
à son tref descend!, en tout l'ost ne fu maire,
quant fu tans de digner^ si firent le fu faire,
quant il orent mangié et ont dut napes traire, 15
ses cevaus' commanda que facent sa gent traire.^
les viellars apela et jura son viaire
que jà li conteront de trestout lor afaire,
dont sunt, ù vont, dont vienent, quel mesUer sevent faire?
se il voir ne li dient, il lor fera contraire; 20
se mencogne li dient, il les fera desfaire, •
u ardoir, u rostir, u à cevaus detraire.
F. 52' Quant li viellart oirent de 1' roi son sacrement,
en estant. se drecièrent et li dient brièment.
li plus anciens a parlé (tôt) premièrement: 25
„sire rois Alixandre, i. petit nous entent.
„nous somes iiii. frère et somes d'Orient;
„par les désers alons isi priveement
„cè en arrière fumes à une feste aiglent,
„et de plusiors contrées i furent li jouent. 30
„i. astronomiiens nos dist privéement
„que en ceste contrée fontaines avoit c.
„le8 iii. en sunt faées, je 1' sai à entient
„* l'une en fu compassée par grant enchantement
„hom qui a vi"- ans, de noient ne vus ment, 35
„8e une fois se bagne et en l'iave descent,
„en l'âge de xxx. ans revient hastivemenf
1) franî. 2) kaneeê, 3) sergmuf. 4) taire.
FONTAINB DB JOUVKNOB. 333
„Sire rois Alixandre, s'il ¥08 yient à plaisir,
„le seconde fontaine deres très bien oir.
„li Dia le fisent sordre et de terre venir;
„qm en celé se bagne» il ne puet pis morir,
„ne le pnet-on en Tan que nne fois coisir. 5
,,bon conseil te donrons, se le Tins consentir;
„por cou que de noient ne te volons mentir»
,,te mesnie feras en plnsiors lins partir,
,,8'aucuns par aventure i pooit avenir.^^
— e Dexl dist Alixandres, se 1' voles consentir, 10
„que bagner m'i peuise, que riens tant ne désir,
„8acrefixe ferai tout à votre plaisir/'
„Rois, le tierce fontaine refait mult à loer.
„qui voit mort son ami, ne fait mie à doter;
„s'il le puet à celé iave et conduire et mener 15
„et entour le fontaine iiii. jors séjomer,
„et i. petit de Hâve dedens son cors jeter,
„au quint jor le fera de mort resusciter."
quant Alixandres Tôt, si coumence à parler:
„se tu ices noveles me fais en voir ester, 20
„plu8 te donrai cevaus, argent fin et or cler
„qu'entre toi et tes frères ne sares demander/'
li viellart salent sus, se li vont afler.
Ce fu è r mois de Mai que li tans renovele
que li viellart ont dit au roi ceste novele. 25
Alixandres Toi, joians li fu et biele;
mult tos fist napes traire et fet mettre sa sele,
li rois et tout li autre eevaucent la praiele,
lés lui sunt li viellart, doucement les apele;
le nuit se berbregièrent lès une fonteniele 30
dont li ruisiaus fu clers et blanke li gravele;
*là descend! li rois qui tout le mont querele
d'une part fu ses très et d'autre la capele.
Quant il dut avesprer, s'asisent au mangier;
le mangier^ ont hasté, car il durent coucier. 35
matin doivent lever por lor voie esploitier; .
gens qui ont tant à faire ne se doivent targier.
1) li ^uêu l'oreni.
334 FONTAINB DB JOUVBNCB.
U poiscon furent cuit et mis por refroidier.
ains ne sot mot li keus, se yienent ii. lever;
as poiscons atoucèrent, si les font trébucier
ens en la fonteniele, par dalès le gravier. .
Quant li poiscon sentirent l'aighe à ans habiter, 5
mult tos yienent en vie, si prisent à noer,
et par le fonteniele Tuns à l'autre bouter,
quant li keus l'aperçut , au roi le va conter;
li rois et tout li autre i courent esgarder.
„6ignor» dist Alixandres, se me voles loer, 10
F. 53* „ci ferai une tor bone et haute fermer,
„se mestiers nous en est que puisons rasener.'*
li baron dient tout: „bien fait à creanter."
le nuit jurent seur desi à l'ajomer.
par ces tentes se lievent viellart et baceler; 15
en l'ost n'ot jentil homme ne voist pieres porter.
par de desor le firent d'un yvore vauter/
et misent une roe qui li vens fet venter.'
le fontenele fisent sus en la tor mener;
*la cuve ù ele ciet, fisent entor plomer; 20
por cou l'ont fait issi por lonjement durer.
quant li rois ot ensi le tor fait afiner,
lendemain par matin commence à ceminer;
de la fontene part, n*i vot plus séjorner.
A l'aube aparissant fu toute l'os montée; 25
à esploit cevaucèrent toute le matinée;
li rois et tout li autre cevalcent par la prée;
droit à l'eure de tierce ont une iave passée,
une fontaine truevent à la tierce jornée;
aîns puis que vinrent là ne s'est pas' remuée, 30
por cou que ele estoit travilliée et penée;
et fu l'eure de nonne et trait à la vesprée.
environ le fontaine est lor gens ostelée,
desi qu'à lendemain que l'aube fu creuée,
que li solaus Inist cler par toute la contrée. 35
Alizandres li rois a se gent apelée,
à V** de ses hommes la parole mostrée;*
1) à eiMrê voiiêr, 2) tomer, 3) i*09» 4) dé muusnie privée.
TONTAINB DE JOUVENCE. 335
dist lor que il alaisent, sans nule demorée,
querre l'antre fontaine, tant qu'il l'aient trovée;
et qui le troyera, sa teste en a jurée,
que se il jà se bagne, -ains que li ait mostrée,
jà ne mora de mort si l'ara* conparée. 5
Li rois remest iluec, li eslut' vont avant
et vont par les désers le fontaine querrant;
par vaus et par montagnes se vont mult demetant.
Enoc i. rices hom en est aies avant,
le fontaine trova ains miedi pasant; 10
i. hom le raconta que il trova baguant,
que c'estoit li fontaine que il alloit querrant;
à ce jour estoit l'eure que s'aloit demostrant,
Enoc descent à pié, en Tiave se bagna;
mais de cou fist folie que son cief i bouta.. 15
encor vera-il l'eure qu'il s'en repentira,
quant il se fu bagniés veçti soi et caucha,
sor son destrier corant isnelement monta,
dusc'à r tref Aliiandre esporonnant ala,
dist li de le fontaine, comment il le trova 20
et que, devant i. an, nus mais ne le vera,
nus que l'iave querée,"^ trouver ne le pora.
quant Alixandres l'ot, durement sospira,
por cou que la fontaine mais ne recouvera,
sa teste voit mouUié, près de li l'apela, 25
en le fose de 1' col, .à se main le tasta;
de cou qu'il fu bagniés tout mollié le trova,
demanda lui por coi tant longes demora;
puis li dist que ce baig mult cier acatera.
„Enoc, dist Alixandres, ne te puis tormenter. 30
„* occire ne te puis, ardoir, ne affoler.
„à dolour te ferai toute ta vie user."
ses maçons apiela et fait faire i. piler
et dedens le piler fait Enoc saieler.
tant que li siècles dure, ne l'en pot nus- jeter. 35
F. 53^ puis acoUlent lor tentes, avant voelent aler;
le pui de Phaligot commencent à monter.
1) UnU fti'jl l'mii. 2) vieiiart. 3) Né hom qui U voH quêrré.
336 FONTAINB DB JOUVBNCB.
Alixandres ceyaace le pui de Faligot;
roides fu à monter, ne porent aler tost.
à grant paine soufrirent le calor et le rost,
il ne truevent tant hombreù i. sens hom s'acost.
quant Tinrent au pietruis qu'Ercules, Liber clost, 5
H Otifal i salent des désers de Rimot;
tiestes orent de cien, malt sont let et repost*
li arcier i vont traire, qui furent armé tost;
quant voient les sajaites, fui sunt et repost
li arcier s'en retornent c'Alixandres n'es clost. 10
Le jor montent le tertre qui tous les autres yaint,
et les mons d'Etiope qui tous les autres yaint'
iluec voient la mer qui tout le mont acaint
et toute la contrée si com ele l'ataint.
por poi que toute Tost d'angosce ne remaint, 15
quar li (*caus) les argue et 11 fais' les destraint
ce li dient si honmie, d'aler en avant n'es paint,
n'est qui la voie sace ne qui la voie* ensaint,
et l'ardors est si grans, jà serions* estaint;
quar en xxx. jomées, c'est en l'estore paint, 20
n'a tant d'umelité dont nule riens n'enpraint
Alixandres fist bien quant caus d'Inde a creus;
toute le matinée en est li rois meus,
por retomer arrière là dont il est iscus.
et è 1' val et en Inde dont il estoit venus. 23
jà estoit li fus^ grans et li rois descendus
*à un estanc qu'il trovent, entre un tertiel agu,
*qui tos estoit plains d'aige, mais il fu tos beus
des cevans et des bestes qu'il orent recreus;
li calors de 1' solel estoit si grans cens; 30
d'autre part lès la rive ot hommes perceus.'
cescuns est par le cors d'un grant^ nonbril fendus
des Grius s'esmervillièrent quant les orent veus;
mult par les veiscies dolans et irascus,
quant veu ont tel gent que n't)nt pas conneus; 35
vers aus vienent corant, mult fu grans lor vertus.
1) êi apo9t. 2) foi le vau% aeaint, 3) 9oU. 4) lor. 5) ioêi êerwent,
6) eauê, 7) parereus. 6) duêà'mt.
FONTAINE DB JOUVBNCB. 337
ains De vestirent drap qui fust tains ne tiscus;
cescuDS est par le cors comme beste pelus.
tout ensamble lor lancent pieres et pius agus;
plus de V** serjans lor ont mors abatus.
cil de Tost s'estormisent, jà eussent seus^ 5
quant i. estorbillons lor est devant creus,
que tentes et herbeges lor ont tout abatus,
lor soumiers abatus et de tisons férus.
entrues que envers aus^ hurtent de lor escus, .
lor est autres damages aprociés et creus. 10
ensement comme nois est fors' de V ciel pleus;
trestout art la contrée ensement comme fus.
or dient tout par l'ost: „Liber^ est irascus;
„u il, u Hercules font ore ces vertus,
„par le consente as Dex nos est cis maus venus.'' 15
Quant li vens fu cens et li estorbillons,
voient venir les rains* ardans comme tisons;
cil de l'ost s'estormisent, qui criement les carbons;*
de lor escus se cuevrent, ce fu lor garisons,
et cil qui nul n'en orent, se tienent por bricons; 20
hurées ont les testes et testes^ et grenons.
quant de V ciel fu caue li ardors et Tarsons,
à negier commença de l'air qui fu enbrons;
ne demora puis gaires si en vint grans fuisons,
F. 53* et les tofes^ caioient si grans comme toisons. 25
*la nois est sor le tertre haute comme un dognons.
Alixandres oommande à trestous se» barons
que ne remegne en l'ost escuiers, ne garçons,
que en mainent les bestes par tous les pavQlons,
et abatent le noif à peus et à l^astons. 30
por le calor des bestes fu grans remetions;
li nois qui est remise; cauca® comme sablons,
après lor vint de pluue* si grans confusions
que toute enporte aval le hoif et les glaçons,
li estans enpli d'eve, qui ert et grans et Ions. 35
Quatre jors fu li rois que d'iluec ne se mut
1) que iréë envers le eiel, 2) fue. 3) LibU, 4) raie. 5) virent
ies krandone, 6) harbee, 7) floeeL 8) querra, 9) piuie,
Li BoviUBt d*Alizudr«. 22
338 PONTAINB DB JOUVENCE.
et fist mult grant froidure, asses neja et plut;
ains les pesse* de Tair, por coa ne se descrut.
Alixandres commande à caus d'Inde qae dut,
qu'apriès si grant calor, si grant froidure mut,
mais oqques por le dire nus d'aus ne 8*apamt. 5
Deus viellars Indiens ont es désers trovés
qui ont lonjes les barbes dusc'à 1' neu de Y baudriers.
li rois lor a enquis, dont estes, ù aies?
cil li ont respondu: „ci est notre règnes.
„des désers de Rimort teus est notre iretés. 10
,Ji quels est Alixandre et car le nos mostres,
„quar veoir le volons plus que riens qui soit nés,
„por cou que sor tous homes est cremus et doutés."
li chevalier li dient: „toute Tost esgardes:
„à cel que mius vus samble signer, si vus tenes.*' 15
cil esgardent le roi ki fu grans' et quarés,
autresi le connurent com s'il lor fust mostrés.
„sire, font li viellart, se en nos vus fies
„as arbres vus menrons que vous tant désires,
„qui vous diront noveles de le mort c'atendes." 20
quant Alixandres Tôt, s' es en a merciés.
„Signor, fait Alixandres, je vus conunanc et reu,
,,remuons nos herbeges et querrons autre leu;
„car je voi mult le ciel et pale et inde et bleu.
„il ne nos promet mie ne seurté, ne geu. 25
„ains sunt irié li Deu qui nos ont mis en freu;^
„tel cose i ont hui fet dont ai au ciier grant veu,
„quar vii«- chevriier ki niult estoient preu,
„i avons hui perdus de le noif et de V feu.
„ensevlisons les ipors et lor faisomes veu. 30
„por le mangier haster voisent avant li keu.''
Les mors ont sevelis, GHjois s'en sunt torné;
li Griu^ s'en vont avant, s'unt le mangier hasté,
d'un grant tertre ù il érent en i. val avalé
et voient as herbeges le mangier aprester. 35
à pié se vont déduire quant il orent digne.
1) iM poiêê. 2) gro9. 3) ei je eroi kien de voir ptô irié* #ONf ii
Dieu, 4) ktu.
PONTAINB 0B JOUVBNCB. 339
«
desous une grant roce truevent i. liu cave
ù Hercul et Liber avoient conversé,
et orent icel liu benéi et sacré, ^
que puis n'i entra nus, qu'il en fùrei^t tome,
con n'eust cà de fors à tous jors mort jeté.' 5
Alixandres mescroit c'en n'i ait ens frété'
de serpent u d'oisieP ki Tait envenimé. •
ains ne Y crei li rois dusque Tôt esprové;
entrer i fist iiii. honunes qui bien furent armé.
au tierc jor furent hors tout iiii. mort rué/ 10
à travers, l'un sor l'autre, à tiere mort jeté.'
Alixandres les voit, lonjement a pensé
por cou qu'il n'i voit cop, ne il ne sunt navré;
F. 53' ne pot onques savoir le fine vérité,
comment il erent mort et iluec aporté. 15
li viellart Indien qui de 1' pais sunt né,
et avoient grant pièce è V pais® séjomé,
a fait li rois venir, si lor a demandé;
l'un d'eus avant de' l'autre a forment conjuré
que de celé mervelle qui si l'a esfrée 20
l'en dient ambedoi toute la vérité:
s'en le cave a fontaine® u serpent u fceté*
qui si soutainement ait cest air*^ déserté.
li doi viellart respondent, qu'erent de jgrant aé,
que Hercul et Libis par lor grant deité 25
entoscièrent le liu et l'ont enfantosmé.
li rois et^' li vieillart qui cou 11 ont conté;
por le pais qu'il sevent a mult grant volenté
li rois d'aus retenir, car partout ont aie ;
et dist que désormais erent tout si privé, 30
et mult seront par lui servi et ounouré.
li viellart l'en mercient et li ont afié
que partout le menront, à mult grant seurté.
Quant li vens fut cans et li nois fu fondue,
et li estans fu plains de l'iave qu'est creue, 35
1) au maiin mori irové, 2) enfermé. 3) u eerpent, u cuiaevre.
4) irovi. b) à im Hère enoereé. 6) régnée. 7) dee deus wmU. 8) fan-
tome. 9) enferié, iO) iiu. \\) ot,
22*
340 FONTAINE DE JOUVENCE.
et de la grant mervelle qui dou ciel fu pleue,
et par icel converse est issi espandue,
et de tresy)utes pars par Testairc acourue,
il. pies plui| haut la rive de celé qu'est beue;
jà qui ne le veist par aus ne fust creue.* 5
li jors fu biaus et clers et fist ombre sor nue,
et Alixandres monte, toute jor' se remue;
et montèrent i. tertre dont li roce est ague,
onques mais ni ot sente, ne carière batue;
li viellart vont avant qui le tiere ont seue ^ 10
et ont è r gué de V val une forcst veue
qui bien estoit dedens et garnie et vestue
de toute icele riens qui à cors d'orne aiue.
Lors descendent de Y tertre, si entrent en i. val.
mult furent travillié li homme et li vasal;' 15
li calors de Y solel lor fist le jor maint mal.
Alixandres les guie qui sist sor Bucifal,
et en l'arière garde a mis son senescal.
li armé vont devant qui guient le costal;
de r cief de la montagne salent li Otifal; 20
mult sunt grant et hisdeus, onques hom ne vit tal.
cescuns a en son puig une piere poignal.
devers le haut^ de Y tiertre lor ont livré estai
et li arcier i traient ensamble communal,
et cil a pié les huent qui font grant batistal; 25
mult menèrent grant joie quant furent en Tingal
Li fories sist mult bien de lès une rivière;
verdoians fu et gente et reonde et entière,
arbres i ot plantés de diverse manière,
ains ne fu f. tranciés ne devant ne derière, 30
ne i a hom si hardi qifi i. seul cop i ftere.
en AvEîl u en Mai qiïant li clers tans remiere,
li mandeglore i est, c'a trover est legièr«;
de croistre en la forest siut estre costumière,
nus hom n'est si hardis qui le meust, ne querre, 35
ne Testuece morir d'une mort isi fière;
jà ne pora aler ne avant ne arière.
1 ) por Hênê ne (u9t ereuêy êe il aperlemeni ne i'euêêent veue. 2) Poe. 3) eevmi.
FONTAINE DE JOUVmCB. 341
En la gaudine avoit forest^ d'antiquité;
F. 54* poires i ot et pûmes et de fruit grant plenté»
et dades et amandes en ivier et esté,
il yienent par nature, c'ainc ne furent planté,
et entre les devises de 1' vregier ot it pré; 5
de toutes bones herbes i ot à grant plenté.
nus hom ne demande herbe qui li viegne en pensé,
de coi il ne troyast tout à sa yolenté.
il n'a è 1' mont cel homme, tant enferm, ne navré,
ne le cuer entoscié, ne tant envenimé, 10
se il pooit tant faire que il en eust gosté,
et le col en eust i. seul petit passé,
que il ne s'en alast tous lies en sa santé,
de la flairor de l'arbre et de la savitée;'
ne n'a sou siel dansiel, tant ait ris et jué, 15
se ele a son grant' cors son ami présenté,
entre ses bras tenu, baisié et acolé,
se une seule nuit i avoit séjorné
et ses pies* trestous nus sor les herbes posé,
au main ne fust pucele, eust sa castée, 20
de l'odour des espices et de la douceté.
Mult fu biaus li vregiers et gente la praiele;
mult souef 1 lairoient radise et canele,
garingaus et encens, chitouaus* de Tudele.
ens en mi liu de 1' pré ot une fontainiele; 25
li ruisiaus estoit clers et blanque li gravele,
à rouge or espagnols passast-on la praiele;^
de fin or tresjeté i ot une ymagtle,'
sor ii. pies de crestal, qui ne ciet ne cancele,
qui reçoit le conduit qui vient par ^ praiele.^ 30
è r vregier lor avint une mervfille biele,
que desous cescun arbre avoit une pucele;
il n'en i avoit nule sergante, ne ancele,
mais toutes d'un parage, cescune ert damoisiele.
le cors orent bien fait, petite lor mamele, 35
les ious vairs et rians et la color novele.
i) vergier, 2) vanité, 3) gènt 4) cors, 5) eiioai, 6) ptêmêt'-Vén
im fmrêUU. 7) margêle. 8) rueiê.
342 FONTAINE DE JOUVENCE.
plus ert espris d'amor U yoit la damoisiele
*que s'fl eust le cuer brni* d'une estincele.
à Alixandre ont dit H viellart le novèle;
quant li rois Ta oie, joians li fu et bêle.
quanques il a aie ne prise une cinele, 5
s'il ne les voit de près, les yiellars en apele:
„conduisies moi cest ost de lès celé yaucele,
„que dusqu'en la forest n'ert ostée, ma siele."
Alixandres commande l'ost amener ayant,
quar ë 1' bos as pucieles vint aler déduisant. 10
son senescal apele Tholomé, en riant,
se li dist le raison que cil li yont contant,
et les pucieles iscent de la forest samblant,'
yestues corne dames, mult bel et ayenant.
quant yoient caus de l'ost, encontre yont juant 15
*tant com li ombres durent, ne porent en ayant,
jà si poi ne parlascent que mortes taisant,
mais plus aiment les homes que nule riens yiyant,
por cou qu'en cuide ayoir cescune son talant.
cil de Tost les aprocent, si en yont deyisant; 20
quar de si bêles famés ne rirent onques tant.
Alixandres dcscent, iluec est arestés;
ses conpagnons apele, si est è 1' bos entrés,
quant il yoit les pu celés, mult en est esfreés'
et de la biauté d'eles est issi trespensés 25
qu'il en jure son cief qui est rois coronnés,
F. 54^ ne se mouyera mais, s'eri li quars jor passés.
„je commanc, biau signor; por Deu, or esgardes.
„yeistes mais iceles en trestous yos aés.
„boucettes oq^ bien faites, jamais teus ne yeres^ 30
„à baisier n'a sentir, en teus pais n'ires,
„et ont les dens plus blans que yyores planés
„ne que la flor de lis c'amaine li estes.
„bien sunt faites de cors, grailes ont les costés.
„mameles ont petites et les flans bien molles. 35
„les unes sunt yestues dé ciers pales roés,
„les plusiors d'osterins et les mains de cendés.
1) kroié. 2) juani, 3) #t €êi avant aie.
FONTAINE DB JOUVENOIB. 343
^toutes ont dras de soie, tout à lor volentés.
,,iiule riens ne lor faut, ains ont de tout asses
,,for8 conpagnie d'oume et s'en est grant plentés.
„*or séjornons o eles, mult nous ont désirés/'
Par devant le forest ot i. pont torneis, 5
sor l'aighe de Charie^ qui Tient de Yalbrunis.
les estanpes' de Y pont sunt de marbre polis,
les plansques sunt de croie' asl>ons esmaus trellis.
de l'autre part de 1' pont ot i. tresgeteis,
ii. enfans, de fin or, fais en molle fondis. 10
li i. fu Ions et grailes, l'autres gros et petis;*
menbres orent bien fais, vis formés et Iraitis,
si corn l'os aproca et il oent les cris,
cescuns saisit i. mail, s'est li pas contredis,
par desous ot i. brief que i. clers ot escris, 15
qu'est^ fait par ingremance desfendre à V plaseis.
Alixandres descent, qui de sens est garnis
et monta sor le pont et est outre salis;®
quant il voit les enfans qui ont les maus saisis,
il se retrait arrière, si s'est outre esquellis.^ 20
Quant li rois Yoit les ii. qui se vont devisant,^
ses conpagnons apele, si lor dist en riant:
,Je voi outre ce pont une mervelle grant,
„à l'entrée de là, u. enfans en estant
„et de ii. maus d'acier se vont escremissant. 25
„n'i cuic jamais passer en trestout mon vivant.'*
quant li baron l'oirent qu'iluec sunt entendant,*
il montent sor le pont, qui plus tos vont corant
et voient le mervelle que li rois va contant,
adont i sunt venu li doi viellart Pensant 30
qui par tous les désers vont le roi conduisant,
et toutes les mervelles de le tiere mostrant.
Alixandres a^^ dit: „signor venes avant,
„dites par quel manière sunt ici cil enfant.''
li ainnés li a dit que por lui fera tant, 35
que cou fera remaindre dont se vont mervillant.
1) Clarenee qui vimt devers Tipi*. 2) eifnta. 3) itivore. i}fùrm9. 5) qu*eê.
6) 9% s'eêi eêeoeUis. T)qwUn'isoitfén9. S)de9fendani. 9)atendani. 10) /or.
344 FONTAINE Dfi JOUVENCE.
Li viellars lor a dit qu*il lor fera laisier
les maus et les cuigniés'dont il sunt costumier.
Alixandres 11 prie que pense d'esploitier;
plus li donra fin or que n*en voira bailler.
,,sire, dist li viellars,- ne vus caut d'acoiniier. • 3
„laisies moi bêlement mon cors aparillier;
,Jà vus en ferai i. en Tiave trébucier»
„que vo oel le veront à i. poiscoii mangier
„el l'autre enporteront diable et avresier."
Près de Tencantement est cil ajenelliés 10
et saut de V pont en Tiave et puis est redreciés.
ses mains tendi en haut et revint sor ses pies,
puis se rabaise en i'iave, ii. fois i est plonciés.
F. 54® à la tierce fois quant il fu essechiés,'
voiant tous caus, en Tiave li enfes bronciés 15
par tel air en Fiave que tous est dépeciés;
voiant les ious le roi, est des poisons mangiés.
puis que li i. d'aus fu en l'iave périlliés,
ne pot durer li autres que ne soit dépeciés.
i. diables Tenporte ki fu aparilliés, 20
les jambes li pecoient, les bras li a brisiés.
„e Dex! dist Alixandres, par les toies pitiés,
„de quanque me dones, soies vus merciés
„*cil qui fist ces enfans fu mult outrequidiés,
„le maus que cil avoient, ont-il, je quic, laiés.^' 25
Alixandres i cort et si s'est eslaissiés;
il n'en meust i. seul por estre détranciés.
Après 'le roi coururent tôt li per eslaisier;'
de folie se voelent pener et travillier,
le menor ne pensent xv. bon chevalier.* 30
atant s'en passent oufre serjant et escuier,
damoisiel et mescin et mult de bon arcier*
qui estoient venu en l'ost por gaegnier;
après vienent les bestes c'on maine por mangier.
En le forest est Tos celé nuit ostelée, 35
il n'ont autres osteus fors cascuns le ramée,
les pucieles n'i font plus longe demorée,
1 ) retcremté. 2) es^aiét, 3) ttsaier. 4) hoeuf eariier, 5) $éiHan eL
FONTAINE DB JOUVBNCB. 345
cescuDS a pris le sien sans antre recelée;
qui saVolenté yoU, aine ne li fut celée.*
ains lor fù biep par eles souvent amonestée
cil iégier baceler ki tant l'ont désirée,
qui de piecà sunt fors trestout de lor contrée. 5
cescuns i' a sa famé u s' amie menée;
toute icele nuit ont mult grant joie menée,
tant que biaus fu li jors, clere la matinée.
quant il yolrent mangier» le vitalle ont troYée,
bien à iiii"*« ^ homes le trueyent conraée; 10
il demandèrent l'iave, on lor a aportée,
il vont à la masiele* ki d'or fu trèsjetée,
qui reçoit le conduit qui vient par le baée,
puis estendent les napes sor Terbe arosée.*
il n'a sou siel deuise, là ne soit présenté; 15
cescuns à son talent le trueve à savourée.
après mangier s'en vont déduire par la prée;
en le forest est l'os iiii. jors séjornée
tros que ce vint au quint qu'ele s'en est tomée.
Alixandres regarde desous une cepée 20
d'un vermel cerubin qui ot le fuelle lée
et est aourles d'or menuement ouvrée;
une puciele i vint qui ert encolorée;
onques plus bêle femme ne fu de mère née.
le car ot bêle et blance comme nois sor giclée; 25
Te biauté de sen vis durement li agrée,
quar li vermaus li est avoec le blanc mellée.
quant ii rois l'ot coisie et très bien devisée,
et a dit à ses homes: „une cose ai pensée.
„quPceste feme aroit de cest convers gietée, 30
„et en la soi tiere et conduite et menée,
„on en devrait bien faire roine coronée.*'
Dans Clins, li fins Cauduit, l'a sor i. mont^ montée,
ensi com au roi plot; jà l'en euist menée;
celé s'en voit porter, mult fu espoentée 35
et regarde Alixandre, merci li a criée:
„gentiu8 rois, ne m'ocis, franco cose ounorée;
1) vie. 2) N'f. 3) à tiïi«. m. 4) margeU. 5) à ia roêéê. 6) mui.
346 FONTAINE DB JOUVBNCE.
F. 54^ „quar s'estoie plain pié de la forest jetée
„que euise des ombres une seule passée,
étantes seroie morte, tele est ma destinée."
Alixandres le voit plus bêle d'une* fée,
por cou que ele pleure le color a muée; 5
mervillouse pitiés li est è V cors entrée,
à tiere le fait mettre, à Dieu l'a commandée,
celé s'ajenella, h tiere est enclinée,
mult demaine grant joie quant ele est escapée;
en le forest arrière en est mult tos alée. 10
puis ont une parole entr'elles porparlée,
que l'ost convoieroit coiement, à celée,
tant com l'ombre de l' bos pora avoir durée.
cil de l'ost s'esmervellent, qui les ,ont esgardée,
torner yolrent arrier au roi; quant fu contée 15
novele que sa gent est au bos retomée,
et quant il l'a oie, se teste en a jurée
que se nus i remaint plus d'une arbalestrée,
qu'il le fera ardoir en fornaise enbrasée.
Alixandres apiele les yieUars, s'es conjure 20
par ce Deu ki forma trestoute créature;
si lor a demandé: „par com faite aventure
„sont en cél bos ces femmes? est-cou lois ou droiture?
„dont vienent et coi vestent? qui lor trueve peuture?
„quant à trestoute m'ost ont trové fors nature,* 25
„en font eles as Dex nesune soufraiture ? '
„u ont eles trouvé jouvent qui tant lor dure
„quant jou n'i ai veu tonbe, ne sepouture?"
cil li ont respondu, ki soreut lor nature:
„à l'entrée d'ivier, encontre le froidure, • 30
„entrent toutes en tiere et muent lor faiture.
„et quant estes revient et li clars tans s'apure,
„à guise des flors blanques muent à lor nature.
„celes qui dedens nessent sunt de 1' cors' la figure
„et la flor qu'est dedens,* si est lor vesteure; 35
„et sunt si bien talliés, toutes à lor mesure,
1) fomê9iure, 2) offeriure. 3) ii boioM qu*e9i en mi faii eu cors,
4) par dêforê.
FONTAINfi DB JOUVENCE. 347
^que jà ni ara force, ne cisel, ne cousture,
„et cascuns vestemens jusc'à la tiere dure.
„et si corn a devises de cest bos* vient à cure;
,Jà ne vonront au main icele créature
„qu'ele8 n'aient le jor' ains que soit nuis oscure.'* 5
et respont Alixandres: ,,boine est lor aventure;
,,onques à nule gent n'avint tel. trouveure."
Li rois issi don bos et si homme ensement;
les pucieles les guie tant corn li ombres tenfk '
quant ne pueent avoir,' si sospirent forment, 10
à tiere s'ajeneiient^ volant toute la gent,
enclinent Alixandre de V cief, parfitement,*
à Deu le commandèrent qu'il le maint sauvement.
li il. viellart les guient à lor^ adrecement;
entre iiii. montagnes par i. val fielment. 15
cescun an par nature i nessent vi. serpent ^
qui gietent fu et flame; le tiere art et esprent.
en icele valée se conbatent li vent,
et tous tans i fet froit et giele mult forment;
onques solaus n'i luist, se Testore ne ment. 20
iluec ot malves siècle qui ot mal vestiment;^
une pians i vausist vii"'* mars d'argent,
quar tous li mius vestus i tranle dent à dent.
*puis troevent la mervelle des désers d'Orient
* culuevres et serpens qui mordent asprement. 25
qui là ot bones armes, ne V donna son parent,
F. 55* ains les tint près de li et son cors en desfent;
n'i vosist cescuns estre por l'or de Bocident,^
quar li tiere sous aus croie sor aus® et fent,
et li ceval i entrent dusc'à l'enfeutrement ; 30
tout li millor ceval i devenoient lent,
iluec fait grant folie, qui a pié i descent;
quar la tiere lor fent et crieve durement,
le jour i a remes, ce m'est vis, plus de c.
par mi une montegne coisirent i. torment, 35
iiii. nues mervelles de devers Occident,
1) M fUCéUê, 2) à V veêpre,' 3) avani, 4) parpmdemêni. 5) pmr i.
6) froid gamêmeni, 7) Bonivmt, 8) péeoie.
348 FONTAINB DE JOUVBNCB.
et menoient entr'elles un tel tornoiement,
tel noise et tel tormente et tel conbatement,
et il plouToit sanc cler isi espessement
que les goûtes menrelles caoient sor la gent;
n'a homme en toute Tost qui ne s'en espoent. 5
Alixandres apiele Tholomé son parent,
Clincon le fil Caldui et Perdicas le gent:
„signor, fait Alixandres, par le mien entient,
„cis signes senefie mult grant destruiement.
„li Diu nos Toelent mal, trop alons folement/' 10
li doi viellart qu'es guient, li ont dit bêlement
que face Tost remaindre, se voist privéement;
por Teoir les ii. arbres s'en aille isnelement
* à la tierce fontaine et l'aige de joyent
qui fait rajou venir toute le vielle jent 15
en l'âge de xxz. ans; de riens ne vus en ment,
qui iiii. fois se bagne et contient salvement.*
mais gart bien puis de plus' et de mal ensement,
que ensi ne le fait ne gaegne noient.
mult s'en est mervilliés li rois quant il l'entent. 20
Alixandres en jure son Deu ù il atent,
ne laira por mal pas, ne por autre torment,
ne voise à la fontaine, se Dex le me' consent.
Quant li rois part de l'ost, si plorent li plusior;
car forment se dotoient de perdre loc signor. 25
Alixandres cevauce qui aine n'ama soujor,
et ot en sa compagne maint fil de vavasor,
de caus ù plus se fie et ot grignor amor.
li doi viellart qu'es guient, sunt en mult grant fréor
que li rois ne lor face et honte et désounour. 30
entrent en une tiere qui iii. fois art le jor;
qui ne set le costume, tôt en a le pior.*
à euré de midi fet li solaus son tor;
adont sentirent tout une si grant calor,
quar lor ceval' brûlèrent de destrece et d'ar<lor. 35
ains n'i ot si hardi qui n'eust grant paor;
1) #t H vm bêi €t gent 2) êoi de plui foiré. 3) mudê fu» Dex U.
4) en mreit ymor. 5) f tie ii ehweux.
FONTAINE DE JOUVENCE. 34g
mais li solaus se baise devers tiere^ major.
lors ont par Tost sentie atenprée froidor,
iscent de celé tiere, si entrent en millor
et vienent en une autre qui est de grant valor,
ù jà li Sors novele n'i perdra sa coûter; 5
Toient les praeries dont Terbe est en verdor
et le tierce fontaine et Tiave de doucor
qui le gent rajouenist iiii. fois cascun jor.
de mult ciers arbrisiaus est close tote entor;
là estoient les herbes qui gietent grant flairor. 1 0
sou siel n*a homme en tiere, tant espris de dolor,
qu'à r partir ne s*en voist tous sains et en vigour.
Signor, de la fontaine vus dirai mon pensé;
close estoit de ciers arbres de rouit grant deité.
à l'issue d'ivier, à l'entrée d'esté, 15
F. 55^ quant li flors renoyele de droite Tolenté,
tel odors ist de Y bos, je vus dis par vreté,
plus suef i out d'encens quant on Ta enbrasé.
par devant la fontaine ot i. lion jeté ,
qui trestont estoit fais' de fin or esmeré. 20
icel lion gardoient iiii. lions' cresté,
et ii. dragon volant de si maie fierté
qui le pais avoient- entor si aquité,
que jà nus hom n'osast entrer en cel règne,
bagnier à la fontaine, ne atoucier* au pré; 25
por i. fil de Deuesse c'orent envenimé,
furent trestout ensanle d'une funde'^ tué.
en icel lion d'or qui iert d'antiquité,
dedens i ot conduit sajement seelé,
ensi com l'orent fait encanteor trouvé,® 30
dontli regot^ des arbres dont je vus ai conté,
descBndent de 1* conduit à 1' lion d'or formé
qui ert en la fontaine, de si grant riceté,
et hors par mi le bouce li iscoit à plenté,
si que fu par estude sagement conpassé. 35
onques Dex ne fist home, se là avoit esté,
de venin ne de porre tant fort enpuisoné,
i)Ynde. 2)fmê. Z)iidragonê. 4)mdiê€r. b) foudre. 6)|»rov0. 7)dêgouê.
350 FONTAINE DB JOUVBNCB.
s'un petit i avoit dormi et reposé
*et eust de celé aige i. petitet gosté,
ne s'en alast haligres et trestous en santé.
Li fontaine seoit en mi le praerie;
clos est de rices arbres de piere de rubie; 5
Todor en sentisies d'une liue et demie;
jamais de tel fontaine n'en ert novele oie.
Alixandres descent sor l'erbe ki vredie
et tout environ lui estoit sa baronnie.
li conduis vint avant, mult doucement li prie 10
que nus en la fontaine ne face roberie;
quar qui riens i prendroit, mult tos perdroit la vie.
quant Alixandres l'ot, ses homes en castie.
Antigonus i entre qui le teste ot florie,
quar tant avoit vescu que tous li cors li plie. 13
Li fontaine sordait de 1' flun de paradis,
de Taighe de Deufrate qui départ de Tigris.
trestous li pavillons est' à cristal assis,
alistes de fin or i sunt à fin or mis,
et li piler sunt tout de blanc marbre et de bis: 20
et desor les pilers ot i. piler' assis
qui plus jeté clarté que fus qui est espris.
en le fontaine entrèrent li Griu, ce m'est avis;
ensamble en i baguèrent plus de Ivi.
quant il iscent de Tiave, par foi le vous plevis, 25
que bien sambloient tout haut chevalier de pris;
en l'âge de xxx. ans ont tôt mué lor vis.
Li viellart qui le roi aloient conduisant
et totes les mervelles de la tiere mostrant,
venu sunt devant et li dient itant: 30
„rois, bone est la fontaine que t'alions loant;
„bagnié s'i sunt li homme et mué li auquant.
„vois tu com somes vies et que cescuns ferrant,
,Jà nos veras muer tôt en autre samblant'^
en la fontaine entrèrent*, .ambedoi soi' véant; 35
iiii. fois se baguèrent par le "droit convenant,
quant il iscent de Viave, par le pré vont juant ;
1) pavemenê fu. 2) earboeU. 3) U.
FONTAINE DB JOUVENCE. 351
devant droit la fontaine sunt Venu^ en estant,
à paines les connut tant erent avenant.
F. 55® li rois en apela Tholomé en riant,
et en apriès Clincon le chevalier vaillant.
„8ignor, ce dist li rois, por voir, vus di itant 5
„que durement me vois des viellars mervillant,
„que si sunt devenu haut et lie et joiant.''
il les a fait vestir d'un pale escarimant.
iiii. jors sejomèrent par le pré verdoiant,
tout por le fontainiele ù s'aloient' juant. 10
Au quint jor mut li rois, n'i vot plus demorer;
en Infar et en Ynde se voloit séjomer,
quant vit par les désers ii. paisans aler.
maintenant les a fais devant lui apieler:
„signor, fait Alixandres, je vus voel demander 15
„se des mervelles d'Inde me saves riens conter/^
cil li ont respondu: „se tu vins escouter, «
,jà te dirons mervelles, s'es poras esprover.
„là sus en ces désers, pues ii. arbres trover
„qui c. pies ont de haut et de grossor sunt per. 20
„li solaus et la lune les ont fait si serer
„que sevent tous langages et entendre et parler,
„et tout dientà homme qUanques il vint penser,
„et c'avenir li est et qu'il a à passer.''
— par Deu, dit Alixandres, là nos convient aler. 25
„se vus me conduisies, plus vus ferai donner
„d'or bon molu d'Arrabe que ne pores porter."
— sire, dient li viel, ce nos fait esmaier
„que menés si grant gent, ne pores esploitier.
„se tos voles aler et par tans repairier, 30
,Jà mar iront o vous que sol c. chevalier."
Alixandres Toi, prist soi à courechier,
cuida que le vQsisent autresi engigner
que li autres conduis qui le trai Tautrier,
qui le devoit en Bautres et conduire et cierkier, 35
dont les c. fist li rois en Tiave trébucier,
de devant la frété, as bestes por mangier.
i) U roi en vinrent ambedui. 2} baignant.
352 FONTAINE DE JOUVENCE.
tous les vii. a fait prendre et commande à Hier;
demain les fera pendre u en aighe noier.
Paor ont li viellart, tous li cors lor frémit
por le roi Alixandre que il avoient desdit.
or sunt prest qu'il le jurent et que cascun l'aftt, 5
qu'ils ne le dirent onques por mal ne por despit;
et se ne V trueve isi com il li aront dit,
ardoir les face u pendre, jà n'i aront respit.
cccc. chevaliers qui bien soient eslit
U conduiront-il bien à joie et à délit. 10
l'autre gens s'en retort et Porrus les enguit
,,par Deu dist Alixandres, or aves vus bien dit ''
or a cou que demande et de joie sosrit;
à Tholomé commande qu'es gart et qu'es délit.
Alixandres apiele Porru ki estoit rois, 15
dist 11 qu'il li conduie le grant ost des Grijois,
cameus et olifans* et tout l'autre hamois,
et si l'atende en Inde u en tîere Canpois;
quar si que li ont dit li doi viellart. Indois:
entre aler et venir n'i metera c'un mois, 20
ne laira por mal pas ne por autre defois,
ne voist veir les arbres c'on claime d'Ibronois'
Au quart' jor mut li rois, li viellart vont avant
et cevauce cascuns i. bon mulet ambiant '
F. 55' por cou que vont souef et tout à lor talent 25
plus aiment Alixandre que nule riens vivant
de lui mal engigner ne font mie sanlant;
ancois prient au roi que ses homes conunant
que il facent grant joie et si voisent courant;*
si ira le vermine des desers enfuiant. 30
li serpent sunt orible et si sunt malfaisant;
mervelles en i ot, si estoient mult grant.
en Yndien langage les aloient nomant
li gent de celé tiere qui pas ne sunt sacant.
simple erent tôt ensanle, n'erent pa9 castiant; 35
vestu erent de piaus de tigre, d'olifant;
quant nus hom lor demande com lot est convenant
1) ehêvaliêr* et êtrjtmÊ. 2) ié BtmoU. 3) fiitiif. 4) eommni.
FONTAINE DE JOUVENCE. 353
et cil 11 respondirent mult tos, de maintenant:
„d'Inde somes tout né, et femmes et enfant"
le dolor des espées* aloient tout flairant.
Alixandre ont conté li yiellart en riant:
„ne vivent d'autre cose li petit, ne li grant." 5
Alixandres cevauce, mult se va esploitant,
li viellart qu'es menoient, les vont bien conduisant,
le mal pas lor ensegnent que nus d'aus n'i ahant,
parmi les grans montagnes les vont si adrecant
que au tresime jor avalent i. pendant, 10
et se sunt herbregié tout de solel luisant.'
le mangier aparellent li keu et li serjant;
assient au souper, ne vont plus demorant.
*mult par est lies li rois et si home joiant;
entr'aus et les ii. arbres n'a de terre i. arpent 15
Quant li rois ot soupe à grant joie et à glas,'
il vint à l'un des arbres qui fu fais à coupas,
et ot en sa conpagne ccc. Macidonas.
il estoit près de 1' vespre et li solaus fu bas;
vienent au mur de 1' bos qui n'estoit mie quas; 20
li rois fu à la porte, mes il n'i entra pas.
i. prostrés se teva ki n'estoit mie quars,*
et ot bien de hàutecce grans xii. pies escars,*
et ot dens' comme ciens et noirs com carbons ars.
le provoire apieloient la gent, Chenobulas. 25
Alixandres le voit, cuida fust Sathanas,
por le paor qu'il ot, s'areste isnel le pas;
li prostrés l'araisone bêlement et en bas,
puis li a dit tel cose qui ne fu mie à gas.
il li a demandé: „ki ies et ù iras?^ 30
„se tu viens chi enquerre iquels hom tu seras ,
„et combien en ces! siècle tu vivre i poras,
„il te convient plevir c'a femme geu n'as;
„puis iras tant avant c'as arbres touceras.
„et se tu n'ies caastes, cà de fors n'esteras,^ 35
„tu et ti conpagnon c'avoec toi amenas.
1) Bêfieti, 2) lettmU 3) gaê, 4) craê, 6) «n fM. 6> eiéf. 7) fu
ra#. 8) rmKk&nraê,
U Boimas i*Alizaalr«. 23
354 FONTAINES DB JOUViCNOB.
,»cou que tu vius enquerre» avoec toi* penseras
„et de tout ton pensé le vérité oras,
„et que jà de ta bouce i. seul mot ne diras.**
puis Ta fait descaucier et descaucier' ses dras,
lors H a dit li prestres: „amis, or en venras, 3
,,x. de tes conpagnons avoec toi amenras,
„ de caus que tu mius aimes, ii plus te fieras.
„quant venras as ii. arbres, si les aourreras
^et demanderas lor icou que tu vauras;
y,\e glorious respons ilueques atendras." M>
li rois fu* sor les arbres Philippe* et Perdicas.
F. 56" le vois qui ist des arbres dist au roi: „que feras?
,,onques ne fus vencus, ne jà ne le seras;
,,et doutes morir d'armes, jà mar ne le seras.
„à i. an et v. mois" Babilone prendras » \f)
^parfais sera li mois quant tu i parvenras;
„ne jà après le mois i. seul jor né veras.
„sires sera de 1' mont et de venin moras.*'
li rois ot le parole et ot le cief en bas,
ne pot sor pies ester, si fu de paor las. 20
si conpagnon font duel et descirent lor dras;
n'i vausist cescuns estre pour Toumr de Baudas.
1) ton etter. 2) despoiler, 3) vif. 4) Fiiote. 5) 8 jors.
PROPHÉTIES DES ARBRES.
CV Mmt mi coiiiiiieiit Allxandres et x. de ses lioiiiiiies
et I prestree estaient deiraitt il. arbres qal lor d«ia-
a«Ieat repon».
La nuit yilla li rois, si fu grans la froidors;
au matin par son Faube commença la calours.
quant de 1' rai dou solel féri es bains* Tardours,
le vois ki vint à l'arbre a dit au roi: „aucours;'
,4a mère fist ton père hontes et désounors, 5
„de laide mort morra, de li n'ert dious ne plors;
„et toute escievelée sera' es quarefours.
„ensi ne sera mie à tes bêles serours;
^ains seront bones famés et prenderont* signors.
„Aristotes, tes mestres, qui des sages est flours tO
„ara tous jors grans les, comme mestres doutors.
„de r'aler en ta tiere sera' mult grans tenrors;
„tu n'i entreras mais, c'est astive dolours,^
,,ne ne veras jamais' le palais ne les tors,
^morras en Babilone, cou ert mult grans dolors/' 15
Quant li roi ot oi le respons de 1' matin,
paor a de la mort et a le cief enclin,
le Tois qui ist des arbres li a dist en latin :
„onques ne fus yencus, jà ne perdras ton brin,
„et doutes morir d'armes, tout aies è Y devin, 20
„à i. an et i. mois ert termes de ta fin.
„cil dont tu mius regardes, t'ocira en la fin.^
1) raina. 2) meourê, 3) toU desêêvelée girrm, 4) trameront ior,
5) te preni. 6) eo est voire éoueorf, 7) verras d^ Orèee, 8) mutims te
smites, Voeiront i venin,
23»
356 PROPHETIES DES ARBRES.
,jou ne t'en dirai plus, or ya en ton cemin;
„quar se je te disoie de la mort ton train,
„tu feroies ocire o i. tien barbarin,
„et mal gré m'en saroient notre Deu ApoUin/' *
Li rois en va plorant et ses ceyiaus detire, 5
frémit et devint noirs et remet comme cire,
de la paor k'il a pai'fondement sonspire;
n'a homme en sa conpagne qui ait talent de rire.
si baron le confortent et li dient: „biaus sire,
„on ne gaegne riens en courouc, ne en ire. 10
„mangies i. petitet, ne vus caut à deflire;
;,quar vus saves mult bien et aves oi dire,
„que de la mort n'escape li miudre,' ne li pire.
F. 56^ „mors est Adans meismes que Dex fit à sa tire.
,,se vus saves le terme, ne le deves desdire; 15
„quar or deviseres com ert de votre enpirè.''
et a dit Alizandres : „dit m'aves grant remire ;
„votre consel crerai, ne le voel contredire.''
Li rois voit ses barons environ lui plorer;
por sa gent esbaudir, s'est pris à conforter, 20
et a dit à ses homes: „laies ce doel ester.
„li mors n'est pas tel cose que on doit esciver;
„ains le convient à tous soufrir et endurer.
„ancois que li jors viegne que j'ai oi noumer,
„seront mort x"^- homme qui or sunt baceler. 25
„asses i a grant terme por grant los acater;
„jà ne finerai mais de terre conquester,
„du8ques de tout le mont m'orai signor clamer;
„ne por paor de mort ne lairai à aler,
„ne prenge Babilone que tant oi loer, 30
„que avoir voel la tor qui au ciel dut fermer.
„s'ocirai le serpent qui le cuide garder.''
Meus est Alixandres, en Inde s'en retorne,
là ù Porrus l'atent et toute l'os séjorne.
de grant doel fet samblant et de rien ne s'aome; 35
por cou qu'il fu pensis, à' sa compagne morne,
s'aperçoit bien Porrus que ot le teste arbrone,*
1) infemm. 2) menire. 3) et 4) amkrone»
PROPHtiTIBS DBS ARBRB8. 357
qu*U ot oi tel cose qui à nul* preu ne torne.
Pomis vit Alixandre des ii. arbres venir;
à rencontre li vient et li dist son plaisir :
„8ire, fait-il à lui, de vus volons oir;
„dites-nos, s'il vus plest, que vos doit avenir/' 5
Alixandres respont : „ne vus en quier mentir.
,,sires serai de 1' mont, trestot à mon plaisir."
quasement' li respont, ne pot son dol tenir.
Porrus se porpensa quant le vit amolir;*
voit les pers consillier et vMn à main tenir, 10
de caus qui se ralient oi les fois plevir;
le jor pensa li rois/ le nuit ne pot dormir,
por cou que n'es* veoit juer ne esbaudir,
sot bien en son corage que très bien sot couvrir,
qu' Alixandres pensoit à cou que dut morir. 15
fors li n'a sou siel homme qui Tosast envair,
ne qui riens nule osast contre lui retenir,
por cou que il l'ot fait de bataille fuir,
s'en quide bien vengier, se il en a loisir,
et que li rois ne 1' sace qu'il le doive trair, 20
por le roi courecier commence à messervir
et manace ses hommes et fait as siens laidir;
cil s'alèrent clamer, ne porent plus soufrir.
„Porrus, dist Alixandres, vius-me tu dont guerpir?
„le don que t'ai doné, n'ai soig de toi tolir; 25
„se tu te vius de moi sevrer et départir,
„ne te voel de parole ne blasmer, ne laidir.
„va4'en en ta contrée, fet tes cistes bastir,®
„et se tu teus estoies qu'en vosises iscir,
„ne vers moi, cors à cors, de bataille aatir, 30
„m'espée qui bien trance, te quic faire sentir.
„roais tant que es o moi, ne te quier desmentir.''
— sire, ce dist Porrus, ce voel-jou or oir;
„encor vus en poes tout à tans repentir,
„quar je sai bien de lance et d'espée férir." 35
dont respont Alixandres , com hom de grant air :
1) Vaeeier. 2) baêêemeni. 3) amormr, 4) Porrw. 5) fu'tf né i'.
6) eûêtimus ganUr^
358 PE0PHÉTIB8 DBS ARBRES.
F. 56® „se vus ne sayes bien le caple maintenir
,,et d'espée et de lance, je vas di sans mentir,
„que seurs poes esfre de le teste tolir/'
„Porn]s, dist Alixandres, qu'est tes sens devenus ?
„or ne te membre mie de l'iave de Caulus. 5
„quant jou i ving poignant et li cans fu yeneus,
„moi fu tes brans d'acier présentés et rendus;
„tu cuidas estre mors u as forces pendus,
„et le pié me baisas, se jou fusce creus. tO
„por coru que tu fus htRnles et de sorparler mus,
„jou oi de toi pitié que jou fis tes vertus,
„que tos fui de fa tiere et saisis et vestus.
„si eus tes prisons desloiés et rendus,
„que ne rendise autrui por m. mars d'or moins.
„tu iras* à tes homes, par tes Dex mescreus, 15
„onques si larges om ne fu è 1' mont veus
„com est roi Alixandres qui sor tous est creraus.
„les dons que t'ai doné, ai malement perdus;
„va-t'ent en ta contrée, ronpus est li festus.
„je ne t'aimerai mais, ne ne seras mes drus; 20
„s'en camp te puis trouver, mors es et confundus,
„ne te puet garandir ne haubers, ne escus,
„que dusques es arçons ne soies porfendus/'
Lors s'entoma Porus; mal est partis de 1' roi.
somont toute sa tiere et met en grant esfroi, 25
il en jure son cief, et ses Dex et sa loi
que tant que Ynde durt, n'en i remanront iii.
qui puisent porter armes ne aler en tomoi;
et s'uns sens i remainst, il en plevist sa foi
que il ert graellis, u rostis en espoi. 30
Porrus soumont ses hommes isi esfrement
qu'il en jure ses Dex et quanqu'ii i apent.
n'a si lontain ami, ne si procain parent,
se il ne vient à lui à grant enforcement,
que il ne face pendre et présenter au vent. 35
li arbalestrier furent plus de m. et vii«- ;
onques Dex ne fist honune qui nonbrast l'autre jenU
1) jurûê.
PROPHÉTIBS DES ARBRB8. 35g
xl. chevaliers des barons d'Inde prent,
et vient à Alixandre; sa tiere li desfent,
que il n'i entre mais, ne n'en prenge nient;
quar se il ens le traeve, il le fera dolent.
jamais n'isteroit fors, se Taroit fait dolent. 5
Alixandres Toi parler si fièrement,
à mauvais se tenra, se il ne s'en repent.
„Pom]s, dist Alixandres, or va* en ta contrée.
„asses m'as manecié et ta tiere vée;
„orguel et grant folie as faite et enpensée. 10
„vois-tu cà ma conpagne, qui tant est redoutée,
„toute li gent de 1' mont n'aroit à li durée;
„tu l'as ja par ii. fois en bataille esprovée.
„cil ki riens n'ont mesfait, por coi aront colée?
„conbatons-nous andoi, cors à cors, en la pré, 15
„et se tu me pues vaincre et conquerre d'espée,
,,jou te donrai la fin et ert aseurée.
„mi homme s'en iront tout quite en lor contrée,
„n'enporteront dou tien vallant une denrée.
„et se je te puis vaincre, j'ai ta tiere donnée." 20
— par foi, ce dist Porrus, ains sera conparée,
„ceste fins que me dites, se m'est' aseurée;
,Jamais ceste batalle ne sera trestornée."
F. 56' De le bataille avoir l'aseure li rois;
ambedoi le plevisent et jurèrent lor lois^ 25
Porrus est adoubés, voiant tons les Grigoi^;
il vesti une brogne serée de grant pois^
li pan et li ventalle en sunt d'or Espagnols;
è r ciercle de son elme sunt paint li xii. mois,
et ses escus fu fais d'un grant poisson marois. 30
quant se fu eslaisiés, de cou fist que cortois,
que s'ensegne escria iiii. fois en Indois.
Alixandres s'arma à guise de vasal;
il vesti une brogne, onques hom ne vit tal,
que jà hom qui le port ne pooit avoir mal. 35
è r ciercle de son elme sunt mult cler li esmal;
son escu à son col sali sor Bucifal
1) €ê. 2) n'est jà. 3) fois, 4) piois.
360 PROPHtiTIBS DBS ARBRB8.
et a pris i. espiel o le hanste poignal.
là ù il voit Porrun, si s'eslaise en ingal;
Porras le voit venir, si l'atent à estai,
si le fiert en Tescu, è Y senestre costal
que se glave pecoie très par mi le poignal. 5
li rois le voit férir à le guise mortal,
que le brogne li trance lès le vaine orghenal;
ronpent ses estrivières et caingles et poitral;
tant corn anste li dure, Tabatî dou ceval;
tous joins se passa entre et fait le tor roial. 10
Ancois que li rois fust arrière repairiés,
se fu Pomis levés et en estant dreciés.
de riens n'est Alixandres desjoins, ne desliiés;^
là ù il voit Porrun, vers lui est adreciés.
quant cil le voit venir, forment est esmaiés; 15
sot que li rois fu fors et trancans ses espées,
se le fiert contre tiere, mors est et escaciés.'
à une part se trait, car è 1' cors ert plaies.
Alixandres li dist: „por nient guencissies;
„onques ne fu par moi jeldons' frus ne tociés.^1 20
quant Pomis l'a oi, de lui est aprociés,
il trait le branc d'acier qui n'estoit pas osciés,
si a à Bucifal les ii. giérés* tranciés.
Bucifaus ciet à tiere et li rois saut sor pies;
de ce cop fu li rois courecous et iriés. 25
1} dewoiés. 2) esquaisiéê. 3) encore gueldouê. 4) gans.
COMBAT D'ALIXANDRE ET DE PORRIS.
Ci «tot 0l Mm P«mui et U r^is AUximAres m mu-
batfarent euimiile*
Li rois fa à la tiere, ses cevans Ai perclus;
mais por cou ne fu mie recreans, ne vencus.
là ù il voit Porrus, seure li est courus;
li cols de Bucifal 11 ert jà cier vendus.
0 les brans acerins detrancent lors escus; 5
ains que se fust de lui partis, ne deronpus,
le navra en iii. lius de V branc qui fu moins;
F. 57* Alixandres cerauce qui mult fu irascus,
iii. plaies li a faites, bien fu en car férus;
de r sanc qui ist de 1' cief fu mult grans 11 palus. 10
les coifes de 1' hauberc dont les las a ronpus,
li mist 8or les épaules et li cies remest nus.
jà caist à la tiere pasmés et estendus,
quant il fu par le roi soupuiés et tenus;
s'espée li volt rendre et son elme ronpus. 15
„Porrus, dist Aliiandres, mult te fais^ mes privés;
„tes cors et tes avoirs me fu abandonés;
„et se tu ne te fusces de m'amor désevrés,
„li dons de Babilone te fust abandonés.
„quant vaincus te clamas et à moi fies livrés, 20
„ne seras mais par moi touciés ne adesés;
„ains te donrai tant trêves que tu ères sanés;
„por cou que li jors soit par ostages donnés ,
„quant seras de tes plaies garis et respasés,
„que tu venras è Y canp garnis et aprestés.'' 25
t) fuê Jà.
362 COMBAT D'ALIXANDRB ET DE P0RRU8.
— sire , ce disl Pomis , malement sui narrés ;
„par le votre merci à mes homes aies.
„de caus que vus plaira xxz. m'en amenés."
Alixandres meismes mult tos i est aies;
quant fu de ses ostages mult bien aseurés, 5
Alixandres remest et cil en est portés.^
Li rois ist de ses armes,' iluec se herbreja;
son ceval Toit morir, durement l'en pesa,
ains vilains de la tiere mie ne Tescorca,
au trancant de s'espée trestout le detranca, 10
ne onques de la car nés i. ciens ne gosta;
une fosse fet faire, mult parfont l'entiera;
une cité i fist, de haut mur la forma.'
les honmies de la tiere trestous i amena;
dusque puplée Tôt, onques ne s'en torna; 15
mist li non Alixandres apud BucifaaL*
ce fu une cités que li rois mult ama;
por l'amour son ceval que jà n'oubliera,
maintes fois por s'amor de ses ii. ious plora.
biel don li a donné et bien francié li a, 20
jà n'ert hom si hardis^ dusques là parvenra,
que jà i ait regart, tant com il i sera.
Ariste, oiant tous, li rois en apela;
voiant tout son bamage le cité li donna.
Porrus se fait porter à son millor repaire; 25
mirre ot à son talent, cortois et deboinaire
qui tel puison li done que tout son cuer esclaire.
•nques point n'i remest de venin ne de glaire;
en X. jors fu plus sains que faus qui guerpist haire,
et voit de la batalle que ne s'en pot retraire, 30
il en est plus dolans, asses plus que ne paire;
por cou qu'il fu ases plus d'Alixandre maire,
li quide-il ancois faire honte ° et contraire.
*^en son espée trancant fait une hanste faire
*une toise plus grant que la soie n'en aire; 35
*por cou le cuide abatre et l'ame du cors traire,
i) i est alé9. 2) 9'ut désarmée. 3) fonda. 4) é'oi nom Bueifala,
5) faidi9. 6) et
COMBAT D'ALIXANDRB ET DE PORRU». 363
que puise à lui entendre,* ne mal li fesist' faire;
quar autre tans se pense, ne li pot-il mal faire."
quanque Porrus essaie, tout cou ne monte gaire;
quar ains ne Y pot lever, ne de Tarcon fors traire.
Porrus fu sains de plaies; mire ot à son talant. 5
quant le cors ot gari et sain et conbatant,
por cou que Alixandres Tavoit fait recréant,
vergogne a vers ses homes; en va mult escivant.
par i. sien cheralier et par i. drugemant
F. 57^ a mandé Alixandre, selonc le convenant: 10
près est de la batalle, mais que le jor li mant.
li message montèrent, si sunt aie avant
et truevent Alixandre, le hardi conbatanL
li message s'arestent devant lui en estant.
„sire, Porrus te mande, près est de T* convenant. 15
„se tu vins* la batalle, di nos le jor devant,
„et si t'atorne bien, car il venra avant.''"
quant Alixandres i'ot, tous tainst de maltalant;
Ariste apiela par mult fier hardemant,
douna li trestoute Inde de si en Oriant, 20
le palais et le trelle trestot à son commant,
et la tiere de Bastres que il pot amer tant;
puis revint as messages , si lor dist en riant :
„or me dites Porru, trestout à son vivant,
„ai donnée sa tiere Aristé et^ mon gant. 25
„Bucifal voel vengier dont ai le cuer dolant.
„se le matin n'est ci, à l'aube aparissant,
„tos sera paijurés, ferai lui connissant;
„perdu ara sa tiere, son or et son argent;
„si ostage n'aront jamais par lui garant. 30
„*tant com je 1' sarai vif, n'arai le cuer joiant.
„vengier voel Bucifal à m'espée trancant.''
Li message retournent, arrière sunt venu;
li latiniers parole et a dit à Porru:
„Alixandre8 te mande et jure quan que fu, 35
„se demain ne l'atens sor moriel le grenu,
1) ancoiê fu^ii Fataque, 2) puisse, 3) forfaire. 4) seUm le, 5) frie
est de, 6) ^tt'fl ^ênra maintenani, 7) par.
364 COMBAT IVALIXANDRB BT DB PORRUS.
„perdu aras ta tiere, si aras cônaeu
„que trestout tî otage seront mort abatu.
,41 a jà de ta tiere Ariste ravestu,
„si que nous l'avons tout et oi et veu.
„Bucifal yiat vengier dont a le sens perdu. 5
„hui matin se vanta à Tolomé son dru
,,que demain perderas' le cief à tout le bu."
— n'est mie de mervelle, ce respondi Porni,
,,8'il me tient por mauvais et por esconbatu.
„cacié m'a de batalle et cors à cors vaincu. 10
„se mi dru me garisent mon cors et ma vertu,
„ain8 arai mon hauberc et trancié et ronpu^
,,que il ait men pais que tos tans ai tenu/'
Le nuit se jut Porrus et fu en grant fréor,
por cou que Alixandres avoit doné s'onor: 13
ne li caut de sa vie, de sa mort n'a paor.
au matin crient targer, por cou fu en fréor;
quant voit l'aube aparoir et dou solel l'ardor,
il a Vnses ses armes et saut è 1' roissaudor;
vint au tref Alixandre, le roi Macidonor; 20
por cou que fu corciés et plains de grant iror
et dist au roi tel cose qui torna à folour.
„Alixandre, fait-il, escoute me clamor.
„ès désers te gardai à joie et à baudor
„dusc'à bones Artu; ains n'i sentis dolor; 25
„et jou soufri por toi au vent et à l'ardor
„le noif et le gelée et le ruiste froidor,
„et te servoie bien et tenoie à signer,
„quant tu venis des arbres ù alas 0 cremor.
„or m'ont si encusé ti serf losengeor, 30
,gà ne m'entomerai^ à loi de traitor;
„*ancois te defftai de moi et de m'amor.
„geu as en ma tiere et esté à séjor;
„onques tant ne prisas ne moi, ne ma valor,
„que ne l'aie donnée à i. tien vavasor. 35
F. 57* „de tous les plus mauvais me tiens à lor valor,
„et jou si sui por voir, je me tieg à piour,
1) te tolra. 2) m>entomai wUe,
COMBAT D'ALIXANDRB ET DB P0RRU8. 365
,»qaant joii dagne servir i. fil d'encanteor.
„mi hostage sunt quite, jou sui près de l'eslor.
^anqui veront cil dinde et Griu, sans foleor,
„à nos brans acèrins qui aura le millor."
Laidement a Porrus le roi araisoné, 5
quant fil d'encanteor Ta devant lui clamé.
Alizandres l'esgarde, se V tient por forsené,
ne 11 degna respondre, n'en a i. mot soné.
de mult très bones armes a son cors conraé,
le sele li ont mise sor le noir* Tholomé; 10
cou estoit i. cevaus mervelles alosé.
il n'a en toute Tost destrier plus abrievé;
il ot noire le crupe, blanc furent li costé;
ansdens plaines les cuises; si pié furent coupé.
Alizandres i monte par son estrier doré 15
et pendi à son col i. fort escu listé
et ot à son puig destre i. espiel noelé.
là ù il voit Pomin, si Ta araisonné:
^Porrus , dist Alizandres , je te tieg por dervé.
„rautrier te conbatis à moi en mi' cel pré. 20
„quant jou toi «bâti et eus è 1' cors navré ,
»»tu me crias merci, je Tavoie enpensé.
„se tu te conneusses' à loi d'oume séné,
„et mon ceval n'euses ocis et afolé,
„m'ire et mon mautalent t'euses pardoné; 25
jfàe quan que m'as mesfait ne fust jà mot soné.
„or me r'as dit folie, ses qui as eonquesté:
„ne te lairoie vivre tant que fust avespré
„por fout l'or de cest mont, tant t'ai queUi en hé.'*
— sire, ce dist Porrus, jâ est tout cou aie, 30
„vus en repentires, à tort m'aves blasmé.
„mi ostage sunt quite, qui vus furent livré.
„vees moi de batalle garni et apresté."
li i. broce vers l'autre, si se sunt desfié.
Porrus ot longe hanste, si l'ot ains* enversé 35
que puist à li ataindre, ne qu'il l'ait adesé,
cil de Bastres cuidièrent que l'eust atieré;
1) refV. 2) eors à eorê en. 3) maéniêniêêê. 4) Juê,
366 COMBAT D'ALIXANDRE BT DB P0RRU8.
tout hortèrent ensanle et ont i. cri levé,
de joie c'ot Pomis, s'eslaise en mi le pré;
Alixandres saut sus, n'i a pas demoré;
jà comparra Porru se il Ta encontre.
11 brocent les cevaus, cescuns est aires 3
grans ces se vont doner es escus painturés;
desous les boucles d'or les ont frains et quasés.
Tuns ne Tautres ne ciet, si est cescuns provés;
este les vus au caple o les brans acérés.
Porrus a trait l'espée dont li puns est dorés, tO
va férir Alixandre sor l'elme qu'est iesmés,
*que les flors u les pieres en a à val rasés,
de l'escu i. quartier qui à or fu listés,
itant com il consiut de l'auberc qu'est safrés,
et le cauce de fier et l'esporon de lés. 15
Dame 1' Dex le gari, qu'en car n'est adesés.
*por quant si est li rois malement estonés;
por poi ne cai jus de 1' ceval, tous armés,
cil d*Inde et cil de Bastre en ont les cris levés:
„yasal, rendes-vus tos que ne soies tués.*' 20
et la gens Alixandre s'escrie de dalés.
„que fais-tu? tien-te bien, jentius rois coronnés.
„onques mais por cop d'oume ne fù si atierés,
F. 57' „nous sonmies trestout mort, se tu les afolés."
et cil de l'autre part ont si grans cris levés 23
que n'i pot oir goûte nus hom de mère nés,
vis est que se conbatent et qu'en soit mort ases.
Porrus oi le noise et le hu qu'est levés,
pensa que de ses hommes i fust aucuns mellés;
devers l'ost est tomes, si les a regardés. 30
il a fait graht folie, tost en ert afolés.
Alixandres li rois por cni sunt irascu
a entendu le noise et le cri et le hu.
a cou que tous l'esgardent, a bien aperceu
■* que la dolor qu'il ot por sa bêle gent fa. 35
il esgarde sor destre, si a coisi Porru;
de Bucifal li poise que il avoit perdu
et dist au pavillon : „flus d'encanteor fu."
COMBAT D'AUXANDRE BT DE PORRUS. 367
se fl ne s'en venge» tient soi à confondu
et a traite l'espée qui le branc ot moln.
dementres que Porrus a de là entendu,
à mont desor son elme li a grant cop féru;
ne li vaut ses aubers le monte d'un festn, 5
ne li trance la teste et le vis' et le bu,
et la siele d'ivoire et le ceval crenu;
iiii. pièces en fist devant soi en l'erbu.
*cil d'Inde et cil de Bastre i sunt poignant coru,
et dist li i. à l'autre: „mervelles ai veue/' 10
Alixandre est fiers et de mult grant vertu,
sour lui, à grant esfort, sunt tout acoreu,
et li gent Alixandre restent tout esmeu.
à force i acorurent li grant et li menu,
et li bomme Porrus sunt forment irascu. 15
jà l'euscent ocis, u mort,' u retenu,
quant vers aus tent ses mains, si lor a respondu.
„Signor, fist Alixandres, laisies me à vus parler,
„se vus voles bataille, ne estor commencier,
„ce sera grans folie, mult me troveres fier. 20
„vus n'aves qui vos gart et sace rallier;
„votre sires est mors, ne vus poes aidier;
„et je vus di por voir que à l'ester premier
„seres tout desconfi, jà n'en ires entier.
„mais rendes vus à mi et casé et princier, 25
„quar tant com je vivrai, arai caseun mult fier/'
à lui se rendent tout, serjant et escuier,
* conte, duc et demaine et li rice princier.
Porrus gist à la tiere, en ii. moitiés copés.
tôt cil d'Inde plorèrent, que mult esloit amés, 30
qu'il lor soloit douner or et argent asses,
cevaus et palefroi et mule séjornés.
de meisme Alixandre est-il mult regretés,
et de cbevalerie mult prisiés et loés.
li bamages de Tost est iluec asamblés, 35
qui le plegnent et crient: ,Jentius rois coronnés,
„que vus nos laies hui dolans et esgarés.
1) |»î#. 2) prié. 3) baron.
368 COMBAT D'ALIXANDRB BT DB P0RRU6.
»Ôentius hom» prens et larges, de tons bien apensés»
„li avoir de nos' tieres est tous à nient aies.
,,li déduis» Il depors est à noient tomes.
„mult par est grans dolors qu'encore ne vives;
,,quar de nos anemis esties mult redotés. 3
,,qui maintenra vos tieres, ù sera-il trovés?
„et nous tout que ferons? sire, car respondes.
„après toi morons tout, cis dons nos est donés,'< '
Si grant dol fet cescnns que nus ne Y pot veir;
qui les voit ne se puet de plorer astenir; 10
que par tant se desmentent que nus n'es puet oir.
F. 58* li rois jouste le cors ne le viut déguerpir;
d'un pale d'oriant l'a fait ensevelir;
por cou que en sa vie le fist si bien servir
et que fu nobles hom et de mult grant air; 15
li fist tel séputure et fonder et bastir
dont il sera parlé dusc'à 1' siècle fenir.
une cité fist faire et de haut mur garnir
en l'ounor Bucifal, quant l'ot fait enfouir;
dusqu'e^e fu puplée, ne s'en vot départir 20
et a fait par le tiere et crier et banir
que Alixandre ot non, si le vot establir.
Porrus ^ist à la tiere , aine li rois ne 1' guerpi ;
ains prie Dame 1' Deu qu'il ait de lui merci,
au cors sunt asamblé cil de Bastre et li Gris; 25
li. xii. per ploroient qui l'ont enseveli,
quar maint don lor dona et maint jor les servi,
i. mult rice sépucre li ot li rois basti,
dusqu'en la fin de 1' siècle n'en ert nus en oubli,
une cité i fist , de haut mur le garni , 30
dusque il l'ot peuplée onques ne s'en parti.
Alixandres l'apiele desor le nom Porri.
Cil dinde et cil de Bastre et li baron casé,
tout sunt prest que il facent fiance et seurté.
li rois a fait venir devant lui Ariste, 35
et dist lor que il facent à celui seurté ; *
devant lui l'ont iluec et plevi et juré ,
1) ro#. 2) puisque êêteê fnéê, 3) féuié.
COMBAT D'ALIXANDRE BT DE P0RRU8. 369
et quant il orent fait cescuns le seurté,
Alixandres lor prie qn'il soient si privé
et servent par amour lor signor Ariste;
et cil ont respondu et bien acreanté
que il rameront plus c'omme de mère né. 5
,,8'il nos aime et fait bien, nous Ten sarons bon gré
„et serons de servir garni et apresté/'
à Ariste en vienent, congié ont demandé,
qtiar cescuns en voloit aler en son règne;
et il Jl'a à cescun otroié et graé. 10
U rois les aime mult et tient en grant cierté,
por cou que il ont fait toute sa volonté;
de son avoir lor a mult laijement doné.
à li prendent congié, si s'en sunt retomé,
de lor signox départent par grant humilité; 15
cascuns d'aus en ala droit à lor^ fermeté
et le menue gent là ù ont conversé.
mult se fait cescuns lies de 1' signor c'ont trové.
Alixandres repaire des ii. arbres de Bone
qui ont dit qu'il morra à venin de Sidone. 20
ses lettres, ses seaus tramet par toute monne'
à Divinuspater qui fu nés de Siboune,'
lui et Antipater le fil au viel Antone,
que ne laisent por nient, ne por nesun esonne*
qu'à i. an et i. jor soient en Babilone. 25
se veront le rikecce qu'il maine par le trône;
quar n'a en sa conpagne tant petite persone,
n'ait à fin or batu tous les pans de sa brogne,
tant i a esmeraudes et pieres de Sardone
qui valent le trésor le roi de Casidone;" 30
lor escu sunt ourlé ^e piere de Midone.
Quant Divinuspater ot veu le seel,
de r mautalent qu'il a, descire son mantiel,
ne remest à desronpre atace, ne noieL
F. 58^ Antipater apele, se li dist le brieciel, 35
quant cil oi les lettres, ne li fu mie biel;
si estraint son puig destre que brisa son aniel.
1) se, 2) teêtimoine, 3) Sidoine. 4) Mtoitu. 5) Maeidone,
U BovBAiu d*Alijnui4re. 24
370 COMBAT D'ALIXANDRB ET DB PORRUS.
or pleurent ambedoi comme petit dansiel,
et dient: „quant nos fumes mescin et damoisiel/
„nous estiens à repos, cescuns en son castiel,
„et or sommes tout viel, si devenons hapiel.
„d'aler par le pais commencerons cenbiel; 5
„de r caut et dou sole! arons noire la piel.
„s'Alixandres yit longes, tout seromes mesiel;
^jamais, tant come il vive, n'arons joie' de bel.
„nous faisomes que sage, faisons lui i. caudiel,"^
„que plus somes or vil que putains de bourdiel/' tO
Dist Divinuspater : „cis rois nos tient por sos,
„qui mande par ses lettres qu'escrites sunt de ros,'
„c'alons en Babilonne dont jà fumes minos,
„por veoir le^rikecce dont si homme sunt nos;
„quant traviller nos vint, mult nos puet ester gros, 15
„quar ains c'aions passé les puis de Libanos
„*de nos armes porter arons brisié le dos.
„à venin Tocirons, si abatrons son los;
„de tout ses mandemens serons par tout asos.'*
et dist Antipater: „por i. poi ne m'acos, 20
„qui nos i gieteroit* qui nos seroit tant os.
„en a-il tout le mont dedeus son puig enclos
„et ù seroit cil hom si hardis, ne si os.
„s'en alommes à lui, trancera nous les os;
„cevaucier nos convient, jamais n'arons repos.'' 25
Quant oent li cuvert qu'en Babilone iront,
u il voelent, u non, que il n'i remanront,
au fort roi Alixandre qui est sires de V mont;
il les mande por bien, mais mal li mériront.
oies quel félounie et quel mal li feronh 30
le venin aparellent à coi il l'ogiront;
n'i remest à cerkier ne bos, ne val, ne mont,
por querre les serpens qui plus mortel i sunt;
quar de V plus fort venin abuvrer le voiront
qui soit en la contrée, ne que il troveront. 35
bien le sevent^ entr'aus, mais plusior le saront.
1 ) Joveneel. 2) Jor. 3) dont li t$iax est rot, 4) reeeleroii, 5) t'f
la eoileni.
COMBAT D'ALIX ANDRE BT DB PORRUS. 37 1
enconbrier lor doinst Dex, car* il TabuTeroDl;
si grant damage firent et grant doel par le mont,
jamais en lor vivant si boin signer n*aront.
mult grant pais avoit fait, mais or le conperont.
li rois ne savoit mie de cou que il li font, 5
ains ert en joie en Inde, car pendu en fuscont.
par matin sunt monté, en Babilone vont.
Alixandres ert en Ynde, si n'a voit nul dehait;
à la cité c'ot faite séjornoit entre fait,
quant ele fu fondée, tours i ot c. et vii.; 10
ne crient asaut, ne siège, ne tomoi, ne agait
mult fu la cités bêle et sist en i. désert;
il n'a si aaisié, bien en savons à test,
enfresi à Baudare ii fu nés Dagonbert
Alixandres li rois par grant joie i alait; 15
tout donne à Ariste et guerpist entre fait.
Par trestout Orient est li noviele alée
que li rois Alixandres a si fort destinée,
que sou siel n'a cité, de sor haut mur fondée.'
que H puise durer plus d'une matinée. 20
il est teus de son cors, c'est vérités provée,
i.' chevalier armé cope tout de s'espée.
F. 58* Candasse la roine oi le renomée;
tant l'ama en son cuer, por poi n'est forsenée.
ne sot prendre consel comment soit sa privée, 25
et se ele li mande, crient que n'en soit blasmée,
et se il vient à lui, ce samblera posnée;
mius volroit estre morte que l'eust refusée.
non por quant si s*est tant vers li abandonée,
et d'or moulu dIArrabe li envoie carée 30
et cargié i. mulet de porpre à or frisé,
et Ix. destriers dbu mius de sa contrée.
cil ki le présent portent, l'ont au roi tant loée
que li rois l'aime tant qu'il l'a aseurée
qu'il en jure sa teste qui d'or est coronnée 35
que ipais cremira homme qui de mère soit née. *
1) qumi, 2) freméê, 3) e'un, 4) fu'eie ne eriemê homme imU piê ii
eaigne eêpée*
24*
372 COiMBAT D'ALIXANDRB ET DB PORRUS.
Il mesage revienent, le novele ont contée
que li rois Aliyandres Ta forment enamée,
plus que nesune famé qui soit de mère née.
„e Dex! dist la roine, corn sui bone eurée.
,,or puis-jou bien savoir, li Deu m'ont regardée/' 5
Lie fu la roine et maine grant baudor;
des plus ciers dras de soie d'Inde supérior
et de ciaus de Nubie cargie i. missaudor;
une ensegne de pale et paroles d'amor
envoie Alixandre le roi Macidonour, 10
et avoec apela i. sien painteour,
que desor les paintors enporte cil la flor.
onques De\ ne Hst cose, sç se met en la flor*
que il ne contreface autre si' genteour».
le façon et le forme jamais querres millor. 15
li roine li prie en consel celeour
que de Y roi Alixandre li escrise le tour.'
*tant jour com Apelles fu illoec à séjor,
une ymage i a fait de grose et de longor;
biele fu et bien faite, si ot mainte coulor» 20
ausi com Alixandres de gros et de longour.
cil qui vera l'image, jà n'en ert en errer
de connoistre Alixandre sans autre mestreor.
quant ot torné^ l'image, torne s'ent à peor;'
crient que li rois ne Y sace, que" cou fîi en cremor 25
et vient à la roine qui ert de grant valor;
ele reçoit l'image et tient en grant valor ;^
quant li dame le voit, si maine grant baudor:
forment l'a esgardé et loe le faitqr,
à celui qui l'ot fait, donna por son labor 30
Ix. lib. d'or et destrier coureour,
et regrete Alixandre et lui et sa vigour;
tel traval a li dame, ne pot avoir .grignor.
Li gens de celé tiere d'Ynde la désertine,
à l'issue de Mai avint en i. termine 35
que il asamblent tout au cief â'iwe gaodine,
1) M Mor. 2)auient. ^) defoip^ Totair. 4)^affe. 5) fMr. 6) de,
7) Konor,
COMBAT D'ALIXANDRB ET DE PORRUS. 373
por faire sacrefixe cescuns à se conirine,
a une lor Deuise^ qu'on apele Baine.'
quant Deolus'.i vint qui fu flus la roine
et se femme avoec lui qui fu jouene mescine
et XXX. chevaliers ki sunt tout de s'orine, 5
trestous li plus lontains est Aus de sa cousine;
en mi sa voie encontre le duc de Baletine;*
iiii"- chevaliers ot de gent Barbarine.
quant voit la dame bele^ si le tôt et ravine
*ou ele veut ou non, par force l'entraine, 10
si que tout^li desront son pelicon hermine,
et quant ele s'estort, si la hert par le orine.
F. 58' quant Deolus le voit, vers le tiere' s'encline;
mist la main à Tespée ki fu d'outre ° latine,
jà en ferist le duc très par roi le poitrine 15
se ne se fust repos désous une aubespine,^
iluec se lait cair li fel de pute orine ,^
*le ceval ù il sist trenca par mi l'esquine.
se de sen cors^ garir ne puet avoir mecine,
jà en sera pendus au cief® d'une sapine; 20
à esporon s'enfuit très par mi le gastine,
dusc'au tref Alixandre ne cesse, ne ne fine,
cil retornent arrièr tout une vies sentine,
si enmainent la dame dolante et orfenine;
il en aront encore destorbier et haine. 25
Devant le tref le roi une ancube ot tendue
qui estoit de porpre inde, lacié bien menue;
l'entrée de devant fu toute à or batue.
Tholomé se siet eus et tint l'espée nue;
li place d'entor lui fu des barons vestue 30
cuida quen Deolus por le gent c'ot veue
que ce fust Alixandres, comme roi le salue.
Tholomes, comme rois, li a raison rendue:
„amis, ù vas, dont viens et quels besoins t'argue^?''
Candeolus respont parole aperceue: 35
„sire, dist li vasaus, mult grans besoins m'argue'
1) Dieueêêe, 2) Beline, 3). Ctmdtolw. 4) PalaHpe. 5) de vergogne,
6) œuvre. 7) gueneiê fer ieièe une eepine. 8) doê. 9) rain.
374 COMBAT D'ALIXANDRB BT DB PORRUS.
„li dus de Palatine m'a ma femme tolue.
„se tu ne le {ne rens, à estrous Tai perdue.
,Je suis fius la roine que tu tiens por ta drue."
et Tholomes respont: „grans paine t*est creue.
,Jou en prendrai consel de toi bien faire aiue.'' 5
mandé a Alixandre, son droit ne li* remue;
Antionun' Tapiele à le tieste cenue.
„Antionus, fet-il, vien cà isnelment.
„ves ici i. yasal qui de longes m'atent;
„il est fius le roine qui me fist le présent 10
„li dus de Baletine' Ta balli malement,
„que sa mouUier U toit et mie ne li rent;
„\{ s'en couplaint à moi, mult dolerousement.
„se jou li laise perdre, ne sera pas mnlt gent.''
Alixandres respont mult afaitiement: |5
„cil qui merci te crie, le te di bonement,
„mult aras le cuer dur, se pités ne t'en prent;
„et por l'amor se mère, se il merci ne^ sent,
„ce ne sera pas bien, par le mien entient.'*
et Tholomes respont: „or sai bien ù cou pent. 20
„por cou que tu conselles et ies en loement»
„or i va-tu meismes et mené de ta gent,
„et par force le prent, se li Dex le consent,*
„que jamais ne te voie par nul asalement
„dusque il ait sa femme et cou qui H apent.*' 25
Antionus respont tout son commandement.
Antionus s'entorne devers Canteolon:
„Candeole, fait41, va t'eut à ta maison;
„o toi les amenras se tu as nul baron.
„le matin en droit prime, si m'envoie i. guion, 30
„que desous Palatine me conduie è 1' sablon.
„à mus et à somiers^ nos engiens porteron;
„et cloies et eschieles, berfrois i menra-on,
^,,*n'i a si haute tor ù ne bien n'atagnon;
„et 0 le fu Grijois caus de le vile ardron." 35
Candeolus respont: „à Deu béneicon.'*
1) non H. 2) AnUgontiê. 3) Palatine» 4) mix ne «'en. 5) éuê
le deêfent 6) à earê et à eareteê.
COMBAT D'ALIXANDRB BT DE PORRUS. 375
il saut sor le destrier, onques n'i quist archon,
tout droit à la roine est venus au perron.
F. 39^ Li roioe est as estres * et ne furent que iii.,
et voit Candeolun venir à grant esfroi.
à val est descendue, si le pren par son doi. 5
„biaus fins, dont venes vus? — dame, je vien de V roi
„qui por le votre amor m'aidera, com je croi.
,,Antionu8 me cargo, se lî a dist' por coi.
„dou chevalier qui gist, faites prendre conroi;
„le matin voist o lui et ses armes o soi. 10
„desous roce pendant les conduit è V sabloi,
„à Ix"- homes sera iluec o moi.
„dès que il ert montés, plevi en a sa foi,
„jamais ne guerpira Teslrier dou palefroi,
„dusques sous Palatine descendra de Y sabloi." 15
La roine fu lie "tet maine joie grant;
i. chevalier a pris cortois et avenant;
por ses armes porter vont o lui ii. enfant.
connissances ont vaires et i. ceval ferrant;
droit à Tost Alixandre en est venu poignant. 20
li rois et Tholomes s'aloient devisant,
et voient le mesage qui les aloit querrant.
Alixandres Vapiele, se li dist en riant:
„amis, parole à moi, dis ù tu vas errant?"
et cil a respondu: „Antionun le grant. 25
„je vien por lui conduire trestout à son talent.
„*trop criens avoir targé, por ce me vois hastant."
— amis, dist Alixandres, or aies pais à tant
„ase8 es tos venus, selonc le convenant.
,je suis Antionus, jà mar iras avant." ' 30
li rois et li conduis r^mesent à itant,
et Tholomes s'entorne sor i. mulet anblant
et va par les barnages* les barons semonant.
et Ix"* homes hardis et combatant
s'en iscirent des trees, tout de solel coucant. 35
li conduis les enguie dusc'as roces pendant;
de jouste une caucié, lès une iave bruiant,
1) îreê. 2) êivM dirai. 3) quêvuêaUê fturrant. 4) hêrk^seê.
376 COMBAT D'ALIXANDRB ET DB PORRUS.
truevenï Candeolon qui les va atendaat.
quant il les voit venir, inult ot le cuer joiant,
par desous une lande les va sour atendapt; ^
à Palatine vienent, ancois Taube aparant,
à le porte descent, si se vont herbrejant. 5
Alixandres descent jouste Tiave, è V rivage,
envoie por le duc et livre guiounage.
quant li dus Tentendi, se li dist son corage:
„ce te mande Alixandres, de moi a fait mesage
„qu'à ce fil de roine ki est cortoise et sage, 10
„rendes li sa moUier et fai droit de Y hontage.
„se tu autrui mollier vins tenir en putage,
„ce sera grans mervelle et fors orgius et rage.
„comment le tenras4u et feras tel outrage;
„tel cose ne doit faire nus hom de ton parage, ^ 15
„saces, si ne li rens, tu feras^ton damage.
„li rois de Macidone m'a semons p^r hommage
„que la cité li rende et fonde son estage,
„et te pent^ à la porte, voiant tout ton^ barnage.''
— por Deu, ce dist le dus, or oi-jou grant folage. 20
„je ne tiens d'Alixaodre le monte d'un froumage.
„ce dist com roi li rende que le cuer m'asouage,
„de hait qui jà pour lui enploiera son gage/'
„ Alixandres, li dist, ce te mande mes sire;
„à tort, autrui mollier maines en adultire. 25
„tu n'ies mie loiaus, il le me rova dire;
F. 59^ „quant je tornai de lui il fit ses bries escrire.
«yOt Ix"*- homes, de Y mius de son enpire,
„ancois que midis past, te quide si aflir
„que tes grans tprs de marbre ardera comme cire." 30
li dus ot le manace, de mautalent sospire;
il conperra ancui cou que dira par ire.
„par Deu, ce dist li dus, ases te tieg parjure;
„te sire me manflce et laidenge et despire,
„à le loi anciien ki des autres est pires, 35
„quant il trueve mastin qui vers lui se herise,
„met le ceue entre gambes, si crient quant on* le huise.
i)Hadreeant, 2) jtende, 3) son, 4) e'on ne.
COMBAT D'ALIXANDRB BT DB P0RRU8. 377
„ma cités n'est pas close de verge, ne d'éclise;
„ams est de haut mur faite, à piere entalleise,
„je ne tien d'Alixandre vallant une falise/
„ne lui, ne sa manace ne pris i. fil de lise.'
„ce dist com rois, li rende qui au cuer me devise; 5
„dehait ait qui por lui enterra en justise/'
Or s'en rêva li dus dolans et irascus,
mais encor n'est-il mie è Y palais revenus
quant de derière soi a les Gr^ois veus.
voit les engiens dreciés et les berfrois tendus, 10
lors dist à soi meisme: „mors sui et confundus.''
tout droit à Alixandre est arrière venus;
le femme li présente dont li maus est venus,
et vint donner ostages que li drois ert sens.
„par Deu, dist Alixandres, trop tart estes meus. 15
,Ôames droit n'en ert pris, n'ostages receus
„quant ta cités ert arse et tes palais fondus,
„]a reube toute prise et li avoirs perdus,
„doné8 et départis, gastés et despendus.
„se Candealis vins,' si seras-tu pendus." 20
li dus fu esbahis et de paor fu mus.
Alixandres s'entome, cil remest irascus.
Quant la cités fu arse, esprise et enbrasée
et li avoir tolus, toute la gens robée,
Alixandres fu fors et tint nue s'espée, 25
et fu sor i. destrier à la crupe triulée;
à i. des esteles* dont la porte ert fermée
a fait pendre le duc qui la dame ot praée.
Candeolun apele, se li rent s'esposée;
les prisons et le proie li a toute donnée 30
et (restout l'autre avoir, aine ne retint denrée.
„amis, maine ta femme que jou t'ai aquitée.''
cil li a respondu: „autre cose ai pensée.
„mi home l'enmenront; ma dame ert commandée,
„quant l'ounors ne pot estre par moi guerredonée, 35
„si l'en mercierai, car ne 1' tien à cornée.*''^
Alixandres respont: „ce me plest et agrée.*'
1) êoueise, 2) une eeriêe. 3) vient. 4) eetalons, 5) eorée.
378 COMBAT D'ALIXANDRB BT DB PORRUS.
Or font quellir lor tentes, tôt doi s*en sttnt tonié.
AJixandres a pris i. mesager privé,
droit à Tost l'envoia por querre Tholomé.
Tbolomes vint encontre sor i. yair pumelé;
AJixandres H monstre semblant d'umelité, 5
descendus est à pié et puis l'a encline,
et Tholomes areste, comme rois a parlé,
orgillousement dist: „cà vien, Antigone.
„que quert Candeolus? por coi l'as amené?
„s'il n'a droite justice de 1' roi* qui l'a reubé 10
„et s'il n'a sa moUier, malement as ouvré."
Alixandres respont: „de toute sa chité •
F. 59" „sont les tors pecoiés et li mur craventé.
„cesti rendi sa tiere,^ tout à sa volenté,
„les prisons et la proie et cou que oi troré. 15
„ains n'en rétine demie,' ains li ai tout donné.''
„Amis, dist Tholomes, quant te femme as eue,
„va-t-ent à le roine, de ma part le salue;
„di lui que une fois le voel avoir veue.''
Candeolus a dit parole aperceue: 20
„6e tu i vins aler mult aras bone aiue,
„quar jou t'i conduirai les plains de Yal Grenues.
„n'i troveras mal pas, ne grant iave cremue;
„de ii. pales fresés la cambre est portendue.
„ramour que m'aves fait vos en sera rendue." 25
et Tholomes respont: „ne l'ai pas conneue.
„amours de rice dame mult tos se canje et mue.
„teus quide qu'ele l'aint, ne 1' prise une laitue.
„se primes en estoit garnie et apercheue
„que jou alasce à lui, tos seroit irascue; 30
„por moi retraire arrière diroit une treslue.
„lors avaroie honte et me paine perdue."
„Amis, dist Tholomes, savoir et dois^ entendre,
„rice dame n'a cure c'on le doie sousprendre;
„qui parler vint à li, primes en doit jor prendre. 30
„qui folement i va grant honte li engendre.
„mon mes i trametrai, que ne le voel offendre;
0 due, 2) feme, 3) denrée. 4) doie et.
COMBAT D'ALIXANDRB BT DE PORRUS. 379
„si parlerai à li samedi u devenre.
,,1'ainor que j'ai à li n'en ert jà por cou mendre/'
„Amis, dist Tholomes, cui porai envoiier?
„se jou i enroioie i. autre messagier,
„il en seroit estranges et maus à acointier. 5
„Antigonus ira, qui aToec moi^ fu ier,
„que te fist droit de 1' duc et rendi ta moUier.
„por cou qu'il t'a servi, si l'en aras plus cier,
„si le raconduiras, se il en a mestier.*'
ce dist Antigonus: „nos n'avons que targier 10
et respont Alixandres: ,,vois m'ent aparillier/'
Alixandres s'en torne, si monte è 1' palefroi;
li loraîns et le sele fu Salemon le roi.
XXXV. chevaliers mena ensamble soi.
Candeolus le guie les plains de Val Grenoi; 15
à une part le trait et 11 dist en recoi:*
„bielement cevaucies, n'eres mie en effroi;'
„n'i a cel qui ne tiegne de ma mère u de moi.
,Jou m'en irai arrière' por faire le conroi.*'
Alixandres respont : „bien est et jou l'otroi." 20
Candeolus s'entorne et de 1' roi est partis;
va s'ent grant aleure, les grans galos traitis,
de devant la roine descent sor ii. tapis.
„biaus fins, dist la roine, mult venes escaris.
„ que fait li miudres rois qui onques fust escris.'' 25
— en le moie foi, dame, il est preus et hardis;
„tramet vus i. mesage, quant li jors sera dis,
„qui parlera à nous,* jà n'en iert pris respis.
„Antigonus a non; li plus amanevis
„c'onques veist nus hom Persans, ne Arabis. 30
„ne mesprisies vus pas por cou, s'il est petis;
„espaule$ a bien faites et bien furni le pis.
„lx. cevaliers en le Val de Grenis
„tant soient garni d'armes et de haubers treUis,
„se il estoit armés et i. poi fust maris, 35
F.58' „ne seroit hui por aus ne navrés, ne malmis.
„il me fist droit dou duc et pendi au postis
1) lot. 2) n*al€ê mie en i€9roi. 3) want. 4) vouê»
380 COMBAT D*ALIXANDRE ET DE PORRUS.
„et destniit Palatines dusques ens è V lairis,
„et me rendis ma famé dont j'ere mal ballis.''
-- bîaus fins, dist la roine, mult sera bien serris;
„jà de rien que il voelle ne sera escondis."
Quant la roine voit c'Anligonus venoit, 5
ele li va encontre; tant tos qu'ele le voit,
menbra li de Tymage, lores sot bien et croit
que cou est Alixandres, mais dire ne Tosoit;
puis que coile son non, mult tos li peseroit.
Antigonun Tapele, par le main le tenoit, 10
puis le maine en la canbre qui painturée estoit
et par devant Timage en son lit le metoit.
quant voit li et s'image, mult bien s'apercevoit
que cou est Alixandres qui avoec li gisoit;
dont l'a mis à raison; doucement H disoit: 15
„Sire, dist la roine, ne t'esmervelle mie
„de ceste gentil dame que t'amors a saisie.
„voi8-tu là celé ymage qui por toi fu bastie;
„jà hom ne le verra qui ne tesmoinst et die
„que ce^ soit Alixandres qui tout le mont souplie. 20
„se tu vers moi te coile, cou ert grans vilonnie/'
quant Alixandres l'ot, dont n'a talent qu'il ne
et dist une parole qui mult bien fu oie:
„quant jou laisai m'espée, mult par fis grant folie;
„se jou le tenisse ore, n'en portissies la vie.'' 25
quant la dame Toi, si fu mult esmarie,
à la tiere se couce , merci demande et prie :
„cou c'amors me fait dire, ne tien à vilonnie.''
„Sire, dist la roine, tu ies et rois et dus;
„se tu finis sans oir, dex est et mar i fus. 30
„nule riens ne nos voit; ci sommes en rendus.
„proisié sqi roine, mais d'une riens m'encus,
„que n'a si bêle famé dusc'as bones Artus.
„âe ta volonté faire nule riens ne refus;
,98e jou te' puis avoir, par le roi de là sus, 35
„de le joie de 1' mont je ne voel avoir plus.
„tu as non Alixandre, mais de cou ne' set nus;
1) fil es. 2) #'fif» oir eu. 3) fors mai ne U,
COMBAT D'ALIXANDRB BT DE PORRUS. 381
,,inai8 à trestous ces autres soies Antigonus.-
„i]U8 De set qui tu ies, de cou mult bien m'eucus;
„ains cuident que tu soies quens u palais^ u dus/'
Uns des fius la roine, se meure porteure,
est entrés en la cambre et trestous ses Dex jure 5
que cou est Alixandres li roi d'Estraveure :
„il ocist mon aioel par grant mésaventure ,
„et le père ma femme dont ai au cuer ardure;
„douné a son roiaume et moi tôt ma droiture,
^puisque nous l'ayons or sor notre clayerue.*' 10
„*dame, car l'ocion, ce seroit bien mesure,
la roine li dist: ,,tais, foie créature;
„ce n'est pas Alixandres, j'en suis toute seure,
„8e Candeolus Tôt fait,' as ta noreture,
„se ne pooit trover ne mais que sa cainture, 15
„*si te penderoit-il à ceste treveeure.
„cis fu aToec ton frère à la desconfiture;
„ Antigonus a non, nés est de tiere dure.
— dame, c'est Alixandres si com dist le painture.
. „Tengier yoel moi et li de le grant forfaiture; 20
„tolue m'a la tiere qui a non Segeure.'
„je li métrai ce dart très par mi le cainture."
li roine respont: „tais mais, gars et friture;*
F. 60* ,Jà n'aras point de sens, sos seras par nature.
„por cou que le resamble à Sa caveleure, 25
„«uides que ce soit-il de cors et de faiture.^
„ains SOS le monde Dieu n'avint tele aventure,
„que Dex à itel homme donast de 1' mont le cure."
„Ne m'en caut, fait li enfes, se chou est-il u non,
„quar tout ai en talent que cestui ochiron. 30
„yengons-nous de cestui, quant nous chelui n'avon;
„si sara bien li rois que noient ne l'amon,
„quar il a envers nous faite tel mesprison
„c'on le devroit ardoir «n fu u en carbon. " »
— ne vous caut, dist la dame, pour Dieu ki fist le mont; 35
„itel venjance faire ne vaut mie i. bouton."
1) pHneeê, 2) te êaii. 3) denê ai à /' euer raneure, 4) foie créa-
hwe, 5) eetature.
382 COMBAT D*ALIXANDRB BT DE MRRU8.
et li enfes respoat: „par le cors Saint Simon,
„ne par icel apostele con quert en Pré noiron,
„8e il n'estoît por vous, je li feroi son bon;
„qne mar i est venus, se n'en prenc yengison/'
il a dit à sa mère: „fait aves mesprison, 3
„que le faites venir en ma subjection/'
— voire, fait soi la dame, à Dieu maléichon.
„li rois li a tramis, si ferai traison:
„fui, garçons, de sor moi; si feras bien mon bon;
„les dens te pecoiase, se euse baston/' 10
de se paume 11 done par desous le menton
ensus de soi le boute, se Thurte à l'estelon.
plorant ist de la cambre et ist de* la maison.
Pensive est la roine et est en grant freor
dou roi qui s'esmarist de son fil le menor; 15
mult doucement li prie o souspir et o plour,
de r vallet c'a oi 11 pardoinst le folor;
quar se il ne le fet, il en ert en iror.
quant li rois voit les larmes, si en ot grant tenror
et dist à la roine qui ert de grant vallor: 20
„se il m'avoit pis dit et fait bonté grignor
„se r souferroie-jou, dame, por votre amor."
desour i. lit paré gisent demi i. jor,
puis iscent de la cambre, sus è 1' palais au cour,*
que on ne s'aperçoive; la li fait double ounor; 25
quan que puent porter xix. mul anbleor
11 donne d'or moulu com à empereour;
c. pales de Bisterne, trestous d'une color
li a fait aporter à i. sien vavasor.
„Antigone, fait-ele, ce donras ton signor « 30
„et tu qui es mesages aras por soie amor
„i. mantiel sebelin d'un pale paint à flor;
^,et tant ti conpagnon seront por toi millor,
„cescun8 ara ii. pales d'Inde supérior.
„*di moi à ton signor, je li manc par amor: 35
„de ce venir à moi ne se mete en labor;
„n'i poroie parler, car au cief ai dolour."
1) jrî vint d. 2) è Ptour,
COMBAT D'ALKANDRB BT DE PORRUS. 383
Alixandres respont dit de losengeour;
,,86 me sire Alixandres vos tenoit à laisor/
ninius aroit esploitié que tout si ancissor.'*
lors a pris le congié, si se met au retor.
Candeolus le guie les plains dou Val Grignor. 5
sire, dist Tholomes au rice' poigneor»
que il tenoit encore au roi Macidonor. 4
F. 60^ or s'en retome arrière à joie et à baudor»
Alixandres li rois est au tref descendus;
départi sunt li pales et li bons ors moins 10
c'on li aroit donnés, qu'il ne fust conneus.
or aproisme li termes et li tans est venus
que il sera destruis et ses grans los caus,
que Babilone ert prise et li palais rendus,
consel de nés i. homme ne pot estre creus. 1 5
par nul de ses barons ne pot estre créus.'
por aler à sa mort est par matin meus.
Ains que li rois meust, a faite s'orison
dedens son tref demaine dont d'or sunt li frenon.
li rois en apela Tholomée et Clincon; 20
0 ces ii. sunt venus li xii. conpagnon
Alixandres lor dist et conte lor* raison:
„priyé estes de moi et bien de ma maison.
„onques de yo consel ne me vint, se bien non,
„et par vous tien-jou quites tieres et garison; 25
„le signorie en ai dusqu'en Cafamaon
„et tant com tiere dure et mers clôt environ,
„fors seule Babilone , ne sai se jâ Taron.
„Deu merci et le votre, ne sai se jà l'aron.*^
„or venes vus avant, si vus ferai gent don 30
„cascuns i. roine , sans ire et* sans tencon;
„et si ares les tentes^ quant nos i torneron.
„*alons en Babilone; de matin moveron;
,Je vus coronerai à la loi que tenon,
„le trésor Tamirant vus métrai ft bandon; 33
1) roiM. euêi à oisêor, 2) jrj F rendUi Tholamé te riee. 3) n'ert
James retenus. 4) sa. 5) n*ai eegnour se vouê non. 6) à easeun t.
roiaume donrai tôt. 7) rentes.
3S4 COMBAT D'ALIXANDRB ET DE PORRW.
„ne mais le povre gent et les borjois gardon,
,,que jà par nous n'i perdent vallant i. esporon.
„se li cités est notre, por coi le destruiron?
„des fores qui sunt longes arons le yenîson,
„une pièce de 1* tans nos i séjorneron/' 5
— por Dieu, dient si home, sire, c'or i alon. • ^
„faites votre plaisir et nous tout Totrion."
Par les herbeges mainent grant joie et grant déduit,
quant oent les noveles et par Tost dient tuit
qu'iront en Babilonne, après icele nuit. 10
Tescorgaite conunande Dans Clins, le fil Calduit;
V*- chevaliers furent, n'en falirent que viii.,
après souper se juent et manjuent le fruit,
cil jougleor vicient et demainent tel bruit,
de plus de iiii. liues les oist-on, je cuit 15
dusc'à l'aube aparant que li solaus reluit.
Au matin, par son l'aube, quant l'aloette crie,
est toute l'os montée, des cors fu grans l'oie
que olifant iscoient^ qui font grant estormie;
de vii. liues et plus oist-on l'estormie.' 20
li gens à pié s'aroute , s'est ensamble salie
et li rois ist après à mult grant baronie.
là peust-on veir mainte ensagne cargie;'
li solaus Sert es elmes qui mult tost reflambie.
quant li rois le regarde, devant lui une lie:* 25
„biau8 sire Dex, fait il, que toute gens deprie,
„tu soies aourés de si grant signorie
„que tu m'as otroié en ceste mortel vie,
„c*onque6 mais n'asamblai^ tante targe florie,
„com jou fac hui, biaus sire, et par le votre aie. 30
„quar ci n*a nule jent qui tant soit esbaudie,
„tant que li solaus clôt, qui le tiere a ourdie,
„que ne me doie oumage et vers moi ne souplie,
F. 60* „fors seule Babilonne que n'ai mie envaie,
„et je ne sai encore s'ele ert en ma baillie." 35
Alixandres cevauce dont est grans renomée ;
1) eeni oHfmU i êoneni, 2) U iondie, 3) #ar(te. 4) #*iim0ll«. 5) rûiê
n'tiêawikla.
COMBAT D'ALIXANDRB ET DE PORRUS. 385
il ne Toit grant cité qui tant soit haut murée
dont il n'ait le renon, n'i convient traire espée;
trespase le pais, aine n'i ot contrestée,
et est Tenus en Sixte, une estrange contrée.
salvage est mult la tiere, orible et desfaée; 5
tant i a ruistes mons que ne sai densée.
n'i a celé montagne, ne soit dure et sierée
et est à mont si ruiste que s'ele fust dolée,
et samble que cascune soit au ciel ajostée.
mult petitet i croist de bien en la Talée; 10
li gent qui là abitent est mult maie eurée,
quar la tiere est déserte et de grant estoée.
En icele contrée dont je fac mention,
couTersent i. oisiel c'en apiele Grifon.
d' orible forme 8unt, hisdeus comme dragon, 13
manjuent à 1' mangier cescuns i. grant moton. ,
Tolentiers les regarde li rois et li baron,
chcTalier et serjant, escuier et garchcn;
plusiors en a en l'ost qu'en ont grant marison.
li rois est mult pensis que fera, ne que non; 20
Ters le ciel Tint monter, s'on le tient à raison,
et de desor les nues se metra à bandon;
et s'il i fait trop caut, sentir en Tint l'arson.
piecà c'a ce corage et ceste entention;
bien pora aemplir son talent et son bon, 25
s'il en puet xx. aToir o lui, en sa prison,
que porter le peuisent au ciel, sans doutison.
li rois en a 0 soi grant ire et grant tencon,
ne laira ne l'essait por dit, ne por sermon,
ne por trestout l'aToir de 1' temple Salemon. 30
Li rois en a pensé o sol mult lonjement,
puis dist à ses barons: „dirai tus mon talent.
,je Toel monter au ciel Tcoir le firmament,
„Teoir Toel les* montagnes, en haut le conblement,
„le ciel et les planètes et tout Testellement 35
„et tous les xt. signes ù li solaus descent,
„et comment par le mont corent 11 iiii. Tent,
U Bowam A*AlUMBira. ^^
386 COMBAT D'ALIXANDRE ET DE PORRUS.
„el veoir voel le ciel si com li dus porprent."
si homme li ont dit: ^ares-vus mariment?
„n'est hom ki i montast por tout Tor d'Orient.
„que monter i vauroit, sacies à encient,
„ains seroient passé iiii"- an u c. 5
,,comment i monteres? dites Tengignement."
li rois en a sousris, respont par mautalent:^
„yées vus ces oisiaus qui sunt fort et pesant;
„il me porteront bien, foi que doi toute gent.
„de moi et de mon fait et de mon hardement 10
„voel-jou que s'esmervellent à tous jors mais la gent.
„1a mer ai asaié desi au fondement,
„el comment lor poiscon font lor tornoiement
„et lor agait bastisent et li i. l'autre prent;
„par aus en al apris, car aine n'en soi nient.'^ 15
si homme li ont dit: „nos en somes dolent;
„por nous ne laires mie votre commandement"
De cou qu'a enpensé a li rois en argu;
carpentiers a mandé et U i sunt venu.
„signor mestre, fait-il, si vus estes mi dru, 20
F. 60* „faites moi une cambre tout à votre seu ;
„jamais ne soit si bone, n'onques tele ne fu.
„de cuir envolepé, noviel soient et cru;
„à claus et' atacies et englues à glu;
„et fenestres i faites quel part que me remu; 25
„que s'a besoig me vient, por cou n'aie perdu.
„entendes no,' signor." cil li ont respondu:
— si que le nos devise, Ta-on* bien entendu;
„nous le ferons légier, fort et de grant vertu.
„mais mult somes dolent de cou et esperdu, 30
„que s'il te mésavient, que ne soiens pendu."
— taisies, ce dist li rois, ne soies esmeu;
,Jà mar ares paor, ne soies irascu."
cil l'ont si carpenté et le cuir estendu
que tous en fu loés et à son talent fu. 35
li rois le fist porter loig de l'ost, en i'erbu;
tost furent li oisiel et pris et retenu;
1) #1 reêponi sagement. 2) let. 3) vuf. 4) f avons.
COMBAT D'ALIXANDRE ET DE PORRUS. 387
à Tengien les atakent li baron irascu;
lor signor natural ont ë Y camp porseu;
malt sunt por la mervelle tout trespensé et mu.
Liement est li rois dedens Tengien entrés,
une lance avoec lui et fresce car ases, 5
et dist à ses barons: „ne vus desconfortes;
„mais or me laisies seul et de loing m'esgardes/'
or s'entornent si homme , mult les a abosmés,
quar se li rois i muert, cou est la vérités,
*tous ses homes aroit et mors et afolés; 10
*car tant gent le heent por cou qu'es a matés,
estes vus des oisiaus iluec ventt asses,
sus et jus sunt asis et d'encoste et en lés.
les cuirs qui cru estoient ont durement grevés;
tou dis com il estoient fu li rois aprestés; 15
i. gans ot en sa main que il ne fust mostrés,
et après les loiens loj a es pies botes,
à mont è 1' gros des cuises et à bons las fermés;
ne sai u vii. u viii. en i a acouplés.
quant cascuns d'aus se sent issi afincelés, 20
il sacent durement, li engiens est torblés;^
il en rist coiement, si sunt' en pies levés.
1) versés, 2) esL
26 •
BATAILLE DE BABILOM
€1 dlflt si eom AlIxandrM se llst liaaHer à m^at
TCM le elel en luie^ eorbllle et teiuilt en sa mata
ane iMtee et ear eator*
Li rois estoit sor pies/ li canbrete est versée;
il a prise la lance, le car i a boutée,
fors de Tengien le met et en haut Ta levée,
li oisiisl famjllous ont la car esgardée,
lors tendent contre mont, tout à une volée; 5
la canbrete est mult tos là sus en haut portée,
il vont le car cacant, cescuns geule baée;
à ce point que il montent, si est la cars montée;
tous tans le cuident prendre, mais folie ont trovée.
F. 61* le roi portent à mont, à mult fière toisée; 10
le premier air trespasse, de pluie le nuée,
et plus l'ont haut portée, c'est vérités provée,
que L cevaus n'eust demie liue alée.
les iiii. vens trespasse à icele alenée;
vienent à la calour qui dou fu est mellée; 15
& poi vait Alixandres, tant fort Ta apressée;
li cuirs de la canbrete crespist à la brullée.
lî rois a porpensé; s'il prendent' lor volée,
il kerra à la tiere, si ert s'ame finée,
et se gens estera dolante et esgarée; 20
quar toute gens le heent, cui tiere il a gastée.
il rebaisent' sa lance, vers tiere Ta esmée;
li oisiel famillous resiuent la volée,
1) êoli en. 2) perdent 3) rdkmêit.
BATAILLE DB BABILONB. 339
jus asient à tiere en mi liu de la prée. ^
li rois est là dedens; faite a bone jornée;
si homme i smit yenu, grant joie i a menée.
Quant li rois s'aperçut qu'à tiere est asegiés,
à iiii. des oisiaus a les las detranciés. 5
cescuns s'enfuit mult tos, quant se sent desliiés.
este-Tous caus de l'ost iluec tous eslaisiés,
asalent les oisiaus à le tiere ^ ataciés;
mais forment se desfendent, mult les ont damagiés,
iiii. ceyaus ont mors que as biés que as pies. 10 i
cescuns bien se desfent, mes il ert anuiés
de le laste et dou yol ki les ont travilliés. |
li asaus fu mult fors, ne pot estre liiés;
li rois trance les cordes, adont les veiscies
corre sor les barons; tant les ont angousciés, 15
li i. s'en est fuis, tout iii. sunt detranciés. |
de l'angousce et de 1' caut est li rois des haitiés.
Le roi mainent à l'ost. li prince et li casé;
quant il le voient sain, grant joie en ont mené.
„signor baron, fait-il, dire tus Toel vreté. 20
„bui ai yeus as ious cou que ai désiré; 1
„quar tout ai essaie et tout ai mesuré 1
„le mont, si com il est, et de lonc et de lé;
„si com jou l'ai yen, l'ai-jou tout conquesté,
„fors seule Babilonne ù a grant fremeté. 25
„se jou celi n'en ai, petit pris mon barné.*'
et respondent si homme: „cou ert tost affiné;
„quant yus ayes les nues et les yens sormonté,
„dont poes bien par force porprendre une cité.
„le matin par son l'aube, nos yeres apresté; 30
„sous Babilone irons, car bien ai' derisé
„jà ne n'ert tant fremée de mur, ne de fossé
„que nous ne (la) prengions en i. seul jour d'esté.''
Alixandres respont: „bien yous ai escouté.
„cou que yous ayes dit, bien ert acréanté; 35
„1b matin mouyerons, jà n'en iert trestomé.''
Quant U solaus leya et li jours esclairci, 1
1) emiàre, 2) Vwem. 1
390 BATAILLE DE BABILONE. *
et li rqis Alixandres se cauca et vesti;
quant fu aparilliés, De Y mist pas en oubli,
s'orison fait as Dex qu'il li facent merci,
par Tost cacans somiers, s'il se sunt bien garni;*
quar il en ont en l'ost autre fois escami, 5
quant il furent à Bastres en la tiere Porri.
en Babilone en vont et muevent au terc di.'
quant il furent monté et des loges parti,
li escuier de l'ost ont tout ars et l>rui;
F. 61^ à grant joie cevaucent les plains de Y Val Greni. 10
Quant Alixandres mut, mult ot lice conpagne;
Lincanor et Pilote a commandé s'ensegne;
li xii. per cevalcent rengié par la canpagne,
tout droit vers Babilonne costoient le montagne;
tant a or en lor elmes et d'Arrabe et d'Espagne, 15
desi à iiii. Hues en reluist la canpagne.
qui à tel gent le done, s'onor bien le gaagne,
il ne trueve castiel, ne cité qu'il ne fregne,
ne nul homme tant fort que par force ne pregne;
à honte fait morir qui senrir ne le degne. 20
Si com il ajomoit, l'aube fu esclairie;
tout droit à Tamirant est venue une espie
qui li dist que l'os est à jomée et demie.
„comment, fait l'amiral, ne me mentir tu mie?
„di moi le vérité, se l'os est bien garnie.^' 23
— oil, dist li mesages, de tous biens a enplie,
„quar de V notre meisme prendent lor manandie.
„ Alixandres cevauce devant sa conpagnie,
„Lincanor8 et Pilote ont s'ensegne en baillic,
„Dans Clins et Tholomes si les caiele et guie; 30
„cou sunt iiii. baron ù li rois moût se fie.'^
— par foi, fait l'amiral, ce tieng à grant folie.
„de coi cuident-il vivre celé gens esbahie?
„se li Deu me garisent ma grant cevalerie,
„jà ne vivrai iii. jors que l'os iert asalie. 35
,Je lor ferai as très une tele envaie,
„que n'i voiroient iestre por tout l'or de Pavie.''
1) eei Hamas ont eargiéf #î tunt garni, 2) à V tier.
^ BATAILLE DE BABILONB. 391
Alixandres cevauce, que point ne s'i oublie
et maine si grant ost et sierée et rengie.
Alixandres cevauce par fière contenance;
li xii. per 0 lui, en cui a grant fiance,
et sist sor i. destrier de diverse samblance. 5
le teste ot plus vermelle que n'est tains de iivarance,
le col et les costés ot blans par demoustrance ;
onques plus hardis rois de lui ne porta lance,
mult sot d'astronomie et plus sot d'ingremance ,
ases sot de fusike, apris l'ot en s'enfance. 10
Tholomes fait l'angarde par itel contenance.
Alixandres cevauce le pendant d'un désert;
devers le destre part furent de mons couvert.
Tholomes va avant, ki volentiers le siert
et qui pas ne se plaint quant il por lui riens pert; 15
quar tout cil ki le servent,, de gueredon sunt cert,
Alixandres disoit trestout à descouviert:
„li sire est mult traitres quant il voit l'ome à pert,
„et qui por son service le traval a soufiert,
„se ne 11 gueredpne selon cou qu'il désert.'' 20
Alixandres cevauce à force et à vertu
et maine si grant ost que mervillouse fu.
droit à eure de tierce ont un flueve veu;
quant il l'orent passé eure de nonne fu.
es prés sor le rivière^ sunt iluec descendu, 25
mult estoit près de vespre quant li tref sunt tendu.
Alixandres commande à Tholomé son dru,
qu'as vilains de la tiere ne lor soit riens tolu;
teus le poroit tolir, tos l'aroient pendu.
Li vilain des montagne, li rice Béduin 30
sorent que il avoient Alixandre à voisin,
et l'evé de Cobar passa dès ier matin;
F. 61* portent en Babilone et le pain et le vin
et le fain et l'avaine et la laine et le lin;
tant i vienent espes, tout sunt plain li train; 35
de cars et de caretes sunt tout plain li cemin,
Alixandres commande Tholomé et Dant Clinr
1) de l'aiUre fart.
392 BATAILLE DE BABILONE.
que mar lor tolra-on vallant i. angevin,
et cil ki lor tolra, morra de maie fin;
il le pendra à forkes, jà n'ert de si haut lin.
L'amiraus oi dire c*Alixandres venoit;
il a mandé ses homes ii que nul en avoit; 5
de si qu'à la mer rouge qui son règne clooit
n'i remest i. tous seûs qui desfensables soit,
jà tant n'en i yenra, l'amiral ne conroit
et qu'il ne les ounort isi com faire doit,
li fossé sunt parfont et li mur sunt tout droit, 10
* devant le carbacane sunt li passage estroit.
Babilone est si fors que nus hom ne creroit,
que ne jurt quanque fu et le Deu ù il croit,
que se toute li gent de 1' monde l'aseoit,
sans soufraite dé soif et fains n'es destragnoit, 15
dusc'à le fin de Y siècle, nus hom ne le prendroit.
Babilone fu fors et l'amiral fu fier^
et hardis et cortois et mult bons chevaliers; ^
de largement donner estoit mult costumiers,
s'avoit en sa conpagne xx"« chevaliers;^ 20
jà en cort ù il fust n'alast i. soudoiers.'
i. senescal avoit qui n'ert pas fantoniers,'
*Nabusardias ot non, si estoit preu et fiers;
cil aime gentil home et ouneure et tient ciers.
Babilone fu plaine desi ens es celiers; 25
li rice home herbegent es tours et es solers
et la cités est close et li murs est deriers,*
et si est bien garnie de vignes, de vregiers;
grant plenté ont de miel et d'oie d'oliviers;
de pain, de vin, de cars fu li pais pleniers; 30
avaine orent asses et cevaus et somiers.
des murs de Babilone est si durs li mortiers
que n'en pot point avoir fers agus, ne aciers,
onques Dex ne fist home qu'en prisent ii. deniers,
ne mais que Alixandres ki est tous costumiers, 35
que ne vient à cité que n'asàlle premiers.
Babilone fu plaine de vin et de forment
1) soudoierê. 2) lotengiers. 3) pautoniert, 4) de muré et de vitierê.
BATAILLE DE BABILONB. 393
et de tonte vitalle qui à cors d*ome apent;
qui ne l'a, si le prent par tout communalment.
l'amiral le fait faire par son commandement;
il en a apielé le roi de Bonivent/
à une part le trait, se li dist bonement: 5
„biaus sire, car me dites le votre esgardement;
,,bon est que je me tiegne à rostre loement/'
quant li rois l'ot oi, se li dist son talent:
„quant conseil me querres, jà Tares bon et jent;
„on ne gaegne gaires à son fol errement. 10 <
„cis rois vus cuide prendre par son esforcement, |
,,mais il n'a pas o soi amenée le gent.' '
„ceste vile convient esgarder' sagement,
„et metes bones gardes, de 1' mius de votre gent.'* *
l'amiraus respondi: „ei a conseil mult gent, 15
„ensi sera-il fait,*jà n*ira autrement."
li jors est trespassés et li nuis lor® sousprent;
les gaites sunt asises par mult grant mirement;
*à cascune des portes en issent plus de c.
qui environ les murs crient mult hautement, 20
sonent cors et bnisines et frenel plus de c,"
F. 61' que ne soient souspris des Grius trop folement.
en la cité se dorment auques seurement,
enfresi qu'à 1' matin que li jors les souprent.'^
Enfresi c'a 1' matin que perçoivent le jor, 25
se dormi l'amiraus, il et si vavasor.
par matin est levés, car il fu en fréour;
avoec lui sunt levé de ses hommes® plusiour,
dient lui c'Alixandres cevauce par fierour
et l'amiral a dit: ,jà mar aront paour." 30
son neveu apiela, le iil de sa serour,
de l'orguel Alixandre a fait à lui clamor,
et cil a respondu bêlement, par douceur:
,jà tant que il nos hee, n'arons à lui amor/'
vestu l'a et caucié à loi d'empereour; 35
1) ». Hen roi d^Orieni. 2) 110 le fera mie issi iégiérêmsnt. 3) garder
muU. 4) que li Oriu ne se meteni eaiens céléemeHi. 5) le. 6) frélia»
eaiêmmi. 7) lor reeplent. 8) baronê.
394 BATAILLE DE BABILONB.
il a pris iiii. rois et i. rice contour;^
par mi i. huis de piere en monta en la ter,
esgarde contre val les plains de Val Couler,
voit venir Alixandre le roi Macidonour,
de le cevalerie de Grese vit la flor; 5
il apiele ses homes, si lor a dit: „signory
„est-cou dont Alixandres qui plains est de folour;
„ma cité cuide prendre et moi tolir Tounor.
„se mi Deu megarisent ma force et ma vigor,
,Jou asaurai Gr^jois, ains que voient quint jor. 10
„des vignes et des blés voi gaster le labor,
„mais contre ce damage li cuit faire grignor.
„et si vus di por voir, jou arai grant ounour;
„redouté en seront trestout mi ancissour/' '
si homme li ont dit: „par Deu le créatour, 15
„nous irons tout à Tost o vus, sans nul retour;'
„faite8 armer vos homme, ne soies en fréor;*
„si en alons encontre à force et à vigoun^'
L'amiraus fu as estres de son plus haut estage
et voit Tost herbregier devant soi, è V rivage 20
et voit ses chevaliers qui demainent grant rage,
î. drugeman apele, se li dist son corage:
„amis, tu et ti iii. porteres mon mesage,
„et me di Alixandre qui set de maint langage,
„qu'en ma tiere est entrés par force et par outrage.'' 25
„Sire, dist li mesages, s'il te plest, jou irai;
,Jou voi venir les ii. qui iront avoec mai
„et jou serai li tiers c' Alixandre dirai
„tout cou que tu li mandes, jà ne li cèlerai.
„se truis amor vers lui, .amour je li dirai 30
„et s'il me dist orguel, orguel responderai;
„et se tu le commandes, je le desfierai.''
— par foi, dist l'amiral, autre cose ne sai;
„quar rien ne tien de lui, ne jà riens n'en tenral.
„s'il vint de men avoir, par amors l'en donrai 35
„et s'il me le vint prendre, jou m'en consierrai;
„et si pora bien estre c'a son tref Tasaurai.
1) aumacor. 2) tôt mi oir à maint jour. 3) triêtour, 4) n't ait point de a^our.
BATAIU^B DB BABILONE. 395
„par conseil de ma gent vers lui me conbatrai,
,Jà î. seul de aus tous raiembrer ne lairai.'^
„Sire, dist li mesages, je prenc congié à toi;
„je Toi venir les ii. que menrai avoec moi."
— signor, dist Tamiral, aies à Deu tout troi, 5
,,1e duc de Pincernie et le prince d'Ausoi;
„desor vus voel proier que vous penses de moi.
„Alixandre me dites, trop maine grant bufoi,
„qui ma tiere me gaste et met en grant esfroi.
F. 62* „me cuide-il dont prendre com oiselet au broi. 10
,3abilone est si fors, ne crient prinche ne roi,
„ne mais le Diu de Y ciel qui tout a desous soi."
Nabusardans a dit au mesage en secroi:
„portes Dans Tholomé salus que li çnvoi,
„que de matin ara contre moi le tornoi." 15
li mesagers a dit: „volentiers, par ma foi."
li portiers lor desferme le porte de Grenoi.
Mult par sunt tout cortois tout li iii. messagier;
l'amiraus n'i pooit nul millor envoier.
à l'issir des herbeges truevent i. Latinier; 20
le tref le roi demandent Alixandre d'Alier.
„signor, bien le vus sai, fet cil, à ensignier;
„ves le là, cel plus haut, à cel ^gle d'or mier.
„là trouvères le roi, o lui maint chevalier.
,je li vi or monter sor vairon, son destrier; 25
„par le mien entiant, va soi esbanoier.
„se parler i voles, n'i aves que targier."
li mesage s'entornent, pensent de cevaucier
et encontrent le roi sous l'ombre d'un lorier.
oes com fait salut li ont dit au premier: 30
„cil Dex qui forma tiere et Adan le premier,
„et de le coste Adam fit Evain sa mouiller,
„garisse l'amiral et se doinst enconbrier
„à tous caus qui à tort le voelent guerroier.
„Dans rois, il le vus mande, ne vus doit anoier; 35
„por issir de sa tiere vus donra plus orraier
„que ne poront porter Ixvii. soumier.
„et se ne V voles prendre, jà celer ne vus quier,
396 BATAILLE DB BABILONB.
„rainiral tus desfie et tout si che?alier.
^Nabusardans vus mande, se yoles torniier,
^envoies Tholomé as joutes commencier.
„il viut à lui jousier, mult Ta oi prisier."
Tholomes respondi: ,,mult le doi avoir cier; 5
,,mon cors, ne mon escu ne li quier jà noiier.^'
— signor, dist Alixandres, n'ai soig de raanecier;
,Jà ne quier as mesages ranproner ne tencien
„ramiral me dires, consirrer ne m'enquier,
,Jà n'en prendrai avoir por la teste ^ laisier. 10
„tant est fors Babilone que m'i voel essaier;
„se prendre ne le puis, ne me pris i. denier.
„en son plus haut palais me quier faire sainier,
„de ses millors viandes me quier faire aaisier,
„dèsque soient venu d'Egype -mi consillier. 15
„tant sunt hardi et preu ne voelent nul dangier;
„plus lor donrai avoir que n'en voiront bailler,
„lor escus et lor elmes ferai faire d'or mier.
„au consel de ces ii. me voirai consillier,
„cil feront la cité asalir u laisier.^ 20
Li mesage s'entornent et li rois a parlé:
„signor, dist Alixandres, vus m'aves desfié
„de par votre amiral qui 1' vous a commandé;
„et jou redesfi lui, jà ne li ert celé.
„bien li deves-vus dire, tant estes- si privé." 25
Alixandres apiele Clincon et Tholomé:
„signor, franc chevalier, qui tant m'aves amé
„por prendre Babilonne, demain ains la vespré.
„^par matinet i soient votre escuier armé."
cil U ont respondu: „tout à vos volenté." 30
li mesagier s'en vont, s'unt congié demandé;
li rois donc à cescun i. esprivier mué
F. 62* et cil prendent congié, si s'en sunt retourné,
et vienent à la vile, n'i ont plus demoré;
11 porte fu ouverte et il sunt ens entré. 35
l'amiraus va encontre, si lor a demandé:
„que res^iont Alixandres? laira-il ma chité,
1) cité.
BATAULE DE BABILONE. 397
,,11 asaura la Tile? sares yua son pensé.''
— en la moie foi, sire, ses Dex en a juré,
,Jà ne s'en tomera, si Tara conquesté/'
Nabusardans demande de Y hardi Tbolomé:
„fera à moi la jouste que jou li ai mandé?'' 5
li mesages a dit: „mult tus en sai J)on gré."
li nuis Tient, li jors faut, si' se sont deseyré;
gaites et escorgaites sunt sor le mur monté,
toute nuit ont gaitié desi à Tajorné.
à l'aube aparissant, sunt cil de Tost monté; tO
les vignes sunt gastées et li soile et li blé.
La cités fu asise par i. mardi ^ matin;
pris sunt dusc'à la porte li ort et li gardin.
le tref le roi tendirent plus de xx. Sarrasin;
les cordes sunt de soie et li paison d'or fin. 15
par l'ost crient à vendre et pain et car et vin;
en l'ost a teP rikecce c'en ne pot dire fin.
L'amiral fu as estres des plus baus fenestris,
et voit tant pavillon venir indes et bis;
este-vus une espie qui vint de vers les Gris 20
et dist que Alixandres est en gibier r^mis.
de cà gardent les tentes Dans Clins et Tbolomes,
et de l'autre part a iiii. des xii. pers
Lincanor et Filote, Perdicas, Filippes.
li amiraus jura tous ses Dex et son nés, 26
ains que li rois reviegne, les asaura as très,
et ronpera les cordes et sakera les pes
et metera par tiere et festes et autes.
Tout droit à l'amiral vienent li doi' baron,
se li ont demandé: „sire, quel le feron? 30
„dusques à notre porte vienent lor pavillon;
,,faites-les nous ouvrir et si nous isterons."
l'amiraus lor a dit: „par mon cief, non feron.
„vee8 ici devant Tbolomé et Clincon,
„et sunt ensamble 0 ans li xii. conpagnon; 35
„8e croiste^ me voles, par deçà* isteron.
1) émuu^ê. 2)imUi a gramt 3) #'<« viênêmt U. 4) erah^ fi) M
398 BATAILLE DB BABILONiS.
„8e nous ouvrons la porte, jamais ne le cloron
„et seriemes tout pris par mauvaise ocoison."
L'amîraus est iscus o mervillouse gent
et la gelde de pié itant deléemenl,
que nus qui fust en Tost n'en sot onquès nient, 5
*se ne fust Filotes à qui proece apent.
le jor firent as tentes tel envaisement
que ne fust amendés por v*» mars d'argent, *
se ne fust Philipes à oui li rois s'atent;
c'est i. des xii. pers ii li oies de l'ost peut* 10
premiers en est iscus par esbaniement
et voit les confanons desploiés vers le vent;
arrière s'en torna tost et isnelement,
et a dit à ses hommes mult afaitiement:
„signor, adoubes-vus tos et isnelement,' 15
„quar l'amîraus cevauce sor nous iréement;
„il nos vient asalir, par le mien encient
„ra8aut qu*il cuide faire et cou qu'il i entent
F. 62^ „ne li vaura jà gaires," se Dex le me consent.
„se nous le poons prendre en cest tomoiement, 20
„nous li vendrons mult cier cet envaisement."
Si tost que de ii. pars se sunt entreveu,
Grijeis lievent le cri et l'amiraus le hu.
Dans Clins et Tholomes sunt tous premiers iscu;
Tholomes ist' premiers, s'unt le ceval veu.* 25
Nabusardans le voit,* si Ta aperceu;
tant com li doi ceval lor ont es plains salu,*
toutes plaides lor lances se sunt entr'abatu.
quant il furent k tiere, onques n'i ont geu,
puis salirent en pies comme home de vertu. 30
Tholomes fu mult preus, s'ot le cuer irascu
et mult s'ot d'escremie, si l'a premiers féru,
l'espée (li) descendi entre col et escu;
se ne brisast l'espée,^ tout l'eust porfendu;
de r retor® que il fist,' l'a è 1* vis conseu,*® 35
i. petitet le navre et le grenon tondu.
1) toi roê 9peni, 2) et ne soye«pas lent, 3)p0îfi|. 4) desor le vair grenu,
h) rencontre. 6)d'eéiaiêcouru» 7)lebrtms. 6)traneon. 9) tint. iO)ensiV vis féru.
BATAILLE DE BABILONB. 39g
Nabufiardftns s'esmaie de Y cop c*a receu,
Tolentiers . s'enfuist, se li fust consentn ;
mais Tbolomes le prent, qai l'a reconneu
ne fust Pales' d'Egipte, tout Teust retenu.
Fhales fu nés d'Egipte, fius le roi Faraon; 5
quant ot Nabusàrdan gari de la prison,
pas ne se mescoisirent entre lui et Clineon.
tant com li doi ceval portèrent de randon,
se fièrent es escus painturés à lion;
ambedoi s'entr'abatent devant i. pavillon 19
et resalent sor pies ambedoi li baron;
0 les espées nues commencent' le tencon.
Dans Clins le féri bien à loi de campion
que Tauberc li tranca, desi qu'en Tauqueton,
de la senestre cuise tôt le mestre braon; 15
ne pot ester sor pies, ains cai è 1' sablon.
Fhales crie merci et demande pardon,
dist qu'enporter le face et mettre en sa prison;
quar mult est nobles hom, mult ara raencon
et Dans Clins demanda: „amis, com as-tu non?'' 20
— j'ai non Fhales d'Egipte, ensi m'apele-on;
„tout le trésor mon père vus métrai à bandon/'
— amis, ce dist Dans Clins, mult me promes gent don,
„tu n'i moras hui mes, se par mes copes non.''
De celé part de l'ost ù l'amiraus tornoie, 25
Anulas d'Amilac' de joster se desroie
et fiert si Lincànor que l'escu li pecoie.
Lincanors refiert lui que de mort le guerroie,
par mi le cors li met le confanon de soie;
tant com anste li dure, l'abat mort en la voie. 30
i. damoisiaus le voit, de poindre se desroie,
le ceval Anulac saisi par le coroie,
avoec^ Dant Clin le conté* Lincanors li otroie.
Li damoisiaus s'entome quant a le ceval pris,
droit à Dant Clin* le conte que Fhales' ot conquis. 35
Dans Clins prent le prison, se Y commande à iiL Gris
1) Fwrèê. 2) remoêvent. 3) Amilas âe Loserre. 4) à. 5) fruwtê.
6) FmnU 7) Banê Clins.
400 BATAILLB DE BABILOMH.
qui le mainent as très, que se il n'estoit yis
les testes lor tauroit, jâ ne lor feroit pis.
li damoisiaus Tesgarde, si li a fait i. ris,
le ceval li présente qui fu vairs Arabis.
„cel ceyal li^ envoie Lincanor le marcis.*' 5
et Dans Clins li respont: „mult est biaus, ce m'est vis/'
F. 62' puis sali es arçons, ains n'i fu estriers pris,
le lance sor le feutre s'est es grans galos mis;
là ù voit Lincanor, se li dist: „biaus amis,
„ales seurement, bien pores estre pris. 10
, Jamais n'amerai honmie qui de vus soit escis."
et i. drus Famiral li saut en mi le vis,
grant cop li a doné desor son escu bis,
trestout Tescu li fent et l'auberc a malmis,
tant com anste dure Teslonge des estris. 15
L'amiraus aresta et dit à i. sien dm:
„en ma foi, biaus amis, bien' nos est avenu.
„maldis soit cil tornois quant il commencié» fu,
„quar noient n'i gaaig, ains i ai jà perdu.
„mais se mi Deu me laisent me force et ma verlu, 20
„ancois que je m'en aille, m'aront-il conneu.''
et cil de Babilone sunt entour lui venu,
et Tamiraus s'eslaise par mi L pré herbu,
va ferir Tholomé devant, en son escu
que li et son ceval a à tiere abatu. 25
L'amiraus abati et lui et son destrier;
à icele rescouse veiscies conunenchier
i. ester mervillous et périlleus et fier,
et l'amiraus s'escrie: „or i pert qui m'a chier.
„8e cestui ne puis prendre, ne me pris i. denier.'* 30
pris i fust Tholomes quant vii** cevalier
lor vienent des herbeges et iiii'"* arcier
qui traient tous ensamble, si les font esmaier;
u il voellent u non, si lor estut laisier.
Dans Clins, li fins Caldiu, li rendi son destrier; 35
„8ire, fait-il, montes, fins de franc chevalier;
„que desise-jou ore AUxandre d'Aller,
1) mi#. 2) mal.
BATAILLE DE BANLONB* 401
,,mon signor natoral qui tus aime et tient cier?
„8e mener tous en puis, n'i ruis^ plus gaignier.
Une jouste i ot faite dont mult orent enTie;
Emenidus d'Arcade le flst par eoTaie»
par son cors seulement au roi de Elenie; 5
dcTant les ii. pers requiert ccTalerie»
et porte en son brac destre une mance s'amie;
de fin or et de pieres ert enTiron heudie.'
il s'entrefiërent bien quant Tuns l'autre desfie,
li escu ne lor Talent une pume porie; 10
ambedoi sunt à tiere en mi le praerie.
quant il furent a tiere, ne s'aseurent mie,
ains sacent les espées, nus d'aus ne s'i oublie.
Emenidus le fiert, ki fu duis d'escremie,
Tespée li descent par le destre partie, 15
le puig li fait Toler en mi le praerie;
li rois se sent blecié, por Deu, merci li crie.
„merci, frans choTaliers, pardon quier, ne m'orne.
„plus te donrai or fin et autre manandie
„que ne poroit porter par mer une galie.'* 20
Emenidus respont, quant li rois s'umelie:
„Tus n'i mores hui mais, se Dex me béneie.''
quant l'amiral Toi, s'ensegne a esbaudie,
il fait sonner ses grailes, si loing en Ta l'oie
qu'Alixandres l'oit d'une Une et demie, 25
qui estoit en gibier o ii. fans de Rosie
et a dit à ses homes: „ne mescrées-ms mie.
„par le mien entient, ma gens est asalie.
„poignes, franc chcTalier, car j'ai cachié folie.'^'
F. 63* Far le tomoiement Ta férir Radoans, 30
frères fu l'amiral, nés fu de Yal dormans.
li ccTaus ù il sist fu pumelés ferrans,
et Aristes ceTauce le Tair* ki fu mouTans.
grans cos s'entredonèrent sor les escus luisans
que il s'entr'abatirent des bons destriers corans; 35
et quant il sunt à tiere, si ont saciés lor brans.
Ladoans ert lassés et ot armes pesans
1) fuUr. 2) oriU. 3) me#ft«r# ont iaie. 4) choMé.
402 BATAILLE DE BABILONB.
et à Ariste acrut i. poi ses mantalans ;
jà en presist le cief, se ne fust Estbrgans, ^
que par mi le brac destre le féri ii. cols grans ;
si navrés com il fu , le saisi as pendans
là ù li elmes' lace et Faubers jaserans; 5
à estrous Tenmenast, se ne fust Tamirans.
Por son frère rescoure ?int poignant Nabogore
et siet sour i. ceval qui fu d'entre les pors.
*mais Tolomé rencontre, qui Tint tos les esdos;
tel cop fiert en Tescn qui fu pains à Melors, 10
contre mont vont les jambes, car U espius fu fors;
puis a sacié le branc qui de férir ert tors,
là il l'amiral ciet, fu douteuse U sors,
quar se Grijois le prendent, malves ert ses^epos.^
mais cils de Babilpne sonent grailes et cors; 15
d'espées et de lances i fu grans U apors,
dusc'as XX. chevaliers de ses cols i a mors;
gmns i fu la pouriëre des cevaus et des mors.
L'amiraus fu de mort et de prison garis;
de r tornoi maudist Tore que il fu establis, 20
tant a de sanc perdu que tous est afoiblis,
vii. arciers maine o soi, si s'en est départis;
* en la cité se met, ne Y fist mie à envis
* et fait clore les portes et serer les postis.
^ li rois vint de gibier ù ot oi les cris; 25
* des mors et des navrés vit le defouleis.
por cou que il ne fu à cel caploteis,
de mautalent et d'ire est tous enpaleis;
à son tref est aies, descent sour ii. tapis.
Tolomes oi dire que li rois est iriés; 30
entre lui et Clincon li sunt venu as pies,*
content lui de 1' tomoi comme il fu conmienciés
et comment l'amiraus les avoit engigniés,
et com Phales d'Egypte fu pris et mehagniés.
les prisonniers amainent, si les ont desliiés; 35
Alixandres le voit, si est levés en pies,
ne li caut de sa perte, tant est des prisons liés.
1) #ïl ne fmi eêtarimu. 2) U tôifê. 3) iêfetê. i) kêu më piêê.
BATAILLE DE BABILONB. 403
* la nuit Tint, li jors vait, li tornois est laisiés,
et Tamiral s'entorne courecous et iriés;
de sen frère 11 poise qni est menés liiés
et dist entre ses dents: jamais ne seras lies,
dusques à icele oore qu'il estera yengiés. 5
lendemain par matin, quant jors fu esclairiés,
est levés Alixandres et yestus et cauciés.
Far main liere Alixandres et a fait s'orlsons
et quant il ot ouré, si digna ses faucons;
et l'amiral li mande par vii. de ses barons, 10
qu'il 11 donra c. pales , trestous pains à lions
et c. soumiers cargiés d'or cuit et de mangons,
* se li rende son frère et ses autres barons.
Alixandres en jure Deu et trestous ses nous
que jà tant que il puist caucier ses esporons, 13
des prisons que il a, jà n'ert pris raencons;
il les feroit ancois tuer à ii. gagnons.*
Li mes s'en sunt torné, si ont dit l'amiral
que quan que il demande, ne prise il i. al;
il les fera ancois tous tuer à u mai , 20
que de lor délivrance se meist en trfival.
l'amiraus li respont: „dou tenir ne li fal.
F. 63^ „Dame 1' Dex me confunde , si jou ancois n'i al.*'
Par main lieve Alixandres, si corn li aube esclaire,
desous i. olivier flori ki souef flaire, 23
est asis Alixandres et fait ses engiens faire,
escieles planeices' jusc'à 1. paires
le cité quide prendra et l'amiral fors traire,
sans engien le prendra, ne l'atarjera gaire
et porra séjomer ens è 1' nûUor repaire. 30
* Quant il dut avesprer, s'assient au mengier
^et quant orent mengié, si murent li fourrier.
*li geudon furent bien jusques à v. millier;
^por la geude garder i vont m. chevalier.
^Lincanors et Pilotes furent gonfanonier; 33
*Dans Clins et Tholomes i vont esbanoier,
* qu'es destraignent et gardent, s'es voient foloier.
1) pn^dré eaumé lurwM. 2) yloieiesê,
26*
404 BATAILLE DE BABILONE.
Tout le val Daniel ont pris et exillié,
de proie et de reubes sunt venu tôt cargié,
et cil de Babilone ont l'amiral noncié,
dont s'en iscent trestons à ceval et à pié.
cil ki l'amiral guient l'ont si bien adrecié 5
que ancois que Grijois fuscent aparillié,
orent pris de lor gelde tote l'une moitié.
Dans Clins et Tholomes en sunt mult esmaié,
regretent Aliiandre dont sunt desconsillié
que il ont dès er soir as herbeges laisié. 10
,,Signor, dist Tholomes, je Yoi une maison;
„close est toute de marbre, de cauc et de sablon.
„une grant liue dure li yregies environ,
„entrons nos là dedens et si nos desfendons.
„i. des nos,*por souscors, Alixandre envoion; 15
„die que nos secorre, car mestier en avon/'
trestout premièrement a apielé Clincon:
„quar i aies, fait-il, gentius fins à baron,
„et dites Alixandre ke nous nos conbaton.'^
et Dans Clins li a dit: „or oi sens de' bricon. 20
„que dites que jou aile por querre garison;
„debait ait qui vint estre aillors, se ici non.
„quant jou serai navrés è 1' pis, sor le menton
„et mes escus ert frais et troés environ
„et le sans de ma teste me corra au talon, 25
„ne samblerai pas hom qui viegne d'orison,
„n'arai au col pendu escerpe ne bordon;
„dont irai au souscors, se ancois ne l'avon.^'
Tholomes voit Dant Clin qui d'aler n'est en grais;
il apiela Pilote, il i vint à eslais. 30
U a dit à Phiiote: „biaus amis, c'or i vais.'
„li rois nos aidera, quant il sara le fais.'*
Pilotes li a dit: „or sui-jou trop mal vais ,
„que dites que jou aille et ilueques vous lais?
„tous jors vus en haroie, se le disies mais. 35
„ne lairoie à férir, puis que jou su! si près,
1) eaurlin. 2) moi ieneê^u* à. 3) Hrê, di*t Thohmêêf f^rDieu^ &t
iàkê.
BATAILLE DE BABILONB. 405
,,qiii me donroit tout l'or qui fu au roi Sessers/' '
Thôlomes a veu de ces ii. le boufoi,
il apiele Ariste, se 11 dist en recoi:
yyAuriste, doua amis, car i aies au roi."
et il a respondu; ,,non ferai , par ma foi. 5
,,se de r fil votre mère voiles prendre soi,^
,,vus ires è 1* secors, qui estes en esfroi."
Thôlomes voit c'a iii. ne pot riens esploitier;
Lincanor apiela, faire en vot mesagier.
„Lincanors, biaus amis, ses que te voel prier, 10
„que tu ailles au roi por cel besoig noncier.
,,quant il ora por coi, qu'il nos venra aidier.''
et Lincanors a dit: „trop me sentes lanier,
„por cou que sui mauvais, m'i voles envoler.
„se le fil votre mère en voles consillier, 15
„vus meismes ires desor votre destrier/'
F. 63* Thôlomes voit des pers que nus ne se remue;
Antiocun apele à le teste cenue;
soudoiers fu au roi, néa fu de Val Grenue.
„Antiocun, fait-il, car aies en l'aiue.'' 20
orgtllouse parole U a cis respondue:
„ahi! Dans Tholomé, quele m'aves rendue.'
„aucune mauvesté aves en moi veue,
„que dites que jou aille, corne ^ le recreue.
,>ancois fust tiere et mers desous mes pies fendue, 25
„que jà ceste novele fdst de ma bouce iscues.
„quant mes escus ert frains et ma brogne vestue,*
„se jou m'en vois navrés, è V pug m'espée nue,
„ne tenra pas U rois ma parole à falue,
„quant jou li conterai que perte avons eue.'' 30
„Signor, fait Thôlomes, or ne vus sai que dire;
„ne pui prendre conroi que le sace mes sire.
„li amiral a ci amené son enpire;
„por nos geldes c'a pris, nos quide desconfire.
„mais ancois que soions tout livré à martire, 35
„conbateron à lui et venderons notre ire.
„as espées trancans les poons si aflire,
1) Serêiê. 2) CMrol. 3) fUêrêh m'ooM mêue. 4) omm^. 6) nmfuê*
406 BATAILLE DE BABILONE.
„quant istera de Y canp, n'ara talent k'il rire/'
„Sire, ce dist Philotes, ^ or aves bien parlé.
„ce8te maisons' me vient à talent et à gré;
„por Tamor no signer qui tant nos a amé
,,et tant nous a à tous et valu et douné 5
„conbaton3 nous à aus, eus, en sa féauté/'
quan que dient entr'aus a i. gars escoté;
* boni estoit Tamiral, se li a tôt conté;
Equant l'amiral l'entent, i. riz en a geté;
à une part apiele le mius de son bamé, 10
ci dist à soi meisme: „cist Griu sunt tout denré.*'
„Signor, dist l'amiraus» li Grijois sunt mult fier;
„par le mien enciant, mult sunt bon cheyalier;
„run d'ans ne pot pas l'autre è 1' souscors envoier.
„se vif se laisent prendre, j'en ferai eseorcier,* 15
,,jà ne lor yera^on^ ne boire, ne mangier.
„se par ceste mesure les pooie engignier,
,Je n'en querroie plus à ce! jor gaegnier.'^
si home 11 respondent: ,>faites li euToier,
^quanque de Y lor avons, couperons nous mult cier/' 20
L'amiraus i envoie Savari de Losenge
qui de la soie part U dist et fait entendre
que les manaidera, se vi se laisent prendre;
et se les prent par force, il les fera tous pendre*
^comment, dist Tholomes, me vient-il dont atendre; 25
„se par tans ne s'enfuit, de nos l'estuet desfendre.
„quanque de 1' notre a pris, je 11 euîc cl cler vendre
„que U avoirs en ert au partir fors à rendre,
„quant istera de 1* camp et il verra descendre.
„mult plus que il ne culde, iert notre tiere* niendre."30
Li mes resunt monté, qui* l'amiral ont dit
que je ne se rendront, si seront desconfit,
quant l'amiraus l'oi, k ses bomes en rit
et jure tous ses Dex, c'onques tel gent ne vit,
qui conbatre se voelent et si sunt-ils petit; 35
vil. tans sunt-ils' de gent qui trestout sunt eslit
1) Dtmê dinê. 2) rêiOM. 3) manatdiêr. 4) veerai. 5) perte, 6) «.
7)
BATAILLE DB BABILONB. 407
,,Signor/ dist ramirau8, ceste bataille Yoel;
„desconfire me quident Grijois par lor orguel
^aucuns n'en estordra, se dedens ne vus cuel. '
,,Te8 Lincanor laiens qui s'arme sour le suel;
,,devant moi prist men frère, que le virent mi oel, 5
F. 63' „et me donna tel cop que encore m'en dueL
,Je ne puise passer de mon palais le suel,
„8e jou sen cors puis prendre, l'encauderai ne I' buel.'' '
„Signor, taxi l'amiraus, je vus prie et recort
„que de ceste batalle me dones tout confort. 10
„de ce vregier laiens voi iscir Lincanort,
„desor son ceval noir, son confanon destort;
„devant moi prist mon frère et me dut avoir mort,
„maudient moi mi Deu, et men cief et mon sort,
„se jà de cest marcié envers II m'en acort. 15
„gardes qui 1' "pora prendre, que le cief en aport.'<
Grijois se sont armé tos et isnelement,
n'orent. que vii. escieles qui mult furent polgent,
et cil de Babilone s'armèrent ensement;
lor bataille devisent et furent plus de c. 20
„signor, dist Tholomes, d'une riens m'espoent,
„c'Alixandre8 ne Y set, qui as très nos atent.
,Jà nos done-il tout quan que gaagne et prent:
„nos armes sont couvertes et d'or fin et d'argent.
„ et l'amiraus nos mande, mort somes s'il nos prent; 25
„* or fera vilonie cascuns, s'il ne s'i venf
Tholomes est armés è 1' vair de Calidone,
que le teste t>t plus noire que n'est i. grains de poivre,
se il trouvast à tans tous caus de vers Licome,'
mult se cuidast cier vendre, de cà bon testimone; 30
mais ne furent que m. de caus de Macidone,
et bien Ix"^ de caus de Babilone.
de joster à mescief i ot mnlt grant^ essone.
Quant li Ix"^ sunt o les m. jousté,
n'i a gaires nul d'aus, n'ait le sien enversé. 35
cui caut? car trop sunt poi, n'i ont gaires duré.
1) kim s ÈMmêi^oei. 2) ^§n emMèrt m T hoéW 3)#'«ifl«il fiunni, I
am cU de la gulê ffriyhùuiê. 4) ne iinrmU nui. ,
408 BATAILLE DES DADILONB.
de le noise, des cors et de pouvre leyé»
et de r* fu des cevaus qui erent Iressué'
este-Yous l'air de Y ciel espessi et mué.
à paines se connoissent, quant se sunt esgardé;
o tout cou que il sunt de laste' mult grevé. 5
l'amiraus i a fait auques sa volenté;
de caus qui pris n'i furent, sunt liplusior navré,
d'une part se sunt trait Dans Clîns et Tholomes;
quant Tholomes voit cou >qu'il Font de 1' camp jeté,
de le honte qu'il a, a si le sanc mué ' 10
que è r cor» li flajele, dont a i. poi ploré.
le lance sor le feutre, a le vair galopé;
è r cief de la bataille a le roi encontre,
grant cop li a doné sur son escu bendé
que tout li a fendu et l'auberc dessafré, 15
. et voiant l'amiral a celui mort jeté ;
iii. chevalier s'eslaisent, dont li ii. sunt navré,
*sur Tholomé férirent, mes ne l'ont remué.
£ r camp ù li Grîjois sunt navré et vaincu,
* se desfent Tolomes com hom de grant vertu. 20
entre lui et Dant Clin ont l'estor maintenu; .
ceP chevalier s'eslaisent, s'ont Tholomé féru,
son ceval li ocient et li ont abatu.
à tiere ciet pasmés, couvera de son escu;
Dans Clins béneist l'ame qui dedans son cors fu, 25
cuida >que il fust mors quant il le voit ceu ,
ne puet mes endurer, que trop i a perdu.
Dans Clins crie s'ensegne, ne pot avoir solas;
se il fust il et autres, u lui tiers, u lui quars,
de l'aler en l'aide ne fesist hui porcas.*^ 30
il fut très bîen navrés en le teste et es bras;
li escus de son col resanbloit d'Alenas,*
F. 64* de son elme li pendent li quartier et li las.
U amiraus escrie: ,Jà esteries couars;
„n'en sara hui par vous noveles li bastars.'^ 35
et Dans Clins li respont: „vu8 mentes, aire gars;
i) des eors. Z)mw€rêé. 3) ie êoi. 4) troi. 5) pt$Hêi km sot^oi.
6) êâHlê i. viêê iàUvoê,
BATAILLE DB BADILONB. 400
,,miilt sui ore dolans ' quant doloir' ne vus fas/*
d'un tronçon d'une lance lui a donné tel fias,
que iil. dens li dépèce» dont Ai fors li esclars.
l'amiraus fu bleciés, à tiere cai plas;'
si home 11 redrecent, mais dolans fu et mas. 5
Dans Clins point le ceval qui plus va que le pas;^
de r camp s'en est partis par dalés i. marcas.
Dans Clins se part de 1' camp, dolans et irascus.
dusc'au tref Alixandre n'en est ses frains tenu ;
là s'areste li quens, & pié est descendus. 10
Alixandres le voit, contre li est venus,
puis li a demandé: „ii fu li votre escus?*'
et il a respondu com hom aperceus:
„de ce val Daniel sui, n'a gaires, iscus.
„là s'est li amiral as fouriers conbatus. 15
„tre8tou8 caus qui là erent aves^ fors moi, perdus,
„quar l'amiraus les a et* pris et retenus;
„et Tholomes i fu laidement abatus,
„et très par mi le cors de il. espius férus."
quant Alixandres l'ot, mult en fii esperdus, 20
puis jura Dame 1' Deu et toutes ses vertus,
se Tholomes est mors l'amiraus ert pendus.
„Sire, ce dist Dans Clins, por coi vus demores?*
„car secoures vos homes et vos armes prendes,
„et jou vus conduirai, se croire me voles. 25
„ancois que l'amiraus se soit de 1' camp tomes,
„vous jousteres à lui, se petit vus hastes.
„grant ounor i ares, se vaincre le poes."
— Dans Clins, fait Alixandres, ici vus demores;
„ne venres pas en l'ost, car trop estes navrés." 30
— sire, CQ dist Dans Clins, por noient en parles.
„mi conpagnon sunt pris et je m'en sui enblés,
„et se jou n'i aloie, j'ou seroie dervés."
Alixandres est armés et paf l'ost montent tuit.
tos premerains cevauce Dans Clins, li fins Calduit, 35
* si navrés com il est ens è 1' camp les conduit.
1) mclvet. 2) Mën, 3) bai. 4) o le riee hamoê. 6) iouê. 6} de-
mîêniéê.
410 BATAILLE DB BABILONB.
par le vergier s'onbroient et manjuent^ le fruit
et demainent entr'aus grant joie et grant déduit.
iluec Yoelent atendre le froidor de le nuit;
à tant es vus le roi et Dans Clins qu'es conduit
tant i sonnent de cors que tous li yaus en bruit; 5
de caus de Babilone n'i ot i. seul» je cuit,
qui por son cors garir» sor son ceval ne puit.
et l'amiral en jure n'i a nul, s'il s'enfuit,
qui à tout son vivant Babilone ne wit,
*et cens de son lignage seront mort et destruit 10
Quant Alixandres vint, qui dont veist les Gris,
onques Dei ne ibt homme, tant soit poesteis,
s'il les ataint a cop que ne soit mors u pris,
li rois vint tous premiers, de mautalent esprîs,
et l'amiral guencist com hom amanevis; 15
mervUlous cop li done desor son escu bis
que li trous de la lance le fiert en mi le pis;
il l'enpaint par vertu, si li toit les estris.
l'amiraus ciet à tiere, cil' a le ceval pris.
Dans Gins prent le ceval com hom aperceus; 20
quant le tint par les règnes, ne se contint pas mus
et dist à l'amiral: „or iestes vous cens,
F. 64^ „Alixandre8 li rois vous monstre ses vertus;
„mius vus venist encore que n'i fuscies venus.
„o le ceval m'en vois dont estes abatus/' 25
Nabusardans Toi, mult en fu irascus;
il broce le ceval des esporons agus,
l'amiral fet monter è 1' bai qui fu kenus'
et cil de Babilone ont si lor sens perdus
que onques d'ans desfendre ne fu nus pies tenus; 30
tout droit vers Babilone vont lor cemins batus.
quant l'amiraus les voit» tient soi à confundus;
de toutes pars esgarde et voit fuir ses drus.
bien set se il demeure, pris est et retenus;
à le fuie s'est mis, car li cans est vencus. 35
Or s'en va l'amiraus tout iluec* son bamois;
1) MMiil êi demtnênt §rmU kndi ei ^esbanoieni là ei- mm^ni,
2) CUm. 3) grenue, 4) i M#l.
BATAILLB DB BABILONB. 411
de caofl de Babilone. s'en Tont li plus eortois»
et Grqois les encaucent à ceyaus qui sunt frois.
de lor espées nues les fièrent de manois;
onques n'est ^ pot tenir ne bare, ne defois»
à rentrer de' la vile dont li murs sunt espois, 5
les amainent ferant et bâtant iii. et iii.;
les portes de la yile coulèrent' li boijois;
mult en est eoreciés Alixandres li rois;
fait sonner le retrait , si s'en toment manois.
Alixandres s'entorne . quant il voit aresprer; 10
en. son tref descendis si se fait d,ésarmer.
des barons c'ot perdu se prist à desmenter,
li cuers li atenrie, si commence à plorer.
Dans Clins, li fins Caldui» l'est aies conforter.
»,sire, ce dist Dans Clins, ce duel laisies ester. 15
„onques en grant duel faire, ne Yi riens conquester ;
^faites querre les mors, s'es ferons entierer,
„et les navrés feres à yos mires saner.
,,à prendre Babilono poes bien recouvrer/^
— Dant Clin, fait Alixandres, mult saves bien parler. 20
„de cou que .vus me dites, me convient à penser;
,4ou ferai votre los; n'i voel plus demorer.'^
„Sire, cou dist Dans Clins, cou est mult grant confors
„que Aristes est vis. Pilote et Lincanors.
„et cil qui iront querre, aient aighes en lor cors, 25
„que ne soient estaint por le caut qui est fors.''
„et erent o* Tholomé i. petit bors* des mors;
^envers estoit ceus, sor l'escu de marmors,*
„de caus de Babilone i laisa tant de mors
„que ses cevaus estoit è 1* sanc duse'as argors. 30
Li rois i envola et le camp (ait cierkier;
les mors et les navrés truevent par le vergier.
grant pièce loing des autres, le trait à i. arder,
ont trouvé Tholomé sous l'ombre d'un lorier;
couvert de son escu, ne se pooit aidier; 35
à boire li douèrent por le calour laisier,
1) m'tê. Z) mUrui t^a. 3) ont eloêês. 4) tvierêtU, 5) Urne.
6) Mmroê,
412 BATAILLE DE BABILONB.
* à ii. cheyaus li font i. lit aparillier;
droit au tref Alixandre portent le chevalier.
Alixandres le voit, n'i ot que courecier,
puis a dit à i. mirre: „pense de l'esploitier;
,,plu8 te donrai trésor que n'oseras baillier." 5
et cil a respondu :- „ne vus estuet plaidier,
„tout san le. vus rendrai, ancois i. mois entier/'
Par devant Babilone, à mont par devers bise,
sor l'aige de Cobar qui le tiere devise,
iii. liues environ ont le vile* porprise. 10
tous li mons le siuoit par sa très grant francise;
F. 64* li i. por sa largesse, Tautre por sa justice,
larges est Alixandres, sans nule convoitise;
por cou a tout le mont et le gent si aquise
que nus ne vint partir de lui en nule guise. 15
li rois ist de son tref, vestus d'une cemise
et par desous avoit une pelice grise;
esgarde se mesnie bêlement, sans cointise
et a dist Ariste: „nule autre manandise
„qu'il ait en tôt le mont, n'ain-jou tant, ne ne prise 20
„que par aus sui doutés et tous mes voisins brise. '^
„Ariste, fait li rois, mult par ai grant leecce,
„quant jou vois me mesnie plaine de grant vivece,'
„onques riens ne perdi, certes por lor proecce; '
„cis amiraus est faus quant il vers moi se drece. 25
,Je li tenrai si cort si comme ce val on crece,
„ne li lairai de tiere vallant i. grain de vecce.*'
— sire, fait Aristes,* est ains mult grant noblece;
„qui a i. anemi, mult volentiers le blece.''
— Aristes,* fait li rois, dit aves grant proecce; 30
„le roine' d'Egipte vus doins et se rikecce.*'
— par foi, dist Aristes, ci a mult grant hautecce.*^
au pié li volt aler, quant li rois le redrece.
Le roine d'Egypte, le ceptre et le coronne
et trestoute le tiere deçà par devers nonne, 35
Alixandres 11 rois à Tholomé le donne.
1) #*«#! iogiiê H kam rot# fin U tere ot 2) vi9Ue: 3)
4) TMmêê. 5) roUlme.
BATAILLE DE BABILONB. 413
mult est sages li rois, les autres araisone.
„malt puet estre dolans, si com la lettre sone,
„li hom qui premiers ya^ et en après catone.'^
après parla k dus qui fu nés de Calone:'
„que vaut commencement, se li fins ni est bone? 3
nsenrices sans eur ne vaut une escalone,
„quar Salemons le dist en son livre et sermone.''
Asses i ont parlé et derier et devant,
li plusior de folie, de savoir li auquant,
„signor, dist Alixandres, oes que jou commanL 10
„demain soies levé à l'aube aparissant,
„conraé de vos armes comme gent conbatant;
„quar ne vauroie mie que Tamiraus se vaut,
„*que je perde par lui la monte d'un besanL"
lor parole ont fine, si Tout laisié à tant. 15
il a demandé Tiave, on li porte devant;
ses mances tout por Tiave ' 11 tienent doi enfant,
quant li rois ot mangié, s'apielaElinant;
por lui esbanoier li commande que cant
cU commence à canter issi com li gaiant 20
vaurent monter au ciel, comme gent mescréant.
entre les Dex en ot une bataille grant;
se ne fust Jupiter, o se fundre* bruiant
que tous les detrenca, jà n'eusent garant,
quant Alixandres Tôt, si respont en riant: 23
„quant li sires vaut auques, si home en sunt vallant.*'
Li rois se va coucier à déduit et à joie;
sour lui ot estendu i. couvertoir de soie,
par matin est levés por esploitier sa voie;
ses escieles devise, -toute se gent conroie. 30
Tholomes va avant,* mult doucement li proie
que Tangarde li donc et li rois li otroie.
„mais gardes, fait li rois, que n'i cores fl proie;
„trop ai or et argent et denier et monnoîe.
„poi pris l'autre gaag, se la cités est mole.'* 33
— sire, fait Tholomes, fos est qui vous guerroie.''
F. 64' Li rois fait cors sonner et li grans os s'esfroie.
1) eorî. 2) ^BêCâlone. 3) Imi eam Itnê. 4) /btuTr^. 6) if ils.
414 BATAILLE DE BABILONE.
Alixandres cevauce qui pas ne se desroie,
Lincanor apela ki le crine ayoit bloie,
puis li dist en riant: „se Dame 1' Dex me voie;
„qiii quert autre rikecce, malement ss desroie/*
Ensi com Alixandres l'ot conunandé le nuit, 5
levèrent par matin et si s'armèrent tuit;
es cars et es caretes sunt li angien conduit,
et li autre soumier n'alèrent mie mi]
* ancois portent le pain et le Tin et le fruit
quant l'os dut aprocier, de cors i ot tef bruit; 10
Alixandres s'apuie sor Clin le fil Caldnit,
se 11 dist en riant: „or Yoi le mien déduit,
„quant Toi me gent armée qui por nului ne fiiît.''
Dans Clins a respondu: „sire, ne tus anuit;
„Tus dites Térité et jou mult bien le cuit. ' 13
„gent qui ont bon signor, ne seront jà destruit/'
Alixandres monta è Y destrier Castelain;
il esfoit trestous blans, por cou claiment aubain.
conreés de ses armes, roriflambe en se main.
dcTant lui fait sonner se buisine d'arain; 20
ces Talées résonnent et li tsI et li plain,
dusques en Babilone Toirent li citain.
adonques sorent bien et furent tout certain
qu'il aroient le siège anque nuit, u demain.
Tbolomes et li sien qui ne sunt pas Tilain, 25
por faire l'aTan-garde ceTaucent premerain;
après Tont li soumier qui portent Tin et pain.
Ce fil è r mois de Mai que florisent gardin,
que cil oiselet cantent souef en lor latin.
souTcnt est coureciés qui a mauTais Toisin, 30
Famiraus se gisoit sor i. perron marbrin,
par deTant le palais, desous l'ombre d'un pin;
quant il ot le nouTiele, mande par i. deTin;
por faire sacreflxe Tont au temple Apolin.
i. tor i amenèrent plus de x. Sarrasin; 35
quar de celé bataille Toelent saToir la fin.
Li clers fu nés d'Egypte, bon ne sot plus de sort
et es respons as Dex se floit-il mult fort.
BATAILLE DE BABH^ONB. 4|5
le sacrefixe a fait lés le temple, en i. oit;
une vois Tint de Y temple qui issi d'un regort
et dist à l'amiral: y,nouYele vus aport.
„yus ares muH grant droit et Alixandres tort;
,,mais de cou ne tus caut, Tenus est à sa mort. 5
y^mais comment il morra, noient ne tus recort«''
quant l'amiraus Toi, si ot mult grant confort
et a dit à Sorin, i. roi de dcTers Nort:
„Apolins* m'a mandé que jou me reconfort ,
„qu' Alixandres ert pris et tout si home mort" 10
Sorins fu rices home, rois des AmorsTis,
et ot en sa conpagne plus de m. Arrabis;
n'en i aTdt i. seul ne fust preus et hardis.
Sorins parla premiers com chcTaliers gentis
et dist à l'amiral: ,,tous soies tus hounis 15
„se faites malTCs plet; dont n'estes bien garnis
„de pain, de Tin, d'aTaine, de Taces, de brebis,
„cheTalier8 et serjans, preus et amancTis;
„de trestout cou estes-TUS bien garnis,
„* Tenus est à sa mort, li Diex n'i ert faillis. 20
„car i. de ses respons ne fu onques desdis/'
Or a parlé Phales qui d'Egypte fu sire,
et a dit l'amiral tôt bêlement, sans ire:
F. 65* „tant aTcs chcTaliers caiens de tos mesnie;
„ce sera gran menrelle, se tus puet desconfire. 25
„Tus aTCS tel cité qui a en Tis enpire;
„mande6 i. capelain, faites i. brief escrire,
„et quant il ert escris et seelés en chire;
„se truist ens Alixandres, quant il le fera lire,
„se n'ist de Tolre tiere, liTrés ert à martire, 30
„n'i ara nul des siens qui n'ait mestier de mire/'
Puis parla Macabrins qui fu roi de Nubie;
toute le jouene gent aToit en sa baillie,
Talles ert et s'a mult pris de ceTalerie,
et dist à l'amiral: „ce ne tus los-je mie, 35
„que on jà i enToit, car ce seroit folie.
„Alixandres est près, ci a liue et demie;
1) MëhûmM.
416 BATAILLE DE DABILONB.
„iii. tans aves de gent millor et plus hardie.
,,que jà le requerra, Apollins le maudie.
,»alons nous ent vers lui à bataille furnie;
»,yenus est à sa mort, sa gens sera honnie.
,,li parole no Dea ne sera jà falie. 5
„Alixandres est plains de mult grant fléonnie;
,»il n'aregne nului, ne nului ne deafte,
„ains vint de tout le mont avoir la signorie.
,Jà n'i envoieres, coi que Fales vus die.*'
Lors se dreca en pies Saligos li barbés; 10
rois estoit de Saba; c. ans avoit pasés.
sages fu de consel et par armes dotés,
et dist à l'amiral : ,,i. petit m'entendes.
„Phales a mult bien dit; i. brief i trametes
„par ii. de vos barons ricement atomes, 15
„que wide notre tiere et nôtres iretés;
„et se cou ne yiut faire, ore le desfies,
^chevaliers aves bons, hardis et adurés;
„cou qu'Apolins a dit se ce est vérités,
„dont sai-jou que U ert u mors u afolés. 20
„il cuide avoir Persans et Indiiens trovés,
„mais il n'i para mie, se à nous ert joustés.
„as brans d'acier forbis ert ses orgius matés.*^
Au consel Saligot se tienent li baron,
et l'amiraus meisme loe ceste raison. ^ 23
il en a apielé Acarin et Sanson;
cil erent chevalier, andoi de sa maison,
le brief a fait escrire sans noise et sans teneon
et dedens le seel a mis le quaregnon;
mais ne li mande mie point de delision, 30
mais selonc se déserte li mande guerredon;
et en après li mande par grant aatlson:
„Alixandre, or entent. Sus au roi Felippon.
,Jou te manc et commanc, n'i fai arestison;
„va-t-ent, hui u demain, hors de ma région. 35
„et se tu ne 1' vins faire, je jur mon Deu Mahon,
„venus ies à ta mort, à fe conAision
„et te gens est venue à grant perdition.
lATAiUiE M BABILONB. 4t7
„ce ne sunt pas Yndois, ne Persant li félon
„qui lor- signor Daire ocisent en traiaon/'
Quant cil orent oi le commant l'amiral,
il furent mull sage home et cortois et loial.
apparillier se Tont ambedoi li yasal, 5
cescuns d*aus a vestu i^ bliaut de cendal;
afulés ont mantiaus de pale emperial.
lor palefrois amainent lor escuier loial;
F. 65^ li lorain et les sieles, li bouton de Y poitral
sunt tout fait à or fin, de pieres de cristal. 10
bien sunt apparillié ambedoi li yasal;
le congié demandèrent, n'i font plus lonc estai.
montent es palefrois et iscent dou portai,
et fait traire cascuns devant soi L cevaL
Alixandres estoit lés le plain, es costal; 15
enyiron lui estoient si baron natural
et faisoit i. tref tendre, que li caus li fait mal.
Li pavillons le roi sist sor une fontaine
qui sort dou cief de Y val, si est et douce et saine,
de Tost fu contre val la rivière si plaine 20
que sorveoir les porent li mesage à grant paine.
Tholomes et «a gent qui n'est mie vilaine,
cil se .sunt herbregié vers le tiere foraine
et voient le cité dont li mur sunt d'araine,
le caroi devers Tiave qui le vitalle maine, 25
le pain, le vin, le car, le forment et l'avaine;
le mesnie areste, icele fu daraine.
Tolomes premerains en Tangarde est montés,
ensamble o lui mena xx. chevaliers armés,
les mesages roiaus a premiers esgardés, 30
puis lor a demandé: „dont lestes, ù aies?''
Acarins fu mult sages et chevaliers membres,
il li a respondu: „vu8 le sarès ases;
„de Babilone somes qui est mult fors cités,
„messagier l'amiral qui sire en est clamés. 35
„i. brief nos a cargié, votre roi ert portés;
„or vus proi par amor, dusc'à li nos menés.
„quant li bries l'amiral li sera présentés
U Eovwuu ifAnxÊÊin. ^^
418 BATAILLE DE BABILONB.
„et il Tara fait lire, adont savoir pores
„que l'amiral li mande, se savoir le voles."
Tholomes li a dit: „bon conduit i ares/'
dusc'à r tref Alixandre les a tous ii. menés;
cil ont lor palefrois as escuiers livrés. 5
Alixandres estoit en son tref aceutés
et ot environ lui de ses millors privés;
Acarins a parlé, ki fu preus et sénés.
„Mabomme, li grans Dex qui tous nos puet sauver,
„qui fait quaut, quant il viut et quant il vint, gieler, 10
»,et Apolins li Dex qui aine ne vot fauser,
„qui les respons li dist, que n'i viut demorer,
„icelui devons nous et croire et aourer;
„il gart notre amiral de mort et d'afoler."
„0r entent, Alixandre, que te mande mes sire; 15
„il t'envoie i. brief, seelés est en cire;
„par conseil de ses houmes li fist faire mes sire.
„fai le seel brisier et fai les lettres Jire,
„et se ne le vins faire, ice te puis bien dire:
„se ne màes sa tiere, tu en seras li pire, 20
„et trestoute ta gent en recevront martirc.**
quant Dans Clins Ta oi, de mal talent sospire,
et Tholomes meismes en commença à rire.
Alixandres Toi, si coumenca à dire:
„gardes, fait-il, signor n'i ait corons, ne ire." 25
MESSAGE DE L'AMIRAL
€1 dtot si eom 11 amlraus de Perse eiiTola à jàll-
^ XAudre unes lettres par Aearin et flauffon*
F. 65^ Li roîs a pris les lettres» s'en brisse le saiel;
quant ot lire les lettres, si rist sous son mantel
et a dit as mesages: „j'ai veue le piel;
„ramiraus me manace de mort par son revel.
^montes es palefrois, n'i ait mes autre apiel, 5
„et dites l'amiral: Tenus sui de nouviel.
^demain par matinet passerons le moncel,
»,et prendrai le cité dont li portai sunt biel.
„ne li lairai après ne dognon, ne casliel;
„tel parole m'a dite dont il ment è 1' musiel. 10
»,se le tieg en bataille, se n'a ceval isniel,
„de m'espée trancant li donrai tel eenbiei
„dont il ara sanglent, je quic, le hateriel.
„jou ne m'en irai mie, ne jou, ne mi dansiel,
„desi que j'aie prise le fort tor de Babel 15
„que firent li gaiant de cauc et de quariel.*'
Li mes s'en sunt iscu; pris sunt li palefroi.
Acarins fu mult sages et cortois de sa loi
et dist à Tholomé: „biaus sire, entendes moi.
„YUs nos aconduisistes bêlement, sans desroi; 20
„or, nous raconduies." et cil dist; ,je l'otroi.**
plus de liue et demie les conduist sans esfroi
et furent avoec lui chevalier xx. et iii.
Tholomes s'en retorne et cil en vont leur voi.
27*
420 MESSAGE DE L'AMIRAL.
li i. dit à Tautre: „ci a orgillous roi;
„8i homme l'aiment mult et de cuer et de foi.
„8i com il nos a dit et jou très bien le croi,
,»nou8 arons le matin i. orgillous bufoi/^
Li mes se sunt venu en Babilone errant; 5
ce fu i. mult petit devers solel coucant
et voient l'amiral desour i. pin séant
li mes sunt descendu, Acarins va avant;
par devant l'amiral descendi en estant.
„sire, nous avons fait mult bien votre conmiant. 10
„orgillous est li rois, cevalerie a grant;
„il vus mande au matin, par son l'aube aparant,
^devant votre cité venront se gent poignant.
„tel parole aves dite dont il dist en riant:
„s'il vus trueve en bataille, tel vus donra d'un branc 15
„que de perdre le teste n'avères jà garant'*
Après a parlé Sanses: „sire, ne gabes mie;
„Alixandres est fiers et se gens est hardie.
„s'il ne vous a menti, ne laira ne vus die: -
„Babilone sera par matin asalie; 20
„il l'ara, se il puet, par tans en sa ballie.
„tel parole aves dite dont il mult vus desfie,
„8e il vus puet tenir, il vus torra la vie;
, Jamais ne finera, ne se cevalerie,
F. 65' „desi que de Babiel ara la tor saisie 25
„que firent li galant par lor grant dierverie.''
quant l'oi Macabrins, mult hautement s'escrie:
„teus rois fait à loer, se Dex me béneie,
„qui vint de tout le mont avoir la signorie."
Li amiraus estoit desous l'ombre d'un pin 30
et entour lui estoient tel xxx.^ Sarrasin;
n'i avoit nul, n'eust bon peh'con bermin.
li amiraus estoit' sour i. perron marbrin
qui à iii. caines ert ataciés d'or fin.
Macabrins se dreca, mult i ot bel mescin; 35
jouenes ert, si fu rois de V règne Outremarin,
en sa conpagne furent xx"* Barbarin.
1) X m. 2) ^oiiêt.
MESSAGE DE L'AMIRAL. 421
quant il oi parler Sanson et Acarin,
il sace les atacea de son notantiel porprin;
parla Sarrasinois, ne sot autre latin,
et dist à l'amiral: „crees bien Apolin,
„quar mult par a en lui bon Deu et bon devin. 5
^^scons de la cité tout armé le matin,
y.alons contre Alixandre tout le batu cemin,
„*combatons nos à lui, si le traions à fin.
„qui laira ce consel, je le tieng à frarin.'*
„Sire, dist Salîgos, je sui de grant aage; 10
„si ai oi parler et maint fol et maint sage.
„Macabrins est valles,* si a légier corage,
„8i Tient en Babilone mostrer son vaselage;
„se vus i conbates, orgius sera et rage;
„et se vus i aves ne perte > ne damage, 15
„teus le pora oir qui en dira outrage.
„Babilonne est mult forte, si sera lonc à âge;'
^tost ferons pais à lui par aucun avantage,
„u nous querrons acort par aucun mariage;
„ta fille li donras qui est de haut parage. 20
„s*il s'en estoit aies,' mais k'il eust ostage,
,^h n'aront puis de V votre le monte d'un froumage;
„ne poroit asambler si tos son grant barnage,
„ne revenir jamais en ce pais sauvage;
„quar li destroit sunt grief et sunt fort li passage.*' 25
En après Saligot en a Grates* parlé;
icis fu flus de mère*^ de mult grant parenté,
en sa conpagne furent plus de vii"« armé,
et dist à Saligot: „or vus ai ascouté.
,Jà par mi ne sera icou acréanté, 30
„que nous laions encore câ dedens la cité;
„quar il nos tomeroit à honte et à viuté.
„por c'a dont l'amiral si grant pule mandé?
„en a dit ApoUins lu tous tans dist verte,
„que il en Babilone perdroit sa poesté. 35
„venus ert à sa mort, jà n'en ert trestomé.
1) mwii Jontê. 2) fen ione êêtoge, 3) voMi aier. 4) Cr^es,
5) Meke.
422 MESSAGE DE L'AMIRAL.
„au matin, parson l'aube, soions tout apresté
„et si iseons là fors tout rengié et sîeré.
„et se nous en bataille soumes à aus jousté,
„jou quic que cest besoig arons tost afiné."
li chevalier se rengent, qui mult Font désiré: 5
„ce consel loons tout que Crates a douné."
Or se sunt afié à conbatre demain.
Tamiraus apiela i. sien provost, Soutain,*
et après Torquentin, i. sien cousin germain.
„jou voel que vus soies au main roi castelain; 10
„de le cité garder, de cou soies ciertain
,,que ne nos puist tenir por fol ne por vilain.*'
F. 66^ atant en est tournés en son palais autain;
ricement fu servis de vin, de car, de pain,
tantos com il fu jors et trestout li citain I5
et Famiraus meisme s'en isci hors au plain;
mais li rois et li conte iscirent premerain.
L'amiraus voit ses hommes tous semons de bataille,
primes les chevaliers et apriès le rigaille.
mult heent Alixandre qui tant fort le travalle, 20
n'ont soig que les encloe, ne laiens les travaille;
il ne redotent gaires li, ne sa peounalle;
en Apolin se fient et en sa devinalle.
il demande ses armes, i. chevaliers li balle;
il vesfi i. bauberc, si lace le ventaille, 25
puis a lacié son elme, por férir ne fist faille.
Un ceval li amainent en le place devant,
couvera fu d'une porpre mult rice et avenant,
frain i ot ases bon et biel et avenant;
une siele ot è 1' dos que fisent doi gaiant. 30
les oevres erent faites de l'os d'un olifant,
l'amiraus i monta et a dit en riant:
„Alixandre8 est fos» s'il me tient por enfant,
„qui cuide avoir ma tiere trestout à mon vivant.
„se il a chevaliers et jou en ai autant; 35
„se li sien sunt hardi et li mien conbatant.
,Je ne l'amerai mie demi pié, ne plain gant;
1} freêtrt gorain.
UB8SAGB DB L'AUIRAL. 423
,,¥6008 est à sa mort, signor, por cou me vant.
„ApolliDS le me dist, lui en trai à garant/'
L'amiraus fu mult preus et le corage ot fier»
por cou IlII voit ses hommes de bataille aflcier.
par son droit non apele Macabrin le légier, * 5
que de cevalerie avoit grant désirier;
son hardement voloit prover et essaier:
..prendes, dist-il, tos armes, montes sor yo destrier,
„menes ensamble o vus le rice duc Gaifier»^
,,et en votre conpagne seront vo chevalier. tO
,,puis prendes celé angarde, là sus en cel rocier;
„se vees Tost venir, se Y me venes noncier;
„mes escieles voirai et sierer et rengier/'
Macabrins s'entorna tout le cemin plenier;
après dist tel parole, bien le deust laisier: 15
„ciertes or me deusent li roial aprocier,
„et que se il' nos pueent de Tangarde cacier,
„entr'au8 se poront bien et vanter et prisier.
„*jamais à haute table ne devroie mangier,
„et nos deveroit-on tous à. bouce mangier, 20
„8ans table et sans touaile tout à val le fouler/'
ce nos dist Salemons, bien le puis tesmogner,
souvent s*esjoit mains hom contre son enconbrier.
Tholomes Ten fist puis le jour tôt niencognier,
quar à v^* des siens li fist le camp widier; 25
tel c. i sunt ceu, ne se porent aidier.
Macabrins s'aresta très en mi le cemin,
li dus Crates o lui et x«- Sarrasin,
*lor ensegnes escrient, tôt droit dalés i. pin.
Alixandres li rois fu levés par matin 30
vestus d'une cemise deliié de lin,
et caucés unes cauces de pale Alixandrin.*
Tiave li aportèrent por laver ii. mescin,
et furent ambedoi de fin or li bacin.
este vus Tholomes sor i. mul Sarrasin 35
et dist à Alixandre: ,gou le di et devin
1) $uêni€r. 2) gentil duc Cratier. 3) à twM fif«iM «ïf. 4) à loi
de faiaêin.
424 MflSSAOE DE L'AMIRAL.
„que cil de Babilone nos sunt mult près voisin.
F. 66^ ,,Ià sus en son cel mont, sunt jà II barbarin,
,,ausi vont glatissant com se fuscent mastin;
y,mainte ensegne de porpre i a et d'osterin.*'
Alixandres li dist: ^voles savoir la fin 5
^ravan-garde est votre, Dans Clin' à cest matin.
„se jou par vous i perc vallant i. angevin,
„dusc'à Ix. jors ne buveres de vin."
quant Tholomes Toi, si li fist i. enclin.
Tholomes s^entorna, n'i fist plus lonc séjor; 10
montés est è Y mulet, si se mist è 1' retor.
venus est à son tref, descent de Tambleor;
si homme li ont dit et tout si vavasor:
„quels noveles dires de 1' roi Macidonor?
et il lor a conté com hom de grant valeur: 15
„bones, le merci Deu; fait m'a mult grant onor;
„quar le premerain cop avérai de Testor."
pour sa gent tos armer fait sonner i. tabor,
et vesti i. hauberc, ains hom ne vit millor,
et a cainte Tespée qui fu à Taumacor 20
qui tint en sa ballie le tiere de Labor. •
i. escu li aportent de vermelle coulor;
Tensegne de sa lance li tramist par amor
li roine d'Egypte qui puis Tôt à signer;'
puis li ont amené i. ceval coreor. 25
Este vus Tholomes fors de son tref iscu;
ii.' grailes fait sonner et souvent et menu,
après lui s'en iscirent si ami et si dru,
et furent bien v** quant il furent venu.
Tholomes va avant, com hom de grant vertu, 30
garda sus en l'angarde,^ s'a Macabrin veu.
„baron , dist Tholomes , of m'est bien avenu ;
,J'en voi là i. tout seul, à sen col son escu,
„et tous sens i irai, jà ne m'ert desfendu.
„se demande batalle, n'i ara cop féru,' 35
,Jou i arai bien tos gaegnié u perdu."
1) Tholomeê. 2) qu'U ot puis à oiior. 3) #e#. 4) êor le moniafne.
5) perdu.
MESSAGE DB L* AMIRAL. 425.
et Tholomes s'entorne, ki preas et hardis fa,
les galos de V çeTal par mi le pré herbu.
Dans Tholomes s'en va, qui l'angarde porprent»
et a dit à ses hommes: ,»ceTaucies durement/**
quant fu sus en l'angarde, si parla hautement: 5
„qui estes vus vasal? ne V me celes nienf
et a dit Macabrins: ,Je Y dirai yoirement»
„8e savoir le yoles, par itel convenant,
„que après me dires tout le votre errements'
Tholomes li a dit: „par le mien encient, tO
„se me dites votre iestre et je vus ensement."
— par foi, dist Macabruns, i. hom sui de jovent;
„sires sui de Nubie, de l'ounor ki apent:
„x** chevalier sunt o moi et bien v*-;
„ramiraus me manda et pria doucement 15
„que U venisse aidier encontre votre gent,
„et jou i sui venus prouver mon hardement;
„et se li aiderai se Dex le me consent.
,Jà ne me troveres trop malves, ne trop lent.
„tes sire est orgillous, si fait mult malement 20
„que vint de tout le mont avoir le tenement;
„mais n'ira pas issi de V tout à son talent
„t08t li puet mesceoir, se garde ne s'en prent.**
„VasaI, dist Macabrins, dit vus ai vérités;
,Je sui rois de Nubie et fu mes parentés, 25
F. 66* „et ai en ma compagne x*- hommes armés,
„et sui de l'amiral por aie mandés.
„orgillous est tes sire et si est muU dervés,
„qui vint à tous les autres tolir ses iretés.
„mais cis pais li est desfendus et veés; 30
„se garde ne s'i prent, tos sera afolés.
„dites-moi votre nom, gardes ne 1' me celes.''
et a dit Tholomes: „après main le sares.
„uns des xii. pers sui, si ai non Tholomes,
„et sui de mon signer par ma proecce âmes. 35
„de la bataille m'est li premiers cos donés;
„mult est fiers Alixandres et grans sa poestés.
426 MESSAGE DE L'AMIRAU
Jamais ne finera, cis consaus fu donés,
„$'ara de Babilone prises les iretés»
^et que de tout le mont sera sires clamés/'
— vasal, dist Macabrins, i. petit m*entendes;
„de cou que musars pense, remaint à faire ases." 5
„Yasal, dist Macabrins qui fu rois^ de Nubie,
„et si nos' a mandés Tamiraus pour aie,
„x"- houmes aves en votre conpagnie.
„uus sui des zii. pers ki Tost ont^ en ballie;
„Alixandres est fiers et se gens mult hardie, 10
„toute celé de V mont ne douteroit-il mie;
„por cou doit bien avoir de ï mont* la signorie.
„et qui le contenra,^ mult fera grant folie;
„quar se nus se repent et il merci li crie
„tant par est li rois dous, que mult tos li otrie. 15
„jou sui ses liges hom, s'il est qui Y contredie,
,Je li ferai jehir à m'espée fourbie/'
— par foi, dist Macabrins, or dis mult grani folie,
„et jou vus contredi par ma cevalerie/'
à tant sunt départi, li i. l'autre desfie; 20
oes une batalle par mult grant aatie.
„vasal, dist Tholomes, or faisons cortoisie
„que le pais de nos hommes soit jurée et plevie,
„du8que que ia bataille de nos il soit finie/'
Macabrins apela le rice duc Cratier; 25
le pais li fait Jurer plevir et fiancer,
et Tholomes le fist as siens afiancer.
por les joustes veir font les rens claroier;
Crates fist apieler o soi i. escuier,
à Tamiral l'envoie por dire et por noncier 30
que face ses batalles et sierer et rengîer
et après lui les face souavet cevaucier,
li armé par^ devant, derier' li peounier;
que li rois Alixandres ne se vint pas targier,
à v^* chevaliers les a fait aprocier. 35
Macabrins fu armés et® ot le cors légier;
1) éiH Tholameëf roiê eitei. 2) vu$. 3) mi. 4) 9or tous, 5) eamWê
lui ert, 6) cil à eevat. 7) après. 8) foinl et kroee fut*
HBSSAGB DB L'AMIRAL. 427
son hardement voira prover et essaier,
le ceval esporone des esporons d'or mier,
et a baisié le lance dont li fiers fu d'acier.
en Tesca Tholomé féri le cop premier;
l'anste fu de rosoi, tost le flst pecoier, 3
et Tholomes fiert lui ki fu duis de V mestier;
li espius fu trancaos et Tanste de pumier
♦l'escu li fit fauser et Tauberc desmaillier;
devant ses compagnons li fait siele widier.
Macabrins ot grant honte/ si se vout redrecter, 10
Tholomes le rabat aux pies de son destrier.
*au reuser qu'il fit, ne volt plus delaier
*par li helme le prent qui qu'en doie anoier.
Tholomes le féri à guise de vasal
que tout li a desrout le caingle et le poitral, 13
F. 66' et si l'a abatu à tiere dou ceval;
de Fescu li froisa le brogne contre val,
Tauberc li desconfi et tranca le cendal,
fe* r sablon li fica li elmes de métal;
i. petit fu navrés, mais n'a gaires de mal. 20
Macabrins resaut sus et fu en son estai,
et Tholomes se baise i. petitet à val;
au redrecier kll fist le prist par le nasal,
il l'eust enmené avoec soi iout Tingal,
quant l'escrièrent tout si baron natnral, 23
et meismes Grates ne le fait mie à tal.
Tholomes lor escrie: „tout estes destoial;
„ciertes ancui ores i. dolerous jomal."
por Tholomé rescoure i peignent li roial.
Par le nasal de l'elme fu Macabrins saisis, 30
Tholomes Feumenoit com chevalier eslis,*
garda derière soi et vit m. Arabis,
lor lances abaissiés, de bien férir atis.
ne fu mie mervelle se il fu esbahis;
bien set que se le tienent, que de la mort est fis. 33
Macabrin a laisié, mes ce fu à envis,
nequedent tel li donc par desor le' cervis
1) ire. 2) ꀧ moriex anemii. 3) parquant il li done tel eof ênê é l\
428 MBSSAQB DE L'AMIRAL.
que Macabrins à tiere cai tous estourdis
mais tos resali sus corn chevaliers hardis;
venus est au ceval, si est desus salis.
et Tholomes escrie s'ensegne à mult haus cris
et li sien sunt o lui, o les aciers^ brunis. 5
as espées d'acier fu Testors esbaudis,
li v«- ont les m. si fort* cuvais,
Tangarde fu laisié et li cans fu guerpis.
li dus Crates le voit, celé part est guencis;
il broce le ceval que on claime Pcrlris,* 10
va férir i. Grijois devant, en mi le pis;
se Tanste ne brisast, tous fust de la mort fis.
nequedent de V ceval l'abati è V iairis,
puis li dist en ramprosne, corn hom de sens garnis:
„autre ceval querres, que li siens* est falis." 15
quant le voit Pindarus, si com dist li escris,
se ne le puet vengier, tenra soi à bonis.
Pindarus est bonis se n'en prent le venjance;
il broce le ceval par fière contenance,
por vengier le Grijois durement s'en avance 20
et va férir Crates, i. duc de grant poissance.
l'escu li a percié, trance le connissance,'
l'auberc li desmalla, aine n'i ot arestance.
i. petitet le navre, è Y blanc, desous le pance,*
et toute en fu vermelle li blanque connissance. 25
à tiere l'abati sans nule demorance,'
puis li dist par ramprosne: „ce soit li pénitance
„de cou que vous aves passé le convenance,
„que vous à mi jurastes et fesistes fiance.
„fos seroit qui en vous aroit jamais créance.'^ 30
puis a pris le ceval, qui que tort a pesance;
le Grijois le donna, se li fist ounerance.
quant le voit Tholomes, si ot au cuer pesance,®
quar il l'avoit mult cier; nori l'ot en enfance.
Des m. et des v^- fu mult grans li mellée; 33
1) êêpix. 2) forment, 3) pd n'en mte fainli*. 4) car eis vwe.
5) #M# fiii/« iemoranee. 6) ear hien tranee Ut lance, 7) déhitmee.
9i Jaimee.
MESSAGB DB L'AMIRAL. 429
maint cop i ot fera et de lance et d'espée.
li m. sunt trait arrier, l'angarde ont avalée.
Tamiraus quant il ot le noyele escoatée,
F. 67* que II escuiers ot de par Crates contée
ses batalles conroie, s'a sa gent ordenée. 5
li mesnie^ Crates est d'une part tomée
et li gens Macabrins s'est d'ilueques toraée.*
à son signor en est sus en l'angarde alée,
et l'autre esciele après fa Fale' commandée;
et cil fu rois d'Egipte et de grant renomée. 10
le tierce esciele après a à Moab donée;
Sorains* conduist le quarte ki bien fu ordenée
d'armes et de ceyaus, à loi de lor contrée.
et Saligos le quinte; oele fu mnlt dotée.
Sanses^ et Angelins* ont le siste menée; 15
l'amiraus le setisme, là fu grans la mellée,
et fu environ lui se mesnie menée.'
grant joie ot l'amiraus quant îl l'ot esgardée.
lors fu à l'estandart li buisine sonnée;
plus de m. graile sonent tout contre val la prée, 20
li montagne tentist, résone la valée;
li amiraus cevauce, s'a grant joie menée.
*Les escieles cevalcent tôt contre val la voie
tout souavet le pas, que nus ne se desroie;
quant le voit l'amiraus, au cuer en ot grant joie, 25
à tiere s'aresta, sor Acarin s'apoie.
„ciertes, fait l'amiraus, son trésor bien enploie
„qui le donc à tel gent qui onques ne s'esfroie
„de son service faire; iteus gens est la moie.'*
là dedens la cité fist remanoir la proie, 30
et li rois AKxandres le soie gent envoie
quant il oi nouvieles que Tholoroes® tornoie;
toute l'os estormist qui devant estoit coie
*la grant cevalerie durement s'en esfroie;
^cascuns des xii. pers sa bataille conroie 35
1) eimpagfu. 2) ilhee ieêeuvrée. 3) Fares, 4) Soudan*. 5) Alainê,
6) HorifMn 7) frivé^, 8) Pangarde,
430 NB8SAGB DE L'AHUAL.
*et issirent des tentes; mis se sont à la voie,
la bataille sera, se il est ki les croie.
Ore s'en vont armer li xii. conpagnon;
Tholomes est li disme, ce conte la licon»
que jà s'en est iscus à guise de baron, . 5
il avoit commencié Testrif et le tencon
là b Macabrins ot ficié son confanon,
0 les m. Arabis, le trait à i. bovion.
quant il furent armé, corent à esporon,
trestout à Alixandre por oir sa raison, 10
de la bataille faire, par tel devision,
que cescuns se metra de sou cors à bandon.
H rois en apiela premièrement Clincon,
de la première esciele li otria le don;
le seconde livra Perdicas le baron; 15
doucement li pria et par grant guerredon
et gart que on n'en cant nule maie cancon.
Le tierce esciele baille Phiiote le yallant;
en toute Fost n'avoit nés i. mius conbatant;
en sa conpagne avoit chevalerie grant 20
este vus Ariste devant lui, à poignant,
et fu très bien armés sor i. destrier corant.
„Aristes, fait li rois, le quarte vus commant."
quant Toi Aristes, si respont en riant:
„jou m'en irai deçà, par deviers le pendant; 25
„se jou truis l'amiral et il me vient devant,
,je li donrai tel cop de m'espée trancant,
„que le vous renderai u mort u recréant,
„u il fera de moi, se il puet, autre tant.**
Antigonus s'arma de jouste le rivière, 30
car ses très est tendus en une mareschière.
vestu ot i. hauberc qui fu fais à Baiwière,
F. 67^ et ot laciet i. elme qui fu de tel manière ,
plus estoit durs que pierre et plus clers que verrière,
et va les grans galos poignant par le rivière; 35
il soufrist bien à corre une jornée entière,
d'une porpre vermelle ert faite sa colière;
après lui se mesnie mult orgillouse et fière.
nBSSAGB DB L'AMIRAL. 43t
poE paor de nuki, aine ne torna ardère.
et cil mena le quinte M grans est et plenière
et avoit une gent à mervillouse chière.
Alixandres s'arma par de devant sa tente;
il vesti i. aubère qui fu fais à Otrente; 5
il ne quide de riens qui arme par mi sente,
et a lacié i. elme qui des autres vaut xxx.
et a cainte Tespée ki mult li atalente;
montés est è Y ceval dont li siele fu gente.
li jors fu bians et clers, H uq pluet, ne ne vent«, 10
et a dit à ses homes: „gardes, nus n'en repente.
,,8e joa prenc Babilone que mes Dex ne me mente,
,Jà n'i ara si povre qui n'ait mult rice rente/'
E r ceyal est montés Alixandres li rois;
larges fu et hardis et sages et cortoi» 15
et a le siue esciele toute eslite à son cois.
iii. m, arciers i ot, sor bons destriers norois,
*qui moult sorent bien traire et ont ars Turcois«
TMomes en Tangarde fu o v^* Grijois,
que n'ont soig de rivière ne de déduit de bois; 20
quant il vît lor escieles, primes iiii. et puis iii.,
des espérons broca le ceval Espagnols;
flert Craton en l'escu dont li gqige est d'or frois,
et lui et son cevaL abat en i. caumois
Li amiraus cevauce à bataille establie, 25
et li rois Alixandrçs o* grant cevalerie.
Tholomes et li sien ont Tangarde saisie;
Crates et Macabrins l'ont laisié et guerpie.
Phares i. rois d'Egypte, o le gent que il guie,
est venus à Testor, ftst lors^ une asalie, 30
va férir Lisiart sor le large florie;
de l'un cief dusc'à l'autre l'a fendue et quasie.
dou ceval, l'abat jus et en après s'escrie : .
„pité ai des Grijois, venu sunt à folie.''
après Phales s'eslessent cil de sa conpagnie. 35
Phales prist le ceval ki ne l'oublia mie,
puis dist une parole' par mult grant félounie:
1) à. 2) por faire, 3) ramprosne.
432 MESSAGE DE L'AMIIIAL.
„por fiance A signor est mainte gens honfe/'
quant ce voit Tholomes, le soie gent ralie
et enbrace Tescu, tint Tespée forbie;
tout droit après Phales a se règne* guencie,
tel cop li a doné, sor Telme Tesloie.' 5
il en jut à la tiere plas de liue et demie.
quant il Tôt abatu, bêlement le castîe;
„par Deu, dist Tholomes, ne laiiai ne vus die,
,,niius vient A Tourne taire que parler estotie.
„mi homme aront vers vus mult bone avoerie, 10
„mai8 votre gens ara vers vous malt bone* aïe."
Ancois que cil d'Egypte aient Phalet escus,*
d*autre part li Grijois Lisiart li menus,*
fu H est ors mult grans, destrois et angouscous
et nequedent par force les font monter andous. 13
Lisiars est montés desor i. ceval roQs,
et Phales* remonta qui mult fu orgillous.
de sa honte vengier fu mult entalentous;
F. 67* le ceval point et broce par mi le pré berbons,
va férir i. Grijois preu et cevalerous, 20
que lui et le ceval abati à estrons.
Lisiars sist è 1' rous qui por corre ne lase;
il ot le teste mag^, le crupe lée et erase.
il enbrace Tescu et tint le lance basse,
et féri i. des lor que tout Tescu li quase. 23
jA Feust abalu quant li lance li* passe,
puis a traite l'espée, autres! les entasse
com li pecieres fait le poiscon en se nasse.
Signor, or pores vus grans mervelles oir,
quant x»- chevaliers vont les v«* férir. 30
Tholomes ne les pot plus longement* sofrir,
il ne pot arester, ne ne degne fuir;
lors regarde sor destre et voit Dant Clin venir,
o lui m. chevaliers; ce Ta fait esbaudir.
Dans Clins baisa sa lance, si les va envair, 33
1) f^iffnê à Phales qui #e re^é a. 2) qui verdie. 3) de vous mrm
WMdvmêê, 4) Pkaret rescoue, 5) famorouê. 6) Fores, 7) outre. 8) si
H sisu ne forst^ mUe,
MESSAGE DE L'AMIEAL. 433
plus d'une arbalestrëe a fait le renc frémir.
cil ki ciet en le route ne pot onques garir
que tantes ne fust pris u li estust morir.
Dans Clins en féri i. por mervillous air»
que Tescu li estroe, Tauberc fait désartir; 5
à Tabatre li flst Famé de V cors iscir.
jamais n'en osast nus ne torner, ne guencir,
quant li rois de Saba les a fait resortir.
u RouuM i'AUziBJr*. ^®
MORT DU ROI SORIN.
€1 Mmt mi com DaiM Clins tranea le tiesto «a rai
Sorlii h V srant esieiir ù U estaient.
Lesciele au roi Sorin i est poignant venue;
celé fu bien armée, toute de fier yestue.
Sorins tint une ensegne^ ki fu à or batue
et broce le ceval qui de corre s'argue
devant trestous les autres, plus que i.' ars ne rue. 5
li destriers ù il siet vivement se remue;
i. Grijois va férir, se lance fu ague,
le caue de son col à caperon fendue.'
par vertu Ta enpaint, la siele ne remue,*
et quant Dans Clins le voit, de mautaleni tressue; 10
se il puet esploitier, ceste li ert rendue,
puis a traite Tespée de novel esmolue,
par desour le ventaille l'en a une rendue;
le teste li tranca et la lance '^ menue;
a icel cop li a le cerviele espandue. 15
Perdicas fu* armés sour i. destrier d'Espagne;
lors broce le ceval, ne quic que mais remagne,
desi mais que sa lance par mi escu enpagne;
va férir Sarragon qui fu de Moretagne,
le lance o le pignon dedens son cors li bagne, 20
à tiere l'abat mort, ne flst autre bargagne.
F. 67' Perdicas et li sien les ont si encauciés,
plus d'une arbalestrée les ont outre caciés.
1) lancé. 2) lone e'tin. 3) que 9a targê H a et fauseée et fenéue,
4) ia sele remeet nue, 5) cot/e. 6) «ttf.
MORT DU ROI 80RIN. 435
teus cai en la presse, puis ne fu redreciés;
des escus et des lances est tous li cans jonciés.
là peuiscies veoir et tant pug et tant pies,
tant ceval estraier et tant arcon widiés.
quant le voit Macabrins, mnlt en est esmaiés 5
et a dit à ses hommes: ,,à mesure soies.
„Yus perdes toutes eures et riens ne gaegnies;
„or estes-Tus hounls, se vus ne yos vengies.'^
lors broce le ceval, vers lui est eslaisiés
va férir i. Grijois kî s'est tart avanciés; 10
tel cop li a douné, ses escus est perciés,
li haubers de son dos desrous et desmalliés.
li Grijois ciet A tiere, durement est bleciés.
quant le voit Macabrins, mult en devint haitiés,
il tint en son puig destre le bfanc qui fu hociés, 15
desi maie manière est à aus acointiés
que ii. en a ocis et iiii. mehagniés;
par tant fu li estors en grés recommenciés ,
n'a talent de juer tous li plus envoisiés.^
A tant es vous Philote devers le destre part, 20
* et fu mult bien armés sor i. destrier liart;
* armes avoit mult bones, n'a de fauser regart
en toute sa coopagne n'ot chevalier couart,
m. furent es cevaus, à cascun en fu tart
de férir en l'estour u de lance, u de dart. 25
devant laisent Philote aler jouster soi quart,
entre lor anemis commencent lor escart;^
ausi bruient lor lances corne une sèce hart.
Philotes lor ocist au premier cop Rohart,
frère' le roi d'Egypte, féri si d'un fausart - 30
que l'escu de son col par mi le liu* départ.
Macabrins fu bleciés et Phares fu navrés;
li dus Crates s'enfuit sor sor son ceval armés.
m. s'en vont après lui, de conbatre ont asses;
de tous caus ne fu puis i. tous sens retornés, 35
quant lor vmt au devant Saligos U barbés;
à X** chevaliers les a cil encontrés.
1) meh^gnéë. 2) têiort. 3) Far$t 4) el Vmtktre en ii, moitiéê.
28*
436 MORT DU ROI SORIN.
quant il les voit fuir, si est-il encontrés:*
édites moi, Macabrin, aves Grijois trouyés;
„aves-vu8 tout cou fait dont esties vantés?
„quar asses esloit fors votre bone cités,
„et ki fu là dedens, bien fust aseurés 5
„que ne doutast nului, tant que durast estes.
„bien pooit avenir ancois que fust pasés
„que li rois s*en alast, ains que Tans fust pasés."'
quant Toi Macabrins, i. poi est porpensés.
„8ire, fait-il, jou fui et vus i revenes." tO
Saligos fu armés sor i. ceval morel;'
en toute sa conpagne n'i ot i. si* isniel.
i. aubère ot vestu dont d'or sunt li tassiel,*
et ot en sa conpagne* i. vermel pignonciel,
et broce le ceval et o li m. dansiel. 15
sacies, jà lor rendront i. estor de novel.
Saligos esporoné, tint l'escu en cantiei,
va férir i. Grijois, eus en mi i. tropiel
que li et son ceval abat en i. vauciel.'
quant le voit Tholomes, ne li fu mie biel; 20
i. des lor va férir c'on claime^ Opiniel;
li escus de son col ne li vaut i. mantiel,
F. 68* et lui et son ceval abat en i. monciel.
Saligos* et li sien lor ont damage fait;
plus de ii** en ont abatu è V garait. 25
quant ce voient Grijois, arrière s'en sunt trait.
Saligos esporoné, i. Grijois férir vait,
que Tescu de son col a pecoîé et frait;
si Ta navré è 1' cors qu'il i jeta i. brait.
se' ne fust Aristes li hardis qui bien ait, 30
ancois que s'en partissent i euist malves plait.
celé part est venus, au partir de forfait,
à le plaie c'ot faite vaura-il mettre entrait.
Aristes est venus armés desor vairon,
i. escu à sen col ù ot paint i. lion. 35
- tout ensamble s'en vont il et si conpagnon;
1) Mcriés. 2) et treêto» ꀻ banUê, 3) novel. 4) plue, 5) eiwêl.
6) en ion êa lanee. 7) moncel. 8) eUmoit Pynoiei,
MORT DU ROI SORIN. 437
yoit caus de Babilone qui mult li sont félon.
Je conpagne des Grius ont mis en tel fricon,
se ne tornent en fuies, jà n'aront raencon;
il les ont jà caciés le trait à i. boTion,
quant Aristes i vint qui oi le tencon; 5
il a baisié le lance à tout le confanon,
va férir Saligot par de jouste Tareon,
de r fier li met è V cors et de Tanste i. tronçon.
Saligos est ceus tous envers è Y sablon.
Aristes fiert i. autre è V pis, sor le menton, 10
par mi le cors li met le fier et le pignon,
dou ceval Tabat mort, par delés i. buison.
Saligofr fu navrés ë Y cors, mais nequedent
paor ot de la mort, à son ceval se prent.
montés est par l'estrier qui fu fais à argent, 15
grant paor a li rois pour la plaie que sent,
de Tester est isscus par mi toute sa gent,
fuisent à esporon que nului ni atent.
quant l'amiraus le voit de la plaie sanglent,
contre lui est levés ^ et li dist bielement: 20
„Saligot, biaus amis, par le mien encient,
„navré8 estes à mort, dont ai le cuer dolent.
„se jou puis esploitier, j'en prendrai venjement.''
lors fait souner buisines et de cors plus de c,
et li rois Saligos de son ceval descent. 25
L'amiraus fait souner ii. buisines à glas.
„sires, dist Saligos, en le bataiUe iras;
„or pense dou bien faire o le droit que tu as.
„se tu bien ne t'i gardes, tu t'en repentiras,
„que li homme Alizandre ne furent onques las. 30
„lor ceval sunt isniel et coureor et cras;
„ù il voient tes hommes, si les fièrent à tas.
„ancois que none soit, ne li solaus en bas
„il rompent lor aubers autresi comme dras.'^
— par foi, dist l'amiraus, tout cou me samble gas. 35
„li respons ApoUin ne nus fausera pas.
„tu les navrés à mort, por itant t'en iras.*'
1) vemuê.
438 BIORT DU ROI SORIN.
•»
or s'en vait Tamiraus tout souavet le pas,
et Saligos apiele le bon mire Ypocras;
dist lui: ,Je te donrai de fin or x. hanas
„et X"- cevaus, se de cest mal respas."
Or s'en ya Tamiraus tout droit à la batalle, 5
de sa gent a perdue, mes de cou ne 11 callé;
en Apollin se fie et en se deyinaille.
le ceval point et broce, ne laira ne Tasaille;^
va férir à Grijois è 1' pis sor le coraille,
F. 68^ et le fier et le fust 11 met par mi l'entralle; 10
Tauberc qu'il ot yestu li desront et desmalle,
il escrie s'ensegne: „Apollins nos 1 yalle/'
Droit apriès l'amiral este yous Apolin;'
mult ayoit grant fiance è Y respons à 1' farln,'
dësque cl l'ont tenu trestout à bon deyin. 15
ses ceyaus fu tous hoirs et furent blanc II crin;
ses escus fu yermaus, à i. cantiel hermin,
et ot en son sa lance i. confanon porprin;
ya férir i. Grijois en sor l'escu d'or fin,
que mort l'a abatu par delés i. sapin. 20
estes yous apriès lui Sanson et Toquentin;
11 i. fiert Llsiart et 11 autres Maurin.
tout desconfis les cacent dusqu'à le roce Arsin
ù 11 rois Macabrins fist l'angarde bui matin;
l'amiraus leA encauce, o lui m. Sarrasin. 25
Tbolomes retoma à mont lés i. chemin;
Acarin ya férir de son branc acèrin,
ne 11 yalQ ses elmes une colfe de lin,
si que mort le trebuce desous 1. aubespm.
Acarins fu ocis par tel mésayenture; 30
nequedent l'amiraus, tout à desconfiture
encauce les Grijois, tant com 11 mons 11 dure;
il n'I a si hardi de retorner ait cure,
lors yint Antigonus par ml une couture;*
o lui m. cheyaliers ylenent grant aleure. 35
quant Dans Clins l'a yeu, mult en ot grant ardure
et dlst à Tholomé: „cou est mult grans laldore
1) t'en aiiie. 2) Aearinê. 3) Apoiin, 4) par une eoveriure.
NORT OU ROI^ SORIN. 439
„que nous issi fuions por icestc friture.*
,»mult a mal enploié li rois sa noreture;
„se nous perdons s'amor, ce sera bien droiture."
lors poignent, lés à lés, tout droit à desmesure
et tint cescuns Tespée par mi Tenheudeure, 5
et fiert cescuns le sien très par mi le faiture;
des cevaus les abatent tous ii. à tiere dure.
,,Dan8 Clin» fait Tholomes, querre lor sépulture,
„quar les armes ont jà pris en infier masure.*'
A celé course vint Antigonus' li ber; 10
m. chevaliers 0 lui ki mult font à douter,
plus de m. en ont fait à tiere reverser;
ensamble 0 aus i peignent trestout li xii. per,
si fort les encaucèrent qu'il les ont fait verser'
dusques à Testandart, n'i pot nus demorer. 15
or poes grant mervelle oir et escouter;
ains de si grant ester n'oistes mais parler,
là peuscies veir et puins et pies coper,
les cevaus estanciés^ par le canpagne aler,
tant chevalier sor Terbe et cair et verser, 20
tant ruste cop férir, tant ensegne crier,
et tant dôlerous plaint et tant souspir jeter,
mult fu preus Tamiraus por estour endurer;
or fait à l'estandart ii. buisines sonner
et si a fait ses hommes rallier et sierer, 25
que nus des chevaliers ne puët entr'aus entrer,
et se il si enbat, que il n'en puisse aler.
Signor, à l'estandart,* là fu li recouvriers;
li cans fu larges, grans et vestus de princiers,
l'amiraus fu mult preus et de cou costumiers, 30
avoec lui Macabrins et Sanses et Cratiers.
le va férir Pilote* sor l'escu de quartiers;
F. 68^ quant il se départi , ne remest mie entiers ;
sanglente en fu li anste, li fi^rs et 11 aciers.
Philote ciet à tiere par mi les paouniers, 35
par le règne de pale fu saisis ses destriers.
1) vêomê por eêêie grani faiture. 2) EmmUduê. 3) foni rêUiér.
4) #m# êignor. 5) l'amirai. 6) Filote r« férir.
440 MORT DU ROI SORIN.
l'amiraus s'aresta comme bons chevaliers,
il le quida^ bien prendre quant li crut' enconbriers.
Lincanors esporone qui ne fa pas laniers,
ancois que il s'en parte, fera arçons widies;'
ya férir l'amiral qui estoit fors et fiers 5
qu'il est caus à tiere, entre ii. boutonniers;*
puis a pris le ceval dont il estoit mestiers,
et le donna son frère qui monta Yolentiers.
Entre ii. boutonniers fu l'amiraus ceus;
se li rois Alixandres i fust ancois venus, 10
li amiraus fu mors et en camp* retenus,
este vus à poignant plus de m. de ses drus;
le ceval li rendirent dont il ert abatus.
cil qui ot gaegnié fu mult tos reperdus,
li amiraus monta, kl s'est* aperceus, 15
et broce le ceval des e&porons agus;
va férir Tholomé, dolans et irascus;
desous le boucle d'or fu perciés ses escus
à tiere Teust mis, se ne brisast li fus,
et Tholomes fiert lui de 1' branc qui fu moins. 20
mult par fu bien l'estors d'ambes ii. pars férus,
de sanc et de cierviele fu mult grans li palus r
grant force ot l'amiral quant ne s'est remeus.
*chi refu li esters de ii. pars bien férus,
et li Grijois les fièrent de lor acier moins. 25
Macabrins esporone le destrier de Castiele,
plus tos le fait aler que ne vole arondele;
va férir i. Grijois, l'escu 11 escantiele^
et l'auberc li fausa par desous le mamele.
après li a trancié et cemise et gonniele . 30
et le fier et le fust li met desous le siele ,
que par derier le dos li a mis l'alemele;
en paint le de vertu, jus le met de la siele,
puis a traite l'espée ki luist et estincele,
et va férir i. autre ki porte i. roiele. 35
autresi le trancia com se fust une astiele;
1) Fiiote crut, 2) vint. 3) tciier Mtriêrê. 4) Bgtinmierê. 5) « loê
friê, 6) eom home, 7) espuartde.
HOET DU ROI SORIN. 441
tout li a espandu le sanc et le cenrele.
„par fois, dist Tamiraus, ceste cose^ est mult bêle;
„cis doit avoir amor et déduit de puciele."
Macabrins Tholomé par son droit non apiele,
et dit c'or li estuet une bière noyele. 5
Quant Tholomes oi que il fa ranpronés,
le ceyal esporonne par ans ii. les costés»
li espius qu'il porte fu Macabrin privés»
quar ses escus en est fendus et estroés ,
li haubers de son dos ronpus et desfausés; 10
le lance li a mise par ans ii. les costés»
en paint le par vertu, Macabrins est versés;
por le pl|iie k'il ot, s'est iiii. fois pasmés.
quant le voit Tamiraos, à poi n'est forsenés
et a dit à ses hommes: „ot sui-je mal menés. 15
^Macabrins est ocis u il est afolés;
^gardes que soit vengiés, par Deu, or en penses.'*
et cil ont respondu: ,,si com vous commandes.''
à Tensegne qu'il crie vient ses rices bandés;
ë r premier cief devant ot plus de m. armés. 20
signer, li vilains dist et si est vérités:
F. 68' „teus vient son doel vengier, sour li est tos tomes."
Quant l'amiraus voit mort Macabrin et sa gent,
se proecce regrete et son fier hardement,
et dist jamais n'ert lies, se n'en a venjement; 25
dont escria s'ensegne, si que sa gens l'entent,
entor lui sunt venu plus de m. et vii*-,
puis joustent as Grijois mult aireement;
teus cai en lé route qui bien, ne mal ne sent,
les cevaus l'amiral les menus sans porprent, 30
le règne U lasca et ne 1' fait mie lent;
mult durement le hurte et met l'ensegne au vent;
va férir i. Grijois que tout l'escu li fent,
t<mt com anste li dure, de 1' ceval li destent.'
Li esters fu mult grans et li bataille fière; 35
Macabrin ont coucié desous une litière,
et Grijois enportèrent le lor ki gist en bière.
1) Jouiie. 2) dêseent.
442 MORT DU ROI 80RIN.
Tamiraus ot grant force, se yait cacier arrière,
et Grîjois sont mult preu, ni a celui n'i fière.
le mesnie Alixandre vient toute une carière/
Alixandres premiers, ne fu mie derière;
la lance que il porte ne fu pas de bruière; 5
pesans fust à i. autre, mais lui estoii legière.
desor a fait lacier de pale une banière,
va férir i. des lor sor le targe legière,
c'onques ne Y pot tenir poitraus, ne estrivière,
que il ne Tabatist en mi le sablonière. 10
lors s'escria li rois à le hardie eière:
„signor , or i féres , li bataille est plenière.''
par là ù li rois va, est mult grans la pounëre,
plus de vii'* i lesse gisant en le carière.
Li mesnie Alixandre vint le travers de V moni 15
et sont plus de ccc. devant è V premier front;
li arcier vont devant qui vivement le font;
si c' Alixandres va, le grant presse deront.
quant sunt.' as paoniers, très par mi ans s'en vont;
les fuiant vont férir et des mors firent pont 20
quan que li rois ataint, tout desront et confont.
à ses hommes parole, dou férir les somont.
*par devant la cité avoit i. pont reont
là s'areste Alixandres et cil ki o lui sunt;
puis retornent arrière et par vaus s'en revont.' 25
Alixandres revient o s'esciele è l'aval,
et sunt è 1' premier front plus de c"*** roial;
trestout sunt si ami et home natural.
li paounier s'en vont ki avoient trop mal.
Alixandres li rois ki coisi Tamiral, 30
des esporons à or fait corre le ceval,
i. cop li a douné, ains m^is ne" reçut «tal,
de Tescu li froisa le brogne de crestal,
par mi le cors li met l'ensegne de cendal,
et tout li a ronpu le caingle et le poitral. 35
après roi Alixandre poignent tout si vasal,
1) coêlière. 2) vint. 3) à FawUrai s^afont. 4) r"*-
HOET DU ROI 80R1N. 443
Tamiraus est ceus por le plaie mortal;
Alixandres li rois pris! sour lui son estai.
Alixandres s'areste et a traite Tespée;
n'avoit encore pas le ramprone oubliée
que li ot par le brief le parole mandée; 5
l'amiral en donna une si grant colée
que le teste o tout l'elme li a de Y bu sevrée,
à tant fu se mesnie toute desbaretée,
et cil à pié s'enfuient à yal une valée.
Alixandres li rois a se gent apelée, 10
F. 69* et dist une parole ki bien fu escoutée:
„que n'ocient mais nul de caus de la contrée,
„se loiautés^ m'estoit et plevie et jurée,
„li cités nos seroit de li aseurée.''^
de mentres que li rois se cose a deyisée 15
Tbolomes et li sien ont l'angarde avalée
et brocent les cevaus, lor voie ont mult hastée.
ancois que li fuiant veniseiit à l'entrée,
ot-il prise le porte qu'il trouva desfremée.
venus est à l'ester,^ aine ne li fu vée, 20
et l'ensegne Alixandre a deseure levée.
quant li rois Alixandres ot icou esgardée
il a dit en riant: „ce8te m'est destinée.
„qui la tour a saisi, m'amors li est privée/'
Alixandres s'areste de desor, en la prée,* 25
sa gent est descendue et après désarmée.
Tbolomes a la tour et le cité saisie,
et li cans est vencus, la bataille finie.
Alixandres li rois fait mult grant cortoisie;
à ses bommes commande et bautement lor crie: 30
„garde8 que i. des lor i. des vos n'i ocie;*
„quar se loiautés m'est et jurée et plevie,
„toute8 lor irelés aient en lor baillie.*'
li boijois de la vile quant il ont cou oie,
cescuns d'aus li créante bonement et afie. 35
Alixandres apiele de se gent, si lor prie,
1) feuiéê. 2) lor rendrm ptitêment délivrée. 3) h lor. 4) êoê /«
vile à Feutrée. 5) loue eeue n*i perde mie la vie.
444 MOET DU ROI SORIN.
Toisent querre les mors, que nus ne Y contredie.
il meismes i va, à -grant ceyalerie;
Tamiral a fait mestre en i. drap de Rosie
et tous ses conpagnons que i. n'en i oublie.
Ses hommes fait li rois ricement entierer; 5
puis fait faire i. carnier, si com Toi conter.
les autres mors fet prendre et iluec aporter;
l'amiral et yii. rois a fait laiens porter,
c. et I. cirges fist li rois aluroer,
les cors fait ricement couvrir et enbasmer^ 10
et l'amiral commande ricement conraer;
fit lui tel sépoutoure qui mult fist à loer.
se bien le vus voloie et dire et deviser,
je ne poroie mie trestout bien ramenbrer.
en tout le mont n'ot tel, bien le puis afier; 15
fors que seul Alixandres il n'ot è Y mont son per,
et nequedent, se vus me volies escouter,
le vreté vus dirai, se je puis assener,
de bon marbre et d'ivore furent tôt li piler;
le fondement desous fait ricement' ouvrer, 20
*et à fier et, à plonc fait ricement ouvrer,'
et l'autre* de desor si hautement lever,
i. hom n'i peust mie d'une piere jeter,
desour les iiii. voltes iiii. arbres' fet poser,
par itele mestrie là dedens saieler, 25
se nus por soi déduire va iluec ^iscoter,
* de pic u de martel s'il i .daigna hurter,
adonques ora harpes tant doucement sonner;
se voloit en son cuer le raison porpenser,
ce li seroit avis que il oroit harper; 30
les ii. harpes commencent l'amiral A regreter
Par desor les iiii. ars iiii. lampes pendoient;
* par art de ingremance en air se sostenoient.
ce dient por voir cil qui les lampes veoient,
qu'eles pendoient en l'air, mais à riens ne tenoient 35
1) ouvrir »t Ventralle gefer et laver de hUme vin et bien enM^
seater* 2) d'mmmit. 3) les fuarimtx seidèr. 4) la volte. 5) et desêue
hê ^arriauê iiii. harpes.
HOET DU ROI SORIN. 445
et nuit et jor les lampes mult clerement ardoient
*si que nule liceur por ardoir n'i metoient.
F. 69^ à iiii. ars par dedens qui tout cou sostenoient,
trestout sexxV l'amiral de colors i paignoient;
et desour trestout cou les lettres escrisoient, 5
les fais teus com il erent, trestous les devisoient.
cou est vis à tous caus qui bien les esgardoient |
que fust cose Tirant le painture que voient.
de piere u de martiel quant i. poi i toucoient, |
les harpes retentisent que rolentiers ooient. 10 '
ayoec ceste merrelle i. autre en i faisoient;
cil ki ne Tont yeue, mult à envid le croient.'
D'une yerde esmeraude ont fait le sépulture;
ases est longe et lée, trestoute à sa mesure,
or vus dirai après quels est sa couyreture; 15
d'eles d'alerion et est de tel nature^
cose qu'en est couyerte, ne doute poureture,
et si furent sor dos que n'i paradt jointure;
qui se main i metroit, tos aroit grant ardure.
*puis fisent d'Apoliû tresjeter la faiture; 20
trestoute est de fin or; yli. pies ot de mesure,
li oel sunt de topasse, si com dist rescriture»
au cief li ont assis trestout une estature;
plus de m. mars d'or fin en vaut li vesteure.
Rice est la sépulture, liom ne sot si yallant. 25
l'amiral ont mis en», onor li fisent grant;
car Apolin posèrent à son cief en estant,
de fin or tresjeté, de mult rice samblant.
en molle i sunt fondu de laiton' ii. enfant;
sor pies les ont dreciés, mult furent avenant. 30
cescuns ot i. escu d'or et fort et pesant;*
*à deux bastons d'argent, se vont grans cols donant;
com autre campion vont-il esciermissant
puis que cil s'en iscirent, qui fisent tel, encant,
n'i vit-on puis entrer nés une riens vivant 35
por cel fist Alixandres, si c'on trueve lisant,
ne vot que nus i outre qui loj fust forfaisant,
1) iauê UêfuU. 2) à piieê ne V erêrai^ni. 3) eeure» 4) fin respiendiêêmU,
446 MORT DU ROI SORIN.
qui le trésor enport qu'il a?pie gisant.
et quant il sera mors, ne viut que nus s'en Tant,
de l'avoir qu'il i mist, ne face à son talant.
desi as iiii. tentes yienent li paisant,
de piere u de martiel ù fièrent li auquant, 5
por escoter le son des harpes et le cant.
n'i a hom si hardi qui ost aler ayant;
quar se il i aloit, de mort n'aroit garoit garant.
Si fu haute li tors c'on le peust coisir
de xxxiiii. liues» ne vus en quier mentir. 10
encore en pories-vus autre mervelle oir;
n'i peussies jointure ne veir, ne coisir.
quant il l'orent levée, trestout à lor plaisir,
*d'un tôt seu capital le font desus covrir,
i. oisiel de fin or, por celé oeuvre aconplir. 15
*font sur le chapitel par grant engien tenir.
*i. chalemel d'argent li font du bec issir;
quels vens que il i vente, quant il 8*1 puet férir,
trestous icaus qui l'orent, fait celé part venir,
puis le font par dehors tout de fin or brunir; 20
quant li solaus reluist, tous le fait esclarcir,
*que tos cex qui Tesgardent fait les ex esbleuir.
Li batalle fu faite et prise li cités,
l'amiraus fu ocis et ses rices bamés.
Alixandres li rois de cou fist que sénés, 25
qui as boijois douna totes lor.ireté8,
por cou que li ont fait toutes ses volentés.
en la tor de Babel en est li rois aies:
*que li gaiant fremèrent por lor grant poestés
„e Dex, dist Alixandres, com or su! ounorés, 30
„quar ceste tiere est mole et trestous li règnes.
„Qr voel de si à poi estre rois coronés,
F. 69' »et desour tout le mont estre sire clamés.'*
dusques à le quinsaine fu li termes posés;
dont fait ses bries escrire, ses honunes a mandés 35
de par toutes les tieres ù il a poestés.
Sanses i. hom Famural qui estoit esciq[>és,
il n'estoit mie mors, mais i. poi ert navrés;
MORT DU ROI 80RIN. 447
cil a dist tel parole dont mult fu escoutés:
„8ire, roU Alixandre, envers moi entendes;
„ne vus Toel pas desdire» por noient yos yantes.
„encor sai-jou tel tiere, de cou est vérités ,
,,ains que Taies conquise, à faire ares asses." 5
et a dit Alixandres : ,,amis, c'or le nomes.'*
— sire, je Y vus dirai, quant savoir le voles.
„Amasone est i. règdes des flues avironnés
„et est tous 11 pais de femmes abités,
,,que n'i a 1. seul homme qui de mère soit nés.*' 10
,,Encore jà tout ë Y mont, n'est hom qui m'en desdie,
„mult est preus la roine qui les pucieles guie.
„une fois en tout Tan ont Dame conpagnie,
„et quant sunt asamblées passent Meothedie,
„c'est i. fluns de la. tiere qui Tavirone et lie. 15
„à une feste en Tan ki lor est establie,
„li chevalier i vont cescuns d'aus por s'amie.
„là parolent d'amors et de cevalerie
;,et font lor volentés, trestout par druerie.
„se nule i est encainte et li enfes ait vie, 20
„por coi il* soit vaUes, de riens ne se detrie;'
„son père le tramet qu'il Tait en mainbrunie.
„et se cou' est puciele, o sa mère est norie.''
— par Dieu, dist Alixandres, or ai merveUe oie.
„se jou icele tiere ne n'ai en ma baUlie 25
„et jou ne puis sour eus avoir la signorie,
„dont porai-je bien dire: ma proecce est falie.
„le matin moverai quant l'aube ert* esclairie/'
„Alixandre, dist Sanses, li tiere est si sauvage
„*i fluns l'acaint entor dont hait sunt le rivage. 30
„envis i trouvères pont, voie ne passage.
„mult est preus la roine qui tient cel iretage
,',et toutes les pucieles sunt mult de haut parage;
„armes sevent porter et faire vaselage.
,jà n'iert icele tiere conquise sans damage; 35
„ancois que l'aies prise, i feres lonc estage."
quant l'oi Alixandres, si bronca le visage
0 cê ftf't'l. 2) là ne remaitUra mie. 3) eie.
448 MORT DU ROI SORIN.
et quant se redreca, si a dit son corage:
„se ne la puis conqueire, ne me tieg pas à sage,
„et s'eles ne me donent u les cens u passage.
— eles n'ont onques cure de faire mariage;
„mais une fois en Tan asamblent par lor rage/' 5
— par foi, dist Alixandres, ains i lairai-jou gage,
„que ne lor face rendre u tohniu u trevage/'
„Signor, fait Alixandres, or est remes^ li jours
„de porter ma coronne, de partir mes ounours/'
— sire, ce li dist Sanses, mult sunt de grans valors; 10
,,sacies qu'en nule tiere n'a chevaliei^s millours
,,por maintenir tornoi, ne guerre, ne estors/'
— par Dieu, dist Alixandres, se n'es traitor' à mes mors;
„donques ne sui pas nés de gentius ancisors
„qui de r règne de Grese orent les mestres tors." 15
encor le dist Lucans qui est sages aûctors
que, de tous caus du siècle fu Alixandres flors
des rois qui sunt en tiere et des empereors.
F. 69' loTs fait li rois remaindre de ses hommes plusiors
por resaner lor plaies et garir lor ounors,^ 20
et à m. peouniers fu donés li séjors;
se il en a mestiers que li facent souscors.
lendemain sunt monté es destriers coreors
et 11 rois fait souner ses cors et ses tabors;
ayoec lui maine Sanse qui est ses ravasors. 25
Or en va Alixandres pour itele occoison
qui Tout yeir* le tiere ù n'a, se famés non,
et maine avoeques lui son veneor* Sanson,
Ariste et Philotes, Perdicas et Caulon.
Lincanor est remes par tel devision 30
que Babilane gart, le tor et le dognon,
et a en sa bailDe toute la région.
or en ya Alixandres par grant aatison,
pain et yin fait porter et antre garison;
au cief de xy. jors, ce conte la lichon, 35
une jomée près tendi son payillon;
lendemain soujorna il et tout si baron,
1) rèitif#. 2) êê Hê pert, 3) dohrs. 4) qu'il veut avoir, b) vavaêor.
MORT DU ROI SORIN. 449
une espie envoia bêlement à laron
por cierkier le passage entor et environ.
et celé nuit meisme, ne dirai se voir non,
la dame de Masone avint à vision.** l
En sonje raervillous a songié la roine 5 I
k'il avoit une pie,^ en la salle perrine l
qui avoit paones' que après soi traine I
de devers Babilone, trestoute une gastine.
vint i. aigle volant par mult grant aatine, i
qui li voloit tolir ses faons par envie;* 10 \
mais o ses paones s'enfuit en la quisine;
quant ele i dut entrer, si cai jus sovine.
lendemain par matin, manda une devine,
en i. gardin le maine desous i. aubespine;
ilueques sunt asises, Tune à l'autre s'acline. 15
la roine parole et dist à la devine:'^
„à mie nuit sonjai, par desous le gordine,
„i. sonje mult estrange; ne sai que il devine/'
Le songe li conta, c'ele® le vint oir,
et quant ele Toi, si jeta i. souspir; 20
en plorant li a dit, ne s'en pot astenir:
„dame, trestous les sonjes doit-on bien avertir;
„vus esteres li penne,' n'i poes pas falir.
„i. rois, cou ert li aigles, ne vus quier pas mentir,
„par force vous voira vo roiaume tolir. 25
„u vos i® conbatres, ne V pores* pas soufrir;
„u vus voellies u non, vus estera soufrir.*®
„puis que 11 cose est faite, tart ert de V repentir."
Le conseil est fini, la roine le croit,
en son pales en vont, si s'est asise à droit,** 30
le cote de fin pale qui en sen lit estoit. * '
estes une puciele qui à poignant venoit
sor i. destrier d'Espagne qui mult tos acoroit;
quant le voit la roine, gentement li disoit:
„ Jupiter, li haus Dex qui haut siet et lonc voit, 35
1) vU une aviêion, 2) ffoe. 3) yaonciaux, 4) ravine. 5) nuiteine.
6) k'êlê, 7) f»o«. 8) à iui vue, 9) foriier. 10) eonvenra fuir, 11) raiV,
maintemmt êê eoieoil. 12) sont de paie eor eoi ele gieoit.
u Ro«m«M i'AlïxMnârt. 29
450 MORT DU ROI SORIN.
„icil saut la roine, si com faire le doit;
„Juno li doinst rikecce, et Pallas li otroit:
„yénus li doinst amor ù ele bien l'enploit.
„nouveles li^ sai dire, s'ele vint' or en droit;
„jou ne li celeroie por nule riens qui soit. 3
„Diane, li dieuesse, as autres Dex en proit,
F. 70* y,qfxi sauve le roine ens en cel grant destroit/'
— queles sunt les noveles?*' et celé U disoit.
La roine commande descendre le puciele;
lors commença à dire et conter la novele: 10
„de devers Babilonne, ce dist la damoisiele,
,,a i. rois ' Alixandres , se gent issi Tapiele ;
^fortune Ta levé tout en son sa roiele.
,,maint prince a afolé et abatu de siele;
„Ii gent que il conduit est hardie et isnele. 15
„tout le mont a conquis, durement* se révèle,
„fors seulement ceste ille, ele li samble bêle,
„et joustera ensanle li maie o le fumele;
„se il puet esploitier, de vus fera s'anciele/'
quant li roine Tôt, si rougist qu'estincele , 20
desfuie son mantiel, reluist en sa cotiele;
i. petit s'enbronca, sa main à sa maisiele.
„Dites-moi, damoisiele; est ce dont vérités.
,Je voel savoir por voir comment vus le saves.*'
— dame, je Y vus dirai, quant savoir le voles. 25
,Je m'en estoie alée hui matin à ces gués;
„là estoit i. batiaus venus et arivés
„qui venoit de Masone, isniaus et abrievés.
„quant il fu à la rive ataciés et fremés,
yj'alai poignant vers aus, s'es ai ar^isonés. 30
„caus qui dedens estoient vi-je mult esfreés,
„et jou lor demandai: biau signer, dont venes?
„dirent que Tos venoit qui grande estoit asses ;
„por le paor de l'ost^guerpie ert li cités.'*
quant la roine Tôt, mult fu ses cuers irés: 35
bien sot que or estoient ses songes avérés,
li consaus de ses dames fu mult tos asamblés;
1) 9Uê. 2) se voiM, 3) viMi H rais, 4) éê eoi il. 5) paaur ^Atwmnâré.
MORT DU ROI SORIN. 45 1
quant fu de tous ses hommes* venus et aunes:
„dame, fait la roine, i. petit m'entendes.
„i. rois de Babilone,' grans est sa poestés,
„tout le mont a conquis par sa très grans bontés,
„fors seulement celui, cis' li est lien loés. 5
„tant est, cou oi dire^ d'ayarise enbrasés,
„de trestout l'or de V mont ne seroit asasés."
dist une sage dame: „et vus li trametes
„cargié iiii. ceyaus et v. mus séjornés."
— dame, si ferai-jou quant vous le me loes/' 10
ii. pucieles apele, plaines de grans bontés.
ains encore li flos ne fu d'eles pasés,
n'ainc encore ne fu fraite lor caestés.
„ales, fait la roine, ii. grans* cors conrees,
„au fort roi Alixandre mon présent conduires; 15
„proies li doucement que li prenge pités,
„que ne soit ma tiere arse et mes pais gastés.
„cescun an ses commans^ li ert abandonnés;^
„*ains qu'il parte dé moi en ert aseurés."
Flore et sa conpagne montent isnelement; 20
cescune estoit vestue bêle et cortoisement.
Flore ot^ i. bliaut, mult fu à son talent;
sa cars pert bêle et tenre par le detrancement.
ses palefroi est près; li frains n'ert pas d'argent;
ains estoit de fin or, ouvrés soutiuement, 25
et Flore i est montée, c'a estrier ne s'i prent
Biautes vest i. bliaut, i. mult cier garniment
*à aigles de fin or issi menuement
et fu plus noirs de meure et samble airement;
li mantiaus de meisme, se Testore ne ment. 30
li palefrois fu biaus, frain ot et bel et gent;
F. 70^ Biautes i est montée mult acesmeement.
Des soumiers i ot mors,® mult ricement cargiés,
et* rices dras de soie et de pales *^ ploies,
et de fin or d'Arrabe qui mult est convoitiés. 35
1) totêê paré. 2) ehi eienl roi Aiixandrêê. 3) eêête ilte fut. 4) voê
biax. 5) #*$/ eommumdê, 6) treuê livrés, 7) vest 8) neuf. 9) de.
10) eêtroiUmêHt.
29*
452 MORT DU ROI 80RIN.
encor fu li présens durement esforciés,
XXX. hanas de safre, de tel teinpre aliiés;
jà por ceir à tiere i. n'en sera brisiés.
Salemons le fist faire, qui mult fu visiiés/
ains que veist la dame par oui fu engigniés. 5
* la roine parla: ^damoisele^, oies;
„mon aniel li portes ayoec, par amistiés;
„proies li doucement que li prenge pitiés,
„que il n'arde ma tiere, que ce seroit peciés.*'
Après d'or et d'argent iiii. soumiers ara;^ 10
Alixandre le roi le présent envoia,
après' ses ii. pucieles doucement li proia:
cascun an si commande, autretant en ara.
à m. de ses pucieles la roine monta,
dusc'à Meothedie le présent conyoia; 15
sor le rive s'estut, de mentres que pensa.*
tant que les pot veir tousjors les esgarda.
Alixandres iluec i seul jor s.éjorna
et li garçons revint qui le pais cerkia.
lendemain par matin Alixandres monta; 20
ne vot pas*^ séjorner, toute Tos s'en ala
et est tant esploitiés que une ille trova;
en i. pré descendi, ilueques séjorna.
Dans Clins et Aristes desor i. mont monta,
por l'angarde porprendre s'ensegne i ficha. 25
Entre Fiore et Biauté cevaucent à baudor
et cevauce cescune i. mulet ambleour,
et devant soi mènent i. destrier misaudor.
cantent une cancon, à ton de grant doucor,
d'un vallet qui jà fu, ce content li auctor; 30
onques si biel ne virent trestout no ancissor.
por cou que de biauté avoit si grant valor,
amer nule puciele ne degna par amor.
une mésaventure li avint à i. jor;
vint à une fontaine, tout las de son labor, 35
en l'iave voit son onbre, d'amor ot tel tanror
que plus le convoita que oiseles le jour.
1) emigniêê. 2) earga. 3) et par. 4) •'/ ffoêêa, 5) plus.
MORT DU ROI SORIN. 453
tant vint à la fontaine et mena sa dolor
que li Dieu le muèrent en une bêle flour.
Entre Flore et Biauté ce^aucent à bandon,
* traire fait devant li cascune son Gascon,
amblent lor palefrois , cantant une cancon : 5
à hautes vois le dient haut et à mult cler ton.
Dans Clins et Aristes, ambedoi li^ baron
cevaucèrent derière, andoi li conpagnon,
quant oirenl le vois, sacies, mult lor fu bon;
cescuns tire son frain, si s'apuie à Tarcon. 10
Aristes premerains commença sa raison:
,,ahi, Dex, biaus dous sires, par ta béneicon,
„est-cou vois de Sienne' dont nus oous le son."
lors a par devant soi apielé i. garçon:
,»amis, va moi là sus, desi à ce! buison. 15
„à aler t'i convient par tel devision
„que me saces à dire, si aras guerredon,
„se cou est vois de famé qui cante à si haut ton.''
11 gars s'en est tomes, qui convoita le don;'
bien près d'une lîue a couru de randon, 20
delés une forest a pris arestison,
F. 70^ voit venir tes pucieles qui ont gente façon.
Quant eles le coisisent, tantos l'ont apeté;
Flore fu mult cortoise , si l'a araisoné :
„amis, dont estes-vus? ne me soit pas celé.'* 23
il 11 a respondu: „jà ores vérité.
„se savoir le voles, je sui à Aristé,
„*un baron d'Aliiandre, le fort roi couronné.
„raugarde fait de l'ost par mult grant feauté;
„Dans Clins le fait o lui, qui est plains de bonté.'* 30
— amis, dist la puciele, par votre loiauté,
„por cou que il vus soit encor gueredoné,
„dites votre signor, je V manc par amisté,
„se nos voloit conduire devant son avoé,
„mu]t l'en amenons et en sarons bon gré.'' 35
— volentiers, dist li gars, ja n'en ert* trestorné."
1) wee ex lor baron. 2) Seraino. 3) sans nuU arestUon. 4) ne #ofif.
454 MORT DU ROI SORIN.
atant s'en est tornés/ n'i a plus demoré,
et a premièrement son signor encontre.
* tantôt comme il le toi, celi a escoaté:
^mervelles vus dirai, ne Tai pas controuvé/'
por icele parole sunt andoi aresté. 5
Dans Clins a respondu^ „di que as enpensé.
„gueredon en aras, ains que soit arespré/'
Des palefrois descendent, puis montent es destriers,
li garçons li enmaine tous les cemins pleniers
dusques as ii. pucieles qui ont les cors légiers; 10
quant les pucieles voient ans ii. les chevaliers,
mult tos les en amèrent et tenîrent mult ciers.
Dans Clins parla avant et salua premiers:
„cil Dex qui maint en haut, vos doinst vos désiriers."
et dit à Ariste: „Dex saut, biaus soudoiers; 15
„conpagne prenderoie à i. d'aus volontiers/'
Aristes et Biautes parolent en recoi;
il le tient par le règne de l'ambiant palefroi.
„puciele, s'il vus plest, dites par votre foi,
„se estes fille à conte u à duc u à roi. 20
„bien pert à le biauté, ciertes que en vous voi,
„que estes gentius femme et de rice conroi.
„se jou vus voel amer, autresi âmes moi.*'
— sire, dist la puciele, par le foi que vus doi,
„*vous dites votre bon, mais petit vous en croi." 25
— *bele, dist Aristes, nous somes d'une loi;
„*loiaument le vous jur, par le foi que vous doi,
„*que par la votre amor est mes cuers en esfroi.
,, toute me druerie et m'amor vus otroi,
„8e jou fail à le votre , malement me foloi ; 30
„et se le puis avoir, le moie bien enploi.*'
*et dist Biautes à lui: „revien à bone foi.''
quant Aristes Toi, si l'a traite vers soi,
par amor le baisa coiement, sjins desroi.
* Estes les vos tos quatre deci à Tost venus; 35
*808 i. arbre descendent qui est biax et follus.
*mult furent esgardé des grans et des menus,
t) jfariU.
MORT DU ROI SORIN. 455
*et ior biautés loées de princes et de dus.
^Alixandres U rois est de son tref issus,
*et vit les ii. mesages à tere descendus.
^Floures paria avant, se li rendi salus:
„*sire, rois Alixandre, por vous fait Dix vertus, 5
„*car par tôt le mont estes et dotés et cremns.
„*de r règne de Masone vus vient un tes treus;
„*la roine vous demande que vus soies ses drus.
„*le présent vus envoie, se li est retenus,
„*cascun an vus sera tos tans autes rendus." 10
*li présens fu muit biax, por cou fu receus.
*lors paria Alixandres com hom aperceus:
„*si li pais veut estre de moie part tenus,
„* jamais n'en ert froisié ne lance ne escus.<*
„Sire, ce dist Biautés, ne lairai ne vus die; 15
„li roine vus mande qu'ele est mult votre amie.
„son anel vus envoie par mult grant druerie,
„ves-le ci en présent, ne le refuses mie.
„grant treu vus envoie, c'est mult grans signorie
„et trestout son roiaume met en votre baillie. 20
„de vus le vint tenir, ce vus requiert et prie^
„par itel convenent, de vus ert* requellie.
„se voles guerroier, ce vus jure et afie,
„que x"*- pucieles menrai' en votre aie.
„cescune est bien armée de brogne à or sartie, 25
„lacié elme luisant, cainte espéc: forbie ;
^volontiers i irons,' ne Y mescrees vus mie,
„que mius amons* le pris de la cevalerie
„que nule riens qui soit en ceste mortel vie.
„]a tiere sera toute en votre commandie; 30
„mandes por le roine, voiant le baronie,
„seurté vus fera ele et sa conpagnie."
F. 70* „Ciertes, fait Alixandres, votre dame est mult sage
„que si bêles pucieles envoie en son mesage,
„cortoises et aprises et de mult bel aage.^ 35
„por le votre biauté et por le vaselage,
1) ê9ii. S) SMiira. 3) ferrant 4) aiment, 5) uêa§a.
456 MORT DU ROI SORIN.
„par devant mes barons, prenderai le treuaje*
„que jamais en ma yie n'i avérai cavaje;'
„fors tant que de i' roiaume arai le signorage.
,, quant le votre roine ara fait moi homage,
„et jou Fotrierai, oiant tout mon barnage, 5
„puis li rendrai son fief et tout son iretage.''
— sire, ce dist Dans Clins, entendes mon corage.
„ciertes jou aim mult Flore, ne mie par potage;
„à mouiller le prendroie, ne quier autre avantage.''
— sire, dist Aristes, frans rois de haut parage 10
„de moi et d'Ariste' faites le mariage/'
Alixandres a dit: „volentiers le feroie,
„5e les pucieles voelent et cescune Totroie."
— sire, ce li dist Flore, onques n'oi si grant joie.
„te Deuesse d'amors plus ne demanderoie 15
„à nul jor de ma vie, se jou Dan Clin avoie."
— sire, ce dist Biautés, se jou jà lie soie,
„fors le cors mon ami, autre riens ne querroie."
es vus le capelain qui de cou se manoie,
à le loi que il ont, ensamble les aloie; 20
et dist li i. à l'autre: „or avons gente proie
„c*or est votre Biautés, et Flore si est moîe."
Alixandres li rois pour le roine envoie
et vint que ele viegne et qu'ele parler l'oie,
quant li roine Tôt, ricement se conroie 25
à m. de ses pucieles qui le séjor desroie.
mult sunt bel acesmées por cou que on les voie,
cescune last defors le crine qui peut bloie;
capiaus ont sebelin por le caut qui n'es broie,
li roine fu cainte d'une large coroie; 30
Amabel avoit nom, qui volontiers tornoie;
il n'a si bêle dame dusc'à 1' siège de Troie,
montent es palefrois, si aqueillent lor voie
dusc'à Meotedie, l'eve qui n'est pas coie;
à navie le pasent, au port sor là s'apoie; 35
en i. pré remontèrent par delés i. arbrôie.
1) fardonrai ie eaoïu^. 2) n'en arai trevmffe, 3) de Bimttié,
MORT DU ROI SOMN. 457
ii roine ceyauce, qui pas ne se desroie,
vint au tref Alîxandre qui les autres aroie.
Li dame de Masone est de son tref iscue»
à m. de ses conpagnes a sa voie tenue,
et vint à Alixandre, comme roi le salue; 5
por faire son oumage à tiere est descendue
et a parlé en haut, ne se fist mie mue:
„sire, rois Alixandre, te guerre t'est creue;
„â m. de mes pucieles sui venue en t'aiue.
,Jà n'en i ara une ki n'ait brogne vestue, 10
„espée cainte au lés, trancant et esmolue;
„de moie part sera li guerre maintenue.
— par foi, dist Alixandres, bien soies vus venue.
„or VUS' dirai noveles. Flore aves perdue
„et Biauté sa conpagne, car amors l'a vaincue. 15
„quar Dans Clins a Florain à mouUier retenue
„et Aristes Biauté à mouiller retenue." *
quant li roine l'ot, de mautalent tressue;
^otroier li convint, car li rois l'en argue.
Li roine demande le congié por errer. 20
„ciertes, dist Alixandres; ancois voel esgarder
F. 71* ^comment vo damoisieles sevent armes porter.**
et a dit la roine: „ne fait à refuser.*'
isnelement commande son ceval amener;
li roine monta, n'i vot plus demorer, 25
desfuie son mantiel por son gent cors mostrer.
ses pucieles conunande à une part tomer
et lor armes à prendre et es cevaus monter,
qui veist ces pucieles des armes adouber
et poindre ces cevaus, guencir et trestomer 30
*des millors chevaliers li peust ramembrer.
et quant l'une' voloit les autres trespasser,
et voet des esporons le blancet adeser,
plus tos cort li ceviaus c'oisiaus ne puist voler;
c'est i. cevaus corans, issi l'oi noumer, 35
c'on garde en une vote, si com Foi conter.
Alixandres prist mult le ceval à loer;
\) à eompapiê et à drue. 2) ia rotiM.
458 MORT DU ROI SORIN.
quanl le sot la roine se li fet présenter
et li rois Alixandres l'en prist à mercier,
li dame prent congié, ni vot plas demorer,
Alixandres Tacole et baise au desevrer,
et en apriès commande li rois sans demorer
à trestoute sa gent que il facent torser»
quar le matin rolra rers Babilone aler.
FIERS DE UnU
M «oniiiieu^e 11 ftiers de «adres et mi dlst 0I
eoni 1. iiies«s«* ^^ ^^ Pi«^ Allxandre 1l1 estant
tons des ....
illixandres cevauce à loi d'empereour,
Amasone a conquise, Inde et tiere Labour;*
saisie a Babilone et de Babiel la tour
et si l'a coumandée au hardi Lincanor;
celé part s'en rera et mis s'est au retour. 5
en l'ost que li rois maine ot maint bon poigneor;
mais encor n'ot-il mie ceyaucié demi jor,
i. chevalier encontre es plains de Val Cairiour,'
de menbres et de vis ne vit nus belisour.
mult ot gent le corsage et corage millour 10
et venoit ceyaucant i. destrier misodour;
estrais ert et lassés et cargiés de suour.
' Tost vit grant et plenière, mes n'ot mie paor.
Alixandres l'apiele, dit li a par amour:
„amis, dites moi voir, par votre créateur,' 15
„dont Yenes, que queres, ki sunt votre ancissor?''
cil ot sens de respondre et n'ot mie paor.*
„8ire, à Tyr furent né mi parent li millor;
„iscus sui de Caldée ù a^ fait lonc séjor.
* „mult est rice la tiere, si a mauves signer; 20
„Melci8 est apielés et fu fins Balsamour
„et n'ama onques hom, s'il ne 1' vit traiter.
„asses l'ai servi d'armes et nient d'autre labor,
F. 71^ „ains ne me vot donner de sa tiere plaindour.
1) et Inde le m^jour, 2) Valeouiour, 3) eaiveor. 4) ne fu puê «m
errer, 5) Comité ti j'im.
460 PUBR8 DE GADRB8.
„querre vois Alixandre» le large douneour,
„le signor des signors, et des vasaus la flor.
„L chevaliers me fist entendre l'autre jor
„qu'il seroit couronnés sempres à grant ounor.''
„Ami8, dist Alixandres, or volroie savoir 5
„ce c'est losengerie que tu me dis u voir/'
— sire, dist Gratiens, se Dex me lest veoir
„le roi de Macidone cui proecce a fait oir
„de quanque li cius clôt, ne que on puet veoir;
„ains pour losenge dire ne gaegnai avoir. 10
„mult est rice Caldée dont isci l'autre soir,
,Je n'en osai dehors* par hontage movoir;
„Melci8 m'en a gieté, si en ai le cuer noir;
„venjance m'en doinst Dex encor à mon voloir.
„vus me saules haus homs; preus estes, je l'espoir, 15
„quar ki tele ost conduist, il doit auques valoir.
„dites moi votre nom, sans moi' adecevoir."
„Amis, dist Alixandres, vous parles par raison.
„conté m'aves vo estre, dire vus doi mon non;
„noumés sui Alixandres, issi m'apiele-on, 20
„drois oirs de Macidone, fins au roi Felipon.'*
quant Gratiiens Toi, saut à tiere à bandon,
saisi l'a par le piet à tout son' esporon,
jà U euist baisié quant il li huca non.
chevaliers ne doit faire itele mesprison. 25
li rois por cortoisie descendi è 1' sablon,
le ceval Gratiien fist prendre à i. garçon;
i. autre a demandé, donné li a le son;
ne peuist-on trouver miUor en i. roion;
et il est remontés sor le bai d'Alencon. 30
à soi a apielé Tholomé et Clincon:
„oistes-vous novelles de Caldée, baron; '
„conquis que doie* avoir toute la région
„de quanque la mers clôt par deçà environ.
„mai8 ains arons oi d'armes rice tencon, 35
„mainte lance froisée si menu sor blason,
„et maint elme fendu et maint gentil baron.
i) dé joTê. 2) point iêeêvair, 3) au êmnéêtré, 4) cmdoit.
FUBR8 DB GAD1IB8. 461
„et sire Emenidas porter mon gonfanon;
„vus raves jâ porté en mainte région.
„aler roel en Caldé.e, sans nule arestison;
„on ne doit laisier tiere à cuvert, n'a félon.
„ames cest chevalier, tenes-le à conpagnon, 5
,Jl est cortois et sages et croi qu'il est preudom.''
Or a rois AUxandres Gratien retenu;
bon signor aloit querre, bien l'en est avenu,
celé nuit séjomèrent, au matin ^ sunt meu;
à l'esmouvoir sonèrent v^- graile menu. 10
tant ont erré le jor par cans et par herbu
que au quinsime jor sunt desor Sur venu,'
une noble cité, ains si noble ne fu.
à demie liuée se sunt près arestu;
ne porent passer Taighe qui plaine ert de palu, 15
rade estoit et parfunde et si ot ros creu;
il n'i ont pont, ne nés, ne passage creu.'
Gratiens li vasaus a i. gué parseu;
à une voie vies l'a bien recouneu,
quar jadis i passa, à son col son escu; 20
mais ne le vot mostrer à jouene n'a ceuu.
ains c'on le sace en l'ost, vorra avoir féru
F. 7P et fait cevalerie sor le ceval crenu
que li donna li rois, bien l'en est souvenu.
li rois et li baron sunt à pié descendu; 25
là veissies maint tré de soie à or batu;
par les prés se logièrent, ne s'i sunt atendu.
Li rois et li baron se logent par le pré,
à demie liuée procain de la chité.
Jaspars en fu jâ sires, i. rois de grant aé; 30
mais il ot en cel an son eage fine,
à ses ii. fins avoit son pais, assené;
Dauris et Floridas issi furent noumé.
è r mois que il moru estoient assené;^
de viaires et de membres estoient bel formé 35
et sunt fort et légier et si ont tant biauté
que tout i ot nature son pooir esprouvé.
1) è r dêaudn, 2) Defur descendu, 3) veu, 4) adouké.
462 FUBRS DE GADRES.
proecce leur avoit à cescun tant douné
c'ainc ne furent en cort doi enfant tant loé.
lés le flun en rivière furent le jor aie;
andoi s'esmervillièrent que il ont esgardé:*
„frère, dist Floridas, aves-yus bien visé: 5
„veistes onques mais tant pavillon ne tré?'
„fors' rois est ki tel ost a ensamble ajosté/'
Dauris li respondi à loi d'orne séné:
„c*est la gent d'Alixandre le fort roi coronné.
,Jou oi ier soir dire Florent l'enlatimé^ 10
„qu'il gisoit à vii. Hues, priés de ceste chité.
,,orgillous est et fiers, conquis a maint règne;
„maint roi, maint duc, maint prince a-il désireté.
„mais une seule cose, sacies de vérité,
„que li flun de cest gué seront désireté.' 15
„sovent paserons l'aighe sor nos cevaus monté;
„si seront li lion de nos escus digne
„de r sanc à ses Grijois qui sor nous ont passé.
„or poons nos pris querre, li tans en est entrés/'
„Frère, dist Floridas, ne doit estre celée 20
„valors de bacelers, puis qu'a la teste armée;
„vantise ne vaut preu,^ s'ele n'est esprouvée.
„vus dites que no tiere est si au roi vée
„que jâ deçà le flun n'ert sa targe mostrée,
„et^ Flores me dist ier, s'est vérités provée, 25
„que il n'a homme en l'ost, n'est proecce mostrée;*
„ne fu en i. seul homme è V mont mius mariée.
„Emenidus l'apielent tous cil de la contrée;
„cuir et os et niers trance par mi brogne doblée.
„ne soit de couardie ma parole retée; 30
„quar jà cevalerie n'ert par moi reculée ;
„mi8e l'ai en ostage, bien sera aquitée,
„ne li sera ma targe à nul jor deveée;
„ain8 li ert, se je puis, ofBerte et présentée,
y^alons à nos osteus, sans plus de demorée, 35
„dedens nos garnisons; la vile est bien fermée,
1) ftuml il viretU imt tré. 2) tevé, 3) piélê. 4) VénlmHné, 5) 6t<ii vm.
6) fi'Ml puê d^&rm$ê. 7) nuriê. 8) e'ttn homme a en eeêt oêt pt*a frotêCé espousiê.
I
PUBRS DB GADRB8. 463
I
„n'i perdrons par asaut une pume parée.
„de matin à la prime» quant caira la rosée,
„soit bien la votre* gens garnie et conraée.
„là fors nos en irons à mesnie privée
„et passerons as gués conmnencier la mellée. 5
,Jà ne reviegne-jou, se n'i fier de m'espée,
»»tant que de Y sanc as Grius sera ensanglentée/'
atant le parler laisent, vont s'ent sans demorée.
Quant vinrent as osteus» si fu près d'ensierir; |
F. 71' d'armes et de vitaille font la cité garnir. 10
c. tours a sor le mur ki les garde à loisir;
de la gent Alixandre ne doutent Tasalir.
à Melcis ont mandé par Flore de Yalmir
qu*il les viegne souscorre, s'il vint de 1' fief joir;
venus est Alixandres pour la tiere saisir; 15
cil mal lor sunt venu par Gratien de Tyr
que il a fait à -tort de la tiere' banir.
cil fist si le mesage que mius ne 1' pot fumir.
lors veissies le duc de 1' souscors aatir;
tous caus de son pais a fait par ban venir 20
et furent xxx"- vantant d'estor soufrir;
vitalle orent et armes por lor cors garandir;
desour les olifant font les castiaus bastir.
as puis de Maldiant' vinrent à l'ensierir,
à viii. petites liues porent les très coisir 25
de l'ost roi Alixandre et les aigles veir.
Dauris et Floridas n'ont cure de dormir;
au matin quant il virent le solel ^sclardr,
esporons lor aportent cil qu'es durent servir
cauces de fier caucèrent li vasal à loisir/ 30
genouillières qu'il orent bien se fisent couvrir
d'un orfroi que il orent,' que l'ors n'en pot cair;
adont l'orent en us,® ne vus en quier mentir.
d'aubers fors et légiers fisent lor cors couvrir;
lor espées ont caintes, de coi doivent férir, 35
qu'il feront sor les elmes résonner et tentir.
1) notre, 2) Caniii'0. 3) cru jnn de Uêdion; 4) hlënees eom /for de
lt>. 5) «t Hê9u, 6) eoêiymê em eêtaii dtmfUêê.
464 PnBR9 DE OADRBS.
elmes ont si à point, mius ne porent seir;
lor sieles fisent mettre et lor cevaus couvrir,
escus et espius prisent, lor portes font ouvrir^
lor pies ont U enfant esgardé par air,
les galopiaus sor frain en vont i'ost estormir. 5
Floridas o son frère i'ost soryoit et remire;
il voit* et aperçoit qu'il i a grant enpire.
li cuer lor sunt monté, cescuns d'orguel sospire.
si biel lor sient armes c*on ne V poroit descrire;
plus ierent bel qu'angele, se jou Tosoie dire. 10
brocant yienent as gués, nus d'aus son frain ne tire,
d'autre part sunt passé, n'est qui 1' puist contredire.
les Grijois vont veir cui proecce remire;*
Emenidus venoit cevaucant comme sire,
o lui fu Gratiens en cui valors se mire; 15
i coisi ont les enfans qui ceyaucent par ire;
ne sunt mie des lor, ce sevent bien à dire;
or pueent faire d'armes, car il en ont matire.
Gratiens premerains de son çonroi destire;
I quant Dauris l'a veu, d'orguel commence à rire, 20
I il trait avant l'escu, de biel jouster s'atire.
I Gratiens fiert l'enfant sor son escu par ire,
I autresi li desront com s'il fust fait de cire;
I mais li aubers fu fors, le maille riens n'enpire.
li enfes reftert lui que de rien ne 1' remire, 25
I par mi elme et escu le bliaut li descire;
I s'è r cors tornast li fiers, mestier eust de mire. ^
les lances pecoièrent, n'en remest nule entire;
andoi estoient preu» Dex les destort d'ocire.^
Les lances pecoièrent li doi vasal hardi; 30
I Û sacent les espées, si se sunt renvai;
sor les escus se fièrent com mortel auemi.
l'espée Gratiien fendi l'escu Dauri,
F. 72* autresi com ce fust fuelle d'un rain flori.
li chos Dauri le preu^ vistement descend!, 35
que l'escu Gratien a tout copé par mi;
1) 6teii ê€i. 2) fouriêr ioê ieê plaint de VMirê, 3) n'tuêt. 4) eoiê
fiM Venfêê mut.
FUBR8 DB GADRB8. 465
se ne fust li aubère, tout l'eust mal balli.
au ceTai de Castiele H damage rierti;
il li trenca le clef, à tlere l'abatl,
el Gratiiens li ber à la tiere chai.
à r cair desous lui, li brans d'acier croisi, 5
à iii. doie de Theus troncona et feudi.
mult fu grans li mesciés, mes pas ne s'esbahî,
i. tronçon vit à tiere, celé part i guenci,
le ceval à l'enfant ci è Y clef en' féri
que andoi sunt si oel de la tieste sali; 10
mais fors fu la testière, que de 1' cop le gari.
por quant si a li cos le ceval estourdi,
que l'enfant recula ii. arpens et demi,
ne se pot mais aidier, si l'a acouardi.
ce sevent cevalier et dire l'ai oi, 15
mais cevaus est eskius' por cou c'on Ta laidi.
Emenidus ot bien cel afaire coisi,
Gratiien vit è pié, forment s'en esbahi;
le ceval esporonne, si a l'escu saisi.
Floridas l'a veu, de mautalent rougi, 20
noblement s'atorna, cointement se couvri;
ses escus fu d'asur, s'ot i. lion en mi;
i. ourle i ot de geule, ains si séant ne vi;'
propre i fist le lion li mestres qui V furni.
par air esporone le ceval Arrabi; 25
or sace Emenidus, li biaus, li preus de fi,
s'il puet celui conquerre, Caldiu* sunt desconfi.
Dolans est Gratiiens à la cière hardie;
mors li est ses cevaus et s'espée falie,
mais on ne li doit pas torner à vilonnie 30
se il ne l' puet conquerre, car cuers ne li faut mie.
plus est dolans Dauris, asses coi que nus die,
qu'il ne l' pot aprocier, car ses cevaus li nie.
ce. Grius vit venir par mi la praerie,
et n'i avoit celui n'ait l'enarme saisie. 35
il ne daigne fuir par amor Escavie,
1) entre ii, ex. 2) eseiê. 3) sanltmi né de teseu vivmH, d^ire en-
•êpri. 4) andoi.
U RowMiiis ekVaaMn, 30
466 FUBRS DE GADRE8.
la fille au duc Melcis» car ele fu s'amie.
proecce le soumont de faire une estoutie;
descendus est à pié sor l'ierbe ki rredie,
son ceyal vit ocis, sor ses Dex jure et fie
que il n'ara ceral en trestoute sa yie 5
se il ne le conquiert à Tespée forbie.
Emenidus ceyauce, de rien ne se detrie,
Floridas esporone, de près* querre a envie,
Tescu li joint au brac, le brac au cors' li lie,
et se li a sa targe et fausée et croisie;' 10
mais fors est li aubers ki rers l'acier brunie^
et l'anste fors et roide qui ne ront, ne ne plie;
* une des mestres costes li a l'enfes froisie,
de cou qu'il ne se pasme, proecce l'en merchîe.
li quens tint^ nu le branc, seurs sans couardie, 15
Floridas l'a yeu, n'a talent que il fuie;
plonciés est en l'escu por garandir sa rie.
Emenidus le fiert, sa grans aours^ l'en prie,
le branc par mi l'escu à l'ielme li alie;^
mais tant fu fors et durs que ele est resortie. 20
mais si® l'a estoné que près ne pert l'oie.
F. 72^ jà fust endroit l'enfant la bataille finie,
quant de Defur issi la noble conpagnie;
il passoient as gués, n'est qui le^ contredie,
et li Grijois cevaucent par mult grant aramie. *® 25
premiers broca i. Grius c'on apela Eelie;
Tenus est à Dauri, hautement. li escrie:
„vasal, car fiancies que je ne tous ocie/'
mais Dauris ne 1' prisa une pume pourie;
d'autre part est tomes, se 1' fiert à la guencie, 30
toute 11 iTla quise au branc d'acier partie,
li naTrés est cens qui a mestier de mie**
et Dauris est montés que estrier n'i quist mie;*'
il enbrace l'escu, tint*' l'espée fourbie;
or soient Griu seur d'aToir une envaie. 35
1) prie. 2) emior U eoi. 3) partie, 4) êêirie. 5) iraiL 6) irorê.
7) moHe. 8) porpumt. 9) lor. 10) ••He. 11) mire. 12) ii n'j qmst
aU. 13) irait
FUBRS DE GADRE8. 467
deTant Emenidus fiert Daire de Nabie ;
tel cop li a douné, la siele en a widie,
si souavet cei que il ne cria mie;
de celui a-il bien la guerre commencie.
li ceraus enfui par le pré ki Yredie; 5
Gratiens l'a reu, de Y prendre ne s'oblie,
montés i est errant, car il Ta bien coisie/
au mal talent qu'il a jure bien et afie
que il fera, s'il puet, à 1' Caldius félonnie.
Floridas o son frère en l'estor se ralie, 10
la noise lieve as très, li os est estourmie;
or pueent li enfant tomoier à folie.
Cil passèrent as gués qui vinrent de Defur;
li jors fu biau§ et clers, nus hom ne Tit si pur,
li solaus l'enlumine, n'i laise point d'oscur. . 15
Dauris et Floridas sunt en l'estour seur,
des escus font castiaus et des espées mur;
à lor brans i detrancent mainte targe à asur,
et si vus puis bien dire que puis le tans Asur'
qui primes mist les bones en la tiere Defur, 20
ne furent doi si jouene, de proecce meur;
ne fust Emenidus que il tienent à dur,
et Gratiens li preus ki Dauri troya sur,
ne prisasent les autres nés c'un geldon cafur.
A l*estor sunt Tenu Caldui grant aleure 25
et li Grijois cevaucent plus tos que l'ambleure;
là ot maint dur encontre et mainte joste dure.
Gratiens esporone iriés à desmesure;
d'un tronçon que il ot estindra son ardure.
i. Caldiu va férir, nés fu de Val Oscure 30
si l'a si estoné que tout désaseure,
si qu'il ne sest à dire , s'est jor u nuis oscure.
li quens saisi le branc par mi l'enheudeure,
de r fuerre l'a gieté,* n'i vol autre armeure.
en la prese se fiert,* joiaus de s'aventure, 35
il vengera sa bonté, icou afice et jure.*
des Caldius entor lui délivre la pasture;
1) êoiêi. 2) Ariu. 3) H a trmt 4) met
30*
468 FUBRS DB QADRBS.
d'autre part le font bien U enfant, c'est la pure,
vers Emenidus vont, car d'autrui n'ont-il cure,
.d'un homme contre ii. n'est mie parteure,
mais cil seus a proecce sour toute créature,
vasaus^ est Floridas, quant il ses cos endure; 5
enfes est, mais de cuer est fais à sa mesure.
Floridas Sert le conte en l'elme, sans jointure,
descendus est li cols à val en sa figure,
n'ierent pas dont naseP de si fière' faiture,
F. 72° durement l'a navré, mais vigors l'aseurej 10
de r sanc Emenidus a rougi la vredure,
et la flors se cointoie de si noble tainture.
li Griu l'ont perceu, doel en ont et rancure,
à poi ne fu cis cos la lor desconfiUire.
Navré ont* Floridas le cortois chevalier; 15
Emenidus d'Arcade ù il n'ot qu'ensignier
férir* l'enfant sor l'elme de l'espée d'acier,
mais il estoit si durs, ne le pot enpirier.
descendus est li brans devant l'arcon premier,
mult l'abat de 1' ceval, si l'estut trébucier, 20
sour lui est arestés por faire fianchier,
por cou que preu le sent, ne le vot enpirier.
cil de Defur cevaucent por lor signor aidier,
*et Grijois esporonnent, ne n'i voiront torner;
Caldiu vont à rencontre, li Griu au calengier. 25
sor l'enfant veiscies i. estor commencier,
tant escu estroer, tante anste pecoier,
et tant vasal à tiere, tant ceval estraier,
tante brogne fauser, tant cors d'omme plaier.
durement veiscies Dauri les Grius cointier; 30
ses conpagnons soumonre, restraindre et rehaitier.
nus hom ne vit è 1' mont* si noble carpentier;
tel noise font as brans sor les elmes d'acier,
as loges en oirent li- Grijois le noisier;
lors s'adoubent en l'ost plus de iiii"*'. 35
quant cil de Defur virent caus de l'ost aprocier,
adonques refusèrent, Griu prirent à cacier,
1) vaillanê. 2) visières. 3) lotie. 4) 0f. 5) t7 fiert. 6) d!espée.
FUBR8 DE GADRIB8. 469
ferrant les ont menés ii. arcies arrier;
en Taighe les enbatent, ains n'i ot maronnier;^
si les ont entassé corn garbe à ahanier
et si sunt si passé kll n*i ont reprovier.
ne furent que vii^- à Testour commencier, 5
et tant i a Crgois, nus n'es set esprisier;
lor signor ont laisié è Y pogneis' arrier.
qui dont oist Dauri son cier frère hucier,
ses proecces conter et ses bien fais darrier;'
il meismes se tient à fin couart lanier, 10
quar frères ne doit autre jusqu'à la mort laiier.
Emenidus ala Floridas arainier;
„vasal, ce dist li dus, rendes-vus prisonnier;
„n'aYes garde de mort, ne des menbres trancier,
„mais li rois Alixandres vus fera ostagier/' 15
Floridas a veu qu'il n'i a recouvrier,
le main U a tendue, si le fait fiancer
qu'il n'istera de 1' tref Alixandre d'Alier,
s'il ne va par cougié en i'ost esbanoier,
desi qu'il ara fait à créant ostagier. 20
Griu li ont amené i. anbleor destrier;
à r tref le roi l'enmainent, sans noise et sans tencier;
il l'ont fait désarmer desor i. pale cier.
il ot gent le corage et le corsage fier,
les ious vers* et plus gros d'un faucon montenier. 25
li rois juoit as des desor i. eskiekier,
il a laisié le ju por l'enfant acointier.
„amis, ce dist li rois, une rien vus requier.
„dites-moi qui vus estes, je vus en voel prier/'
— sire, dist li valles, à celer ne 1' vus quier; 30
,Je suis nés de Defur, fins Jaspar le guerrier.
„*mais mes père fu mors ii. jors ot en Février;
„entre moi et mon frère somes si iretier.
„por cou que pris m'aves, ne me mostres dangter,
F. 72* „se en voles avoir, tant vus donrai d'or mier, 35
„n'en porteroient mie la moitié doi sommier.
1) fumionitr, 2) fmamerê, 3) nonder. 4) votre.
470 FUERS DE GADREd.
„i8i va-il de guerre, oi l'ai tiesmognier,
„que on i paet souvent et perdre et gaegnier/'
„Va8al, ce dist li rois, vo pensée est legière.
„cuidies-vus que je soie d'avoir si convoitière;
„de vus n'arai trésor fors la cité entière. '* 5
et cil li respondi: „ceste prisons est cière;
„onques tel raencon ne dona tomoière.
^aves-vus tout le mont conquis en tel manière?
„mais ancois qu'aies prise icele^ tor ptemière,
„averes eu caut sor la brogne doublière. 10
„en est Melcis mes sire, li fors rois, justicière;
,Jà ne li boiserai, ne né serai tercière;
„traison ne ferai, mius volroie estre en bière.
„U dus a XXX"'- de gent à sa banière;
„qui bien i prendroit garde, jà veroit la poucière; 15
„si vus feront demain par force traire arière.
„Dauris mes frère est sains et s'espée est entière;
„se vus l'oses atendre, bataille i ares flère;
„i. tel ester veres as gués, sor la rivière,
„n'i ara si sain Griu, n'ait mestier de litière. 20
„i. tel souhait feries, se esties souhaidière
„que fuscies o vos gent c. jomées arrière.*'
Alixandres en rit, si dist à base chière:
„8e li cuer ne descorde, bien saules tomoière;
,jà ne sera hardis jouenes hom manecière ** 25
„Vasal, ce dist li rois, drois est à baceler
„que son hardement sace jusc'à 1' besoig celer.
„vu8 l'aves oi dire, folie est de vanter:
„quar vanteres ne vaut, s'en ne 1' puet aciever.
„moi convenra, ce dites, sos ma brogne suer, 30
y^ains que par force puise en celé porte entrer;
„d'autrui fait ne doit-on en grant ounor monter,
„ne pris ne doit avoir qui ne l'ose acater.
„le los d'armes doit-on à suour conparer,
„et id faire ne 1' vint, si ne s'en doit meller. 35
„ne r di pas, ce sacies, por men cors avanter;
1) forte.
rUBRS DB 6ADRB8. 471
^batailles ai-jou faites dont Dea doi aoarer,
„ei tous mes conpagnons sieryir et mercier,
„qui m'ont fait par lor armes signor de Y mont clamer."
et Floridas a dit: „ce doit bien demorer;*
„hardement ne doit faire jouene homme désirer.' 5
„ire est de tel manière c'on ne le paet tenprer;
^froide est et si fait homme durement escaufer.
,,hardemen8 fait la bouce à son yaloir parler;
,,80 jouenes hom parole, ne l'en doit-on blasmer;
„ains doit-on s'il est boins, ses dis à bien tomer. 10
„encor l'os-je bien dire, cui qu'en doie peser,
„si vus l'oses atendre, demain pores trouyer
„le duc prest de bataille por sa tiere aquiter.
„des hardis cheyaliers fera ces gués barer;
,Jà couars n'osera deyant aus arester.*' 15
Alixandres en rist, se V prist à acoler,
jouste lui l'a asis, l'aighe fait demander;
à r mangier sunt assis, si laisent le parler.
Au mangier est assis li miudres emperere
qui tenist en cest mont signorie d'empere;' 20
por cou fu-il partout si yaillant conquerere
que proecce est sa suer et largecce est sa mère.
F. 73* ne sayoil escondire, si ert large» dounere,
il n'estoit à preudonmie estons, ne rampronere,
ains les ounoroit tous com s'il fuscent si frère.* 25
bons yiyendiers estoit et larges despendere,
de l'autrui conquerrans et de 1' sien desfendere;
ne quic^ de sa proecce, ne diroit-on de mère.*
lés lui sist Floridas qui la cière ayoit clere;
le sanlant de 1' roi note com s'il fust esgardere,^ 30
yit que sa cors n'étoit vilaine ne ayere;
jà li siet et li plest, riens ne li est amère
le ranprone de 1' roi en cui prison il ère.
Li rois après digner se drece en son estage;
ses conpagnons apele, vont s'en lés le rivage. 35
1) trop foeê êermoner. 2) desréer. 3) de père, 4) si est entr'ex ei
iui eame êiUre fil et père, 5) ie tiere, 6) voe diroit eoniere, 7) soutix
eeeoutere.
472 FUBRS DE GADRBS.
„baron, dist Alixandres, ceste tiere est saavage,
„li mur de la cité sunt mult de grant eage,
,,inult i a rices tors et noble hierbegage,
„et si croi c/ains iii. jors me readera cavage.''
entrues que il parloit, este vous i. mesage; 5
Alixandre apiela, car bien sot le^ langage:
„rois, notre dus Melcis tient sa tiere à outrage
,,que vus en son pais demores à estage;'
,,à tort aves porpris la rivière et li erbage.
„sien requiert à vous et à aus (le) trevage; 10
„il ne vus mande mie hounor, ne signorage,'
„mais ire, mautalens désounor et hontage.
„rendes li son marci, Floridas le très sage,
„le preu et le hardi à Taduré corage;
„dont en pores aler se rendes le paiage. 15
„se vus tos ne le faites, vus i ares damage/'
lors parla Floridas, n'ot pas le vis ombrage:
„sire, de ma prison prenderes-vous* ostage;
„li dus Melcis cevauce, je voi le fier bamage,
yjTLXx^' chevaliers ki mult ont vaselage. 20
„cil venront desrainier le gués et le pasage;
„de vos Grius i laires i. si précieus gage,
„ne seroit racatés de tout l'or de Cartage."
Sire, dist Floridas, ne V tenes à losenge,
„s'on prent homme ^ à tornoi; drois est c'avoir en prenge. 25
„metes-moi à raencon, je suis près que le renge;
„avoir encontre ounor ne pris une masenge.
„qui pour ounor desfent sa vie, a sa coustenge;*
„faite aves honte au duc, si est drois qu'il s'en venge.
„soufres que demain soie à l' dolerous' caJenge 30
„ù li preus aront pris et li couart blastenge;
„qui là n'iert, n'ara mie, par droit, de V tout loenge.
,Jouenes sui, prou sai d'armes, si est drois qu'en aprenge;
„mius volroie estre preus c'avoir l'ounor d'Orenge."
Quant Alixandres ot entendu le meschin 35
qui por sa raencon ofre à donner or fin,
1) son. 2) êêttê for voirê rage. 3) mMSté ne forûfe. 4) im pr«ii-
dereê, 5) auirt. 6) êonwe m a le, 7) gtariem.
FUBR8 DE GADRBS. 473
tant que n'en porteroient la moitié doi roncin,
Emenidus apiele, oiant caus de sen lin.
,,cil bacelers est preas, n'a pas le cuer frarîn;
„ounor a en amée, siuir vint son train.
„Yers lai ne pris avoir une fuelle de pin; 5
,,par raison m'a mostré que siue son train.*
„s'or l'avoie raient' quant yenroit à I' matin,
„li avoirs qu'en aroie m'aroit quis tel voisin
„qu'il querroit mon damage à son branc acérin;
„por avoir qu'il dounast, n'aroie millour fin. 10
„6rijois demain veres tant confanon porprin
F. 73^ ,»et tant bon chevalier armé sor l'elme enclin ;
„à demain vus otroie i. jomel entierin:
„se ne fier à la porte de mon branc acèrin,
nbien juge, oiant vus tous, ne doi boire de vin 15
„ne bêle dame avoir sous couvertoir hermin.''
Pris a rois Alixandres lendemain Taatine
k'il ferra à la porte de sa lance fraisnine.
Emenidus ki d'armes sot toute la doctrine
promet à son lion de V premier cop Testrine, 20
se ferrans ne li ciet, qui li cort de ravine.
Grijois dient entr'aus: „ci a trop lonc termine,
„alons les asalir ains que li jors décline."
quant Toi Floridas, le viaire en soscline
li cuers U aluma par desous sa poitrine, 25
de hardement languise' ceste proecce fine,
de r mautalent qu'il a a morir se destine,
entrues que il parolent, li dus Melcis cemine;
avoec lui amena une noble mescine,
sa fille ert, n'ot plus d'oirs, cou est vérités fine; 30
en la chité l'enmainent maint fil de palasine.
jolie estoit et gente, car amor l'enlumine.
*à grans honors s'herbergent en la salle perrine,
et li dus est logiés, car li solaus décline,
maint tré i ont tendu de soit outre marine; 35
Dauris le va veir, qui pas n'i ot haine, ^
1) Hegne son eemm, 2) WÊeê se je l'en eréaie. 3) raiHse. 4) veêiuê
d'un frtê hêruUne.
474 FUBRS DE GADRBS.
et li dus li promet qu'à s'espée acèrine
li rendera demain de Floridas saisine.
Lés la cite se logent Caldiu è Y sablonnoi,
taburent et buisinent et mainent grant esfroi;
Tescorgaite commandent Clarec de Montesfroi ; ' 5
mais sagement le font la gens au maine roi.
Aristes et Dans Clins et Gratiens, cist troi
gardent Tost à m. Grius par le roial otroi.
li ber Emenidus est adies en esfroi,
quar sa targe ot promise des premiers cos Totroi; 10
s'il ne r fait à proecce, il a menti sa foi.
si tos com li solaus esclarcist Tair de soi,
est montés sor ferrant, armés de son conroî.
ains c'on le sace à Tost, passe as gués en eonroi;*
jà ert levés Dauris désirans de tomoi, 15
Tost remiroit de fors desor fauveP le bloi.
Emenidus coisi delés i. sapinoi,
lors dist à Samuel : le Deu des armes yoi.
„par son fier hardement est yenus à desroi;
„c'est cil ki prist men frère, le millor de sa loi. 20
„s'à lui ne vois jouster, tiere tenir ne doi,*'
isnelement s'arma, mais ne le sorent doi,
puis a dit: „biaus amis, d'une cose vus proi;
„demores en la vile, cis besoins est sor moi.
„se à i. chevalier cest mien escu dounoi, 25
„ne me doinst mes puciele ne solas, ne dosnoi.
„m'espée muert de faim et ma lance de soi;
„8e de r sanc ne 1' saole, de proecce recroL
„ostages vus en doinst cest anel de mon doi
„que me tramist m'amie, la biele en qui je croi/' 30
Dauris monte è V ceval, couvert d'un drap de soie;
si s'afice ens estriers, cescuns des flers en ploie,
le ceval esporone, des esporons l'aigroie,
menbre lui de s'amie à cui de 1' tout s'otroie;
li cuers li est montés par orguel iiii. doie. 35
Emenidon coisi jouste le sapinoie,
le frain lasque à Y baucant, des esporons l'aigroie.
1) Uonjfenêoi. 2) rêcoi. 3) #or SamuêL
FUBRS DE GADRBS. 475
F. 73* lors broce Emenidus ferrant qui se desroie;
li ceyaus Dauri vient si tos le sablonoie
que ausi trance l'erbe comme yilains le soie,
es escus s'entrefierent ù li ors reflanboie;
petit durent les lances, car cescune pecoie. 5
andoi sunt passé outre, bien i. arpent de voie;
tant fu bêle la joste que cascuns s'en cointoie.
Clares qui Tescorgaite faisoit jouste l'arbroie
0 caus de Mongaicois et o caus de Valcoie,
oi les froiseis, mais pas ne se desroie. 10
à ses conpagnons dist: „or tous armes à joie.
,»6ryois ont jà passée Taighe qui n'est pas coie:
,41 ont hardi signor qui ichi les envoie.
„or se puet travillier, cui li soujors anoie;
„poi doi prendre repos nus prudons qui guerroie/' 15
Pour lor cevaus rçstraindre sont descendus à pié
Caldiu qui cele nuit ont lés le bruel yillié.
es cevaus remontèrent, poi i ont detrié;
cevaucent en conroi, sieréement rengié.
jà ierent li vasal à Tester repairié, 20
des espées s'estoient durement enpirié;
Emenidus esgarde, si vit le pré joncié
de caus qui por conbattre vienent aparillié;
si fiert Dauri sor l'elme que tout Ta enbroncié.
quant les Caldius coisi,^ si ot le cuer irié 25
et dist: se caus n'encontre qui les ont aprocié
peu i ara cel jor par armes convoitié.'
sor ferrant ademis tint le branc enpugnié,
ftert sor Telme i. Caldiu que tout l'a enbroncié;
ne li vaut la ventalle plus d'un cansil' délié, 30
l'acier trancant li a dusc'à 1' menton glacié,
à l'estrodre de 1' branc, l'a è V pré trébucié.
quant Clares l'a veu, le cuer en a irié,
le ceval esporône, s'a le pignon baisié,
ftert le conte en l'escu, tout li a pecoié; 35
ne r garesist haubers qu'il ne l'eust blecié;
de cou li cai bien qu'en car ne l'a toucié.
1) h pêêM l'a vea. 2) eêfUntié, 3) eainêêi.
476 FUBRS DE GADRBS.
à 1' daerrain arcon a son fier apoié
et si n'a pas le conte ne mué ne ploie,
li ber Emenidus ot mult le cuer irié ;
Dans Clins et Gratiens orent escorgaitié,
sor les cevaus armés orent le gués^ gaitié. 5
li airs qui estoit noirs est i. poi esclairié;
de la cité regardent le fort mur batillié;
la mellée coisirent par dalés i. vregier.
Emenidon coisirent qui mult ot caploié.
„6ratiien, dist Dans Clins qui mult ot cuer ploie,' 10
„ès gués se sunt féru, n'i ont plus atargié;
„hui perdrons le millor qui ait escu baillié."
et Caldiu ont le conte entr'aus si angossié'
que tout l'eussent pris et de Y cors mehagnié
quant li dru Alixandre, li doi vasal proisié, 15
Tinrent a la rescouse, de bien faire haitié.
cescuns abat le sien, que n'i ot detrié;
Dauris voit que li sien sunt forment damagié,
. à i. des siens meisme recouvra i. espie;
or va férir Clincon, ne Ta pas épargnié, 20
l'escu À tout le branc li a è 1* cors plaisié»^
une grant toise Ta de 1* ceval eslongié;
puis regarde sa main, si a Taniel baisié
F. 73' que li tramist la bêle au gent cors envoisié;
sor le conte s'areste, ne l'a pas refusié; 25
pris Ta et a li enfes ilueques franchie'
qu'il n'istera Defur, si l'ara otroiié.
li doi Grijois s'en partent, le tierc i ont laisié
et Caldeu vont après des esporons coitié.
Dauris arieste à 1' gué, n'i a pas encaucié; 30
Emenidon apele se li dist cest ditié:
„dites moi de mon frëre, Tarons nous ostagié?
„i. des vôtres avons à Defur hierbregiés/'
Emenidus a dit: „n'aves pas mescangié;
„tos ares Floridas por cestui escangié. 35
1) ie foêage. 2) mal êomeê engignié, 3) aprodê, 4) iê l' cors
saeié. 5) a ii fuenê fiancié.
FUBRS DE GADRES. 47t
„s'il plest à Alixandre, jou loc bien cest marchié;
„run renge-on por l'autre, qu'il n'i ait plus plaidié/'
Sour cou ont li baron la parole laisié,
s'il plest à Alixandre k'ele soit otroié.
li doi Grijois s'en partent, la voie ont aquellie 5
dusc'à r tref Alixandre n'i ot règne sacîé.
Emenidus en a la parole fumie^
que Dauris à Clincon fait la siele widie;
s'est prisons à Defur, en la tor batillié,
Floridas en escange a prison batillié.' 10
il a si vers Dauri la parole afaitié,
l'un ara-on por l'autre, isi est otroié.
Alixandres a dit: „ceste oevre est bien traitié,
„por l'ounor de Caldée, se quite m'est jogié.
„le menor ne voroie perdre de ma mesnie, 15
„por Clineon a été ma proecce essaucié;
„n'est drois que la merice soit au besoig falie."
XX. chevaliers apele de caus ù plus se fie:
„à Defur m'en ires, la cité enforcié,
„Floridas conduires à la ciere hardie 20
„et ramenres Clincon, si est Tuevre bastie."*
cil passèrent as gués, n'i ot règne sacié;
la porte de Defur truevent desvierillée.
grant oleure vont par la mestre caucie,
au perron descendirent de la sale voltie. 25
Li chevalier descendent qui ne sunt pas vilain;
encontre sunt aie bouijois et citoain.
Dauris démena joie de sen frère germain,
il apiela Clincon, si Fa pris par le main;
dist lui : „vus estes quite, mais ce n'est mie en vain ; 30
„ains me fianceres le tornoi à demain.'*
— non ferai, dist Clincons, mais ancui à 1' sierain.
„ier nos dist Alixandres, se Dex le garde sain,
„qu'il ferra en vo porte, de cou soies ciertain;
„et il n'en mentiroit por nul avoir mondain.'* 35
Dauris li fait donner i. destrier Castelain;
les mesages convoie demie Une à plain.
1) navele noneié. 2) de frison fianeié. 3) partie.
478 FUER9 DB GADRBS.
li Gria prendeni congié, car de V gaés sont procain;
dasc'à r tref Alixandre n'i ont tiré lor firain.
Alixandres apiele Clincon tout premerain:
„aportes-moi mes armes, li jor s'en va à plain/'
Les armes aportèrent doi yallet à Y roi maine; 5
ricement l'ont armé dedens son tré demaine.
caperon ot et mances d'un cier drap d'Aquitaine;
le boin ceval Indois errant on li amaine,
qui plus tos ya par vaus que lièvres par araine.
es arçons saut li rois armés, de tiere plaine, 10
devant Emenidus ses conpagnons acaine.
F. 74* »>sire, vus aves hui' la jouste premeraine;
„yotre lions a pris des premiers cors l'estraine.
„Dauris yus fist sainier ferrant à V grose vaine,
„ne vus besognast mie qu'il euist corte alaine. t5
„la prisons Floridas n'a mie esté lontaine,
„or tos prendes vos armes et prince et castelaine,*
„*ancui voirai savoir quel jent a en cest rêne/'
Emenidus ot honte, i. mot desist à paine,
cuide que dit li soit par reproce vilaine; 20
mais li rois ne 1' desist por nul avoir mondaine.
Par l'ost se sunt armé li Griu hasteement;
li rois les fait issir des loges erraument;
Emenidon apele, se li dist bêlement:
„biaus sire, n'aies mie envers moi mautalent. 25
„coa que je vous dis ore fu por castiement;
„hardis est ki asaut et plus ki se desfent.
„devi8es vos conrois, atomes votre genf
Emenidus a dit: ,Je ferai vo talent'*
X. conrois establi bien et resnablement, 30
et furent è 1' premier doi millier et iii^*
o caus vorra jouster li quens premièrement.
Tholomes conduist l'autre, Clincons la tierce prent,
la quarte Gratiens qui prendra vengement
de r duc Melcis, s'il puet et eurs li consent. 35
Perdicas et Liones conduisent sagement
la quinte et la sisime par lor enseguement;
1) kui avêê eu, 2) li eataimê.
FUBRS DB GADRBS. 479
Aristes et Filoies par lor grant hardement
conduisent les ii. antres, sieret seurement.
la nuevime Canins qui avoit le cors gent,
la disime Alixandres à cni li mons apent;
en lui tout seul aroient li sien recourrement. 5
quant li Caldiu les virent passer si fièrement
si se sunt tout armé tost et delivrement
floridas a mandé Melcis isnelement
que Alixandres vient vers lui^ iréement.
li dus démena joie quant la parole entent; tO
mais joie dont dex nest, nonce* est de tonnent.
Caldieu corent as armes, li dus la soie prent;
Clares de Mongensor tos Tangarde porprenU
li doi s'entr'aprocièrent par le pré, liement;
ne quic que il remagne, s'en erent cors sanglent. 15
Caldiu furent armé, li' dus ist de sa tente;
cil de Defur s'en iscent, n'i fisent longe atente,
et Floridas a dit qui la ciere a rouvente:
„baron, or de V bien faire, ne soit* qui se repente;
„or puet monter en pris cui onors atalente. 20
„qui rien doit à proecce, hui li paiie sa rente;
„hui seront cier li preu, car venue est lor vente."
lors cevaucent Caldiu et sunt par m. fois xxx.
Emenîdus apiele Saligot de Laurente:^
„estregnies ces conrois, que nus ne s'i destende; 25
„8e cest premier ne fier, Dame V Dex* me cravenle."
Emenîdus apiele Saligot et Guimas:
„cevaucie8 en conroi, seréement le pas;
„g'irai férir Caldius en cest premerain tas.*'
li quens broce ferrant qui ne fu mie las 30
et Clares esporone sor le vair de Damas,
es escus' enbusciés, portent les lances bas;
ne lor valent escut nient plus que lignes* dras;
si se fièrent es elmes qu'en ronpirent les las.
li vasal furent fier, li ceval fort et cras; 35
F. 74^ andoi se tinrent bien, ce fu joie et solas.
1) ver# M eevëlee. 2) source, 3) #a tenie. 4) JheêUê Crû,
5) hlmêonê, 6) linge*.
480 PUBRS DE QAIUIES.
se li i. en ceist envers, sovins, ne plas,
plus li fust mesceu qu'à gieter ambes as.
là ù les os s'encontrent, n'i ot ne ju, ne bas;^
entre Grijoîs se fièrent Dauris et Floridas;
là ot maint escu fraint et maint vert elme quas. 5
Mult fu fors li estors devant la nonne basse;
Grijois i ont perdu de chevaliers grant masse.
Emenidus d'Arcade entre ii. rens trespase,
va férir Samuel qui tint la tor de Jasse;
à l'espée trancant tout son elme li quase; 10
ne li vaut la ventalle le vies pan d'une nasse,
la cervielle 11 bout, mervelle est s'il repasse;
grant vertu a li quens qui de férir ne lasse,
les navrés sor les mors à 1' branc d'acier entasse;
onques nus chevaliers n'ot de férir tel grasse. t5
Li batalle fu fors devant nonne, è 1' palu;
li conroi de ii. pars se sunt seule' couru,
là ot tante anste fraite et tant blason fendu
et tant elme enbaré et tant clavain ronpu.
Alixandres cevauce à force et à viertu; 20
à son conroi tout seul a l'estour desronpu
tout outre les Caldius, si que tout l'ont veu.
de cou que il ot dit lor est resouvenu;'
jà ne reposera, s*i l'ara retenu.
celé part ù il va, sunt si home venu; 23
tant com li vers^ Indois pot randonner menu,
va férir en la porte de son espiel agu;
Tanste brise et le fier a dedens enbalu.
devant la porte sunt li Grijois sorvenu*^
et cil dedens lor gietent pieres et Grijois fu; 30
n'i perent plus ester, arrière sunt venu.
Dans Clins et Tolomes i ont grans cos féru;
cescuns d'ans n'avoit mie le tierc de son escu;
bien ot li dus Melcis le caple maintenu,
tout là ù il torna ont li Grijois perdu; 35
ocis ont Saligot et Guimas abatu.
Gratiens esporonne à loi d'ome irascu
1) gas. 2) êeure. 3) esi le roi souvenu. 4) ionê, 5) areetu, «
PUBRS DE GADRB8. 481
et va férir le duc qu'il a recouoeu.
ne escus, ne clarains ne li a riens valu;
une toise de Tanste li met par mi le bu.
souvinant de Y ceval l'a à tiere abatu;
il ne pot mot souner, car à mort navrés fu. 5
bien li a Gratiens le gueredon rendu
de cou qu'il li avoit son service tolu.
Caldiu sunt esmaiié ki le virent eau;
bien sevent s'il est mors que tout* seront vencu.
Mult a bien Alixandres sa parole tenue lU
k'il féri à la porte de sa lance esmolue;
sa gens est à l'estor après lui revenue.
Perdicas et Liones i ont grant perde' eue;
il orent la batalle fièrement maintenue.
Aristes et Pilote i ont grant perte eue; 15
là ù Dauris toma, mult ot de gent perdue.
Caulus a tant féru que tous li cors li sue;
la force des Caldius a li rois desronpue,
ausi les fait fuir comme faucons la grue,
des mors et des navrés est la prée vestue; 20
li dus pasme à la mort, sanglens, sor l'erbe drue;
ne pot i. mot sonner, ses mains tent vers la nue.
F. 74^ li cors s'en est tornés,^ l'arme en est par iscue.
or li a Gratiiens sa mérite rendue
de cou qu'il li avoit sa desierte tolue. 25
trop fu li quens hardis , cou est cose seue ,
mais si avère riens ne fu onques veue;
fause est proecce avère, car de l'haut* bien est nue.
tos fu entre Caldius la noviele espandue
que li dus est ocis, de lui n'aront aiue. 30
ausi sunt esfreé comme beste esperdue,
Gratiens les ocit et Dans Clins les argue;
en aus n'a nul defois, tous les ocit et tue.
Clares de Mongensor vit la desconneue,^
que por la 4nort au duc est sa gens confundue ; 35
au conroi de Defur est droitement venue,
1) to*. 2) pmnê. 3) «#l estenduê. 4) de tos, 5) deseonvemêe,
Li RoumftM d'AIiMn4rc. 31
482 FUBRâ DE GADRBS.
Dauris et Floridas ont lor gent retenue;*
une bataille font de lor gent conneue.
Ters le baille s*entornent par une estroite rue
et Giijois après aus s'en vont sans arestue.
ne quie que par aus soit corone' recreue. 5
Mors est H dus Melcis et sa gent recreans;
forment i a Grijois par le pré mors gisans,
Alixandres ralie les sains' et les aidans;
il apiela a soi les preus armes portans.
il ont devant la baille les frères consiuans 10
qui li ont mors ses homes, de coi il est dolans.
„baron, dit Alixandres, alons vers ces enfans.
„se vis les poons prendre, ce sera joie grans;
„la cité me rendroient, fais seroit mes talans.
,Je Tarai coi qu'il coust, n'en sui mie doutans; 15
„ain8 i tenroie siège de cest jor en viii. ans."
lors desrengent li Griu sor les cevaus corans;
Dauri son frère apele Floridas le vallans :
„quar alons encontrer ces premiers desreans."
andoi hurtent ensanle des esporons trancans; 20
à Floridas jousta Dans Guimas de Polans.^
lor lances pecoièrent sor les escus tenans;
sans parel* fu la j ouste, mes auques fu parans,
et à Dauri jousta Caulus li conbatans
à cui li rois donna Yvorie et Melans. 25
Tanste Caulus brisa, li Dauri fu tenans;
le conte souvina sor les flors verdoians.
ii Griu vont à V rescouse, com lions famillans
qui va querre sa proie, de coi est désirans.
Là il Caulus cai estoit la prée gente, 30
fors tant que des navrés estoit par lius rouvente;
il fu si estordis, ne set s'il pluet u vente,
quant li Griu l'ont veu, nus d'aus ne s'i alente;
por le vallet rescorre i ceurent plus de xxx.
Dauris qui l'a veu, de rien ne s'espoente; 35
à l'espée d'acier lor aporte tel rente
dont il fait entor lui mainte teste sanglente;
1) l'oêuvre fêreeue. 2) cornée, 3) #ieii«. 4) H paiêêmnê. 5) périt'
PUBR8 DB GADRBS. 483
ains si grant hardement n'ot hom de sa joyente.
et H ber Floridas maint raste cop i ente;
mais Griu orent la force qui orent bone yente.
Caulus ont remonté sor le ceyal d'Otrante;
li ber a trait le branc, de soi yengier n'alente, 5
yait férir i. Caldiu que sor l'arcon Tadente;
estordi Tabati au trayiers d'une sente,
puis en abat i. autre et le tierc acrayente.
fièrement se requerent, l'uns l'autre n'a parente; ,
74' de lances et d'espius l'uns sor l'autre carpente. 10
oir i peuiscies tel noise et tel tormente,
il sanle que airs torne et tiere se desmente;
là fi] li couars yius et li hardis ot yente.
31*
PRISE DE DEFUR.
CI dlst 0l com Daaris et Floridas me eonlM^tent
contre lor anemls et II en tuent asses*
lHout fu grans la mellée et li noise et li cris
et deçà et delà fu fors li ferreis.
Grijois lor corent. sus ki d'armes sunt apris,
ne les pot plus soufrir la mesnie Melchis;
toute cai lor force quant li dus fu ochis. 5
cil de Defur s*entornent, s'est li esters guerpis;
Caldiu furent par force dedens les lices rais.
Floridas guenci primes, de bien faire aatis»
et Dauris ses vasaus* qui mult est ses amis,
à espérons s'eslaisent en mi lor anemis; 10
Floridas fiert i. Griu et i. autre Dauris,
si que fors des arçons les yersent estordis;
et d'une part et d'autre fièrent des brans forbis.
mais n'i porent durer, n'i ot c'aus ii. guencis;
Grijois les ont par force et retenus et pris. 15
Alixandres les rendes' qui en fu esjois,
por cou qu'il les a sains et nus n'en fu malmis;
cel conquest a plus cier que tout l'autre pais,
lor cies flst désarmer, s'es esgarda è 1' vis;
lor nons lor demanda; quant il les ot ois 20
il a dit à ses homes: ,J'ai le rose et le lis.
„onques de lor eage n'en yi ii. si hardis."
Emenidus broca Ferrandin l'ademis;
entre Caldius se met à tous z"** Gris,
1) H vaiiian*. 2) iivrent.
PRISE DE DBPUR. 385
è r palais les enbat dolans et esbahis,
commonalment i entrent, si les orent souspris,
par les rues les cacent dolans et desconfis;
si fi] la cités prise, ensi com vous devis.
Alizandres apiele Floridas et Dauris: 5
„vostre cités est prise, bien sai^ qu'en sui saisis/'
— sire, dist Floridas, tant sui-jou plus maris.
„se g'i euse esté, de cou soies tous fis,
„n'i mesisies le pié, si fust Tans acomplis.''
Alizandres Toi, si a gieté i. ris 10
et dist au damoisiel ki d'ire estoit espris.
„ciertes tu as droit non, de proecce ies floris."
Li Griu fisent grant joie quant la cités fu prise;
li ber Emenidus, li vasaus à devise,'
en vint à Aliiandre, si li monstre et devise 15
F. 75* par quel engien il a la fort cité conquise.
„sire, venes avant, si metes votre' asise."
li bons rois Alizandres a la destre main mise
desour Emenidus qu'il aime sans faintise;
ses prisons li carga, cil fit sa commandise, 20
puis vait en la cité o gent de mainte guise,
è r mestre castiel vint qui seoit sor falise;
sale i avoit mult grant qui n'ert de piere bise,
mais de marbre porfis, ouvrée par mestrise.
tant i a or et pieres que n*en sai la devise; 25
c. feniestres i ot qui oevrent devers bise;
tout environ couroit li orgillouse Pisse,*
une aighe fière et noire, com se fiist pois remise;
en tout le mont n'avoit cbité si bien assise.
en une cambre à vote qui vaut l'onor de Frise, 30
estoit la fille au duc, de grant biauté esprise,
Escavie ot à non, plus bêle c'Anfelise.
là le mena ses père qui tenoit la justise;
ne voloit que sans li fust la cités ^ assise,
quant ele ot que 11 rois ot la cité conquise 35
iii. pucieles huca qui sunt de son servise;
la plus povre des iii. fu fille de marcise.
1) voi. 2) que fo# ii monde priée, 3) ro. 4) thtmiêe. 5) à T eoêtel.
^ Ô86
PRI8B DB DBPUR.
devant le roi s'en vint, si s'est. à jenous mise.
,,merci, fait-ele, roi, que n'i soie malmise.''
et quant le vit li rois ù proecce iert assise,'
à mont Va relevée et lés lui Ta assise.
Li bons rois Alixandres ki par force prist Tyr 5
et Perse et Babilone et les vaus de Montir,
s'ot la cité conquise ù il ot à soufrir
maint mal et mainte paine, or l'a à son plaisir,
en la cité herbegent ii Grijois à loisir;
tant i truevent trésor et bon dras à viestir 10
que li plus povres d'aus en pot bien enrichir,
es plus mestres palais fist li rois son plaisir.
*mult ot grant signorie cil qui le fist bâtir;
très en mi le palais avoit fait establir
c' manières de gent por la cort esbaudir. 15
si ont esous reons et bâtons por férir;
li i. regarde l'autre, sanlant fist' d'asalir;
si commencent iii. fois le jor à escremir.
si niistes cos se vont sor les escus férir
que trestout le palais en convient retentir. 20
d'autre part en a ii. qui de 1' sevent siervir;
l'uns tint* une viele, l'arcons ert de safir,
li autres i. harpe dont grant son fait iscir;
lues que cil escrimisent, se prendent à servir,
mult fu cil engignous qui cou sot establir. 25
trestoutes les fenestres a fait li rois ouvrir
por le conbateors que il^ voloit veir.
la puciele apiela qu'il vit^ lés lui seir;
la vérité des gius li rouva descouvrir,
la puciele li conte tout le voir, sans mentir; 30
li rois ot grant mervelle, se ce pot avenir;
tôt maintenant commande c'on les face envair.
li mestres qui les garde, vot son bon aconplir;
en petit de termine font les escus croisir.
adont les veiscies enbroncier et couvrir' 35
rebouter et retraire, reculer et salir;®
1) çtt'Ml plaine de gêtUeU*», 2) tï. 3) ftmt. A) HêmU 5) an. 6) e'M.
7) imèuêùiêr et courir, 8) êmitir.
PRIBB DE DBPUR. 437
ce sanlent que yif fuscent et peusenl morir.
li ménestrel apriès font les notes tentir,
F. 75^ si que par le palais le porent tout oir.
quant li rois vit les gius, mult li Tint à plaisir.
Li rois a regardé yolentiers l'escremie, 5
et le rice pales ki fu fais par mestrie;
tant i ot or et pieres que tout en reflambic.
cil ki faire le iist ot perdue la vie
par sa grant avarise et par sa félonie,
li bons rois Alizandres à la chière hardie, 10
demande à la puciele qu'est de biauté garnie,
qui ele ert et* ki non et que son non li die.
„sire, ce dist la bêle, jou ai non Escayie;
„mes pères fu li dus cui ounor as saisie.
„fait m'aves orfenine, n'ai soscors ne aie; 15
„gentius rois deboinaire, la flors de cortoisie,
„ne suefre que ta gens me facent vilonie.''
— biele, dist Alixandres, soies seure et fie;
,4ou vus marierai, se Dez me donne vie,
„à i. des plus yallans qu'est en ma conpagnie; 20
„ne perdres de la tiere denrée ne demie.''
la puciele Toi, durement l'en mercle,'
à yal s'est embroncié, sa couleurs a pâlie,
à i. damoisiel pense cui a sa foi plevie,
quar il ert ses amis et ele estoit s'amie; 25
cuida que fust ocis, mais isi ne va mie.
li Griu sunt désarmé par la cité garnie
et yont yeir les sales por la grant manandie;
et la gentius puciele qui mult estoit marie,
s'ele a ore paor, par tans resera lie. 30
Si fais fu li palais, com yous oi aves,
tant i ot or et pieres et autres ricetés
que par moi ne seroit li nonbres racontés,
des haut barons Grijois i ot mult aunes;
les campions esgardent et les autres dalés 35
qui harpent et yielent quant l'estors est mellés.
uns enclos de fin or les a avironnés,
i) ne. 2) en plortmi fu marie.
488 PRISE DB DBPUR.
qui bien avoit de haut iiii. pies mesurés;
por cou c'on n'isirast, fu fais et conpassés;
dedens seoit ii mestres qui en portoit les clés.
et quant Ëmenidus li ber fu désarmés
si a devant le roi ses prisons amenés. 5
quant Dauris vit s'amie, si en fu esfreés;
et quant ele vit lui, si en est esfreés.'
d*amor et de doucor ont ii. sospîrs gietés;
li rois s'en aperçut qui mult estoit sénés.
^damoisiele, fait-il, à moi en entendes; 10
édites moi une cose, gardes ne 1' me celés."
— si ferai-jou, fail-ele, jà mar en douteres."
— avis m'est que Dauri de noient ne haes;
„au sanlant de cescun quic que vous entr'ames.''
— sire, disl la puciele, par foi c'est vérités." 15
quant Dauris ot le roi, à son pié est clinés
et d'autre part ses frères est à jenous posés.
„sire, dist Floridas, men frère me rendes;
„mors est se la puciele à autre homme rendes."'
— signor, ce dist li rois, mi home devenes 20
„el sacies c'ambedoi de moi vus loeres."
lors devinrent si home par sairemens jurés.
*tantost comme Ii rois fu d'aus aseurés,
par la main prist la bele qui seoit à sen lés:
à Dauri le dona et les grans iretés, 25
or puet Ii vasaus dire, et si est vérités,
F. 75* qu'il est à boin signor venus et arrivés.
Grant joie fait Dauris que li rois ot donné
Escavie la biele que tant jor ot amée;
s'il fait joie, ii. tans en fait la bele née. 30
andoi erent espris d'une douce pensée,
désirés ot à non, et ele désirée.
Floridas Ii vasaus cui hardemens agrée,
le manage' sen père a au roi demandée
que Griu orent saisi; li rois l'a délivrée. 35
li frère i sunt aie, sunt lor cose at ornée
et quant vint au coucier lor paine fu doblée.
1) ii êanê H est muén. 2) donéê. 3)
PRISB DB DEFUR. 489
Dauris se leva sus, quant l'aube fu crevée,
par les degrés en monte sus en la tor quarée
et la gentius puciele estoit jà acesmée.
Alixandres, li rois, Ten a asses gabée:
„damoisiele, fait-il, mult estes main levée; 5
„bien voi, ceste bataille n'ert par vous refusée,
„et cou seroit peciés s'ele estoit desevrée/'
après l'ont au moustier et conduite et menée;
Eraenidus Tadestre qui tant ot renomée
et li ber Floridas à la cière menbrée; 10
cil ont en adestrant la puciele menée,
de millors chevaliers ne pot estre adestrée. *
quant espousée fu si l'ont tos ramenée;
li bons rois Alixandres l'a forment ounorée,
de la tiere son père l'a ilueques' fievée; 15
s'on li euist laisié, au pié l'en fust alée;
li rois ne 1' vot soufrir, sus l'en a relevée.
de r barnage des Grius i fu grans l'asanlée;
hautes furent les noces en la sale pavée.
cel jor fu l'escremie souvent renouvelée, 20
11 harpe et li viele fu tentie et sonnée.
en une rice cambre, à or enluminée,
jurent la nuit ensanle, coiement à celée;
à tant fu la bataille des ii. amans finée.
Le boin roi Alixandre doit-on bien ramenbrer; * 25
ses fais et ses proecces en tous biens' raconter,
aine après, ne devant ne naqui iteus ber;
toutes les boines tecces pot-on en lui trouver,
il fu biaus et plaisans et sages pour donner,^
et hardis en bataille, quant vint à l'asambler; 30
bien savoit î. estour commencier et finer.
s'il trouva orgillous, il le sot bien mater;
s'il vit bon chevalier, bien le sot ounorer;
onques orfene,* ne veve ne vot désireter.
se li rois se penoit des tieres conquester, 35
trestout cou faisoit-il por sa gent amonter.
de xiiii. roiaumes se fist signor clamer;
1) guiée. 2) êaUie ei, 3) iiuê, 4) de ffarier. 5) orf:
I
490 ''RISB DB DBFDR.
I
^*xiiii. rois i mist, aÎDS que deust ftner,
qu'il fist en Babilone devant lui coroner.
onques ne fu nul jor anuiés de donner,
ains sayoit î. service mult bien gueredoner.
ce paru as ii. frères de coi m'oes conter, 5
que por lor vaselage fist as siens ajouster.
quant il ot fait Dauri la puciele espouser,
; les barons de Caldée fist devant lui mander;
houmage lor fist faire et sairement jurer,
li rois fist à Defur toute Tost séjorner 10
plus d'un mois et demi, por lor cors resposer.
es grans fories aloient arcoier et berser.
iluec^ fist Floridas devant lui apieler:
F. 75' „amis, dist li bons rois, ne vus caut d'esfreer;
,j'ai assenet vo frère et vus en voel mener. 15
,,de r tiere vus donrai se i. an puis durer,
„de coi pores coronne en votre cief porter."
— sire, dist Floridas, ce fait à mercier
„et je vous servirai boinement, sans fauser.'*
Ki boine' matère a, ne li doit estre amère;^ 20
de r bon roi Alizandre doit-on iestre contere,
cil ki tant a de sens que per viers est rimere;
si larges ne si preus ne nascui ains de mère,
en Defur fu 11 rois qui pas n'estoit vantere.
la puciele rendi tout cou que fu sen père; 25
Dauris Tôt espousée et si tint sa contrée;*
avoec les xii. pers fu Floridas ses frère,
i. mois séjorna Tos dont li rois est guiere;
au cief de 1* mois s'esmut por aier sor Almere,
une rice cité qui siet desous Osere. 30
cou est une aighe rade qui est et biele et clere.
Fonides en fu sires de toute la contrée:^
quant sot que sor lui vint li hardis conquerrere,
sot que Melcis ot mort qui plus haut de lui ère,
ses bom est devenus, voiant tout son enpere. 35
ii li rendi s'ounor, car n'estoit pas reubere.
1) t. Jour. 2) vraie. 3) mentere. 4) tire fu ds fempere. 5) fu de
mul» front êaiere.
PRISB DB DBFDR. 491
à Babilone va li rîces emperere,
que il avoH conquise, or en estoît dounere,
li frans, li deboinaire; ce fu dius et misère
quar entosciés i fu, si reçut mort amère,
si com ores è V livre de coi dî la matère. 5
De regarder^ proudoroe est-il joie et solas.
Alixandres sot bien le mauves mettre en bas,
le proudomme essaucîer, de cou ne dotes pas.
largecce fu sa mère,' je quic ke l'engenras.*
en Babilone vint li rois le petit pas, 10
les cités conquerrant, les castiaus, les trespas.
il trespasse Clarence et apriès Bolifas;
au disimc jor est Tos venue à Garas,
ù l'or but tout boullant li emperere Gras,
celé cité fonda li amiras Jonas; 15
il n'ot nule si rice de si que à Baudas.
ce fu i. des roiaumes que tenoit Nicolas
c' Alixandres çonquist et ftst vencu et mas.
uns rois en fu ftevés qui ot non Solomas;
si n'ot que i. fille, plus bêle ne fu pas; 20
Gassandre* ert apelée, l'ounor tint en ses las.
viii. jors i fu li rois à joie et à solas.
Alixandres li rois, qui ne fu onques las
la puciele et l'ounor douna à Floridas;
roius vaut la signorie que Vounors de Damas. 25
gentius rois Alixandres, douter ne devons pas;
se preudons te servi, bien li guerdoneras,
roiaume u ducée u conté li dounas.
quant tu fesis promesse, onques ne l'oublias;
à ten dit à emplir trestout à dies penas; 30
de tel homme servir ne doit estre nos las.
De Garras part li rois; esté i ot grant masse.
Floridas maine o soi, qui n'ot pas cière -lasse. '^
douné li ot tel tiere ii ot de gent grant masse;*
la signorie dure desi as puis d'Eufrat^e. 35
li rois baisa Gasandre qui mull se claime lasse,
1) ramembrer. 2) ê*amie, 3) tu Vtê^outaê, 4) CmUace. 5) à i^amor
eaw%pa9êe. 6) pti n'êtaii mU kuêêê.
492 PRISB DB DEPUR.
por son signor c'a mort que si tos li escape. '
F. 76* viers Babilone va , les contrées trespasse ;
li bons rois Alixandres est assenés à Tarse,
une boine cité qui seoit sour Annase.
de Babilone i vient la navie et trespasse; 5
rice sunt li avoir qu'on i vent et acate.
li rois et toute Tos xvi. jors i respasse;
celé cité tenoit la roine Candasse.
Alixandres connut à mult petit d'espasse,
quar sa figure avoit contrefaite et s'est asse. 10
au quinsime jor mut cil qui d'errer ne lasse.
Au quinsime jor mut li rois et si s'en vait;
dolor fait la roine de cou que il le lait,
cil qui de mauvestié n'ot en soi nul retrait
et ki toute avarise tient à honte et à lait, 15
en l'autre' ounor conquerre a son cuer entresait,
quant il l'a, si le donne; autre trésor n'en fait.
Candasse à tous ses hommes dist que cescuns se gait;
qui conduis n'i sera, mis sera à fourfait.
mius aime qu'il remagne, ce lor dist entresait; 20
de coi l'ire qu'ele a li aliege et apait.
l'os desvoie, si tome ù courans aighe vait,
que vii. jornées dure; nus n'i maint, ne estait;
nus vivans ne repaire par si que l'aighe asait.
quant l'os vit la rivière, quidies que joie en ait 25
li rois se met es vaus, mais durement mesfait;
entre l'aighe et les mons loge l'os è l' garet,
qui fu sure et amère et de mauvais atrait.
onques beste ne hom boire n'en pot i. trait.
Quant li rois Alixandres sot que l'aighe est si faite 30
que nule riens n'en boit, durement s'en dehaite.
dont vosîst estre à Tarse en la cambre portraite
ù la gentius roine li ot tant d'onor faite.
. des cevaus auferrans ont par l'ost si grant fraite'
c'on pot oir le son d'une jornée entaite. 35
mains haus homs gist à tiere que la froidors alaite;
celé nuit ont eu de boire grant soufraHe.
1) ^u'êlê otme dont #t fo# fu esc&rêe. 2) haut». 3) iîei krait:
PRISB DE DBPUR. 493
au matÎDei, à Taube quant sona Tescorgaite,
se leva Alizandres et ricement s'afaite;
yai s'ent querre aighe douce dont ii os soit refaite.
es TOUS i. paisant qui menoit une oraite;
c'est une estragne beste qui mult est contrefaite. 5
quant ii rois l'a veu, durement se rehaite;
de demander noveles a mult la langhe entaite.
Li rois qui des langages est tous bien doctrines/
le preudome salue, si est vers lui tornés.
*à r roi dist: „quel gent estes, que ci tus voi armés? 10
„qu'ales vus querrant, sire, dist-il,' ne 1' me celés 7*^
— amis, dist Alixandres, après main le sares;
„houme Alixandre somes'qui si est redoutés.
„en cest val *ci , derière est par folie entrés ;
„si querons aighe douce; sire, se vus saves 15
„ù trouver en puisons, si nos i asenes.
„grant avoir vus donra li rois, si vus voles."
— n'a i song, ce dist, amis, mult' vus voi esfreés;
„mais por cou c' Alixandre est si preus et sénés
„vus dirai h douce aighe ici près troveres. 20
„vees vus icel mont, icil* pins est plantés;
„d*autre part cort li fluns qui mult doit estre amés.
„ses bontés vus dirai, ancois qu'i parvenes.
„convoiteus, ne escars, ne traîtres provés
„n'en buvera i. trait, lues ne soit forsenés.'* 25
F. 76^ et respont Alixandres, li fors roi couronés:
„et jou irai à l'aighe, s'en buverai asses.*'
Quant cil vist l'ost le roi qui si fu esfreée,
i. petite! sorrist, s*a la tieste crolée.
Alixandre demande por coi l'ost a restée, . 30
et il 11 respondi sans nule recelée:
„à Taighe m'en irai, puis lor sera contée.*'
si faitement parlant ont l'angarde montée,
sor le pin s'aombrèrent- quant la caure est levée.
Alixandres regarde contre mont^ la contrée;
près d'iluec a veu une grant tor qoarée 35
1) etoit êniatinéê* 2) gardée, 3) fi'at sang dé «on avoir, i) » ct#.
5) enoiroH.
494 PRÎSE DB DBPUR.
et une fort cité qui de mur fu freinée;
viviers et molins ot sur Taighe qui fu lée.
le preudome apiela qui la teste ot meUée:
„qui est icele vile? vretés m'en soit contée;
,,piecà ne vi cité qui mius fust compassée. 5
„ancois que Alixandres parte de la contrée,
„rara à son voloir et prise et conquestée."
— tais, fos, dist li proudons, petit pris la posnée,
„por la cité desfendre n'ert jà brogne endossée.
„raighe le desfendra qui si par est sacrée; 10
,,s'il i amaine s'ost, tost i sera' matée."
Alixandres Toi, forment li désagrée.
Mervelle ot Alixandres et mult li fait doloir
la vertus de celé aighe qu'il ot ramentevoir.
le preudomme apela, qui n'ot pas le cuer noir; 15
de r castiel et de Taighe vorra le non savoir.
„frère, je V te dirai et sans point décevoir,
„et tant di Alixandre, jà ne fera sen oir.'
„li paisant l'apielent le castiel de 6rant-0ir.
„Sapience a non Taighe qui enclôt le manoir; 20
„ne querront por conbatre autre desfendeoir.
„Gimel a non li sires, si est plains de savoir;
„morte ert Tos Alixandre, tos le pores veoir;
„com plus en i venront, plus en veron caoir.'
„par devant notre prince oi conter ier soir; 25
„sor lui vient Alixandres ki trestout vint avoir,
„il n'en fist el que rire, icou te di por voir.
„bien set que longement n'i pora remanoir;
„ses homes, ses amis fera-il remanoir.*
„s'il i gist une nuit, n'i ert pas l'autre soir. 30
'„se cà vient Alixandres, pris iert au lac corsoir."
Li rois vit la rivière qui n'estoit mie noire,
mais clere com «rgens, aler i vot en boire,
quide que li preudons ne face pas à croire,^
tant li dist des vertus que tous s'en désespoire. 35
à tant vers le castiel en vont le petite oire;
1) ê'ên r'tr«. 2) y M ferm hoir. 3) iantoêt eam en keuifront «n vorra
wùi eaoir. 4) konteo et anuiê Ven fera rewovoir. 5) i'em fait au^ueo recraira.
PRI8B DB DBPUR. 495
defors virent i. clos, de cou me poes croire,
fremé d'un mult haut mur, tout ouvré de marmoire.
une maison i ot c'on clamoit oratoire,
de oler marbre à porfire et desous* à ciboire,
es masieres entor ot mainte bone estoire 5
et maintes bones pieres qui ne sunt pas de voirre.
laiens erent ii Deu ù il soloient croire,
jouste le temple ot homes desor sièges d'ivoire;
xxiiii. en ii. rens, vestus com à V tempoire.
Alixandres les vit qui grant sens i espoire, 10
le preudome demande et il Ii dist en oire
si qu'il Ii fist muer son sens et sa mémoire:
„Frëre, dist Ii proudons, dirai toi l'airement;'
F. 76* „en cest propre castiel que ci voi en présent,
„mors est l'autre an i. homs, de mult bon entient, 15
„qui à grant signôrie vescui tout son jovent.
„i. sien fil laissa tout à son deflnement;
„se Ii pères fu sages, cil vescui folement
„i. bouijois açata trestout son casement;
„ouvriers mist por fouir à faire i. mandement,' 20
„en tiere bien parfont trovèrent voirement
„i. grant tonniel de ceuvre tout plain d'or et d'argent.
„quant Ii borjois le sot, mander fist erraument
„celui ki Ii avoit vendu son tenement;
„le tonniel Ii rouva recevoir boinement.^ 25
„cil dist: jà n'en aroit i. denier vallisant,
„tout Ii avoit vendu, s'en fesist son talant.
,»de cel avoir se misent andoi en jugement;
„iii. fois ont jà esté à cel atirement.
„li quels ara l'avoir qu'est en estrivement?" 30
quant Alixandres l'ot, si en rist boinement,
dist c'ains n'oi parler de si très foie gent:
„s'ensi montast à moi com à 1' borjois apent,
„des tonniaus i eust mon voel jusques à c.'* *
*jà à cil n'en douasse î. denier seulement, 35
— tais toi, fol convoitous; parlé as folement.
1) rof CMlor. 2) Fêrrewunt» 3) à êom eomMm^demmt. i) fêt 9êtêr
pd ii fait nuisemétU. 5) wUux voei «n t état fii«lr« mii, voire e.
496 PRISE DB DBPUR.
„ne gousteras de i'aighe, par le mien entient."*
H rois le tint à fable, ne le creoit nient,
à l'aighe douce point por faire esprovement;
ancois que il retort, ara son cuer dolent.
Quant 11 rois vint à l'aighe qui estoit coie' et gente 5
et clere corn argens, lues devint rouvelente.
i. flairs en ist si fors que le cuer li cravente;
bien set se Tos i vient, livrée ert à tormente.
à l'angarde retorne et fait cière dolente,
esgarde le castiel, le cuer si se desmente. 10
„e! castiaus com est sires qui de vus a la rente.
„xii. rois ai conquis par force en ma jovente;
„mai8 de teus com jou sui ne douteries vus xxx.
„trop est crueus li boires qui si a cière vente;
„allor8 m'estuet aler, car ci n'a point d'atenle." 15
Li rois monta l'angarde, si s'apoia à 1' pin,
regarda vers les vaus dont issi à 1' matin
et vit l'ost des Grijois qui si vait son train.
„e! boine gent, fait-il, com lestes à déclin.
„boire quidies de l'aighe qu'est entoscé venin;' 20
„mai8 ne le souferroie por m. livres d'or fin.*'
vers l'ost esporonna le ceval morentin;
quant l'os coisi le roi, mult i et grant hustin.
entor lui s'arivèrent^ li viel et li mescin;
la vérité de l'aighe lor dist en son latin. 25
iii. seijant se départent de l'ost, vont à 1' cemin,*
de r flun n'osent gouster quant le virent sanguin;
cescuns d'aus en enpli i. bouciel entierin,
desi à Alixandre ne prisent onques fin.
les bouciaus li douèrent qui furent plain.de 1' rin, 30
lî rois en fist enplir i. hanap maserin.
por sa vertu prouver en fist boire i. mastin;
l'aighe le cuer li pert, se 1' gieta mort souvin.
Alixandres le vit, si tint le cief enclin.
„sire, dist Tholomes, chi a mauvais voisin; 35
„quar retomons arrière, si venrons è 1' cemin
1) ret&me isnêiemeiU, 2) eiere. 3) fiit ^nre est de toêcin. 4) #'«-
êamléretit 5) à imreem.
PRISE DE DEPUR. 497
„ù la gentius roine, que Dex doinst bon destin,
„nos fist si grant honor en son palais marbrin/'
F. 76* — signor, dist Alixandres, mêles vus à V ceroin;
^faites retorner* l'ost, n'i remagne orfenin." *
Tbolomes part de V roi à cui proecce acline 5
et portoit une ensegne sor une anste fraisnine;
et toute la grans os après lui s'acemine.
toute jor ont erré par mi la serpentine,
à Trase sunt venu, quant li solaus décline,
desor Taighe herbegent, qui en la mer ravine; 10
en la cité entra Alixandres meisme;'
ains n'aresta, si vint en la sale perrine.
contre lui est venue Candasse la roine;
Alixandre acola, car pas n'i ot haine,
la dame Vonmena en sa cambre marbrine f5
ù li ors esmerés reluist et enlumine:
„8ire, dist la roine qui estoit bone et fine,
„ne saves jor durer sans paine et sans ruine;
„ne fait-il cil.millor qu'entre le sauvegine?'*
— en Babilone irai que j'ai en ma saisine; 20
„si porterai coronne en la tor gigantine,
„la mer trespaserai, si ferai ma corine.'^*
adonques sospira Candasse la roine;
mult le fist bien servir la gentius palasine
et sot. toutes les aises de dame sor gordine.^ 25
onques rois Alixandres n*ot si boine voisine;
XV. jors respassa li os à cel tiermine;
là prisent aigbe douce et pain quit et farine;
mult doutent le mésaise c'orent en la gastine
Li rois se part de Trase, qui le cuer ot vaillant; 30
Emenidus aloit l'ensegne condnÎFant.
li rois avoec sa gent cevauce déduisant,
de s'ostesse se loe, ki li fist bel sanlant;
Tbolomes et Dans Clins l'en aloient gabant.
après eure de nonne vont i. tertre puiant; 35
Alixandres esgarda contre solel luisant,
1) arouter. 2) tes êomierê, U earin. 3) H raie par la gaudine, i) «t
faudra ma querine, 5) ftM Fan prent aor eortine.
Li RooBftM i*AlixtBdr«. 32
498 PRISB DE DBPUR.
sor une piere vit Tuel d'un home gisant;
encontre le solel aloit restincelant.
Aristotes ses mestres vint vers lui ceYaucant,*
se li dist: „onques mais ne vi rien si pesant;
,,de trestoute la tiere c'as conquise à ton brant 5
„ne r contrepeserois, por voir le te créant."
Alixandres Toi si le tint à enfant
et jure que jamais ne pasera avant,
si avéra seu cou qn*il Ta tesmognant. ^
Aristote descent, n'i Ya plus délaiant; 10
unes grandes balances fist aporter avant,
Tuel mist à une part, sans nul autre seijant.
d'autre part vont obers et elmes aportant;
tant en i entassèrent, les cordes vont ronpant;
ains la balance à Fuel ne se mut, tant ne quant. 15
mult en ont grant mervelle li baron conquerrant
'^com si petite cose pot onques peser tant,
l'uel ouvri' Aristotes d'un pale escarimant;
en unes balancettes d'or fin Arabiant
a mis l'uel Aristotes, quant ot fait son talent 20
et en l'autre bacin estoient doi besant;
l'uel sacèrent à mont, voiant tous li besant.*
quant li rois a coisi les fais de tel sanlant,*
ne sot que ce pust iestre, asses i va pensant
et trestout li baron s'en vont esmervillant. 25
Li rois a dit au mestre k'il li die et ensegne:
F. 77* „que tant poise et si pou, c'est une cose estragne.'*
— escoute, si l'oras; autrefois t'en souvegne,
„ceste petite cose t'a aporté ensagne;
„quant i. roiaume as pris et mis en ton demagne, 30
„s'un autre ne conquiers, ne vaus une castegne;
„puis le tierc puis le quart; iols est de tele ouvragne,
,yquan qu'il voit, tout convoite, n'est cose qui remagne.
„tant com fu descouvers, tant pesa fier et lagne
„et quant il fu couvers de pale d'outre ensagne, 35
i) u ie fierê iê wMtnê qui sisi è i' derubtmt nuiisire que éêî cêia
ki 9% va rélttùoRl Aristotes respant qui ie euer a saeant. 2} euvri,
3) matii(«iMml. 4} issi emi^mU,
PRISE DE DEFUR. 499
„doi besant remportèrent, com fust une castegne.'*
au roi dist bien se gart, que il trop ne bargagne^
il n'i a nul baron qui en son cuer n'ategne
Tensegnement de V mestre et qui ne s'en refragne.
Aristotes remonte sor Tauferrant d'Espagne; 5
^aceminé se sunt tôt à val le campagne,
celé nuit herbregièrent li Grijois en la plagne;
au matin mut li rois cui mal talens n'adegne.
Vai s'ent li mauvais' rois qui cuer ot de lion;
vers Babilone va à cointe d'esporon. 10
*Emenidus d'Arcade porte son confanon;
avant fu Tholomes ki cuer a de lion;
* devant fait Tavangarde, 0 lui main compagnon,
seur pooient estre, car il ont bon guion;
ne pooient trouver fort castiel, ne dognon 15
dont on ne li aporte les clés tout environ,
nus n'estoit contre lui, tout prent à abandon,
li rois a mis i. jor Gratiien à raison:
„*amis, fait-il à lui, ne soies en fricon,
„que de ten bel service n'aies le gueredon. tO
„se je vie longement, je t'en donrai gent don
„dont xI"*- hommes auras en livrison.''
li vasaus l'enclina à val vers Tesporon,
aler li vot au pié, mais li rois li dist non;
ses bras li mist au col, se 1' reçut sor l'arcon. 25
à r setiesme jor puient le tor de' Faraon;
le tor de Babilone tout à plain en voit-on;
li i. le monstre l'autre, entor et environ,
li rois demaine joie de sa dannation;
s'il entre en la cité, mors est sans raencon, 30
quar tou dis le porsiuent li encrieme félon
qui pesme mort donront à 1' bon roi, par puison,
si com ores è V conte qui dist la traison.
Quant li rois ot monté le tertre de Fardone
et quant vit la cité qui est et bêle et bone, 35
mostrer vaut sa poisance, ne li caut qui en grone.
1} far U l09 dé #Ofi oel easîie soi et ensegnê car pri de V iot
croit Vœii U fmt foie bargaffHê. 2) nobleo. 3) tertre.
32*
500 PRISE DB DBFUR.
Tost commande à armer que de V ne lor sermone;
à Tarmer ot tel noise, ce sanle que il tonne,
zii. cités ot pris, cescune signor donne.
Emenidus d'Arcade premerains s'abandonne,
et Tholomes après sor Baiart de Cologne.* 5
sous les pies des cevaus fremist tiere et résonne;
à r dragon est li rois qui le mont enprisone;
en sa conpagne avoît mainte rice persone.
une aighe trespasèrent c'on apeloit Dordone;'
en Babilone entrèrent entre vespres et nonne. 10
Lincanors en ist fors qui fièrement randonne,
*et maint bon chevalier, vers le roi esporonne;
li i: acole l'autre et mult bel Taraisone.
li rois entre en la vile ù tous li biens fuisonne,
vait en la tor Babel, porter i doit' couronne. 15
son tref commande à tendre, on le fait sans essone;*
là descent por le caure qui forment le tangonne
et li autres bamages la cité avironne.
laiens furent li serf que envie tangone;
F. 7 7^ le gentil roi feront avoir mult grant essone. 20
qui traitor essauce, mult mal li gueredone.
Or cevauce Alixandres qui ains n'ama posnée
et d'autre part sa gent de Terrer aprestée.
il est aceminés, s'a sa voie hastée
et toute l'os le suit à grande randonnée. 25
par puis et par montagnes est tant aceminée
et par maintes fories que il a trespassée
qu'il vint en Babilone à 1' xi. sime jornée.
ilueques vora tenir cort de grant renomée
et trestous les barons de toute la contrée; 30
iluec voira avoir la ieste coronée.
de par toute sa tiere a sa gent année;
li prince et li baron furent à l'asanlée.
Olimpias, sa mère, ki preus fu et senée
li tramist une cartre en sire saielée. 35
li mesages cemine qui la cartre a portée;
desi A Alixandre n'i a fait arestée;
1) J^Eêcaione. 2) Biêêone. 3) vêtt. 4) et on îoêt li foiêêWM.
PRISE DB DBPUa. 501
la cartre li présente, se li a déliirée
et li rois Alixandres l'a prise et recouvrée,
si a la cartre ouverte li rois et descirée;
si a veu la lettre et si Ta esgardée,
de Tun cief dusc'à l'autre veue et devisée. ô
s'or estoit ma raisons oie et escoutée,
or en droit vus secoit la parole contée^
que il ot en la cartre qui li fu présentée.
Olimpias la dame,' qui mult de bien savoit,
qui son fil Aliiandre de sen cuer tôt amoit 10
et lettres à sen fil ttomme mère envoioit.
et tout au eommancier c. salus li mandoit ;
et après les salus, sacies que il avoit:
ens è r ciel de la lettre, si corn ditée estoit,
que Dans Antipater qui Sidone tenoit, 15
et toute la contrée environ justicoit.
durement d'Alixandre servir il se fagnoit
et Divinuspater cui Dex grant mal envoil,
que Tyr et la contrée environ maintenoit
por son commandement riens faire ne voloit. 20
li i. parloit à l'autre et souvent consilloit;
n'est mie de sen preu, tout de fit le savoit.
or li mande sa mère par la foi que li doit,
que ses fins Alixandres que tant sa mère amoit,
à ces ii. Iraitors nule ounor ne laisoit; 25
ains le désiretast plus tos que il poroit
et cacast de la tiere que cascuns justicoit;
quar il li feront mal, se garde n'i prendoit.
en cescune manière li cuvert maleoit,
serf erent de putaire ; avoec cou li mandoit 30
que il fuscent mauvais, à aus%bien aferoit,
des maus que il ont fait prenge venjance et droit,
si cier qu'il a sa mère, Olimpias amoit
li bons rois Alixandres cui proecce tenoit
et ounor et largecce sor toute riens amoit, 35
pense en son courage et de cou s'avisoit
que il les traitors par lettres manderoit,
1 ) en romane vouê dirai jà parole membrée. 2) êa mère.
502 PKIBE DE DBFUR.
et que cescuns venist à sa cort or en droit ,
si cier qu'il a sa vie et soi de rien amoit
et la tiere autresi que douné lor ayoit;
et seuisent de fi, icil ki n'i yenroit,
que tous jors de sa vie désiretés seroit, 5
F. 77° et puis à i. gibet cescun balanceroit.
li rois manda i. clerC qui escrire savoit;
teus lettres li devise li rois que il voloit
et li clers fu soutins qui mult bien Tenditoit.
li clers è V parcemin de sen encre escrisoit 10
et quant les ot escrites li clers, si les clooit;
et li rois Alixandres apriès les saieloit.
puis huca i. mesage que durement amoit;
les lettres li donna et cil les recevoit;
dist lui que il ces lettres Anlipater donroit 15
et Divinuspater qui à Tir demoroit,
et li mesages dist que il bien le feroit.
et que il le mesage mult bien lor conteroit.
et li mes est monté, que riens ne detrioit;
entra en son cemin et erra à esploit. 20
Ënfresi que à Tyr n'est li mes arestés;
le fel Antipater a ilueques trouvé,
de par roi Alixandre 11 fu li bries douné
et li fel Ta saisi, qui en fu adolés.
à i. clerc le bailla qui bien estoit lettrés 25
et li clers les saisi, si fu dessaielés;
si les lut en oant, ne s'i est arestés,
tout si com Alixandres 11 rois les a mandés,
li traitor Toirent, es les vous aires;
à poi que il ne crievent, si fu cescuns enflés, 30
et dist li i. à l'autre: „or somes mal menés.
„est donques Alixandres issi desmesurés
„qui cuide de nos faire isi ses volontés.''
Li traitor félons, cui Dex doinst enconbrier,
ont oies les lettres et dire et retraitier 35
que li rois Alixandres lor a fait envoler,
quant oent la parole, n'i ot que courecier,
quar il oent la lettre et dire et tesmoigner.
PRfSB DB DBFDR. 503
u il Yoellent u non, lor estuet cevaucier.
monté 8unt H félon, n'î osent detrier:
en Babilone en yont por lor droit desrainier
à r bon roi Alixandre que de rien n'orent chier.
si com il cevaucoieni andoi le jor premier 5
H i. des traifors vet à l'autre acointier.
ce dist Antipater: „mult nos puet anoier ^
„de faire mauves plest, tant c'on se puist aidier/'
dist Dirinuspater: „bien vus sai consillier;
„en une autre manière nos en estuet vengier. 10
„par force ne V pories grever ne enpirier,
„qu'il est sires de V mont» ce poons aficier.
„maint gentil chevalier a-il fait enconbrier
„et tolue sa tiere et vif fait ezillier
„et ocis à dolor et ft grant enconbrier; 15
,»s'engiens ne nos aide, force n4 a mestier."
Fait Divinuspater: ,,Antipater, amis;
„saces de vérité que folie fesis,
„quant par son mandement hors de Tir en iscis.
„li mur sunt haut et fort, de quariaus à pion mis, 20
„les tours hautes de marbre et de blanc et de bis;
„d'ambes^ pars cort une aighe^ dont li mur sont porpris.
„ne te peust caloir se il t'eust assis;
„ains i peuist seir iiii. (ans) u v. u vi.
„qu'il euist riens de V tien par sa force conquis." 25
et dist Antipater: tu ies de sens mendis:
„cis consaus n'est pas bons que vus contes, amis;
F. 77' „en a-il tout le mont par sa force conquis
„et meisme la tiere de coi je sui saisis
„que Betis maintenoit, qui mult fu poestis, 30
„et dus Baies ausi qui fu de si haut pris?
„Daires li rois de Perse, n'est-il par lui finis?
„et li rois Nicolas qui fu si ses amis;
„et Pomis li rois d'Inde et mors et desconfls,
„et l'amiral ausi de Babilone aquis ; 35
„et il en a les tieres et les castiaus saisis,
„les hors et les cités et les fors rolleis.
i) toiêê. 2) Il wurs.
504 PIUSB DE DBFUR.
„il est de tout le mont rois et poesteis;
„ses voloirs est partout et ses fais aconplis;
„et qui le contredist, si est mors et bounis.
„querons procainement comment il soit ocis,
„et qu'il soit à dolor et à martire mis. 5
„se croire volies cou dont je me suis porcuis,
„ancois que soit ois mois passés ne aconplis ,
„li donrons tel puison dont il sera bonis,
„de coi il sera mors et de mère partis.
„tout seul en vengerons, par foi le vus plevis, 10
,,caus qu'il a à dolour et à martire mis.''
Cou dist Antipater: „ci a mult maie atente;
„quant nos à son service avons mis no entente
„et nous toit nos ounors et retaUle no rente.
„par lui a prise mort mainte bêle jouvente; 15
„plus a-il rois destruit, mon enfiant, de xxx.
„cil Dez qui maint en haut à veir me consente
„de maus que il a fait, qu'il encor s'en repente.''
fait Divinuspater: „à tel marcié, tel vente.
„fortune lieve Toume et après le cravente: 20
„cou est mauvestés d'oume qui tos jors se desmente.
„boin conseil ai trouvé, se il vous atalente;
„nous li donrons venin, si que la mort en sente ^
„que l'arme aut en infier qui tôt le mont tormente."
et dist Antipater: „ceste raisons est gente; 25
„la gent en vengerons que il a fait dolente.
„puis ne nos grèvera, ne retaillera rente."
Andoi li traiter cui li cors Deu cravent,
ont itant esploitié par lor souduiement,
que il ont porcacié le venin d'un serpent 30
qui est de tel manière, se Testore ne ment,
que quant li bom le boit et l'avale ensement,
dusc'ft nonne de jor ne bien, ne mal ne sent;
et quant vient à celé beure, adont 11 maus li prent.
et au disime jor Tame de sen cors rent. 35
tel le quident^ li serf por apercoivement;
quar quant il le buist, s'il fust mors en présent,'
0 fut#efil. 2) erraument.
PRISE DE DEPUR. 505
adont fust connissans à trestoute la gent
que il Teueisent mort par tel afaitement. *
de celer lor afaîre font entr'aus sairement.
il oirent et ceminent h tout l'entosquement
et tant ont ceYaucié li traitor pullent 5
qu'il menront Alixandre à dolerous tonnent;
qu'en Babilone vinrent à i. avesprement,
ù li rois séjornoit, avoeques lui sa gent,
plus de ce. milliers, par le mien entient,
qui tout ierent si homme et de son tenement. 10
Alixandres li rois ki tant a hardement,
devoit porter courone à 1* tierc jor hautement.
1) lor encautement.
TESTAMENT D'ALIXANDRE.
Cl Mmt si com AlliKaiidres départi ses tieresi i^ ses
pers et 11 y Isolt h V lit de mort*
F. 78* A Tissue de Mai, tout droit à cel tiermine,
estoit en Babilone nés d'une sarrasine
uns monstres mervillous, par volenté devine;
Alixandres Toi, lors manda le meschine.
deseur ert cose morte desi à le poitrine/ 5
et desous estoit vive là ù faloit l'eskine,
tout environ les aines, là ù li ventres fine,
de ses' plus fières bestes qui vivent de rapine
il avoit plus de' testes et^ font cière louvine;
mult sont de maie part et de mauvaise orine; 10
ne se pueent soufrir. Tune l'autre gratine.^
mult par est grant mervelle de cou que Dez destine,
*que la mort Alixandre veut demostrer par signe.
Par toute Babilone tramet li rois s'espie;
les sages gens fait querre par mult grant signorie 15
et les devineors que nés un n'en oublie,
quant asamblés les ot, si lor demande et prie,
dou monstre qui est nés, ne*^ lor celassent mie;
mais dient le vreté, savoir que senefie.
il i ot i. sage bomme qui le teste ot florie; 20
cil li dist vérité, seur li' prist le baillie:
„rois , cou que tu demandes et vins que jou te die ,
„se tu te courecoies, jà sanbleroit folie. ^
1) bouHne. 2) e$4, 3) doutié. 4) fut. 5) esgratine, 6} It. 7) #1
en. 8) cê seroU grmu.
TESTAMENT D'ALIXANDRB. 507
„la cose que tu vois qui ert à mort flastrie/
,,cou est cou que tu muers, ne le cèlerai mie.
„les bestes que tu vois, qui mostrent félonnie
„et que l'une vers l'autre porte si grant envie»
,,ce sunt les xii. per que as à conpagnie. 5
,,si tos corn seras mors et fa vie finie,
„li guerre ert commencié et ta tiere saisie
„fai le mius que tu pues, mult est corte ta vie."
Se li rois a paour, n'est mie de mervelie;
celui devant lui voit, qui la mort li conseille, 10
ne de rien ne se tarde qu'il la li apareile.
il a si faite angousce que pas des ions ne celle,
ne nus aspire mens de li ne descorelle;'
il se va aceuter sous l'ombre d'une trelle.
il ne fust plus moulliés de l'iave d'une selle 15
qu'il estoit de suour, sous le porpre vermelle.
Une eure a li rois froit,* se li palist* li face;
autre eure devint noirs, si est frois comme glace.
Divinuspater vient, li sers de pute trace,
0 lui Antipater qui de mort le manace. 20
desous i. olivier descendent en la place
et ont mandé le roi, que hierbregier les face,
li rois ot le nouviele que li mes li deslace;
il ala encontre aus , mult les acole et baise. ^
F. 78* le treu lor dona qui venus ert de Trache , 25
et donna à cescun, por cou que gré lor face,
i. aniel de fin or de l'uevre de Galace:
mais il ne savoit mie que cescuns li porcace.
Li termes est venus que li arbre orent dit,
qu'Alizandres li rois n'aroit plus de respit; 30
li ans et li vii. mois passe ei^ acomplit.
ce fu au jor tressime, si com conte' l'escrit;
li rois fu en tel crieme, tous li cors li frémit
et a mandé sa gent par lettres, par escrit,
que vaura tenir cort, ains boms si grant ne vit. 35
1) vertiê, 2) ne U ist de V oreille, 3) emU, 4) rogiL 5) embraee.
6) /Vircfil tôt. 7) il est eserit.
508 TB8TAMBNT D'ALIXANDRB.
iluec seront douné pale et drap et samit,
vassiel d'or et d'argent de le tiere d'Egit.
Par toute Babilone a fait li rois crier
et tous ses chevaliers de sa tiere mander
que il viegnent o lui, por sen cors ounorer 5
et por se grant ricece veir et esgarder.
il n'i vint onques nus qui* ne fesist donner
Taissiel d'or u d'argent, u pale d'outremer,
en son plus mestre dois sist li rois au disner
et furent entour lui cel jor li xii. per. 10
se li rois ot paor, ne fait mie à blasmer,
que venus est li jors que il devoit finer;
que li arbre li disent, ù il ala parler,
que cel jor de sa mort ne pooit respaser.^
à tous caus qui servirent fait li rois commander 13
que facent tous lor mances de lor costes oster'
et viegnent à bras nus le mangier aporter;
quar durement se crient li rois d'enpuisoner.
mult averoil grant joie se cel jor pot passer,
mais li sers de putaire qui ne le pot amer 20
et que li rois pensoit fonnent à ounorer,
ot aporté l'entoske por lui envenimer,
elas! por coi le fisent com l'osèrent penser;
jamais si bon signor ne poront recouvrer.
Mult part fu grans li cors c'ot li rois asanblée; 25
mainte bêle rikecce i or le jor donnée,
li rois sist au mangier en la sale pavée;
mult par ot grant paor, sa gent fu esfrée
por cou qu'à icel jor fu sa mors destinée,
ensi com li dot arbre li orent devisée. 30
li doi serf qui sa mort avoient aportée,
li i. sist au mangier de la table dorée*
et li autres se voit' en le porpre roée;
par devant Alixandre tint le coupe dorée
qui de pieres estoit ricement aomée. 35
por coi ont-il lor mances à cescun d'ans ostée,*
1) Ctti. 2) Mcaper, 3) dMc'as eouies eolpev, 4) honorée, 5) êorvoit
6) &ortM dêo braê caoeuH U maneo.
n
TESTAMENT D'ALIXANDRB. 509
en l'ongle de ses dois^ ot Tentoske adesée.'
H rois qui pour sa mort ot le teste clinée
* quant ot talent de boire, le cope a demandée,
premerains l'a fait boire une grante alenée;
quant li rois^voit le vin, se coupe a demandée 5
et cil fiert ens ses mains, si l'a envenimée,
si tos com l'a beu, se 11 art la corée;
puit saut hors de la table, le coupe a jus jetée;
por cou que wamir' vot, une coupe* a rourée.
Antipater li fel l'a li a aportée; 10
si Tôt sons son mantiel si coiement botée
et estoit de yenin ento|^iée et larée.
Alixandres le vit,^ ne l'a pas esgardée,
en sa bouce le met sans plus de demorée.
F. 78® li daerains yenins li a la mort donnée; 15
tout li membre li falent, le poitrine a enflée.
„e Dexl dist Alixandres, com dure destinée.
„tout por voir, sans doutance, or est me vie alée.
„des arbres et des monstres est li cose avérée.''
Quant li rois ot beu, se li frémist li cors; 20
se cars devint plus noire ^ que n'est folle de bos.
li doi sers le regardent, de la cambre iscent fors;
or ne quiert mes cescuns plus d'iluec jscir fors,'
quar s'es peust gagner Felipe® et Lincanors,
n'es garesist li mons, se devenist fins ors. 25
Quant Alixandres voit que li mors le justice,
contre tiere* s'estent et detort et debrise.
ens en la rice sale qui fu de marbre bise,
fait mettre i. lit à or, talent a qu'il i gise.
li cote fu de soie de l'uevre de Rousie;* 30
li xii. per le coucent sor i. pale de Frise.
„baron, dist Ali^candres, tous jors vus ai promise
„onour et grant ric^ce, se Babilone ert prise.
„nous avons, merci Deu, mainte tiere conquise
„dont les gens sunt perdue, confundue et malmise. 35
„de caus qui desfendoient, faisoie grant '^ justice;
1) /or folê. 2) botéê. 3) vomir. 4) piume, 5) priêL 6) vêrde,
7} #otl têtorê. 8) fHhU, 9) Ceviêê, 10) oooiw faite.
510 TESTAMENT D'ALIXANDRE.
„or voirai de vus tous faire rois par devise,
„si que cascuns ara le soie tiere assise.
„s'eD sera, se Deu plest, in'ame en paradis mise,
„que ferai xii. rois de* le tiere c'ai prise."
Quant se sent Alixandres de la most angoscier, 5
en une cambre à volte estoit aies coucier.
li Griu estent les tables, si taisent le mangier
et pleurent et regretent Alixandre d'Alier.
„ahi! rois, sor tous homes faisies à prisier;
„ne vus penies mie de vo gent abaisier, 10
„mais à votre pooir lever et essaucier,
„et si les faisies tous en ri^ecce bagnier;
„et nos donnies l'avoir, l'argent cler et l'or mier.
„jamais ne verons prince qui sage guerroier.
„que poront ore faire si rice soudoier! 15
„run vendra son hauberc, li autres son destrier;
„cil sera plus amés qui plus sara proisier."
li rois entent le cri que font si cevalier;
tel doel a de se gent, vis cuida esragier.
par i. huis d'une cambre entra en i. vregier; 20
eus è r floc de Deufrate se vot aler bagnier;
mais li mors l'angoussa et fait agenollier.
quant ne pot plus aler, si se prist à crier;
li ber Antigonus' l'en ala redrecier
et les ious et la face li commence à baisier. 25
„sire, rois Alixandre, vius-me tu dont laisier
„et guerpir en cest règne ta caitive mollier.
„jou sui grose et encainte, si ne me puis aidier;
„rois qui or me deves amer et consillier."
en i. lit le porta qui mult fist à prisier; 30
Griu et Macidonois commencent à hucier
que se tos ne lor rendent lor signor droiturier,
jà feront tous les huis de la cambre brisier.
Li rois oi le cri et se gent dolouser,
sa moullier Resones commence à demander: 35
„quel noise oi-jou là fors, en cel palais mener?"
— rois, Macidonois sunt c'on ne puet atemprer,
1) M. 2) la belie Roêonem.
TffiSTAMBNT D'ALIXANDRB. 511
„qui voelent ceste canbre abatre et craventer
F. 78' npor cou que ne vus pueent Teir, ne esgarder/'
li rois se commanda è 1' palais aporter;
lors veiscies ses homes entor lui asanbler,
et tant cayel tirer et tant drap descirer. 5
„Macidonois et Griu, je tus doi mult amer,
„que TUS m' ares les tieres aidié à aquiter.
„caiens sunt mi baron et tout li zii. per;
,,par le los de vus tous, yoel ma moullier douner;
,,or, dites que vus plest, jou sui près dou livrer.'' 10
Griu et Macidonois commencent à crier:
„rois, quant nos ne poons à toi mais recqpvrer
y,et hui nos en convient partir et desevrer,
„que mais ne te porons en bataille mener,
,,Perdicas nos otroie qui mult est preus et ber; 15
,,que ne Y volons por autre cangier ne remuer.'*
quant Toi Alixandres, si commence à penser
que il ne cuidoit mie s'a cou peust tomer;
mais se grant aventure ne li vot destomer.
adonques recommencent li vasal à loer, 20
le sens et le proecce de lui à ramenbrer.
toute Grese li donc et les illes de mer;
cil li couru au pié, si Ten va merchier;
Griu et Macidonois Ten corent relever.
Alixandres ot duel que de la mort fu près; 25
Perdicas apiela: „biaus amis, je vus lais
„le contrée de Grese et les Macidones
,,et vus donc ma femme la bêle Raisonnes.
„espouses le demain, par amor vus en bes."
cil s^enclina vers lui, si Ten baisa iii. fes. 30
„ele est grose et encainte, d'^enfant sostient le fes;
„à grant ounor li faites son talent et son ses
„et le faites servir en mes millors pales.
„se li enfes est malles, après votre décès
„li otriies le règne, bêlement et en pais; 35
„et votre ert li tiere qui fu le roi Diles.
„et se cou est mescine, mult grant avoir li les,
512 TESTAMENT D'ALIX ANDRE.
„et si le maries et nouines Elisens/' ^
et cil 11 otria boinement et en pais
et tout 11 autre per Totrièrent après.
„Tholomes, fait li rois, je vous donrai Egypte;
„rune des millors tieres ai à vos oes eslite 5
„qui soit en tout le mont, ne par bouce descrite.
,Jà riens que tus voellies ne sera contredite;
„desi au flos de Cadres le tenres toute quite.
„li votre grant proecce ne poroit estre escrite,
„li cop de votre espée perent tout ft eslite, 10
„par trestoute la tiere que vous aves affite.
„hui e4 venu li jors qu'en ares le mérite;
„Babilone tenres, dès ore, toute quite
„et toute celé gent qui en la tiere abite.
„li venins me destraint et celé morte soubite.'^ 15
Tholomes ot tel doel quant le parole ot dite,
fous ses caveus deront et depecce et esgrite;
le pale c'ot vestu qui fu fais à Mélite
descire et desfent' que ne vaut i. capite. ^
„Tholomes, dist li rois, je vus aim de corage, 20
„et por Tamor de vous et de tout vo lignage
„Egypte vus otroi et quile par mon gage.
„*01ympias ma mère vous doins en mariage
„mes pères Tespousa, oiant tous son bamage;
„mai8 je desfis les noces, que me vint à hontage, 25
E* 79* „que me mère i avoit honte , perte et damage.
„i. enfes en est nés, que Dex croise bamage;
„Phelippe Aridoi Tapelent è V langage.
„lui doins Esclavonie, une tiere marage;
„et la dame prendes qui est cortoise et sage. 30
»,il n*a plus bêle dame dusc'as murs de Cartage.'*
Li rois par grant amor en apela Clincon:
„Dans Clin, venes avant, si vus recaseron.
yyOnques miudres de vus ne cauca esporon;
„loufe Perse vus doins, le roiaume Carlon* 35
„que nous avons conquise à force et à bandon.
„bien le deves avoir quitement, sans tencon;
1) à tnan mes Heigetu. 2) a 9i fort derompu. 3) ewrfiU» 4) Dmnm.
TESTAMENT D'ALIXANDRE. 513
„yus vos i contenres^ à guise de baron.
,,au fier de votre lance wideront li arcon;
„tous jors vus ont trouvé mi anemi félon;
„or est venus li jors qu'en ares guerredon.
„d'un des millors roiaumes vus fac ici le don, 5
„qui soit de Rouménie dusqu'en Carfanaon.
„vii. rois et xix. dus a en la région ,
„qui tout seront votre homme par tel devision,
,,et iront en batalle o tout lor' confanon.
„arois, par tel couvent, vus en fac livrison 10
„que Dex vus en doinst joie et gart de traison,
„que votre homme vers vous ne pensent mesprison,
„si com ont fait li mien qui m'ont donné puison
„dont jà, jors de ma vie, n'avérai garison.
„vus me vees morir, n'ai autre garîsop. ' 15
cil oi le parole, si baisa le menton;
l'iave qui ist des ious li cort sor le gieron
si que les goûtes mollent de Thermin pelicon.
„CIins et vus Tholomes, fustes bon conpagnon;
„gardes c'après ma mort n'i ait jà, se bien non;* 20
„que m'ame en esteroit en maie souspecon.''
et cil ont respondu: „se Deu plest, non feron;
„nous sommes bon ami, et tous jors le seron,
„que jà entre nos ii. n'i ara mesprison."
„Cà venes, dist li rois, Ëmenidus d'Arcage; 25
„onques miudres de vus ne fu en nul langage.^
„de vus oi-jou tous jors ounor et vaselage;
„mon confanon portastes et par tierè et par nage;
„Nubie vus otroi, une tiere mult large,*
„que mult est bien garnie de prés' et de boscage 30
„et de mainte cité et d'autre hierbegagc;
„iluec puet on trouver maint autre herbegage.®
„x"- castelain vus en feront houmage,
„qui vus en porteront amour et signorage.
„par foi, plus bêle tiere ne millor por estage 35
„ne put onques> veir nus hom de votre aage;*
1) eonteniêUê, 2) à votre, 3) êans nule raeneon. 4) miêêfriêon.
5) Image, 6) maraffe, 7) Ué, 8) hériiage. 9) nui langage,
, U BOBBAM d*A]ixudr». 33
514 TBSTAMBHT D'ALIXANDEB.
„et vus le tenres bien» ki aves bon corage.
,Jà n'iert nus hom si preus qui vus toile iretage.''
devant lui s'ajenelle, li rois li tent son gage:
„tenes, fait-il, amis, Dex vus croise bamage,
„que jamais bon consel n'ares de moi, ne sage/* 5
cil oi le parole, a poi d'ire n'esrage;
ains mes gens ne reçut isi mortel damage.
tel vii" en i pasment, qui tous sunt de parage.
„Aristes, fait li rois, je vus ai donné tiere;
„plus large, ne millor ne deves-vus requerre, 10
„toute Ynde le^ Porru qui me fist mainte guerre.
F. 79^ „li mers et li vermine vus enclôt et ensiere;
„par force n'est nus hom qui le peust conquerre.
„ne sai en nul pais nés une millor tiere.
„Cà venQs, dist li rois, amis Antigonus; 15
„*vus m'aves bien servi, ne vus puis durer plus.
,Je vus otroi Sulie et le pais desus,
„très le règne de Perse que tint Asierus,
„de l'issue d'Egypte, dusques as mons de Tûs,
„à destre et à senestre, et dejus et desus. 20
„et de mer et de tiere est vôtres li treus;
„de Gos et de Margos garderes les pietrus.
„Aprocies-vu8 de moi, biaus amis Pilotas;
„por moi aves eu souvent vo escu quas
„et enduré d'espée en estor félons glas. 25
,Je vus otroi Cesare, le tiere Nicholas,
„et le roiaume tout dont rices bons seras.
,Jou Focis en bataille, à mon branc de Damas;
„Tholomé le donnai, mais il ne le tint' pas,
„quar il a tout le règne desi que à Bandas.' 30
„dusc'à la mer de Gresse tout le pais aras;
„cele tiere est mult ciere de pales et de dras.
„là sunt li hardi hom et li bon ceval cras;
„por cou le te ^loins quite, que si bien servi m'as.*'
Pilotas s'qenelle devant le lit en bas 35
et 11 rois l'en ravest devant Macidonas.
Alizandres apiele Lincanor ù se fie,
1) Ml dé. 2) r«ira. 3) Dmnt»,
TESTAMENT D*ALiX ANDRE. 5 1 5
i. gentil cheyalier ki a le car hardie:
„cà yenes, fait li rois, vasal sans félonnie,
„bons chevaliers et sages et plains de cortoisie;
„ains ne fnstes repris nul jor de Tilonie.
,Jà vus ai-jou donné le moie druerie, 5
,,tant par est conneue votre cevalerie,
,,n'a roi en tout le mont, tant* vus en port envie.
„vus m'aves bien servi à Tespée forbie,
^guerredon en ares, se Deu plest à' ma vie,
„Alenie vus doins et toute Escomenie; 10
„ii. roiaumes ares en votre signorie.
„d'une part vus aclot li mers par signorie,'
„les montagnes vus serent devers l'autre partie.
„votre tiere est mult boine et ricement garnie
„de toute icele riens qui à cors d'ome aie. 15
„li pais est mult nobles et de gent mult hardie;
„cccc"- d'oumes ares* en vo baillie,
„qui vus en porteront ounor et signorie.
„te^ tiere et le Philote a la mer départie,
„estroite, ne pas large et si porte navie; 20
,,par là va li avoirs et li marceandie.
„frère estes et ami et d'une conpagnie;
„gardes qu'entre vous ii. n'ait guerre ne envie,
„tousjors en sera m'ame plus lie et plus joie.''
et cil a respondu: „jà n'i ara folie." 25
— Perdicas, dist li rois, je ne vus oublie mie;
„quant jou sali à Tir entre la gent haie,
„cou fu li premiers hom de cui jou oi aie.
„hui est venus li jors que vus sera mérie.''
„Perdicas, fait li rois, aprocies-vus de moi; 30
„quant jou sali de* Tir, de V^ mur et de 1' berfroi,
„entre le gent sauvage qu'erent de pute foi,
„Perdica8, biaus amis, iluec me portas foi.
„tu salis après moi, plus le virent de iii.
„qui tel saut fait pour home, il n'a cure de soi; 35
F. 79* „quant por moi le fesis, gueredoner le doi.
1) ne. 2) Ml. 3) iwêrê Rutêiê, 4) eee^» ekeviierê m/mr—, 5) vo.
6) en. 7) êor U,
33 ♦
516 TESTAMENT D'ALIX ANDRB.
, Jamais miudres de vus n'istera de toraoi;
,Je te donrai tel tiere, par le Deu ù je croi»
„donl XX"- chevalier en iront apriès toi.
„Hungrie vus claim quite, que tienent iiiî. roi
„qui vus en serviront en pais et sans desroi/^ 5
Perdicas li a dit: „biaus sire, je Fotroi.
„que ferai-jou de tiere, quant jou morir vus vol?*'
jà se férist è 1' cuer, se il eust de coi.
„Signor, fait Alixandres, ne vus caut de plorer.
„por cou faites tel doel, n'i poes recovrer, 10
„que votre conpagnie me convient hui finer.*
,,mult par en sui dolans, mes ne puis destorner.'
yje vus amoie plus, sor Sains le puis jurer,
„que nule riens en tiere que on seust nomer.
„onques ne vus trouvai nul jor preceus' d'errer 15
„tou8 jors aves plus fait que n'oses* commander.
„or voi bien qu'entre vus ne puis mes séjomer;
I „si m'estuet vo service à tous gueredoner.
„ù estes-vus Liones, je pus doi mult amer;
„vus aves maintes fois fait vo escu troer 20
„por l'amour Alixandre que bui veres finer.
„aprocies-vus de moi, que je vus voel donner
„une tiere aaisié que je vus voel nomer/
„Aufrike VUS otroie et les illes de mer;
„quant tu aras besoig, si fai ta gent mander, 25
„c"- cevaliers en pues o toi mener."
Liones s'ajenelle, si l'en va mercier;*
li rois l'en a saisi , n'i vot plus demorer;
mais li cerviaus de 1' cief li commence à meller
et li face à noircir et li face' à torbler. 30
à paines pooit-il de la bouce parler.
„Amis Antigonus,^ dist li rois, cà venes,
, „boDS chevaliers et sages, cortois et alosés;
„li vôtres vaselages est mult bien esprovés.
„je vus otroi Grese, le tiere ù je fui nés, 35
„que mes pères est mors et tous mes parentés.
I i) ieêevrer. 2) amender. 3) pareeeuê, 4) ne «at. 5) qui mii/t fmt
à loer, 6) H rois le fait lever. 7) et les iex. 8) AnHoeuê.
TBSTAMBNT D'ALIXANDRB. 517
„j'ayoie il. serors, plaines de grant biaatés,
,,bieles daines et sages, o les cors onorés;
„mortes sunl en lor tieres et en lor ricetés;
„il n'i a mes nul autre* qui ait mes iretés.
„ma mère est encor vive, à punor le gardes; 5
„de tout votre pooir faites tob' yolentés.
„ne vivra lonjement: bien sai, c'est vérités;
„quant sara de ma mort, tous ert ses cors' finis.
„por cou vus doins ma tiere, que bien servi m'aves.''
cil oi le parole, au pié li est aies; 10
„Arides, dist li rois, je vus* otroi Cartage;
„le roine Didone s'i ocist par folage,
„por Tamor Eneas ù ot mis son corage,
„qui en icest pais estoit venus à nage,
„quant escape de Troies ù il ot grant damage. 15
„la dame le reçut et fist grant berbegage,
„ains riens que il vosist ne fu vers lui salvage,
„que ele le cuidoit avoir par mariage;
„et quant il s'en parti, si ot au cuer tel rage
„que por l'amor de lui s'ocist par son outrage. 20
«Barbarie et Aufrike et Sébile* è 1' rivage,
„et le roiaume tout vus doins par iretage. *
F. 79* „hui me menbre de Tyr ù* portas le mesage;^
„le jor i receus mult mervillous damage,
„quant vus m'en acontastes" par votre vaselage.'' 25
Arides a'ajenelle, li rois li tenl son gage;
si l'en a revestu, voiant tout son barnage.
Caulun de Macidone a li rois apielé:
„amis, venes avant; ne vus ai oublié,
„que vus aves o moi en maint besoig esté. 30
„de r branc de votre espée aves maint cop dooé,
„bui est venus li jors que t'ert gueredoné.
„Hermenie le grant vus doins en ireté,
„à vous et à vostre oir, tous jors en ert quitée;
„et je vus ai, je quic, mult noblement donnée.'' 35
et cil li cort au pié, si l'en a mercié;
voiant Macidonois, l'en a 11 rois casé.'
1) otr. 2) «M. 3) tefi#. 4) Suite, b) p»ê mê, 6)' lu m*en apiUûs. 7) /levé.
5 1 8 TESTAMENT ^D'ALIXANDRB.
Quant Alixandres oi les xii. pers casés
et les règnes par soi partis et devises ,
les corones des rois qae il a conqnestés
fait venir devant lui, s'es en a coronnés;
puis les fit arengier autour lui lés à lés. 5
„e Dex! dist Alixandres, hautimes poestés,
„s'or fusce li tresimes entr'aus sires clamés,
„lors fust mes cuers en joie et mi cors en santés.
„mais je me morai sempres, cou est li vérités; .
„jà ne verai le terme que cis jors soit passés.'* 10
lors li torblent li oel; Alixandres est pasmés.
estes vus le grant doel qu'en la sale est levés;
là ot paumes batues et ceviaus descirés.
Ce fu i. samedi c' Alixandres ' apriesse,
que s'en va Alixandres qui tante tiere iaise, 15
n'a homme en sa compagne que por lui ne s'iraise;
Tholomes fait tel dol que de plorer ne ciese.
qlus de Ix. fois vers' ses caviaus s'eslesse
et regrete Alixandre qui les orgillous priese:'
„sire rois, 11 votre ame soit devant Deu confese; 20
„ne cuie que chevaliers plus vaillans de vus nesce.
„pl&res, Macidonois, que votre pris abesse
„*mbrs est li gentius rois qui aine n'ame promesse.''
de navrés* entor lui veissies itel presse;
plus de c. en i pasment, n'i a ceP qui ne cesse. 25
Ki or oist le dol démener à Clincon,
com il plaint et regrete le nobile baron.
Dans Clins avait vestu i. hermin siglaton;
en plus de xxx. .lius le ronpi environ,
des bendes ki caoient sunt couvert li gieron, 30
et tenoit sa main destre desor son conpagnon.
„ahil tant mar i fustes, gentius fins Felipon,
„bons chevaliers et larges, sire quens''' de lion;
„proudom por bien conquerre et por faire bel don,
„por preudome onorer, et desthiire Jélon; 35
„fei vers ses anemis et à sa gent dous hon.
„rois, vus n'amastes onques losengier ne gloton.
i) ta mort U roi. 2) à. 3)plëêSé. 4)|WMi«r. b) nui, ^)éihmréiêeomitM,
TESTAMENT D'ALIXANDRB. 519
„De couart en estor, ne hardi en maison.
„que fera or ?os gens? toute ira à bandon.
„or departirons-nous , tout xii. conpagnoii."
de dolor est pasmés, plus est tains d'un carbon;
en plorant se redrece quant vint de pasmison. 5
,»Alixandre/ Alixandre, biaus sire, que feron?
„ahi! douce conpagne, com hui départiront"
lors oisies tel dol et tele escriison
que de plus de c. vois i oisies le son.
F. 80* Ki or oist le dol que fait Emenidus, 10
nus chevaliers en tiere ne fera jamais plus,
et regrete Alixandre: ,,gentius rois, mar i fus;
„sires, bons conquereres, jamais teus n'ert vous.
„le monde aves conquis dusques bones Artus
„et trestoute le tiere dusqu'en Occeanus; 15
„mors aves en bataille rois et contes et dus,
„princes, empereors et amiraus kenus.
„que fera or cis peules? tous ira a refus.
„ahil cevalerie, com ires en reclus;
„loute joie de tiere, hui cest jor vus refus.** 20
de dolor est pasmés et à tiere cheus;
en plorant le regrete, quant se fu levés sus.
por Alixandre pleure Aristes et Calnus;
ses ceviaus et sa barbe desront Antiocus.
Lincanors fait tel dol, por le roi crie et plore; 25
„conquerreres de V mont, tant mar veimes Tore
„que le mors nos départ, que tante gent acore.
„mult est sire crueus qui à millors cort sore.
„or Yolroie sentir de mon espiel le more.
„sire, li rois des rois que tous ii mons onore, 30
„ait merci de votre ame, au besoig le secore.**
lors desront ses ceviaus, et se fiert et dévore;
plus de m. chevalier se pasment en poi d'ore;
qui por autrui fet bien, asses home labore.
Philotes fet grant dol entre lui et sen frère 35
et regrete Alixandre ki lor fu sire et père:
„bons rois Macidonois, que fera votre mère
i) MI rois.
520 TESTAMENT D'ALIXANDRE.
„qui por le votre vie estoit joians et clcre?
„por Dell ceste parole li ert au cuer amère;
„plus parfont le poindra que pietruis de tarère;
„le joie de son cuer esluel jus et arrière.
„ahi! tant mar i fustes, gentius rois, emperere, 5
„bons chevaliers et larges et hardi conbatere.
„ahi! mors, por coi estes vers tel baron avère,
„por cui mains chevaliers plore et fait laide cière/'
Aristes fet grant dol, por le roi fait se plainte:
„conquerere de ï mont votre joie est estainte. 10
„e! rice conpagnie, notre joie est atainte. *
„mors est cil qui de dons nos avoit-il fet mainte;
„france gens ounora, orghillouse ravite,'
„aves tous jors ravie et fondue et aflite.
„onques de votre bouce n'issi parole fainte; 15
„sire, vus me désistes en le cité de TAinte
„que bons rois conquerere doit ades porter ainte'
„et pener u percoivre, ù sa vie soit cainte.*
Por Alixandre pleure Caulus, li fins Saberte,
une dame de Grese qui fu née en Valerte; 20
i. des xii. pers fu, mainte paine a souferte.
„AIixandres mar fus, france cose et aperte;
„par vous estoit largecce desserée et aperte
„as povres chevaliers qui muèrent par déserte.
„maint orgillouse gent as destruite et déserte. 25
„sire rois, vus avies de chevaliers tel herte,
„qui mult tos vus eusent une tor descouverte.
„mainte bêle rikecce as donné et ofierte,
„mains gentius chevaliers querra hui en povierte
„et sera mainte dame par poverté couverte. 30
«jamais n'ert à nul jor restorée la perte."
Ki or oist le duel que maine Perdicas;
F. 80^ com il plaint et regrete le roi Macidonas.
„e! Alixandre rois, jamais ne nos veras.
„que fera or ta mère, la bêle Olimpias? 35
„li mors l'a deceue, de ton doel Tociras.
„au branc nu de t'espée ocesis Nicolas;
1) refrainie. 2) dê^irmnU, 3) ainquê ei penne et fêrek*min, 4) pBùUe
TESTAMENT D'ALIX ANDRE. 521
„après donnas sa tiere au hardi Pilotas,
„le millor chevalier ki soit magres ne cras. .
„Clincon donastes Perse, Corascane et Bandas;
„et moi l'autre qui ère chevaliers ases bas,
„as otroié ton règne; Dex se li mériras, * 5
,,conduies le soie ame près de V siège Elias.''
de dolor est pasmés, à tiere cai quas;
en plus de xxx. lius a le visage quas.
Mors fu li rois en Mai, quant pase le Calende.
au dol que fait Lione, n'i a nul que n'i tende; 10
n'a si cier drap vestu c'a ses ii. mains ne fende,
environ lui à tiere en cai mainte bende,
et regrete Alixandre ki conqutst Oriende.
„sire, por votre mort, no conpagne n'amende,
„iteus XXX""- hommes tenies-vus de provende; 15
.Jamais ne sera rois, si rice don lor rende.
„teus a or bon ce val, or li estuet qu'il vende;
„por s.oufraite d'aide li convient qu'il despende;
„que s'il doit gent avoir, n'ara dont il le rende.
„U mors ne laise mie que tous ne nos offende. 20
„8ire, qui vous a mort, fet nos a laide offrande.
„frans bom ne 1' doit baillier, que à ses mains ne 1' pende.'*
ne puet muer Liones c'a tiere ne s'estende;
d'iave froide et de plueue li ont faite marende.
por Alixandre pleure Minus, le fins Clarende. 25
Arides fet tel dol que nus ne le conforte,
ne se pot astenir que ses ii. mains ne torde,
et desront ses ceviaus et les dras que ii porte;
Alixandre regrete, ki tous les desconforte.
„e8garée conpagne, quel dolors vus conforte! 30
„que porons devenir, quant proecce est bui morte?
„cortoi8ie et largecce, serée est votre porte;
„jamais ne sera hom qui le cief en destorte.
„or poons-nos bien dire que largeces est morte;
„ne pot mais retorner que doners ne resorte. 35
„mais i. respit i a qui les plusiors conforte;
„après lui irons tout, ne quic que nus estorde."
Antiocus fet dol que trestous s'en esfroe
522 TBSTANliNT D'ALIX ANDRB.
et regrete Alixandre que tous li peules loe:
„sire, mains gentius hom seoit ier sor la roe,
„quj por le votre mort est ceus en le boe.
„li votre grans proecce que tous li mons tresvoe,
„e9t plus ficié en tiere que li fiers d'une hoe. 5
„Dex! corn forte aventure qui sor cest peule noe.
„rautrier l'aviens nos blaoque, or Tavons toute bloe;
„verme11e estoit er soir, biaus sire, or est si floe.
„mult est li mors hardie, qui en tel liu s'aroe.
„tel XIX"- escu porsiuoient ceste oe; 10
„n'est nus hom si hardis, jà i tendist le poe.
„sire, vus me déistes sor l'eve de Dimoe:
„qui quert autrui vitalle, tous jors pert-il le soe.
„vus iesles l'omme è V mont ii je plus me floe;
, Jamais ne vus verai, que li mors le desloe." t5
lors desront ses ceviaus et se fiert en la joe;
en plus de xxx. lius ront ses dras et estroe.
F. 80^ Antigonus fait dol, de ploorer se soole
et regrete Alixandre qui les plusiors adole.
„8ire rois, à l'espée maintenies vus tel cole 20
„dont mainte large tiere maintenoit votre bole.
„bui repaire largece de le caudière en Tôle;
„malvestés Tocira, qui les plusiors engole;
„avant lor toit lor cuers et a pris Tesmaiole.
„teus avoit blanc aubère, or vestira caole 25
„et saulers pains à or qui or ara cherbole.
„or peons-nous bien dire c'aventure nos foie;
„plaideor seront rice, quant proecce décole;
„et cil ki bien orine^ c'on voit en le fiole.
„le joie de cest mont ne pris mie une bole, 30
„quant U sire de V moût laira hui se gent sole."
Pardevant Alixandre ploroit une marcise,
famé fn chevalier qui à mouiller Tôt prise;
li rois li ot donnée, on Tapeloit Evyse.
vestu ot i. bliaut par desous se kemise, * 35
afule i. mantiel dont li pêne fn grise,
le coulor ot è V vis plus fres que de cierise;
1) eofmoii ortNé.
TBSTAMBNT D'ALIXANDRB. 523
mais de V plorer c*ot fait. Tôt i. petit malmise.
malt bien faite de cors, le car blanke et alise,
se fust lie, en cest mont n'ot plus bêle à devise.
nus pies, escie?e1ée, de grant dolor esprise
et fu è r payement, jouste le bière assise, 5
et regraite Alixandre par issi faite guise
que de l* duel que domaine tous les autres atise.
„mauyais rois recreans,* et humles sans faintise,
„larges vers bones gens et plains de grant francise,
„qui donra mais l'avoir, Tor ne le marcandise, 10
„ne les destriers corans, ne les haubers de Pise
„as gentîus chevaliers par cui tiere est conquise.''
au grant duel que domaine, ciet sor le p\ere bise;
si durement cal qu'ele sa teste brise,
contre tiere s'estent et dépèce et débrise; 15
qui U eust laisié, k' iluec se fust ocise.
Emenidus le drece qui fu fins Laugalisse,
une dame d'Arcade, cortoise et bien aprise;
tant le tint en ses bras que s'alaine ot reprise.
De 1' doel n'est pas mervelle que ii baron ont fait ; 20
sa moulliers Resones sor trestous crie et brait.
„e! sire, roi des rois, tant castel aves frait:
„enviers orgillous home ne fesis malves plait,
„et qui te vot servir ne 1' presis à forfait.
„que porai devenir, quant cil le siècle lait 25
„qui conquesist le mont, se vesquist entresait
„et dounast tout l'avoir de tiere, qui que l'ait;
„ne sai bon chevalier à cui il n'en soit lait;
„quar s'il est endetés, ne sera ki le pait;
„que ne quic qu'il ait homme, tant comme solaus vait,30
„8oufierte et povreté, rois, por t'amor n'en ait.
„de tant corn je vos voi et il malt bien me fait,
„mius voel morir que vivre; mors, sail de ton agait.
„se m'ocis; sans toi seule, ne sai riens qui me hait.''
sor le roi ciet pasmée; nus voit, pitié n'en ait. 35
Alixandres ot le noise, i. poi à mont se trait;
1) genliuê raie eon^uërereê.
524 TESTAMENT D'ALIXANDRB.
de pité s'est pasmés, si a jeté i. brait,
là ot paumes batues et maint ceviel detrail.
Alixandres apiele Lincanor, le fil Phalle,
le preu Emenidus ki sist à se detraille.*
F. 80^ „Aufrike avons conquis dusque la mer de Baille, 5
,,Asie et à Europe dusc'as mons Eurtalle;
„France le renomée qui à conquerre est malle,
,,euse en mon demaine, à Paris fust ma sale;
„et toute Normendie, Engletiere et le Gale,
„et Escose et Irlande h 11 solaus avale. 10
^France fust cief de V mont, se droiture est itale
„que li gens est tant noble, n*est* nule ki le valle;
„piecà que m'ont mandé par lettre communale.
„mais je morrai sempres d'une mort desloiale;
„ne m'i vorra mecine, mandeglore, normale. 15
„Dex, reçoit mon espir en ton ciel, par ta asle,
„quant il istera sempres de 1' vaisiel taint et sale.''
à cel mot est pasmés, de dolor devint pale.
Alixandres se pasme por le mort qui 1' destraint
et quant fu revenus, si a jeté i. plaint. 20
Tholomé demanda et dist c'on li amaint,
et Clincon autresi, contre lui les estraint.
à Deu les commanda et de ses bras les caint;
si lor prie et commande que li i. l'autres aint,
mult durement li poise que entr'aus ne remaint. 25
à cel mot est pasmés et tous li cors li taint
et por le mort li sunt li oel è V cief estaint;
l'ame s'en est alée, si l'enportent li saint,
là sus en le grant joie' ù notre sires maint,
tel vii'^' en i pasment, n'i a nul qui se faint. 30
Mult fu grans la dolors, quant li rois fu finis,
ains que fust enbausmés, oins, ne' ensevelis,
ses lis estoit envols^ de il. rices samis,
à pieres préciouses saielés et closis;
* li i. fu fais à esmes,^ l'autre à estraelis. 35
par tel engien estoient et tissu et treslis,
m. ans fuscent en tiere ains que fuscent poris.
1) déêtre aie. 2) glore. 3) mtV jus. 4) envauê, 5) esiiees.
TESTAMENT D'ALiXANDRE. 525
qui or vus voiroit dire, com il fu costeis,
et roiaument gardés, plorés et obéis,
ne le sot pas escrire Salemons ne Davis,
vus veiscies mervelles, ces barons amatis,*
de duel et de pesance tains et empaleis. 5
à son cief est Philote et à ses pies Dans Clins,
et 11 autre s'estoient pasmé sor ces tapis,
oscurs en fu li jors et li solaus tapis,
por la mort Alixandre dont il estoit maris,
puis le mer de Sidone dusc'as pors de Lutis 10
n'a dognon, n'amiral qui ne soit escroisis.
par trestoute la tiere dont il estoit saisis,
tramblërent les cités desi qu'en Lareis.'
*trestos le firmamens en estoit si noircis
que li i. bom de l'autre ne pot estre coisîs, 15
et por cou que li cius estoit si obscurcis ,
ardoient en la sale m. cirge coulais,
lin, aloes et ambre, nardus et autre espis
ardoient en la sale, com se fust vies palis,
de l'odor des espisses et de 1' bon flaireis 20
deust estre par droit i. malades garis;
se iluec fust Pilate, Herodes, Ante-Cris,
se plorast-il de doel, ains qu'il en fust partis,
et por cou se li dex les a si afoiblis,
fu menre i. poi li noise et abaisiés li cris. 25
quant li sage Aristotes, li mestres des escris,
s'apoia devant eus, desous i. arc votis,
bien fu des filoçofes ses jens cors aconplis.'
F. 81* ne li caloit de soi, tous estoit enhermis;
. barbe ot et longe et lée et le poil retortis 30
et le cief deslavé et velus les sorcis;
de pain et d'iave vit, ne quiert autre pietris.
aine n'en issi d'Ataine i. sens bom si soutis;
lors a dit as barons i. poi de ses bons dis:
„mainnes rois qui gis là, mors et deschoulouris; 35
„com as sor poi de tiere, com est petis tes lis.
1) êsbahU. 2) $n le raie. 3) estait de grmu ««M êeê euere raempliê.
526 TESTAMENT D'ALIXANDRB.
„et si me deis-tu i. fois à Brandis*
„qae cis mondes estoit à i. homme petis.
,,el bons rois conquenrans, seiir tous honmes hardis,
„1argece estoit ta mère, tu estoies ses fis.
„en douner ert ta joie, ta glore et tes delis. 5
„n'atendoies pas tant, jà n'en serai desdis.
„s'uns preudom te rouvast, jà ne fust escondis,'
„tant ieres de douner preus et amanevis.
„encor n'estoies pas er soir si afoiblis,
„quant il dist: a?ers prinches soit destruis et maumis, tO
„que il est et de Deu et de 1' peule hais;
„en cest siècle et en Tautre est pierdus et bounis.
„par convoitise fu li premiers hom péris,
„et Daires li Persans raincus et desconfis,
„et i. des rois de Roume, Dasus' si malbaillis; 15
„£sclarant* Tabuvrèrent d'or quit ki fu boulis.
„oes le profesie que nos dist Joakins,
„que avant ociroit li lions le formis.
„ahi! Antipater, traitres, Deu mentis
„com estoies por lui ounorés et siervis, 20
„et de si rices fies casés et enricis.
„Gares" t'avoit doné li barons,* les lairis
„et trestoute la tiere que tint li dus Betis.
„tante gent as hui mis en duel et en essis.
„et tante veve dame en pleurent lor maris 25
„et tante boine dame en ploreront lor fis.
„par toi sera li maus encore revertis,
„que tu seras trovés h que soies fuis.
„vis seras escorciés et sor carbons rostis
„u detrais à cevaus u à coutiaus mordria. 30
„de toi ne puet caloir, se ta muera u tu vis,
„quant par toi muert li rois qui sor tous ert eslis.
»,par lui fust tous li mons, ains vii. ans, esbaudis;
„hui partiras les hommes que me sire a noris»
„de lor Uge signor, sans forfait, dessaisis. 35
„Alixandres, de toi nos ont li Deu trais;
i) êor faighé éê teiifAi>. 2) m fu'i7 fuêl mpavris. 3) Crmêtw.
4) Eêelavon. 5) Oaàrtê. 6) fuiê et.
TESTAMENT DMLIXANDRB. 527
„se tu peuises vivre sol ii. ans aconplis,
„ti] fusces vis en tiere aourés et servis
„et te fesisons* temple, auteus et crncefis.'
„ Jupiter, mult par ies convoitons et salis,'
„qni les mauvais espargnes et les bons nos ocis."* 5
or desist jà mervelle, quant il fu asalis,'
quant doi autre, gramare, valore et eslis^
li Génèrent de loig que trop est esbahis,
quant il des Dex mesdist; mult a le sens maris;
F. 81* jà caist jus pasmés, tous est esvanuis, ^ 10
quant Litonas l'estraint et le met vers sen pis.
lors commence teus dious et si fiers ploreis,
se Dex tonast è V ciel, ne fust-il pas ois.
1) à toi fêêiêt'on, 2) edêfis, 3) faiUiê, 4) trûiê. 5) eseoeiiiê.
6) ^uani ii, mttreê kon9 cUrc li ëont devant 9<ùHiê vers lui êont
ttfroeiéëf hUsmé l'ont et Mis,
REGRETS DES XII. PËRS.
Ci «Ust si com Alixandres tflmt en bière et si Ife^iune
le pleurent.
Lejie fu pas mervelle se cil orenl paour/
ki voient devanl aus jesir mort lor signor
et si ont d'Aristote grant duel et grant paour,
que il voient jesir, pasmet et sans coulour.
or desist jà mervelles à caus ki sunt enter 5
mais li sanglent' li tolent, qui ont' pris par froidor.
lors se sunt acoisié li grant et li menour.
Eroenidus se drece, ki fu fins de contour,
quant senti de Tespese le fumée et l'odor.
lors a parlé i. poi à caus qui sunt entour: tO
,Je fui jâ connestables au roi Machidonor
„et portai en bataille .s'ensegne et s'oriflor
„et li aidai à vaincre, merci Deu, maint estor.
„ne r di pas por vantance, Deu en trai à autour,
„que li rois n'aroa onques chevalier vanteour. 15
,,princes qui vint entrer en tiere et en valor
„doit mettre en i. proudome son conseil et s'amor.
„encor dist ier matin li rois à Lincanor,
„quant il le coronna à roi d'Inde majour,
„que le bien li ensait à faire cascun jor, 20
^chevaliers à amer et tenir en doucour.
„hom qui conquerre vint, n'a fioig d'autre labor.
„puisque tu connistras i. homme menteour,
,,8i t'eslonge de lui que d'un fu de caut four,
„que par nature sunt losengier traitour.. 25
1) #*!/ orent grant doiov. 2) êanglom. 3) ^'i7 ot.
RBORETS DBS XII. PBRS. 529
„se tu vois soudoier qui entent à ounor,
„si en fai dont i. prince, amiral u contor;
„ne laisier en soufraite jésir, ne en error,
„que povretés est pire que n'est fièvre langor.
„garde qui] ait en toi mult large douneor. 5
„que puis-jou, Alixandre, se jou por ta mort pior,
„que litien don n'ayoient ne terme, ne soujor;
,,ains ierent plus isnel que li toI d'un ostour.
,,e! mors, dolante cose, dotante riens puor,
„ne crien mais ta manace le noise à i. tabor. 10
„i. ' sairement en fac, ne puis faire grignor;
„par le cors qui ci gist desous ce couvretor,
„puis c'Adans morst le pomme par consel de s'oisor,
„n'oceis-tu si bon, ne sen per, ne millour.
„et quant li Deu ont fait de toi commandeor, 15
„bien en doivent li autre avoir mult grant paor.
„rois, hui laisies vos homes en duel et en tristor
F. 81® „et issi esgarés com bestes ssns pastour.
,Jà ne ferai por t'arme proière au créator;
„bien sai qu'ele est là sus, è Y ciel supériour 20
„ù li Deu en demainent grant joie et grant baudor;
„que le joie de toi ont mené o le lour/'
De r bon roi Alixandre dont tiere est orfenine
et li gens soufraitouse et de tous biens frarine,
m'estuet ramentevoir le mort et le convine. 25
quant li rois ot conquis le tiere Barbarine
et pendu à la porte le duc de Balatine
et Babilone prise et le tour gigandine,
et toutes autres tieres mises en se saisine,
et vint Antipater, à le cière louvine, 30
et Divinnspater qui sot bien le convine:
mult erent plain d'envie et de mortel haine
li cuvert traiter; par une orbe rachine
li donnèrent à boire le puison serpentine
par coi le gentius rois ot le mort en saisine. 35
quant voient que la mort li cort sus aatine,
fuiant s'en sunl torné par deviers le marine.
Alixandres remest gisant sous le gordine;
LI RoQHiaiiB d*AUiaBdr«fl. ^^
530 REGRETS DBS XII. PBRS.
sour lui ot estendu une porpre sanguine^
li mors ki riens n'espargne, le jeté sor Teskine;
11 cris en est levés en la sale perrine.
estrange doel en maîne li gent outre-marine;
en toute Babilone n'a dame, ne mescine 5
ne soit iii. fois pasmée et jetée souvine.
plus de m. 8*i pasmèrent en la sale marbrine;
li xii. per dépècent et lor barbe et lor crine,
mais desor tous les antres s'ocist et parafine
Dans Clins, li fius Caldui, ki fu nés à Yalpine 10
dont ses père fu rois et se mère roine.
cil le plaint et regrete et sor le cors s'acline;
i. petit sousleva le grant cote porprine.
„Aliiandres, fait-il^ bons rois de france orine,
^plains de toute proecce et de toute doctrine, 15
„mar fu votre jovente qui si trestos define.
nOnques n'amai tant frère, ne cousin, ne cousine,
„comme votre gent cors que la mors entraine.
„sire, vus me désistes en le grant désertine,
„le jor que nos fesimes le fu por le vermine, 20
„que jà nus avers rois n'aroit joie entierine;
„mais or puis-jou bien dire que barnages acline;
„li biens va défalant et li maus s'aracine,
„proecce est ceue et mavestés cemine.
„rois, votre bêle cars que la mors entraine, 25
„estoit er soir plus blance que n'est flors de gaudine;
„or en droit est plus noire que n'est pois aremine. '
„ore, n'i a mestier, came,' ne médecine;
„li mires ne venra veoir le votre orine.
,»aYarise et largecce corrent par aatine 30
„et muevent à.esRiis, mes tous siècles destine.
„largecce est vencue si que mes cuers devine;
„s'est drois puis que cil muert que tous li mons encline.
„r(rtB, vus nos douniies vair et gris et hermine
„et por nous faire rices, prendiies o rapine 35
„quanque vous trouvies sor le gent Sarrasine.
- „ciertes or m'en irai en bos u en gaudine,
1) êarramuê, 2) ekarme.
RBGRETS DES XII. PBR8. 531
,,enprès ma car arai vestue Festamine;
„ilueques viTerai d'erbes u de rachine,
F. 81' ,,n'i arai compagnie fors de le saiivegine.
„las! por coi ne me prent maie mors Sarrasinel
„Dex qui, par ta merci, fesis plovoir ferine ' 5
„quant li fil Israël erent en le gastine
,,et les aloes Mtes, n'orent autre quisine,
„prent de caus la ?enjance, par cui no joie fine.
„â tort suefre li rois si cmel desepline.''
à ce mot est pasmés sor une tainte mine; 10
au redrecier s'escrie en haut comme géline.
de son mantiel deront toute le sebeline;
tant le.sace et detire, ne yaut une esclavine.
à ii. mains se dépèce et se face esgratine,
si que li sans vermaus li ciet par le poitrine. 15
le dolor que domaine por le roi qui termine.
i fist le jor plorer maint fil de palasine.
Apriès Dant Cb'n le conte, li dolors renovele '
Emenidus li fins, Taumacor de Tudiele,
qui por l'amor aiDir d'une noble puciele, 20
combati au galant, ens esplains de Casiiele,
tant que le cuer li trait par desour le forciele;
cil regrete Alixandre et doucement Tapiele:
„el bons rois dçbonaire, dolerouse novele
„nous a li mors donné,' qui 6i vos amonciele. 25
„sire» tant mar i fu votre bouce li bêle
„qui plus souef flairoit que mire, ne caniele.
„hui matin ert plus fresce que n'est rose noTele;
„rois, or est perse et bloie plus que sans qui faiele.
„et dehait ait li mors qui devant nous flajele, 30
„asses vole plus tos que ne fait arondiele.
,Je quic bien que li mors est notre suer jumiele,
„qui onques n*espargna ne maie ne fumiele.
„les ious aves crevés, n'i a point de pruniele,
„que vous aves cangié coroie por cordiele. 35
yle millor prince aves abatu de la siele,
„qui onques escoutast ne harpe ne viele.
„et dehait ai li cuers qui è V cors ne sautiele,
34*
532 REGRETS DES XII. PBRS.
,,quant vus en tel manière tomes votre roiele.
„proecce, vus donnes et malvestés oisiele;
,,hui cest jor estes mise de le cuve en ouciele.
„largecce est herbregié et mauvestés angiele;
,,or sunt li xii. per en malvaise brandiele. 5
„Dex! |5or coi ne me pert li cuers sous la mamele?
,,s'or avoie i. coutiei à trancant alemiele,
,Je feroie salir de roen cors la boviele.
„onques mais ne fu cuis de si maie estinciele.
„Dex! tu ies endormis et diables reviele 10
„et por monter es cius, ses angeles atropiele,
„quant li bons rois est mors qui tout le mont dansiele/'
à cest mot est pasmés, por le duel ciet à tiere;
à i. piler se hurte de lés une touriele,
si que de 1' nés li saut de sanc plaine escuiele. 15
il se hurte et débat, par tiere se roiele;
li sans li bout et frit comme lais en paiele.
devant lui, à ses pies voit jésir une astiele,
jà se ferisl è Y cief desi qu'en le cierviele,
quant tolue li a li princes de Niviele. 20
Après Emenidus ki fu rois de Nubie,
s'escrie Perdicas à le barbe florie;
ce fu des xii. pers ù li rois plus se fie.
por cou qu'il ert hardis et sans losengerie,
F. 82* li douna son aniel dont mifint orent envie, 25
com li avoit donné par non de druerie
Candase la roine, quant el devint s'amie.
11 aniaus valoit bien la cité de Pavie;
Perdicas l'a è V doi, li sires d'Alenie,
qui si detort ses dois, por poi ne lait se vie. 30
as pies dou lit s'apuie, si durement qu'il plie;
il reviersa le pale de soie d'Aumarie.
quant sentit le car froide qui si estoit noircie,
les ious è 1' cief tomes et le face enpalie,
sacies de vérité, il n'a talent k'il rie. 35
de le dolor k'il a piteusement s'escrie:
„Alixandres, bons rois, sires sans couardie,
„fontaine de largecce et puis de cortoisie,
REGRETS DES XII. PERS. 533
„conblés d'ensegnement et res de Tilonie;
„hui matin avies-TUs^de cest mont le baillie,
„roi8, or Taves perdue en mains d'eure et demie.
„ne sai por quel raison l'aves si tos guerpie.
„sire, tcop tos vus est la parole falie; 5
„li mors tus a soupris qui tus destraint et lie;
„en poi d'eure tus a to Uance car noircie.
„rois, c'or parles à moi, se Dex tous béneie,
„et à Totre mesnie qui por tus est marie.
„por coi ne V confortes, por coi l'as en haie? 10
»,Toi8 com est esgarée, Tois com est esbahie;
„onques por nul damage ne fu si aboutrie.
„rois, jà ne l'aTies tus tant doucement norie,
„d'armes et de ceTaus tant ricemcnt garnie.
„ahi! com hui remaint de bon roi désaisie. 15
,,signor, qui me dira icou que senefie
„qui li rois ne parole à celui qui li prie.
,Je fait-il par orguel u par le mort qui V lie?
„ne sai que ce puet estre, ne ne sai qu'il me die.
„onques mais ne fist Dex si cruel félounie. 20
„encor ier me dist-il à parole sierie,
,»au matin, ains que l'aube se fust bien esclairie,
„qua s'il pooit aToir l an santé et Tie,
„qu'il donroit Tholomé le règne de Sulie
„et le feroit signor de toute EsclaTonie, 25
„et parla mes ases de sens et de folie.
„mais, or sai-jou de Toir, qui qu'en plort ne qu'en rie;
, Jamais n'i parlerai que li mors le me nie,
„et dehait ait fortune qui si me contralie.
„hui cest jor m'a esté trop cruel et euTie; 30
^mauTCstés esTillie et proecce endormie;
,,li biens Ta descroisant et li maus monteplie;
„or ne pris mais le siècle une pume pourie.
„hui cest jors est perdue toute ccTalerie.
„DexI por coi Tif-je tant; maie mors, car m'ocie. 35
„par foi je me tuasse, ne m'en tenisse mie;
„mais mes cuers le desfent et tient à couardie
„et fortune meisme qui me jure et afie
534 RBGRBTS DBS XII. PER8.
„que se Dex estoit mors et sa vie finie,
,, qu'il aroit après lui des angéles le mestrie,
„de r ciel et de le tiere toute le signourie.
„la8! fait-il, c/ai-je dit, c'est rage et druerie."
à icest mot se donne de V puig delés Toie ; 5
sor le cors ciet pasmés comme beste estordie,
si que de sanc vermel li est la bouce enplie;
quant Tholomes Tendrece qui souef le casUe.
F. 82^ Antiocus fait duel si que tous en est quas ;
rices hom est et sages,' fins le roi Cléofas. 10
Antioce fu soie et Alape et Damas,
et li acrut son fief de Tounor de Betas
li rois qui de douner ne pooit éstre las,
et li donna la tiere de Y val de Josafas,
le rentes et le treu de l'ounor de Bandas, 15
et le cité de Meke qui fu puis' Goulias.
tant li donna de tiere li rois Macidonas,
dont mainte arme gregirent' et il en devint qras.
or le plaint et regrete, mais ce n'est mie à gas:
„Alixandres, fait-il, biaus sire, tu t'en vas; 20
„en tel lin vas, je quic, dont jà mes ne venras.
„vers nos donnies l'avoir à fuison et à tas;
„tost sunt li xii. per de 1' trot venu au pas.
„or poons-nos bien dire, Dexl de si haut si bas.
„onques mais ne venimes à si félon trespas. 25
„el Dex plains de doucor, ki toute riens crias
„et ki Ix. jors de ton gré jennas,
„garis l'ame de lui de 1' félon Satanas,
„qu'en l'ostel ne le metent ù conversent li las/'
lors dist à soi meisme: „caitis, que devenras?'' 30
et fiert i. puig en l'autre, descire tous ses dras;
de crier et de braire et demaine tel glas
que la sale en tentist qui fu faite à coupas;
puis ciet pasmés à tiere, dejoste Perdicas,
au cuer a tel angousce, vivre ne quide pas. 35
Arides se conplaint qui est cies de Seraine,*
1) e*eêi un dêê xii, férê, 2) kê fonda. 3) ammgriièreni, 4) eî frmtU
duél ^n demaine.
RB0RBT8 DBS XII. PBRS. 535
i. gentîus hom de Grese, de V parenté Elaine,
por cui Paris soufri lonc tans dolor et paine.
« ele ert, ce dist Testore, sa cousine germaine,
biaus ert, mes il avoit i. iecce^ vilaine
que n'amast nule feme, se ne fust castelaine. 5
onques ne vot porter armes à diemaine,
ne monter sor ceval por férir à quintaine.
cil regrete Alixandre et grant dolor demaine:
„*Alixandre, dist-il, bien est cose certaine
„que de toutes proecces esties-vus li fontaine; 10
„de toute gent estoit-il li tours' soTeraine.
„rois, votre bêle cars estoit er soir plus saine
„que n'est marbres polis et suef comme laine;
„or est poignans et aspre plus que n'est pains d'avaine.
„de votre biele bouce n'istra jamais alaine; 15
„bui matin ert mervelle com se fust tainte en graine .
,,or est descoulorée, pale et vers comme raime.
„sire, vus en aies là ù li mors vus maine;
,.gentius rois deboinaires, en peneuse semaine
^entrent li xii. per et en fort quarantaine; 20
„il ont hui receu une mavaise estraine.
„nous soliemes parler jadis de teste saine,
„mais or en est rompue toute li mestre vaine.
„e! Dex qui à ta forme fesis le gent humaine
„et garesis Jonas è V ventre de balaine, 25
„prent venjance de caus par cui me joie est vaine
„et trébuce lor armes en le tiere soutaine.''
à icest mot se pasme desor i. lit d*ébaine
tant forment que li nés et li bouce li saine,-
si que Tuns des pecons li est férus en Faine. 30
Tholomes li vaillans de V conforter be paine
et lui et tous les autres dont li sale estoit plaine.
Mult fu grans li dolours è V palais de porfire;
F. 82® entour le bière sunt li xii. per à tire.
Liones a tel duel, à poi n'esrage d'ire; 35
frères fu Perdicas qui fu nés à Montire.
por le mort Alixandre piteusement sospire
1) iace. 2) ia votr^
536 REGRETS DBS XII. PBRS.
et escaufe d'angosse et remet comme cire;
à haute vois escrie: „Alûandre, biaus sire,
„onques mais ne vos pot nule riens desconfire,
„fors solement le mort que nului ne. remire.
„de garir ceste plaie n'ara mestier mire. 5
„le toie grant largecce ne pot onques escrire'
„nus clercs, tant fust maniers de canter nei de lire,
„neis tant seulement retenir' le matire.
„le mont aves guerpi, par dolerous martire;
„ainc ne vosis à homme ton avoir escondire; 10
„rois , tu les entosciés , ne pues avoir remîre.
„largecce voi plorer et avarise rire;
„cele ki soloit iestre li miudre, est or li pire.
„li mors trop me délaie, trop met à moi ocire;
„à tort et à pecié me fait à tort defrire, 15
„e.t le cuer et le sanc me fait ensamble frire.'*
lors desront son bliaut et en maint liu descire;
sa main met à sa barbe, toute le' sace et tire.
ancois que il le lest, en sunt c. plais à dire.
As pies roi Alixandre, devant ses autres Gris, 20
jà desront ses ceviaus et depecce* son vis
Caulus, i. darooisiaus, ses pères fu roi mis;^
nés estoit de Milette, si fu frères Biblis
qui por le fol orage ^ qu'il avoit en lui mis,
s'en isi de vergogne et guerpi son pais. 25
au bon roi Alixandre ala servir mains dis,
et li rois l'ama mult et mult fu ses amis;
por cou que le vit sage, cortois et bien apris,
*avec les xii. pers Tôt Alixandres mis.
*li Grijois l'apeloient Dant Caulus Ménalis 30
*^por cou que li bons rois li avoit jà promis,
quant il aroit de Roume le roiaume conquis,
qu'il li dont oit Melan, le jor k'il l'aroit pris,
et se il se tenoit de riens à mésaisis
se li croistroit encore Monjoie et Moncesis,'* 35
Versaus et Meroje® et Aoste et Thoris"
1) fiif# Aofli dMcrirê. 2) rêiêniêt. 3) eêtraiî et, 4) esp-oU. 5) fiuê
U roi MaiêHê, 6) eorag$. 7) âionjû et IfloMeniê. 8) Yvorie. 9) TigHé.
RBQRETS DBS XII. PBRS. 537
et trestoute la tiere isi corn le devis;
coroner le cuidoit à le feste Joris.
„elas! dist 11 valles, que fera cis caitis?
„puis k'issi de ma tiere exilliés et fuitis,
„me douna plus mes sire qui ert posteis, 5
„rouge or et blanc argent et bons cevaus de pris
„que n'ot Leomédon ki estoit à Paris/
„ahi! rice conpagne, com à' duel départis;
,,com sera grans mervelle, se i. en estoit vis.
„mors, mult fesis que foie quant si tos l'oceis; 10
,jà mais n'eres doutée, tos tans sera plus'* vis.
„or as fet ton pooir, ne nos puet faire pis;
,,estaint as le lumière dont li mons ert espris;
„8olaus mult fesis bien quant tu en oscuris,
„por le mort Alixandre que veir ne peuis. 15
„mult feras que cortois, se jamais n'esclarcis;
„anque nuit se pora bien vanter* Paradis
„c'onques mais si bon oste n'ot en son ostel mis.
„grant doel doivent mener Clotos et Lachesis;
„or pueent-il bien dire que ronpus est li fil* 20
„dont trestous li mons ert et cainglés et porpris.
„ahi! rois Alixandres, france cose gentis,
„humles et frans et larges, à tous bien ademis,
F. 82* „com voi ore torblés les ious de votre vis
„et celé bêle bouce dont ains n'issi faus ris. 25
„se fuscies coureciés, ains que fust miedis,
„toute crollast la tiere dusc'à V flun de Gangis,
„n'osasent avant corre Ëufrate, ne Tigris.
„encor dist ier mes sire, ains que fust si souspris,
„que jà nus avers rois ne seroit en grant pris.® 30
„sire, tu donnas tout, que riens ne relenis;
„ain8 euses donné v. roiaumes u vi.
„que i. bien rices hom n'eust i. manliel gris.
„ounor, sens et largecce avoient en vus mis
„lor cuer et lor entente à vus servir tous dis; 35
„hom qui tel conseil a, ne pot eslre mendis.
1) ki être en du paie, 2) à fuel. 3) nUê, 4) m'ara kien vmnter
êûint. 5) fie. 6) n'eniroU en ffaradie.
538 RBGRBTS DBS XII. PBRS.
„Dexl mult es envious, quant tu le nos tolis;
,,mult as sage conseil quant à ton oes le pris.
,,esgarde ciel et tiere et quan que tu fesis;
„onques mais tel damage è V monde ne mesis,
„ne si rice trésor à ton es ne presis. 5
,,por c'est li remanans corecous et pensis.
,Joie, tu Tamas mult, que aine ne le guerpis;
„ya-t-ent ensamble o lui es cans Elixeis
„qui tout sunt paint de flors, de roses et de lis/'
jà li baisast les pîés, desous les pales bis, 10
mais l'un tient Tholomé et li autres Dans Clins.
Lincanor li marcis tort ses mains et débrise;
c'est i. des xii. pers ki durement se prise,
nés estoit de le marce qui départ et devise
le tiere as Barbarins qui d'autre part est mise. 13
onques miudres de lui ne nascui de marcise;
vestus fu de bissarde,' ouvrés à grant mestrise;
mantiel ot de samis à' une penne grise,
vers le bière se trait por le duel ki l'atise
et sousleva le pale ki tenoit grant porprise. 20
quant il Tôt descouvert, sans cilleter l'avise;
gentement le salue quant s'alaine ot reprise:
„rois tleriiens, qui aine n'amastes couardise
„ne de mauvesté faire talent, ne convoitise;
„jamais ne sera hom de la votre francise. 25
„la toie grant largecce ne pooit estre esquise,
„que ains que tu cuises le rikecce conquise,
„ravoies-tu donnée, biaus sire, u promise.
„bien ont li xii. per enploié lor devise;
„cescuns en a è 1' cief corone d'or asise. 30
„ne fust pas teus damage, se tote fust ocise
„toute li gent ki erl entre pool et bise,
„com de loi, biaus dous sire, qui es mors à tel guise.
„ahi! trestoute France,' com or estes malmise,
„avarise commence, largecce à tiere est mise 35
„et morte est comme nois contre solel remise.
,Jà Dame 1' Deu ne place que je soie,* ne gise
1) tUaspré, 2) eL 3) eevaUrie. 4) m bel lin.
RBGRETS DES XII. PERS. 539
„dusque j'aie de caus haute venjance prise,
„par coi te gens est torble et de dolor esprise.
„trop estoient^ félon et de grant cuvertise,'
„quant il osèrent onques faire si grant mesprise.
„ciertes, se les puis prendre, j'en ferai grant justice, 5
„que on en parlera dusc'a V jor de V juise.
„que fait ore diables, quant le col ne me brise?"
à cest mot ciet pasmés sor une pie.re bise,
si que li cuirs du front en iiii. lius li brise,
se fust iii. fois plonciés en Tiave de Tamise, tO
F. 83* ne fust -il plus mouillés que fu sous le cemise
de r sanc qui à val coule, vermelle comme cierise.
il ne desist i. mot, por tout l'avoir de Pise.
à tous caus qui le voient, teus pités en est prise,
n'i a. celui ne plort tenrement, sans faintise. 15
Philotes est levés tout droit en son estage;
plus sage chevalier n'avait en son lignage;
frère fu Lincanor qui tant ot vaselage.
cil regrete Alixandre forment en son langage:
„Alixandres, fait-îl, frans rois de bon corage, 20
,Jamais ne sera hom qui demaint tel bamage.
„n'avoit boine cité dusqu'en le tiere ombrage,
„tour, vile, ne dognon, ne fort castiei marage
„dont li rois et li prince ne t'aient fet homage;
„trestout t'obéissoient et faisoient homage. ^ 25
„sire, à vus repairoient et privé et ombrage*
„vus n'escondisies mie ne le fol, ne le sage,
„ancoi8 lor donies-vus l'avoir de bon corage.
„tout aves desparti, neis votre iretage;
„onques ne retenistes vaillant une cartage.^ 30
„en vous et en largecce avoit bon mariage;
„onques ne le tenistes i. jor en sognetage.
„or, estes desevrés par tort et par outrage;
„neis Dex ne poroit recouvrer^ ce damage.
„onques mais, ne venimes à si félon pasage. 35
„or vous estuet ci mettre et laisier en ostage
I) par furent. 2) covoiiiêe, 3) êêrvagê, 4) êahagê. 5) /• vaior
d'un fromage, 6) restorer.
540 REGRETS DBJ^ XII. PER8.
„votre cors, biaus doas sire, n'i lairons autre gage.
„geDtius rois Alixandres, mais Dex point n'a souage,
„que je voie esforcier le périllous orage
„qui tout le mont metra à dolor et à rage.
„e Dexl qui as Ebrius passa le mer sans nage, 5
„quant li rois Faraons les cacoit le rivage;
„rame de mon signor commande tel mesage
„que au jour dou juise soit a le destre page."
lors a si grant dolor, por i. poi que n'esrage;
dou plorer k'il a fait, tous li cuers li folage. 10
onques por Ëneas, quant issi de Cartage,
qui par le mer salée aquelli son volage,
ne démena te] dol Dido au cuer volage,
com Philotes demaine ki se -hurte à Testage.
Aristes fait tel doel as corons^ de le bière 15
et regrete Alixandre à le hardie chière:
„sire, vus estiies de tout le mont lumière'
„qui plus resplendîsoit que solaus, ne verière.
„à nuit sonjai i. sonje d'une estranje manière,
„que dedens Babilone sordoit une fumière 20
„qui tout le mont couvroit et devant et derière.
„rois, c'est senefiance de le gent losengière
„qui par mort t'a conquis et mis en la pantière.
„des signors tieriiens porties-vus le banière,
„tous jors au grant besoig t'ensegne le première 25
„et en le grande prese faisoit onple carière,
„si que sour autre estoile luist l'estoile bonière;
„si ert sour toute gens le toie baude et fière.
„tu me desis ier soir, quant venis de rivière,
„que trop faus ert qui croit fause gent losengière, 30
„ne rois qui a mesnie vilaine et losengière;'
„mais mult tos le délaie et si se traie arière.
„ahi! dame fortune, tant estes novelière
„et de griint vilonie faire à gent costumière.
F. 83^ „rautre jor esties vers nous large et plenière, 35
„or estes devenue escarse^ et menuière.
„largecce est mise en pot, avarise en caudière;
1) au kavêt, 2) jugière, 3) mai parlièrê. 4) avtrê.
RBGRETS DBS XII. PBRS. 541
^mauvestés en cemin et proecce en ordîère;
,Jamai8 ne n'ert jetée , ne n'ert qui le requière.
„rois, tant bons chevaliers seoit ier en caière
„et ot or et argent et rice sarpillière
„et se gisoit sor cote et à rice fouière, 5
„qui por te mort, biaus sire, gira en sa litière.''
lors dist entre ses dents: „niale mors, car me fiere;
„mult feroit que cortoise s'ele ooit ma proière.''
à cest mot ciet pasmés de lés une^ masière
si que ne pot aler ne avant ne arière;' 10
lors descire d'angouse se vesteure cière;
le jor Tavoit vestue tote nueve et entière.
Antiocus^ le plaint qui grant dolor endure,
ki se barbe desront et se caveleure.
„Alixandres, fait-il, grant cors, bêle faiture, 15
„hardis, cortois et sages et plains de grant mesure,
„bons rois, tout sans orguel et sans entrepresure.
„mar fu votre gens cors qui gist en sépulture;
„votre coulors ert ier et clere et fresce et pure
„plus que rose en espine,* or est d'autre tainture, 20
„qu'ele est et pale et noire et durement oscure.
„grans peciés et grant perte, povretés, grans ardure
„est hui venue en tiere et grans desconflture.
„qui or a teus mantiel de pale, vesteure,
„qui ara toute noire et desour cape bure 25
„et cevaucera trot à povre afeutreure.
„à plus de c™- homes trouvies-vous vesteure,
„or et argent et dras et cevaus et peuture;
„n'ert hom itant hardis, por nule forfaiture,
„qui tosist au menor vallant une cainture. 30
„mais Dex! por quel raison nos défoule aventure?
„* n'est pas li hom bien sages qui en li s'aseure,
„que quant il se portome, le droit à tort mesure.
„li siècles est cangiés et tous se desnature.
„or venront cil avant qui prisent anseure;* 35
„douneor seront coi, plus c'oisiel par froidure.
1) f«r daléê /«. 2) lever d'une hée entière, 3) AnHgomuê. 4) ia
rose en 91m. 5) U presieur à usure.
542 REGRETS DBS XII. PBRS.
„largecce est enfremée sous une couvreture;
„le clef a avarice qui mult s'aflce et jure.
^jamais ne n'ert jetée, tele est la frenaeure.
„Piere8 de St. Cloot trueve en* escriture,
„que mauvais est li arbres dont li fruit ne meure, 5
„ne dedens lait' à cien jamais querroit ointure.
„je r di por les ii. siers de maie painteure.
„que à tous esgarés iert castiaus et clostenre
,»et à trestous fruileus, buisons et couverture.
„Dex, qui Adam formastes à le votre faiture, 10
„ne soufres que s'envoisent li traitour parjure;
„mais ramenes-les nous tous ii. grant aleure,
„tant que soient destruit, que lor vie est trop dure.
„ahi! mors, car m'ocis que de mère' n'ai cure."
lors desront son bliaut et* pointes et costure 15
et ciet pasmés à tiere desour le paveure.
Mult fu plains Alixandres li rois de ses barons,
de Suliens, d'Ermins, de Persans, d'Esclavons;
neis cil le regretent d'estranges régions
qu'il ot fait maintes fois grans persécutions. 20
de paumés estoit toute joncié li maisons;
deseure tous les antres le plore Pestions.
F. 83^ cil fu plus ses privés, si que nous devinons,
c*onques n'avoit esté Tholomes ne Clincons.
por quant se n'est-il mie des xii. conpagnons , 25
mais en enfance avoit esté ses norecons.
au cavet de le bière se met à jenellons
et regrete Alixandre ne mie à consillons.
„Alixandre, fait-il, li sires des grifong,
„conquerere d'ounor, de tors et de félons;* 30
„com est par votre mort et cius et airs* ombrons.
„li oisiel s'atapisent et abaisent lor sons,
„que DOS aves laisiés en grant torblations,
„et par les traitors qui fisent les puisons
„dont en tiere est venue si grans confusions. 35
„onques teus chevaliers ne cauca esporons;
1) iignor, ii êa$eê dii, si est en f. 2) ja en M, 3) de vivre mune.
i) en, 5) teree de félon. 6) terre.
REGRETS DES XII. PERS. 543
,Je ne vus puis aidier, ne douner gansons.
„sire Dex, quel damage et quel destrutions,
„quaiit li rois est matés par ii. de ses poons;
„mais autre i mesprisent k'il i ot traisons.
„gentius rois Alixandres, habondance de dons, 5
„aînc amer ne vosis traitours ne larrons;
„mais qui servir vus velt, ne Y fit mie en perdons,
„que plus que ne servoit, estoit se^ guerredons.
„ahi! rois Alixandres, à quel doel départons;
„je m'en vois après vus, li mors m'en a semons: 10
,Jou irai volentiers, ne querrai occoisons."
lors desront ses ceviaus, se barbe, ses grenons,
que toute en est sanglante se bouce et se mentons.
au dolouser k*il fist, issi com il' est Ions,
en travers de la bière cai à ventrillons. 15
Tout par devant le roi pleurent li xii. per;
il ne peuent entr'aus le dolour oublier
que il font* en la sale, ki' les oist crier
et lor ceviaus deronpre et lor bras . détirer ;
aine n'en i ot i. seul qu'en estent' pasmer. 20
quant il sunt redrecié, "ki les veist plorer
et détordre lor puins et lor ceviaus tirer,
le roi et se proecce forment à regreter:
„ahi! gentius rois, sire, ù porons nous aler?
„puisque vous estes mors que* savons ù aler.^ 25
,Jamais ne nestra hom qui tant face à loer
„ne si seust proudome servir, ne ounorer."
*par matines à l'aube, quant il dut ajorner,
le roi ont fait ouvrir et l' entraille gieter;
ricement en ont fait le cors enbausemer 30
*que jamais poreture n'i pora adeser.
*en i. cier drap de soie que le fist présenter
*Candace la roine, quant vint à li parler,
•firent le roi encoudre et bien enveloper.
li Grijois le voloient en lor tiere porter; 35
nesuns de tous les «utres^ ne 1' volrent créanter;
1) qui là fitsL 2) #i. 3) qui n'estut. 4) ne. 5) iomer. 6) mes li
roi, ne H prince.
544 REGRETS DES XII. PBRS.
iluec en^ Babilone le firent ariester.'
Antiocus fu sages, si prist à sermoner:
„8ignor, ne vus caut mie à tencier n'a coser,
„que aler en copient as Dex, por demander
„en quel liu li voiront sépulture douner." 5
— faites ensevelir, cou a dit Tholomes,
„puis après prenderons conseil de TenUerer"
Au sevelir Alixandre ol dolour démené;
par tous ces lis se pasment cil chevalier navré
et li autre se sunt ë Y palais aune. 10
plus de vii^- s'en sunt sor le marbre pasmé;
et quant il se redrecent, si l'ont tant regreté.
„Alixandres, bons rois, tant mar nos fumes né;
„le votre granl proecce, ne le votre bonté
„ne poroit mais avoir nus hom de mère né. 15
F. 8%S' t^quel part porons fuir, caitif maleuré?
„elasl com remanons de signor esgaré.'<
toute nuit l'ont gaitié et plaint et regreté;^
au matinet à l'aube, quant il fu ajorné
droit au temple Jovis sunt trestout asanblé; 20
par le conseil Clincon et par le Tholomé
ont fait jeter i. sort ù il ert entière.
Droit au temple Jovis, si com l'estore crie,
ont fait jeter i. sort, par mult très grant mestrie.
iluec ot une ymagene, de fin or fu plastie,^ 25
et fu desour l'autel toute droite establie.
une vois en issi ki mult fu bien oie:
„Griu et Macidonois, vus ne renmenres mie;
„ne jà mais Babilone ne n'ert de lui saisie.
„en le gent Alixandre ert sa cars sevelie^ 30
„là ara sépulture, Jupiter le nos crie.''
— par foi, dist Tholomes, }k ceste n'iert guencie;
,Jà sera-il porté, se puis avoir aie."
et Dans Clins il a dit: „ne vus en faurai mie."
„Signor, ce dist Dans Clins, et conunent le ferons?" 35
et dist Antiocus: „mult bien le' conduirons;
„sour i. car tout d'or fin ricement l'enmenrons.
1) car iêd0M. 2) vaurent êntêrer. 3) kaêtie.
RBGRBT8 DBS XIL PBRS. 545
,,li ceval li trairont et nous après irons/'
et a dist Tholomes: „8e Deu plest, non ferons;
„nou8 meismes as cos ciertes le porterons*
„et li ferons ounoar, itant corn nous porons,
„que jamais en no yie si bon signor n'arons. 5
„il nous a mult amés et dounés rices dons;
,,et co soit ores chi li premiers gueredons/*
— par foi, dist Aristes, cou est drois et raisons.
^faites faire le bière, si nous apparillons,
„et cauces grant sorles, à tous les esporons; 10
„yu8 ares bone aide des xii. conpégnons/'
Une litière firent mult tos aparillier;
li limon de ciprès por le suef flairier,
les espondes d'iyore, li pecoul d'olivier,
i. rice lit ont fait por Alixandre coucier; 15
de cote et de cousins le font aparillier
et le coeyrent deseure por le «calor laisier.
caignent ans et s'estorcent trestout li chevalier;
onques n'i ot ronci, palefroi, né destrier,
que por l'amor le roi furent tout peounier. 20
à cescune jomée le firent bien gaitier;
onques ne porent plus en vi. jors esploitier,
en Alixandre vinrent au sieme jor entier,
or devons de V sépucre le vreté deraisnier;
des autres puet-on bien conter et fabloier, 25
li i. sunt véritable, li autre mencognier;
i. tout seul ne pot-on envers celui prisier.
s'or erent asamUé trestout icel ouvrier
qui or sunt en cest mont, por lor puig demander,
ne feroient autel, bien le puis aficier. 30
Tholomes le fist faire, qui le roi ot mult cier;
il le fist faire asses plus hautement drecier
que ne poroit traire i. ars d'arbalestrier.
Onques n'i ot quarel, ne piere, ne ciment;
ne n'i ot point de fust que n'en convint noient. 35
une carée d'or et autretant d'argent,
et firent ausi mohre com se fust bon forment,
le marbre fisent mettre avoec tout ensement;
U RoiiMBf rAlixaadrt. 36
F. 84* le blanc et le ^èrmel i misent etiseitietfitç '
et le-Teit et le bis^ trestoul jnrikèment», : :
iiii. ymages é'iyore knelent è r fmdeiiieiit: '•: '
et ot cesome tiesle^ pir le mien eniieiit.
iluec fu «ommeaeié l^uevre masieemotit;''' • •<
M poure fii fondue à ghi mult mettMmini
une vote t «ni faite avorter li parent;*
i. estage de ier par i. bu i-deacent;
issi com Taevre mmite^là sus aa fier ae prentv
è r premerain estage ftirent- fenestivs £. - 10
quant une moitiés' oeuTre et l'autre doi à- 1' vent.-,
les fenestres saut fsiles de le pel dHm serpent;
quant yiçnt è V mois de Mai que li solaiks mpleM,
très par mi eele pôele ses rais laiena estent» * <
que li piaus est si clere que rîcfis ne li de^sfent*; 15
et por For qo'est aioMiM, quifot'il ie solil ^eift, *
est aris qui 1' esgarde^' à trest<mt& la gent;
que ce soit fus espHs li si grant clarté rent
La piraraide an roi fn tnnll et granë et lée, '
et fu là ans à mont isSi en haut levée, 20
nus hom ne trairait plus 4|Qarid d'érbalestnbe;-
por cou (fM) .en ^hqois pîramide apieiée^ '
que d'une sente piere fn toute aoo«ifetée; / ■
celé fu d'annaDiv si fa en ier sandée ' >
et ot X. pies de h»c» isi fu. mesurée* 25
li cars roi Atfiandre fit là dedens posées
U lame de desus fu mnlt deraestée;: > > *
Tholomes i doona d'aigent tîoe carée,^
pais a pris un yoiage ie fe ortrtsjetélt; •
ens è r puig U ont mis tme-pilme dcnréei 30
li pume fd a ghi Bor le lame fondée;
jamais ne kerà jus poar vent ne por gielée. -
li oel sunt de topasse » d'or est enluniiDée;
tout issi com jt l'ai en l'estûre tronvée.
s^or estoil me raiseos oie et ascoùtée, 35
jà diroie en rodmans, jà ne tus 6rt odée.
C'ert rhniige^ le roi, qui ilneo desone giit,
1) CeU ymûffé.
BmGXIElWDEBJSl PBR8; Mf.
isi nos det^sa dl ki i'estore fièt;
Tholomes Tenngoà à celui ki Tescrist.
li pumiaus.^owi reons que il è T piig li eiist:
si est li mon» reons c/Alixandres eonqnist.
maint prinoe: en afola et maint rot en malmîst» 5
et quant il ot taoft tait, 'se corn l'estore dist,
d'armes ne pot-morir, mais que venins rocist
Mors est rois Alizandres et à sa in aies;
mult fu de ses barons et plain» et regretés.
' - en Uute piramide lu bien par droit lerés ; 10
se com Testore diët et ce fù rérités,
se il fu crestietts> ains téiw rois' ne fn nés,
si cortois^ ne si larges, «i éages, si menbpés.
si n'avoit qoe z. ans quant il fo adobés,
et qvani il en ot xx. si fu rois oorouéa, 15
et xii. régna^l, iteùs fu ses aés,
si que de tout le mont estoit sires clamés.
nequedcflDit ces xii. ans fist-il xii. cités,
que li murs de oascnn fu hautement fondés,
bien les Tos Bornerai, s'escouter me voles; 20
li nous an maine roi i ert primes posés,
et ores Taventare por coi il ert prouvés.
F. 84^ le jour que BuciCaua fu mors et afolés,
fist-il le premeraine, si com ol aves,
et après Bucifal i fu li nous trovéa. 25
Après tsX*û 1. autre que sor L mont leva,
et i. autre Alixandre là ii Pomi Uia.
Alixandre Montoise por icou le clama;
Alixandre Pbrri por icoii le pouma,
et Alixandre en Frise, quant eonqneire l'ala, 30
et le non de la tiere et le sien i posa,
et le gent Alitandrequ^en. Egypte estora;
et celé fu li miudre et qae il plus ama.
là ot-il sépvtnre, si com Testore va,
et une en Babilone que il après fonda» 35
ù Tamiral fu mors qui vers lui se dreca.
El bons rois AUaandre, comme genttus ouvras^
n'avoiea que xx. ans quant eorone portas,
35*
948 REGRETS DES IIL PER8.
et en xii. ans après tôt le mont conquestas,
et dedens ces xii. ans xii. cités fondas ,
et en cescune vile ton non mis et posas.
les vi. en ai nomées, si com ta le noamas,
les autres nomerai que jou ne faurai pas. 5
tu fesis Alixandre as puis Massagitas,
puis en fesis i. autre droit as puis Orgalas;
ice sunt ii. cités ù on fait rices dras.
et as puis Damascus i. autre en estoras;
c'est i. rois que par force mesis de haut en bas. 10
puis en fesis i. autre, ricement le puplas;
Alixandre fù dite et as puis Troadas,
sour Tiave de Tingris; tous les xii. fondas
ù lettres de Grijois, ë 1' mur escrites as.
Por coi i fist ces lettres, tus sai-je bien à dire. 15
Alixandres ki fu de tout le monde sire,
d'un lignage Jovis et si fu de s'empire;
se cil fust Dex è V ciel, cil ne fust mie pire.
xii. cités fonda, lettres i fist escrire;
que riens n'i gaegna, cil qui Tesmut à ire, 20
et qui le coureca, aine ne pot au loig rire,
trestous ses maufaitors a liyrés à martire;
qui Tocist par venin, la maie mors le fire.
Mult fu preus Tholomes et fist grant cortoisie
quant en sa sépulture fist escrire sa vie. 25
or m'entendes, signer, que Dex vus béneie;
cui Dex donc le sens, ne le doit celer mie,
mais bien se doit garder que à tel gent le die
qui dignes soit d'oir; que cil fist grant folie
qui entre les porciaus giete se margerie, 30
ne avoec le forment sème le garberie.
teus se fait mult cortois, plains est de félonnie;
avarise est montée et largecce est falie,
bontés est refroidie, montée est félonnie.
ois est cil qui sert, mais de losengerie, 35
services est perdus, savoirs ne li aie.
por cou le di, signer, se Dex me béneie;
ne voel que me raisons soit de tel gent oie»
RBORETS DBS Xa. PBRS. 549
que bien ne sace entendre que ele senefie.
qui cante de mencogne» se parole est périe;
qui yilain viut aprendre de le cevalerie,
de bruier faire ostoir, se paine restudie,
et cil est fols proyés» -Il lettre le nos crie. 5
Salemons fn mult sages que ce dist et otrie:
F.84« „cou8tume aprent à l'oume, cil qui bien le castie,
y,mais nature alonge toute le signorie."
Signor, ceste raison deveroient oir
ki sunt de haut parage et tiere ont à baillir. '* 10
U gentius hom malves, cil fait mult à hair,
qui Tint avoir service et dont ne veut merir.^
princes ki tieres a, à envis doit mentir;
mais proecce et largecce font bien tiere tenir,
et cou fist Alixandres essaucier et tehir, 15
que il conquist le mont trestout à son plaisir,
mult par i ot sage homme, aine ne vot consentir,
losengier entour soi, ainques ne vot soufrir.
hom qui tent à ounor, il ne li pot falir,
mais qu'en tel liu atende h il puist avenir. 20
cil qui se desmesure, il pot mult tos cair.
hardis fu Alixandres, aine ne degna fuir
et sot bien en Tester premièrement férir.
Li gentil chevaliers, li clerc sage, li bon,
les dames, les pucieles qui ont clere façon, 25
qui souvent de service rendent le gueredon,
cil doivent d'Alixandre escouter le raison;
or se traient en sus li aver, li félon ,
que jà ne lor feroit li oir, se mal non.
fols est ki d'esprivier cuide faire faucon, 30
ne de ronci destrier, ne de lévrier gaignon.
nature et noreture mainent mult grant tencon,
mais au loig va nature, ce conte la licon,
et j'en trai à garant le sage Salemon.
Alixandres li dist et moustre par raison: 35
fols est ki consel croit de fol, ne de félon;
ci doivent prendre exemple li prince et li baron,
hardis fu Alixandres et plus fier d'un lion.
550 RBOfltETS DEB XII. PJUML
dou droit set et de V tort faire deTirion;
por cou ot tout le motnt en sa sulijectioii.
qui trestout yiut tenir, tôt pert à abandon;:
souvent pert-on grani eose par malvese ocoiaen.
Li rois qui son roitume Tint par droil goayemtr, 5
et li dus et H conte ki tiere ont à garder >
tout cil doivent le vie Aliiandre eacouter.
se il fu crestieos, onques ne fu teua berf ;
rois ne fust plus hardis, ne mius sewst parier» •
"^ni onques ne fu hom plus larges de donner} 10
onques puis qu'lL fu mors , ne vît nus hom asn. per.
n'est drois que pas Tescoutent li escars^ li aver;
tout autresi est d'ans > ieon puis afremer,^
corn il est de TasBon ki ascotile harper. . .
asses vus en potion ImiJMttei^ deviner; 15
n'en dirai plus avant , bm raison voei fiiieré
GLOSSAIRE.
DiMei kirifehftltcae OIoimt r>«kt ■«>* '>• MhwieriftieB Wftrtw, Ja einife Êimà «arcr»
■Undlieh «nd VBerklârt fV^Ueken , wai sieht inmcr ftif EMlmmf ûm H«ra«arek«rs kQami,
da snweilen offkntarc Verichea der Akiehreik«r dai VeniindDÎg iBMftflieh aiaek*». Di«
vfertffeii feietei aieh in ifcrer alten Fera keiaa 0ebwierifkeit dar, «ad fladan nek ■«4aai DmI
■âmaillJeh ia Eoquaforti Wôrterkueh der romaaiaehea tf^raehe (flaia«ire de la lasfva
romane), aad aameatlteh ia Dveaafe*e treflieheai Werk (Theaavae aiediae •
latlaitatia.)
Aatine 473, 17. déli, fuerelle, eo~
1ère, eammmx.
aatir 89, 29. 169, 10. àêfêry s'em^
fTêêêtTy irriter.
abosmé 387, 8. Mme, eha§rinê.
abrièTé 126, 6. 223, 26. frompt, ié$er.
acainne (açainer) 67, 6. faire êifne.
acesmer 456, 27. 489, 3. wmer, forer,
éptifer,
acopart? 195, 34.
adenter 85, 18. 86, 26. 104, 26. ren-
verêer, akattre,
aflire 39,23.68,34.69,4.405,37. défaire,
aeeakter, inpnéter, chaîner.
aforceure 105, 37. emfawrehure,
aham 279, 16. peine, tourment, fa-
tiffUê, mai, 4a%iUnr,
ahanier 469, 3. kattre m ffran^e.
aiglent? 332, 29.
aillie 1 1 9, 29. 1 30, 3. ait {emploffi fofir
désigner une ehoêe sans valeur,)
ainte, ainque 520, 17. enere.
aûemente 292, 33. oêsememê,
alémele 102, 10. 251, 31. 430, 32.
épée, iame, tranchant.
alignote 99, 5. vieux Un$e, chiffon.
aligos? 280, 27.
alifl 113, 7. couché, renveroé.
alogne, aloisne 279, 14. eukêtanee
amère. Peut-être est-ce un dimi-
nutif d'eêcalogne, échalotte.
amanevia 415, 18. 410, 15. diepoe,
ancube 209, 31. 373, 26. tentée,
paviUone.
ancui 477, 32. 478, 18. a^mut mi-
jourd'kui.
aourdir 90, 15. eniourer.
araisnir, aralanier 22, 3. haranguer,
parier.
aramîr 199, 23. ee hâter, e^empreeeer.
arcoîer490, 12. chaeeer, tirer de Pare.
arme 113, 7. 285, 18. 439, 9. orne.
a8a8ée74,ll.l i9,2t. ffamie,akondanie.
aficières, arcières 211, 4. 80, 2. m»-
vertttree pratiquéee po^tr lancer
dee fiéehee.
assené 461, 32. 493, 16. aeeigner,
déeiffner.
assouviné 87, 9. couché è terre.
atoivre? 233, 29. 282, 27.
aubain 164, 28. 414, 18. cheval hlane.
aumacor 7, 18. 122, 1. 138, 25. 424,
20. mot tiré de l'arabe, titre qui
correspond à celui de eonnétahle.
aumaille 95, 2. hêtee à eomee.
aumarîe 4, 24. 29, 34. 119, 15.
d'outre-mer.
aumatite 71, 35. étoffe d'aumarie ou
d'outre-mer.
auner 276, 17. 283, 22. 387, 37. rae-
eemhler, réunir.
ayiel 91, 18. déeir.
ayresier 327, 26. 343, 9. démon, diakle.
Baiet 138, 3. cheval marpié de
klanc en tête.
baiiles 73, 35. 482, 10. harrieree,
palieeadee d'une ville.
baînier 238, 8. 13, 34. 238, 10. erieur
puklie.
baldor 64, 23. 529, 21. Joie, gaieté,
hardieeee.
bargagne 88, 1 7. 1 27, 1 3. nunrehé, vente.
bastital 27, 32. 65,^22. 143, 21. hruit,
vacarme, bataille.
bauçant 40, 12. 43, 22. 87, 1. chenal
tirani eur le roux,
bautier, bauloier 113, 18. 146, 18.
voUi$er.
554
GLOSSAIRE.
baulois 64, 12. balai,
baus 120, 3. 351, 7. joyeux, hardi.
befroi, biefroi 63, 19. 64, 2. 8. 216,6.
tour de bois, pour pénétrer êur les
rempart* d*une ville assiégée.
bAhorder 14, 30. jouter.
beirser 4«0^ 12. th^êsêr.
beubaiice, beubaot 130, 3i. 193, 7»
. orffuêit^ arrôfanee,
bue 118, 4. (teAe.
blatlûnge 472, 31. Hmme.
blois 87, 31. bleu.
blauft 34, 17. 2701, 6. privé d$.
boisdie 4, 24. 221, 24. perfidie, fwe,
méthanutéy trmhiêon,
boiser 470, 12. tromper, trahir.
boiaièreouboHrnière 540,27. («rot/a)?
boaneé 213, 35. 312, 3. komeg.
bougeront Hif 25, eto^ lie f oil de
boYion, boi^oD 131, 30. 214, 23,
yroitte fléêhe,
braidis 269, 34. 79, 22. 1«5, 2. r^ft/.
braoïi U5, 9. «03, 24. 273, 19. 39(k,
15. eAatr <fe« ifiem(!r«««
brifioa 220, 1. 404, 20. OTifef^/^
coquin, méchant, $mmem9ni% -
brogne 287, 7. 27, 10. 30, 24. 68, n.
90^ 24.. €mrttsê$, oatt^ de tnaUie.
brohon breteis? 173, 33.
broi 395, lOw 4or4e de ehws^...
bniel 56, 43. 71, 18. peU^boiêyiomië.
briim 549, 3. éftrcier bitord*
bruir 44, 30. brul/u:.
bttfM 30,: 18. 216» 18. 273, 14. 405i 2«
orgueil, fierté, hauteur, j^Umce,
CWe, cacerie 4, 17. 31, 14. cAa#M>
fW<r#tft/e.
caclit 274, 36. chMli$, coucha.
cafur 167, 17. 467,, 24. infidêk, mé^
créant.
09îeler70,6. 06, l. canimn, fmder,
caière 2, 28. chaire, siégt.
calant 92, 7. 282, 1. êvrte de kmtemu.
calenge 472, 30. débat, eomkmi.
calenger, calengier 50, 14. 88, 20.
102, 34. débattre, contester.
cambrelens 6, 30. ehamkeUoÊt.
cansil 476, $0. )%é ée tUnwêt ^^
cantiel 120, 30. 121vdi« ^i&S; 5, fMto*-
^Her, o^iiy murùÊèU.
caon 286, 36. canet^Sk^ •
capiie, cafpite 512» fO. ehÊrpU*
capidi 86» 2a #Miter è f^pée*
cartNicaiie 9^2, tl. rem^mrt gmid de
ftmàerpan oti I'm'la9tç0it êê9 énwfa>
cataine 67, 19. 232, 25. ciyîIflMe.
catoner 413, 3. ramier, mKer é fmtre
patteê eomm» /^ chats* - .
caudiel 370, 9. 6ot#tôn ^cA#lMl0•
caudU 177, 2. 277, %^:chm»A, MdmL
caumoM ^%^, 82. .823^ 7.. ^hmmt,
chmtÊ^ cami^Êitt de cimume^
cayage 456, 2. . 472, 4. tHM pmr
tête, capitatimii -
cave! 542, 87..ctoi;ef.
celler, cilleter 507, 12. 606, 2ft« fer^
«If r IM, qfetiâty som'ciUmr*
cembd, cenlMaus 9t, 2» 185^ iO. 251,
17. /oui»! com^ùtf t^unm. **
cendal 12, iSL 27; 26/120^ 5. «!##«
foftÉstimée,iùpèifeéei^0pMê^
cepée 345,.M^ Mè, Mi^i»« ...
oeao 270, 14^ ei06e.
cevestres 203, 6. /tg|if,.»tfntyiii#,.
cherbole 520, 25. o^oMt^wm fr»tf«
siérSy sahoiSf
cUlouAtts, <ûto«l 341, 24«««rtei*é-
oiete 120, 25.. 126, 34. vHmf§,fymrô.
cincle 342, 5. sangi^^^
olavaine 27, tO. garni 4e fioufin
claverue 381, 10. p. elatmtn^, ser-
rur^9 .ferwtehmtn
cocatrigenois? 285, 23. ^afKmMl (a-
buUuxy p^pàef^ <te v^oçùdih^
coles 54, 11. tiges.
OMMAIB».
555
combrer 39, t8. i6(^, 32. pnnére^
compassée 2, 31. S, 29. t9W^y rtr-
futi lf*<t«é «n éompdê,
conbés 128, 1. 143, 10. froUes,
^ê^hêê éKtmtréêê' de mmiapiêà.
cofltrflloier 177, 13, 16. comrarêer.
conVine 280, 6« 2#9, 5; 380, 27.
manière de vivre.
copet 999, 24. fWiilé.
CdratNe M^, 26. 94, 7. 3d3, 27. êm^
irufêUêy inteêtim*
corine 56, 20. colère, dépiU
CôTonê 540, 15. eolM.
costal 286, 26« t^îe^m, wtonUiyne.
covdombes 289, 18.. eùêonneê.
coumé? 271, 3.
dwrenidr 85^ 81. «4, 19. 42», la
154, 37. éctëêer, kri^er, iétrmre,
créande? 289, 8*
«rèee 412; 26. erêehe^,éMU, écarie.
i^rolsir 1 , 24. 89^ 22. er^tqmr, pétmet.
crosture 281, 14. ^«Me^ 6mpm*m.
euié 85, 26. Je erûis {eoffilo t)
cuig 41, 18« €9iny pwimU d» cimier.
cuiriens, ceures 238, 20. 239, 2, 6,
iA. tharrêe fuerr».
Daenrain 157, 17. 164, 13. 176, 28.
476, 1. dernier, M derrière.
daîiltié 11 i %9i fêriiôn, mcroetm à
manger.
deftîre 386, 11. fleurer, regreHer.
delois 206, 19. 481 , 33» oenfiance,
aêsuranee.
deNfion 410, 30. maiHiy affmHnL
délite 72, 4. plaiëir, J^ie, amuêem&ni,
damaine 13, 23. seigneur, prineipaL
dervé 278, 4, 21. 283, 7. 260, 25. fou,
insensé, endiaklè.
désBiii 121, 24. 163, 25. rmn^, brisé.
desbareté 23, 1 1 . 30, 34. 66, 9. 301, 36.
vaineUy détruit, fit> en dénuées
desconbré 38, 18. déehargé, iièo*
desefmr, deaenaitte 131, 11. ^7, 7.
458, 4. 489, 7. séptirer, désunir,
diviser.
dospondrfc 58, 85. 59, iQ. eoopHfmr,
exposer.
dosrainier 14, 16. racsntfr, expiiwet\
desrée 156, 2, 4. 471, h. perdu, ég^réf
perdre te sms*
desrubans 119, a 134, 10.
abrupte, Hsu escarpé.
desseinons 267, 38. avertis,
mandés, swnméSé
destalenlé 31, 9. dégm$lé.
destemprer 16, 8. préparer, apprêter.
deuve 220, 18. fessé, creux, mare,
devenres 258, 84. 379, 1. vendredi,
diemaine 535, 5. dinumehe^
dionicte? 268, 8t*
dious 139,2a 246t 15. 3$ô,6. deuU,
chagrin, affiieHou.
diva 81, 6, 26. 73, 20. 181, 27. «(r«^
metion, déakie.
doblier, dobIentin85, 9. 120^ A. 481,
1. éoukie, formant detOiure,
dognon 35, 6. 111, 6. «50, 30, dengon.
dois 12, 20. 15, 4; dais.
doSAOi 36, 16. 83, 9. gaimUerie,
anuêeement.
doutour 277, 1 1 . guidee^^ eendueteurs.
dranele 191, 8. inflammation,
dromonl 55, 3. 77, 7. vaissem*,
druerie, dm 130, la 181, 7. 183, 16,
2W,U. amitié, amour,attaekÊmeiêt,
fidistrer 826, 1,2a faire des éetoire.
eire, oiire 288, 5. rotoe, ekmnin,
voyage.
embrons, embroncier 73, 8. 89,10.
171, 36. morrn, triste, i$èfuiet.
enanne 465, 34. 114, 18. eotatroie
du bouclier.
enblaé 256, 3A.embarassé.
encriemé 499, 31. 4friminei, eeélérat.
engramir 163, 8. 164,2, s'irrittr, ee
fâcher, ee utêtire en eelèrè.
556
GLOSSAIRB.
engolëe 3, 17. teinte en rouge.
enhermie 210, 14. 328, 18. iévaêtée,
abandonnée, déêerte,
enheudeure 151, 8. 166, 10. 358, 21.
poignée d'épée,
enoscié 151, 8. 156, 10. 158, 21.
édenté, entaiUé.
ensiérir 463, 9, 24. ee faire tard, soir.
entaiie 493, 7. attention.
entenal 274, 20. conduit, entonnoir.
entesé 154, 21. préparé, apprêté,
entescié 43, 9. entaché,
entoskement, entoskier 54, 23. 339,
26. 341, 10. 505, 4. poison, venin.
entrait 436, 34. emplâtre,
entresait 184, 2. en même tempe,
pendant ce tempe,
entrues 337, 9. tandis que,pendani que.
envols 524, 33. eneetoppé,
erent 280, 4. ile Meurent.
erraument 56, 4. 197, 12. 205, 34.
211, 26. promptement, de suite,
incontinent,
esbanoier 52, 36. 395, 36. s'amttser,
se réjouir, se divertir.
escari 95, 9. dispersé, écarté.
escarimant 351, 8. de couleur rouge.
escars 222, 8. 277, 32. 550, 1 1. chiche,
avare, mesguin.
escavie 4, 12. parfaite, accomplie,
achevée. ^
escerpe 404, 27. éeharpe.
esdenkier 178,1 4. manchot,démemhré.
esclos? 283, 6.
escondre (s') 18, 14. 98, 13. se cacher.
escorgaitier 37,26, 29.veiUer,gfêetter.
escremir 182, 25. 303, 10. 343, 25.
escrimer.
eskius, escis 465, 16. fugard, fugitif,
eslais 115, 7. 141, 16. bond, éia»-
eemeni, galop,
esmer 84, 25. 89, 15. 102, 19. 281,
21. estimer, év^uer.
esinèré3,14.271,7.«/)lii€r,r0fltfr6|mr.
esponde {wudtref) 98, 25.
espondes 545, 14. bords.
essart 245, 3. 435, 27. dêstrueiisn,
abattis.
essone 30, 14. 369, 24. 500, 20. m-
pêchemsni, diffeuUé, retard.
estace 53, 29. fieu, piUar, poteau.
estai 12, 16. 117, 10. place; prendre
estai, ^ arrêter f gaerpir estai, dé-
camper, partir.
estasse 492, 10. taUle, stature.
estaval 275, 3. 329, 23. escarbouehe,
estelle 377, 27. poteau, Jambage diurne
porte.
estoltie 129, 31. folie, ^ étourderie,
témérité, imfrudenee.
estous 34, 12. fot$, insensé, témU-
raire.
estotttoier 84, 28, 30. 153, 19. #'0m^
porter, piereUer, disfuter.
estre 267, 33. outre.
estrinel73,27. 473,20. 478,13. étremne,
estriTement 495, 30. guerOte^ débat,
dispute, lutte.
estrous (à) 145, 6. 402, 6. 432, 21. à
Vinstant, sur le champ.
f alise 435, 22.
escarpée, falaise,
famiOeos 11, 29. 113, 15. 388, 4.
affamé, faméliguê.
feusart 305, 27. épée recourbée, latne
semblable à une foules.
feviele 102, 7. flatterie, ee^olerie.
feleneské U, 1. 72, 20, perfide, mc-
chante, cruelle,
fferrant89, 4. 96, 8. 129,13. cheval gris,
festiel 55, 7. fiète.
terre 77, 13. 91, 28, 33. maréehal,
forgeron.
fius 19, 8. fief,
flatir 121, 26. 226, 5. pousser, abattre,
renverser.
flastrié 507, 4. poitrine, estetnac.
^>rmis0D 132, 5. taille, stature.
fos 57, 9. 70, 20. fou, insemsé.
GLOSSAIRE.
557
foarciel 91, 25. 102, 9. 9ein, foi-
trins, le creuse de Pêêiamae.
frarin 56, 18. 120, 3. 297, 33. mî-
eérahle, infortuné,
fremeté, frété, ferlé 61, 3, 35. 72,
34. tilie forte.
frenel, freUax 393, 21. fiûu de Pan,
è plueieure tuymê».
fricon 131, 26. 437, 2. déroute.
faere 29, 35. foureeu, fourage.
OaignOn 549, 30. cMen de haêse-^
eowr, mâtin.
galifre? 260, 2.
garberie 548, 30. mauvaiee herbe,
ivraie.
garçon 102, 24. homme de haeêe
condition, valet, goujat.
garingaus 34f, 24. sorte d'éfiee.
gas 49, 17, 28. 222, 7. 299, 2. éa-
dinage, plaisanterie, moquerie.
gastalle 242, 20. (même signification
que gaê).
gastinois 285, 22. désert, lieu aride,
solitude.
gaut, gaudine 315, 18. 341, 1. bos-
quet, bois, forêt.
gelde 398, 4. 403, 33. 468, 24. troupe
à pied, fantassins, piétons.
gies 12, 4. lien, lacs, courroie pour
attacher les oiseaux de proie.
gîiBine2B9,2d.hallebarde,pique,hacf^'
glatissant 424, 3. hurlant, criant,
aboyant.
glous 35, 2. goutte, gorgée.
gonne 160, 16. habillement d'homme
et de femme, casaque, longue cotte
qu'on mettait sur Varmure.
gonniele 252, 29. 440, 30. (même
signification que gonne).
gorras 49, 18. tu jouiras.
grailes 76, 21. 83, 28. 223, 8. instru-
ment de guerre à sons aigus.
gramir 90, 16. 151, 35. être chagriné,
mécontent, se pUrindre*
grifegnel 26, 34. 269, 6. eruel,méchant.
guencir 28, 28. 30, 2. 84, 15. heurter,
pousser, frapper, jouter, glisser,
tourner,
guernons 35, 28. moustaches.
guerpir 27, 20. 30, 4. 78, 7. 79, 17, 23.
laisser, quitter, abandonner.
guices? 110, 11.
guiges 183, 20. 431, 23. poignée de
de Pescu ou boulier,
Haire 362, 29. nid.
hanepier 33, 30. crâne.
hapiel? 370, 4.
hart 254, 2. liens, cordes.
hateriel 419, 13. la nuque, Npins
du dos ou des reins.
havene (treriel?) 92, 9. port.
haut 278, 19. tV puUe.
heus 465, 6. poignée de l'épée.
houpis 290, 7. chat-huant, hibou.
hurées 337, 21. brûlées.
hustin 120, 18. 497, 23. clameur,
choc, combat.
lesmé 156,9. 366,1 1 . émaillé,oi$vragé.
înde 66, 35. 122, 20. 289, 20. bleu foncé.
ingal 340, 26. 360, 2. plaine.
ingremance 343, 16. 391, 9. fUero-
mande, art magique.
ipotatesmos 280, 28. hippopotame*
Jasorant 32, 8. 40, 17. 83, 33. 402, 5.
à chômons, à mailles.
Kient 308, 16. tombent.
Mjagne 498, 33. bois.
laie 2, 6. laique, séculier, gens du
peuple.
lairis 113, 6. 116, 35. 140, 17. 380, 1.
champ en friche.
laituaire 16, 8. électuaire, elixir.
lanbrus 14, 36. law^hris.
lanier 2, 12. 95, 23. 405, 13. 469, 10.
lâche, poltron, lent, paresseuse.
558
OLOMAIBBi
Ittto 152/3t. 408, 5, pùidéy fmrdèÊnt,
puiyuê, la99iiuéê^
liOrt fîO, ^. 105, 8», cAaro* i» «i^«-
/etir notre; ftrtiiw.
liceur 445, 2. lii^teut.
\{ù 473, 2. U^a^ey raôê, parmUé.
listé et, 15. 118i 36. 166, ». à«nrfe,
/t>«e, jio/t.
lerafin 114^ 21. 164, 14. tiàèWy bHékêé
loiiier35, 33. 62^4Myer, réûempeme.
lues 9, 21. et, 20. 250, 5. 262, 21. de
ëuitey sur le champs hmnéiiafemmà,
Hfahegnier 25, 2. 31, 2. muHkr,
hleseer, méuttrir.
ifiairtbtunie 447, 22. iiUeUe.
maire,inère2t6,26.47i,22p/ii»fr«li«e.
mallart 196,4.244, 30. unardsmÊÊMtfêi
mallent? 82, 1«.
mandegloife 24a, 33. «54, 15. mum*
êrë^é (pkmte).
mangon 250, 25. 403, 12. lingots d'en
msngonnerSO, 2. détruire mi fàâfeH
de mangoniaus.
mangoniaus 75, 1 9. 2 1 0, 3 1 . machine de
fftierre^ ftepre à ianeer dêê pienreêk
mwnge 72, 18. êihêé au bord de la
mer un dtunê rMire^
roargeri^ 548, 2». p&Uy piernsprê-*
eieueeê*
nMrroitnier 469, 2. mat^t^ haieHeri
marinier,
mas 29,7,24. tuéy tthaHU,défait,9aineU^
masenge 472, 127. méeanfe (eiseau).
masiel 91, 34. boueherief carnage.
masièle 245, 14. 252, 23. mâchoire.
masière 54, 24. 2il, 7. nuiiaant «mé»-
efimetiemy mvfonfMrâ.
maturas 1 Zi,30,trait,dardè grosse Hte,
iAass292, 13, 24, 319, 13: tnaiHei^
marteau,
mesekie 350, 6. Jeune file, demaiseile*
mesiel 370, 7. lépreu», ntisérablé»
mesAie 128, 18. 146, 2K 159, 82.
maissn, compmgnêSé
Ae4 35, 5^ hêehê,' coffre. • .
mie, nife^T, 36l 68^ 11, ai, «9^ iO.
médecin^ ehitufpen,
mijous 8, 9. lejaUHsdêPp^f^ kmÊiUsu.
miBsandor 12$, a. 138» .27. fMî «Mit
mille sofis d*or,
molBBaiiA 109; 17; 123, 2, 136» 23^
trompettes mspémêes,
mont6DiArl2a,2. 1^, bïdemtonti^nâs,
moriiào 56, 25. m09tialiié, mahéki
mue 12, 24. cage y prison.
mu 12, 14* 57, 36; 276, 16. ^k «
muet y qui ne parle jNUu
mutes 286 , 36. gros rats'^m$tm^fU,
Miticorasse 293, 4. hihouy chaiTlmmt,
iioel6r 278, 3a mel^y ésmasfmner.
noellure 53». 3i« 308» 2t nislhf da-
mnàpitnurs^ .
ROer 280, 29. 281, 20. 33^^ 6. na^cr.
noi5 122, 22. 285, 27. nsige.
OeUe 69, 17, 19. ouaiUs^ krtki^,
06S 89, 16. 161, 7« gréyprofU, mmtn
tagCy gain,
oîsor 629, 13. épouse.
oraite 493, 4. énê sauvsigsi ory^.
wrgeiml tl, 80.^ 860^ 7. orgamimef
prindpaL
•ffDkl6 258*20, 31.259, 5,10. braeeki,
ostefio 120» 10. 285, 9. H^ges de
Otî&l 319, 18. p. egnooé^akij Hfi^M
de grande taille,
ourdir 215^ 18, 82» Sfttomrsr, smii^
oos 11, Ift hsueke^
Paiacon 54, 8. 189, 1. pisuseypigiaM.
pales 69, 27. êloi^,
palmier 1 38» 84. pélêrin4e Jérusakm
pu portail des palmes-
parcoonier 185, 12. 237, iU,qm€0rê
en partage*
parteure 466, 8. paHags»
€MU9iflâOBA
559
pecoié 72, dO« krifi, rmnfu, «iM
p«€Oul.54&» 14 «MNMsAf^ «vfjwr^
pénis 118, 27. ^ai prend de kt.peùèêf
péon, peonier 117, 26. 426« ^3^345,
peone 30, 21. pivoine*
pîetria 287, 23* perdrix.
pieUus 26, 1., ai2» 34. ^20, 3. Iroti,
pignonciel 92, \, kçnniérê /Lotiat^ê
à poUUê.
pîour 4,aOL»«Mre, inférUur^ pir^
piM4m«M ^5, ;j..jwi*i* poison.
plaine 27^ 1 2, 29, I6. 34, 13. iManc4)
la longueur de la lûftfi*» .
ptoisîer 137, 12. 158, U. 161, ^9,
plier, courber, renverser,
pla9éi»140,9.15a,4. 165,8. 25.1,35.
343, 16. anelo9, pare, Heu fermé
de haieif,
ponhier 328, 14. crie^.
poire 190, 14. pou9wière,.p9udre^
posnée 3, 3. 45,^36. 60, i^ptt^eanee,
w§jmil, vanitéj o«ftenkrftoik
praer, preer 47, 2* 377> 28. piUer,
wUer^ faire du buêin^
preu 48, 26. 88, 13. profit, ap4mta$e.
pug27,28. 31,22.85,12.|miiMiot>^
pui 153, 24 279, 7. monfa^, eoi0W^
Quaregnon 54, 17. 416, 29. pHi en
quas 29, 4. 49, 11. ca$4é, btgi^d*
quiataiod 14, 27. 535^ 7, jeu d4 A«9V««
Btamage U5, 31. I68, 19. emnag^
qui n*est poê apprivoisé,
ramenteu 217, 19. 326, 2. reeêou^
venir, rappeler à la mémoire»
ramprone 82, 22, 44, 2. repr^eh^
raillerie, moquerie,
randon 11, 17. 28, 6. 116, 21. éUtm,
viteeee, impétuoeité, rapidité.
ravestir 44, 26. 45, i 4 initier rtfiMttt»*
titure, mettre en poê^emHoÊU
reconans 327, a. reckignaati,
rpcAooifiSAAce lv31, 5« tfrmoiWev^
blason peita ^wr ^écu*
recreangf racreu 9, 30. 58, 17. 71,4.
7« 2 1 . 100, 9. lâche, potiron, fttyàrd.
recreue 103, 25. fniêé, retraite*
regol 32^ n* détroit, foifi^ baie.
remire 356, 17. 464, 13. 536, 4 re-
mède, eonaokaion»
remMO) r^nesion 337, 31, 32. 485ye8i
fondue, disparue par la fonie*
reoctô308,2. 259, 1 3. h9trt,Hen/fUaekeé
rare 31 Si, 36. raser.
rescous 32» 30^ 33. 34^ 7. délivré^
secouru,
resnier 48, 97. parler, raoêom^er*
reter76, 14. 462, 30. aiecuser,
reuber 82, 5. 314, 30. 377, 24. 378, 10.
^oUr, pilier, dérober,
reuseir3a,3. 116, 2â. i;2i, 10. 146, 7.
reculer, se retirer.
revel 9U \^ plaisanterie, kêdinofe,
orgueil.
ngfiUle422,19,ia^##ifM'armM, e$m^
posé^dê^ troupes inférieurea, valetêt
rihote 98, 31. dispute, ptereUê.
rivot 124^ 6* petiê ruiesew.
Toé 342, 3fi. ronge.
roiele 102, 5. 119, l(k 4&Q, 13< roue,
'bouclier rond,
roncin 71, 8, 21. 229, 13. eheval de
somme, de service, mauvmiê ekep&t.
rouvente-velente 479, la 482, 31.
496, 6. rAHgê, vermeils
rouver(jeraU)3t 1 5. prier, demmUen
Safré 58. 16. 15^, 7. cou^t de
broderies d*or,
saaUnie? 279, 14.
saucon 259, 34. pierre, rocher,
saudéea 214, 31. solde, récompense,
paiement.
560
QL088AIRB.
sans 311, 28. êouê.
saytaire? 260, 1.
sdle 507, 15. 9UKuàfuinr 4e fMm.
«enrager 38, 6. redmi en servage, eerf.
seus 19, 13. fotireuivi.
sieraine 26, 34. 453, 13. Syrène.
siglaton 4, 24. 323, 7. eiofe pré-
Heuee d'orient, hahiUemeni.
sognetage 539,32. eoneuHna$e, adul-
tère.
soile 94, 16. 197, 11. eeigie.
somondre 35, 10. 38, 32. mander,
son, en son 64, 23. 295, 2. en haut,
au eeaunet,
sor 121, 31. 154, 4. 309, 16. de
eeuieur rouêee,
sordle (ow s'oreOe?) 46> 5.
filles 543, 10. eoulierê.
•oudiuement 504, 29. artifice, ruée,
' euitUitè.
souel 90, 20. 130, 17. doucement.
sougis 70, -SO, eoumie, réduit en eui-
Jeetion,
soohaidfere 460, 21. ftil forme dee
eouhaite.
«oumecon 287, 26. bout, extrémité.
souploier 53, 4. 231, 23. frier, euf^
fHer, implorer.
sousglootir 258, 9. eanglùter.
serâ, soTinant 113, 31. 120, 16.
abattu, renvereé.
silllent 155, 22.
Tangonner 160, 8, 22. 500, 19. m-
pdlloner, exciter, preeeer.
tans (yu.) 23, 21. êêpt foie autmU.
tasiel 19, 2. 436, 14. a/fragée, attachée.
teces 137, 5. 175, 17. 489, 29. igualité.
teimeue 252, 29. couieut tannée,
eomhre,
tehirl39,13.549,14. életer,exhaueeer.
tercière 470, 12. trtdtre.
idséeSi,iiM7,A.longueurd'uneteiêe.
ûeTOU$iih,ii Jerreux,eouillé déterre.
tiers 303, 26. eeeuifé.
tirant 291, 2. {Odontyranmi*) animal
fabuletix.
toenart 196, 7. 244, 31. bouclier, éeu.
toivre 233, 27.
tolir, tola 74, 35. 88, 33. 89, 20,
27. prendre, enlever, ôter, ravir.
tonnieu 448, 7. impoeition, tribut.
torcé 5, 20. chargé.
toueUement 51, 1. choc, wUlée.
toueimerl46,34.149,37.«oifill0r,f^<r.
trace 507, 19. origine, extraction.
ire, tref 37, 2. 38, 27. 44, 9. f#-
villon, tenie.
trejeté 341, 28. 345, 12. 546, 28.
coulé, fondu.
trelue 253, 26. 378, 31. tromperie,
faueeeté.
treslia «0, 24. 140, 20. 379, 34. tra--
vaille en treillie ou ehiânone.
treu, treyage 10, 24. 15, 7, 21. 32,
24. tribut, impoeition.
triulée 301, 16. 377, 26. poamelé,
uutrqué de tâchée.
tros 87, 5. tronçone, morceau, frag^
menie.
tros qu'à 31, 15. jue^à.
tumer 124, 7. temker.
IJmélité 336, 21. humidité.
ITassal 12, 17. *mmm courageux,
hardi, vaillani.
nsselage 72, 25. 639, 18. courage,
tiOUance, intrépidité.
veer 3, 15. 5, 9. 93, 5. défendre,
refueer.
Tins 483, 13. vil.
TOlsus 19, 1. recouvert.
Toltis, TOtic 69, 32. 132, 3. voûté.
-»O^g0C"
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